24/02/2020 Archives de la MFO V. Le Comité Oxford-Aix | Anglistique
https://anglistique.hypotheses.org/295 1/4
En octobre 1946, c’est un angliciste, Henri Fluchère qui prit ses fonctions de directeur de la Maison Française d’Oxford. Chargé de cours, puis assistant, puis nalement maître de conférences à la Facul- té de Lettres d’Aix-en-Provence, Fluchère sera notamment le porte-parole de la Résistance lors de la séance d’ouverture de l’université. Il nira par assurer les fonctions de Doyen de la Faculté. Le Minis- tère t donc appel à un angliciste marseillais pour diriger la toute nouvelle institution oxonienne, mais aussi, nous allons le voir, pour fonder un programme de mobilité entre Oxford et Aix.
On sait déjà que c’est Floris Delattre, réputé professeur de littérature anglaise à la Sorbonne, qui avait coopté Fluchère pour le jury d’agrégation. Delattre étant le seul angliciste à siéger au comité di- recteur de la MFO à Paris, et connaissant donc Fluchère par les milieux anglicistes (voir mon précé- dent blog), il est probable qu’il ait joué un rôle dans sa nomination.
Le 5 septembre 1946, le Vice-Chancellor Richard Livingstone adressa un premier courrier d’accueil à Fluchère qui l’invita à dîner le mois suivant au prestigieux hôtel Randolph, en compagnie de René Va- rin, conseiller culturel de l’ambassade. Les dif cultés de la MFO, alors logée temporairement dans Beaumont Street (à quelques mètres du Randolph) sont connues, mais les documents qui nous inté- ressent ici sont les deux premiers rapports d’activité que Fluchère rédigea en 1947 en 1948 à l’atten- tion des comités parisien et oxonien et qui décrivent les premières initiatives de la Maison.
Parmi ces initiatives, se trouve, dès 1947, la constitution d’un « Comité Oxford-Aix », le premier par- tenariat de ce genre entre Oxford et une université française. L’idée était apparemment partie de Fel- lows et d’étudiants de New College au printemps 1947 tandis qu’Oxford cherchait à émuler les « Uni- versités anglaises qui ont adopté une université française, ou ont créé avec elles des liens of ciels ». Si on voit ce que la création de « liens of ciels » peut signi er, il est peut-être plus dif cile aujourd’hui de comprendre ce qu’« adopter » une université étrangère signi ait alors pour Oxford.
Le choix s’est porté sur l’université d’Aix-Marseille et voici la façon dont Fluchère le justi e :
[Ils] ont porté leur choix sur l’Université d’Aix-Marseille, qui offrait l’avantage de n’avoir encore aucun lien avec les universités anglaises, et de posséder, au sein même de l’Université, la variété de plu-
ARCHIVES DE LA MFO V. LE COMITÉ OXFORD- AIX
22/08/2019 | ANNE PAGE | LAISSER UN COMMENTAIRE
Anglistique
24/02/2020 Archives de la MFO V. Le Comité Oxford-Aix | Anglistique
https://anglistique.hypotheses.org/295 2/4
Comité Oxford-Aix, rapport d’activité Henri Fluchère, Ar- chives MFO
sieurs centres ayant chacun son originalité : Facultés des Lettres et de Droit à Aix, Facultés des Sciences, de Médecine et de Pharmacie à Marseille, Institut
d’Études Littéraires et Centre Universitaire Méditerra- néen à Nice, Collège International et Cours de Va- cances à Cannes.
C’est donc une université omnidisciplinaire, malgré ses facultés autonomes, et multi-sites, qui a attiré Oxford en 1947, université qui possédait non seulement un « Institut d’Études Littéraires », mais également les infra- structures nécessaires pour recevoir des étudiants et des chercheurs anglais lors d’écoles d’été. Il est cepen- dant dif cile d’ignorer le rôle qu’a dû jouer le Mar- seillais Fluchère dans ces tractations. Quoi qu’il en soit, Oxford est bien devenue la première université an- glaise avec laquelle Aix-Marseille a signé un partenariat international de ce type.
Deux comités furent alors constitués : un à Oxford, sous la présidente du Warden de New College et un à Aix-Marseille, présidé par le recteur Jules Blache, qui sera d’ailleurs récompensé par un doctorat Honoris Causa d’Oxford en 1956, le même jour que Jean Cocteau. Une des différences d’organisation était la présence dans le comité aixois non seulement d’universitaires mais également de « personnalités of cielles des différentes villes du res- sort académique ».
Le comité était nancé par souscription, la première que nous ayons retrouvée dans les archives mentionnant la somme de 100 livres sterling.
Lors de sa fondation, le comité avait quatre objectifs : -Une école d’été internationale à Cannes ;
-Un échange d’étudiants ; -Un réseau de correspondants ;
-Un réseau d’échanges de livres et de périodiques.
Grâce aux rapports d’activité d’Henri Fluchère, on connaît surtout le succès des échanges. Dès le printemps 1947, cinq premiers étudiants aixois furent reçus à Oxford ; la réciproque n’eut pas lieu en 1947, en raison des grèves qui agitaient alors la France, mais le voyage des étudiants d’Oxford fut re- poussé en avril 1948. C’est alors une trentaine d’étudiants, chaperonné par John Grigg (New College)
24/02/2020 Archives de la MFO V. Le Comité Oxford-Aix | Anglistique
https://anglistique.hypotheses.org/295 3/4
Comité Oxford-Aix, Lancement de la souscription, Archives MFO
qui passèrent une semaine à Aix, résidant chez l’habi- tant, et un programme de conférences, de réceptions, de visites leur fut réservé. À leur retour, ils fondèrent,
« Le Club des amis du roi René ». La seconde cohorte aixoise partit à Oxford en juillet 1948.
Peut-être a-t-on sous-estimé le rôle de comités tels que celui d’« Oxford-Aix ». En octobre 1948, en effet, l’Université d’Oxford créa un Joint International Rela- tions Committee (JIRC) dont le rôle était de proposer « un programme d’entraide, d’échanges de vues, et de collaboration entre les étudiants d’Oxford, et plus gé- néralement britanniques […] et les étudiants de pays étrangers ». À cette date, il n’était pas fortuit que les premiers pays concernés par cette mobilité étudiante soient, outre l’Angleterre, l’Allemagne, l’Autriche et la France. Fluchère fut donc invité à participer à la fonda- tion de ce comité international en sa qualité de direc- teur de la MFO mais aussi, fait notable, en sa qualité de représentant du « Comité Oxford-Aix », comité qui a donc joué un rôle dans le développement des relations européennes de l’université d’Oxford après guerre.
Il ne faut pas non plus oublier que c’est dans ce contexte d’ouverture européenne qu’Antonin Besse allait fonder St Antony’s College dont l’objectif original devait être la promotion de l’amitié franco- britannique dans le domaine académique, avant qu’il ne devienne, plus généralement, un college spé- cialisé dans l’histoire européenne et les relations internationales.
La dernière lettre relative au Comité pour l’instant retrouvée dans les archives d’Oxford est datée du 13 janvier 1956, année où le recteur Blache fut honoré par Oxford. Henri Fluchère y invite le Vice- Chancellor à se rendre à Aix-en-Provence pour y fêter les dix ans du comité, des célébrations étant en pourparlers sur le campus aixois avec le Doyen de la Faculté de Lettres, le Recteur et le Maire de la ville.
Documents : Archives Maison Française d’Oxford, rapports d’activité Henri Fluchère (1947, 1948);
Oxford University Archives, Vice Chancellor correspondence; Marie-Louise Fluchère, La Maison Fran- çaise à Oxford il y a cinquante ans (1996); Brian Harrison (ed.), The History of the University of Oxford, vol.
8, The Twentieth Century (1994).
24/02/2020 Archives de la MFO V. Le Comité Oxford-Aix | Anglistique
https://anglistique.hypotheses.org/295 4/4