• Aucun résultat trouvé

Contre la sclérose de nos techniques

N/A
N/A
Protected

Academic year: 2022

Partager "Contre la sclérose de nos techniques"

Copied!
3
0
0

Texte intégral

(1)

,

tONTR( LA Stl(ROS(

Le « magister ll P1geon, doyen des adhérents de la CEL encore en activité - et ~n stand « La Photographie ))

ilU Congrès des Jeunes Coopérateurs de Loirtt -Inférieure

TftHNIQU(S

Nous JH~ sommes pas, on Je sa1l, des fanatiques du tout ou 1·ien. Nous ne pensons pas qu'on uoive saiL prat ilfller intégralement nos techniques soit continuer les méthodes traditionnelles.

Seuls, des théoriciens pourraient avo;r une posi- tion aussi absolue ; dans lu pratique de nos elasses, nous sommes Lous, même a l'Ecole Fremel loin liè J'idéal entrevu. La vie a ses exigences; il .r:ous fauL bien souvent pa1·e1· tt ces exigences et u·ouver pou' des sltuattous exceptionne1les, des solutions hors séries que nous tâcherons d'adapter au mieux de nos besoins et de nos difficultés.

Si, par suite de la surcharge des classes, nous ne pouvons imprimer tous les jours, nous n'aurons notre texte libre qu'une ou deux fois par semaine Si, par manque de matél'iel adéquat, il nous est techniquement impossible d'aborder les réalisations JJ.istoriques qui rend1·aient conc1·ètes et intelligible::;

les questions étudiées, nous aurons peut-être encore recours aux manuels et à leurs résumés. Nous pro- cédons en cela exactement comme la ménagère qui, à défaut de machine à laver, fait sa lessive à la main, et qui, faute aussi de butagaz ou de cuisinière électrique, a!lume encore son feu et son charbon.

Elle ne peut pas se payer le luxe de dire . ou la machine à laver ou le linge sale ; - le butagaz ou pas de cuisine. Nous ne pouvons pas davantage décider : ou les Techniques Freinet ou aucune nom·- rillll'e pédagogique.

Il y a deux dangers extrêmes en J'occurreuce · la cuisinière qui, par crainte de la. nouveauté et par peur du changement, est contre la machine à laver et le butagaz et qui s'acharne à justifier théo- riquement son entêtement ; - et la personne qui attend que la mécanique soit parfaite et la méthode définitivement, au point pour s'engager dans le mou- vement.

Il y a un troisième danger, celui qui dit . u La machine à laver est encore trop chère et trop déli- cate lL manœuvrer pour nos ménagères. Nous allons leur trouver une solution à le'l.lr mesure, entre le~

ùeux extrêmes. Nous mettrons au point une méthode ù nous ,moins réactionnaire que les méthodes tradi tionnelles, moins excessive que les solutions d'avant garde et qui n'en sera pas moins un progrès.

Nous courons actuellement ce risque avec les édu cateurs qui tentent de s'approprier le texte libre t'Omme moyen terme, et les fichiers auto-correctif~

l'omme outils majeurs.

Nous admettons très bien qu'un camarade, étant donné les conditions défectueuses de son travail, s'en tienne à un texte libre par semaine et qu'il ait recoW's encore tL l'aide des manuels. Mais il a consclence que ce ne sont là. que des pis-aller I'egl·et- tables et il lutte avec nous pour conquérir la possi- bilité prochaine de reprendre sa place active dans le mouvement.

Nous ne serions plus d'accord avt>c lui ::;'il esti- mait que sa solution de demi-mesure peut s'mscrire parmi les conquêtes définitives de la pédagogie. Il s'égarerait et nous égarerait. 11 serait de notre devoir de réagir contre ses eneurs et de montrer avec obstination le chemin de la libération, même si nous n'y avancions qu'à un rythme bien lent, avec parfois même des ])anses et des reculs regret- tables.

Cette entreprise de sclérose de nos techniques n'est que diffuse et accidentelle en France parce qut>

nous y tenons la tête du peloton. Elle s'affirmerai!

plus nettement en I1alie si nous n'avions ùans re

(2)

230

L'EDUCATEUR pays un mouvment de Coopération Edu.catitle qui

réagit avec une s'O.reté et un dynamisme exemplaires.

Le danger est pat· contre plus proche et plus direct

<lans la pédagogie belge depuis qu'y a été rompue l'unité de nos techniques.

A diverses reprises, nous avons cru bon de mettre nos meilleurs amis en garde contre les déviations graves de l'Ed-ucation Populaire qui se plaçait sur des positions théoriques et pratiques que nous ne saurions approuver. La menace se précise avec le no de juin de la. revue qui contient, )leureusem~nt,

en contrepartie de l'article de Kayart, des réalisa- tions du G1'0u.pe B1'11Œellois de TravaiL que nous approuvons à 100

o/o.

Kayart a donc publié dans ce no de juin de t'Ed.·ucation PopulaiTe une longue étude sut· En.co1·e la Méthode globale de 'tecl·ure (quelques conseils pra- tiques à. un débutant) qui est une mise en garde contre l'emploi de nos teclmiques.

" J'ai connu, dit l'auteur, deux inslitutew·s qu·i ont tenté l'expé?-ience [cle la m.étlwde naturelle].

Deux excellents mailus. Les résultats ont été déce-

•Jants. n

Nous connaissons, nous, des centaines d'institu- teurs et d'institutrices qui pratiquent notre méthode naturelle depuis de longues années et qui en sont à tel point satisfaits qu'ils ne voudraient plus faire leur classe selon d'autres méthodes.

Nous craignons, hélas! que cette différence d'ap- préciation vienne seulement du fait que les deux instituteurs de M. Ka y art. n'employaient qu'un ersatz de notre méthode· et leur insuccès ne saurait.

nous étonner. La suite de l'::.uticle va nous en ap- porter la démonstration.

" On a dit et 1·épé-té, écrit M. Kayart, des slogans du gen-re de celui-ci : L'enfant apprendra à li1·e comm.e il a appris à pa1·le1' ...

ApprendTe à lire el. à éc1·ire est autTement difficile que d'apprendre à parler, el la méthode de l'une ne se1·a pas la méthode rl.e l'autre.' ll fau.t avoir le courage de le reconnaUrc el lie ne po.~ lrompe1· de Jeun es collègues. "

Et l'::~uteur conclut :

« L'app1·entissaae de la lecture revU deux aspects intimement /.iés cians la Ténlilé.

Il y a le signifié et le .~ianifiant , iL y a le fond et La tonne ; il y a La pensée et son expression gra- phique par L'éc1'i/"u1·e.

Que le p1·emie1· soit t·rès impo1·tant ; que le texte réponde à pLusieurs conditions cl soit notmnme11l l'expression d'un véritabl.e morceau. de vie d'enfant, avec tout ce que cela comporte de résonance affec·

tive, nous /.'accordons bien volontiers ..

Mais est-cc une raison suffisante pou1· néaLiger el dédaigne1', comme on l'n. t.1'0p fait, l'aspect pure- ment mécanique de la lecture, et croire que les enfants apprend1·onl à lire, contme ça, tout seuls, au petit bonheur.

C'est là 1me erreur qui a discrédité la méthode aux yeux des profanes, des paTents et d111. g1·and public.

IL était temps de réa.gir e~ de montrer aux jeune.~

que la méthode aloba.le bien appliquée est à la fois la méthode la plus naturelLe et la plus efficiente. "

M. Ka'yart apporte son opinion d'Inspecteur. Elle est heureusement contredite, dans le même no, pour la pratique aussi bien que dans les fondements, par l'expérience unanime des éducateurs qui confrontent leurs entreprises au sein du Groupe Bruxellois de travail :

" Avec la méthode natureLle, les enfants appren- -nent à lire selon tewr p1·opre 1·ytlt1ne, sans forçage,

stins standard.isation,' faisant tous leun propus découver/.es, et en faisant btlné/ficief' les autres en- fants ~e l.eur gro1.4Pe ...

... Plutôt q·ue de s'a?Têter à des exercices fastidieux de décomposition systématique de ph1·ases en mots et cle reconstitution cle phrases nouvelles plus ou moins semblables, il est P1'tlférable de mettre l'en- fant constamment en face de textes libres où vont lout de même se ret1·m.wer une série de ces mots ... ... Cinq coUègue,ç pTésentenl successivem.ent leu·r façon 71ratique rDe lTavailler mais 7H'esque tous le.~

prtlsen/.s pa.Tticipent à. la discuss·ion. Les points de vue ont beaucoup de nuances diffé'rentes. Cepen- dant, nous nous mettons tous d'acc07·d swr ce point fondamental : c'est en écrivant que l'on apprenti à écrire ; c'est au ti·avers de ses textes libres, de ses lettres aux coTrespondants que l'enfant s'initie en tout premier lieu à la mailrise OTthographique ...

Laissez vos enfants éc1·ire, beaucott<P écrire, donnez- leu?' rl:es motifs d'écTi1·e, et vous les verrez faiu de.~

progrès à pas de géants , les dictées, les dépistages collectifs de fautes, les carnets oTthographiques sont des exe1·cices adjuvants, qui peuvent avoi1· leu1·

mérite à la condition de ne pas oublie1· que la pensée enfantine doit toujot.Lrs êh·e scrupu,leusement res- pectée. ,

Qu'ajouterions-nous sinon que M. Kayart ne parle point la même langue que ses collègues bruxellois.

Ce qu'il prend ponr une méthode naturelle est à peine un ersatz de méthode Decroly avec un centre d'intérêt hebdomadaire, axé au départ sur un texte libre.

Non, l'enfant n'apprend pas à lire comme ça, tout. seul, au petit bonheur. Il y a deux voies : cellE-s de nos camarades bruxellois : textes libres et encore textes libres, écriture et expression avant la lecture, correspondances, - sans exercices ni devoirs systématiques - ou uien sous-estimation permanente de la vertu formative de la nouvelle vie scolaire sur la base de nos teclmiques, et nécessité alors de faire appel à l'interminable théorie d'exer- cices en tous genres qui sont La pluie de la scolas- tique. M. Kayart en détaille l'anatomie et la phy-

~iologie l'lill' plnsieurl'! pages : il y a les voyelles, les diphtongues, les nasales, les consonnes simples et redoublées ct. les consonnes consécutives ..

« Il y a différentes sortes de syllabes ... Tl anivera un moment au cours du 3• trimestre <>ù les deux derniers types de syllabes seront étudiées d'une manière systématique pour en clécouvrir le méca- nisme ... ,

.. Et voilà pourquoi votre pédagogie esL muette.

©®©

Au cours de l'Assemblée génénllc de 1'/~ducation

Popu1a-i1·e nos camarades se sont félicités que la revue L'Education Populai1·e soit bien ainsi un moyen de confronter divers travaux.

Mais que penseriez-vous d'une revue médicale dans laquelle cent praticiens viendraient décrire les techniques dont ils ont unanimement à se féliciter et qui n'en publierait pas moins en leader une longue mise en garde d'un spécialiste contre ces mêmes pratiques ? Et ne croyez-vous pas que les jeunes qui. vous liront risquent fort de se trouver dans un cruel embarras. Vous leur dites avec foi : Allez vet·s la vie! Et, dans l'arlicle de tête, l'Inspec- teur leur crie : '' On vous trompe, ce qui compte, ce sont nos exercices. ,

" Toutes les tendances' sont respectables "• a-t-on dit à la même A. G.

Il ne s'agit pas ici de tendances, mais de principe~

fondamentaux. Nous avons à cpoisir, les jeunes ont à. çhoisir entre la scolastique et la vie. Il ne faut

(3)

L'EDUCATEUR 231

pas leur laisser crc:>ire que les solutions se valent l'une et l'autre et que ce n'est, en somme, qu'af- faire de tempérament. Notre pratique, étendue au- jourd'hui à des dizaines de miliers d'écoles, nous montre avec évidence la primauté de certaines solu- tions que nous devons recommander, la nocivité d'autres pratiques que nous devons condamner, même si nous y sommes parfois accidentellement contraints. Le progrès pédagogique est à ce prix.

La scolastique a déjà sclérosé la méthode Decroly.

Nous lutterons, avec tous les amis belges qui se rendent compte, par la pratique, des vertus majeu- res de notre pédagogie coopérative pour que cette même scolastique ne dépouille point nos teclmiques de l'enthousiasmante promesse de vie sans laquelle il ne saurait y avoir d'Ecole moderne efficiente ct humaine.

Nous allons, au cours de la proehaine année sco- laire, entreprendre un ~ros effort pour la générali- sation de nos techniques. Dans de nombreuses clas- ses, les essais recommandés ne seront qu'un fragile rayon de soleil dans la brume de la scolastique.

Mais nous veillerons à ce qu'ils soient un rayon de soleil, une ouverture même timide sur une pédagogie dont nous ne cesserons de montrer la primauté f!t le succès.

Il n'y a pas péril à s'engager provisoirement dans des chemins détournés où même des impasses, à condition que nous sachions qu'ils ne nous mèneront pas à la clairière attendue. Ce qui est grave c'eHt de prendre des impasses pour des voies royales, car on est condamné alors à tourner en rond dans la forêt, ce qui vaut à. quiconque y est condamné la plus triste des désespérances. O. FREINE1\

11~ Rcntontrc des fdutatcurs de tous dcsrés

ECOLE FREINET - VENCE

LES 7 ET 8 SEPTEMBRE 1956

L'Ecole d'information et d'instruction, celle qui visait à former J'Elève u savant n par une maîtrise experte des techniques ancestrales longtemps axées sur le li1·e, éC1'Ïl'e et compteT des programmes offi- ciels, cette Ecole, qui a incontestablement joué, au début du siècle, un rôle formatif dans une société où prenaient naissance les fondements de la science, est aujourd'hui radicalement dépassée par les con- quêtes fulgurantes de cette même science.

L'ère de la " Connaissance et de I'I11struction n a fait son temps. Lo, machine, le cin6mn., la radio, ces mémoires Ulécaniques théoriquement à notre ser- vice rendent d6suètcs les anciennes techniques de travail avec 6tude par cœur des leçons et exécution laborieuse de devoirs désormais sans but.

Voici venir les temps où la préparation de l'Hom- me en l'enfant passe au premier plan, non seulement la préparation morale et pour ainsi dire psychique, socia.le et politique aussi, mais reUe aptitude pro- fonde à aborber les problèmes majeurs qui s'im- posent à nous, ce sens historique, scientifique, géo- graphique, mathématique, arlislique qui sont comme l'humus sans lcq11el toute culture reste rabougrje et sans vic.

Nous sommes à l'aube, indispensable mais iné- luctable, d'un changement de front éducatif; nous accédons à une nouvelle étape, celle que suppose et qu'exige le monde contemporain.

Nous avons exprimé ce souci et montré la voie dans la proposition de loi que nous avons soumise à nos parlementaires et dont on a lu un exposé des motifs et textes dans notre dernier n" de l'Ed.ucal'eur.

Tant qu'il s'agissait d'acquisitions de connaissan- ces et de techniques, on pouvait concevoir que chaque degré d'enseignement fonctionne séparé- ment, comme des ateliers spécialisés d'une même entreprifole rali'i nulement entu

eux

par dt lODiM

couloirs jalousement surveillés à l'entrlle pe,r les examens. Le 2• degré 1 ra v ai liait a lon; selon des méthodes différentes des nôtres - et c'était un peu normal, puisque les buts n'étaient pas les mêmes.

Le cloisonnement des divers degrés était alors cer- tainement moins catastrophique que de nos jours.

Mais si, abordant-sous la poussée de la nécessité scientifique et sociale - une autre conception, plus particulièrement formative et éducative de l'ensei- gnement, nous prétendons former l'homme, alor!l ce cloisonnement devient contre-nature, non seulo- ment irrationnel mais erroné. L'enfant que recevra le ~ degré sera ce que nous aurons fait de lui.

Et on ne comprendrait pas que, dans leur effm'f.

généreux, les éducateurs du premier degré puissr.nt se désintéresser de ce que leurs élèves dev1endront au 2e degré ou dans l'enseignement technique ct pt•ofessionnel.

Une collaboration - syndicale et, éventuellement, pédagogique - élail certes souhaitable à l'ère de l'Ecole d'instl'uction. Elle devient aujourd'hui une condition sine qua non du succès de notre ensei- gnement.

Il ne faut plus parler seulement aujourd'hui dn contacts entre éducateurs de tous degrés, mais de coLlaboration, de travail en commun pour la pour- suite de ce but unique : la " culture » mais la vraie culture de l'enfant.

C'est parce que nous avons senti, plus que d'autres peul-être, les dangers de notre isolement pédagogi- que, que nous avons organisé J'an dernier, à Venc:e, notre première Rencontre d'Educateurs de tous de- grés, qui a conclu ses assises par la constitution rl'une Guitde Inte1·nationale de TravaiL des Edu.._a- teu1'S (GITE) qui a, en cours d'année, impulsé unu collaboration qu'U nous resta à développer et à exploiter.

Références

Documents relatifs

La vaccination contre le papillomavirus humain (HPV) est remboursée chez les garçons et les jeunes hommes (11-26 ans) en Suisse depuis le 1er juillet 2016 dans le cadre du plan

Bretagne Sud Cyclisme - UCKV.. Nom

Mais, comme les forces ( F ) sont suppo- sées très petites, il en est de même de la déformation qui leur est imputable et l'on peut, dés lors, regarder comme constants les

Pour tous ceux qui étaient en âge de regarder la télévision ces années-là, le premier souvenir, ou en tout cas le plus marquant, c’est bien sûr l’alunissage des Américains

SIRARD Marc- Olivier LaPraicycle/Beausoleil- RP NPD 49 61 CAH BRAVO- MUNOZ Abel ElioPizzeria/Centre du

Ensuite le Seigneur leur a dit : “L’homme est maintenant devenu comme l’un de nous, pour la connaissance du bien et du mal, il ne faut pas lui permettre de tendre la main pour

Car nous sommes au service des enfants. Leurs regards anxieux nous implorent. Nous ne pouvons attendre pour leur venir en aide. Eh bien! Nous allons d'abord

Freinet, après la recherche de structures de relations et de travail nouvelles se doivent sur différents plans, d'offrir un horizon dégagé: non pas nouveau, ce