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Jean-Marc Besse, Le goût du monde

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Academic year: 2022

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Texte intégral

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Géographie et cultures 

75 | 2010 Varia

Jean-Marc Besse, Le goût du monde

Paul Claval

Édition électronique

URL : http://journals.openedition.org/gc/1710 DOI : 10.4000/gc.1710

ISSN : 2267-6759 Éditeur

L’Harmattan Édition imprimée

Date de publication : 1 novembre 2010 Pagination : 272-274

ISBN : 978-2-296-54253-2 ISSN : 1165-0354 Référence électronique

Paul Claval, « Jean-Marc Besse, Le goût du monde », Géographie et cultures [En ligne], 75 | 2010, mis en ligne le 22 mai 2013, consulté le 22 septembre 2020. URL : http://journals.openedition.org/gc/1710 ; DOI : https://doi.org/10.4000/gc.1710

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Jean-Marc Besse, Le goût du monde

Paul Claval

RÉFÉRENCE

Jean-Marc Besse, 2009, Le goût du monde : exercices de paysage, Arles, Actes Sud/

ENSP, 229 p.

1 Le Goût du monde ? Ce recueil d’articles déjà publiés porte un titre trompeur ! Ce sont bien des exercices autour du paysage, mais c’est aussi une réflexion originale sur l’épistémologie de notre discipline. Le prétexte : présenter l’analyse du paysage dans sa diversité. La géographie n’est pas seule à travailler dans ce domaine ; des débats philosophiques et esthétiques accompagnent les diverses approches ; philosophe, l’auteur est particulièrement à l’aise en ce domaine.

2 « Les cinq portes du paysage » dressent l’inventaire des conceptions et des approches du paysage. 1- Pour certains, celui-ci est une représentation culturelle et sociale, une réalité mentale, qui s’exprime dans les modèles picturaux et est influencée par les conceptions que la société se fait d’elle-même. 2- Pour John Brinckeroff Jackson, le paysage est un territoire fabriqué et habité, œuvre collective des sociétés qui le modèlent et l’organisent. 3- Le paysage peut être également vu comme l’environnement matériel et humain des sociétés : les éléments de cet environnement sont structurés en systèmes. 4- La phénoménologie s’intéresse aux expériences auxquelles donne lieu le paysage : cette perspective va au-delà du sujet et de l’objet et fait comprendre le dépaysement. 5- Le paysage apparaît souvent comme projet.

3 C’est la troisième conception que les géographes ont le plus longtemps choisie :

« [Le paysage] doit être compris comme le point de rencontre entre les décisions humaines et l’ensemble des conditions matérielles (naturelles, sociales, historiques, spatiales, etc.) dans lesquelles il surgit et tente de se formuler » (p. 48).

« […], dans cette perspective, le paysage peut être défini comme une réalité matérielle, spatiotemporelle, organisée dans un certain sens, avec laquelle les êtres humains vont avoir à s’expliquer » (p. 48-49).

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4 Beaucoup souscriraient également à la seconde approche, plus sociale et culturelle.

Mais la pratique de la géographie implique également les autres manières d’appréhender le paysage : l’originalité du propos de Besse vient de là.

5 L’histoire de la discipline raconte le long effort pour représenter ce que l’œil ne peut directement embrasser – les grandes étendues, le monde (deuxième partie) :

« Le géographe est un fabricateur d’images, qui sont elles-mêmes des outils par l’intermédiaire desquels seulement il devient possible d’accéder visuellement au monde dans lequel on se trouve plongé sans pouvoir le dominer du regard » (p.

155). La discipline suppose un regard aérien : il fallait le construire : le rêve d’Icare en exprimait le besoin. La géométrie, la perspective en particulier, en ont fourni le moyen. Le géographe peut ainsi porter sur la création le même regard que Dieu.

6 Observer depuis un point haut fait saisir les grands traits, ceux qui résultent de décisions politiques (troisième partie). Mais comme le souligne John B. Jackson, beaucoup de paysages, tout aussi intéressants, sont vernaculaires :

« Alors que le paysage politique se caractérise par les notions de rupture et de fondation (le marquage du territoire), c’est-à-dire par une sorte d’imposition parfois brutale de l’ordre symbolique humain sur l’étendue naturelle […], le paysage vernaculaire est plutôt caractérisé par la notion d’adaptation aux circonstances. […]

On est là dans l’univers de la culture plus que du plan » (p. 129).

7 Pour représenter la terre et pour appréhender les ensembles que constituent les paysages, les géographes ont inventé une technique : la cartographie (quatrième partie). La carte fait apparaître des distributions et suggère des principes pour les expliquer – elle conduit à des opérations d’abduction, le contraire de la déduction :

« [L’abduction, c’est] ce que nous faisons lorsque nous avons affaire à quelque circonstance fort curieuse, qui serait expliquée en supposant qu’elle est un cas particulier d’une certaine règle générale, et que nous adoptons de ce fait cette supposition » (Pierce, cité par Besse, p. 179).

8 L’abduction est largement responsable de la fécondité et la spécificité de la démarche géographique.

9 La dernière partie traite d’une discipline curieuse, l’hodologie, créée par Kurt Lewin entre les deux guerres. Elle retint un instant l’attention de Jean-Paul Sartre. De quoi s’agit-il ? D’une réflexion sur les cheminements que choisissent les hommes :

« […] les notions de distance, de proximité et d’éloignement prennent dans l’espace de vie une signification qui n’est pas ‘objective’ ou ‘métrique’ : ce sont des notions qui correspondent à des degrés d’investissement psychique, c’est-à-dire par exemple à des interprétations, des émotions, des attentes, des désirs. La conduite de l’individu s’effectue par conséquent selon un ensemble de ‘détours’ et de cheminements privilégiés, relatifs à des investissements psychologiques dans le monde […] » (p. 197-198).

10 Les cheminements significatifs pour les hommes ne sont pas nécessairement ceux que l’économie choisirait :

« Il y aurait donc deux géographies. Le plus souvent, on considère la géographie comme une science ou au moins comme un savoir d’un genre spécial, qui a pour objet la surface de la terre. […] il existe une seconde géographie, qu’on pourrait dire de sensibilité et de sentiment, une géographie de proximité et de contact avec le monde et avec l’espace, et dont ou pourrait penser qu’elle est originale, originaire par rapport à la géographie savante » (p. 192-194).

11 La phénoménologie apporte beaucoup à cette seconde géographie, l’idée d’horizon et d’autre monde en particulier :

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« […] l’horizon exprime […] beaucoup plus que l’existence de mondes lointains. Ce terme a une portée ontologique tout autant qu’épistémologique. Il renvoie à la part d’invisible qui réside dans tout visible, à ce pli incessant du monde qui fait du réel, définitivement, un espace inachevable, un milieu ouvert et qui ne peut être totalement thématisé. L’horizon est le nom donné à cette puissance de débordement de l’être qui se présente dans le paysage » (Besse, 2009, p. 53).

12 À partir du paysage, Besse met en évidence toute la complexité de la démarche géographique, et les inflexions qu’elle a récemment connues.

AUTEURS

PAUL CLAVAL

Université Paris IV-Sorbonne

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