JOTiL ..L GENERAt'
CLASSIFICATION
DECIMALE
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SECTION RAYON
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7
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UniversityofOttawa
littp://www.arcliive.org/details/cliantsdusoirOOpois
*3I
CHANTS
DU
SOIR
ADOLPHE POISSON
CHANTS
— DU
SOIR
Imp.
del'Union, Arthabaska,
Chants Canadiens, Heures perdues,
Sous
LES Pins.Ci C
^'
t osics
907993.
Chants du Soir
Parmi
nos poètes canadiens, il tn estpeu
de plussympathiques
et de plusjustement
admirésque M.Adolphe
Poisson, le barde dArthabaska,
qui, depuis déjà denombreuses
années, tient tant de lecteursî-ous le charme.Son
dernierrecueildepoésies:"Chants du
Soir,"composé
de pièces éparses, choisies avec soin par l'auteurdans
ses cartons,soutient
avantageusement
la
comparaison
avec les premièresœuvres du
poète:"Chants Canadiens"
"
Heures
Perdues," '•Sous
les Pins,"dont
les strophes ont plu à tant d'oreilles.On
sent toutefoisque
le talentdu
poète a mûri,que
son style a acquis de l'énergie etque
ses idées de la vie sontdevenues moins
opti- mistes. Lescharmantes
pagesque nous
aurions à citerdans
ce recueil sont sinombreuses que nous
préférons laisser à ses lecteurs futurs lesoin de fixereux mêmes
leurs préférences sur tantdesujetstraités, lesunsserecom-mandant
par laprofondeur du
senti- ment, d'autres par l'originalité, d'au- tres encore parune calme
gaieté,mais
tous pénétrés d'une haute inspiration poétique.Les "
Chants du
Soir"forment un
élégantvolume
de225
pages,dont
la toilette typographicjue fait le plusgrand honneur aux
ateliers deL'Union,
Arthabaska,"
La
Presse"r-; O tj
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OJ 3
AUX LECTEURS
JE
vous livre, 6lecteurs, ces humblespoésies Quej'aidans mes
cartons avecgrand
soinchoisies.De
tousces verséparsil estnéce recueil.Puissiez-vousmaintenantlui faire
un
bon accueil.J'auraimislà
mon
cœur, j'auraimis
làmon
âme.Aîissi n'yvoyezpoint
u
nlivrede réclame.Qu'on
m«
lise, voilàmon
uniquesouci,»
Et
si l'onm'aimeun peu
je vous dirai : merci!A MON FILS JULES
A
lanaissance de sonpremier néPENCHÉ
surleberceau de ton premierenfant.Dans
cenouveauvenu
j'aicrume
reconnaîtreEt comme un
fierdéfi parlavieau néant,Vous
êtes nés tousdeux pourprolongermon
être.Jerevivrai partoi, parlui tu revivras,
Nous
consolantainsi del'existenceamère
Et nous seronsheureux lorsqueses petits brasDans un
premiereffortsetendront vers samère.Issude notre sang, ô chair de notre chair,
En
lui noussaluonsl'espoirde notre race ;Si frêle et sipetit, il n'enestque plus cher, Carilprendtousnos cœurs danssanaïve grâce.
Nous
attendonslejour quiva bientôt venirOù
parinstinct, surnous penchant sa tête blonde,Son
regardraffermisemblera contenirComme
un naïfeffroidesavenue au monde.Etlorsqu'un peuplus tardsa lèvre s'ouvrira
Dans
lecharme
enivrantde sonpremiersourire.C'est
un
nouveau bonheurquidansnoscœurs mettra Ce qu'unpère ressentetnesaurait décrire.Nous
jouissons déjà de son balbutiement,A
saisir ees.guegtienouspassons plusd'une heure;Tropvolontiers portés àletrouvercharmant, Et nousle chérissonsalors
même
qu'il pleure.—
13—
Maisvoici qu'il arrive
un
nouvelincident Quijettedansl'émoi toutelamaisonnée ;Sonsouriredévoileune premièredent
Et
sonhumeur
moroseestvitepardonnée.I I
Enfinildevient
homme,
ilrisqueun
premierpas, 11 en essaieun
autre etnon
passanstorture ; Pourtantsamère
est là qui luitend lesdeux
brasPour
mettreplusd'aplomb danssa désinvolture.Nous
levoyonsdéjàgrimper surnosgenoux
Poursetrouver plus prèsdu
baiserqui l'attireEt dans sonfaibleeffort pourparler
comme
nous Songeste seul suppléeaux mots qu'il ne peutdire.A
toutcequi l'entoureilsembleintéresséEt
son regardsurprissans cesse sepromène Du
vasequ'il convoiteau meuble délaisséEt
tout nouveau pourlui devientun phénomène.
Mais avant delaisserson berceau frêle et blanc Ilnousréserve encor de nouvellessurprises Pardesmotsisolésdits d'unton cajolant
Comme
s'il essayaitdes phrasesmal
apprises.Heureux
de ses progrès, déjà nouslevoyons Alleren titubantdanslamaison joyeuse, Tantôtfaisantlaguerreàde faux papillons, Tantôtdéplaçant toutd'unemain
curieuse.Il a bientôtdeux ans,et, lelivreà l'envers,
Comme
s'il comprenait, il faitsemblantdelireTout en nousregardant, carle petitpervers Saitbien que nousl'aimons sans oserlelui dire.
Il saitbienque malgréses colèresd'enfant,
Nous
céderons toujours àsesnombreux
caprices,Qu'aux
larmes de sonfils nul pèresedéfendQu'un
bon baiserguérit toutesles cicatrices.D'ailleursiln'estplusseulcar depuisquelque
temps Une
petitesœur a pris le berceauvide;Ilen esttoutsurpris, etjaloux par instants.
Ilva
comme
à regretpencherson frontcandide.On
dirait qu'ila peurqu'elle et luidésormais Aurontàpartagerles baisers, lescaresses,Que
sonrègne d'unjourestfini pour jamais Etqu'ilsvontêtredeux pourlesmêmes
tendresses,Cherpetit, necrainsrien, carDieu danssabonté Pourlesnouveaux venus pourvoit àtout sur terre;
Partageégal du pain,
amour
illimité,La même
place aucœur
dupèreetdelamère.Mai
1916.Le Nouveau Collège d'Arthabaska
Poème
lu lorsdel'inauguration,le29août1906UN
jourj'avais rêvéqu'au pieddu Mont
Christo11surgiraitplustard unenoble
demeure
;Quelleforme aurait-elle?
Un
collège?Un
château ?Un
asile oùl'on prie?Un
hospiceoù l'onpleure ?Cerêvefantaisiste, à peinedessiné, Voilàqu'ila priscorps et qu'ilse réalise,
Etje vaispronaenant
mon
regard étonnéDu
clocherdu
collègeau clocher del'église.De
leurnouvelabrichantent enchœur
l'éloge.Ilscroient, les cherspetits, quec'estexprès pour eux
Que l'homme
a préparé cenidsi confortableQuiles
met
àl'abridespas aventureux, Lessoustrait auregard del'enfant redoutable.Mais au premierréveildelacloche d'airain
Vous
verrez ces oiseaux, auxnids pourtantfidèles, Dirigeantleur essor vers legrandciel serein.Laisserlacampanileet fuiràtire d'ailes.
La
flèchedu clocherestsveltemais vraimentLa
croixne semble pointfranchementcatholique ;Le
cerclequi l'étreintaccidentellementA,jele dis toutbas, presque
un
airhérétique.19
Mais
un
jour unemaîn
charitableviendra, Parleremordspoussée, enlevercet insigne,Et
lacroix soulagéeà l'instant paraîtra S'élancerversleciel, plus alerteet plus digne.Maisà partcedéfaut l'édifice est parfait ;
On
ytrouve partout del'air, dela lumière,Ensemble
debienêtre et decalmequifaitQu'onsortdelà le
cœur
plusfort,l'âmeplusfière.Sans jamaisespérer,
un
jourêtreà l'honneur,On
vousvoit toujours prêts au travail, à lapeine, Quelquesoit lefardeau, vousleportez sans peur, Lecœur
toujours joyeux,l'âmetoujourssereine.Dèslepremierappel merci d'êtrevenus
A
l'heure où nousétions plongés dansla détresse Etdes nôtres desuiteon vousa reconnusCar vousêtes chezvous oùpousselajeunesse.
Mesuréeàl'élogeetdouce aux réprimandes.
Lorsqu'aujourd'liui, le doute envahitlesesprits, Infusez danslescœurs
un
souffled'espéranceEt
faitesque malgrélahaineet lemépris Se conserve cheznousledouxparlerde France.On
ytrouve surtoutde grands éducateurs : Deshommes
dedevoir, amis delajeunesse Quitoujours, défaisantl'œuvre des fauxrhéteurs, Travaillentsansrepos, sansregret, sansfaiblesse.Aussiparmi noustous soyezlesbienvenus,
O
dignes successeursdu
grand Saint de la Salle,Apôtres dontl'ardeurvous a tous soutenus Et dontl'ombre aujourd'hui plane sur cette salle.
Soyezlesbienvenuspourlatâche àremplir, Soyezles bienvenus pour toutlebienà faire ;
Ce qu'on attendde vous, vous saurez l'accomplir Ettoujoursfairegrand dans votreétroitesphère.
L'œuvre que vousallezcontinuer ici
Estune
œuvre
defoi,d'amour
etd'espérance.Faire des
hommes
c'estvotreuniquesouci; Puissiez-vousréussircomme
dansl'autre France.-^I^
Le Bourdon des Bois-Francs
CE
soir,un
sonjoyeuxquej'ai cru reconnaître Estvenu doucementvibrer àma
fenêtre.J'écoutais, toutravi, carcetimbre argentin Semblait
me
racontertoutun
passé lointain.Un monde
disparu revit danscette cloche ; Etdel'entendre ainsi sisonoreetsi proche, Elle qui, lapremière, à l'aubedesBois-Francs, Souriait auxberceaux, pleuraitsur les mourants,Conviaitau reposainsi qu'àlaprière Etdispensaità toussa notefamilière, Fit naître dans
mon âme
éprisedu passé,*La
pitié quel'on doità toutêtre blessé.Carcefutpourla clocheunecruelle angoisse
De
ne plussonnerl'heureà sachère paroisse, D'entendre laclameurdu puissantcarillon Sans pouvoiry mêlersalamentation.Elle pouvaitencorpour delongues années Bénirl'enfantquinaît, chanter les
hyménées
Et bercerde son glas plaintiflelourdsommeilDe
ceuxqui vont goûterun
repos sansréveil.Elle rêvaitencor une longuecarrière.
Quand
sa paroisse, hélas, plus riche, maisplusfièreVoulut
un
carillon, et sous cecoup fatal Ellesentit frémirsonâme
demétal._
25—
Car onditquela clocheaujourdesonbaptême
Comme
nous prend uneâme
etcomme
nous elle aime, Ellechante, ellepleure, elle ritcomme
nousEt rend
hommage
àDieu sansse mettreàgenoux.On
la laissaitdormir en son coin solitaire,Et
faite pourchanter,condamnée
à setaire,Et payant del'exil, du dédain, del'oubli.
Dixlustresd'untravail
constamment
accompli.Anssile ciel ne putlaisserdansladétresse Cellequisans
murmure
ainsiquesansfaiblesse Pendantun
demi-siècle avait à toutmoment
Fait entendresanoteetvoilàdonc
comment Deux
amis généreux et fiersde sonhistoire,Ne
voulant pointlavoirmourirainsi sansgloire,Luitrouvent
un
clocherdontl'hospitalitéVa
luifaire oublierson nid siregretté.La
voilàcommençant
sa secondecarrière Là-haut dans cettetourquiservitdevolière.Pourl'y mettre ouchoisitla meilleuresaison, Alorsque lesoiseaux vers
un
autre horizon S'envont chercherlà-basunepluschaudebrise, Ignorant qu'auretourla placesera priseEt
qu'unhôteencombrant, installépourtoujours,Ne
leur permettraplus d'y filerleursamours, Car l'airainfrémissant envibrantesvoléesJetteral'épouvanteauxailes affolées,
Etleclocher désert,heureuxdet'abriter,
cloche, etde t'entendre àchaque heurechanter, Oublieux desoiseaux qui lui sontinfidèles.
Grives, chardonneretset frêles hirondelles, S'accoutumerontviteau bruitde ton battant Quisaitdonner une
âme
au bronzepalpitant.27
Tu
renaisàlavie etta voixorthodoxe, Parles brisesd'été, parles vents d'équinoxe,D'une même
envoléeetpaternellementRamènera
toujoursl'élèveaurèglement.A
t'entendreon croiraitunecloche nouvelle,Tanttu metsà sonner del'entrainet
du
zèle.Mais lechiffre qu'onvoit danslebronzeincrusté
A
trahilesecret de ton antiquité.Nous
savons maintenant, grâce àcemillésime,Que
tu n' espastrès loin d'être sexagésime.Mais malgrétongrandâge,ôbourdondesBois-Francs, Parton allure etpartavoix tu novs surprends.
Tout
un monde
nouveau t'accueilleet te fait fête.Tousles clochers voisins etlavoix d'unpoète.
Saluanttavenue encejourde gaîté,
Vont
tefaireun
regain depopularité.Et
si jesuisicicomme
interprète, ô cloche,Avec mon
faibleverbeetmon
geste qui cloche, Etsi c'estmoi
qu'on achoisi pourtechanter, Pour évoquertavie etpourla raconter.C'estqueclocheet poète habitantlenuage,
Pour
parleràlafouleontlemême
langageEt vonttoujourschantantsans craindreetsansfaiblir.
Mais pendant quel'on voitle poètevieillir,
La
cloche toujours jeune à tousleséchosjette Sanote, quecesoitjourde deuil oudefête.Aussi necrains plus rien, car dans l'humble clocher
Où
sans nul appareilon vient dete^percherTu
n'auras plusjamaisà subir cette injure ;Crois-moi, c'est
un
poèteami
quitelejure.Voiciles
noms
desdeux généreuxdonateurs qui ontfait cadeau decettecloche :M.
L'abbé Chs.Ed. Mailhot, ancien curé de Saint-Pauldeuhester etM. L'abbéE. P. de Cour- val, curé deSaint-Grégoire, comté de Nicoletetancien curé deSaint-Norbert.ONZE ANS PLUS TARD
O
bourdondesBois-Francs, qu'es-tu doncdevenu Aprèsavoir été jadislebienvenu ?Serait-ce, vieillecloche,
un
acte autoritaire Quit'auraitsans pitiécondamnée
à tetaire ?Ou
serait-ceplutôtquelque clocher jalouxDe
ton timbresipur, silimpide etsidoux,Qui, souffrant det'entendre, ô chanteur d'unautre Age,
Ne
peut pasendurer tonhumble
voisinage?O
bourdon dans l'oubli, je comprends ton tourment D'entendreduclochervoisin, à toutmoment
Une
cloche narguer ton étrangemutisme
;Etjepleure tout bas de ce favoritisme.
Cartout près, sous lespins, tucomptes
un
ami Quivoudraitréveillerle battant endormi Etquirêve tout bas qu'unemain
courageuse Faisantvibrerencor ta noteharmonieuse, Sanstarderbriseratonsilencetrop longEn
nousfaisantgoûterun
nouveaucarillon.Eappelle-toi là-bastes nobles envolées
Que
l'échorenvoyaitde vallée^ en vallées.Et moi
quit'aurai vuveniravec l'espoirDe
t'entendresouventje souffredetevoirMuet quand
tu pourraisàla gent juvénile Marquerl'heuredu
hautdel'humble campanile.Jecrainsqueles oiseaux chassés partoi jadis,
Croyanttrouver encor
un
nouveauparadis,31
Reviennent, auprintemps, yfixer leurdemeure.
Hâte-toi de sonner sans attendrecetteheure.
Siturestes
muet
lesmerles reviendront, Et ce serapour toi lepluscruel affrontDe
voirlacampanile, àlatâcheinfidèle.Laisserlaplace libreau nid de Fhirondelle.
Vite, réveille-toi, sonne,je t'en supplie, Etsijem'aperçoisque toujoursl'on t'oublie
En
telaissantdormir d'un repossanshonneur,Par
amitiépour toijeme
ferai sonneur !Si pour avoir chanté
SI
pour avoirchantétume
punis, Seigneur-ie
soispas trop cruel,ménage
lesupplice,
Et pour m'absoudre
un
peu d'avoirété rêveur, Songe quej'ai chanté sans haine etsans malice.Que, seul,
jeu
aisouffert sans queje letrahisse ; Et s'ilfautrendrecompteun
jourde ce labeur.Ne
soispas tropcruel,ménage
lesupplice.Si pouravoir clianté tu
me
punis, Seigneur.Sipouravoirrêvé tu
me
punis, Seigneur, Songe que pour les miensj'ai faitlalutte austère.Mon
devoir accompli,comme un
bon moissonneurQuand
le soir, jeretourneaufoyersolitairemuse, serais-tu livréeauterreà terre, Si pouravoir rêvé tu
me
punis, Seigneur.Sipouravoi-raimétu
me
punis, Seigneur, Sipouravoirau tempsdema
courte jeunesse Trouvé dansle plaisirun
instantdebonheur Sanspenserte déplaire etnourrir enmon cœur
Toutaffamédevieun amour
qui te blesse;Et
si j'aipu
parfoissansmanquer
à l'honneurAim^lus
qu'ilne faut, pardonnema
faiblesse, Sipour avoiraimétume
punis,Seigneur.35
—
Sipouravoircherché dans
mon humble
carrièreCe
que peutcontenir dejoieetdebonheurLe
cyclesirestreintde lavie éphémère.Sidans devainsprojetsj'ai gaspillé
mon cœur
Et dépenséma
forceàcourrir lachimère, Songequejel'ai faitsansnuireàmon
labeur, Sipouravoircherché tume
punis, Seigneur.Sipouravoir pleuré tuniepunis, Seigneur, Si je
me
suissenti faible aux heures desouffranceEt
sije suistombé
dansla désespérance.Au
lieudeme
raidir si j'aimanqué
decœur
Daignesonger quel'homme
est faibledenaissance Aussi sij'ai pleurépardonne-moi,Seigneur.^fe
A MA MÈRE
SUR
sonfront refroidije viens de déposerPourladernièrefois
un
filial baiser, Et, penchésurlacouche oùgîtl'inanimée, J'aicontemplé sa lèvreà toutjamaisfermée.Emu,
j'ai crusaisirdansson regardéteint.L'aubede l'au-delàqui scelle sondestin.
Oh
! sije n'avaispoint l'espoird'une autrevie, Si cellequejepleure etqui nousfutravie Descendait toutentière aufonddu
trou béant.Sapoussière àla
tombe
etsonâme
aunéant, Jedirais auSeigneur : "A
quoisertsurlaterre D'être épousefidèleet d'êtrebonne mère
Sipour tantdesoucis ettantde dévouements
Il ne restedenous que devils ossements?"
Oh
!non, Dieu de bonté, cela n'est paspossible;
Ton cœur
estpleind'amour
siton brasest terrible,Et ceux que tu fisnaître outdroitàta pitié !
Jet'ensupplieau
nom du
G-rand Crucifié,Pour
éclairermon
deuild'un rayon d'espérance, Faire taireledouteetcalmerlasouffrance, Permets quejela voie, ôdouce vision !Contemplant pourtoujours lessplendeursde Sion.
Hommage à l'Aima Mater
Poème
ditparl'auteuràun banquetdonné parleSéminaire deQuébecà toussesanciens élèvesVIEUX murs
restés debout, toitdeux foisséculaire,Que
letemps,œuvre
étranaje, a presquel'ajeuais,Lorsquejeviens goûter votre
ombre
tutélaire Il semêle une larme auxsouvenirs bénis.Carjesalueen vous
un
passé pleindegloire.Car deux siècles durantvous avez abrité L'espoir denotrerace, etnotrejeune histoire S'inspire auseul aspect de votre vétusté.
Oui, j'aime àte fouler, vieuxseuilduséminaire,
Ruche
quivit surgirdesi brillantsessaims,Tant
de mortsglorieuxqueleprésent vénère, Etqui furentjadis des hérosetdessaints.Et
parmitous ceux-là quelaPatrie honore,Combien
depuis Laval, combienont disparu,Desmeilleurs, des plus grands, maisilen reste encore Car danscesiècle-ci leur
nombre
s'estaccru.Quand mon
regardému
lentement sepromène
Surces filsde Laval accourus de partoutJecomprends quecette
œuvre
estplusqu'uneoeuvrehumaine,Que
c'estDieu qui laguideetla maintient debout.41
—
Nous sommes
tous venus, lesuns chargés d'années,Nous
mêlantavecjoieauxjeunes d'aujourd'hui, Oubliant—
fut-ceun
jour—
nospéniblesjournéesPour
parlerdu passé quisi rapidea fui ;Pour
évoquercetempsde doucequiétude, Heuresdont nul chagrin n'assombrissait lecours, Cette époque oùlesjeux, la prièreetl'étudeD'une
inégalepartsepartageaient nosjours.Il en estparmi vous dontlafortuneest fait« ;
D'autres
—
je suisdunombre —
ont, quelstristesaveux !Moinsd'ordanslegoussetqued'argent surla tête.
Si parbonheur ilsont conservéleurs cheveux.
Beaucoup
de jeunesfronts, mais peudetêtesblanches.Preuve que letrépasa fauché parmi nous ;
Que
nous, acteurs d'hier, il fautlaisser lesplanchesA
ceux que nousbercionshiersurnos genoux.—
42—
Pour
lesjeunesc'estun
passé ué dela veille ;Pourles
hommes
mûrisun
souvenirlointain.Pourtantle
même amour
réunit—
ô merveille ! Leshommes du
midi, du soir etdu matin.Oubliantlespensums, leslongues retenues, Cadeaux assez fréquentsdu grave magister, Trois générationsencejour sont venu(>s Applaudirauxprogrèsdeleur
Aima
Mater.De
cetteAima
Mater toujoursjeme
réclame,En
touttempsdepuislors jeme
suissouvenu.Les Hamel, les Mathieu, les Roussel,les
Laflamme
Sontlà pourtémoigner quej'y suisrevenu.J'habitelamaison parun autre
moi-même,
Heureux
queleprésentprolongelepassé Grâce àmon
fils unique, enlutte aveclethème, Quitrouve aprèstrenteanslechemin tnuttracé.Oh
! qu'il faitbonsonger à cetemps dejeunesse,Ensemble
se revoir, lesjeunes et lesvieux Afinque pourun
jourcedoux
passé renaisseAvec
son épopéeet lesmortsglorieux.Et
s'il étaitpermis àma muse
craintive D'évoquerdevant vousmes
professeursaimés, J'encompteraisplusieurs dontlamort
trophâtiveA
jeté lastupeur dans lesrangs décimés.Etje vousparleraisdeceux-làquisurvivent, Fierdeles voirici, brûlantde les
nommer, De
constaterqu'en eux lesdisparus reviventAvec
ledévouement
quiles afait aimer.D'abordmonsieur Rousseldontleregard sévère Etles sourcilsfroncésparfois nousfaisaientpeur.
Ilest
un
despremiersparmi ceux qu'on révère, Cachantun
vraicœur
d'orsousun masque
trompeur.Et
monseigneurHaniel, ce doyenvénérable Qu'ontconnu
tour à tourtroisgénérations, Qui, modestesavant, d'unHegme
impénétrable Seplait dansleproblème et les abstractions.PuismonseigneurBégin, professeurde cinquième,
Non
pasle moinsaimé, caril était de ceux Qui, poussant l'indulgenceà sa limiteextrême, Semblaientprendre en pitiél'écolierparesseux.Car malgréses leçons em))veintesde tendresse, Ses avispaternels d'unsi nobleabandon, Travailleurindolent, j'abritais
ma
paresseA
l'ombre de soncœur
toujours prêt au pardon.Elèvesd'autrefois, si nous avions des maîtres Qui nousfaisaienttrouverlerèglement plusdoux,
Moins
cruelslespensums, moinslourdsleshexamètres.Elèves d'aujourd'hui, n'ensoyez pasjaloux.
—
45De nouveaux
professeursle collège s'honore, Etl'œuvre de Laval n'a pas dégénéré ;Les Roy. lesGosselinetbien d'autres encore Veillentd'unœiljaloux surledépôtsacré.
Foyerdedévouement, rempart de notre race,
Aux
dernièresclartésdu sièclequis'éteint,Quelquesoitl'horizon queleregard embrasse, Malgrétesdeuxcents ans tun'es qu'àton matin.
Asiledelapaix, à l'abrides orages.
Calme
etfraîche oasisdesdésertsd'ici-bas,Dans
ton seinnous venons retremper noscoui'ages Pourreprendredemain
nos travaux, nos combats.Cultive avec
amour
la fleurdelajeunesse, Fais deshommes
aucœur
capable de lutter.Et quedetesleçonssi fécondesil naisse
Une
race quipuisse auxassautsrésister.Le Sou de la Pensée française
Au
vol légerde lachansonQu'un
peuplechanteàl'unisson, Nouvelleetdouce Marseillaise,Toi qui seras piastredemain, Allègrementvatonchemin,
O
soudelapenséefrançaise.Aide à nosfrèresde là-bas
A
poursuivrelesbonscombats, Dis-leurqu'avant mil huitcent seizeSurles rives
du
St-Laurent,En
luttant, priantetsoutirantOn
sut forcerTâme
française.Sisansaidenous avonspu,
D'un
travailininterrompu Conserver pure notrerace,Qu'ils soientfermeset
comme
nous, Sans jamais ployerlesgenoux, Qu'ilsvoient 1"ennemi faceàface.—
49—
II
Depuisdeuxans qu'as-tudoncfait,
soude laPensée française?
A
ton devoir, as-tuforfaitEt quepenserdetagenèse?
Personne neparle detoi
Qui devaisfairedes merveilles Etjecherche quel est le toit
Où
tupus abrégerles veilles.As-tu chez nosfrèreslà-bas Ouvertdenombreusesécoles Etsanscauser de branle-bas
Parmi
les classes agricoles?Dis donc, as-tufait ton chemin, Sansnul affront, le
cœur
à l'aise Et del'argenttoutplein la main,O
soude laPensée Françiiise?II
IO
sov\delaPenséeFrançaise,A
l'appeltu nerépondspas.Depuisdéjà mil neufcentseize,
Et nousfaut-ilsonnertesglas?
Es-tu
tombé
dansquelque piègeQue
les Bochest'auraienttendu, Ou, victimed'un sortilège,A
ton retourt'es-tu perdu ?L'Orangisme en Colère
I
l OUR
obtenirlapaixfaut-il courberla têteEtlaissers'épuiserl'effort delatempête?
Mais non, il faut lutteretlutterjusqu'aubout.
Pour
êtresûrs de vaincreil faut resterdebout ! Etfortsde notredroit enfacede l'orage, Avoir, non pointlapeur maisun
noble courage Qui, sedressantdevantl'orangismebrutal.Veut
qu'un peuplesoit libreeu son paysnatal.Il faut, pourobtenirlapaix, quoiqu'il advienne,
Que
l'ennemimaté
malgré laise souvienneQu'avantlui sur cesol rougi de^notresang
De
laGaule onparlaitleverbe éblouissant ;Que
nous, lesdescendants d'uue race héroïque, Nous, lespremiers colons surcesold'Amérique,Nous
devonsgarder pur,comme un
dépôt sacréLégué
parnos aïeux, ce verbevénéré.Etqu'ilssachentenfin que pource droitdevivre
Vont
luttersans mercitousceux quivontsurvivre,Comme
ceuxdelaveilleetceux-là d'aujourd'hui.Jusqu'aujouroù lapaix biengagnée aura lui.
S'il faut lutter, vingt ans, trente ans, luttons
quand même
Pourgarder chez l'enfantle doux parlerqu'il aime.
Et pendantcetemps-là notre
nombre
triplé Sedresseradevantl'orangisme aftblé.Formulercetespoir, cen'estpointun vainrêve, Car l'Ontarionouveau, sans relâcheetsans trêve, Sepeuplant de nosgars, seranotrerempart Contreleventmauvaisquisouffled'autrepart.
Stances Imprécatoires à Lawrence
Lues àArichat, Cap Breton, le 15 août 1900
AUX
rivesd'Halifax quelesombreAtlantiqueBercedesesclameursetblanchitdesesflots L'étrangercroitentendre unevoix fantastique Quijetteàla cité seséternels sanglots.
Maispour un
cœur
français c'est le cri d'une race Qui, troublantlesommeil de son persécuteur,Le
poursuitdanslatombe
etlancedansl'espace, Défid'un peuplelibre,un
chant libérateur.Carprèsdela cité sedresse
un
mausolée.Monument
de triomphe éphémèreet d'orgueil;
C'est làquelebourreau d'une raceexilée,
Depuis
un
siècledort, couché dans son cercueil.Tu
croyais ton sépulcreun
suprême refuge Oii d'un calme sommeil tudormiraistoujours, Maisvoici quese lève un peuple, il est ton juge Etcontre toiprononceun
arrêtsansrecours.Ah
! tucomptais pourrienlajustice éternelle Qui sefaitbonne etdouce au peupledépouillé, Etc'esten vain qu'Aikens, d'unemain
criminelle Déchira le feuilletpar ton crime souillé.Toi quidans tonorgueil rêvais la
renommée
Grâceà desmots menteurssur tonmarbrepoliTu
n'asquelemépris d'uneraceopprimée, Et moinscruel pourtoi seraitlemorne
oubli.55
Des crimesquel'histoireavec des pleursraconte, Bis, en est-il
un
seul pluslâchequeletien ?Tu
voulaisle silenceetvoici quetahonte Sera destempsfuturs l'éternel entretien.Tlêvaut
uu
doublecoup de voletde vengeance, Voulant d'unpeupleheureuxfaireun
peuplemartyr,Tu
réponds parlaruseau sermentd'allégeance.Et pourresterlemaître, ilt'a fallu mentir.
Tu
nedormirasplus ; l'histoirevengex-esse,Comme un
vil malfaiteurte clouean pilori ;Le
fardeau de ton crimeimplacablet'oppresse Et d'un infâmesceaumarque
tonfrontmeurtri.Aux
filsdesvieuxproscritsqu'importequetu pleures !Qu'importelarigueur de ton juge irrité !
Pour
consommer
ton crimeilt'adonnédesheures Et pourt'en repentirtoute uneéternité.O
quelsinistre effort, ôquel tristecourageIlt'afallupour vaincre
ua
peupledésarmé!Pourlivreraux périlsdelafaim, du naufrage Des preux chassés
du
solpourl'avoir trop aimé!Ah
!t'acharnercontreeux sans pitié, quel vertige !C'étaitrenouveler, seul, 1"effortdesTitans ;
D'une race vouloireffacertout vestige.
C'étaitbraverle ciel etcomptersansleTemps.
Le Temps
plusfortquetoi t'acouché dans labière Et pendant quetudorsdanslanuit destombeaux Un
peuplegrandissant, deboutsurta poussière.Rêve
desjours plusgrands etdes destinsplus beaux.Ilte fallait leurschamps,leurstroupeaux etleursvies,
Et lorsque sur vingt bordstu les eusdispersés, Alorsque triomphaittarageinassouvie, Soudainvintletrépasquite dit: c'estassez !
57
—
Pour
tes débilesbraslatâche étaittrop grande ;Un
être disparaît,un
peuplenemeurt
pas.Qu'il s'appelleAcadie ouse
nomme
l'Irlande,Ilpeutsubir l'outrage, ilnargueletrépas !
Etplus tardon le voit, malgréleshécatombes Réunir lentementtousses tronçonsépars,
Et
cesolquis'était jonché de tant detombes Se couvre deberceauxsurgisde toutesparts.A
quoi t'adoncservi cecrimesi barbare,Puisquele
temps
vengeur défait ceque tufis.Que
l'histoiretesomme
etteciteàsa barre,Que
les aïeux trahissontvengés parleursfils?Quand
d'un peupleauberceau tu dispersaisleslanges Et que tulesjetaisaugréde touslesvents,Quit'eutdit ([ueplus tard, en nombreusesphalanges.
De
partoutsurgiraientlesfilsdes sur\'ivants?Voici (luautour detoi segroupenttes victimes, Vraisspectresde ton rêve, ilssedressent partout
;
Et, cherchantsurle sol la tracedetescrimes, Centvingt milleAcadiensprès detoi sont debout.
Desbordslesplusdéserts, des pluslointaines îles
Où
lesavaientjetéstes éditsinhumains, Sousle cieldesaïeux rêvant d'autresasiles.Ilssont venusparbande etpar tousleschemins.
A
traversles forêts errant àl'aventure.Ilsont
vu
l'étranger jouissantsansremords Deschamps
pareux semés, et foulant, ô torture,D'un
piedindifférent la cendrede leursmorts.Cesol vousappartient, ô frèresd'Acadie, Etla
main
qui, cruelleen chassa lesvivants, Et survos bourgsdésertspromena
l'incendie Oublia dejeter vosmortsauxquatre vents.—
59Et voustenez par euxà laterreusurpée ;
Ilsen sont à jamaisles fidèlesgardiens, Etceneserapointlaruseni l'épée
Quirendraleurs foyers aux martyrsacadiens.
II
A
nopfrèrestendonsunemain
fraternelle ;Heureux
deleurréveil, aidonsàleurs destins.Quisaitcequeletempsapporte sursonaile Etquelleaubeselève
aux
horizons lointains?Quisaitceque Dieuveutd'uneraceaussi forte Etversquelbutsecret peut-êtreillaconduit?
Quelquesoitl'avenirquel'autre siècleapporte.
Non, ce n'estpointlamort, non, cen'estpointlanuit.
Oui, nous t'aimons, ôdoux paysd'Evangeline, Sol arroséde pleurs, sol imbibéde sang.
Le Canada
français tesalue ets'inclineDevant
ton passésombre ettonréveil puissant.Ne
nousséparons plus,quune même
deviseNous
unisse à jamais ; nous en seronsplus forts;Ayons même
souci, que riennenous divise ;L'œuvreà poursuivre vautdesuprêmes efforts.
moderne
tyran, nul d'entrenous net'aime Etpourtantla pitié hantemon cœur
chrétien.Voici quesur
ma
lèvreexpire l'anathème.Car nous avons
un
Dieu moins cruelquele tien.Qu'aufojid detouslescœurs veillecetteespérance Qu'une heuredoit venir où, lu ciel nousaidant, L'héroïque Acadieet la nouvelleFrance Ferontsurgirici la Franced'Occident.
Ilveutque noussoyons, pouroublierl'offense.
Fermes
dans le revers, calmes danslesuccès;Aussi depuis cent ans, légitime défense.
Notrevengeanceà nous, c'estde
rester français.
A MON FRÈRE ROMÉO
T 01
qu'enleva sitôt1"appel duTout-Puissaut, frèrepar lecœur
autantque parle sang.Quifus pendant trenteansdansdestravauxaustères Forcéderecopier la prosedes notaires,
Il
me
semble tevoir assis ettout courbé Jusqu'auderniermoment
surleregistreB.Poursuivantsaus repos tatâchejournalière,
Mes
pinsmanquent
depuista coursefamilière.Cartuvenaissouventl'hiver
comme
l'étéEgayer
ma
maison deta franchegaîté.Le
piano privéde tondoigté d'artisteN'aplus le
même
sonetsanoteestplus triste,Et
mon
foyerchagrin de ton siprompt
trépas,Va
conserver longtempsl'empreintede tes pas Et répéterl'échodeta chansonjoyeuse.Quiredirajamaista
mimique
amuseuse,Ta
ripostesivive etton espritgaulois,Le
tout ditsans maliceetsurun
ton courtois? IIme
sembletevoirépanchantton génie Surleclavier vibrantdeforceetd'harmonie.Le
faisanttour à tourchanter, rireou pleurer,De
lagamme
vainqueur sans à peine effleurer.Aux
partisdeplaisirtoujoursindispensable.Ilfallaitaux amista verve inépuisable.
63
C'estsurtout prèsdes tiensquej'aime àt'évoquer Alorsquetes enfants venaient tous segrouper Pourécouter, ravis, sur l'instrumentsonore, Ces impi-omptus touchants qui
me
charmentencore.Maiscedontj'aigardéleplus cher souvenir.
C'estle soirdeta mort où tu lesfis venir,
Que
prèsdu
piano réunis tous ensemble.Pour
ladernièrefoisetd'une voix qui tremble,Tu
chantas avec euxla chanson del'adieu, Car une heureplus tardturendais l'âmeà Dieu.L'Envolée d'une âme
N ULLE
oreilleici-basn'apu
jamais entendreLe
bruitque faituneâme
enmontant
vers le ciel;Et nul regard
bumain
d';î.pu jamais surprendre Son vol silencieuxvers; letrôneéternel.Mystérieux passageet minutesuprême
Que
l'àmedoitfrancbir, suspendueun
instant Entrel'éternité, cetéternel problèmeEt lesi courtséjour qu'on appelle le Temps.
Songeonssans
murmurer
à notrefindernière, Laissonscourirles jours, laissons s'enfuir les ans,Ettouten poursuivant notre courte carrière, N'oublions pointque Dieusurles agonisants Se pencheavecamour, laissantpleuvoirsagrâce Et le bonheurquidureaulieu
du Temps
qui passe.^J^
La Vengeance de l'Homme
SI
loiîj que nousallionssurcette étroiteterre,Rienne cliasse lerêve àjamaistourmenté;
C'est en vain que cherchant à scruterlemystère, Je plongedanslevide
un
œil déconcerté.O
quel'homme
estpetitquand
ilsondel'abîme.Que
son regard bornése perd dansl'infini ! Il aura beau gravirlaplushautaine cime.Il resteavec son rêve étrange, indéfini.
11naît, ilvit, il passe êtrefaible,éphémère,
La
nature impassible évoluant toujours,Sanspitiépournotre êtreetpournotre chimère.
Ignorantedu Temps, ne compte point lesjours.
Aussi l'homme, devantpareille indifférence
De
tout cequi l'entoure aspireàse venger.Son regard versle cielva chercherl'espérance.
Puisquesur cette terre il paraît étranger.
Moins
défiantde lui, voilà qu'ilse surveille,Et pourfairecontrasteà l'immobilité
De
la nature, ilpense, et danssoncœur
s'éveilleUn immense
désirde son éternité.Il travaille avecjoie afin desesurvivre,
Non
pasune saison mais longtempsaprèslui;
Par une
œuvre
immortelleilespèrerevivre, Ets'ily
réussitsa vengeance auralui.Le Sommeil de Montcalm
(Lule 25mai 1909 àuneséancedela Société Royale)
L'ECHO
jetaitencore aux vertes Laurentide«La
dernièreclameurdescanonshomicides, Et Montcalm, le vaincu de ceduel sanglant, Oubliaitla blessureouverte^ans
son flanc.En mourant
ilpleurait labataille perduePlusquele coupfatal, etson
âme
éperdue Croyait voir, vision étrangeetsombredeuil,Tout
un
peuple avec lui couchédans soncercueilQuand
pour luipréparer de dignes funéraillesDe
Québecs'écroulaientlespesantesmurailles.Il pressaitsui soncœurlesublimehaillon
Humide
encordusang des preuxdeCarillon.Sonœil
mourant
voyaittoutun
passé degloire Crouler avecfracas, et danscettenuit noire.Spectre hideux dressé surl'abîmebéant, PasserBigot l'infâme aul^rasde la Péan.
Lespleurs
du
désespoirsillonnaientsonvisage, Carcettevision étaitun
noir présage.Il songeaitau pays noblementdéfendu Parcentans d'héroïsmeen uneheure perdu.
Et
pendantqu'il voyaitlanobleetfièrearmée—
71—
Défilerdevantlui, vaincue etdécimée,
Le
glasde la défaite, ébranlantle beffroi,Répandaitsurla ville et lahonte etl'effroi.
La
cloche sijoyeuseauxépoques degloire, Toujoursaccoutuméeàchanter lavictoire, Et, messagèreallée, en cestempsglorieux,A
convierla ville au TeDeum
joyeux.Cetteclocheluisemble, ô suprêmesouffrance, Sonnerledernierjour dela Nouvelle-France.
Etluiseul s'accusait, et, glorieux vaincu.
En
facede la mortdisait : "J'aitropvécu, Et pourlaissermon nom
radieuxdansl'histoire, J'auraisdû disparaîtreaprèsune victoire.' Et le hérosmourut, mais nemourut
passeul, Car, Wolte, levainqueur, couché dans sonlinceulArrosadeson sangcet
humble
coin deterre.Croyait voirs'écroulerl'œuvredu grandLaval.
Le
désespoir troublaitsadernièrepensée, Quand, versant l'espérance àsonâme
oppressée, Etdesjours à venirseportantle garant.Un
angesepencha sur lehérosjnourant." Vois, dit-il, sansremords venirtadernière heure ;
Ton
peuplesurvivra, qu'iltriomphe ou qu'il pleure ;Dans
latombe
immortelleoù tuvas sommeillerTu
peux dormir enpaix ;je viendrait'éveiller.Oui, quelque soit lesortdela vaillante race, Jevois dansl'avenirque
mon
regardembrasse Desreversglorieux et d'immortelssuccès, Des cœurs malgrél'oublirestéstoujours français.Console-toi, Montcalm, ta gloire n'estpasmorte ;
Cesonttesrestes seulsquele trépas emporte."' Et
Montcalm
consolé par l'envoyé des cieuxPour
sonderniersommeils'endortmoinssoucieux.Maisilétait à peineenfermé sous lapierre
Que
l'ange, sepenchant denouveausursa bière," L'intrépide Lévis,dit-il, pourte venger Etreprendrela ville aux mainsdel'étranger Est surle champ, témoinde tanoble défaite, Resté vainqueur, et savengeancesatisfaite, Prêtàpoursuivre encorsespuissantsennemis,
Il attendlaflotille et le renfortpromis.
Une
voileapparaît, mais, espérance yaine,Le
drapeau d'Albion flotteaumât
demisaine.Plusd'espoir ! L'abandon !
Le
braveestconfondu, Carsil'honneur est sauf, lepays estperdu."Montcalm
désespéré parla triste nouvelleRentra dans son sommeil, etl'ange desonaîle, Effleurant
doucement
lelieudesonrepos, Pleurad'avoir ainsi réveillélehéros.Puis letempss'écoula ;depacifiques luttes Remplacèrentbientôtlessanglantes disputes ;
Et
lesnôtres luttaientsansespoir, sans secours.L'ange ne venaitpoint ;
Montcalm
dormait toujours.Il reparutenfinet luiditàl'oreille:
" Lorsquetu dors, tonpeuple est làquilutteet veille;
Et pour vengertamort, ôvaincu desglacis, C'est
un homme
de paix qui combat, c'estPlessis Quides griefsd'unpeuple a chargé sonépaule.Luiseul, se redressantdevantlamétropole, Sansarmes pourlutterqueson verbepuissant.
Il tient têteauvainqueur, mais sans verserde sang."
Illui dit du prélatl'immortelle attitude
/o
Et lepeuple affranchi de touteservitude, Orgueilleuxdu passé, fidèleaux nouveaux rois,
Loyal àlaCouronneen défendantses droits.
Et Montcalni, bénissantlecéleste message,
Se rendortplein d'espoir.
Le
temps, surson passage,Marquant
dix ans de plus sur l'éternel cadran,La
paix semblerégneraux bordsdu Saint-Laurent.Puisl'ange vintencorse pencher sursa bière Etdit : '' Xoble Montcalm, queton
ombre
soit liera ;La
race après vingtans n'apas dégénéré Etconserveavec soin tondrapeaudéchiré, Carelle vient d'inscrireaux fastesde l'histoire,Coutumièredu fait, unebelle victoire ;
Le
cri d'alarmeavait à peineretentiQue
levieux sangfrançais nes'estpointdémenti, Et, laNouvelle-France, au premierciùdeguerre,Pour
défendrele sol sedressalapremière.Versl'ennemi
commun
tous vont résolument.En
facedu danger, fidèlesav serment,Poursauverdel'affrontle drapeaud'Angleterre Touslescœurs vonts'unir, leshainesvontse taire,
Et tu
peux
contempler, leregard subjugé,Salaberry vainqueur aux
champs
deChâteauguay."Et cinqlustres plustard, fidèleàsapromesse, L'ange éveilla
Montcalm
parun
cridedétresse ;Il lui conta
comment,
fils de la liberté,Vous
tombiezpour défendreun
sol ensanglanté,(Comment
vous répondiezauxdéfisde Colborne,Tyranneau
dontlahaîne implacableetsansborne Essayaitd'étoufferdansan
suprêmeeffortUn
peuplepleindevieetqui bravaitlamort.Etl'augeplein d'émoi, continuantsa tâche,
—
77—
Lui dit lesangquiteint lesolde St-Eustache,
Le
paysan quitombe
auxchamps
de Saint-DenisEn
défendantses droits et sesfoyers bénis.Puis illuimontre enfin, d'ungeste d'épouvante, Se dressantdansla nuit, lahideuse charpente
Comme un
dernieraffrontfaità l'humanité^Carilfautdes martyrsà touteliberté,
Car tout peuple jaloux desesnoblesfranchises Doitsceller de sonsang leslibertésconquises^
Carle droit d'exister coûtecher, car il faut
Que
ce droit-là se paieau prix de l'échafaud.Le
grandmort
sanglotait, maisl'angevint luidire :" Attends desjoursmeilleurs ;je puiste le prédire.
Le
Franc nemourra
point ; sonbaptêmesanglantLe
rendmaître à jamais des bordsdu Saint-Laurent.C'estune èrenouvelle aujourd'huiqui
commence,
Ettoutce.«aug versé c'est lanoblesemence D'oùl'on verra surgir, superbe éclosion,
Une
jeune, une forteetgrande nation,Surles ailes
du Temps
lesiècleavance encore, Et pourfaire oublier son orageuseaurore,Le
sang d'un peuplelibrea cesséde couler ;Puisde nobles tribunsayant leur frauc-parler Pour
champ
closdésormaischoisissant latribune, Sans crainte du pouvoir, sans haîue nirancune, Tout en restantloyaux au maître impérieux, Sefontles défenseursd'unpasséglorieux.Elginenfin parut, legouverneur modèle,
Un homme
au largecœur
qui, sans être infidèleA
laCouronne
etsansmanquer
àson mandat,Sut gouverner enpère etnonpoint en soldat.
Puisvint cettejournée àjamais