À Mulhouse, la solidarité a soutenu l’hôpital

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L E J O U R N A L D U D I M A N C H E

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Le plan Véran

Comme un symbole, l’hôpital mili taire déployé sur le parking du centre hospitalier Émile-Mul- ler à Mulhouse (Haut-Rhin) sera démonté d’ici à jeudi. Cet équipe- ment, inédit en France, aura permis de prendre en charge 47 patients depuis son installation, le 21 mars.

Surtout, la structure provisoire a pu doper les capacités de l’hôpital, qui a compté jusqu’à une soixan- taine de lits en réanimation. Sans oublier les 112 patients transférés par hélicoptère, TGV médicalisé ou avion militaire vers d’autres villes françaises ou étrangères.

Mulhouse, 110!000 habitants, a hébergé le plus gros foyer de la pandémie, après le rassemblement de plus de 2!000 membres d’une communauté évangélique du 17 au 24 février. L’hôpital, exsangue après la démission de 17 des 24 pra- ticiens de son service d’urgences

en 2019, n’a pourtant pas craqué.

Grâce aux nombreuses solidari- tés qui se sont tissées autour du drame.

Jean Rottner, médecin urgentiste et président de la Région, s’étonne encore que, face à la crise, l’hôpital se soit si vite « libéré de ses cloison- nements et pesanteurs administra- tives ». Les services ont bien tra- vaillé ensemble, conduisant même le médecin général Jacques Escar- ment, à la tête de l’hôpital militaire, à parler d’une « osmose ». Un autre rapprochement a été constaté avec le secteur privé et la médecine de ville.

Pâtisseries et cadeaux Jonathan Peterschmitt, médecin généraliste et fils du pasteur de la communauté évangélique, déplore les premières recommandations des autorités sanitaires!: « Au début, il n’y avait que le Samu pour la prise en charge des patients Covid. Il s’est vite retrouvé saturé. Puis, fin mars, on les a orientés vers leur médecin trai- tant. Nous avons pu décharger pour les soignants. » Les hospitaliers ont

par ailleurs bénéficié du soutien de beaucoup de Mulhousiens, centralisé par la municipalité.

La maire, Michèle Lutz, a organisé une collecte régulière de pâtisseries et de divers cadeaux. Il y a eu telle- ment de dons, raconte l’élue, que l’hôpital a dû « désigner un salarié pour la logistique ». Une plateforme locale permet aussi de prêter un appartement, une voiture ou un vélo aux professionnels de santé venus en renfort de toute la France. Entre- prises et associations ont également donné leurs stocks de masques aux personnels, avant même la réqui- sition par l’État. Enfin, la Ville a accueilli les enfants des soignants sept jours sur sept, jusqu’à 21!h!30.

Plus de 300 patients Covid, dont une quarantaine en réanimation, sont encore aujourd’hui pris en charge à Mulhouse. Malgré l’épui- sement des équipes, l’hôpital, qui doit désormais gérer aussi toutes les opérations qui avaient dû être déca- lées, n’est pas près de souffler. g

PLANA RADENOVIC

À Mulhouse, la solidarité a soutenu l’hôpital

L’ORGANISATION du système de santé en France est fondée sur un accès universel aux soins, de qualité égale pour tous les malades quels que soient leurs origines sociales et leurs revenus. La crise sanitaire liée au Covid-19 a démontré, une nouvelle fois, l’insuffisance majeure des moyens médicaux alloués à la Seine-Saint-Denis et à sa population officiellement estimée à 1,6 million d’habitants.

Au début de la pandémie, le département disposait du plus faible ratio de lits d’hospitalisation, de réanimation et de soignants.

Ce déficit est doublé d’une densité en médecins libéraux inférieure à la moyenne, mobilisant ainsi l’hôpital public en premier recours.

En quelques jours, la réorganisa- tion complète de nos hôpitaux et cliniques a permis d’accueillir des malades de plus en plus nom- breux dans un département où la contagion a été très rapide, où le nombre de cas a été l’un des plus élevés. Il a aussi fallu transférer certains d’entre eux vers des zones moins saturées d’ Île-de-France ou en dehors de la Région.

Cette action exceptionnelle a été possible grâce à la solidarité des soi- gnants, des directions, des tutelles administratives et de nombreux volontaires. Tous ceux-là ont affronté le péril avec courage, sens du devoir et dignité malgré les multiples diffi- cultés et pénuries. Il sera compliqué de faire face à une deuxième vague si elle se présentait car le système de santé est, en Seine-Saint-Denis, au bord de la rupture, fragilisé par des années de contraintes budgé- taires, par une crise profonde de la démographie des soignants et par la non-adaptation des capacités d’hospitalisation à une population en croissance. Actuellement, un autre problème émerge!: l’accueil des patients dont les maladies se sont aggravées pendant le confinement.

Notre département a connu la plus forte évolution de mortalité d’Île-de-France en nombre de décès

(+!118,4 % par rapport à 2019). Cette surmortalité ne peut s’expliquer uniquement par la sociologie et par l’habitat mais par un déficit de l’offre de soins.

Les préambules des Constitu- tion françaises du 27 octobre 1946 et du 4 octobre 1958 garantissent à tous la protection de la santé. Un rapport de l’Assemblée nationale a montré en mai 2018 les difficultés de l’État dans l’exercice de ses missions régaliennes en Seine-Saint-Denis.

Le 31 octobre 2019, le Premier ministre, Édouard Philippe, a reconnu la nécessité d’un investis- sement majeur dans le domaine de la santé. Il concluait ainsi son discours de Bobigny!: « La Seine-Saint-Denis ne se contentera pas de mots. Elle attend des actes, des solutions, de l’efficacité. » L’état de l’offre de soins ne corres- pond pas aux besoins de la popula- tion. À ce titre, nous réclamons sim- plement l’équité sanitaire. Il est temps de faire de la Seine-Saint-Denis une zone prioritaire de santé.

Nous appelons à un plan d’action sur la base de l’égalité, principe fon- damental de notre République. Ce plan d’action doit donner un accès équitable à une santé de qualité pour tous en Seine-Saint-Denis.

Il doit pallier les insuffisances en ressources humaines, universitaires, architecturales et matérielles, pour rendre accessible le niveau d’excel- lence des soins et de recours aux populations qui en ont le plus besoin.

Ces mesures sont indispensables pour améliorer l’attractivité de notre département pour des personnels médicaux et soignants en leur donnant des conditions d’exercice sereines et valorisantes.La crise a révélé les faiblesses du système de santé en Seine-Saint-Denis. Ces conséquences ont été en partie compensées par l’extraordinaire fra- ternité des soignants, qui ont permis d’éviter une catastrophe sanitaire de grande ampleur. g

« Nous réclamons l’équité sanitaire pour

la Seine-Saint-Denis »

Par le Professeur Martinod et huit médecins de différents hôpitaux de ce département*

Seize ans de crise dans le public

2004 : Instauration de la tarification à l’activité, ou « T2A », qui modifie le système de financement dans les établissements publics et privés. Les ressources des hôpitaux, auparavant dotés d’un budget global, sont désor- mais calculées à partir d’une mesure de l’activité produite.

2009 : À travers la loi hôpital, patient, santé, territoire (HPST), la ministre de la Santé Roselyne Bache- lot renforce le rôle des directeurs d’hôpital au détriment des méde- cins. Le texte crée des communau- tés hospitalières de territoire pour regrouper les moyens de plusieurs établissements autour d’un centre de référence.

Septembre 2018 : Annonce du plan

« Ma santé 2022 » par la ministre de la Santé Agnès Buzyn, qui entend notamment « recentrer l’hôpital sur ses activités de soins aigus et son expertise technique ». Création d’hôpitaux de proximité, favorisa- tion de la chirurgie ambulatoire, nouveaux financements pour les maladies chroniques…

Mars 2019 :Début d’une grève au service des urgences de l’hôpital parisien Saint-Antoine (AP-HP) pour protester contre des années de coupes budgétaires et de manque d’effectifs dans les hôpitaux. Le mécontentement gagne plusieurs centaines de services en France,

jusqu’à une manifestation massive le 14 novembre 2019.

25 mars 2020 : En visite à Mul- house, Emmanuel Macron promet

« un plan massif d’investissement et de revalorisation de l’ensemble des carrières » une fois passée la crise du coronavirus.

13 mai 2020 : Sibeth Ndiaye, la porte-parole du gouvernement, indique que le 14 juillet sera, selon Emmanuel Macron, « une occasion de manifester l’hommage de la nation à tous ceux qui se sont engagés dans la lutte contre le Covid-19 ». L’annonce suscite un tollé parmi les soignants, qui réclament des augmentations et non des « médailles en chocolat ». g À l’hôpital Émile-Muller de Mulhouse, le 30 avril. SÉBASTIEN BOZON/AFP

CLUSTER En première ligne face à la pandémie, l’établissement, pourtant en crise, a réussi à gérer l’afflux de patients

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LA LISTE COMPLÈTE DES SIGNATAIRES

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