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Comment les caisses distribuent de l’argent aux Parlementaires

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Revue Médicale Suisse

www.revmed.ch

3 septembre 2014

1639

1 Gaille M. (textes présentés par) «Caba- nis, Anthropologie médicale et pensée politique». Paris : Cnrs Editions, 2014.

2 On peut consulter ici le texte intégral d’origine de cet ouvrage paru en 1790.

d’aide au bourreau, l’empoigna brutalement, et, la montrant au peuple, eut la férocité indigne de la souffleter. Un frisson d’horreur, un murmure parcourut la place.

On crut voir la tête rougir. Simple effet d’optique peut-être ; la foule, troublée à ce moment, avait dans les yeux les rouges rayons du soleil qui perçait les arbres des

Champs-Élysées.»

Le rougissement de la tête ? Certains y virent la preuve de l’indignation ou de la pudeur.

«Ils voient dans cette rougeur un mouvement moral qui ne peut avoir lieu qu’avec une pleine et entière conscience»

écrit Cabanis. Erreur répond-il, pour ne pas dire sottise. Passé l’instant de la décapitation, la tête est pour lui dans l’au-delà, dans le non-vivant : elle est sor- tie du monde de la con s cience et nous ne devons pas interpré- ter ce qui ne pourra jamais être interprété. Sauf à voir dans ces têtes le reflet de notre honte col- lective – où celui du soleil de Michelet.

Si le médecin Cabanis veut faire une croix sur la guillotine, c’est pour une autre raison. Au- trement plus noble. «(…) je bé- nirai surtout nos législateurs quand ils croiront pouvoir abolir une peine que j’ai toujours consi- dérée comme un grand crime so- cial, et qui, suivant moi, n’en pré- vient jamais aucun.» Il faudra près de deux siècles pour que Ca- banis soit entendu dans son pays.

Et combien faudra-t-il pour qu’il le soit partout dans le monde, à

commencer par les Etats-Unis d’Amérique ?

Cabanis n’a pas écrit que son fameux Rapport du physique et du moral (1802). Il faut aussi compter avec Des observations sur les hôpi­

taux 2 et Quelques principes et quel­

ques vues sur les secours publics. Des textes qui nous éclairent autrement sur cet homme. Sur celui qui, dépassant la seule clinique indivi- duelle, prit à bras le corps ce qu’il est aujourd’hui convenu de nom- mer la «santé publique».

Ecoutons Cabanis sur les hôpitaux.

«Les hôpitaux sont peut-être, par nature, des établissements vicieux ; mais dans l’état présent des sociétés ils sont absolument nécessaires. On objecte contre eux qu’ils ne remplissent point leur destination de secourir les malades, ou qu’ils la remplissent d’une manière barbare ; qu’ils aggravent toutes les maladies, qu’ils en pro- duisent plusieurs nouvelles, qu’ils sont des magasins d’air empesté, toujours prêts à répandre les con- tagions dans les grandes villes ; enfin qu’ils détruisent l’esprit d’économie dans la dernière classe, qu’ils encouragent sa paresse, et qu’on les a vus constamment aug- menter le nombre des indigents,

par une influence funeste et inévi- table.»

«Tout cela est vrai, poursuit Caba- nis. On pourrait même ajouter plusieurs autres choses : par exemple qu’ils relâchent les liens des familles, et qu’en dégradant les mœurs du Peuple, ils portent à la société les plus cruelles attein- tes. Mais il y a les pauvres ; et la pauvreté est l’ouvrage des institu- tions sociales : c’est donc aux exé- cuteurs de la puissance publique à veiller sur les besoins qui sont la censure la plus amère des lois et des administrations.»

Il y avait là, dans ces quelques phrases, la promesse d’un autre monde. Dieu sortirait de l’espace public. On allait basculer de l’hos- pice à l’hôpital, de la charité à la solidarité. C’était à l’entrée du XIXe. Deux siècles plus tard, y sommes- nous arrivés ?

Jean-Yves Nau [email protected] huit membres n’ont pas participé à la

conférence de presse. Favorable à la caisse publique, la socialiste valai- sanne Esther Waeber-Kalbermatten a préféré rester en retrait sous la pression de la majorité de droite du Conseil d’Etat valaisan. «Les gouver- nements cantonaux n’ont pas tous la même pratique sur la liberté de pa- role de leurs membres sur des objets fédéraux», a précisé Michel Thentz.

Le ministre socialiste bernois et re- présentant du Jura bernois Philippe Perrenoud a préféré ne pas appa- raître en raison de sa fonction de pré- sident de la Conférence suisse des directeurs cantonaux de la Santé (CDS). Divisée, la conférence natio- nale a renoncé à prendre position.

La question ne s’est pas posée pour le ministre tessinois de la Santé, le démocrate-chrétien Paolo Beltra- melli, opposé au projet.

Les cinq ministres ont détaillé les dé- fauts qu’ils prêtent au système ac- tuel. Mauro Poggia a insisté sur «la multiplicité des acteurs qui rend le pi- lotage du système impossible». Se- lon lui, «même avec une vision libé- rale de l’économie», un changement de paradigme s’impose. «La caisse unique d’assurance-maladie est le seul moyen de redonner les clés du système de santé aux citoyens. Au-

jourd’hui, ce sont les assureurs qui le dirigent alors qu’ils n’ont aucune légi- timité démocratique.» (…)

Pierre-Emmanuel Buss Le Temps du 27 août 2014

Comment les caisses distribuent de l’argent aux Parlementaires

Selon une rumeur insistante, santé- suisse (principale faîtières des cais- ses maladie) s’apprête à nommer un nouveau président : il s’agirait d’un parlementaire élu. De quoi muscler encore un lobby décrié pour sa forte présence sous la Coupole fédérale.

Celle-ci s’est accrue ces derniers mois. Le Groupe Mutuel a ainsi nom- mé cette année le sénateur Roland Eberlé (UDC/TH) dans son conseil d’administration ; les conseillers na- tionaux Lorenz Hess (PBD/BE) et Ruth Humbel (PDC/AG) se sont vu offrir des sièges chez Visana et Concordia. Ce qui porte à sept le nombre de parlementaires membres de conseils d’administration ou de di- rection de caisses. Ajoutons-y un président de faîtière professionnelle (bientôt deux) et des participations

dans des groupes militant pour un système de santé libéral. Seize con- seillers nationaux et six sénateurs sont membres du Forum santé pour tous et six élus au sein des Commis- sions de santé (CSSS) des chambres phosphorent au sein du Groupe de réflexion santé du Groupe Mutuel.

En pleine campagne pour la caisse publique le 28 septembre, la gauche houspille ces liens forts entre les assureurs et le Parlement : «Ces élus bourgeois devraient défendre l’inté- rêt général, mais ils roulent pour des entreprises privées», accuse Jean- François Steiert (PS/FR). Certains de ces liens présentent un intérêt fi- nancier direct. La participation au Groupe de réflexion santé rapporte plusieurs milliers de francs par an.

Un amuse-bouche toutefois en regard d’un conseil d’administration : Ruth Humbel confiait au début de l’été que sa rémunération tournerait autour de 32 000 francs par an. (…)

«Cessez de nous faire des procès d’intention, les liens d’intérêts des parlementaires sont publics et dispo- nibles sur Internet», réagit le séna- teur Urs Schwaller (PDC/FR). Reste que l’on ne sait pas toujours ce qui paye ou pas. Isabelle Moret propo- sait récemment d’obliger les élus à déclarer si ces liens d’intérêts sont

rémunérateurs. Le National a balayé sa proposition en juin. Argument prin- cipal : cet aspect n’est guère intéres- sant si l’on ne connaît pas le montant exact. Or, «la publication du montant des revenus n’est pas souhaitable car elle encouragerait le voyeurisme et affaiblirait la confiance du public envers la classe politique», avait esti- mé Céline Amaudruz (UDC/GE) au nom de la commission. Quelle que soit son influence réelle, le lobby des assureurs a été vivement critiqué ces dernières années. Partisan de la caisse publique, Mauro Poggia (MCG/GE), alors conseiller national, parlait en 2013 d’une «corruption made in Switzerland, une corruption d’esprit, un fil à la patte».

Jean-François Steiert s’étonne que l’on puisse siéger en tant que parle- mentaire à la direction d’une société qui propose une offre d’assurance sociale sur mandat de la Confédéra- tion : «Il devrait y avoir une incompati- bilité. Je vais intervenir cet automne.

Et si le Parlement dit non, nous pen- sons à consulter le peuple.» De quoi préparer l’après-caisse publique, en cas d’échec de l’initiative.

Patrick Chuard La Tribune de Genève du 29 août 2014

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