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/i. JOTiL. ..L GENERAt' DECIMALE CLASSIFICATION ..,1./.-..^. M î SECTION RAYON ,-.

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(1)
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JOTiL ..L GENERAt'

CLASSIFICATION

DECIMALE

..,1./.-..^.

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SECTION RAYON

,

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M .7.

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(3)

7

(4)
(5)

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Internet

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in

2010

witin

funding from

Universityof

Ottawa

littp://www.arcliive.org/details/cliantsdusoirOOpois

(6)
(7)

*3I

(8)
(9)

CHANTS

DU

SOIR

(10)
(11)

ADOLPHE POISSON

CHANTS

DU

SOIR

Imp.

de

l'Union, Arthabaska,

(12)

Chants Canadiens, Heures perdues,

Sous

LES Pins.

Ci C

^'

t osics

907993.

(13)

Chants du Soir

Parmi

nos poètes canadiens, il tn est

peu

de plus

sympathiques

et de plus

justement

admirés

que M.Adolphe

Poisson, le barde d

Arthabaska,

qui, depuis déjà de

nombreuses

années, tient tant de lecteursî-ous le charme.

Son

dernierrecueildepoésies:"

Chants du

Soir,"

composé

de pièces éparses, choisies avec soin par l'auteur

dans

ses cartons,soutient

avantageusement

la

comparaison

avec les premières

œuvres du

poète:"

Chants Canadiens"

"

Heures

Perdues," '•

Sous

les Pins,"

dont

les strophes ont plu à tant d'oreilles.

On

sent toutefois

que

le talent

du

poète a mûri,

que

son style a acquis de l'énergie et

que

ses idées de la vie sont

devenues moins

opti- mistes. Les

charmantes

pages

que nous

aurions à citer

dans

ce recueil sont si

nombreuses que nous

préférons laisser à ses lecteurs futurs lesoin de fixer

eux mêmes

leurs préférences sur tantdesujetstraités, lesunsserecom-

mandant

par la

profondeur du

senti- ment, d'autres par l'originalité, d'au- tres encore par

une calme

gaieté,

mais

tous pénétrés d'une haute inspiration poétique.

Les "

Chants du

Soir"

forment un

élégant

volume

de

225

pages,

dont

la toilette typographicjue fait le plus

grand honneur aux

ateliers de

L'Union,

Arthabaska,

"

La

Presse"

(14)
(15)
(16)
(17)

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OJ 3

(18)
(19)

AUX LECTEURS

JE

vous livre, 6lecteurs, ces humblespoésies Quej'ai

dans mes

cartons avec

grand

soinchoisies.

De

tousces verséparsil estce recueil.

Puissiez-vousmaintenantlui faire

un

bon accueil.

J'auraimislà

mon

cœur, j'aurai

mis

mon

âme.

Aîissi n'yvoyezpoint

u

nlivrede réclame.

Qu'on

lise, voilà

mon

uniquesouci,

»

Et

si l'onm'aime

un peu

je vous dirai : merci!

(20)
(21)

A MON FILS JULES

A

lanaissance de sonpremier né

PENCHÉ

surleberceau de ton premierenfant.

Dans

cenouveau

venu

j'aicru

me

reconnaître

Et comme un

fierdéfi parlavieau néant,

Vous

êtes nés tousdeux pourprolonger

mon

être.

Jerevivrai partoi, parlui tu revivras,

Nous

consolantainsi del'existence

amère

Et nous seronsheureux lorsqueses petits bras

Dans un

premiereffortsetendront vers samère.

(22)

Issude notre sang, ô chair de notre chair,

En

lui noussaluonsl'espoirde notre race ;

Si frêle et sipetit, il n'enestque plus cher, Carilprendtousnos cœurs danssanaïve grâce.

Nous

attendonslejour quiva bientôt venir

parinstinct, surnous penchant sa tête blonde,

Son

regardraffermisemblera contenir

Comme

un naïfeffroidesavenue au monde.

Etlorsqu'un peuplus tardsa lèvre s'ouvrira

Dans

le

charme

enivrantde sonpremiersourire.

C'est

un

nouveau bonheurquidansnoscœurs mettra Ce qu'unpère ressentetnesaurait décrire.

Nous

jouissons déjà de son balbutiement,

A

saisir ees.guegtienouspassons plusd'une heure;

Tropvolontiers portés àletrouvercharmant, Et nousle chérissonsalors

même

qu'il pleure.

(23)

13

Maisvoici qu'il arrive

un

nouvelincident Quijettedansl'émoi toutelamaisonnée ;

Sonsouriredévoileune premièredent

Et

son

humeur

moroseestvitepardonnée.

I I

Enfinildevient

homme,

ilrisque

un

premierpas, 11 en essaie

un

autre et

non

passanstorture ; Pourtantsa

mère

est là qui luitend les

deux

bras

Pour

mettreplusd'aplomb danssa désinvolture.

Nous

levoyonsdéjàgrimper surnos

genoux

Poursetrouver plus près

du

baiserqui l'attire

Et dans sonfaibleeffort pourparler

comme

nous Songeste seul suppléeaux mots qu'il ne peutdire.

(24)

A

toutcequi l'entoureilsembleintéressé

Et

son regardsurprissans cesse se

promène Du

vasequ'il convoiteau meuble délaissé

Et

tout nouveau pourlui devient

un phénomène.

Mais avant delaisserson berceau frêle et blanc Ilnousréserve encor de nouvellessurprises Pardesmotsisolésdits d'unton cajolant

Comme

s'il essayaitdes phrases

mal

apprises.

Heureux

de ses progrès, déjà nouslevoyons Alleren titubantdanslamaison joyeuse, Tantôtfaisantlaguerreàde faux papillons, Tantôtdéplaçant toutd'une

main

curieuse.

Il a bientôtdeux ans,et, lelivreà l'envers,

Comme

s'il comprenait, il faitsemblantdelire

Tout en nousregardant, carle petitpervers Saitbien que nousl'aimons sans oserlelui dire.

(25)

Il saitbienque malgréses colèresd'enfant,

Nous

céderons toujours àses

nombreux

caprices,

Qu'aux

larmes de sonfils nul pèresedéfend

Qu'un

bon baiserguérit toutesles cicatrices.

D'ailleursiln'estplusseulcar depuisquelque

temps Une

petitesœur a pris le berceauvide;

Ilen esttoutsurpris, etjaloux par instants.

Ilva

comme

à regretpencherson frontcandide.

On

dirait qu'ila peurqu'elle et luidésormais Aurontàpartagerles baisers, lescaresses,

Que

sonrègne d'unjourestfini pour jamais Etqu'ilsvontêtredeux pourles

mêmes

tendresses,

Cherpetit, necrainsrien, carDieu danssabonté Pourlesnouveaux venus pourvoit àtout sur terre;

Partageégal du pain,

amour

illimité,

La même

place au

cœur

dupèreetdelamère.

Mai

1916.

(26)
(27)

Le Nouveau Collège d'Arthabaska

Poème

lu lorsdel'inauguration,le29août1906

UN

jourj'avais rêvéqu'au pied

du Mont

Christo

11surgiraitplustard unenoble

demeure

;

Quelleforme aurait-elle?

Un

collège?

Un

château ?

Un

asile l'on prie?

Un

hospiceoù l'onpleure ?

Cerêvefantaisiste, à peinedessiné, Voilàqu'ila priscorps et qu'ilse réalise,

Etje vaispronaenant

mon

regard étonné

Du

clocher

du

collègeau clocher del'église.

(28)

De

leurnouvelabrichantent en

chœur

l'éloge.

Ilscroient, les cherspetits, quec'estexprès pour eux

Que l'homme

a préparé cenidsi confortable

Quiles

met

àl'abridespas aventureux, Lessoustrait auregard del'enfant redoutable.

Mais au premierréveildelacloche d'airain

Vous

verrez ces oiseaux, auxnids pourtantfidèles, Dirigeantleur essor vers legrandciel serein.

Laisserlacampanileet fuiràtire d'ailes.

La

flèchedu clocherestsveltemais vraiment

La

croixne semble pointfranchementcatholique ;

Le

cerclequi l'étreintaccidentellement

A,jele dis toutbas, presque

un

airhérétique.

(29)

19

Mais

un

jour une

maîn

charitableviendra, Parleremordspoussée, enlevercet insigne,

Et

lacroix soulagéeà l'instant paraîtra S'élancerversleciel, plus alerteet plus digne.

Maisà partcedéfaut l'édifice est parfait ;

On

ytrouve partout del'air, dela lumière,

Ensemble

debienêtre et decalmequifait

Qu'onsortdelà le

cœur

plusfort,l'âmeplusfière.

Sans jamaisespérer,

un

jourêtreà l'honneur,

On

vousvoit toujours prêts au travail, à lapeine, Quelquesoit lefardeau, vousleportez sans peur, Le

cœur

toujours joyeux,l'âmetoujourssereine.

Dèslepremierappel merci d'êtrevenus

A

l'heure où nousétions plongés dansla détresse Etdes nôtres desuiteon vousa reconnus

Car vousêtes chezvous oùpousselajeunesse.

(30)

Mesuréeàl'élogeetdouce aux réprimandes.

Lorsqu'aujourd'liui, le doute envahitlesesprits, Infusez danslescœurs

un

souffled'espérance

Et

faitesque malgrélahaineet lemépris Se conserve cheznousledouxparlerde France.

On

ytrouve surtoutde grands éducateurs : Des

hommes

dedevoir, amis delajeunesse Quitoujours, défaisantl'œuvre des fauxrhéteurs, Travaillentsansrepos, sansregret, sansfaiblesse.

Aussiparmi noustous soyezlesbienvenus,

O

dignes successeurs

du

grand Saint de la Salle,

Apôtres dontl'ardeurvous a tous soutenus Et dontl'ombre aujourd'hui plane sur cette salle.

(31)

Soyezlesbienvenuspourlatâche àremplir, Soyezles bienvenus pour toutlebienà faire ;

Ce qu'on attendde vous, vous saurez l'accomplir Ettoujoursfairegrand dans votreétroitesphère.

L'œuvre que vousallezcontinuer ici

Estune

œuvre

defoi,

d'amour

etd'espérance.

Faire des

hommes

c'estvotreuniquesouci; Puissiez-vousréussir

comme

dansl'autre France.

-^I^

(32)
(33)

Le Bourdon des Bois-Francs

CE

soir,

un

sonjoyeuxquej'ai cru reconnaître Estvenu doucementvibrer à

ma

fenêtre.

J'écoutais, toutravi, carcetimbre argentin Semblait

me

racontertout

un

passé lointain.

Un monde

disparu revit danscette cloche ; Etdel'entendre ainsi sisonoreetsi proche, Elle qui, lapremière, à l'aubedesBois-Francs, Souriait auxberceaux, pleuraitsur les mourants,

(34)

Conviaitau reposainsi qu'àlaprière Etdispensaità toussa notefamilière, Fit naître dans

mon âme

éprisedu passé,*

La

pitié quel'on doità toutêtre blessé.

Carcefutpourla clocheunecruelle angoisse

De

ne plussonnerl'heureà sachère paroisse, D'entendre laclameurdu puissantcarillon Sans pouvoiry mêlersalamentation.

Elle pouvaitencorpour delongues années Bénirl'enfantquinaît, chanter les

hyménées

Et bercerde son glas plaintiflelourdsommeil

De

ceuxqui vont goûter

un

repos sansréveil.

Elle rêvaitencor une longuecarrière.

Quand

sa paroisse, hélas, plus riche, maisplusfière

Voulut

un

carillon, et sous cecoup fatal Ellesentit frémirson

âme

demétal.

(35)

_

25

Car onditquela clocheaujourdesonbaptême

Comme

nous prend une

âme

et

comme

nous elle aime, Ellechante, ellepleure, elle rit

comme

nous

Et rend

hommage

àDieu sansse mettreàgenoux.

On

la laissaitdormir en son coin solitaire,

Et

faite pourchanter,

condamnée

à setaire,

Et payant del'exil, du dédain, del'oubli.

Dixlustresd'untravail

constamment

accompli.

Anssile ciel ne putlaisserdansladétresse Cellequisans

murmure

ainsiquesansfaiblesse Pendant

un

demi-siècle avait à tout

moment

Fait entendresanoteetvoilàdonc

comment Deux

amis généreux et fiersde sonhistoire,

Ne

voulant pointlavoirmourirainsi sansgloire,

Luitrouvent

un

clocherdontl'hospitalité

Va

luifaire oublierson nid siregretté.

(36)

La

voilà

commençant

sa secondecarrière Là-haut dans cettetourquiservitdevolière.

Pourl'y mettre ouchoisitla meilleuresaison, Alorsque lesoiseaux vers

un

autre horizon S'envont chercherlà-basunepluschaudebrise, Ignorant qu'auretourla placesera prise

Et

qu'unhôteencombrant, installépourtoujours,

Ne

leur permettraplus d'y filerleursamours, Car l'airainfrémissant envibrantesvolées

Jetteral'épouvanteauxailes affolées,

Etleclocher désert,heureuxdet'abriter,

cloche, etde t'entendre àchaque heurechanter, Oublieux desoiseaux qui lui sontinfidèles.

Grives, chardonneretset frêles hirondelles, S'accoutumerontviteau bruitde ton battant Quisaitdonner une

âme

au bronzepalpitant.

(37)

27

Tu

renaisàlavie etta voixorthodoxe, Parles brisesd'été, parles vents d'équinoxe,

D'une même

envoléeetpaternellement

Ramènera

toujoursl'élèveaurèglement.

A

t'entendreon croiraitunecloche nouvelle,

Tanttu metsà sonner del'entrainet

du

zèle.

Mais lechiffre qu'onvoit danslebronzeincrusté

A

trahilesecret de ton antiquité.

Nous

savons maintenant, grâce àcemillésime,

Que

tu n' espastrès loin d'être sexagésime.

Mais malgrétongrandâge,ôbourdondesBois-Francs, Parton allure etpartavoix tu novs surprends.

Tout

un monde

nouveau t'accueilleet te fait fête.

Tousles clochers voisins etlavoix d'unpoète.

Saluanttavenue encejourde gaîté,

Vont

tefaire

un

regain depopularité.

(38)

Et

si jesuisici

comme

interprète, ô cloche,

Avec mon

faibleverbeet

mon

geste qui cloche, Etsi c'est

moi

qu'on achoisi pourtechanter, Pour évoquertavie etpourla raconter.

C'estqueclocheet poète habitantlenuage,

Pour

parleràlafouleontle

même

langage

Et vonttoujourschantantsans craindreetsansfaiblir.

Mais pendant quel'on voitle poètevieillir,

La

cloche toujours jeune à tousleséchosjette Sanote, quecesoitjourde deuil oudefête.

Aussi necrains plus rien, car dans l'humble clocher

sans nul appareilon vient dete^percher

Tu

n'auras plusjamaisà subir cette injure ;

Crois-moi, c'est

un

poète

ami

quitelejure.

Voiciles

noms

desdeux généreuxdonateurs qui ontfait cadeau decettecloche :

M.

L'abbé Chs.Ed. Mailhot, ancien curé de Saint-Pauldeuhester etM. L'abbéE. P. de Cour- val, curé deSaint-Grégoire, comté de Nicoletetancien curé deSaint-Norbert.

(39)

ONZE ANS PLUS TARD

O

bourdondesBois-Francs, qu'es-tu doncdevenu Aprèsavoir été jadislebienvenu ?

Serait-ce, vieillecloche,

un

acte autoritaire Quit'auraitsans pitié

condamnée

à tetaire ?

Ou

serait-ceplutôtquelque clocher jaloux

De

ton timbresipur, silimpide etsidoux,

Qui, souffrant det'entendre, ô chanteur d'unautre Age,

Ne

peut pasendurer ton

humble

voisinage?

O

bourdon dans l'oubli, je comprends ton tourment D'entendreduclochervoisin, à tout

moment

(40)

Une

cloche narguer ton étrange

mutisme

;

Etjepleure tout bas de ce favoritisme.

Cartout près, sous lespins, tucomptes

un

ami Quivoudraitréveillerle battant endormi Etquirêve tout bas qu'une

main

courageuse Faisantvibrerencor ta noteharmonieuse, Sanstarderbriseratonsilencetrop long

En

nousfaisantgoûter

un

nouveaucarillon.

Eappelle-toi là-bastes nobles envolées

Que

l'échorenvoyaitde vallée^ en vallées.

Et moi

quit'aurai vuveniravec l'espoir

De

t'entendresouventje souffredetevoir

Muet quand

tu pourraisàla gent juvénile Marquerl'heure

du

hautdel'humble campanile.

Jecrainsqueles oiseaux chassés partoi jadis,

Croyanttrouver encor

un

nouveauparadis,

(41)

31

Reviennent, auprintemps, yfixer leurdemeure.

Hâte-toi de sonner sans attendrecetteheure.

Siturestes

muet

lesmerles reviendront, Et ce serapour toi lepluscruel affront

De

voirlacampanile, àlatâcheinfidèle.

Laisserlaplace libreau nid de Fhirondelle.

Vite, réveille-toi, sonne,je t'en supplie, Etsijem'aperçoisque toujoursl'on t'oublie

En

telaissantdormir d'un repossanshonneur,

Par

amitiépour toije

me

ferai sonneur !

(42)
(43)

Si pour avoir chanté

SI

pour avoirchantétu

me

punis, Seigneur-

ie

soispas trop cruel,

ménage

lesupplice

,

Et pour m'absoudre

un

peu d'avoirété rêveur, Songe quej'ai chanté sans haine etsans malice.

Que, seul,

jeu

aisouffert sans queje letrahisse ; Et s'ilfautrendrecompte

un

jourde ce labeur.

Ne

soispas tropcruel,

ménage

lesupplice.

Si pouravoir clianté tu

me

punis, Seigneur.

(44)

Sipouravoirrêvé tu

me

punis, Seigneur, Songe que pour les miensj'ai faitlalutte austère.

Mon

devoir accompli,

comme un

bon moissonneur

Quand

le soir, jeretourneaufoyersolitaire

muse, serais-tu livréeauterreà terre, Si pouravoir rêvé tu

me

punis, Seigneur.

Sipouravoi-raimétu

me

punis, Seigneur, Sipouravoirau tempsde

ma

courte jeunesse Trouvé dansle plaisir

un

instantdebonheur Sanspenserte déplaire etnourrir en

mon cœur

Toutaffamédevie

un amour

qui te blesse;

Et

si j'ai

pu

parfoissans

manquer

à l'honneur

Aim^lus

qu'ilne faut, pardonne

ma

faiblesse, Sipour avoiraimétu

me

punis,Seigneur.

(45)

35

Sipouravoircherché dans

mon humble

carrière

Ce

que peutcontenir dejoieetdebonheur

Le

cyclesirestreintde lavie éphémère.

Sidans devainsprojetsj'ai gaspillé

mon cœur

Et dépensé

ma

forceàcourrir lachimère, Songequejel'ai faitsansnuireà

mon

labeur, Sipouravoircherché tu

me

punis, Seigneur.

Sipouravoir pleuré tuniepunis, Seigneur, Si je

me

suissenti faible aux heures desouffrance

Et

sije suis

tombé

dansla désespérance.

Au

lieude

me

raidir si j'ai

manqué

de

cœur

Daignesonger que

l'homme

est faibledenaissance Aussi sij'ai pleurépardonne-moi,Seigneur.

^fe

(46)
(47)

A MA MÈRE

SUR

sonfront refroidije viens de déposer

Pourladernièrefois

un

filial baiser, Et, penchésurlacouche oùgîtl'inanimée, J'aicontemplé sa lèvreà toutjamaisfermée.

Emu,

j'ai crusaisirdansson regardéteint.

L'aubede l'au-delàqui scelle sondestin.

(48)

Oh

! sije n'avaispoint l'espoird'une autrevie, Si cellequejepleure etqui nousfutravie Descendait toutentière aufond

du

trou béant.

Sapoussière àla

tombe

etson

âme

aunéant, Jedirais auSeigneur : "

A

quoisertsurlaterre D'être épousefidèleet d'être

bonne mère

Sipour tantdesoucis ettantde dévouements

Il ne restedenous que devils ossements?"

Oh

!non, Dieu de bonté, cela n'est paspossible

;

Ton cœur

estplein

d'amour

siton brasest terrible,

Et ceux que tu fisnaître outdroitàta pitié !

Jet'ensupplieau

nom du

G-rand Crucifié,

Pour

éclairer

mon

deuild'un rayon d'espérance, Faire taireledouteetcalmerlasouffrance, Permets quejela voie, ôdouce vision !

Contemplant pourtoujours lessplendeursde Sion.

(49)

Hommage à l'Aima Mater

Poème

ditparl'auteuràun banquetdonné parleSéminaire deQuébecà toussesanciens élèves

VIEUX murs

restés debout, toitdeux foisséculaire,

Que

letemps,

œuvre

étranaje, a presquel'ajeuais,

Lorsquejeviens goûter votre

ombre

tutélaire Il semêle une larme auxsouvenirs bénis.

(50)

Carjesalueen vous

un

passé pleindegloire.

Car deux siècles durantvous avez abrité L'espoir denotrerace, etnotrejeune histoire S'inspire auseul aspect de votre vétusté.

Oui, j'aime àte fouler, vieuxseuilduséminaire,

Ruche

quivit surgirdesi brillantsessaims,

Tant

de mortsglorieuxqueleprésent vénère, Etqui furentjadis des hérosetdessaints.

Et

parmitous ceux-là quelaPatrie honore,

Combien

depuis Laval, combienont disparu,

Desmeilleurs, des plus grands, maisilen reste encore Car danscesiècle-ci leur

nombre

s'estaccru.

Quand mon

regard

ému

lentement se

promène

Surces filsde Laval accourus de partout

Jecomprends quecette

œuvre

estplusqu'uneoeuvrehumaine,

Que

c'estDieu qui laguideetla maintient debout.

(51)

41

Nous sommes

tous venus, lesuns chargés d'années,

Nous

mêlantavecjoieauxjeunes d'aujourd'hui, Oubliant

fut-ce

un

jour

nospéniblesjournées

Pour

parlerdu passé quisi rapidea fui ;

Pour

évoquercetempsde doucequiétude, Heuresdont nul chagrin n'assombrissait lecours, Cette époque oùlesjeux, la prièreetl'étude

D'une

inégalepartsepartageaient nosjours.

Il en estparmi vous dontlafortuneest fait« ;

D'autres

je suisdu

nombre

ont, quelstristesaveux !

Moinsd'ordanslegoussetqued'argent surla tête.

Si parbonheur ilsont conservéleurs cheveux.

Beaucoup

de jeunesfronts, mais peudetêtesblanches.

Preuve que letrépasa fauché parmi nous ;

Que

nous, acteurs d'hier, il fautlaisser lesplanches

A

ceux que nousbercionshiersurnos genoux.

(52)

42

Pour

lesjeunesc'est

un

passé ué dela veille ;

Pourles

hommes

mûris

un

souvenirlointain.

Pourtantle

même amour

réunit

ô merveille ! Les

hommes du

midi, du soir etdu matin.

Oubliantlespensums, leslongues retenues, Cadeaux assez fréquentsdu grave magister, Trois générationsencejour sont venu(>s Applaudirauxprogrèsdeleur

Aima

Mater.

De

cette

Aima

Mater toujoursje

me

réclame,

En

touttempsdepuislors je

me

suissouvenu.

Les Hamel, les Mathieu, les Roussel,les

Laflamme

Sont pourtémoigner quej'y suisrevenu.

J'habitelamaison parun autre

moi-même,

Heureux

queleprésentprolongelepassé Grâce à

mon

fils unique, enlutte aveclethème, Quitrouve aprèstrenteanslechemin tnuttracé.

(53)

Oh

! qu'il faitbonsonger à cetemps dejeunesse,

Ensemble

se revoir, lesjeunes et lesvieux Afinque pour

un

jource

doux

passé renaisse

Avec

son épopéeet lesmortsglorieux.

Et

s'il étaitpermis à

ma muse

craintive D'évoquerdevant vous

mes

professeursaimés, J'encompteraisplusieurs dontla

mort

trophâtive

A

jeté lastupeur dans lesrangs décimés.

Etje vousparleraisdeceux-làquisurvivent, Fierdeles voirici, brûlantde les

nommer, De

constaterqu'en eux lesdisparus revivent

Avec

le

dévouement

quiles afait aimer.

D'abordmonsieur Rousseldontleregard sévère Etles sourcilsfroncésparfois nousfaisaientpeur.

Ilest

un

despremiersparmi ceux qu'on révère, Cachant

un

vrai

cœur

d'orsous

un masque

trompeur.

(54)

Et

monseigneurHaniel, ce doyenvénérable Qu'ont

connu

tour à tourtroisgénérations, Qui, modestesavant, d'un

Hegme

impénétrable Seplait dansleproblème et les abstractions.

PuismonseigneurBégin, professeurde cinquième,

Non

pasle moinsaimé, caril était de ceux Qui, poussant l'indulgenceà sa limiteextrême, Semblaientprendre en pitiél'écolierparesseux.

Car malgréses leçons em))veintesde tendresse, Ses avispaternels d'unsi nobleabandon, Travailleurindolent, j'abritais

ma

paresse

A

l'ombre de son

cœur

toujours prêt au pardon.

Elèvesd'autrefois, si nous avions des maîtres Qui nousfaisaienttrouverlerèglement plusdoux,

Moins

cruelslespensums, moinslourdsleshexamètres.

Elèves d'aujourd'hui, n'ensoyez pasjaloux.

(55)

45

De nouveaux

professeursle collège s'honore, Etl'œuvre de Laval n'a pas dégénéré ;

Les Roy. lesGosselinetbien d'autres encore Veillentd'unœiljaloux surledépôtsacré.

Foyerdedévouement, rempart de notre race,

Aux

dernièresclartésdu sièclequis'éteint,

Quelquesoitl'horizon queleregard embrasse, Malgrétesdeuxcents ans tun'es qu'àton matin.

Asiledelapaix, à l'abrides orages.

Calme

etfraîche oasisdesdésertsd'ici-bas,

Dans

ton seinnous venons retremper noscoui'ages Pourreprendre

demain

nos travaux, nos combats.

Cultive avec

amour

la fleurdelajeunesse, Fais des

hommes

au

cœur

capable de lutter.

Et quedetesleçonssi fécondesil naisse

Une

race quipuisse auxassautsrésister.

(56)
(57)

Le Sou de la Pensée française

Au

vol légerde lachanson

Qu'un

peuplechanteàl'unisson, Nouvelleetdouce Marseillaise,

Toi qui seras piastredemain, Allègrementvatonchemin,

O

soudelapenséefrançaise.

(58)

Aide à nosfrèresde là-bas

A

poursuivrelesbonscombats, Dis-leurqu'avant mil huitcent seize

Surles rives

du

St-Laurent,

En

luttant, priantetsoutirant

On

sut forcer

Tâme

française.

Sisansaidenous avonspu,

D'un

travailininterrompu Conserver pure notrerace,

Qu'ils soientfermeset

comme

nous, Sans jamais ployerlesgenoux, Qu'ilsvoient 1"ennemi faceàface.

(59)

49

II

Depuisdeuxans qu'as-tudoncfait,

soude laPensée française?

A

ton devoir, as-tuforfait

Et quepenserdetagenèse?

Personne neparle detoi

Qui devaisfairedes merveilles Etjecherche quel est le toit

tupus abrégerles veilles.

As-tu chez nosfrèreslà-bas Ouvertdenombreusesécoles Etsanscauser de branle-bas

Parmi

les classes agricoles?

Dis donc, as-tufait ton chemin, Sansnul affront, le

cœur

à l'aise Et del'argenttoutplein la main,

O

soude laPensée Françiiise?

(60)

II

I

O

sov\delaPenséeFrançaise,

A

l'appeltu nerépondspas.

Depuisdéjà mil neufcentseize,

Et nousfaut-ilsonnertesglas?

Es-tu

tombé

dansquelque piège

Que

les Bochest'auraienttendu, Ou, victimed'un sortilège,

A

ton retourt'es-tu perdu ?

(61)

L'Orangisme en Colère

I

l OUR

obtenirlapaixfaut-il courberla tête

Etlaissers'épuiserl'effort delatempête?

Mais non, il faut lutteretlutterjusqu'aubout.

Pour

êtresûrs de vaincreil faut resterdebout ! Etfortsde notredroit enfacede l'orage, Avoir, non pointlapeur mais

un

noble courage Qui, sedressantdevantl'orangismebrutal.

Veut

qu'un peuplesoit libreeu son paysnatal.

Il faut, pourobtenirlapaix, quoiqu'il advienne,

Que

l'ennemi

maté

malgré laise souvienne

(62)

Qu'avantlui sur cesol rougi de^notresang

De

laGaule onparlaitleverbe éblouissant ;

Que

nous, lesdescendants d'uue race héroïque, Nous, lespremiers colons surcesold'Amérique,

Nous

devonsgarder pur,

comme un

dépôt sacré

Légué

parnos aïeux, ce verbevénéré.

Etqu'ilssachentenfin que pource droitdevivre

Vont

luttersans mercitousceux quivontsurvivre,

Comme

ceuxdelaveilleetceux-là d'aujourd'hui.

Jusqu'aujouroù lapaix biengagnée aura lui.

S'il faut lutter, vingt ans, trente ans, luttons

quand même

Pourgarder chez l'enfantle doux parlerqu'il aime.

Et pendantcetemps-là notre

nombre

triplé Sedresseradevantl'orangisme aftblé.

Formulercetespoir, cen'estpointun vainrêve, Car l'Ontarionouveau, sans relâcheetsans trêve, Sepeuplant de nosgars, seranotrerempart Contreleventmauvaisquisouffled'autrepart.

(63)

Stances Imprécatoires à Lawrence

Lues àArichat, Cap Breton, le 15 août 1900

AUX

rivesd'Halifax quelesombreAtlantique

Bercedesesclameursetblanchitdesesflots L'étrangercroitentendre unevoix fantastique Quijetteàla cité seséternels sanglots.

Maispour un

cœur

français c'est le cri d'une race Qui, troublantlesommeil de son persécuteur,

Le

poursuitdansla

tombe

etlancedansl'espace, Défid'un peuplelibre,

un

chant libérateur.

(64)

Carprèsdela cité sedresse

un

mausolée.

Monument

de triomphe éphémèreet d'orgueil

;

C'est quelebourreau d'une raceexilée,

Depuis

un

siècledort, couché dans son cercueil.

Tu

croyais ton sépulcre

un

suprême refuge Oii d'un calme sommeil tudormiraistoujours, Maisvoici quese lève un peuple, il est ton juge Etcontre toiprononce

un

arrêtsansrecours.

Ah

! tucomptais pourrienlajustice éternelle Qui sefaitbonne etdouce au peupledépouillé, Etc'esten vain qu'Aikens, d'une

main

criminelle Déchira le feuilletpar ton crime souillé.

Toi quidans tonorgueil rêvais la

renommée

Grâceà desmots menteurssur tonmarbrepoli

Tu

n'asquelemépris d'uneraceopprimée, Et moinscruel pourtoi seraitle

morne

oubli.

(65)

55

Des crimesquel'histoireavec des pleursraconte, Bis, en est-il

un

seul pluslâchequeletien ?

Tu

voulaisle silenceetvoici quetahonte Sera destempsfuturs l'éternel entretien.

Tlêvaut

uu

doublecoup de voletde vengeance, Voulant d'unpeupleheureuxfaire

un

peuplemartyr,

Tu

réponds parlaruseau sermentd'allégeance.

Et pourresterlemaître, ilt'a fallu mentir.

Tu

nedormirasplus ; l'histoirevengex-esse,

Comme un

vil malfaiteurte clouean pilori ;

Le

fardeau de ton crimeimplacablet'oppresse Et d'un infâmesceau

marque

tonfrontmeurtri.

Aux

filsdesvieuxproscritsqu'importequetu pleures !

Qu'importelarigueur de ton juge irrité !

Pour

consommer

ton crimeilt'adonnédesheures Et pourt'en repentirtoute uneéternité.

(66)

O

quelsinistre effort, ôquel tristecourage

Ilt'afallupour vaincre

ua

peupledésarmé!

Pourlivreraux périlsdelafaim, du naufrage Des preux chassés

du

solpourl'avoir trop aimé!

Ah

!t'acharnercontreeux sans pitié, quel vertige !

C'étaitrenouveler, seul, 1"effortdesTitans ;

D'une race vouloireffacertout vestige.

C'étaitbraverle ciel etcomptersansleTemps.

Le Temps

plusfortquetoi t'acouché dans labière Et pendant quetudorsdanslanuit des

tombeaux Un

peuplegrandissant, deboutsurta poussière.

Rêve

desjours plusgrands etdes destinsplus beaux.

Ilte fallait leurschamps,leurstroupeaux etleursvies,

Et lorsque sur vingt bordstu les eusdispersés, Alorsque triomphaittarageinassouvie, Soudainvintletrépasquite dit: c'estassez !

(67)

57

Pour

tes débilesbraslatâche étaittrop grande ;

Un

être disparaît,

un

peuplene

meurt

pas.

Qu'il s'appelleAcadie ouse

nomme

l'Irlande,

Ilpeutsubir l'outrage, ilnargueletrépas !

Etplus tardon le voit, malgréleshécatombes Réunir lentementtousses tronçonsépars,

Et

cesolquis'était jonché de tant detombes Se couvre deberceauxsurgisde toutesparts.

A

quoi t'adoncservi cecrimesi barbare,

Puisquele

temps

vengeur défait ceque tufis.

Que

l'histoirete

somme

etteciteàsa barre,

Que

les aïeux trahissontvengés parleursfils?

Quand

d'un peupleauberceau tu dispersaisleslanges Et que tulesjetaisaugréde touslesvents,

Quit'eutdit ([ueplus tard, en nombreusesphalanges.

De

partoutsurgiraientlesfilsdes sur\'ivants?

(68)

Voici (luautour detoi segroupenttes victimes, Vraisspectresde ton rêve, ilssedressent partout

;

Et, cherchantsurle sol la tracedetescrimes, Centvingt milleAcadiensprès detoi sont debout.

Desbordslesplusdéserts, des pluslointaines îles

lesavaientjetéstes éditsinhumains, Sousle cieldesaïeux rêvant d'autresasiles.

Ilssont venusparbande etpar tousleschemins.

A

traversles forêts errant àl'aventure.

Ilsont

vu

l'étranger jouissantsansremords Des

champs

pareux semés, et foulant, ô torture,

D'un

piedindifférent la cendrede leursmorts.

Cesol vousappartient, ô frèresd'Acadie, Etla

main

qui, cruelleen chassa lesvivants, Et survos bourgsdéserts

promena

l'incendie Oublia dejeter vosmortsauxquatre vents.

(69)

59

Et voustenez par euxà laterreusurpée ;

Ilsen sont à jamaisles fidèlesgardiens, Etceneserapointlaruseni l'épée

Quirendraleurs foyers aux martyrsacadiens.

II

A

nopfrèrestendonsune

main

fraternelle ;

Heureux

deleurréveil, aidonsàleurs destins.

Quisaitcequeletempsapporte sursonaile Etquelleaubeselève

aux

horizons lointains?

Quisaitceque Dieuveutd'uneraceaussi forte Etversquelbutsecret peut-êtreillaconduit?

Quelquesoitl'avenirquel'autre siècleapporte.

Non, ce n'estpointlamort, non, cen'estpointlanuit.

Oui, nous t'aimons, ôdoux paysd'Evangeline, Sol arroséde pleurs, sol imbibéde sang.

Le Canada

français tesalue ets'incline

Devant

ton passésombre ettonréveil puissant.

(70)

Ne

nousséparons plus,

quune même

devise

Nous

unisse à jamais ; nous en seronsplus forts;

Ayons même

souci, que riennenous divise ;

L'œuvreà poursuivre vautdesuprêmes efforts.

moderne

tyran, nul d'entrenous net'aime Etpourtantla pitié hante

mon cœur

chrétien.

Voici quesur

ma

lèvreexpire l'anathème.

Car nous avons

un

Dieu moins cruelquele tien.

Qu'aufojid detouslescœurs veillecetteespérance Qu'une heuredoit venir où, lu ciel nousaidant, L'héroïque Acadieet la nouvelleFrance Ferontsurgirici la Franced'Occident.

Ilveutque noussoyons, pouroublierl'offense.

Fermes

dans le revers, calmes danslesuccès;

Aussi depuis cent ans, légitime défense.

Notrevengeanceà nous, c'estde

rester français.

(71)

A MON FRÈRE ROMÉO

T 01

qu'enleva sitôt1"appel duTout-Puissaut, frèrepar le

cœur

autantque parle sang.

Quifus pendant trenteansdansdestravauxaustères Forcéderecopier la prosedes notaires,

Il

me

semble tevoir assis ettout courbé Jusqu'audernier

moment

surleregistreB.

Poursuivantsaus repos tatâchejournalière,

Mes

pins

manquent

depuista coursefamilière.

(72)

Cartuvenaissouventl'hiver

comme

l'été

Egayer

ma

maison deta franchegaîté.

Le

piano privéde tondoigté d'artiste

N'aplus le

même

sonetsanoteestplus triste,

Et

mon

foyerchagrin de ton si

prompt

trépas,

Va

conserver longtempsl'empreintede tes pas Et répéterl'échodeta chansonjoyeuse.

Quiredirajamaista

mimique

amuseuse,

Ta

ripostesivive etton espritgaulois,

Le

tout ditsans maliceetsur

un

ton courtois? II

me

sembletevoirépanchantton génie Surleclavier vibrantdeforceetd'harmonie.

Le

faisanttour à tourchanter, rireou pleurer,

De

la

gamme

vainqueur sans à peine effleurer.

Aux

partisdeplaisirtoujoursindispensable.

Ilfallaitaux amista verve inépuisable.

(73)

63

C'estsurtout prèsdes tiensquej'aime àt'évoquer Alorsquetes enfants venaient tous segrouper Pourécouter, ravis, sur l'instrumentsonore, Ces impi-omptus touchants qui

me

charmentencore.

Maiscedontj'aigardéleplus cher souvenir.

C'estle soirdeta mort où tu lesfis venir,

Que

près

du

piano réunis tous ensemble.

Pour

ladernièrefoisetd'une voix qui tremble,

Tu

chantas avec euxla chanson del'adieu, Car une heureplus tardturendais l'âmeà Dieu.

(74)
(75)

L'Envolée d'une âme

N ULLE

oreilleici-basn'a

pu

jamais entendre

Le

bruitque faitune

âme

en

montant

vers le ciel;

Et nul regard

bumain

d';î.pu jamais surprendre Son vol silencieuxvers; letrôneéternel.

Mystérieux passageet minutesuprême

Que

l'àmedoitfrancbir, suspendue

un

instant Entrel'éternité, cetéternel problème

Et lesi courtséjour qu'on appelle le Temps.

(76)

Songeonssans

murmurer

à notrefindernière, Laissonscourirles jours, laissons s'enfuir les ans,

Ettouten poursuivant notre courte carrière, N'oublions pointque Dieusurles agonisants Se pencheavecamour, laissantpleuvoirsagrâce Et le bonheurquidureaulieu

du Temps

qui passe.

^J^

(77)

La Vengeance de l'Homme

SI

loiîj que nousallionssurcette étroiteterre,

Rienne cliasse lerêve àjamaistourmenté;

C'est en vain que cherchant à scruterlemystère, Je plongedanslevide

un

œil déconcerté.

O

que

l'homme

estpetit

quand

ilsondel'abîme.

Que

son regard bornése perd dansl'infini ! Il aura beau gravirlaplushautaine cime.

Il resteavec son rêve étrange, indéfini.

(78)

11naît, ilvit, il passe êtrefaible,éphémère,

La

nature impassible évoluant toujours,

Sanspitiépournotre êtreetpournotre chimère.

Ignorantedu Temps, ne compte point lesjours.

Aussi l'homme, devantpareille indifférence

De

tout cequi l'entoure aspireàse venger.

Son regard versle cielva chercherl'espérance.

Puisquesur cette terre il paraît étranger.

Moins

défiantde lui, voilà qu'ilse surveille,

Et pourfairecontrasteà l'immobilité

De

la nature, ilpense, et dansson

cœur

s'éveille

Un immense

désirde son éternité.

Il travaille avecjoie afin desesurvivre,

Non

pasune saison mais longtempsaprèslui

;

Par une

œuvre

immortelleilespèrerevivre, Ets'il

y

réussitsa vengeance auralui.

(79)

Le Sommeil de Montcalm

(Lule 25mai 1909 àuneséancedela Société Royale)

L'ECHO

jetaitencore aux vertes Laurentide«

La

dernièreclameurdescanonshomicides, Et Montcalm, le vaincu de ceduel sanglant, Oubliaitla blessureouverte

^ans

son flanc.

En mourant

ilpleurait labataille perdue

(80)

Plusquele coupfatal, etson

âme

éperdue Croyait voir, vision étrangeetsombredeuil,

Tout

un

peuple avec lui couchédans soncercueil

Quand

pour luipréparer de dignes funérailles

De

Québecs'écroulaientlespesantesmurailles.

Il pressaitsui soncœurlesublimehaillon

Humide

encordusang des preuxdeCarillon.

Sonœil

mourant

voyaittout

un

passé degloire Crouler avecfracas, et danscettenuit noire.

Spectre hideux dressé surl'abîmebéant, PasserBigot l'infâme aul^rasde la Péan.

Lespleurs

du

désespoirsillonnaientsonvisage, Carcettevision était

un

noir présage.

Il songeaitau pays noblementdéfendu Parcentans d'héroïsmeen uneheure perdu.

Et

pendantqu'il voyaitlanobleetfièrearmée

(81)

71

Défilerdevantlui, vaincue etdécimée,

Le

glasde la défaite, ébranlantle beffroi,

Répandaitsurla ville et lahonte etl'effroi.

La

cloche sijoyeuseauxépoques degloire, Toujoursaccoutuméeàchanter lavictoire, Et, messagèreallée, en cestempsglorieux,

A

convierla ville au Te

Deum

joyeux.

Cetteclocheluisemble, ô suprêmesouffrance, Sonnerledernierjour dela Nouvelle-France.

Etluiseul s'accusait, et, glorieux vaincu.

En

facede la mortdisait : "J'aitropvécu, Et pourlaisser

mon nom

radieuxdansl'histoire, J'auraisdû disparaîtreaprèsune victoire.' Et le hérosmourut, mais ne

mourut

passeul, Car, Wolte, levainqueur, couché dans sonlinceul

Arrosadeson sangcet

humble

coin deterre.

(82)

Croyait voirs'écroulerl'œuvredu grandLaval.

Le

désespoir troublaitsadernièrepensée, Quand, versant l'espérance àson

âme

oppressée, Etdesjours à venirseportantle garant.

Un

angesepencha sur lehérosjnourant.

" Vois, dit-il, sansremords venirtadernière heure ;

Ton

peuplesurvivra, qu'iltriomphe ou qu'il pleure ;

Dans

la

tombe

immortelleoù tuvas sommeiller

Tu

peux dormir enpaix ;je viendrait'éveiller.

Oui, quelque soit lesortdela vaillante race, Jevois dansl'avenirque

mon

regardembrasse Desreversglorieux et d'immortelssuccès, Des cœurs malgrél'oublirestéstoujours français.

Console-toi, Montcalm, ta gloire n'estpasmorte ;

(83)

Cesonttesrestes seulsquele trépas emporte."' Et

Montcalm

consolé par l'envoyé des cieux

Pour

sonderniersommeils'endortmoinssoucieux.

Maisilétait à peineenfermé sous lapierre

Que

l'ange, sepenchant denouveausursa bière,

" L'intrépide Lévis,dit-il, pourte venger Etreprendrela ville aux mainsdel'étranger Est surle champ, témoinde tanoble défaite, Resté vainqueur, et savengeancesatisfaite, Prêtàpoursuivre encorsespuissantsennemis,

Il attendlaflotille et le renfortpromis.

Une

voileapparaît, mais, espérance yaine,

Le

drapeau d'Albion flotteau

mât

demisaine.

Plusd'espoir ! L'abandon !

Le

braveestconfondu, Carsil'honneur est sauf, lepays estperdu."

Montcalm

désespéré parla triste nouvelle

(84)

Rentra dans son sommeil, etl'ange desonaîle, Effleurant

doucement

lelieudesonrepos, Pleurad'avoir ainsi réveillélehéros.

Puis letempss'écoula ;depacifiques luttes Remplacèrentbientôtlessanglantes disputes ;

Et

lesnôtres luttaientsansespoir, sans secours.

L'ange ne venaitpoint ;

Montcalm

dormait toujours.

Il reparutenfinet luiditàl'oreille:

" Lorsquetu dors, tonpeuple est làquilutteet veille;

Et pour vengertamort, ôvaincu desglacis, C'est

un homme

de paix qui combat, c'estPlessis Quides griefsd'unpeuple a chargé sonépaule.

Luiseul, se redressantdevantlamétropole, Sansarmes pourlutterqueson verbepuissant.

Il tient têteauvainqueur, mais sans verserde sang."

Illui dit du prélatl'immortelle attitude

(85)

/o

Et lepeuple affranchi de touteservitude, Orgueilleuxdu passé, fidèleaux nouveaux rois,

Loyal àlaCouronneen défendantses droits.

Et Montcalni, bénissantlecéleste message,

Se rendortplein d'espoir.

Le

temps, surson passage,

Marquant

dix ans de plus sur l'éternel cadran,

La

paix semblerégneraux bordsdu Saint-Laurent.

Puisl'ange vintencorse pencher sursa bière Etdit : '' Xoble Montcalm, queton

ombre

soit liera ;

La

race après vingtans n'apas dégénéré Etconserveavec soin tondrapeaudéchiré, Carelle vient d'inscrireaux fastesde l'histoire,

Coutumièredu fait, unebelle victoire ;

Le

cri d'alarmeavait à peineretenti

Que

levieux sangfrançais nes'estpointdémenti, Et, laNouvelle-France, au premierciùdeguerre,

(86)

Pour

défendrele sol sedressalapremière.

Versl'ennemi

commun

tous vont résolument.

En

facedu danger, fidèlesav serment,

Poursauverdel'affrontle drapeaud'Angleterre Touslescœurs vonts'unir, leshainesvontse taire,

Et tu

peux

contempler, leregard subjugé,

Salaberry vainqueur aux

champs

deChâteauguay."

Et cinqlustres plustard, fidèleàsapromesse, L'ange éveilla

Montcalm

par

un

cridedétresse ;

Il lui conta

comment,

fils de la liberté,

Vous

tombiezpour défendre

un

sol ensanglanté,

(Comment

vous répondiezauxdéfisde Colborne,

Tyranneau

dontlahaîne implacableetsansborne Essayaitd'étoufferdans

an

suprêmeeffort

Un

peuplepleindevieetqui bravaitlamort.

Etl'augeplein d'émoi, continuantsa tâche,

(87)

77

Lui dit lesangquiteint lesolde St-Eustache,

Le

paysan qui

tombe

aux

champs

de Saint-Denis

En

défendantses droits et sesfoyers bénis.

Puis illuimontre enfin, d'ungeste d'épouvante, Se dressantdansla nuit, lahideuse charpente

Comme un

dernieraffrontfaità l'humanité^

Carilfautdes martyrsà touteliberté,

Car tout peuple jaloux desesnoblesfranchises Doitsceller de sonsang leslibertésconquises^

Carle droit d'exister coûtecher, car il faut

Que

ce droit-là se paieau prix de l'échafaud.

Le

grand

mort

sanglotait, maisl'angevint luidire :

" Attends desjoursmeilleurs ;je puiste le prédire.

Le

Franc ne

mourra

point ; sonbaptêmesanglant

Le

rendmaître à jamais des bordsdu Saint-Laurent.

C'estune èrenouvelle aujourd'huiqui

commence,

(88)

Ettoutce.«aug versé c'est lanoblesemence D'oùl'on verra surgir, superbe éclosion,

Une

jeune, une forteetgrande nation,

Surles ailes

du Temps

lesiècleavance encore, Et pourfaire oublier son orageuseaurore,

Le

sang d'un peuplelibrea cesséde couler ;

Puisde nobles tribunsayant leur frauc-parler Pour

champ

closdésormaischoisissant latribune, Sans crainte du pouvoir, sans haîue nirancune, Tout en restantloyaux au maître impérieux, Sefontles défenseursd'unpasséglorieux.

Elginenfin parut, legouverneur modèle,

Un homme

au large

cœur

qui, sans être infidèle

A

la

Couronne

etsans

manquer

àson mandat,

Sut gouverner enpère etnonpoint en soldat.

Puisvint cettejournée àjamais

mémorable

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