Bulletin technique n° 1
Support à l'élaboration des plans de protection et de mise en valeur des forêts privées
Le PPMV
et la conservation
de la diversité biologique
Présenté par l'équipe de soutien à l'élaboration des PPMV Février 1999
Comité de rédaction
Pierre LaRue, ing. f., M.Sc., MEF Pierre Blanchette, biol., Ph.D., MEF André R. Bouchard, biol. M. Sc., MRN Maurice Roy, ing. f., M.Ba., MRN Josée Pâquet, géog., M. ATDR FPBQ Collaborateurs
Pierre Aquin, biol., MEF
Marthe Bégin, biol., M. SC., MRN Gisèle Bélanger, ing. f., M.Sc., MRN Hélène Geoffroy, tech. MEF
Michel Huot, biol., MEF Guy Jolicoeur, biol., MEF
Gildo Lavoie, biol., M. Sc., MEF Nicole Lavoie, biol., M. Sc., MRN Lothar Marzell, géom., MEF Raymond Pineault, tech. MEF Remerciements
Victor Brunette, ing. f., FPBQ Lynne Brochu, ing. f., M.Sc., MRN Agathe Cimon, biol., M.Sc., MRN Léopold Gaudreau, biol, M.Sc MEF Vincent Gerardin, MEF
Michel Hénault, biol. MEF Jean-Pierre Jetté, ing. f., MRN Harmel L'Écuyer, tech.f., MRN Yves Philibert, ing. f., FPBQ Daniel Roy, ing. f., FPBQ Révision linguistique
Réjearme Bissonnette, linguiste et traductrice, MRN
Comment citer
La reproduction de ce document en tout ou en partie est autorisée à condition d'en citer la source comme suit :
LaRue, P., P. Blanchette, A.R. Bouchard, M. Roy et J. Pâquet, 1998. Le PPMV et la conservation de la diversité biologique. Bulletin technique no 1, Support à l'élaboration des plans de protection et de mise en valeur des forêts privées. 49 p.
AVANT-PROPOS
Lors de l'élaboration des plans de protection et de mise en valeur (PPMV), les agences régionales de mise en valeur des forêts privées doivent tenir compte des critères d'aménagement durable de la forêt, tel que stipulé dans la Loi sur les forêts. Rappelons que l'aménagement durable doit notamment assurer la conservation de la diversité biologique. Cela signifie qu'il doit permettre, entre autres, de préserver les écosystèmes et les espèces qui y vivent.
Soucieuse de faciliter le travail des responsables de la confection des PPMV, l'équipe de soutien, en collaboration avec des personnes ressources des ministères de l'Environnement et de la Faune (MEF) et des Ressources naturelles (MRN), propose une démarche d'analyse des territoires forestiers qui relèvent des agences. Cette démarche vise à déterminer les écosystèmes et les espèces présents sur le territoire en vue de dégager les problèmes et les enjeux liés au maintien de la diversité biologique. On considère plus particulièrement les éléments suivants : les écosystèmes forestiers répartis dans l'ensemble du territoire de l'agence, y compris ceux qui ont un caractère exceptionnel, les espèces floristiques et fauniques menacées, les espèces fauniques représentatives des divers habitats et les habitats fauniques essentiels tels que définis dans la Loi sur la conservation et la mise en valeur de la faune. Enfin, une série d'indicateurs est proposée afin de mesurer les critères d'aménagement durable liés à ces divers éléments.
La démarche présentée ci-dessous, pour aborder les écosystèmes (filtre brut), ne constitue pas une fin en elle-même mais plutôt une étape initiant la prise en compte de la diversité biologique.
Ainsi, les écosystèmes définis dans ce document mettent surtout l'emphase sur la composition, la structure du couvert végétal et le milieu physique. L'aspect spatial, notamment la dimension et l'organisation sur le territoire à divers niveaux de perception, n'est pas considéré. Il n'en demeure pas moins un élément tout aussi important que la composition et la structure de la végétation en relation avec le milieu physique.
Dans une première étape de prise en compte des écosystèmes, l'emphase a donc été mise sur le développement d'une approche opérationnelle simple. Il a été pris pour acquis que les agences disposaient des outils forestiers de base traditionnels (bases de données et cartographies forestières ou écoforestières) et que les outils de spatialisation étaient encore peu disponibles.
Cependant, pour les agences qui disposent d'outils à référence spatiale, il devient alors possible de considérer les écosystèmes sous un volet spatial.
Outre le système de classification écologique du MRN auquel on réfère dans le présent document, d'autres outils et approches peuvent donc également être utilisés. Un projet pilote, en cours sur le territoire de l'agence des Bois-Francs, explore une approche où une caractérisation des écosystèmes est réalisée à divers niveaux de perception, cette fois avec le cadre écologique du ministère de l'Environnement et de la Faune.
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TABLE DES MATIÈRES
AVANT-PROPOS iii
Liste des tableaux vii
Liste des figures viii
Liste des annexes ix
1. INTRODUCTION 1
1.1 Qu'est-ce que la diversité biologique 2
1.2 Conservation de la diversité biologique : les concepts de « filtre brut » et de
« filtre fin » 2
1.2.1 Filtre brut 3
1.2.2 Filtre fin 3
1.2.3 Un exemple d'application des concepts de « filtre brut » et de « filtre fin » 3 SECTION A : LE FILTRE BRUT
2. LA DIVERSITÉ DES ÉCOSYSTÈMES FORESTIERS 7
2.1 Définition des écosystèmes forestiers 7
2.1.1 Éléments à considérer pour la définition des écosystèmes 7
2.1.1.1 La végétation 7
2.1.1.2 Le milieu physique 8
2.1.2 Méthodologie proposée 9
2.1.2.1 Les groupements et sous-groupements d'essences 9
2.1.2.2 Le regroupement des classes d'âge 12
2.1.2.3 Le regroupement des couples dépôt-drainage 12
2.2 Analyse du territoire 14
2.2.1 État actuel des écosystèmes 14
2.2.2 Notion de potentiel 14
2.2.3 Historique des forêts de l'agence 15
2.3 Problématique territoriale 18
2.4 Orientations et objectifs de conservation 19
3. LES ESPÈCES FAUNIQUES REPRÉSENTATIVES 23
3.1 Mise en situation 23
3.2 Définition d'espèce représentative 24
3.3 Les modèles d'indice de la qualité des habitats et le logiciel IQH 24
Le PPMV et la conservation de la diversité biologique y
3.4 Analyse du territoire 25
3.4.1 État des habitats actuels 25
3.4.2 Notions de potentiel d'habitats 25
3.5 Problématique territoriale 26
3.5.1 Analyse comparative des habitats actuels et potentiels ainsi que de l'historique
des écosystèmes 26
3.5.2 Détermination des habitats problématiques 27
3.6 Orientations et objectifs de conservation 28
SECTION B : LE FILTRE FIN
4. LES ESPÈCES MENACÉES OU VULNÉRABLES, LES ÉCOSYSTÈMES FORESTIERS EXCEPTIONNELS ET LES HABITATS FAUNIQUES ESSENTIELS 31
4.1 Introduction 31
4.2 Bilan et connaissances 32
4.2.1 Les espèces menacées ou vulnérables 32
4.2.1.1 La faune menacée 33
4.2.1.2 La flore menacée 33
4.2.2 Les habitats fauniques essentiels 34
4.2.3 Les écosystèmes forestiers exceptionnels 34
4.3 Orientations et objectifs 35
4.3.1 Rôles des agences 36
4.3.2 Rôles des conseillers forestiers 37
4.3.3 Rôles des propriétaires forestiers 37
5. CRITÈRES ET INDICATEURS D'AMÉNAGEMENT DURABLE 39
5.1 La conservation de la diversité biologique 39
6. RÉFÉRENCES 41
Le PPMV et la conservation de la diversité biologique vi
Tableau la.
Tableau lb.
Tableau 2.
Tableau 3.
Tableau 4.
Tableau 5.
Tableau 6.
Tableau 7.
Tableau 8.
Tableau 9.
Tableau 10.
Tableau 11.
Tableau 12.
LISTE DES TABLEAUX
Les grands groupements d'essences 10
Terrains forestiers non productifs, terrains forestiers perturbés, terrains
non forestiers 11
Regroupement des classes d'âge selon les groupements d'essences 12
Regroupement des types de dépôts de surface 13
Regroupement des classes de drainage ou de régime hydrique 13 Création d'un champ « écosystème » dans la base de données 16 Superficies associées aux divers écosystèmes sur un territoire donné 16 Extrait d'une compilation des potentiels à partir du type écologique 17 Synthèse des potentiels à partir du type écologique 17 Superficies actuelle, potentielle et passée des écosystèmes forestiers 19 Détermination du potentiel d'habitat en fonction du type écologique et du
couple dépôt-drainage 26
Disponibilités actuelle, potentielle et historique des habitats des espèces
fauniques représentatives 27
Indicateurs relatifs à la conservation de la diversité biologique 40
Le PPMV et la conservation de la diversité biologique vii
LISTE DES FIGURES
Figure 1. Le maintien de la diversité biologique dans le milieu forestier 3 Figure 2. Identification des écosystèmes à partir des peuplements écoforestiers 16 Figure 3. Identification des potentiels à partir des types écologiques 17 Figure 4. Exemple d'une grille de sélection des espèces représentatives 24
Le PPMV et la conservation de la diversité biologique viii
LISTE DES ANNEXES
Annexe 1 Chronologie des étapes en vue de définir des écosystèmes 43 Annexe 2 Définition des habitats fauniques selon le Règlement sur les habitats fauniques 47
Le PPMV et la conservation de la diversité biologique ix
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1. INTRODUCTION
Les forêts sont des écosystèmes dynamiques où interviennent un ensemble de processus complexes qui sont fonction du climat, des sols, de la végétation, de la faune et des perturbations d'origine naturelle et humaine.
Les nouveaux concepts, tels ceux du maintien de la diversité biologique et du développement durable, ont beaucoup fait évoluer les perceptions que l'on avait des forêts. On ne les considère plus comme de simples regroupements d'arbres, mais bien comme des milieux aux vocations multiples, qui offrent une gamme de potentiels, tant pour la production que pour la conservation des ressources et la pratique d'activités de plein air. Par conservation, on entend l'application de méthodes de gestion qui garantissent que les organismes et les écosystèmes sont utilisés de manière durable. La conservation présuppose donc des activités de préservation, de protection, d'entretien, de réhabilitation, de restauration et d'amélioration des écosystèmes et des populations qu'ils abritent.
Les écosystèmes forestiers sont des systèmes dynamiques trop souvent perçus comme des entités statiques. Les préserver ne signifie pas qu'aucune intervention ne puisse y être réalisée. En fait, il n'est pas souhaitable, ni même possible de garder des entités infiniment dynamiques dans un même état. L'aménagement durable des forêts doit donc viser le maintien non seulement des diverses composantes des écosystèmes, mais également de leur dynamisme, de leur capacité de se régénérer (résilience) et des divers processus qui s'y opèrent. Le non respect des écosystèmes et de leurs fonctions pourrait avoir des conséquences négatives, tant sur la production de bois, les habitats fauniques et la flore que sur les activités de chasse, de pêche et de piégeage, etc. Dans une perspective d'aménagement durable des forêts, la nécessité d'assurer la pérennité des écosystèmes est donc incontournable. Pour y arriver, il faut d'abord connaître les écosystèmes forestiers. Cette connaissance est essentielle si l'on veut acquérir une vision globale de la forêt, des ressources qu'elle renferme, de ses potentiels de conservation, de mise en valeur et de production. Oublier les écosystèmes, ce serait renoncer aux enjeux économiques, sociaux et environnementaux du secteur forestier.
Par ailleurs, l'aménagement durable des forêts doit tenir compte des valeurs sociales. Bien que les propriétaires privés aient un rôle important à jouer dans une stratégie globale de maintien de la diversité biologique et qu'ils doivent être sensibilisés à cet effet, leurs objectifs et leurs droits ont tout de même préséance sur les visées des autres intéressés.
Pour assurer le maintien de la diversité biologique, la gestion forestière doit tenir compte de l'ensemble des ressources et potentiels du milieu. C'est là l'un des principaux rôles des 17 agences régionales de mise en valeur des forêts privées québécoises.
Le PPMV et la conservation de la diversité biologique 1
1.1 Qu'est-ce que la diversité biologique
La diversité biologique se définit comme la variété et la variabilité des espèces et des écosystèmes où elles vivent. Elle inclut également la diversité génétique au sein même des espèces. Les écosystèmes constituent donc qu'un des nombreux niveaux auxquels on peut tenir compte de la diversité biologique. Ce niveau est cependant fort important puisque c'est à ce dernier qu'on retrouve les principaux enjeux de l'aménagement forestier, de la conservation et de la mise en valeur des habitats de la faune et la flore. De plus, tous les niveaux de diversité biologique sont interdépendants : les gènes sont liés aux individus, les individus aux populations, les populations aux espèces et, enfin, les espèces aux écosystèmes. Les enjeux varient néanmoins selon le niveau considéré :
a) Écosystèmes : le maintien d'un échantillon d'écosystèmes représentatifs des différentes conditions du territoire forestier (le territoire d'une agence, par exemple) contribue à la fois à préserver la diversité biologique à ce niveau mais aussi à répondre aux besoins des espèces qui leur sont associées.
b) Espèces (faune et flore) : le maintien de la diversité biologique, doit d'abord tenir compte des espèces désignées menacées et vulnérables ou susceptibles de l'être et de celles dont les habitats sont jugés prioritaires, conformément au Règlement sur les habitats fauniques qui découle de la Loi sur la conservation et la mise en valeur de la faune . On doit également considérer les espèces sans statut particulier, lesquelles représentent la plus grande part des espèces du milieu forestier. Elles sont d'ailleurs si nombreuses qu'on ne saurait tenir compte de leurs besoins individuels lors de la planification de l'aménagement forestier. L'usage d'espèces représentatives permet de répondre en partie à ce besoin. Enfin, les espèces d'intérêt socio-économique forment un groupe à part, puisque les habitats sont mieux connus et par le fait même plus facilement maintenus.
c) Gènes : il est essentiel de maintenir la diversité génétique au sein des espèces et des populations de façon à assurer le maintien du bagage génétique. Ainsi, faudra-t-il éviter l'isolement de population ou encore la modification de la structure génétique d'une espèce par l'introduction de variétés indésirables. La sélection de plants destinés au reboisement par exemple, devrait tenir compte de la provenance de souches bien adaptées aux conditions locales qui n'affecteront pas le bagage génétique des espèces indigènes.
1.2 Conservation de la diversité biologique : les concepts de « filtre brut » et de « filtre fin »
Les concepts de filtre brut et de filtre fin ont été énoncés par Hunter (1990). Essentiellement, ils consistent en une approche visant à maintenir, dans le temps et dans l'espace, l'ensemble des composantes du milieu forestier en vue de maintenir la diversité biologique de territoires soumis à l'aménagement forestier.
Le PPMV et la conservation de la diversité biologique 2
1.2.1 Filtre brut
Le filtre brut est un concept selon lequel le maintien dans le temps et dans l'espace, d'une variété d'écosystèmes représentatifs d'un territoire forestier donné, tel celui d'une agence, par exemple, permet de subvenir aux besoins d'une majorité d'espèces (de 85 % à 90 %). Le maintien d'une variété d'écosystèmes ne correspond pas à la conservation de toutes les associations écoforestières possibles dans un territoire donné, car même dans des conditions naturelles, elles ne peuvent être toutes présentes simultanément, mais bien au maintien des processus écologiques requis pour qu'elles puissent apparaître et évoluer normalement.
1.2.2 Filtre fin
Le concept de « filtre fin » est indissociable de celui de « filtre brut ». Il consiste à prendre des mesures de conservation particulières permettant de tenir compte des espèces ou écosystèmes échappant au filtre brut. En fait, le « filtre fin» permet de considérer ces éléments qui seraient
« oubliés » si l'on se contentait de ne maintenir qu'un échantillon représentatif des écosystèmes.
C'est le cas notamment des espèces menacées et des écosystèmes forestiers exceptionnels. En théorie, les écosystèmes forestiers exceptionnels pourraient être associés au niveau du filtre brut.
Cependant, nous choisissons de les associer au filtre fin parce qu'ils constituent des éléments ponctuels et que leur caractère exceptionnel n'est pas nécessairement exprimé par la cartographie écoforestière.
Figure 1. Le maintien de la diversité biologique dans le milieu forestier
Filtre brut Filtre fin
maintenir la diversité des écosystèmes forestiers protéger les espèces menacées et vulnérables maintenir les habitats des espèces représentatives • conserver les écosystèmes forestiers exceptionnels
conserver les habitats fauniques essentiels
1.2.3 Un exemple d'application des concepts de « filtre brut » et de « filtre fin »
L'aménagement effectué en tenant compte du filtre brut devrait assurer le maintien des écosystèmes susceptibles de se trouver dans un territoire forestier donné. Ainsi, les sapinières humides sur dépôt fluvioglaciaire, les érablières inéquiennes mésiques sur till ou encore les pessières noires matures très humides sur tourbe devraient toutes être représentées. Ainsi, la plupart des espèces animales et floristiques devraient y trouver leurs besoins essentiels en habitat. Toutefois, pour les territoires forestiers abritant des éléments ponctuels ou très localisés susceptibles d'être oubliés et devant être conservés par exemple, les héronnières, les sites de nidification du pygargue à tête blanche, l'habitat d'une plante menacée, ou encore les écosystèmes forestiers exceptionnels, des mesures particulières doivent alors être retenues pour assurer leur pérennité.
Le PPMV et la conservation de la diversité biologique 3
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SECTION A
LE FILTRE BRUT
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2. LA DIVERSITÉ DES ÉCOSYSTÈMES FORESTIERS
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2.1 Définition des écosystèmes forestiers
Les écosystèmes forestiers sont constitués de deux grands types de composantes, soit les composantes physiques (dépôt de surface, pierrosité, texture, régime d'écoulement de l'eau) et biologiques ou vivantes (végétation et faune). Ils se caractérisent par la nature du sol, le microclimat et le dynamisme particulier de la végétation, qui est déterminé par la productivité des stations ainsi que par les perturbations, naturelles et anthropiques. Les écosystèmes se caractérisent également en fonction de leur organisation spatiale et ce, à divers niveaux de perception. Ainsi, les écosystèmes peuvent-ils se distinguer sur la base des arrangements qu'ils prennent dans le paysage forestier depuis une très grande étendue territoriale jusqu'à une toute petite portion confinée et distincte.
2.1.1 Éléments à considérer pour la définition des écosystèmes
On ne définit pas aisément un système vivant, donc complexe et dynamique. L'approche proposée suggère la prise en compte à la fois de la végétation et du milieu physique. La végétation permet de tenir compte de la portion vivante de l'écosystème tant en regard de sa composition et de sa structure verticale. Toutefois, on ne tient pas compte de la faune pour définir les écosystèmes, car elle est généralement trop mobile et utilise souvent un ensemble de milieux trop variés. Cependant, les espèces animales qu'on y trouve sont toutefois très utiles pour préciser le caractère d'un écosystème donné.
Lors de l'élaboration des PPMV, on pourra utiliser les données des inventaires écoforestiers du MRN. Ceci permettra de décrire la portion vivante des écosystèmes en utilisant la composition du couvert forestier, les groupements d'essences et l'âge des peuplements. Pour décrire la portion non vivante, c'est-à-dire le milieu physique, on pourra faire appel aux données relatives au dépôt de surface, au régime hydrique ou drainage, si elles sont disponibles.
2.1.1.1 La végétation
Les cartes écoforestières et forestières fournissent des informations sur les types de couverts forestiers, les groupements et les sous-groupements d'essences de même que sur la nature du territoire (terrain forestier non productif, terrain non forestier, etc.). Même si ces informations ne touchent que le couvert arborescent et non les diverses strates végétales et la physionomie interne des peuplements forestiers, elles permettent de distinguer les entités végétales.
Le type de couvert (feuillu (F), mélangé (M), résineux (R)) correspond à un niveau d'information qui est peu utile, car une même étiquette peut s'appliquer à des types de forêts très
Le PPMV et la conservation de la diversité biologique 7
différents. Par exemple, l'érablière et la tremblaie correspondent toutes deux à un couvert feuillu, mais elles sont pourtant fort différentes sur les plans écologique, faunique et forestier.
Le groupement d'essences ((S), (E)) est intéressant parce qu'il permet de distinguer les grands ensembles forestiers : sapinières, pessières, bétulaies blanches, etc. Il ne renseigne toutefois pas sur les essences compagnes qui vivent en association avec les essences principales. Le groupement d'essences est cependant utile pour amorcer la description d'un territoire forestier à l'échelle d'une agence.
La combinaison du groupement et du sous-groupement d'essences (S(E), Pe(S)) précise la composition végétale de la forêt. Cependant, le nombre de combinaisons possibles est tel que la gestion de cette information peut devenir difficile.
On conseille d'abord de ne considérer que les groupements d'essences pour réduire le nombre d'écosystèmes délimités. Si les responsables de la confection du PPMV jugent important de mieux cerner la réalité écologique de leur territoire, ils pourront avoir recours à des informations plus précises. Rappelons que l'application du concept de filtre brut ne vise pas à maintenir l'ensemble des associations végétales que l'on peut trouver sur un territoire, mais plutôt à maintenir l'ensemble des écosystèmes et processus dynamiques grâce auxquels ces associations végétales sont possibles.
L'âge est une autre variable à retenir pour la définition des écosystèmes, car c'est un indicateur du stade de développement qu'ils ont atteint. Sur les cartes écoforestières, l'âge des peuplements équiennes est indiqué selon les classes de 10, 30, 50, 70, 90, et 120 ans, celui des peuplements inéquiennes, selon les catégories jeune inéquienne (Jin) et vieux inéquienne (Vin). En regroupant ces informations on saura si le peuplement est en régénération, jeune, mature ou suranné.
2.1.1.2 Le milieu physique'
Comme nous l'avons déjà mentionné, le milieu physique joue un rôle important sur la productivité des forêts, les essences qui y croissent et le dynamisme végétal. Par exemple, une pessière établie sur un sol mince et rocheux constitue un écosystème distinct de celui créé par une pessière qui croit sur tourbe. Ces deux types d'écosystèmes peuvent renfermer des espèces différentes. De plus, les rendements en matière ligneuse et le dynamisme végétal risquent d'y être fort différents.
Les cartes écoforestières nous indiquent le régime d'écoulement de l'eau et le type des dépôts de surface qu'on trouve dans le milieu forestier. Toutefois, on peut ici encore réduire le nombre d'écosystèmes délimités en ne considérant que les grands groupes suivants : les tills et les dépôts sableux, les dépôts argileux, les dépôts granuleux, les dépôts organiques et le roc. Pour ce qui est du drainage, on peut s'en tenir aux milieux secs (xérique), frais (mésique), humides (hygrique) et très humides (hydrique). En somme, les variables retenues pour définir les écosystèmes peuvent
' Données du 3' programme d'inventaire décennal
Le PPMV et la conservation de la diversité biologique 8
changer d'une agence à l'autre, selon la diversité du territoire à aménager, les données disponibles et le degré de précision recherché. II n'y a pas de règle universelle. On devra faire des choix réalistes, basés sur la connaissance de l'écologie régionale.
2.1.2 Méthodologie proposée
Les données disponibles varient considérablement selon les territoires. Certaines agences pourront utiliser celles issues du 3' programme d'inventaire décennal alors que d'autres ne pourront compter que sur celles du 2' programme d'inventaire décennal, qui ne décrivent pas le milieu physique. Ces dernières ne pourront donc se baser que sur les informations forestières (les groupements et les sous-groupements d'essences et l'âge) pour définir les écosystèmes forestiers.
2.1.2.1 Les groupements et sous-groupements d'essences
Pour définir les écosystèmes forestiers, on doit regrouper les données relatives aux groupements et, probablement, aux sous-groupements d'essences (tableau la). Dans le cas des peuplements résineux et feuillus, cette opération est assez simple. Ainsi, il est relativement facile de regrouper ou de distinguer une sapinière à sapins S(S) et une sapinière à épinettes S(E). Cependant, dans le cas des peuplements mélangés, les regroupements peuvent soulever un certain nombre de questions : doit-on distinguer les sapinières à bouleaux blancs des bétulaies blanches à sapins ou les regrouper ? Même si la bétulaie blanche à sapins est une association de transition qui peut évoluer vers une sapinière, les bétulaies blanches n'en sont pas moins des milieux distincts au point de vue de la diversité biologique, notamment en raison des espèces fauniques qui y habitent.
Le besoin de distinguer ces deux éléments est probablement important pour faire un bilan exhaustif de ce qui se retrouve comme écosystème sur un territoire. Par la suite, l'aménagiste pourra juger de la pertinence de maintenir ou non, en tout temps les différents stades de développement des écosystèmes. L'objectif est d'assurer le dynamisme des écosystèmes, c'est-à- dire que l'ensemble des stades de développement puisse apparaître à un moment ou à un autre sur un territoire donné.
Dans les tableaux 1 à 4, nous vous proposons une façon de regrouper les données relatives aux groupements d'essences, aux classes d'âge, aux types de dépôts de surface et aux classes de drainage ou de régime hydrique. Rappelons que l'on doit tenir compte à la fois des composantes vivantes et non vivantes des écosystèmes si l'on veut en cerner toute la diversité des points de vue de leur composition, de leurs structures verticale (stade de développement) et horizontale (position dans le paysage) et du dynamisme de la végétation qui y croît.
Le PPMV et la conservation de la diversité biologique 9
Tableau la. Les grands groupements d'essences Grands groupements d'essences Désignations (I)
RESINEUX
Pessière EE, ES, EPB, EPR, EPG, EC, EPU, EME, RE*, EBB**, EFI, RPE*, RBB*, EPE
Sapinière SS, SE, SPB, SPR, SPG, SC, SPU, SME, RS*, RBJ, RBB*, SBB,
RFI*, SFI, RPE*, SPE, REO*, RER*, RFH*, RFT*
Pinède à pins blancs*** PBPB, PBS, PBE, PBPR, PBPG, PBC, PBPU, PBME, RPB*, PBBJ, PBBB, PBFI, PUT, PBPE,
Pinède à pins rouges*** PRPB, PRS, PRE, PRPR, PRPG, PRC, PRPU, PRME, RPR*, PRBJ, PRFI, PRFT, PRPE
Pinède à pins gris PGPB, PGS, PGE, PGPR, PGPG, PGC, PGPU, PGME, RPG*, PGBB, PGFI, PGPE
Cédrière CC, CS, CE, CPB, CPR, CPG, CPU, CME, RC*, CBJ
Prucheraie PUPU, PUS, PUE, PUPB, PUPR, PUPG, PUC, PUME, RPU*,
PUB), PRBB
Mélèzaie MEME, MES, MEE, MEPB, MEPR, MEPG, MEC, MEPU, RME*
Plantations d'essences résineuses EpH, EpL, EpN, EpO, MeJ, MeL, MeU, PiB, PiD, PiG, PiR,PiS, PrU, SaB, ThO
FEUILLUS
Bétulaie jaune*** BJ, BJR, BJPB, BJPR, BIC, BJPU,
Bétulaie blanche BB, BBR, BBS, BBE, BBPB, BBPR, BBPG, F1*
Peupleraie PE, PER, PES, PEE, PEPB, PEPR, PEPG, FI*
Érablière ER, EO, ERBB, ERBJ, ERPE, ERFI, ERFT, EOR, ERR, FT*
Frênaie FT*
Chênaie FT*
Ormaie FT*
Hêtraie FT*
Plantations d'essences feuillues BoJ, ChB, ChR, ErS, FeL, FrA, FrN, FrP, PeD, PeH, PeU
Aulnaie al
( I) Les désignations sont tirées des Normes de stratifications écoforestières, troisième programme d'inventaire forestier du ministère des Ressources naturelles du Québec (MRN, 1994). Pour établir une correspondance entre les données du 2* programme d'inventaire décennal et au 3' programme d'inventaire décennal, le MRN dispose d'un interface.
* Les groupements suivis d'une astérisque, en raison de la variabilité des associations végétales auxquelles ils correspondent, peuvent changer de regroupement selon le territoire et la nature des essences rencontrées.
** La désignation des groupements d'essences mélangés a été modifiée lors du 3' programme d'inventaire décennal. Par exemple, le groupement qu'on désignait BBE(R) est aujourd'hui appelé EBB. Les utilisateurs des cartes forestières et écoforestières doivent donc faire les équivalences.
*** Pour les peuplements avec des symboles ou tel Bj+R ou Pr ab, ils sont considérés sur la base de l'appellation dominante en négligeant les symboles + ou Ainsi un peuplement Bj4R sera considéré comme un peuplement BjR.
Le PPMV et la conservation de la diversité biologique 10
En plus des milieux forestiers productifs, les milieux forestiers non productifs, les milieux forestiers perturbés et les milieux non forestiers doivent être pris en considération dans un bilan de la disponibilité des écosystèmes. On peut donc donner une désignation de type d'écosystème à chacune des conditions possibles d'appellation forestière. Bien que dans certains cas il ne s'agisse pas d'écosystèmes naturels au même titre que ceux précédemment définis, il est important de pouvoir les prendre en considération afin de pouvoir en faire un bilan et de soustraire certaines superficies à l'analyse.
Tableau lb. Terrains forestiers non productifs, terrains forestiers perturbés, terrains non forestiers.
Catégories de terrains Désignations a)
Terrains forestiers perturbés
Feu br
Coupes ct, cprs, cpr, crs, cbt
Chablis cht
Épidémie grave es
Dépérissement total dt
Friche fr
Terrains forestiers non productifs
Dénudé sec ds
Dénudé humide dh
Camp forestier cfo
Coupe-feu cf
Aire d'empilement et d'ébranchage aep
Défriché def
Terrains non forestier
Route et autoroute ro
Gravière gr
Terre agricole a
Site inondé, eaux, lacs et rivières eau Ligne de transport d'énergie lte
Autres terrains aut
(1) Les désignations sont tirées des Normes de stratifications écoforestières, troisième programme d'inventaire forestier du ministére des Ressources naturelles du Québec (MRN, 1994)
Le PPMV et la conservation de la diversité biologique 11
2.1.2.2 Le regroupement des classes d'âge
L'âge permet de distinguer les écosystèmes du point de vue de leur stade de développement.
Cette distinction est importante puisque la structure et la composition des écosystèmes varient dans le temps : un écosystème au stade de la régénération n'abrite pas nécessairement la même flore ou la même faune qu'un écosystème parvenu à maturité. De plus, le regroupement des classes d'âge amène les responsables à tenir compte des forêts surannées, qui sont souvent sous- représentées dans les paysages forestiers aménagés (tableau 2).
Tableau 2. Regroupement des classes d'âge selon les groupements d'essences
Groupements d'essences Sans âge 10 30* 50* 70* 90* 120 et plus*
JTN VIN
Pessière R R J J M S S J S
Sapinière R R J M M S S .1 S
Pinède à pin blanc R R J J J M S .1 S
Pinède à pin rouge R R J J J M S J S
Pinède à pin gris R R. J J M M S J S
Cédrière R R J J J M S J S
Prucheraie R R J J J M S J S
Mélèzaie R R J M M S S J S
Bétulaie jaune R R J J J M S J S
Bétulaie blanche R R J M M S S J S
Peupleraie R R J M M S S J S
Érablière R. R J J J M S J S
Chênaie R R J J J M S J S
Frênaie R R J J J M S J S
Hêtraie R R J J J M S J S
R = régénération, 1= jeune, M = mature, S = surannée Jin = jeune inéquienne, Vin = vieux inéquienne
Dans le cas particulier des peuplements étagés, c'est-à-dire ceux qui ont deux classes d'âges, ils seront regroupés en tenant compte de la classe dominante soit, la première exprimée. Ainsi, un peuplement de 120 - 70 ans sera regroupé avec les peuplements de 120 ans.
2.1.2.3 Le regroupement des couples dépôt-drainage
Pour définir les couples dépôt-drainage, on regroupera les dépôts de surface dont les matériaux constituants sont apparentés, d'une part, (tableau 3) de même que le drainage ou le régime hydrique (tableau 4), d'autre part. En réalité, ces regroupements varieront selon le type d'information écoforestière disponible. Certaines banques de données écoforestières possèdent l'information sur les dépôts de surface, le drainage et le type écologique à l'échelle du 1/15 000.
Pour d'autres, les données relatives au dépôt de surface sont obtenues à partir de photographies
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aériennes au 1/40 000, dans ce cas, le régime hydrique est inféré à partir de la pente et il n'y a pas d'information liée au type écologique.
Tableau 3. Regroupement des types de dépôts de surface Grands types de dépôts de surface Désignations
Tills la, lar, lbf, lp, 8a
Dépôts sableux 2b, 2be, 2bd, 4gs, 5s, 9, 8c
Dépôts argileux 4ga, 5a, 4a, laa
Organique 7
Roc r, lad, lab
Éboulis rocheux 8e
Dépôts graveleux 2a, 2ae, 2ak, 3, 6
Tableau 4. Regroupement des classes de drainage ou de régime hydrique
Sec Frais Humide Très humide
(xérique) (mésique) (hygrique) (hydrique)
Drainage 1 2-3 4-5 6
Régime hydrique I-II III IV V
Les regroupements nous permettent de distinguer des écosystèmes comme, par exemple : jeune sapinière sèche sur till, pessière noire surannée très humide sur tourbe, bétulaie blanche mature sur sable frais, etc. Les étapes à suivre pour définir les écosystèmes sont résumées dans l'annexe 1.
Les écosystèmes ainsi définis deviennent des unités opérationnelles pour l'aménagement. Ils sont également significatifs sur le plan écologique puisqu'on les distingue du point de vue de leur composition, de leur productivité et de leur dynamisme. De plus, ils permettent de discriminer certaines espèces et communautés d'espèces fauniques en ce qui a trait à leur habitat. Enfin, les écosystèmes diffèrent quant à la nature des essences exploitables, des volumes récoltables, de la
« traficabilité » et des rendements.
Comme nous l'avons déjà souligné, chaque agence peut regrouper l'information écoforestière dont elle dispose en tenant compte de la diversité des écosystèmes qui caractérise son territoire.
Pour ce faire, elle peut cibler les éléments représentatifs des grands écosystèmes : les groupements d'essences (érablières, pessières, sapinières, tremblaies, etc.), les grands types de dépôts, le régime hydrique ou drainage et les principaux stades de développement.
C'est là une règle de base. Le degré de raffinement de l'analyse ultérieure sera fonction de la diversité et du nombre d'écosystèmes identifiés. S'il n'y a que des érablières sur le territoire d'une agence, il serait bon de distinguer les érablières à bouleaux jaunes des érablières à hêtres. Il en va de même pour les dépôts ainsi que pour le drainage ou le régime hydrique.
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2.2 Analyse du territoire
L'analyse du territoire consiste à établir la problématique des écosystèmes forestiers. Elle se subdivise en trois étapes soit :
1) la détermination de l'état actuel des écosystèmes en regard des superficies qu'ils occupent sur le territoire ;
2) la capacité (potentiel) du territoire à produire différents types d'écosystèmes et ce, en vue de la comparer avec l'état actuel, et enfin ;
3) la détermination des écosystèmes qui étaient anciennement présents sur le territoire par la récolte d'informations sur l'historique des forêts du territoire.
Ces étapes ont pour but de dresser un portrait du dynamisme des écosystèmes et de dégager les éléments qui pourraient s'avérer problématiques.
2.2.1 État actuel des écosystèmes
À cette étape, on dresse le portrait des écosystèmes présents sur le territoire d'une agence en fonction des superficies qu'ils occupent et de leur importance relative au sein du territoire (figure 2). Cette analyse permet de déterminer la problématique du territoire et éventuellement les grandes orientations à retenir en ce qui concerne l'aménagement. Les agences qui auront cartographier les écosystèmes pourront également analyser leur répartition et leur organisation dans l'espace.
L'analyse de l'état actuel permet de faire un certain nombre de constats et elle permet de s'interroger sur l'importance relative des écosystèmes, leur distribution et enfin, sur les orientations à privilégier en vue de les maintenir.
Chaque peuplement forestier, compte tenu de ses caractéristiques, pourra être associé à un type d'écosystème. On devra donc créer, dans la base de données du MRN, un nouveau champ
« écosystème » (tableau 5). Une fois qu'on a distingué les écosystèmes, on peut avoir recours à un logiciel de base de données ou à un chiffrier électronique pour déterminer la superficie et/ou l'importance relative dans le territoire (tableau 6).
2.2.2 Notion de potentiel
Lorsqu'on analyse l'importance relative des écosystèmes sur le territoire d'une agence, il faut déterminer la nature des associations végétales qu'on est susceptible y repérer étant donné les caractéristiques du milieu physique, c'est-à-dire en fonction de la capacité de ce milieu de produire tel ou tel type de végétation (potentiel d'occurrence de ces différents écosystèmes). La détermination du potentiel peut s'avérer utile pour fixer les objectifs à atteindre en ce qui à trait au maintien des différents types d'écosystèmes (figure 3).
Par exemple, si l'on considère un territoire de 1 000 km 2, dont les caractéristiques physiques permettent l'établissement de sapinières, d'érablières, de pessières et de cédrières, associées aux
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types écologiques du genre MS. pour les sapinières, FE. pour les érablières, RE. pour les pessières et RC. pour les cédrières, on compile alors les données de la banque écoforestière selon le type écologique pour obtenir des résultats similaires à ceux qui figurent aux tableaux 7 et 8.
Les résultats de cette compilation indiquent que le territoire en cause ne peut produire plus de 50 km' de pessières noires de divers types et à divers stades de développement et les aménagistes ne devraient pas essayer de dépasser le potentiel. Par compte, s'il n'y a que 10 km2 de cédrières sur le territoire alors que le potentiel possible est de 150 km2, on devrait essayer de déterminer la cause de cette situation et envisager des mesures pour la corriger. Soulignons que le potentiel de production n'est pas un objectif à atteindre mais bien une balise.
Lorsqu'on ne connaît pas le type écologique, on détermine le potentiel de production des différents écosystèmes à partir des données sur les dépôts de surface et le drainage. Par exemple, si l'agence est située dans une région écologique propice à l'établissement d'érablière à bouleaux jaune, sur les stations mésiques et les dépôts de tilt, les sites qui présentent ces caractéristiques sont associés à la série de l'érablière, alors que les stations tourbeuses mal drainées pourraient être associées à la série de la pessière noire sur tourbe. Il faut se souvenir que cet exercice vise à dégager les grands types d'écosystèmes.
2.2.3 Historique des forêts de l'agence
Les écosystèmes présents sur les territoires des agences ont sans doute été passablement modifiés par des décennies d'exploitation et par les perturbations naturelles qui ont modifié le paysage forestier. Il serait peu utile de retracer l'histoire détaillée des forêts qui croissent sur le territoire d'une agence ; nous suggérons plutôt de réunir toutes les informations qui expliquent l'état actuel et l'évolution des écosystèmes forestiers. Par exemple, certains éléments du paysage forestier ont-ils disparu ? Sont-ils en voie de disparaître ? Sont-ils sous représentés pour qu'ils mériteraient qu'on s'y attarde ? Par exemple, si l'on veut maintenir la diversité biologique dans la région de l'Outaouais, où le nombre de pins blancs a passablement diminué au fil des décennies, devrait-on prendre des dispositions particulières pour rétablir la situation ? En somme, l'historique devrait faire ressortir les modifications subies par les écosystèmes au fil des années (composition, structure, dynamisme) de même que les tendances observées et surtout les écarts entre un paysage forestier qui aurait évolué naturellement et les forêts actuelles.
Lorsqu'on connaît à la fois l'histoire et le potentiel des écosystèmes, on a une meilleure image de la forêt d'antan, on sait comment était le territoire dans des conditions naturelles et l'on perçoit donc mieux les orientations à retenir dans une perspective d'aménagement durable.
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1M 1M -
rue Ci
128 7z SS 02 71 REJ 1448 MS1
PAS AZ 1241 RI. If RP1
ma m.. leva&
14,11 C F
Cl
‘SI 1 AMI r
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• 1 AM 2
% MS1 SS 82 5
14 ri 8 PeS rit Led ri>
MS! JA SA RS2
4t.
PeS C JI JAN 'e
RS2 ErBj 121 IA JAt Fe32 CA4 78
J• lb SC2
pessiére surannée très humide sur tourbe
coupe totale en régénétation sur ttllfrats
érablière surannée fraîche sur tin
jeune peupleraie sur
• dépôt graveleux humide
• 'le sapinière mature humide sur till
Figure 2. Identification des écosystèmes à partir des peuplements écoforestiers
Tableau 5. Création d'un champ écosystème dans la base de données
tY—Pen gresa âge dr&sed drainage « écosystème » superficie
lhal
R S(S) 70 I a 4 sapinière humide mature sur tilt 4
R S(S) 70 la 4 sapinière humide mature sur till 8
M PE(S) 30 3a 5 jeune peupleraie sur dépôts granuleux humide 7
M PE(S) 30 3a 5 jeune peupleraie sur dépôts granuleux humide 8
F ER Vin I aM 2 érablière à sucre surannée sur tilt frais 9
F ER Vtn I a M 2 érablière à sucre surannée sur till frais 4
M E(ME) 120 7e 6 pessière surannée très humide sur tourbe 11
M E(ME) 1 120 7e 6 pessiére surannée très humide sur tourbe 13 F Fi 30 5a 2 jeune forét de feuillus intolérants sur dépôts argileux Il F Fi 30 5a 2 jeune forêt de feuillus intolérants sur dépôts argileux 23
R S(S) 90 1 aM 4 sapinière surannée humide sur tilt I 1
R SIS) 90 1 aM 4 sapinière surannée humide sur tilt 6
F ('T laM 3 criune Intale rn réaénératinn sur tilt frais 24
Tableau 6. Superficies associées aux divers écosystèmes sur un territoire donné
ty.peu gr_em âge dp(surt drainage « écosystème « superficie
een7)
R S(S) 70 la 4 sapinière humide mature sur till I20
M PE(S) 30 3a 5 jeune peupleraie sur dépôts graveleux humide 88
F ER Vin laM 2 érablière à sucre surannée sur tilt frais 19
M E(ME) 120_ 7e 6 pessière surannée très humide sur tourbe 22
F Fi 30 5a 2 jeune forêt de feuillus intolérants sur dépôts argileux 8
R S(S) 90 laM __4 saninière_surannée sur tilt humide 15
F CT laM 3 coupe totale en régénération sur tilt frais 22
Le PPMV et la conservation de la diversité biologique 16
série de la pessière noire sur tourbe (RE3.) = 50 kinz
Sige ?) Il> série de l'érablière (Fe3.)=
A'Ae ir 500 km2
El« CI 121 7E 6 A
REJ Erlif
121 IA 3 A FrJ2
ERS .65 J1 14.61 2 I S.S‘,112 5 3151 mu» PrSto,
AISII 3"A 3 A
‘%"") ``RS2
humide (RS2.) - 100 km2 série de la cédrière
humide (RC2) = 150 kni2
IAN I C Frit PeS C
J1 JANS
RS2 SS 11 71
14 4 2 MEI
SCAT 1•51#
1C2 MIS A2 121
R Ir I f 11PI
série de la sapinière fraiche (MN.) = 200 laie série de la sapinière
Figure 3. Identification des potentiels à partir des types écologiques
Tableau7. Extrait d'une compilation des potentiels à partir du type écologique
Séries évolutives Superficie (ha) MS.. série de la sapmière 9 MS.. séne de la sapinière 7 MS.. séné de la sapinière 6
MS.. série de la sapinière 11 Fe.. série de l'érablière 4 Fe.. série de l'érablière 5 Fe.. série de l'érablière 6 Fe.. série de l'érablière 12 Re-série de la pessière noire 11 Re_serie de la pessière noire 5 Re-sene tic la pessiere noire Il
Re.. série de la cédrière 9
Tableau8. Synthèse des potentiels à partir du type écologique
Séries évolutives Superficie (km2)
MS.. série de la sapinière 300 Fe._ série de l'érablière 500 Re.. série de la pessière noire 50 Rc.. série de la cédrière 150
Le MW et la conservation de la diversité biologique 1 7
2.3 Problématique territoriale
L'établissement de la problématique territoriale repose sur une analyse comparative de l'état actuel des écosystèmes, de leurs potentiels de production et de leur historique. Pour cerner la problématique des écosystèmes, on compare ce qu'ils sont effectivement et ce qu'ils pourraient être, compte tenu du potentiel que l'on a déterminé et de l'historique que l'on a dressé (tableau 9). Il s'agit en fait de comparer les superficies actuelles des divers écosystèmes avec ce qu'elles ont pu être dans le passé et ce que le territoire pourrait produire. Cet exercice ne vise pas à tracer un portrait statique précis de ce que le territoire devrait être, mais devrait permettre, d'une part, d'évaluer la composition du paysage forestier régional qui aurait pu se développer en absence d'intervention humaine et, d'autre part, faire ressortir les grandes modifications apportées aux paysages forestiers par ces mêmes activités humaines. Il s'agit là d'informations importantes pour une planification régionale de l'aménagement qui s'inspire de la mosaïque forestière naturelle ou qui ne contribue pas à « l'artificialiser » davantage.
Comme nous le mentionnions précédemment, si les cédrières n'occupent que 10 km2 du territoire d'une agence alors que le potentiel de production a été établi à 150 km2, il y a lieu de s'interroger sur les pratiques passées et sur celles à adopter pour remédier à la situation. Il en va de même si les feuillus intolérants occupent un trop fort pourcentage du paysage forestier ou, encore, si un écosystème est disparu.
Un bilan, où sont consignées les superficies actuelles, potentielles et passées des écosystèmes forestiers, permet de repérer ceux dont la situation est problématique (tableau 9). Ce genre d'exercice permet de constater que la situation de la cédrière humide à sapins est préoccupante, compte tenu de sa rareté actuelle et de son abondance passée. Il démontre également que les superficies occupées par la pessière sur tourbe ont diminué avec la mise en culture des terres.
Par ailleurs, si on examine les stades de développement atteints par les écosystèmes forestiers, on se rend compte que la plupart sont soit en régénération, jeunes, ou parvenus à maturité, mais que très peu de forêts sont surannées.
Le PPMV et la conservation de la diversité biologique 18
Écosystème Actuelle
Cédrière humide à sapins 10 km'-
en régénération 1
jeune 2
mature 7
surannée 0
Potentielle Passée
(type écologique)
150 km2 La cédrière couvrait autrefois toute la partie (RC3) sud de l'agence et on y trouvait un grand ravage de cerfs de Virginie. Elle a été exploitée massivement pour la production de bardeaux.
Tableau 9. Superficies actuelle, potentielle et passée des écosystèmes forestiers
Érablière à bouleaux 227 km2 500 km2 L'érablière occupait une portion plus jaunes, sur till bien drainé (Fe31 - Fe32) importante du contrefort des monts. La
production de bois de chauffage et la conversion de certaines érablières en plantations de pins rouges seraient à l'origine de leur recul. Par ailleurs, il semble que la proportion d'essences compagnes ait chuté au profit de l'érable à sucre dans les peuplements exploités à des fins acéricoles.
en régénération 45
jeune 94
mature 78
surannée 10
Fessière à épinettes noires 25 km2 et mélèzes, sur tourbe
50 km2 Une bonne partie des superficies occupées par (RE39) ces pessières ont été drainées et perdues au profit de l'agriculture. Le drainage forestier modifie sensiblement la productivité des sites de même que les essences arborescentes et floristiques qui peuvent y croitre.
en régénération 3
jeune 13
mature 4
surannée 5
Cette analyse permet de répondre à certaines des questions soulevées par l'analyse des écosystèmes présents sur le territoire. Quelle est la tendance en ce qui a trait à leur importance ? Est-elle à la baisse, à la hausse ou stable ? Comment les écosystèmes sont-ils répartis ? Sont-ils fragmentés ? 2 Comment sont-ils susceptibles d'évoluer ? Y en a-t-il dont la situation est préoccupante ? Y a-t-il des pratiques qui leur sont préjudiciables ? Quelles sont les orientations à privilégier en ce qui concerne l'aménagement ?
2.4 Orientations et objectifs de conservation
Une fois que les écosystèmes problématiques ont été identifiés, on peut déterminer les superficies à maintenir et les options de conservation qui s'offrent pour contribuer adéquatement
2 Dans le cas où une analyse spatiale est effectuée.
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