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Ethique et Industrie 4.0 : définition et témoignage industriel
Mecheri Chakib
To cite this version:
Mecheri Chakib. Ethique et Industrie 4.0 : définition et témoignage industriel. [Rapport de recherche]
LISTIC; LAMIH. 2021, pp.23. �hal-03282188�
MECHERI Chakib
Mémoire de stage
Pour obtenir le diplôme de Master en Génie Industriel Parcours : Gestion des Opérations
Encadrant(s) : Lamia Berrah, Vincent Cliville, Damien Trentesaux Juin 2021
Résumé. Les transformations de l’entreprise liées au passage à l’Industrie 4.0 ont un impact important sur l’humain, l’environnement et la société et représentent un véritable avantage concurrentiel pour l’amélioration de la performance industrielle. L’éthique apparaît comme un moyen d'assurer à la fois une intégration “bonne pour tous” des éléments humains et artificiels dans les systèmes de production du futur et une garantie de performance à long terme. Se pose alors la question de la prise en compte de l’éthique dans ce contexte. En guise d’étape préliminaire à cette prise en compte, une étude bibliographique autour des notions clés d’Industrie 4.0, d’éthique et de performance est menée, de même que des témoignages industriels est retranscrit à des fins de validations des analyses effectuées. La notion d’éthique dans l’Industrie 4.0 sera ainsi définie et ses paradigmes illustrés au vu de la pratique des entreprises. En guise d’ouverture aux travaux à venir, une démarche d’identification des risques éthiques dans l’Industrie 4.0 est proposée et opérationnalisée au travers d’un guideline appliqué à la mise en place d’un nouveau système d’information (MES) dans l’entreprise NTN-SNR, partenaire de cette étude. Finalement, une discussion des résultats suivie par des perspectives concluent l’étude menée.
Mots clés.Ethique, Industrie 4.0, Paradigmes éthique, Risques éthiques, Témoignages industriels, Performance.
Abstract. The company transformations linked to the transition to Industry 4.0 have a significant impact on humans, the environment, and society and represent a real competitive advantage for improving industrial performance. Ethics appears to be a means of ensuring both a "good for all" integration of human and artificial elements in the production systems of the future and a guarantee of long-term performance. The question then arises as to how to take ethics into account in this context. As a preliminary step to this consideration, a bibliographical study on the key notions of Industry 4.0, ethics, and performance is carried out, and industrial testimonies are transcribed to validate the analyses that will be made. The notion of ethics in Industry 4.0 will thus be defined and its paradigms illustrated in the context of the company practice. As an opening to future work, an approach for identifying ethical risks in Industry 4.0 is proposed and operationalised through a guideline applied to the implementation of a new information system (MES) in the NTN-SNR company, that is a partner in this study. Finally, a discussion of the results and perspectives concludes the study.
Keywords. Ethics, Industry 4.0, Ethics paradigms, Ethical risks, Industrial testimony; Performance.
1. Introduction
Les entreprises industrielles sont aujourd’hui engagées dans leur transition numérique. Ce phénomène révélé au tournant des années 2010 est généralement qualifié de digitalisation ou de 4ème révolution industrielle (Industry 4.0) et fait appel aux nombreuses technologies aujourd’hui disponibles (Big Data, Cloud Computing, Intelligence Artificielle, Internet des Objets, Systèmes Cyber-Physiques, Réseaux haut débit, Réalité virtuelle, Impression 3D, etc.) [1][2]. Cette volonté d’engagement dans la transition numérique est justifiée par les nombreux avantages qu’apportent ces technologies et en particulier, pour l’activité industrielle, une amélioration de la production en termes de volume et de
Ethique et Industrie 4.0 : définition et témoignage industriel
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qualité, une réduction des coûts et des délais, une augmentation de la flexibilité et de l’agilité.
Toutefois, au-delà de ces technologies, l’Industrie 4.0 peut avoir des conséquences sur l’Homme, l’entreprise, l’environnement et la société, pour peu qu’elles soient utilisées de manière « non responsable » [3]. Ces conséquences peuvent se manifester au travers d’aspects tels que la sécurité, la traçabilité et la confidentialité des données, l’évolution des conditions de travail, les changements organisationnels, l’administration de la relation avec les clients et fournisseurs ou encore le mode d’évaluation de la performance industrielle.
Aussi, afin de limiter les aspects néfastes de ces changements qui impactent l’Homme, dans ses conditions de travail mais plus largement dans son environnement et la société, les entreprises sont amenées à considérer la dimension éthique de leur fonctionnement, et ce, sous quelque forme que ce soit.Dans ce sens, ce mémoire aborde la question de recherche suivante : Comment peut-on prendre en considération l’éthique dans le contexte de l’Industrie 4.0 ?
La réponse à cette question ne peut être immédiate au vu des éléments soulevés pour ce faire. Par l’introduction de l’éthique, il s’agit en effet de garantir non seulement un fonctionnement « bon pour tous » mais aussi une amélioration de la performance, raison d’être des entreprises. En ce sens, une méthodologie de recherche a été établie. Il s’agit dans une première partie de réaliser une étude bibliographique sur les mots clés de cette recherche : éthique, industrie 4.0 et performance, à un degré moindre. En effet, l’étude menée dans le cadre de ce master permettra de commencer à répondre à la question posée et éventuellement de la préciser. Dans une deuxième partie, des témoignages industriels sont recueillis afin de compléter l’étude bibliographique par une enquête terrain permettant de comprendre les préoccupations actuelles des entreprises dans ce domaine et d’identifier leurs besoins. En réponse à ces besoins, une proposition est faite pour accompagner les industriels dans leur analyse des conséquences en termes d’éthique dans les projets de mise en place des technologies du 4.0 au travers de la mise en place d’un MES (Manufacturing Execution System). Finalement, un retour sur les principaux résultats obtenus et quelques perspectives concluront l’étude.
2. Méthodologie de recherche
Notre travail de recherche est structuré en trois parties : une étude bibliographique autour des notions essentielles pour approfondir la compréhension de notre problématique, un témoignage industriel et son analyse sur la pratique des entreprises en termes de considération de l’éthique dans un contexte 4.0 et enfin une proposition pour permettre aux entreprises de mieux prendre en compte les aspects éthiques dans leurs projets de développement de technologies du 4.0.
L’étude bibliographique concerne en premier lieu le contexte de l’Industrie 4.0, dans sa définition, ses piliers et aussi les niveaux de maturité qui lui sont associés. Elle s’intéresse ensuite à l'éthique dans sa définition et ses paradigmes. Un travail d'approfondissement autour des paradigmes est proposé afin de mieux les comprendre et de les positionner, à partir d’un cas illustratif. Enfin le parti pris de ce travail étant d’avoir une vision « performance » de l’entreprise, les points clés autour de cette notion sont brièvement rappelés. Au terme de cette étude une synthèse des différentes parties est proposée, ce qui permettra de reconsidérer et préciser notre question de recherche.
Les témoignages industriels ont pour but de compléter l’étude bibliographique en observant la pratique actuelle des entreprises concernant les technologies du 4.0 et leur impact tant sur les considérations éthiques que sur la performance. Ce témoignage est articulé autour de deux travaux énoncés dans ce qui suit.
• Un questionnaire est adressé à un certain nombre de PME ayant pour objet de recueillir des informations sur les questions de l’éthique et de la performance dans un contexte 4.0.
• Un processus d’échange est mis en place avec l’entreprise NTN-SNR, fabricant de roulements et équipementier aéronautique, partenaire de cette étude et engagée dans la digitalisation et l’automatisation de son système de production.
L’analyse du questionnaire et des échanges avec l'entreprise NTN-SNR permettra de cibler les besoins des entreprises en cohérence avec la question de recherche posée.
Dans ce sens, une proposition est faite pour systématiser la démarche d’identification des risques éthiques des futurs systèmes industriels. Elle consiste en l’opérationnalisation d’un guideline,
3 développé dans des travaux antérieurs, au travers de la mise en place du MES (Manufacturing Execution System) chez le partenaire industriel.
Figure 1 : Méthodologie de recherche
3. Etude bibliographique
Conformément à la méthodologie de recherche, l’analyse bibliographique se focalisera sur le contexte de l’Industrie 4.0 et le concept de l’éthique et évoquera simplement de la notion de performance industrielle.
3.1. L’Industrie 4.0
L’Industrie 4.0 est présentée au travers du contexte de son émergence, des définitions qui en ont été données dans la littérature, des piliers qui la caractérisent, des différents niveaux de maturité qui permettent de positionner les entreprises dans leur transition numérique, et enfin de ses conséquences sur l’entreprise et son environnement en se focalisant sur l’impact sur l’Homme.
3.1.1. Définition de l’Industrie 4.0
Le terme Industrie 4.0 est introduit pour la première fois par Kagermann en 2011 en Allemagne lors de la tenue d’un salon automobile [4]. L’Industrie 4.0 est définie en 2013 par l'Académie nationale
4
allemande des sciences et de l'ingénierie (acatech) de la manière suivante : « Le terme Industrie 4.0 est utilisé depuis 2011 pour décrire l'intégration généralisée des technologies de l'information et de la communication dans la fabrication industrielle. En plus d'accroître l'efficacité des processus, des routines et des systèmes, l’Industrie 4.0 offre aux entreprises de nouvelles possibilités de différencier leurs produits et services » [5]. Le terme trouve des synonymes comme Factory of the Future (FoF) au niveau européen [6], ou l'Industrial Internet Consortium (ICC) aux États-Unis [4].
Vue comme étant « an umbrella term used to describe a group of connected technological advances that provide a foundation for increased digitization of the business » [7], l’Industrie 4.0 représente un changement majeur dans la manière de concevoir et de réaliser l’activité industrielle. Dans ce sens, l’intérêt de l’Industrie 4.0 décrit par acatech réside dans les avantages à la productivité et à la rentabilité de l'industrie manufacturière et de leurs fournisseurs d'équipements de production et de logiciels.
La dimension « numérique » de l’Industrie 4.0 voit apparaître les Systèmes Cyber-Physiques (Cyber- Physical Systems) qui acquièrent, échangent et traitent les données grâce à l’IoT, le Cloud, l’Intelligence Artificielle, le Big Data, etc., ces technologies étant souvent considérées comme les piliers du 4.0 [7]. Mais au-delà d'une digitalisation de plus en plus importante des différentes activités liées à la production, l’Industrie 4.0 pose de nombreuses questions en particulier sur la collaboration entre ces systèmes « intelligents » et l’Homme, au sein des Cyber Physical and Human Systems CPHS, pour améliorer la flexibilité et l’adaptabilité de la production [5]. Par ailleurs, se posent également de nouveaux problèmes quant aux limitations des ressources utilisées et l’impact sociétal des technologies utilisées.
3.1.2. Les piliers de l’Industrie 4.0
Les piliers de l’Industrie 4.0 rendent possible la digitalisation de la production. Ils reprennent les principales technologies, outils, méthodes et concepts concernés, tous ces aspects étant étroitement liés [8]. Ainsi un CPHS intègre des objets connectés, peut utiliser le Cloud Computing pour stocker et traiter de grandes quantités de données afin de nourrir les outils de l’Intelligence Artificielle. Ceci étant, l’Industrie 4.0 ne saurait se réduire à ses piliers, ils en sont des éléments saillants.
La figure 2 présente les différents piliers de l’Industrie 4.0, certains auteurs y ajoutant en l’occurrence la technologie 5G pour la planification [9].
La connaissance de ces piliers et leur intégration progressive conformément à la stratégie de l’entreprise conduisent à la notion quantifiable de maturité 4.0 [5].
3.1.3. Les niveaux de maturité de l’Industrie 4.0
Un niveau de maturité d’une entreprise caractérise le stade de développement des piliers du 4.0 en son sein. Pour la détermination de ces niveaux de maturité, plusieurs recherches sont proposées, sur la base de critères différents [10]. Un niveau de maturité dépend en effet de plusieurs facteurs et diffère d’un secteur à un autre, des pratiques spécifiques et générales liées à un ensemble de processus prédéterminés [11].
On trouve dans la littérature plusieurs modèles d’évaluation de la maturité de l’Industrie 4.0, comme le Reference Architecture Model Industrie 4.0 (RAMI4.0), qui est basé sur trois dimensions qui montrent
Figure 2 : Les piliers de l'Industrie 4.0
5 comment aborder la question de la digitalisation d’une manière structurée. Ce modèle considère tous les aspects de l’entreprise (système d’information, vente, production…) et s’intéresse à tout le cycle de vie des produits et processus [12].
Parmi les modèles de maturité de l’industrie 4.0, le modèle d’évaluation de la maturité de l’Industrie 4.0 de « Acatech Industrie 4.0 Maturité Index » est également distingué. Ce modèle, proposé pour les entreprises manufacturières, a pour vocation de proposer un support et un guide aux entreprises pour l’élaboration de leurs propres stratégies de mise en œuvre de l’Industrie 4.0. Il est caractérisé par sa flexibilité et son adaptabilité aux différentes entreprises. Ce modèle présenté figure 3, distingue les niveaux de maturité correspondant à la digitalisation vue comme un préalable à la mise en œuvre de l’Industrie 4.0. Six niveaux sont identifiés au total, deux niveaux pour la digitalisation (l’informatisation et la computerisation), et quatre niveaux pour l’Industrie 4.0 (visibilité, transparence, capacité prédictive et adaptabilité). Ces niveaux sont caractérisés par une ombre numérique, la trace laissée par les activités de production sous forme de données, croissante [5]. Elle exploite en particulier la temporalité de la donnée et pour les niveaux de maturités les plus élevés, elle pourra aller jusqu’à la prévision du futur et l’adaptation au contexte sans intervention humaine.
Figure 3 : Les niveaux de maturité de l'industrie 4.0 selon l’acatech1
Pour autant, certaines entreprises développent leurs propres modèles de maturité ou une grille d’évaluation de maturité [13].
Face à la complexité croissante induite par cette maturité numérique pour la conception des systèmes et leur usage se pose la question des conséquences sur l’Homme, l’environnement et la société. Ces systèmes complexes dont les comportements ne sont pas tous prévisibles induisent de nouveaux risques que les outils de pilotage actuels ne permettent pas de considérer de façon systématique. L’idée de ce travail est de les considérer du point de vue de l'éthique, cette notion étant indissociable de l’Homme, de son bien-être et du bien-fondé de son comportement dans son milieu.
3.2. L’éthique
L’état de l’art va nous permettre de définir la notion d’éthique et les paradigmes qui s’y rattachent.
Néanmoins, cette notion relevant de philosophie et des sciences de l’humain, une illustration en est donnée à des fins de la rendre utilisable dans les domaines de l’ingénierie. Cette illustration est proposée à partir d’un cas industriel d’étude extrait de la littérature.
3.2.1. Définitions de l’éthique
L’éthique est un concept très général qui touche à plusieurs aspects et qui peut varier, dans sa déclinaison, d’une culture à une autre [14]. Communément entendu, la difficulté toutefois à en donner une définition universelle a conduit à ce que plusieurs définitions lui soient associées. Cette section en citera quelques-unes pour l’illustration. On parle ainsi de l’éthique morale (ou de l’éthique d’héritage), qui voit l’éthique comme étant un ensemble de pratiques et de règles définies par nos ancêtres que l’on l’applique volontairement et qu’il faut respecter. Ainsi d’après Poché (2010) : « l’éthique est un héritage commun des valeurs universelles qui s’appliquent aux actions des hommes. Aujourd’hui, le
1 acatech : https://www.acatech.de/
6
terme porte souvent une connotation ‘traditionaliste’, voire péjorative : ‘Le retour de l’ordre moral’,
‘faire la morale’, ‘un jugement moral’ » [15].
L’éthique va au-delà des exigences réglementaires et légales, elle est identifiée à l’examen moral des valeurs et des conséquences de chaque objectif fixé. Elle relève également des valeurs et des comportements humains développés au travers des expériences familiales, communautaires, éducatives, religieuses et professionnelles [16]. Par ailleurs, d’autres l’éthique se voit définie comme étant un ensemble de pratiques appliquées entre individus avec équité et égalité dans le traitement des autres, d’où la définition donnée par Paul Ricoeur (1990) : « L’éthique est une vie bonne, avec et pour autrui, dans des institutions justes » [17]. D’autres courants considèrent l’éthique comme une vision qui se préoccupe fondamentalement de l’atteinte de « bonnes » mesures reposant sur de « bonnes » prises de décision, à savoir des décisions et des mesures provoquant le moins de préjudices et de souffrances inutiles [18].
Finalement, mentionnons que la notion d’éthique se voit parfois définie par un ensemble de pratiques et de comportements moraux à respecter ; elle est parfois considérée au travers d’un ensemble de pratiques et de comportements issus de l’héritage, de la tradition et l’Histoire. Dans le sens de ce type de nuances, plusieurs paradigmes sont associés à cette notion.
3.2.2. Les paradigmes de l’éthique
Les résultats de notre recherche bibliographique nous ont menés à faire ressortir quatre paradigmes relatifs au concept de l’éthique, respectivement le paradigme déontologique, le paradigme utilitariste (dont le conséquentialiste), le paradigme de la vertu et le paradigme pragmatique.
3.2.2.1. Le paradigme déontologique
Le paradigme déontologique, ou plus simplement la déontologie, signifie une éthique du « devoir », dans laquelle chaque action est liée impérativement à des principes et des valeurs qui se rapportent à un devoir, une obligation de faire pour suivre les principes et les valeurs considérés comme étant un code à respecter. Ce paradigme a été introduit par le philosophe allemand Emmanuel Kant (1724- 1804), qui définissait l’éthique au travers d’un ensemble de principes et de comportements qui régissent la dignité humaine. Selon cette approche, il devient obligatoire de bannir ou supprimer certains comportements, et ce, pour se sortir d’une situation de sanction ou autre. En reprenant les mots d’Emmanuel Kant, « il n’est besoin ni de science ni de philosophie pour savoir ce qu’on a à faire, pour être honnête et bon, même sage et vertueux » (Kant 1785).
A l’heure actuelle, l’éthique déontologique est utilisée dans différents secteurs et domaines. Elle est adaptée à l’accomplissement de devoirs universels, tels que la fameuse règle d’or, qui s'appliqueraient à tous et dans toutes les situations [19]. En cela, d’autres définissent l’éthique déontologique est perçue comme étant un ensemble de lois et de règles statiques [20]. L’éthique déontologique s’identifie ainsi à des règles immuables dont l’application ne laisse place à aucun doute et la portée est maîtrisée.
3.2.2.2. Le paradigme utilitariste (conséquentialiste)
Ce paradigme, dans sa branche conséquentialiste, est également appelé l’éthique des conséquences.
Contrairement à l’éthique déontologique, le conséquentialisme se préoccupe principalement des conséquences des actes et de l’utilité des actions menée pour le bien-être global, conformément aux idées prônées par le philosophe anglais Jeremy Bentham à la fin du XVIIIème siècle. L’éthique y est vue comme étant un ensemble de pratiques à mener afin d’assurer l’égalité des intérêts entre les individus, en favorisant leur bien-être tout en réduisant leur souffrance. Ce paradigme s’intéresse plus à l’effet, aux conséquences et aux résultats de l’action qu’à l’action elle-même. Ainsi, un comportement est éthique si ses conséquences augmentent le bien-être de la Société.
L’approche conséquentialiste se focalise sur la satisfaction de l’ensemble des individus concernés et donne un poids égal aux intérêts de tous [21]. Certaines recherches considèrent que le paradigme conséquentialiste comporte deux dimensions principales, qui sont : l’utilitarisme d’acte et l’utilitarisme de règle [22]. L’utilitarisme de l’acte englobe l’idée que pour créer le plus grand bien global, il est fondamental d’évaluer chaque action proposée pour savoir si elle crée le plus grand bénéfice pour le plus grand nombre d’individus. Quant à l’utilitarisme des règles, il ne se concentre pas sur l’action, mais propose de suivre des règles et des pratiques qui profitent au plus grand nombre d’individus [19].
7 3.2.2.3. Le paradigme de la vertu
Déjà évoquée par Aristote, la vertu met l’accent sur les comportements de l’Homme, qui doivent correspondre au référentiel individuel humain. Elle a pour but le bonheur individuel. La vertu se base de ce fait sur le caractère moral plutôt que sur les devoirs, les règles ou les conséquences des actions, contrairement aux deux premiers paradigmes. Le paradigme de la vertu est lié à la théorie morale qui conduit l’individu à atteindre ses objectifs [23]. Il aura souvent été présenté comme un cadre plus réaliste pour faire face à une situation particulière [24]. L’éthique de la vertu concerne la personne en elle-même et s’intéresse aux qualités dont les individus ont besoin pour être heureux : les pratiques vertueuses sont les bonnes pratiques au bon moment pour la bonne raison [18]. En particulier, il existera trois formes de l’éthique de la vertu, qui sont :
• l’eudémonisme : c’est le bonheur ou la félicité, le bonheur est le but de l’action ;
• la vertu : c’est l’excellence de caractère, la justice, l’honnêteté, le courage, la rigueur, l’exactitude… ; ce caractère d’excellence se développe avec l’habitude ;
• la sagesse : c’est une extension de la vertu à un contexte social.
3.2.2.4. Le paradigme pragmatique
Les prémices du paradigme pragmatique sont introduits dans le texte fondateur de Peirce en 1878 [25], puis ce paradigme est précisé par James lors d’une conférence en 1898 [26]. Peirce considérait que la
‘maxime pragmatiste’ avait des conséquences décisives quant à une éventuelle théorie de l’éducation :
« Considérer quels sont les effets pratiques que nous pensons pouvoir être produits par l’objet de notre conception. La conception de tous ces effets est la conception complète de l’objet » [25]. Ceci se traduit par une proposition de concevoir avant tout le pragmatisme comme une méthode de clarification conceptuelle à la fois scientifique et réaliste. Selon James, le pragmatisme est une porte de sortie à de nombreux débats métaphysiques car il s’appuie sur l’interprétation que chacun peut se faire des concepts philosophiques clés, simplement en fonction de leurs conséquences pratiques [22].
Le pragmatisme éthique est vu comme l’évaluation du comportement comme étant « éthique » ou
« non éthique » et la formulation théorique et empirique des concepts s’effectue aux égards de l’action, de l’agent qui agit ou encore aux deux à la fois [22]. Ce paradigme pragmatique implique que les actions et les décisions se construisent dans la considération de leurs conséquences, ce qui pose la question de la place, de la conviction et de la responsabilité dans l’éthique. Dans l’évaluation de ces conséquences pratiques, des propos ont été évoqués qui considèrent que l’éthique pragmatique repose à la fois sur les conséquences pratiques de l’acte et sur l’acteur qui agit. D’une manière générale, nous pouvons considérer que l’éthique pragmatique s’inspire du réel et se fonde sur l’expérience, sur un raisonnement mené par la personne à même de décider.
Suite à ces définitions des paradigmes éthiques, nous pouvons constater que s’il existe une certaine relation entre les paradigmes, ceux-ci peuvent mener à des décisions qui peuvent parfois être opposées.
Afin de rendre ces paradigmes plus explicites, nous les illustrons ci-dessous autour de cas industriels.
3.2.3. Illustration des paradigmes éthiques
Trois exemples permettent d’illustrer les quatre paradigmes éthiques précédemment décrits. Le premier exemple est inspiré d’une situation hospitalière [27], le deuxième exemple est inspiré du code éthique de l’entreprise L’Oréal [28], et finalement le troisième exemple est inspiré des pratiques industrielles. L’exemple inspiré de l’Oréal est présenté ci-dessous, tandis que les autres exemples sont disponibles dans l’Annexe 2.
La présentation de ces exemples est structurée en quatre étapes comme suit.
1) Définition de la situation à étudier : cette étape consiste à présenter le contexte de la situation ainsi que les contraintes.
2) Identification des réactions de l’acteur et les risques et les avantages associés : cette étape consiste à, énumérer les différentes réactions envisageables par l’acteur, identifier les différents points de vue (acteur, système et environnement), puis énumérer les risques et les avantages de chaque réaction par rapport à chaque point de vue.
8
3) Identification des risques et des avantages de chaque réaction : cette étape consiste à analyser les risques selon les quatre paradigmes éthiques puis à considérer chaque réaction (risques, avantages et contraintes) selon chaque paradigme afin de conclure sur la nature « bonne ou mauvaise » de la réaction.
4) Déduction des paradigmes pertinents : cette étape consiste à retenir les paradigmes conduisant à une réaction qualifiée de « bonne ».
Etape 1 :
Contexte : Un opérateur travaille sur une ligne de production, il remarque qu’une machine ne fonctionne pas normalement et qu’elle produit des produits défectueux (Source : charte éthique de L’Oréal : 9 le respect de nos engagements comme entreprise, 2015) [28].
Contraintes :
• Le responsable de ligne est en réunion.
• L’agent de maîtrise n’a encore rien fait.
• Le plan de production est très serré.
• La machine qui cause le problème est au milieu de la ligne de production.
• Le service qualité vérifie les produits avant de les expédier.
Etape 2 :
La figure 4 ci-après positionne les réactions possibles de l’opérateur selon les trois points de vue retenus.
Figure 4 : Identification des réactions et des risques de différents points de vue
Par exemple, nous pouvons lire que la réaction « Arrêter la ligne de production » n’est pas morale du point de vue de l’« acteur » (la hiérarchie n’est pas respectée). En revanche, elle est bonne en termes de qualité (perte minimale de production) du point de vue du « système » mais elle est mauvaise en termes de coût (coût élevé d’interruption de la production).
Etape 3 :
Le tableau 1 récapitule la nature « bonne ou mauvaise » de l’application de chaque paradigme pour l’analyse éthique des réactions possibles.
9 Tableau 1 : Analyse des réactions par rapport à chaque paradigme éthique
A titre d’exemple nous pouvons voir que la réaction « Arrêter la ligne de production » est considérée comme « mauvaise » par rapport au paradigme déontologique, alors qu’elle est considérée comme
« bonne » par rapport au paradigme conséquentialiste ainsi que celui de la vertu.
Etape 4 :
Le tableau 2 récapitule la pertinence des réactions possibles suivant les quatre paradigmes.
Tableau 2 : Récapitulatif des réactions selon les quatre paradigmes
Nous pouvons observer que :
• le paradigme déontologique ne permet pas de prendre en considération les événements exceptionnels ;
• le paradigme de la vertu mène toujours à la bonne réaction ;
• le paradigme conséquentialiste et le paradigme pragmatique sont adéquats pour ce type d’évènements.
Au terme de cette illustration qui a permis de se familiariser avec les paradigmes éthiques, il apparaît :
• qu’il n’y a pas de paradigme pertinent en toutes circonstances ;
• que l’éthique déontologique n’est pas toujours la bonne solution et elle peut, dans certains cas, avoir des conséquences néfastes.
10
• que le conséquentialisme est parfois le meilleur choix, car il est toujours possible de prendre du recul avant d’agir mais il peut également détruire les valeurs, les normes et les règles du contexte dans lequel la situation se produit.
Resituée dans le contexte de l’entreprise 4.0, cette illustration permet de conclure qu’un seul paradigme éthique n’est pas suffisant pour aborder les changements induits par la quatrième révolution industrielle. Ainsi le paradigme déontologique semble bien adapté pour les systèmes de production stables, tandis que les changements induits par l’intégration des piliers technologiques du 4.0 relève plutôt du paradigme conséquentialiste. Par ailleurs, le paradigme de la vertu, représentatif des valeurs fondamentales de l’homme, peut être appliqué en toutes circonstances.
Toute action en entreprise devant être remise en perspective de son impact sur la performance de l'entreprise, la dernière partie de l’étude bibliographique s’intéresse à cette dernière avant d'identifier les conséquences du 4.0 dans ce domaine et l’apport que peut avoir la considération de l’éthique.
3.3. La performance
Pour l’essentiel sur la performance, nous dirons que le terme « performance » est apparu en 1836, issu du terme anglais to perform, qui signifie « accomplir, réaliser ». Dans son sens le plus commun, la performance désigne un « résultat exceptionnel, hors du commun, optimal. Elle relève d’attentes que l’on peut traduire en objectifs » [17]. La performance se caractérise également par son aptitude à être exprimée, quantifiée : « Les mesures de performance doivent être facilement quantifiables et contrôlables, relativement aux mécanismes du contrôle de gestion » [29]. Enfin, la performance est aussi identifiée au triangle (efficacité, efficience, effectivité). Elle se définit dans ce sens par l’efficacité dans l’atteinte des objectifs, dans une utilisation efficiente des moyens disponibles, sous réserve d’effectivité de ces objectifs pour le système en matière de moyens utilisés [30]. Cette dernière définition conduit à déduire que la performance est dépendante du système considéré et ne se satisfait que sous plusieurs conditions. Plusieurs critères et donc objectifs lui deviennent associés. De ce fait, la performance est considérée comme un concept multidimensionnel qui englobe des facteurs sociaux, opérationnels, environnementaux et économiques [31]. La mesure de la performance dépend de paramètres opérationnels et environnementaux, mais aussi de paramètres financiers et sociaux [32], de plus elle est associée au niveau des entreprises au critère de rentabilité et aux objectifs qui contribuent à cette dernière [32]. De plus les objectifs en termes de performance doivent évoluer et revus fréquemment pour assurer qu’ils ne s’alignent pas avec des normes irréalisables [33]. Les indicateurs de performance, systèmes d’indicateurs de performance et tableaux de bord permettent la mesure et l’affichage des résultats obtenus. Ils sont en cela un outil pour le pilotage et l’amélioration du niveau de développement des entreprises, leurs connaissances, leurs capacités et leurs comportements [34].
Après une revue de la littérature des trois mots-clés de la problématique étudiée et la compréhension de leurs significations, nous en proposons dans ce qui suit une analyse des éventuelles interactions entre eux.
3.4. Industrie 4.0, Ethique, Performance
Il est délicat d’établir une synthèse des trois mots-clés de cette étude bibliographique, ces trois notions étant développées indépendamment les unes des autres. Si tous les auteurs postulent que les piliers du 4.0 doivent améliorer la performance de l’entreprise en, réduisant coûts et délais, augmentant qualité réactivité et agilité, les démonstrations restent à venir. On trouve ainsi cette idée de causalité 4.0 - efficacité : « Les données collectées par les systèmes intelligents intégrés dans les usines peuvent être partagées entre diverses organisations et installations logistiques, ce qui permet d'améliorer les performances du système, de réduire les coûts et les déchets ainsi qu’améliorer la flexibilité » [9], et d’efficience : « L'allocation des ressources peut être réalisée de manière plus efficace sur la base de modules de création de valeur intelligents et interconnectés » [4]. La question des instruments de mesure de la performance est également abordée considérant qu’il faut disposer d’un bon outil adapté aux spécificités de l’Industrie 4.0 [9]. Enfin, certaines réflexions considèrent que l’Industrie 4.0 est un moteur de la performance tant en interne à l’entreprise qu’externe : « L’Industrie 4.0 comprend non seulement la digitalisation de la chaîne de valeur horizontale et verticale, mais elle révolutionne également le portefeuille de produits et de services dans le but de satisfaire au mieux le besoin client » [35].
11 Quant à la considération de l'éthique, elle est peu présente dans la littérature 4.0. On y trouve quelques idées sur l’intégration ou la nécessité d’un code éthique spécifique à l’utilisation des données : « Il est impératif que l’entreprise définisse sa politique, procédure et son code éthique pour la gestion et la manipulation des systèmes d’information de manière éthique » [22] ; sur la nécessité de l’engagement de la direction pour la mise en place d’une éthique dans l’Industrie 4.0 : « L’engagement et le soutien de la direction sont une stratégie commerciale essentielle pour développer l'Industrie 4.0 en vue d'un développement plus durable des produits propres et de l'économie circulaire dans le contexte de l'éthique commerciale » [36].
Nous pouvons également mentionner quelques travaux évoquant l’éthique et la performance autour des démarches de Développement Durable, de Responsabilité Sociale des Entreprises ou de Qualité de Vie au Travail [37][38]. Ainsi les aspects suivants sont évoqués.
• La dépendance réciproque de l’éthique et de la performance : « La conception de l’éthique dépend étroitement de l’acception donnée à la performance et renvoie, dans un premier temps, au débat sur la nature de l’entreprise » [39].
• L’impact indirect de l’éthique sur la performance : « L’éthique est considérée comme l’un des principaux piliers qui impacte directement l’efficacité opérationnelle et le bénéfice financier » [36].
• Les limites de l’approche traditionnelle (efficacité-efficience-effectivité) : « La performance en matière d'éthique, est de se rappeler qu'un processus industriel ne doit pas être évalué uniquement par son efficacité » [40].
La figure 5, inspirée des trois piliers du Développement Durable, positionne éthique, Industrie 4.0 et performance.
Figure 5 : Schématisation de la relation (Ethique - Industrie 4.0 - Performance)
Comme premiers résultats, cette étude bibliographique permet d’établir quelques recommandations, présentées ci-après.
• « L'application de métriques durables et robustes est nécessaire pour suivre les progrès de la production plus propre et de la mise en œuvre de l'économie circulaire intégrée à l'Industrie 4.0 » [41].
• « Il est recommandé d’ajouter un quatrième paramètre, l’éthique, aux trois paramètres : Objectif, Résultat et Moyen pour l’évaluation de la performance au sein de l'Industrie 4.0 » [17].
• « Les robots modernes offrent flexibilité, sécurité et avantages en termes de coûts » [9].
• « L'automatisation des systèmes de production permet de réduire la production de déchets, de créer un environnement de travail sûr pour les travailleurs et de réaliser d'importantes économies » [9].
Revenons maintenant à notre question de recherche et aux réponses apportées par la littérature.
12 3.4.1. Ecart de la littérature
Un premier constat est qu’il n’existe pas pour l’heure de définition de l’éthique dans le contexte 4.0.
L’éthique est abordée selon un point de vue spécifique, se focalisant tantôt sur le comportement de l’Homme sur les futurs systèmes industriels tantôt sur les changements et les transformations engendrées par les futurs systèmes industriels sur les comportements de l’Homme.
Un deuxième constat est l’absence d’une démarche claire pour permettre aux entreprises d’intégrer l’éthique dans leurs projets de transition numérique. Dans ce contexte, le lien entre éthique et performance est très peu abordé [3][42], que ce soit concernant l’intégration d’un critère éthique dans les systèmes d’indicateurs ou l’introduction d’une réflexion éthique dans les démarches d’amélioration de la performance.
Ces constats permettent d'orienter ce travail et de préciser la problématique générale en de nombreuses nouvelles questions.
• Quelle peut être la définition de l’éthique dans l’Industrie 4.0 ?
• Quel(s) paradigme(s) de l’éthique retenir dans l’Industrie 4.0 ?
• Quels sont les risques éthiques rencontrés dans le contexte 4.0 ?
• Qui impacte et qui est impacté par ces risques éthiques ?
• L’Industrie 4.0 a-t-elle permis d’intégrer des nouveaux indicateurs éthiques aux modèles de mesure de la performance ?
• Comment l’éthique peut-elle s’intégrer dans le modèle de performance de l’entreprise engagée dans la digitalisation et l’automatisation de son système de production ?
Il est en effet possible de préciser la question de recherche initiale qui devient : « Comment intégrer une dimension éthique aux transformations liées au passage à l’Industrie 4.0 ? » Pour répondre à cette question, ce travail propose de recueillir un témoignage industriel afin d’observer les pratiques actuelles en termes d'Industrie 4.0, d’éthique et de performance. Ce témoignage s’articulera autour d’un certain nombre de questions reprenant les résultats de l’étude bibliographique en les complétant.
4. Recherche et Développement
Pour collecter le témoignage industriel, un questionnaire est conçu autour des concepts respectifs d’Industrie 4.0, d’éthique et de performance. Il a été prévu d’en proposer une version en ligne et de l’administrer à distance, l’industriel interrogé étant à même de le remplir de façon autonome.
4.1. Le questionnaire
Les entreprises concernées par ce questionnaire sont engagées dans la digitalisation et l’automatisation de leurs processus et dans l’intégration d’une ou plusieurs technologies 4.0 telles que l’Intelligence Artificielle, le Big data, le Cloud computing, etc.
Le questionnaire est structuré en quatre principales parties :
• Généralités sur l’entreprise : cette partie a pour but d’identifier le secteur d’activité de l’entreprise, la qualité et le rôle du répondant.
• Industrie 4.0 : cette partie est consacrée à l’Industrie 4.0, elle permet de voir comment les entreprises définissent l’Industrie 4.0, quels sont les outils ou les technologies utilisés, quel est leur niveau de maturité, comment se mesure la performance et quels indicateurs doivent être pris en compte dans ce contexte.
• Éthique, Responsabilité Sociétale des Entreprises RSE, Développement Durable DD : cette partie a pour but de voir dans quelle mesure l’éthique est introduite dans l’entreprise, comme elle est positionnée par rapport aux démarches RSE et DD.
• Éthique : davantage prospective, cette partie permet de comprendre les modalités pratiques de l’intégration de l’éthique dans l’entreprise et quels peuvent être ses apports.
Ce questionnaire est disponible Annexe 1. Il aura été adressé à des PME de la région Rhône-Alpes, afin de recueillir suffisamment de réponses pour pouvoir conduire une analyse et une exploitation des propositions et tirer des conclusions pertinentes dans le cadre de ce projet de recherche. Cependant, au vu du délai nécessaire pour recueillir un nombre significatif de réponses, des échanges directs avec
13 une entreprise partenaire ont été initiés, permettant en conséquence une observation et une analyse plus fine de la pratique industrielle dans le domaine.
4.2. L’enquête terrain
L’enquête terrain menée consiste en un ensemble d’échanges successifs faits auprès de NTN-SNR, fabricant de roulements mécaniques.
4.2.1. Présentation de l’entreprise NTN-SNR
L’entreprise NTN-SNR est une filiale de NTN Corporation. Elle est l’un des leaders mondiaux en conception, développement et fabrication des roulements mécaniques. L’entreprise a réalisé en 2019 un Chiffre d’Affaires de 6 Milliards d’Euros, et est présente sur les marchés de l’automobile, du ferroviaire, des énergies renouvelables et de l’aéronautique. NTN-SNR compte 13 sites de production en Europe dont 7 en France et emploie environ 6000 salariés. L’entreprise a lancé en 2015 un projet
« Digital Manufacturing » sur son usine pilote dédiée à la production des roulements du nouveau moteur LEAP destiné aux nouvelles générations de moyen-courriers tels que l’Airbus A320neo et le Boeing 737Max[17]. Il s’agit de mettre à disposition les données de production qui, combinées aux données commerciales, financières et humaines, permettent de proposer de nouvelles utilisations (Réalité augmentée, Simulation, Cloud Computing, Intelligence Artificielle) dans un cadre sécurisé (Cyber Security). Ce projet doit étendre la digitalisation à l’ensemble des sites de production et en particulier aux sites travaillant dans le secteur automobile.
Afin de répondre à la question de recherche : « Comment intégrer une dimension éthique aux transformations liées au passage à l’industrie 4.0 ? », une série d’entretiens a été réalisée avec 4 ingénieurs-cadres de l’entreprise. Il s’est agi de les interroger selon une démarche structurée sur leur perception du déploiement de l’Industrie 4.0, sur les préoccupations éthiques ainsi que la performance de l’entreprise, puis d’analyser ces informations, de les éclairer au regard de la bibliographie pour progressivement avancer une proposition opérationnelle.
4.2.2. Démarche de déroulement des entretiens
Les entretiens menés avec les industriels de NTN-SNR avaient pour buts de comprendre comment étaient perçue l’éthique au sein de l’industrie dans le contexte 4.0, d’identifier les risques éthiques consécutifs aux changements en cours dans l’entreprise et formuler des propositions sur la possibilité d’intégrer l’éthique dans le modèle de mesure de la performance dans le contexte de l’industrie 4.0.
Ces entretiens ont consisté en des échanges entre les chercheurs et les quatre ingénieurs de NTN-SNR en charge des Technologies de l’Information (IT) et de la production (la nouvelle excellence opérationnelle). Les personnes interrogées ont été :
• l’IT Department Manager ;
• l’IT Department ;
• l’IT project manager ;
• le Responsable du système de production.
Le déroulement des entretiens est présenté figure 6.
Comme évoqué précédemment, un premier entretien a été mené avec chacun des quatre ingénieurs avec pour but de présenter les projets de recherche en cours et de les interroger sur leur vision de leur entreprise autour des mots clés « Industrie 4.0 », « éthique » et « performance ». Les entretiens suivants ont commencé par une étape de restitution et d’analyse de l’échange précédent, puis ont permis d’apporter un éclairage sur les points abordés grâce à une revue de la littérature et/ou la discussion autour de la proposition d’opérationnalisation de la prise en compte de l’éthique dans les projets de digitalisation de l'entreprise.
14
Figure 6 : Déroulement des entretiens
4.2.3. Résultats des entretiens
Les résultats des entretiens menés peuvent être récapitulés sous la forme d’un certain nombre de constats relatifs à chaque mot-clé abordé.
Ethique :
• L’éthique est présente par les valeurs humaines ancrées dans les traditions et l’histoire de l’entreprise.
• L’éthique dépend de l'environnement, de la société et de la culture.
• Le code éthique de l’entreprise est souvent un rappel des bonnes/mauvaises pratiques vis-à-vis des concurrents et clients.
• Les clients internes et les partenaires impactent le choix des technologies.
• Une même éthique peut être déployée de manière différente.
• On peut être éthique dans un système qui ne l’est pas.
• La définition de l’éthique change d’un système à un autre.
• La considération de l’éthique nécessite l’engagement du management.
Industrie 4.0 :
• Pour les systèmes technologiques on a besoin d’un code éthique spécifique à l’utilisation des données.
• La digitalisation est une opportunité et elle facilite les tâches aux opérateurs.
• L’Industrie 4.0 permet de libérer les opérateurs de certaines tâches manuelles et donner ainsi plus de temps au « fonctionnement des cerveaux ».
• Les robots sont nécessaires pour améliorer les conditions de travail, ce qui doit conduire à un travail plus qualifié pour les opérateurs.
• A l’heure actuelle, il devient éthique de se digitaliser.
Performance :
• La mesure de la performance de chacun n’est pas pour contrôler les opérateurs mais pour comprendre et améliorer cette performance.
• Le but de la digitalisation dans la mesure de la productivité des opérateurs n’est pas de remplir les feuilles de saisie, mais d’évaluer les écarts afin d’améliorer cette productivité.
• Des entretiens individuels annuels sont organisés pour à la fois mesurer la performance, renforcer l’écoute et améliorer la sécurité, la Qualité de Vie de l’équipe et l’intégration.
Risques éthiques :
• La créativité et la subjectivité de l’humain ne doivent pas être impactées par la technologie.
• Un risque éthique dans l’Industrie 4.0 est que l'employé se sente surveillé.
• L’Industrie 4.0 peut tuer la créativité et l’innovation de l’humain.
• L’utilisation des outils technologiques à disposition pour accéder aux données des concurrents est une pratique non éthique.
• L'éthique peut transformer la façon de voir les choses.
15 4.3. Premiers apports pour l’entreprise
Suite à cette série d’entretiens et aux questions soulevées par l’entreprise, un certain nombre d'éléments bibliographiques sur l’éthique et ses paradigmes dans le contexte 4.0 sont apportés à l’entreprise.
Le premier élément concernant la définition de l’éthique dans le contexte 4.0 est présenté conformément aux aspects suivants.
• Pour intégrer un système technologique dans une entreprise, il est suggéré de prendre en compte le comportement de l’utilisateur vis-à-vis du système et réciproquement : « Le déploiement croissant de ces systèmes dans des environnements ouverts et dynamiques transforme la manière dont les humains interagissent avec les systèmes d'information critiques intelligents » [16].
• Dans l’utilisation des futurs systèmes industriels, il est proposé de respecter certaines normes et comportements tout en respectant l’utilisateur, l’environnement, la société, la culture ainsi que les traditions et l’histoire : « L’éthique est liée à l’humain, la société, l’environnement dans lequel les technologies fonctionnent et se développent » [43]. Par ailleurs, il paraît intéressant de formaliser les pratiques éthiques sous forme d’un code pour l’utilisation d'un système technologique : « Les chartes sont des outils par l’intermédiaire desquels l’organisation définit et met en œuvre sa politique d’usage des TSI, en édictant un certain nombre d’obligations, d’interdictions et de principes de « bon usage » de ces outils qui s’appliquent à l’organisation, à l’ensemble des utilisateurs, et quelques fois aux parties prenantes externes » [22].
• Dans un système industriel, il est nécessaire de protéger et respecter les valeurs et les questions morales de chaque individu impliqué, ce qui nécessite une « analyse éthique, qui est déterminée par l'identification et l'examen des valeurs et des questions morales associées à chacun de ces objets, dans le but ultime de guider la conception de la technologie ou d'éclairer l'élaboration des politiques » [16].
De ce fait, l’éthique apparaît dans l’Industrie 4.0 comme constituée d’un ensemble de normes, comportements et de règles qui doivent être respectés par le futur système industriel, dans le but de créer une vie bonne pour l’utilisateur, l’environnement et la société, en particulier les autres systèmes industriels.
Le second élément concerne la question posée par l’entreprise relative à la pertinence des paradigmes éthiques dans un contexte 4.0. L’étude bibliographique et la proposition d’illustration (cf, 3.2.3) ont permis de fournir le tableau 3 où l’on retrouve les questions abordées dans des articles récents et les paradigmes éthiques correspondants.
Tableau 3 : Synthèse des réflexions sur les paradigmes éthiques dans l'industrie 4.0
Auteur Article Questions abordées Paradigme éthique
Trentesaux, 2021
Ensuring ethics
of cyber-
physical and human systems:
a guideline
• L’éthique est différente tout au long du cycle de vie.
• L’éthique est liée à l’humain, la société, l’environnement.
• Des règles éthiques statiques et pratiques pour des situations anormales.
• Paradigme déontologique
• Paradigme conséquentialiste
Berrah et Trentesaux, 2020
Future Industrial Systems: Is Ethics Bringing about a New Performance Criterion?
• Éthique de conception et éthique d’usage des systèmes industriels.
• Éthique tout au long du cycle de vie des produits (désign, utilisation, support).
• Éthique déontologique adaptée pour les situations connues, donc des règles et normes sont utilisées.
• Paradigme déontologique
• Paradigme conséquentialiste
16
• Éthique conséquentialiste utilisée pour les situations mal connues, d’où plusieurs solutions sont possibles.
Pramod et Sampath, 2020
A Framework for Ethics in Cyber-Physical- Human Systems
• L’humain développe un
comportement, des valeurs et attentes dans l’utilisation des CPHS au travers de ses expériences familiales, communautaires, éducatives, religieuses et professionnelles.
• Éthique déontologique, guide pour la construction de systèmes intelligents qui respectent l’humanité et la dignité humaine.
• Éthique conséquentialiste, support pour les développeurs des systèmes intelligents.
• Ethique des CPHS dépendante de l’Homme, de l’organisation et du gouvernement.
• Paradigme déontologique
• Paradigme pragmatique
• Paradigme conséquentialism e
Trentesaux et Caillaud, 2018
Ethical stakes of Industry
• Système Homme-Machine concerné par l’éthique, règles déontologiques développées à partir d’expériences passées.
• Utilisation des méthodes et des outils de l’IA (apprentissage automatique), en simulation et en optimisation, pour lesquels les chercheurs ont développé des modèles et des architectures éthiques déontologiques et conséquentialistes.
• Paradigme déontologique
• Paradigme conséquentialiste
Herschel, Richard, Miori, Virginia, 2017
Ethics & Big Data
• Utilisation par l’Homme du Big data moralement bonne s’il s’agit d’assurer le bien-être en agissant de manière cohérente en fonction de la vertu (toute personne vertueuse saura être juste).
• Évaluation éthique du Big Data, réalisée selon la sagesse morale de ceux qui l’utilisent sachant le risque que cela peut compromettre la vie privée d’autrui.
• Paradigme de la vertu
Kefi et Sarr, 2012
Information technology codes of ethics:
An analysis proposal
• Code éthique des informations technologiques implicitement centré sur l’acte et reposant sur une approche déontologique.
• Paradigme déontologique
Il apparaît que les questions éthiques abordées par les chercheurs font écho à la pratique industrielle même si celle-ci est plus implicite et moins formalisée. Par ailleurs, la prédominance des paradigmes déontologique et conséquentialiste apparaît clairement dans ce tableau, sans doute du fait de la simplicité de leur application et de leur « objectivité », deux acteurs différents en ayant la même interprétation. Pour autant, si les préoccupations éthiques sont bien ancrées dans la culture de l’entreprise, elle demeure peu rattachée à de la méthode, au sens de l’ingénieur, en particulier dans le contexte 4.0. Ainsi, la charte éthique de l’entreprise qui est l'élément le plus tangible de ces préoccupations ne considère les aspects liés à l’Industrie 4.0 qu’à la marge. A partir de ce constat et en accord avec les ingénieurs consultés, une proposition de démarche systématique d’identification des risques éthiques est proposée, pour répondre en partie à la question de recherche : « Comment intégrer une dimension éthique aux transformations liées au passage à l’Industrie 4.0 ? »
17 4.4. Proposition d’une démarche d’identification des risques éthiques
La démarche proposée est inspirée du guideline développé dans l’équipe [43]. Ce guideline a pour but d’identifier les risques éthiques des CPHS avec la prise en compte de l’humain et concerne tout le cycle de vie du CPHS. Ce guideline consiste en un ensemble de questions structurées autour de quelques thèmes (Homme, environnement, société et CPHS en interactions avec le système étudié) qualifiés de tamis. Les questions permettent d’identifier les risques relatifs à chacun de ces tamis.
Le principe de ce guideline est de répondre aux questions posées pour chaque tamis par « oui » ou
« non ». Si la réponse est « oui » alors il y a un risque éthique sinon il y a absence de risque éthique.
Quand la réponse est oui, une arborescence de questions permet de décrire de plus en plus finement ce risque jusqu’à identifier les risques « racines ». Au terme de ce questionnaire, une synthèse des risques identifiés est proposée ainsi que des recommandations, et ce, pour chaque étape du cycle de vie du système [43]. Générique dans son principe, le guideline est adapté au contexte étudié dans une étape préalable.
Dans le cas de la mise en place du MES chez NTN-SNR, l’adaptation du guideline proposé au contexte s’est déroulée en quatre étapes.
1) Redéfinition des tamis : cette étape consiste à préciser les « tamis » [43], en ajoutant d’autres tamis comme suit.
• « L’humain » : concerne la personne qui manipule le CPHS et qui est en interaction avec le système.
• « L’environnement » : concerne ce qui entoure le système, dans son développement et son fonctionnement et tous les aspects écologiques.
• « Autres systèmes » : concerne les systèmes qui sont connectés et interagissent avec le système étudié ; dans notre cas, ce sont tous les systèmes technologiques de l’entreprise (ERP, SAP, Robot…).
• « Société » : concerne les interactions du système étudié avec les autres individus d’une part et la société d’autre part ;
➢ Interactions individus → Système : toute entité directement ou indirectement liée avec le système et qui impacte son fonctionnement, son acquisition ou son développement ; ces entités sont : les employés hors système, les clients, les fournisseurs, les parties prenantes, les concurrents.
➢ Interactions société → Système : La société concerne toute personne qui n’est pas en relation directe avec l’entreprise ou le système mais qui sont impliquées dans le cycle de vie, exemple : les enfants, les habitants, les entreprises exerçant dans d’autres secteurs.
2) Formulation et hiérarchisation des questions : cette étape concerne la formulation des questions qui permettent l’identification des risques éthiques. Pour chaque tamis, un ensemble de questions et de sous-questions permet d’identifier les risques éthiques. Cette étape suppose une vision exhaustive des risques induits par la mise en place du MES. Le questionnement est réalisé sous la forme d’un arbre de questions comme présenté sur la figure 7
Figure 7 : L'arbre de hiérarchisation des questions
18
Dans cette figure, Q1 est la question mère relative au risque à identifier, Q11 et Q12 sont les sous-questions de la question Q1 et les dernières branches de questions Q111 et Q112 sont les sous-questions de Q11 et Q121 Q122 et Q123 sont les sous-questions de Q12.
3) Quantification des risques identifiés : cette étape consiste à quantifier le risque identifié sur une échelle [0,1], une valeur de « 1 » signifie que le risque est maximal, une valeur de « 0 » signifie qu’il n’y a aucun risque. Ainsi, lorsque la réponse à la question est « oui » le risque est quantifié à une valeur de « 1 », lorsque la réponse est « non » le risque est quantifié à une valeur de « 0 ». Dans le cas de sous-questions où les réponses sont parfois « oui » et parfois
« non », la quantification rend compte de la proportion de réponses « oui » en la normalisant.
Ainsi en reprenant l’exemple de la figure 7, pour la quantification du risque identifié par la question Q12 est de 0,66 = ⅔, car la question Q12 contient trois sous-questions dont deux ont une réponse « oui » alors valeur de « 1 » et une question une réponse « non » donc « 0 », au final la valeur que prend Q12 est la moyenne des valeurs prises par les sous-questions.
4) Automatisation du guideline sous format Excel : cette étape concerne le paramétrage et l’organisation du guideline sur Excel afin d’en faciliter l’utilisation. Le choix d’Excel permet de le rendre accessible aux industriels et de faciliter les adaptations dans les questions et l’ergonomie si nécessaire. La question s’affiche en rouge si un risque est identifié, et dans ce cas les sous-questions (quand elles existent) sont elles aussi affichées. A la fin du questionnaire, un tableau récapitulatif des risques identifiés ainsi qu’un graphique en araignée qui quantifie ces risques sur une échelle [0,1] sont proposés pour chaque tamis. Plus la valeur est proche de 1 plus le risque est important ; plus la valeur est proche de 0 moins le risque est important.
Un mode d’emploi accompagne le guideline afin d’expliquer son objectif et son utilisation.
Le guideline résultant est présenté en Annexe 3.
Après son adaptation, le guideline a été utilisé par les ingénieurs de NTN-SNR. Des retours ont été faits pour identifier les problèmes rencontrés dans son utilisation et en proposer des améliorations.
Globalement la démarche retenue et les questions posées ont eu un retour positif. Cependant l’ergonomie dans les questions (les couleurs utilisées, le rouge qui donne une impression de faire une erreur) aura besoin d’être revue. Il en est de même pour la lisibilité de la synthèse (diagramme en araignée) et la note globale. Une autre idée plus générale est dans la volonté de standardiser le plus possible le guideline afin de rendre l’étape d’adaptation à la spécificité de chaque changement lié à la transformation digitale de l’entreprise plus simple et plus rapide.
Au final cette dernière partie du travail a permis de répondre à la question « Comment intégrer une dimension éthique aux transformations liées au passage à l’industrie 4.0 ? ». Elle a contribué à la compréhension des risques éthiques en abordant leur identification au travers d’un questionnement systématique relativement simple à déployer. Mais au-delà d’un « résultat », elle met l’éthique au cœur des préoccupations de l’entreprise dans une démarche proche de celle de l’AMDEC qui permit en son temps d’intégrer les préoccupations « Sûreté de fonctionnement » dans le cycle de vie des produits. Enfin, elle permet à l’entreprise de mieux prendre en compte les aspects internes d’une vision éthique de son fonctionnement en généralisant la notion d’« autrui » à l’ensemble de ses collaborateurs.
Pour conclure, la partie recherche et développement a permis de déboucher sur certaines propositions et d’avoir certains résultats qui seront présentés et discutés dans la section suivante.
5. Résultats et discussions
Cette section est consacrée à la présentation des résultats obtenus relativement aux objectifs fixés et à leur discussion.
5.1. Proposition d’une définition de l’éthique dans l’Industrie 4.0
Le premier résultat obtenu répond à la première question posée qui est « Quelle peut être la définition de l’éthique dans l’Industrie 4.0 ? ».