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La prévention du suicide à travers le prisme du genre : six mois au sein de l'association Stop Suicide

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Academic year: 2022

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Texte intégral

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Master

Reference

La prévention du suicide à travers le prisme du genre : six mois au sein de l'association Stop Suicide

GUTIERREZ BARRIOS, Sarah Anaïs

Abstract

Rapport de stage: La prévention du suicide à travers le prisme du genre: Six mois au sein de l'association Stop Suicide.

GUTIERREZ BARRIOS, Sarah Anaïs. La prévention du suicide à travers le prisme du genre : six mois au sein de l'association Stop Suicide. Master : Univ. Genève, 2020

Available at:

http://archive-ouverte.unige.ch/unige:136878

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SIX MOIS AU SEIN DE L’ASSOCIATION STOP SUICIDE

SARAH GUTIERREZ BARRIOS

UNIVERSITE DE GENEVE | Maîtrise universitaire en Études Genre

La prévention du suicide à travers le prisme du genre

2020

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Rapport de stage - Maîtrise universitaire en Études Genre

LA PRÉVENTION DU SUICIDE À TRAVERS LE PRISME DU GENRE

Six mois au sein de l’association STOP SUICIDE

Sarah GUTIERREZ BARRIOS

Sous la direction du Professeure Lorena PARINI

et la codirection du Coordinateur de STOP SUICIDE Raphaël THÉLIN

Troisième année de Master en Études genre, Juin 2020

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Remerciements

Je tiens à remercier toutes les personnes qui ont contribué au succès de ce stage, mais qui m’ont également soutenue durant ces années d’études et dans la réalisation de ce dernier travail académique.

Dans un premier temps, je tiens à exprimer toute ma gratitude à l’association STOP SUICIDE pour cette opportunité d’intégrer une équipe formidable et de m’inscrire dans une lutte qui me tient à cœur. Un grand merci à Léonore Dupanloup, chargée de communication à l’association, pour son soutien et ses précieux conseils tout au long de mon stage et dans la rédaction de ce rapport. Je remercie également Raphaël Thélin, coordinateur de STOP SUICIDE, pour sa disponibilité et sa participation à ce travail, notamment en acceptant la codirection.

Je souhaiterais également adresser toute ma reconnaissance à ma directrice de recherche, Lorena Parini, pour sa confiance et son intérêt dans ce projet. Je tiens, d’ailleurs, à remercier l’ensemble du corps enseignant du Master en Études Genre qui a contribué à développer mes connaissances et mes compétences. Intégrer ce Master a été un véritable apport dans ma vie professionnelle et personnelle, et je tiens également à présenter mes remerciements les plus sincères aux étudiantes de ce Master – ma sororité – qui ont alimenté mes réflexions par de multiples partages. Merci de leur soutien, leur bienveillance et leur inspiration.

Finalement, je remercie mes proches pour leur patience et leur contribution. En particulier, ma maman, pour toutes ses relectures et corrections de l’ensemble de mes travaux universitaires, et notamment pour celui-ci. Ses paroles et conseils m’ont permis d’évoluer tout au long de mon parcours académique. Un grand merci également à ma meilleure amie pour la relecture de ce travail et ses encouragements qui ont su atténuer les moments de doute. Et pour terminer, un merci peu commun à mon chat, Suteki, qui plusieurs fois par jour, venait observer le travail en cours en s’installant confortablement sur mes genoux. Merci pour ces petites pauses de douceur qui venaient alléger les moments de blocage.

Ce travail est le fruit de toutes ces rencontres et nombreux partages. Il est l’aboutissement de longues réflexions sur des thématiques engagées et essentielles à mes yeux et représente certainement le continuum de mes engagements futurs.

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Table des matières

1. INTRODUCTION ... 3

2. CONTEXTE ... 5

2.1PRÉSENTATION DE LASSOCIATION ... 5

2.2STRUCTURE DE LASSOCIATION ... 6

2.3DYNAMIQUE DE LÉQUIPE ... 8

2.3.1ORGANIGRAMME DE LASSOCIATION STOPSUICIDE ... 10

3. RÔLES ET FONCTIONS DANS L’ASSOCIATION ... 11

3.1LA DÉCOUVERTE DU PROGRAMME MÉDIAS ET SON IMPORTANCE DANS LA PRÉVENTION DU SUICIDE ... 11

3.2DES PROJETS MÉDIAS PLUS CONCRETS : AU CŒUR DE LA PRÉVENTION ... 14

3.3ET EN DEHORS DU BUREAU ?OBSERVATIONS ET EXPÉRIENCES SUR LE TERRAIN ... 21

4. ANALYSE DU GENRE DANS LA PRÉVENTION DU SUICIDE ... 23

4.1GENRE ET SUICIDE :MAIS OÙ SE CACHE LE GENRE ? ... 23

4.1.1MOVEMBER : UNE MOUSTACHE POUR LA SANTÉ MASCULINE ? ... 28

4.2L’INFLUENCE DU GENRE CHEZ STOP SUICIDE ... 30

4.2.1LES HOMMES, ABSENTS DE LA PRÉVENTIONDU SUICIDE ? ... 30

4.2.2LA PRÉVENTION DU SUICIDE : UN ENJEU QUI NOUS CONCERNE TOU·TE·S ... 32

4.2.3LE PROGRAMME MÉDIAS :ESPACE DE PRÉVENTION ET LUTTE CONTRE LES STÉRÉOTYPES DE GENRE ... 33

5. APPORTS & LIMITES ... 38

5.1APPORTS ... 38

5.1.1APPLIQUER LES ÉTUDES GENRE DANS LE MILIEU DE LA PRÉVENTION DU SUICIDE ... 38

5.1.2STOPSUICIDE : UN DÉVELOPPEMENT PROFESSIONNEL ET PERSONNEL ... 38

5.2LIMITES ... 40

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6. CONCLUSION ... 41

7. BIBLIOGRAPHIE ... 43

8. ANNEXES ... 49

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1. Introduction

« Chez les jeunes, près d’un décès sur trois est un suicide » (STOP SUICIDE : ACTUS COMMUNIQUE, 2020). Une triste réalité qui, d’ailleurs, ne touche pas que les jeunes et qui occupe une place importante dans les préoccupations de la santé publique. En suivant la pensée du sociologue Émile Durkheim, les organismes s’engageant pour la prévention du suicide démontrent que le suicide « correspond aux critères constitutifs d’un problème social » (ROY, 2012 : 47), ce qui implique que tout le monde est non seulement concerné par ces questions, mais peut également agir à son niveau. Ainsi, ayant déjà une certaine sensibilité quant à cette problématique, en tombant sur l’offre de stage de STOP SUICIDE, une association genevoise engagée dans la prévention du suicide chez les jeunes en Suisse romande, il ne m’était pas envisageable de laisser passer cette occasion qui me permettait de m’impliquer pour cette cause.

Le processus de recrutement s’est très vite déroulé. Le mercredi 19 juin, j’envoyais ma candidature, le 1er juillet, je passais l’entretien et le 3 juillet je recevais un appel de l’association qui m’annonçait que j’étais engagée en tant que stagiaire dans le Programme Communication et Prévention Médias. Il est vrai qu’en sortant de l’entretien, je me suis posée de nombreuses questions sur la place des études genre dans le domaine de la prévention du suicide. J’ai donc passé des heures à faire des recherches sur le sujet et mes investigations m’ont menées à de multiples études croisant une perspective de genre avec le suicide, notamment concernant les groupes à risque de suicide comme les personnes LGBTIQ+ ou encore les hommes. C’est alors que je me suis rappelée des paroles de professeur·e·s universitaires, lors de mes cours de Master en Études Genre, qui avançaient que le genre est un outil qui permet d’analyser et d’interroger l’ensemble du monde social. En effet, indépendamment des idées égalitaires, nous sommes tou·te·s façonné·e·s et traversé·e·s par des stéréotypes et des normes de genre. Ces réalités sociales nous constituent et vont même jusqu’à entraîner des répercussions conséquentes dans tous les pans de nos vies, y compris lorsqu’il est question de suicide ou de santé mentale. Dès lors, comme relevé plus haut, les hommes sont plus à risques de suicide que les femmes. À titre d’illustration, l’étude d’André Tremblay, Suicide, Migration et Rapports de sexe (2007) mentionne « ce rapport entre le nombre de suicides masculins et le nombre de suicides féminins » (TREMBLAY, 2007 : 69). Il souligne même qu’« on connaît bien depuis Durkheim le phénomène de surmortalité masculine. En fait à l’exception de la Chine, c’est partout la même chose : les hommes se tuent davantage que les femmes » (TREMBLAY, 2007 : 69).

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Ainsi, en écho avec ces observations et les propos de Natalie Davis, historienne américaine qui affirmait : « il me semble que nous devons nous intéresser à l’histoire aussi bien des femmes que des hommes ; il ne faudrait pas que nous travaillions seulement sur le sexe dominé, (…).

Notre but est de comprendre la signification des sexes, des catégories de genre (…). Notre but est de découvrir la gamme des rôles sexués et celle du symbolisme sexuel dans différentes sociétés à différentes périodes, de mettre au jour le sens qui leur a été donné et de voir comment cela a contribué à maintenir l’ordre social ou à promouvoir le changement » (SCOTT, 1986 : 21). L’essentiel de ma recherche se focalisera sur ces écarts de taux de suicide entre les hommes et les femmes, notamment en interrogeant l’influence des normes de genre sur les risques de suicide et la santé mentale. Cette analyse de la prévention du suicide au prisme du genre permettra de mettre en exergue les rapports sociaux de sexe qui prennent place dans de tels sujets et présentera les manières dont STOP SUICIDE tente de pallier (ou non) ces enjeux dans leurs actions de prévention.

Afin de réaliser cette recherche, mes données se concentrent essentiellement sur mes observations menées lors de mon stage au sein de l’association STOP SUICIDE. Le travail médiatique réalisé au sein du Programme Communication et Préventions Médias et constitué en grande partie de la veille et l’analyse d’articles médiatiques, a fourni d’excellentes informations pour répondre à ma problématique. De plus, il est important de soulever que les différents projets spécifiques ou activités de prévention, auxquels j’ai pu participer lors de mon stage, ont également pu mettre en évidence les rapports sociaux de sexe dans la prévention du suicide, et donc alimenter positivement ma recherche.

Dès lors, la première partie de ce rapport de stage se focalise sur le contexte de l’association STOP SUICIDE en présentant l’association dans son ensemble et sa structure. Puis, j’évoquerai notamment le rôle et la fonction que j’ai pu tenir au sein de cette organisation pendant six mois en mettant en évidence, entre autres, les actions et projets que j’ai menés dans le Programme Communication et Prévention Médias, et en dehors du bureau. La deuxième partie de ce dossier traitera de l’analyse du genre dans la prévention du suicide, avec une revue de la littérature qui explicitera plusieurs concepts, comme le « genre », « les masculinités et féminités », « les rôles et les normes sociales de genre ». Ces différentes notions seront ensuite appliquées aux projets et actions de STOP SUICIDE, et à la prévention du suicide en général. Finalement, les derniers chapitres se consacreront aux apports et limites du stage et du rapport en lui-même, avant de terminer par une conclusion.

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2. Contexte

2.1 Présentation de l’association

L’histoire de l’association STOP SUICIDE commence par le suicide d’un jeune étudiant au Collège Calvin à Genève et du silence marquant des adultes autour de ce drame. STOP SUICIDE, est donc née d’une volonté de briser le tabou autour de ce sujet, de mettre des mots sur cette problématique qui encore à l’heure actuelle reste la première cause de mortalité des jeunes en Suisse (STOP SUICIDE : COMMUNIQUE DE PRESSE, 2020). Ainsi, face au mutisme et aux incompréhensions suite à ce décès, certain·e·s camarades organisent une marche blanche silencieuse, le 9 septembre 2000. Les masques blancs portés durant le défilé, symbolisent l’impossibilité d’exprimer les réelles difficultés auxquelles les adolescent·e·s et jeunes adultes sont confronté·e·s. Constituant les débuts de l’association, cette marche réunit plus de 200 personnes, et témoigne: « (…) en silence, que nous ne pouvions plus accepter le suicide d’un seul jeune » (STOP SUICIDE : MISSIONS, 2020), comme l’exprime Florian Irminger, ancien élève du Collège Calvin et co-fondateur de l’association STOP SUICIDE.

Néanmoins, les réactions autour de cette manifestation, qui apparaît comme un premier pas dans la prévention du suicide, sont contrastées. D’une part, cette marche représentait une étape du deuil pour de nombreuses personnes touchées par le suicide du jeune collégien ; et d’un autre côté, Florian Irminger confesse, dans un article de la Tribune de Genève, les attitudes réticentes de certains adultes, notamment de l’infirmière scolaire du Collège Calvin qui avait même affirmé que « c’était à cause de gens comme [eux] qu’il y avait des suicides » (LANGUIN, 2015). Il est possible de penser que cette opinion n’est qu’un cas isolé, mais encore aujourd’hui, les institutions contribuant à la prévention du suicide doivent lutter contre plusieurs idées reçues, en particulier selon laquelle parler du suicide peut donner envie aux personnes vulnérables de passer à l’acte. Néanmoins, comme le mentionne le site de STOP SUICIDE :

« Parler de suicide à quelqu’un n’est pas incitatif. Au contraire, évoquer la problématique suicidaire avec une personne en mal-être pourra la soulager, l’inciter à parler et exprimer sa souffrance » (STOP SUICIDE : IDEES REÇUES, 2020).

L’inaction des acteurs institutionnels quant à la marche blanche, ont poussé Florian Irminger et Aurélie Jaeklé à créer l’association, le 4 décembre 2000. Quatre ans après la conception de l’association, Florian Irminger joint un nouveau comité avec l’appui de Pauline Borsinger, une amie d’enfance, qui l’épaulera afin de redéfinir les fondamentaux de l’association.

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« STOP SUICIDE ne serait pas une association qui parlerait de santé mentale ou remplacerait la Main Tendue. [Ils] ont [donc] décidé de faire de la prévention et de déconstruire les a priori » (LANGUIN, 2015). Dès lors, la mission principale de STOP SUICIDE est d’informer et de faire parler du suicide, d’outiller la population avec les ressources d’aide dans le but de prévenir le suicide chez les jeunes (15 à 29 ans) dans l’ensemble de la Suisse romande.

C’est d’ailleurs en mai 2005 qu’est mise sur pied la première semaine de prévention de l’association. Lors d’une réunion tenue secrète, Pierre-François Unger, Ministre de la Santé de l’époque, accorde une subvention de 60'000 francs à l’association. « Qu’un conseiller d’Etat reconnaisse qu’il y avait des réticences partout et ose confier la prévention du suicide des jeunes à des jeunes qui n’étaient pas des spécialistes de santé publique constituait un virage à 180 degrés » (LANGUIN, 2015) s’exclame Florian Irminger.

Ce premier soutien budgétaire permet de financer la première campagne de sensibilisation de STOP SUICIDE débutant le 10 septembre pour la Journée mondiale de la Prévention du suicide.

Depuis, cette campagne a lieu chaque année et permet d’informer et sensibiliser le public, d’apporter de la visibilité à cette problématique et d’effectuer de la prévention dans des endroits sensibles par diverses actions (ateliers, événements, distributions d’affiches, de prêts-à-prévenir – flyers avec numéros d’urgences-, de dépliants avec les conseils de STOP SUICIDE, etc.).

Pendant les trois ans qui suivent cette première campagne, l’association va se professionnaliser et comptera de plus en plus de salarié·e·s. En 2008, Florian Irminger quitte l’association, il explique son départ en déclarant : « Il y avait enfin un réel soutien des autorités, j’ai laissé les autres prendre le relais. Et j’ai eu 25 ans, je trouvais que j’étais trop vieux » (LANGUIN, 2015).

Depuis l’association STOP SUICIDE continue de se développer, tout en gardant le principe de départ, où la prévention du suicide est élaborée par des jeunes personnes issues de milieux et domaines différents qui ne sont pas, à proprement parler, des expert·e·s de cette prévention, mais qui ensemble constituent quelque chose de pertinent. (STOP SUICIDE : YOUTUBE, 2015).

2.2 Structure de l’association

L’association STOP SUICIDE comprend un comité directeur et une équipe de sept personnes.

Le premier, c’est-à-dire le comité directeur, est l’organe de direction de STOP SUICIDE. Il est composé de huit membres bénévoles élu·e·s lors de l’Assemblée générale et issu·e·s de diverses formations, tels que les sciences humaines, la communication, le travail social ou encore la psychologie.

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Tous les mois est organisée une réunion du comité avec le coordinateur de l’association, Raphaël Thélin. Ces sessions permettent d’examiner plusieurs points, notamment administratifs, budgétaires ou encore de l’avancement des projets, des questionnements de l’équipe, etc.

Outre ces meetings, d’autres séances supplémentaires prennent place durant l’année avec quelques membres du comité que nous nommons « le bureau ». Ces rencontres impliquent en général le·la président·e du comité, le·la vice-président·e, le·la trésorier·ère et finalement le·la coordinateur·rice de l’association.

Le deuxième élément de l’association, en d’autres termes l’équipe, est composé de sept personnes assurant diverses fonctions selon leurs statuts et leurs rôles. Dès lors, une personne est responsable de la coordination de l’association et donc de l’équipe en général (Raphaël Thélin). Deux autres personnes s’occupent du Programme Prévention ciblée et Sensibilisation en milieu scolaire et formation supérieure (Abbas Kanani et Neslie Nsingi), et donc dirigent des actions de prévention sur le terrain. Ensuite, deux personnes contribuent au Programme Communication et Prévention Médias, dont une personne chargée de communication (Léonore Dupanloup) et un·e stagiaire. Finalement, deux personnes s’occupent de la planification stratégique et opérationnelle de la campagne, parmi elles la responsable de campagne (Sophia Perez) et un·e stagiaire.

En plus des membres du comité et de l’équipe, l’association compte également sur le soutien d’une marraine et d’un ambassadeur. Le rôle de marraine est rempli par Fabienne Bugnon, depuis les débuts de STOP SUICIDE. Elle accompagne et conseille les membres de l’équipe et du comité dans diverses tâches. Entre autres, elle soutient certains projets et aide à faciliter les relations entre l’association et divers contacts, notamment dans le monde politique.

Bruno Peki, quant à lui, est le jeune ambassadeur de STOP SUICIDE depuis 2019. Humoriste genevois, il tente de sensibiliser les jeunes à la prévention du suicide et contribue à la visibilité de l’association et des différentes instances d’aide. Pour Bruno, il est important de mettre en avant ce type d’association, afin de « prouver que l’on n’est jamais complètement seul qu’une main nous est toujours tendue » (STOPSUICIDE : EQUIPE & COMITE, 2020).

L’association compte également plus de cinquante bénévoles qui prennent part aux activités de STOP SUICIDE par leur participation à des brainstorming, sur des stands ou encore pour l’exécution de tâches administratives. En outre, STOP SUICIDE dispose du soutien d’une centaine de membres qui, en s’acquittant d’une contribution annuelle, participent à la prévention du suicide et bénéficient d’un droit de vote lors de l’Assemblée Générale.

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À leur échelle, tous ces acteurs œuvrent pour la prévention du suicide en mettant en place et en collaborant à différents projets, tels que la campagne, des actions de sensibilisation auprès de groupe particuliers, des événements culturels et sportifs ou encore des conférences.

2.3 Dynamique de l’équipe

Les bureaux de STOP SUICIDE siègent à la Maison des Associations, à Genève. Cet open space divisé en deux parties, laisse entrevoir six bureaux et ordinateurs à l’étage inférieur, et des petits escaliers menant à une mezzanine, où se situent un espace pour manger et le bureau de Raphaël Thélin, coordinateur de l’association.

Accueillie par Léonore Dupanloup, responsable du programme médias, le lundi 15 juillet 2019, je découvre ces bureaux pour la première fois. Ces premières semaines de stage me permettent de m’immiscer dans le quotidien de l’association petit à petit. En effet, mon arrivée se déroule au début des vacances d’été, le rythme de l’association est donc fortement ralenti et par les nombreuses vacances posées en cette période, l’équipe évolue en effectif réduit. Mon bureau, quant à lui, se trouve, pour les six prochains mois, aux côtés de celui de Léonore Dupanloup.

Elle sera donc ma guide durant ce stage. D’ailleurs, c’est elle qui me montrera les divers outils à employer, m’assignera certains projets, répondra à mes questions, me conseillera et m’aidera à surmonter certains de mes blocages.

Lors de ce premier jour au sein des locaux, j’ai aussi pu participer à ma première réunion d’équipe qui se déroule généralement tous les lundis. Apportant également mon appui à la coordination en réalisant diverses tâches administratives, je rédigerai donc les procès-verbaux de ces meetings durant mon stage. Les éléments fusent pendant ces réunions et je me rends rapidement compte qu’être nouvelle dans un groupe implique tout un apprentissage afin de maitriser les codes sociaux permettant de comprendre les fonctionnements du groupe et ses enjeux. Comme le relève Salima Amari, dans un texte traitant de l’inclusion des lesbiennes maghrébines dans les milieux associatifs LGBTIQ+ : « [il peut y avoir un] sentiment d’altérité pour les non initié.e.s » (AMARI, 2013 : 223).

Au fil du temps de mon adaptation au sein de STOP SUICIDE, ce sentiment a disparu et d’ailleurs, mes procès-verbaux le reflètent particulièrement bien. Mes prises de notes hésitantes du début se sont éclipsées et j’ai acquis les subtilités du vocabulaire de l’association. M’alliant à Google lorsque certaines abréviations me sont encore inconnues ou pour apporter du contexte aux phrases, je me sens rapidement à l’aise et cela se reflète dans mon travail.

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Au-delà d’être juste des réunions d’équipe quelconques, ces séances hebdomadaires représentent la cohésion et la dynamique de groupe qui existe chez STOP SUICIDE.

En effet, ces sessions permettent au groupe d’interagir, de partager et de prendre des décisions ou d’avoir des réflexions communes. Tel que le soulignait Kurt Lewin (GROSSEN - cours universitaires-, 2015), psychologue américain spécialisé dans la psychologie sociale et le comportementalisme, dans sa définition du groupe social : « L’essence du groupe n’est pas la similarité ni la dissimilarité de ses membres, mais leur interdépendance » (DE VISSCHER, 2006 : 54). Ces réunions d’équipe peuvent, alors, être perçues comme une preuve de cette interdépendance entre les membres de l’équipe de STOP SUICIDE. Par ailleurs, l’agencement en open space des locaux de l’association, favorise les interactions et permet également de créer cette dynamique de groupe et de solidifier cette interdépendance.

Ces extraits tirés du procès-verbal de la réunion d’équipe ayant eu lieu le 14 octobre 2019, montre les différences entre ma prise de note durant la réunion et le rendu final. Les ajouts précis, comme le statut de Raphaël Aubry, se sont souvent effectués avec l’aide de Google.

La version finale reste plus fluide et agréable à lire.

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2.3.1 Organigramme de l’association STOP SUICIDE

Comité directeur

8 bénévoles

Programme Communication

& Prévention médias

1 Responsable (70%) 1 Assitant·e (60%)

· Veille & analyse médiatique

· Réseaux sociaux

· Site internet

· Newsletters, revues de presse

· Sensibilisation auprès des journalistes

Programme Prévention campagne &

Mesures de protection

1 Responsable (80%) 1 Assistant·e (60%)

· Planifications stratégiques et opérationnelles des

campagnes

· Organisation d'événements

· Collaboration avec les autorités dans le renforcement des mesures de protections

Programme

Prévention ciblée et actions sur le terrain

2 Responsables (125%)

· Ateliers en milieu scolaire et formations

supérieures

· Ateliers dans des endroits spécifiques (foyers, ambassades,

recrues, ONG, association, etc.)

Coordination de l'équipe

1 responsable (90%)

Ambassadeur·rice Bénévoles Membres Marraine·Parrain

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3. Rôles et fonctions dans l’association

Tou·te·s les stagiaires de STOP SUICIDE sont recruté·e·s pour une période de six mois.

Engagée à 60% mi-juillet, j’ai donc travaillé jusqu’à la fin de l’année 2019, du lundi au mercredi dans les locaux de l’association. Effectuant le stage en communication et médias, les trois missions principales impliquaient de gérer la communication externe de l’association, collaborer au Programme médias et assister à la coordination.

Dans ce chapitre, je tenterai d’expliciter davantage ses rôles et fonctions qui m’ont été attribués, afin de mieux définir la place que j’occupais au sein de l’association.

3.1 La découverte du Programme médias et son importance dans la prévention du suicide

La gestion de la communication externe de l’association s’effectuait notamment par la mise à jour des contenus du site internet de STOP SUICIDE, des réseaux sociaux ou encore par l’administration de la boite mail officielle. Mes tâches quotidiennes étaient donc de relever les courriels, d’y répondre si je le pouvais ou sinon de les relayer aux membres de l’équipe auxquels ils étaient adressés.

Les lundis, je m’occupais principalement de la veille médiatique, c’est-à-dire je répertoriais les articles scientifiques ou journalistiques qui avaient été rédigés sur la thématique du suicide durant la semaine précédente. Le recensement de ces articles permet de garder une trace de ces écrits, de sélectionner des articles intéressants pour les connaissances de l’équipe ou encore de les utiliser pour les publier sur les différentes plateformes de STOP SUICIDE, tels que Facebook, Twitter, etc. En effet, comme le relève l’Organisation Mondiale de la Santé :

« Internet est devenu une plateforme essentielle pour l’information et la communication sur le suicide, en particulier chez les jeunes et les personnes à haut risque » (OMS, 2017 : 13).

La Page Facebook comptant, à ce jour, 3050 likes est notre principal canal de diffusion. Les contenus mis en ligne sur cette page permettent de rendre compte de l’actualité liée à la prévention du suicide en Suisse, comme dans le monde. Réaliser ces publications quotidiennes m’a appris à perfectionner mes phrases d’accroches, à attirer davantage de lecteurs, mais également à vulgariser au maximum, afin que nos abonné·e·s soient interpellé·e·s par le résumé et cliquent sur l’article. De plus, j’ai appris également à publier différemment selon les plateformes utilisées. En effet, on ne partage pas de la même manière et pas les mêmes contenus selon les applications que nous souhaitons utiliser.

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Par ailleurs, j’ai rapidement remarqué que les posts engendrant davantage de réactions, étaient des articles « feel good », comme les exemples ci-dessous le suggère :

Sélectionner des articles à partager, c’est tout d’abord faire le tri entre ce qui peut être considéré comme un article préventif ou incitatif. En effet, le Programme Communication et Prévention Médias, chez STOP SUICIDE, se base sur des recherches qui ont relevé qu’« un traitement médiatique imprudent des faits suicidaires » (NOTREDAME C.-E & AL., 2016 : 449) peut se révéler incitatif. Dès lors, un article mentionnant le lieu ou la méthode de suicide, informant de manière sensationnaliste sur le sujet ou encore ramenant le suicide à une cause unique peut augmenter les taux de suicide et tentatives de suicide. Cet effet, appelé aussi l’effet Werther,

« désigne [donc] le phénomène d’imitation d’un fait suicidaire relayé par les médias » (NOTREDAME C.-E., 2015 : 3). Cependant, plusieurs études actuelles démontrent que les médias pourraient également jouer un rôle préventif quant au suicide. En effet, « le traitement journalistique du suicide, sous certaines conditions, [peut] contribuer à prévenir certains passages à l’acte » (NOTREDAME C.-E., 2015 : 1). En d’autres termes, en suivant plusieurs recommandations, telles que mentionner les ressources d’aides, aborder les multiples causes de suicide, les médias pourraient produire ce que nous désignons l’effet Papageno, c’est-à-dire

« un effet de prévention des passages à l’acte suicidaire » (NOTREDAME C.-E., 2015 : 3)

Figure 1: Publications Facebook de STOP SUICIDE

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Assimiler ces recherches m’a permis de me questionner quant à ce que représente « un bon article », c’est-à-dire un article qui aurait des effets de prévention. En effet, suite aux veilles médiatiques, je me suis rendu compte que certains écrits pouvant être perçus comme préventif, notamment des témoignages redonnant de l’espoir, peuvent présenter des éléments incitatifs, tels que la mention du lieu ou de la méthode. Considérés comme des articles « mixtes » - contenant à la fois des composantes incitatives et préventives -, ceux-ci doivent-ils être mis de côté malgré leurs facultés préventives ?

Cette réflexion a donc été amenée lors d’une réunion d’équipe, le 23 septembre 2019, afin d’évaluer la manière dont le Programme médias doit traiter ce type d’article dans le futur. Il est possible d’observer, ci-dessous, le point dans le procès-verbal abordant ce sujet :

« Partage article avec méthode ? : Léonore et Sarah se demandent si un article ayant toutes les caractéristiques d’un article préventif, mais qui stipule la méthode, peut être publié sur les réseaux sociaux. En effet, souvent lorsqu’il est question de témoignages, la méthode est citée.

Néanmoins, les articles restent, dans l’ensemble, préventifs, malgré ce point. Afin de savoir comment traiter au mieux ces articles, Léonore va contacter le Programme Papageno, [programme mondial de prévention du suicide]. » (190923_PVEQUIPE, 2019).

Ces divers éléments ont produit une réelle attention personnelle de l’impact qu’ont les médias dans notre société. Mes études en Sciences sociales et Études Genre ont déjà participé largement à ma prise de conscience sur le pouvoir des mots, référence clé à l’ouvrage de Judith Butler (2004), philosophe américaine s’intéressant au genre et théories queer. Dès lors, « un traitement médiatique responsable » (NOTREDAME C.-E., 2015 : 7) est donc vivement encouragé par les divers·e·s acteur·rice·s de la prévention du suicide, mais pas seulement. En effet, au cours de mon stage, j’ai eu l’opportunité de participer à une réunion entre STOP SUICIDE et deux autres associations : Décadrée – association féministe promouvant l’égalité dans les médias, la communication et dans la langue – et Vivre Ensemble – association spécialisée dans l’information sur la thématique de l’asile et des réfugié·e·s. Cette rencontre met en exergue la manière dont diverses luttes, imaginées comme distinctes, peuvent œuvrer ensemble pour un projet commun, celui de « sensibiliser les journalistes à [certaines]

problématique[s] (…) et à la responsabilité qu’impliquent leurs écrits dans [ces] domaine[s] » (NOTREDAME C.-E., 2015 : 7).

D’ailleurs, dans les premiers jours du mois de septembre, Léonore Dupanloup m’a invitée à observer une de ces interventions de sensibilisation donnée au CFJM, Centre de formation au journalisme et aux médias.

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Cet atelier de prévention permet aux futur·e·s professionnel·le·s des médias romands de prendre connaissance des actions de STOP SUICIDE dans son ensemble et auprès des médias, et « également [de] leur donner des outils concrets pour y contribuer dans leur pratique professionnelle » (STOPSUICIDE : INTERVENTIONS, 2020). Lors de cette séance, les futur·e·s journalistes sont informé·e·s au sujet de l’effet Werther et Papageno et des différentes recommandations pour un traitement médiatique responsable du suicide. Par ailleurs, l’extrait de Powerpoint ci-dessous est également un flyer distribué aux journalistes et aux étudiant·e·s en communication, afin qu’ils puissent se référer à ces informations.

3.2 Des projets médias plus concrets : au cœur de la prévention

Bien que le soutien au programme médias occasionnait l’exécution de tâches élémentaires, comme le partage de contenus sur les réseaux sociaux ou encore la réalisation de la revue de presse ou la newsletter, j’ai également eu l’opportunité de m’engager sur des projets plus conséquents. Ainsi, la plupart de ces missions accomplies sur du long terme ont rythmé mon expérience et ont été essentielles dans mon évolution au sein de STOP SUICIDE.

Figure 2 Extraits du Powerpoint présenté au CFJM

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Un des premiers projets dont je me suis occupée, est la modification de l’encadré de prévention présent dans les articles de journaux romands lorsqu’ils traitent de la thématique du suicide. En effet, comme démontré plus haut, la mention des ressources d’aide lors d’une médiatisation du suicide peut avoir un impact préventif. Dès lors, il y a quelques années, STOP SUICIDE avait rédigé un encadré avec les ressources d’aide que l’association avait soumis aux médias romands, afin qu’ils puissent l’appliquer lors d’écrits abordant la question du suicide. Durant le mois d’août, Léonore Dupanloup m’a fait part de ses doutes à propos des deux formats d’encadré présents actuellement dans les médias suisses, et souhaitait donc les modifier.

Nous avons donc organisé un brainstorming avec les bénévoles de l’association qui nous a permis de collecter de nombreuses idées et d’obtenir un regard extérieur sur le sujet. Ces suggestions ont été présentées à l’équipe lors d’une réunion et c’est suite à ces multiples étapes que j’ai pu élaborer le nouvel encadré. Celui-ci fût envoyé à plusieurs groupes œuvrant pour la prévention du suicide, afin d’être approuvé, avant d’être transmis aux différentes rédactions suisses. Actuellement, le processus est en suspens. En effet, après avoir obtenu l’approbation des groupes de prévention, l’encadré avait été communiqué au rédacteur en chef du 20minutes, Philippe Favre. Néanmoins, cette proposition reste encore en attente de validation « officielle ».

Aux dernières nouvelles, Léonore Dupanloup a pu le transmettre, de manière individuelle, à certain·e·s journalistes qui l’ont soit adopté ou s’en sont inspiré afin de rédiger leur propre encadré de prévention.

Figure 3 : Les deux anciens encadrés de prévention

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Contribuer à ce projet m’a permis d’observer les étapes cruciales qui participent au bon développement d’un projet. Ce processus a également eu le mérite de souligner la dynamique de groupe qui règne chez STOP SUICIDE. En effet, un projet ne se monte pas seul·e, mais résulte de l’équilibre des points de vue de chaque membre de l’équipe. Finalement, en procédant à la rédaction de ce texte préventif, j’ai également été confrontée à la place de l’écriture inclusive et épicène dans les médias. Par ce type d’écriture, j’entends « l’ensemble des attentions graphiques et syntaxiques qui permettent d’assurer une égalité de représentations des deux sexes » (HADDAD & BARIC, 2016 : 4). Précisons que ce langage est déjà régulièrement employé au sein de STOP SUICIDE, notamment dans les contenus publiés en ligne. Dès lors, intégrer l’écriture inclusive dans l’encadré semblait aller de soi. Cependant en raison du nombre de caractères autorisés par les rédactions et la réticence encore actuelle de certains médias à employer ces formulations, appliquer l’écriture inclusive et épicène dans cet encadré aurait été délicat.

Mi-septembre 2019, en plein cœur de la campagne, l’article, qui devait être publié le 10 septembre par la responsable du blog de l’association et membre du comité, Lisa Dubin, n’a finalement pas pu être réalisé. Dès lors, d’un commun accord avec l’équipe, Laure stagiaire au Programme Campagne et moi-même prenons le relais et décidons de co-écrire un article traitant d’éléments de la campagne qui permettent aux lecteur·rice·s de comprendre les signaux d’alerte et d’avoir à disposition certains conseils, afin d’agir s’ils·elles étaient confronté·e·s à un·e individu·e en situation de mal-être. La publication de cet écrit est rapidement reprogrammée et aura lieu le 10 octobre, Journée mondiale de la Santé mentale.

Besoin d’aide ?

Il peut arriver à tout le monde de traverser des moments difficiles ou d’être aux prises avec des pensées suicidaires. En parler permet de trouver du soutien et des solutions.

Si vous vous inquiétez pour vous ou un de vos proches, contactez de manière confidentielle, 24h/24, 7j/7 :

147 : ligne d’aide pour les jeunes (147.ch)

143 : la main tendue, ligne d’aide pour les adultes (143.ch)

144 : urgences médicales

D’autres ressources sont disponibles sur stopsuicide.ch Figure 4: Nouvel encadré de prévention

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Travaillant particulièrement bien en équipe et sous pression, l’écriture de ce texte, en binôme et à effectuer en peu de temps, ne me pose pas réellement de difficultés. Néanmoins, je prends rapidement conscience du travail de vulgarisation à opérer dans cet article.

Bien que familiarisée à cet effort lors de mes rédactions de dossiers académiques, écrire un article destiné à un blog tout public ne requiert pas les mêmes préceptes que produire un dossier universitaire. Voici un extrait d’une partie de l’article que j’ai rédigé :

Souvent confondus avec les facteurs de risque, les signaux d’alerte peuvent se présenter comme une notion floue. Il est donc important de revenir sur ce terme et de le définir, afin de comprendre son importance.

Lorsqu’il est question de suicide, les signaux d’alerte ont tendance à être un mélange entre des signes observables par autrui et des symptômes explicités par la personne elle-même. En d’autres termes, les signaux d’alerte sont d’une part observables, et de l’autre ils sont subjectifs, car ils vont dépendre de chacun.e et varier en fonction des habitudes particulières d’un individu (GRPS, 2017).

Dès lors, la principale caractéristique des signaux d’alerte pourrait être présentée comme l’augmentation du risque suicidaire d’une personne à un court terme. Comme le souligne l’étude de D. Rudd (2008), les signaux d’alerte permettent avant tout de se poser une question essentielle : « Qu’est-ce que la personne est en train de faire (signes observables) ou d’exprimer (symptômes) qui pourraient laisser penser qu’elle a un risque de se suicider dans les prochaines minutes, heures, voir jours ? ». En résumé, les signaux d’alerte sont donc des signes qui sont détectables et indiquent une situation de mal-être qui pourrait s’aggraver et augmenter les risques de suicide à court terme. (GUTIERREZ BARRIOS & BACCHIOCCHI, 2019, à découvrir ici : https://blogs.letemps.ch/lisa-dubin/2019/10/10/reperer-les-signaux-dalerte-du- suicide/).

Par ailleurs, durant l’effervescence de la campagne 2019 qui débuta le 10 septembre, le Programme Communication et Prévention Médias fût nettement plus sollicité. En effet, dès le premier événement de la campagne, le 13 septembre, un stand-up organisé par l’association en collaboration avec plusieurs humoristes suisses, les réseaux sociaux étaient en première ligne et ont joué un rôle considérable dans la visibilité de l’association. Ce soir-là, la salle était comble, plus de 400 personnes étaient au rendez-vous pour ce spectacle. Léonore Dupanloup et moi-même, nous nous sommes chargées de prendre des photos de la manifestation et nous les avons postées pratiquement instantanément en stories sur Instagram.

La plupart des événements de la campagne 2019 posséderont la même visibilité en maintenant un flux constant de nos activités sur nos divers canaux de diffusion (Facebook, Instagram, etc.).

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Cependant, l’activité de l’association sur Instagram s’accroît fortement durant cette période. Comme Instagram reste un réseau social davantage employé par des jeunes, l’utilisation spécifique de ce canal durant la campagne permet, de relayer les informations importantes à ce groupe en particulier et de les faire participer, notamment avec le challenge 2019 #LÀPOURMOI. En effet, chaque année STOP SUICIDE tente par différents moyens de diffuser la campagne et d’impliquer le public.

Cette année 2019, l’association a décidé d’organiser un défi à l’intention des abonné·e·s, et qui serait également relevé par des personnalités publiques suisses mobilisées pour la campagne.

Le but était de poster une story ou une publication Instagram (ou Facebook) mettant en évidence des éléments qui permettaient aux personnes d’aller mieux lorsqu’elles n’avaient pas le moral. Suite à leurs partages, les participant·e·s prenaient part à un tirage au sort où plusieurs prix étaient à la clé. Une soixantaine de personnes ont relevé le défi.

Le Programme médias battait donc son plein. Il fallait effectuer un suivi précis sur les réseaux, repérer les défis effectués, relever les noms de participant·e·s, repartager les différents posts ou stories. Le défi a été essentiel dans la visibilité de notre page Instagram. La participation élevée de personnalités suisses connues dans divers domaines, tels que l’humour, la photographie, l’écriture ou la lecture, a permis d’atteindre des publics variés et d’augmenter considérablement le nombre de nos abonnés (+100) en l’espace de deux mois.

Avec du recul, je pense qu’il serait possible d’aller plus loin sur cette diversité proposée et intégrer, comme participants au challenge, des comptes réputés pour leur soutien aux personnes LGBTIQ+ ou encore représentant d’autres populations à risque. Comme le révèle de nombreuses études, les personnes LGBTIQ+ sont davantage touchées par les risques de suicide.

Selon, Häuserman (2014), « il y a 2 à 5 fois plus de risque de suicide chez les jeunes hommes gays et bisexuels » (HAUSERMAN, 2014 : 8), et chez les femmes homosexuelles ou bisexuelles, les comportements suicidaires sont 2 à 4 fois plus élevés, en comparaison à des jeunes femmes hétérosexuelles (BERRUT, 2015).

Figure 5 : Publications Instagram &

Facebook pour l'annonce du Challenge

#LÀPOURMOI

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Par ailleurs, une enquête suisse réalisée auprès des personnes LGBTIQ+ démontre que « les membres des minorités de genre [ici, les personnes s’identifiant comme trans* ou intersexes]

semblent se sentir moins bien que les individus hétérosexuels cisgenres et les membres de minorités sexuelles » (EISNER & HÄSSLER, 2019 : 16). Cette observation va en adéquation avec les chiffres relevés dans une recherche menée par A. Hass, P. Rodgers et J. Herman qui dévoilent que les personnes trans* ont jusqu’à dix fois plus de risque de se suicider que les personnes cisgenres (HAAS, RODGERS & HERMAN, 2014 : 2).

Dès lors, inclure des profils abordant des sujets LGBTIQ+ dans les personnalités participant au challenge permettraient de sensibiliser et atteindre une population à risque.

Finalement, lors de mes derniers mois de stage, j’ai eu l’opportunité de participer à la réalisation d’un rapport de médiatisation portant sur le traitement médiatique du suicide dans la presse romande. En d’autres termes, cette recherche permet d’observer l’impact de la prévention faite auprès des médias en observant les écrits rédigés sur la thématique du suicide. Cette analyse s’est donc penchée sur cent articles de la presse romande publié durant 2018 et cent autres articles issus de l’année 2014. La sélection s’est réalisée de manière aléatoire dans notre base de données répertoriant les différents articles. L’objectif était de comparer les articles des deux années et d’observer si les directives en matière de traitement médiatique du suicide étaient davantage appliquées en 2018 qu’en 2014.

À cette fin, Léonore Dupanloup, Raphaël Thélin et moi-même avons donc créé une grille d’analyse inspirée d’une grille préexistante conçue par le Programme Papageno (voir Annexe 8.2). L’élaboration de celle-ci a été une étape importante dans cette étude, il était nécessaire de définir les différentes catégories de la grille, pour que Léonore Dupanloup et moi-même puissions être en mesure de les interpréter de la même manière. Dès lors, la seconde étape fût de tester la grille sur le programme Microsoft Excel. Ainsi, Léonore et moi avons chacune de notre côté analysé les mêmes articles, afin d’observer les interrogations qui pouvaient subsister encore lors de l’application de cette méthode d’analyse. Ce processus m’a notamment rappelé mes cours d’introduction à la recherche durant mon Bachelor en Sciences Sociales à l’Université de Lausanne, et en particulier les enseignements sur les méthodes quantitatives, où

« [cette] démache (…) consiste à créer une (ou des) base(s) de données répertoriant des faits sociaux observés (…), à l’exploiter à l’aide d’un logiciel de statistiques, puis à interpréter les résultats d’un point de vue sociologique. [Néanmoins, notons que] chacune de ces étapes est abondamment nourrie par la pensée du chercheur, sa culture scientifique et ses connaissances qualitatives » (SELZ, 2012 : 249).

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Dès lors, les capacités d’analyse acquise durant ma formation m’ont permis d’élaborer des réflexions méthodologiques pertinentes tout au de long de la production de cette enquête.

Malheureusement, arrivant rapidement au mois de décembre et à la fin de mon stage, je n’ai pas eu l’opportunité de continuer l’étude et d’observer le résultat définitif de l’enquête, qui sera d’ailleurs finalisée prochainement – dans le courant de cet été 2020.

Figure 6 : Extraits de la grille d'analyse réalisée par STOP SUICIDE pour le rapport de médiatisation

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3.3 Et en dehors du bureau ? Observations et expériences sur le terrain

En dehors de ma charge de travail réalisée dans les locaux de STOP SUICIDE, j’ai eu l’occasion d’assister à de multiples activités qui m’ont permises de découvrir tous les pans et les actions de l’association.

Ainsi, j’ai eu l’opportunité de suivre diverses formations, dont une donnée par Sophia Perez, responsable du Programme Campagne. Cette formation offerte aux bénévoles de l’association permet de se sensibiliser et d’informer au sujet du suicide, et d’être apte à faire face à d’éventuelles demandes d’aide sur les stands lors d’événements.

En plus de cette formation, STOP SUICIDE m’a proposé de participer également à deux ateliers organisés par l’association Bénévolat-Vaud, Centre de compétences pour la vie associative à Lausanne (https://www.benevolat-vaud.ch/). Les sujets avancés durant ces formations m’ont permis de me perfectionner à des outils utiles pour mon stage au Programme Communication et Prévention Médias, notamment de développer de nouvelles compétences pour la création ou refonte d’un site internet ou encore pour l’emploi d’Instagram au sein d’une association.

Au-delà d’acquérir de nouvelles connaissances pratiques, j’ai également eu la possibilité d’observer diverses actions de prévention ciblées sur le terrain. Ainsi, le 8 octobre 2019, j’ai pu suivre un atelier de prévention mené par Abbas Kanani auprès des étudiant·e·s du Collège et école de commerce Émilie-Gourd, à Genève. Cette sensibilisation s’est effectuée lors d’un événement de « Step Into Actions », une association qui organisent diverses activités, afin que les jeunes puissent avoir les clés pour « façonner notre société » (https://www.step-into- action.org/). Pour cette occasion, les ateliers ont été repensés, afin qu’il ne dure qu’une vingtaine de minutes par groupe d’élèves. Durant cette heure de prévention, nous avons donc rencontré environ une quinzaine d’étudiant·e·s toutes les vingt minutes.

Le but de l’atelier est avant tout de promouvoir la bienveillance entre les jeunes, d’informer sur le sujet du suicide et de présenter les ressources d’aide. Par ailleurs, cette séance est pensée de manière interactive. Dès lors, Abbas Kanani demande aux différents élèves de se présenter en indiquant leurs prénoms et un de leurs rêves. De plus, les idées reçues sur le suicide sont discutées entre les étudiants·e·s. Par exemple, lors de la slide suivante sur le Powerpoint : « Je peux aider un·e ami·e qui aurait des idées suicidaires à aller mieux », Abbas Kanani demande aux jeunes ce qu’ils en pensent. Je prends note que la majorité des élèves suit particulièrement bien la présentation. Ils·elles sont intéressé·e·s par les multiples notions soulevées lors de cette session et participent aux discussions en amenant leurs propres réflexions sur la thématique.

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Dans une interview réalisée pour un article sur le blog de STOP SUICIDE, Abbas Kanani et Neslie Nsingi approfondissent davantage la réalité de ces rencontres (DUBIN, 2018) :

« Dès le début de l’atelier, nous essayons de les impliquer, de les faire participer le plus possible. Nous essayons de susciter le débat en les interpellant directement ». – N. Nsingi

« Les jeunes sont plutôt étonné·e·s de voir d’autres jeunes, comme nous, leur parler de ce thème.

(…). Notre âge est un facteur qui facilite le dialogue. Ils·elles affirment souvent s’être senti·e·s davantage compris·e·s et proches de nous que lors d’autres séances de prévention.

Une fois les présentations terminées, les jeunes sont très ouvert·e·s à aborder la thématique du suicide. En général, ils·elles sont très engagé·e·s dans les moments de débats et donnent volontiers leur avis quand nous déconstruisons les idées reçues sur le suicide ». – A. Kanani Outre cet atelier de sensibilisation donné dans un cadre scolaire, j’ai également accompagné Léonore Dupanloup à une intervention effectuée auprès des recrues genevoises lors des journées d’informations de l’armée.

En ciblant ce groupe particulier, STOP SUICIDE atteint « tous les jeunes hommes de 18 ans du Canton de Genève, ainsi qu’[une minorité] de jeunes femmes, avec des interventions d’une quinzaine de minutes focalisées sur l’entraide et les ressources d’aide » (STOP SUICIDE : INTERVENTIONS, 2020). Cet atelier est, avant tout, une manière de sensibiliser une population à risque de suicide, ici les jeunes hommes qui représentent le groupe majoritairement présent lors ces réunions. En effet, selon les récents chiffres des causes de mortalité pour l’année 2017 en Suisse qui ont été publiés par l’Office fédéral de la Statistique (OFS : CAUSES DE DECES SPECIFIQUES, 2020), il existe toujours un écart entre les hommes et les femmes, lorsqu’il est question de suicide. En effet, il y a un suicide chez les femmes pour trois chez les hommes (STOPSUICIDE : COMMUNIQUE DE PRESSE, 2020). Bien que cette différence entre les sexes puisse interroger, cette répartition est stable depuis des années et fait déjà l’objet de nombreuses recherches qui seront explicitées dans l’analyse.

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4. Analyse du genre dans la prévention du suicide

Lorsque nous parlons « suicide », de nombreuses réflexions apparaissent. Néanmoins, lier la question du genre à cette problématique ne constitue pas les premiers angles d’analyse que nous pouvons imaginer. J’ai, d’ailleurs, moi-même pu faire l’expérience de cette idée. En effet, avant de commencer mon stage au sein de STOP SUICIDE, appliquer une perspective de genre à la prévention du suicide me paraissait une mission complexe. Cependant, après six mois dans l’association, ma position en la matière s’est complètement transformée, et ce chapitre me permet d’une certaine façon d’expliciter la présence et le rôle du genre dans la prévention.

4.1 Genre et Suicide : Mais où se cache le genre ?

Cette première partie est donc consacrée à la revue de la littérature qui présente des liens entre le genre et le sujet du suicide, et fait également état des rapports sociaux de sexe1 qui sont omniprésents lorsque nous traitons du suicide.

Comme soulevé dans le chapitre précédent, il existe une disparité entre les hommes et les femmes dans les statistiques évoquant les taux de suicide. Ainsi, durant l’année 2017, sur les 1043 personnes qui se sont suicidées, 773 étaient des hommes et 270 des femmes (OBSAN : SUICIDE, 2020). La même observation peut être réalisée sur des tranches d’âges spécifiques, notamment chez les jeunes âgés de 10 à 29 ans, où pour l’année 2017, 97 jeunes hommes ont mis fin à leur jour contre 32 jeunes femmes. (Voir Annexes 8.3)

Néanmoins, ces chiffres ont une tendance inverse lorsqu’il est question de tentatives de suicide et non de suicides aboutis. Une étude menée par l’Observatoire suisse de la santé démontre que

« la prévalence à vie [des tentatives de suicide] relève une différence entre hommes et femmes : la part de femmes qui rapportent une tentative est plus élevée que la part d’hommes (3,9% vs 2,9%) » (PETER & TUCH, 2019 : 5). Si nous nous arrêtions à des explications superficielles, nous pourrions expliquer les résultats de ces données par l’emploi de méthodes de suicide différentes selon les sexes. En effet, il est possible de relever que les hommes ont une tendance à utiliser des méthodes plus létales que les femmes.

1Danièle Kergoat assimile le rapport social à « une “tension“ qui traverse la société ; cette tension se cristallise peu à peu en enjeux autour desquels, (pour produire de la société, pour la reproduire ou “pour inventer de nouvelles façons de penser et d’agir) » (KERGOAT, 2010 : 62), se constituent des groupes sociaux aux intérêts antagoniques.

Cette définition s’applique à l’ensemble des rapports sociaux fondamentaux (sexe, classe, race) qui sont consubstantiels (KERGOAT, 2010), c’est-à-dire qu’ils agissent les uns sur les autres et structurent ensemble la totalité du champ social. (NAVARRE, 2012).

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Dès lors, en 2017, davantage d’hommes (24.7%) ont employé une arme à feu pour mettre fin à leurs jours par rapport aux femmes (2.6%) et les femmes (21.9%) ont été plus nombreuses à recourir à l’empoisonnement en comparaison aux hommes (8.4%) (OFS : METHODES DE SUICIDE SELON SEXES, 2019).

Bien que l’utilisation de ces méthodes différentes puissent être un facteur d’explications, de nombreuses études tendent à révéler la complexité de ces situations. Dans le cadre de ce travail, j’ai décidé de me focaliser essentiellement sur les recherches qui mettaient en exergue le concept de genre au sein de leur raisonnement. Par conséquent, il me semble important de définir ce concept avant toute chose. À contrario du sexe déterminé par des éléments biologiques socialement statués, tels que l’anatomie, les chromosomes (avant la naissance) ou encore dans certains cas les hormones ; West Candace et Don Zimmerman définissent le genre, tel qu’un statut « which is constructed through psychological, cultural, and social means » (WEST & ZIMMERMAN, 1987 : 125). Ces deux auteur·e·s expliquent « (…) that gender is not a set of traits, nor a variable, nor a role, but the product of social doings of some sort. (…) We claim that gender itself is constituted through interaction » (WEST & ZIMMERMAN, 1987: 125). Ainsi, le genre serait donc un accomplissement qui se pratique telle une routine à travers les interactions quotidiennes (WEST & ZIMMERMAN, 1987).

À cette première définition vient s’ajouter celle de Joan W. Scott, historienne américaine qui s’intéresse au concept de genre dans son ouvrage De l’utilité du genre (2012). Elle y soulève que « le genre est un élément constitutif des relations sociales fondé sur les différences perçues entre les sexes, et [que] le genre est une façon première de signifier des rapports de pouvoir » (SCOTT, 2012 : 41). En d’autres termes, le genre serait non seulement un construit social qui se performe au quotidien et organise le monde social, mais il permet également de signifier

« l’ensemble des rapports de pouvoir qui instituent la réalité d’un monde polarisé et hiérarchisé entre le masculin et le féminin, entre les “hommes“ et les “femmes“ » (BALLAST, 2017). Et cela ne s’arrête pas là, puisque le genre ne tend pas seulement à mettre en exergue les rapports de pouvoir entre les sexes, mais souligne tous les rapports de pouvoir, c’est-à-dire ceux de classe ou encore de race, par exemple (FASSIN - cours universitaire -, 2017). Ainsi, utiliser ce concept qui se tient aux croisements de tous les rapports sociaux peut être une clé de lecture intéressante pour les questions de suicide. En m’intéressant principalement aux écarts entre les hommes et les femmes, mon cadre théorique et mon analyse se pencheront essentiellement sur les enjeux des rapports sociaux de sexe dans la problématique du suicide.

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En 1897, alors que la sociologie reprenait la question du suicide à son compte, Durkheim, père fondateur de la sociologie aborde partiellement, dans son œuvre Suicide, le sujet des rapports sociaux de sexe sous l’étiquette de « l’influence du sexe » (DURKHEIM, 2005) dans le suicide.

Durkheim définit cette « influence du sexe » comme présentant « beaucoup plus un effet de causes sociales que de causes organiques. Ce n’est pas parce que la femme diffère physiologiquement de l’homme qu’elle tue moins ou qu’elle se tue moins ; c’est qu’elle ne participe pas de la même manière à la vie collective » (DURKHEIM, 2005 : 389).

En effet, tout en adoptant une perspective sociologique de la situation, Durkheim en vient à la conclusion qu’une des raisons pour lesquelles les femmes ont des taux de suicide plus bas, est parce qu’elles sont moins engagées dans la vie collective et, par conséquent, en ressentent

« moins fortement l’action bonne ou mauvaise » (DURKHEIM, 2005 : 335). Les hommes, à contrario, davantage socialisés, seraient moins protégés contre les risques de suicide. Cette théorie met en évidence les rapports sociaux de sexe à l’époque de Durkheim – et certainement encore ceux d’aujourd’hui-, où il existait une réelle répartition des sexes entre l’espace public et privé, et où la femme était relayée à l’espace privé (PARINI – cours universitaire-, 2017).

Afin de justifier ces places que tiennent les hommes et les femmes dans la société, Durkheim aura recours « au postulat d’une différence de nature entre l’homme et la femme » (BESNARD, 1973 : 30). De ce fait, il affirme que « comme [la femme] vit plus que l’homme en dehors de la vie commune, la vie commune la pénètre moins : la société lui est moins nécessaire parce qu’elle est moins imprégnée de sociabilité. Avec quelques pratiques de dévotion, quelques animaux à soigner, la vieille fille a sa vie remplie » (DURKHEIM, 2005 : 231). Bien que cette phrase ait de quoi m’hérisser les poils et d’aviver soudainement la féministe en moi, j’en excuse pour le moins Durkheim qui, finalement, n’emploie qu’une argumentation que bon nombre de penseurs ont exploitée, celle de la dichotomie entre la nature et la culture, où l’homme serait

« un être social plus complexe » (DURKHEIM, 2005 : 232) « presque tout entier un produit de la société » (DURKHEIM, 2005 : 443), et où la femme, quant à elle, est « resté[e] bien davantage tel[le] que l’avait fait[e] la nature » (DURKHEIM, 2005 : 443). Soulignons tout de même la retenue dont Durkheim fait preuve en avançant ces arguments. En effet, il en vient même à mentionner que cette opposition entre les sexes ne doit pas nécessairement être maintenue, et ajoutera qu’: « il n'y a pas lieu de supposer que, jamais, la femme soit en état de remplir dans la société les mêmes fonctions que 1'homme » (Ibid.). Bien que Durkheim ait joué un rôle déterminant dans l’étude du suicide dans une perspective sociologique, et qu’il est donc important de rappeler certaines de ses théories sur les rapports sociaux de sexe et leurs impacts sur les taux de suicide ; ses analyses sont et restent vivement critiquées.

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Dans un contexte plus actuel, le champ de recherche pluridisciplinaire que représentent les études genre, « a apporté une contribution significative à la compréhension du suicide » (ROY, 2012 : 48). En s’intéressant aux rôles sociaux de genre, en particulier aux masculinités et féminités, il est possible d’apporter un nouveau point de vue sur ces écarts dans les taux de suicide entre les hommes et les femmes.

Raewyn Connell, sociologue australienne, est l’une des premières à concentrer ses études sur le sujet des masculinités et féminités. Considérées comme multiples, celles-ci ne peuvent être pensées au singulier. En effet, « puisque la pratique de genre a lieu dans des contextes historico- culturels différents, et puisqu’elle est également performée par des agents appartenant à des races, des classes, et des générations différentes, il faut parler de masculinités/féminités et non de masculinité/féminité » (DEMETRIOU, 2015 : 4). Comme relevé précédemment, à cette pratique du genre s’ajoute les rapports de pouvoir qu’elle engendre. Ainsi, Connell (1985) introduira, pour la première fois, le concept de masculinité hégémonique qu’elle définit comme « la configuration de la pratique de genre qui incarne la réponse acceptée à un moment donné au problème de la légitimité du patriarcat. En d’autres termes, la masculinité́

hégémonique est ce qui garantit (ou ce qui est censé garantir) la position dominante des hommes et la subordination des femmes. » (CONNELL, 2014, 74). Cette masculinité hégémonique est

« porteuse du discours dominant et valorise l’antiféminité, la compétition, l’accomplissement professionnel, l’agressivité, l’hétérosexualité et l’homophobie » (ROY, 2012 : 48). En d’autres termes, comme le relève Michael Kimmel, sociologue américain s’intéressant aux masculinités : « (…) quand je demande : “Qu’est-ce que ça veut dire être un vrai homme ?“, la plupart des hommes que j’interroge répondent invariablement : être fort, ne pas pleurer, être compétitif, agressif, avoir du succès avec les femmes, réussir financièrement… (…) Dans les années 1960, à l’époque où j’ai grandi, il y avait trois institutions majeures de socialisation : la famille, l’église et l’école. C’est là qu’on nous apprenait à être de “vrais hommes“. Aujourd’hui, j’ajouterai deux autres facteurs : les médias, et surtout, les pairs. Ce sont toujours les autres hommes qui évaluent et qui testent votre masculinité. Prenez la phrase “ça, c’est un truc de pédé“ entendue à longueur de journée, ce sont presque toujours des hommes qui la prononcent » (GENDRON, 2015). Comme le stipule également Aurélia Blanc, auteure du livre Tu seras un homme – féministe- mon fils, « devenir un homme, c’est faire l’apprentissage de la virilité ». Cette virilité qui repose sur trois valeurs : « la force, l’héroïsme et la puissance sexuelle » (BLANC, 2018 : 120) s’acquière de manière invisible au fur et à mesure des interactions, et vient donc « naturaliser les comportements » (BLANC, 2018 : 122).

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