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Renc. Rech. Ruminants, 2008, 15 379

Méthodologie d’analyse, par indicateurs clefs et arbres décisionnels, de problèmes de reproduction liés à des facteurs environnementaux dans les troupeaux bovins en Wallonie

KNAPP E. (1), CHAPAUX P. (2), ISTASSE L. (1), DUFRASNE I. (1), TOUATI K. (3) (1) et (3) ULG - faculté de médecine Vétérinaire - bd de Colonster 20 - 4000 Liège

(1) Service de nutrition des animaux domestiques (Bât B43), (3) Pôle ruminants - porcs (Bât B42) (2) Association wallonne de l’élevage - chemin du Tersoit 32 - 5590 Ciney

RESUME - Les performances de reproduction dans les troupeaux bovins se dégradent régulièrement depuis vingt ans et sont responsables de pertes de revenus de plus en plus importantes pour les éleveurs. Les facteurs environnementaux qui influencent les performances de la reproduction sont nombreux et les désordres reproductifs qui en résultent sont aspécifiques (chaleurs peu visibles, infertilité, avortements). Leur identification est donc difficile. En pratique, le vétérinaire est confronté à deux difficultés : l’objectivation du problème de reproduction et l’identification des causes possibles. Deux outils ont été développés pour tenter de surmonter ces difficultés. Le premier est un logiciel qui calcule des indicateurs de reproduction pertinents, rétrospectifs et prospectifs permettant à tout moment, au sein de l’exploitation, d’objectiver les performances de reproduction du troupeau. Le second outil propose une méthodologie d’identification des causes, présentée sous forme d’arbres décisionnels.

Il permet au praticien de progresser de manière logique et méthodique dans la résolution du problème. La méthodologie précise les signes à observer, propose les examens à réaliser, suggère les différents diagnostics possibles, ainsi que les liens physiologiques avec le problème de reproduction constaté. Ces outils, actuellement en test, semblent répondre aux besoins des acteurs de terrain, comme le montrent les premiers résultats obtenus.

Methodology using key indicators and decision-making trees, to analyse reproduction problems linked to environmental factors in cattle herds in Wallonia

KNAPP E. (1), CHAPAUX P. (2), ISTASSE L. (1), DUFRASNE I. (1), TOUATI K. (3)

(1) ULG - Faculté de Médecine Vétérinaire - bd de Colonster 20 - 4000 Liège - Service de nutrition des animaux domestiques - B43

SUMMARY - Reproductive performances in cattle have regularly decreased during the last 20 years. Such a reduction is responsible for increasing income losses for breeders. Environmental factors that influence reproductive performances are numerous and resulting reproduction disorders are non-specific (invisible heat, infertility, abortion). Therefore, their identification is difficult. In the field, veterinarians face both the difficulty to identify the disorder and the possible cause(s). Two tools have been developed to overcome these difficulties. The first one is a software that can calculate relevant retrospective and prospective herd reproduction indicators, on line and on the farm. The second tool offers a methodology that can identify possible causes, with the help of decision-making trees. This allows the practitioner to progress towards problem solving, with coherence and methods. This methodology specifies the signs to observe, suggests relevant exams and differential diagnosis and adds physiological links to the obvious reproduction problem. These tools, currently tested, seem to fully meet the needs of field agents, as shown by the first promising results.

INTRODUCTION

Les performances de reproduction se dégradent régulièrement en Europe, depuis plus de vingt ans. Au Royaume-Uni [1] et en Belgique [2], le taux de réussite à l’insémination artificielle (IA) diminue de 1 % par an. En Belgique, le taux de gestation en race Blanc Bleu Belge est tombé de 55 % à 40 % en dix ans [2]. En Belgique ainsi qu’aux Pays-Bas, le taux de réforme pour infertilité ou infécondité a augmenté de 5 à 8 % par an. Le nombre d’inséminations par gestation en races laitières est passé de 1,43 à 1,75 en dix ans et, pendant cette période, l’intervalle entre les vêlages est passé de 385 j à 412 j [3]. Au vu de ces chiffres, l’objectif communément admis d’un veau par vache par an est de plus en plus difficile à atteindre.

L’impact économique de la diminution des performances de reproduction sur la rentabilité des troupeaux est préoccupant. En Belgique, lorsque l’on compare des groupes de troupeaux de production extrêmes en races laitières ou en races allaitantes, les différences de performances de reproduction (âge au premier vêlage, intervalle vêlage- vêlage (IVV) et nombre de veaux par vache) entre les groupes se traduisent dans tous les cas par une diminution de la marge brute par vache d’un peu plus de 500 E (tableau 1).

Tableau 1 : indicateurs de reproduction dans des troupeaux wallons en 2006-200

Les facteurs environnementaux qui influencent la

reproduction sont nombreux, complexes et interactifs. Les

désordres qui en résultent sont aspécifiques : chaleurs peu

visibles, infertilité ou avortements. Pour cette raison, leur

recherche est particulièrement ardue et le traitement est donc

souvent seulement symptomatique. Pour les acteurs du

terrain, l’appropriation ou la réappropriation du savoir

nécessaire et la capacité à l’utiliser pour résoudre des

problèmes concrets sont rarement opérationnels. En

pratique, l’éleveur et les intervenants dans l’exploitation

sont confrontés à deux difficultés : l’objectivation du

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380 Renc. Rech. Ruminants, 2008, 15

problème de reproduction et l’identification des causes possibles. Deux outils ont été développés pour surmonter ces difficultés.

1. OUTILS METHODOLOGIQUES 1.1. INDICATEURS CLEFS

Les vétérinaires inséminateurs de l’association wallonne de l’élevage sont équipés d’ordinateurs portables (PDA) qui sont en relation directe avec les bases de données d’élevages wallons. Grâce à ces connexions « on line », les listes d’animaux à surveiller (post-partum, anoestrus, diagnostics de gestation, ...) dans le cadre d’un suivi de troupeau peuvent être visualisées et imprimées dans l’exploitation.

Ensuite, des indicateurs de reproduction clefs sont calculés pour le troupeau des vaches et pour celui des génisses à mettre à la reproduction (figure 1).

Figure 1 : écran présentant des indicateurs de reproduction clefs pour les vaches (exemple)

Int Vel-Vel rétrospectif (45)

1

406 jours Objectifs

Période d'attente volontaire 80 jours

IVV souhaité 390 jours

Bilan (80)

1

Période d'attente réelle 90 jours

Jours ouverts 135 jours

IVV projeté 420 jours

Objectifs

% réussite 1° IA ≥ 50 64 %

% Chaleurs détectées ≥ 65 28 %

% Chaleurs efficaces ≥ 30 18 %

1

nombre d'animaux pris en compte

Les indicateurs choisis sont le pourcentage de réussite à l’IA1, le pourcentage estimé de chaleurs détectées (Heat detection rate, critère AABP [4]), le nombre de jours ouverts (estimation du nombre moyen de jours durant lesquels toutes les femelles en âge de reproduction sont non gestantes), l’IVV projeté (jours ouverts + durée de gestation de 285 jours). Ils sont utilisés pour objectiver les problèmes de reproduction, tels qu’ils sont habituellement formulés par les éleveurs. « Mes animaux ne sont pas gestants, on ne les voit pas bien en chaleurs, beaucoup vêleront tardivement, … » Ces indicateurs sont ensuite comparés aux performances de reproduction antérieures (IVV rétrospectif), puis situés par rapport aux objectifs de reproduction (période d’attente volontaire et intervalle Vel-Vel souhaité).

Ces indicateurs clefs permettent de répondre à deux questions essentielles : y a-t-il un problème de reproduction

? Si oui, quelle est son importance ?

Le calcul de ces indicateurs est un préalable à la mise en place d’une méthodologie d’analyse dont le but est d’identifier le (les) facteur(s) environnemental(aux).

1.2. ARBRES DECISIONNELS

Lorsqu’un problème de reproduction est objectivé (%

important de chaleurs non détectées, % élevé d’animaux infertiles, avortements), une méthodologie d’analyse par arbres décisionnels est mise en place. Elle se veut exhaustive, réaliste (coût / bénéfice), adaptable (en cas d’informations incomplètes, imprécises ou intuitives), opérationnelle et didactique.

Ces arbres doivent permettre aux utilisateurs (vétérinaires, éleveurs, …) de progresser de manière logique et méthodique dans la résolution du problème. Les arbres décisionnels sont construits sur quatre niveaux. A chaque niveau, correspond un type d’actions à mettre en œuvre pour orienter le diagnostic. Le premier niveau consiste en la réalisation d’une anamnèse approfondie (observation du troupeau, examens gynécologiques individuels, état d’embonpoint, données complémentaires, données de contrôle laitier…), permettant d’identifier des pistes de recherches prioritaires. Le deuxième niveau propose des examens complémentaires, dont l’importance dépend des hypothèses de recherche, de leur faisabilité en ferme (exemple : dosage du ß-hydroxbutyrate) et du rapport coût / bénéfice (exemple : anti-corps vs. anti-gènes). Le troisième niveau identifie les facteurs environnementaux pouvant expliquer les problèmes de reproduction sur la base de l’anamnèse approfondie (niveau 1) et des résultats des analyses complémentaires (niveau 2). Le quatrième niveau présente les liens métaboliques et hormonaux explicatifs entre les facteurs environnementaux et le problème de reproduction. Cette méthodologie, actuellement en test, permet aux intervenants spécialisés de se réapproprier le savoir théorique indispensable pour améliorer leur savoir- faire. Un exemple d’arbre décisionnel (faible pourcentage de réussite) est présenté dans la figure 2 (utilisée au format A3 sur le terrain pour faciliter sa consultation). Il permet de visualiser les quatre niveaux, leurs interactions parfois complexes et les propositions d’orientation offertes par l’arbre.

2. EXEMPLES

Les outils décrits précédemment sont en test (avis d’experts) dans une quinzaine d’exploitations laitières et allaitantes en Wallonie (saison 2007-2008), dans lesquelles un problème de reproduction a été objectivé par un vétérinaire inséminateur de l’association wallonne de l’élevage à l’aide des indicateurs clefs présentés ci-dessus.

Avant de procéder à une visite de l’exploitation, des

informations complémentaires sont collectées. Elles

concernent le statut gynécologique et sanitaire des animaux,

les données du contrôle laitier et les calculs de rations

disponibles. Après chaque visite d’exploitation, l’arbre

décisionnel est ajusté en fonction des observations, des

actions menées et de l’évolution des indicateurs clés. Ainsi,

l’arbre décisionnel, issu au départ d’une réflexion théorique,

devient plus opérationnel. Deux exemples (troupeau laitier

et allaitant) sont présentés dans le tableau 2. Pour l’exemple

laitier, la progression dans l’arbre décisionnel est illustrée

dans la figure 2 par les flèches et encadrés en gras.

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Renc. Rech. Ruminants, 2008, 15 381 CONCLUSIONS

Le développement d’outils méthodologiques permettant l’objectivation des problèmes de reproduction à l’aide d’indicateurs clefs calculés dans l’exploitation, et de la mise en place d’une analyse des causes à l’aide d’arbres décisionnels, semble répondre aux besoins des acteurs de terrain, comme le montrent les premiers résultats obtenus.

Cette démarche semble pertinente parce que les performances de reproduction sont particulièrement sensibles aux facteurs environnementaux et que leur dégradation entraine des pertes économiques importantes.

Cette approche permet une gestion préventive et curative, qui va donc bien au-delà du suivi de reproduction. Elle a permis la mise en place d’une équipe multidisciplinaire regroupant des personnes ayant des compétences complémentaires (université, associations d’éleveurs,

vétérinaires, commerciaux…), qui contribuent, par leurs interactions et leurs réflexions, à ajuster, remettre en cause et améliorer la méthodologie d’analyse des problèmes de reproduction liés à des facteurs environnementaux, dans l’intérêt économique de l’éleveur.

[1] Sheldon I.M, Wathes D.C., Dobson H. 2006. The Vet. J. 171, 70-78

[2] Opsomer G., Leroy J.L.M.R., Vanholde, T., Bossaert P., de Kruif A. 2006. Vlaam. Diergeneeskd. Tijdschr., 75, 113-119 [3] Leroy, J.L.M.R., de Kruif, A. 2006. Vlaam Diergeneeskd Tijdschr ,75, 55-60

[4] Fetrow J., McClary D., Harman R., Butcher K., Weaver W., Studer E., Ehrlich J., Etherington W., Guterbock W., Klingborg D., Reneau J., Williamson N., J. Dairy Sci. 1990 73, 78-90

Tableau 2 : exemples

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382 Renc. Rech. Ruminants, 2008, 15

Figur e 2 : arbre décisionnel permettant la mise en évidence de facteur(s) explicatif(s) d’un pourcentage important d’animaux infertiles (la progression dans l’arbre décisionnel pour l’exemple laitier est illustré par les flèches et les encadrés en gras). Niveau 1 : Anamnèse appr ofondie et examen clinique Niveau 4 : Liens métaboliques et hormonaux

Niveau 3 : Facteurs envir onnementaux responsables

Niveau 2 : Examens complémentair es

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