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AUTOUR DE L'EXPÉDITION DE SICILE

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R . G O O S S E N S

MS3

AUTOUR DE L'EXP ÉDITION DE SICILE

E x t r a i t d e L'Antiquité Classique t. XV (1946), 1.

052685

B R U X E L L E S 1947

(2)

w

052685 UniyERSIÎfiSBRUÎ^LLLElISlS AUTOUR DE L'EXPÉDITION DE SICILE

p a r R o g e r GOOSSENS.

1. L a p a u v r e t é d e L a m a c h o s .

Quand la trière salaminienne eût emmené Alcibiade (automne de 415), il restait, pour commander la flotte athénienne de Sicile, deux généraux, théoriquement égaux en grade et en pouvoir : Nicias et Lamachos. E n fait, la haute direction des opérations semble avoir appartenu dès lors au seul Nicias. C'est la constatation que Plutarque est amené à faire à deux reprises, une première fois dans la Vie de Nicias, une seconde fois dans la Vie d'Alcibiade (i).

Dans les deux passages, il explique l'effacement de Lamachos par sa pauvreté, qui le privait, dit-il, de toute considération (^). Je lis, à ce propos, dans un livre excellent, Y Alcibiade de J . Hatzfeld (Paris, Presses Universitaires de France, 1940) la note suivante (p. 200, n. 2) : « Plutarque croit que Lamachos, à cause de sa pau- vreté, ne jouissait d'aucun prestige... Sur cette pauvreté, il faut bien dire que nous n'avons aucune autre information, e t il s e m b l e q u e

Lamachos, stratège plusieurs fois, négociateur de la paix de 421, pouvait parler avec autorité ».

Cette note me surprend. Il est bien possible que Plutarque se trompe en refusant tout prestige à Lamachos. Mais quant à sa pauvreté, il ne l'a certes pas inventée : on peut montrer qu'elle était de notoriété publique à Athènes, vers 425.

(1) L a Vie de Nicias est antérieure à la Vie d'Alcibiade : MICHAELIS, De or- dine Vitarum Plutarchi, Berlin, 1875, p. 13.

(2) PLUT., Nie, 15, 1 : o ôè Adua^oç rjv fièv àvÔQÔiôrjç xal ôlxaioç àvfjQ xal rfi x^^Q'' ZP'^/*^''''? àtpeidcoç xarà ràç ixâ^aç, névr]ç ôè xoaov- 10V xal AtTÔç mate nad' éxdartjVy^eajawlav ànokoyî^eadai roïç 'A6rj- valotç fiixQov dgyvgiov elç èa^^rg^^^H^^mn^ïôaç iavTœ. Alcib., 21, in fine: ô yàg Ad/ia^oç »)f fièv jtoXe'ixixàç\f^i àvÔQéôrjç, à^lcofia ô' oi TtQoafjv ovô' oyxoç avrcp ôià nevlav. i f j

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44 R. GOOSSENS

Dans les Acharniem, Lamachos interpelle sévèrement Dicéo- polis, accusé par le Chœur de graves écarts de langage :

O^roç aè xoXfiàç nxmxoç &v Xéyeiv raèe ;

« Quoi ! Un mendiant comme toi, oser parler ainsi ! » (v. 578, t r a d . Alphonse Willems).

Ce qui v a u t à Dicéopolis d'être traité de mendiant, c'est la dé- froque de Télèphe dont il s'est revêtu : on sait que Télèphe se dé- guisait en mendiant dans la pièce d'Euripide qui porte son nom.

Dicéopohs, ainsi interpellé par Lamachos, entre d'abord ironi- quement dans son jeu en lui renvoyant une réplique adaptée du Télèphe : « Lamachos, ô héros, pardonne à un mendiant d'avoir ouvert la bouche et dit quelque fadaise » (i). Mais un peu plus t a r d , quand Lamachos revient à la charge (593 : ravrl ?.sysiç aii rov GTQarrjyov uixoi%oQ, &v ;) Dicéopolis, pour le coup, perd patience :

« Un mendiant, moi ? —^ E t qu'es-tu donc ? — Ce que je suis ? Un honnête citoyen, étranger à la famille des Brigueurs {ZnovôaQxîôrjç) depuis la guerre affilié à celle des Troupiers (ZtQaTtovîôrjç) alors que, depuis la guerre, tu l'es à celle des Exploiteurs (MiaOaQxîàrjç).»

MiaOaQxîàrjç (« Sire de la H a u t e Paie », t r a d u i t Van Daele), tel est le terme qui caractérise le mieux, pour Aristophane, le t a - xiarque Lamachos et ses pareils (^). Dicéopolis ajoute que naguère (sans doute a v a n t le commencement des hostilités), Lamachos, t o u t comme le « fils de Coisyra » (un noble déchu) était couvert de dettes (*). Il est donc clair qu'on ne lui connaissait d'autres res- sources que les soldes ou traitements que d'aventure l ' É t a t lui allouait. On comprend dès lors l'agacement de Dicéopolis. Venant de Lamachos, l'épithète de « mendiant » indigne t o u t particulière- m e n t ce paysan de la classe moyenne momentanément réduit à la gêne par l'invasion qui le prive de son champ. Lamachos vit de la guerre (*), qui ruine Dicéopolis.

(1) AR., Ach., 578 s. cf. ibid., 497 s. et la scholie : èK Trjkéqiov EUgmlSov • /xri /xot xrL ( = EUR., fr. 703 Nauck).

(2) Sur le grade de Lamachos en 425 et sur la solde des taxiarques, v. en dernier lieu J. A . D . LARSEN, The Acharnians and Ihe pay of taxiarchs, dans Classical Philology, X L I , 2 (avril 1946), p. 91-98.

(3) KaTa^e^gœxœç r f j v ovaiav, d i t le scholiaste (614). L'expression « fils de Coisura » a une valeur proverbiale : cf. RENNIE, The Acharn. of Ar., Lon- dres, 1909, comm. du v. 614.

(4) LARSEN, op. cit., p. 97, s'arrête à la conclusion que les taxiarques étaient payés « only for the periods sper.t on active service ».

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AUTOUR DE L ' E X P é D I T I O N D E SICILE 45 'Ak^' 6 Koiavgaç xal Aâfxay^oç,

olç v7t èqâvoiv rs xal ;fgecôv JtQcbrjv noxé,

&aneq àjiovmrQov èx^éavreç éanéqaç, ânavreç s i î a r w naQfjvovv oi (p(}.oi.

« Bon pour le fils de Coisyra et pour Lamachos, à qui naguère, en raison de leurs cotisations impayées et de leurs dettes, comme quand on vide ses eaux sales le soir : Au large ! criaient tous leurs amis » (614-617).

On objectera peut-être que la guerre n'a pas seulement sauvé Lamachos de la misère, qu'elle a pu l'enrichir considérablement.

C'est ainsi que le scholiaste des Acharniens comprend ce passage Q).

Mais il est certain qu'Aristophane ne dit rien de pareil, et il est peu vraisemblable que les « hautes paies » de la République aient suffi, à elles seules, à faire passer Lamachos de la pauvreté à l'opu- lence. Certes, la guerre et la politique procurent parfois d'autres pro- fits plus considérables, mais justement Lamachos est l'un des rares hommes publics du v^ siècle qu'aucun texte contemporain n'accuse de concussion ou de vénalité. D ' a u t r e part, certains comme nous le sommes m a i n t e n a n t que P l u t a r q u e n'a pas inventé de toutes pièces la pauvreté de Lamachos, nous accorderons plus d'attention à un détail pittoresque que cet historien a reproduit en deux endroits : chaque fois, dit-il, que Lamachos était stratège, il faisait figurer dans ses états de dépense « une faible somme pour son vêtement et ses chaussures », c'est-à-dire, si l'on me permet cet anachronis- me, le prix d'un uniforme de général {^). Qu'est-ce à dire, sinon que la tradition suivie par P l u t a r q u e sur la pauvreté de Lamachos, t r a - dition que le témoignage des Acharniens nous oblige à prendre au sérieux, prolongeait cet état de gêne bien au delà des premières années de la guerre du Péloponèse ? Car toutes les stratégies de Lamachos attestées avec certitude sont postérieures à 426 (*).

(1) Schol. Ar. Ach., 614 : Koiavga ... /tîjTjjg rov MsyaxXéovç, ôç xara- pEpQoiHàiç rijv ovaiav xal varegov nejikovrTjxcbç ix rov rà xoivà ngda- aeiv kéyexai. Ibid., 617 : TOVTO ôé Xéyei ôiaavgmv MeyaxÀéa xai Ad- fiaxov, coç TtgâreQOV fièv névrjtai; ôvraç, sîra èSai<pvriç nXovTqaavrai;

ànà rrjç nàkewç... Ov vvv orSv avrovç ôia^àXXsi toç névrjTaç, dAA' <uç norè névtjraç.

(2) PLUT., Nie, 15, 1 ( t e x t e reproduit supra,n. 2). Mor. 822 E : Aàfiaxoç ô' sv rolç rrjç argarrjyiaç dei ngoaéygayiev ànokoyia/ioïç dgyégiov eiç

xgrjTilôaç avxq> xai ifidriov.

(3) V. KiRCHNER, Prosopographia Attica II p. 2,

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4 6 ft. GOOSSENS

S'il paraît donc bien établi que Lamachos était pauvre, faut-il croire, avec Plutarque, que sa pauvreté condamnait ce général à un rôle obscur, et qu'il était nécessairement éclipsé par ses collègues plus riches? Il est certain que plusieurs textes du v^ siècle nous affirment qu'en dépit de l'égalité théoriquement réalisée dans les institutions athéniennes, toute la considération allait a u x riches (^).

Vers 432, un adversaire fanatique du ôijfioç comme l'auteur de la Constitution des Athéniens égarée parmi les œuvres de Xénophon, est forcé de reconnaître que le peuple abandonne les magistratures les plus importantes aux nobles et aux riches (^). Même les « déma- gogues », dont la politique exploite l'hostilité des pauvres contre les possédants, ont longtemps appartenu à la noblesse ou à la bour- geoisie aisée (*). E t l'opinion que le pauvre ne peut obtenir ni gloire ni prestige d'aucune sorte est assez souvent exprimée par les

poètes tragiques, dans des termes qui font parfois curieusement écho à la phrase de Plutarque (dans la Vie d'Alcibiade) sur l'effa- cement de Lamachos :

PLUT., A / c . 2 1 :

à Ç i (o [Jb a à' ov TiQoafjv ovô' ô y x o ç avrâ) ô i à n e v î av.

EuR., fr. 362 Nauck, v. 14 ss. : ë'^siv ôè TisiQÛ) • rovro yàg ro r' evyevèç xal rovç ydfjiovç ôiôcoai toiç nQOixovç ëxsiv.

è V r â> 71 é V e a d ai ô' ëariv rj r' à ô o i ( a xâv ^ aoféç riç, •fj r' àx i f i ia fi î ov . EuR., fr. 327, v. 1 ss. :

(piXovai yàg roi rûv fièv ôÀfiicov figorol aocpovç rîdsadai rovç Xôyovç, ôrav àé r t ç XeiT&v (*) àn' OïXODV e'ë kéyri név7]ç àvi]Q, yeXâv (^) ...

(1) P.ex., rien que chez Euripide, les fr. 95, 326, 378, 462 Nauck et les pas- sages cités injm dans le texte de cet article. Cette liste pourrait probablement être allongée.

(2) PS.-XEN., 'Ad. IIoL, I, 3. Sur le sens de ôvvaroî: KALINKA, Die pseudoxenoph. 'AO. IIoL Leipzig, 1913, p. 104.

(3) A l'Alcméonide Périclès succèdent Eucratès le marchand d'étoupe, Lysiclès le marchand de moutons, Gléon le marchand de cuir : An., Cau., 129-136, a v e c scholies. Cf. HATZFELD, Alcibiade, p. 2.

(4) AeiTÔjv Nauck : keTirmv. Le sens ne fait pas de doute.

(5) Cf. ANTIPHON LE SOPHISTE, fr. I, 5 Gernet (Coll. des U n . de France) p. 1 7 8 : ... Qœv è}i[aiôov/iEd]d Te x[ai as§6/j.eda], rovç ôè [èx ipav\Xov

oïx[ov ôvrag] ovre én[aidov/*é\da oSre ae^ô/Àsda...

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AUTOUR D E L'EXPéDITION D é SICILE 47 E n substance, pour Euripide, comme pour Sophocle d'ailleurs, les honneurs, la puissance politique et sociale vont exclusivement à la richesse :

T à X Q V M ^ àvdqdiTcoLaiv evQÎaxei cpiXovç, aëdiç ôè ri/Ltdç, EÎra T-fjç vneQiàxrjç

Tvgavvîôoç Oaxovaiv àyxîoTrjv ëôçav ...

(SoPH., fr. 88 Pearson, v. 1 ss.).

T à xQri n ax' àvdQcônoiai rifiuôrara, ôvvafiîv re nXeîarrjv rœv sv àvdqénoiç ê%ei.

(EuR., Phén., 439 s.).

Mais la ressemblance textuelle entre les deux passages que je viens de citer montre qu'il s'agit 'd'une manière de dicton que les poètes se t r a n s m e t t e n t de l'un à l'autre. Dans les Phéniciennes, Euripide souligne lui-même le caractère traditionnel de cette affir- mation (v. 438) :

UâXai fjbèv oiv vfivrjOév, dAA' ô/^coç èçâ).

On peut se demander, dès lors, si cette assertion était encore vraie à l'époque où Euripide la reprenait avec complaisance, dans VE- rechthée, par exemple, qui doit dater des environs de 422 (fr. 362) ou dans les Phéniciennes, qui sont de 409. Or, il semble justement que, vers 430-420, les choses aient changé, sous l'influence de divers facteurs, dont la guerre ne f u t sans doute pas le moins important.

C'est de la guerre du Péloponèse qu'Aristote fait dater la démocra- tisation de la politique athénienne. « Dans la quarante-neuvième année qui suivit la bataille de Salamine, sous l'archontat de Pytho- dôros [432-431], s'engagea la guerre du Péloponèse, pendant la- quelle le peuple, enfermé dans la ville et habitué à recevoir une solde dans les expéditions, se décida, en partie de son plein gré, en partie contraint, à administrer par lui-même les affaires de l ' É t a t » ('Ad. UoL, X X V I I , 2, trad. Matthieu et Haussoullier) (i).

Dans VHécube (624 s.) probablement jouée en 424, Euripide,

parlant du « néant des grandeurs humaines » distingue expressément la r i c h e s s e (ô (lév xiç rifM&v n^ovaioiç èv ôwfiaaiv) d e l ' i n f l u e n c e

(1) Merà ôè rrjv èv 2a^afitvi vav/MOxlav êvàç ôeî nevrrjxoarœ ërei ini IlvOoâcàgov âgxovroç ô TIQOç neKonovvrjatovç êvéarr] nôXe/iOç, èv

^ xaTaxXeiadeiç ô ôrjuoç èv Tû> âarei xai avvediaôelç èv ratç OTQO- Telaiç fiiaOotpogeîv, xà ixèv êxthv rà ôè âxcav ngotiQeîro rijv no/irelav ôioixelv airôç.

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R. GOOSSENS

p o l i t i q u e (ô ô' èv no?.îraiç rîfiioç xex^rjfzévoç) (^). C ' e s t e n 4 2 4

aussi que, dans les Cavaliers, Aristophane prédisait en plaisantant que le successeur du démagogue Cléon ne pourrait être qu'un homme de la plus basse extraction (^). E n fait, le successeur de Cléon, ce f u t Hyperbolos. Dès l'antiquité, on a remarqué que l'ac- cession de ce personnage à la ngoaraoîa TOV ôrjixov marque u n

abaissement considérable du niveau social de la caste politique.

« C'est à partir d'Hyperbolos » dit un scholiaste, « que les Athéniens commencèrent à confier la démagogie à des hommes d'une classe inférieure, alors q u ' a u p a r a v a n t les démagogues étaient des citoyens du t o u t premier rang. Si le peuple donnait la préférence à de

telles gens, c'est qu'il se méfiait, à cause de la guerre contre Lacé- démone, des citoyens les plus considérés, craignant qu'ils ne ren- versent la démocratie » (^). Si Hyperbolos « n'a jamais joui que d'une fortune médiocre », cela ne l'a pas empêché d'être, pendant quelques années, « un des orateurs les plus influents d'Athènes » (*).

Son successeur Cléophon, le dernier jiQoarârrjç athénien de la guerre du Péloponèse, était certainement pauvre (^).

P e n d a n t cette période, le démagogue n'est généralement plus, comme c'était le cas dans la période précédente, un stratège ; il n'exerce pas nécessairement de magistrature, quoiqu'il tienne une plus grande place dans l ' É t a t que les magistrats eux-mêmes. Mais il y a des raisons de croire que la principale des magistratures, la stratégie, a subi une évolution analogue à celle de la démagogie.

(1) Dans le Radamanthe, de date et d'authenticité incertaines (fr. 659 N, V. 2-6 = CRITIAS, fr. 15 Diels-Kranz), le poète distingue pareillement noblesse ( o /J.èV yàg eiyéveiav 1/IEîQEI Xa^eîv) richesse {râ> ô' ov^l rovrov q}Qovrlç,

dAAà p^pT/ziâTcov 1 jtoAAcûJ' xexXijadai ^OVXBTUI jiàrtoQ ôôfioiç) et « déma- g o g i e » (âAAç) ô'àQéaxet firjôèv lôyièç ex (pqev&v \ X é y o v r i T i e l d B i v Toi)ç nékaç r6Knti xaxfj) : j'ai m o n t r é ici m ê m e ( V I I , 1938, p. 2 1 5 s.) q u e nelOsiv kéyœv définit l'éloquence politique ; j'ai cité THUC, V I , 17, 3 ; EUR., fr.

795, 5 N ; à ces deux textes il convient d'ajouter : ESCH., Suppl., 615 ; AR., Lysistr., 1229 ; Com. adesp., t. I I I , p. 515 K o c k .

(2) AR., Caval., v . s u r t o u t les v v . 143, 178-194.

(3) Schol. Ar., Paix, 681 : àn' airov ( H y p e r b o l o s ) ôè ngcorov fiQ^avTo 'Adtjvaîoi ^avÀoiç naQaôiôàvai rrjv Srifiaycoylav nQÔreQOv ôrj/iaywyovv- rojv ndvv XafinQcàv noXitmv, nQoelXero dè TOVç TOIOVTOVç â ôiinoç, àni- arôjv ôià ràv ndXsuov xov TCQôç Aaxeôaiftovlovç roîi; ivôôioiç rwv noXiT&v jM^i rtjv ôrj/ioxQarlav xaraXvaaiev.

(4) CA.RC0PIN0, L'ostracisme athénien, p. 244, (5) LYSIAS, X I X , 48.

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AUTOUR D E L ' E X P é D I T I O N D E SICILE

Si Lamachos a déjà été le collègue de Périclès à la stratégie vers 438, ce qui reste douteux, ce stratège pauvre devait être une ex- ception à ce moment-là (^). Il n'en était plus de même quand il revêtit à nouveau le c o m m a n d e m e n t , l'année de la Paix de Nicias, puis l'année de l'expédition de Sicile.Nous avons précisément deux fragments d'Eupolis, datés, l'un de 422 et l'autre de 412 {^) dans lesquels le poète se plaint q u ' o n élit a u j o u r d ' h u i le premier venu à la stratégie, alors qu'autrefois les stratèges « appartenaient a u x plus grandes maisons, étaient les premiers de la cité pour la richesse et la noblesse ». Comme il est naturel, la guerre avait fait sortir d u rang plus d'un soldat de f o r t u n e (^). Vers 422, Euripide, dans les Suppliantes, esquisse, sous le nom d'Étéocle, le portrait d ' u n guer- rier de cette classe (873 ss.) :

vsaviaç ^v, rw ^îcp juèv èvôeijç, nksîaraç ôè rifiàç êax sv 'AQyEÎa x^ovi.

« J e u n e encore, sans fortune, il f u t comblé d'honneurs dans la cité d'Argos » (Trad. H. Grégoire). Le stratège Étéocle est un pauvre qui vit des soldes de l ' É t a t : c'est e x a c t e m e n t le Lamachos anovà- axQXÎàrjç e t /^ladaQxiàrjç des Acharniens (*). E t s'il y a e u d e s s t r a -

(1) L'auteur du Bloç I!o(po>eXéovç, protestant contre l'opinion qui faisait de Sopliocle le fils d'un artisan, fait observer (§ 1) : ov yàg sixoç ràv èn rov ToiovTOv yevôiievov arQarrjyiaç à^icodfjvai avv UEQIXXEï xal @ov- xvôiôxt, roïç JigcÔToiç r f j ç Jié^ecoç, à^À' ovô' âv vnà rmv xcjfiixwv âôtj- xroç à(peldri rwv ovôè @e(iiaxox\éovç ànEaxrj/iéviov. U n e autre excep-

tion est Hagnon, stratège en 440, et précisément les comiques lui reprochaient la bassesse de ses origines, puisque c'est Cratinos qui nous apprend qu'il était

« fils d'un portefaix » : Ploutoi, fr. 2 Mazon, v. 15 ss. Cf. Mét. Bidez, p. 609 et REA, XXVII, 1935, p. 412.

(2) EupoLis, fr. 117 K o c k , v . 2 ss. : ovro) agjôôg' àXyôy x-qv noXiT^iav ÔQwv Ttag' riiiïv. | •^/j.eïç yàg ovx OVTU) réwç cpxovfiev oi yÉQOVTSç, | dAA' rjaav finlv xfi ^ôXei TIQôITOV fièv oi axQartjyoi | ix xœv /xeytaxcov oixiwv, TtXovxw yévei rs nçairoi, | olç wanEgei deolaiv rjvxôfieada • xai yàg fjctav • | &ax' àacpaXœç èjiQdxxo/iev • vvvi ô', ôxav xvxcu/iev, | axQarevôpiead' aigov/ievoi xaddg/iaxa axgaxrjyo'ôç. Ce fr. v i e n t des L èmes, joués en 412. Vers 422 déjà, Eupolis écrivait dans les IIôkEiç (fr. 205 K.) : ovç àv EikeaQ' ovô' âv olvânxaç jcgà xov | vvvi axgaxrjyov; EXO/^EV...

(3) Cf. AR. Paix, 444 : xei xiç imdvfiœv xaii.agxElv aoi tpdovel et EUR., Suppl., 232-236.

(4) Le rapprochement entre Lamachos et l'Étéocle des Suppl. a été souvent fait, notamment par P. GILES, dans l'étude qu'il a consacrée aux portraits des Sept Chefs par Euripide : Classical Review, 1890, p. 95 ss.

4

(9)

50 H. GOOSSENS

tèges pauvres, rien ne permet de croire que cette tare, moins grave dans l'égalitaire Athènes que partout ailleurs, ait jamais nui à leur autorité.

D'après les textes que je viens de passer en revue, il ne semble donc pas que la remarque de Plutarque, sur la prétendue obscurité à laquelle sa pauvreté condamnait Lamachos, soit très juste, du moins à la date où il la place. Si cependant, comme il paraît bien d'ailleurs, Lamachos, en Sicile, était éclipsé par son collègue Nicias, cela tient à d'autres causes, qu'il n'est pas difficile d'apercevoir.

Nicias est un homme politique de premier plan, à la tête d'une puissante hétairie {^). Mais Lamachos est un soldat, et il n'est rien de plus. Il n'est « le représentant d'aucun parti ». « Ni son père Xénophane, ni lui-même, ne semblent avoir joué un rôle important dans la politique du temps » (^). Il f a u t encore ajouter — et cette considération est sans doute la plus importante — que, même du strict point de vue militaire, Lamachos, qui n'avait probable- m e n t jamais commandé en chef une expédition considérable, ne pouvait guère rivaliser avec Nicias, dont la carrière avait été beau- coup plus brillante, et qui passait, bien à tort, pour un grand gé- néral. L a pauvreté de Lamachos n'a pas grand' chose à voir en t o u t cela. Reconnaissons d'autre part qu'à propos de l'autorité consi- dérable dont Nicias jouissait, il était naturel de songer à ses im- menses richesses, qui étaient certainement une des sources de sa fortune politique (^). En a t t r i b u a n t à un motif inverse l'effacement relatif de Lamachos, Plutarque, ou l'historien dont il s'inspire, a peut-être cédé au plaisir d'une t r o p facile antithèse.

2. U n b u l l e t i n d e v i c t o i r e d e N i c i a s . (AR. , Oiseaux, 3 6 3 e t 639).

Deux fois, dans les Oiseaux, Aristophane fait allusion à Nicias, a u vers 363 et au vers 639. La première fois, Nicias est cité comme u n excellent général ; la seconde fois, il nous est donné pour le t y p e même de l'indécis et du temporisateur. Ces allusions n'ont

(1) Cf. HATZPELD, Alcibiade, p . 111 e t 118.

(2) M. CROISET, Ar. et les partis à Athènes, p. 85.

(3) PLUT., Nie, 15, 2 : rov ôè Nixîov xai ôià ràXXa fiéyaç r^v xal ôi,à Tov TiKovTOV xai ôià Trjv ôô^av o ôyHOç.

(10)

AUtOtTR D E L ' E X P é D I T I O N DE SICILE 51 certes rien de surprenant : toutes nos autres sources s'accordent sur le talent militaire de Nicias comme sur l'irrésolution de sa na- ture ; et, de l'un comme de l'autre, sa carrière nous offre, de 425 à sa mort, t a n t d'exemples, que, si nous ignorions la date des Oi- seaux, ces deux passages ne nous aideraient guère à la retrouver.

Mais comme nous savons que les Oiseaux ont été joués a u x Grandes Dionysies de 414, il paraît naturel de voir dans ces deux passages des a.lusions à quelque épisode récent qui venait d'attirer l'attention sur les meilleures qualités et les pires défauts de Nicias : et si cette supposition est juste, les incidents visés par le poète se rattachent nécessairement à la guerre de Sicile, qui, à cette date, occupait Nicias depuis près d'un an. Or, sur l'interprétation de ces allu- sions, aucun des commentaires des Oiseaux que j'ai pu consulter ne me donne entièrement satisfaction. La plupart des philologues, négligeant complètement t o u t e l'activité de Nicias pendant l'ex- pédition de Sicile, remontent délibérément, pour expliquer ces deux passages, jusqu'au dernier séjour de Nicias à Athènes, c'est-à-dire jusqu'au printemps de 415, voire plus haut encore. E t la seule exégèse qui fasse exception, celle de Van Leeuwen, est particulière- ment malheureuse. Reprenons donc les textes.

3G2 (L aoqxôrar', e'ô yàg tjVQSç avro xai azQarrjyixœç • vTteQaxovrîCsiç av y' r}ôrj Nixiav ralç jjLrjxo-vaïç.

Il importe a v a n t t o u t d'établir la signification exacte du vers 363. Cette phrase est une réplique d'Évelpide à son compagnon, qui, devant l ' a t t i t u d e menaçante du Chœur, s'est chargé d'organiser la défense avec a u t a n t d'ingéniosité que d'énergie. Pisétaire vient d'improviser séance tenante, avec les ustensiles dont il disposait, tout un armement offensif et défensif : une marmite pleine de feu pour écarter les oiseaux (^), une broche en guise d'épée, un oxybaphe en guise de casque. « 0 l'habile homme », lui dit Évelpide, (je cite la traduction d'Alphonse Willems) « l'heureuse invention que voilà, et digne d'un stratège. Oui, pour le coup, tu enchéris sur les engins de guerre de Nicias ». J e crains que la traduction de firjxavaîç par

« engins de guerre » (^) ne soit un peu trop précise : on va voir qu'elle est en t o u t cas embarrassante.

(1) V. 358 : ri ôè ^vXQa vœ 'TiuxpeXrjaEi ; — rXaii^ /^èv ov ngoOEiai vœv.

Cf. SUIDAS, S.V. /vrgav TQé<peiv et la note de WILLEMS, Arist. t. II, p. 164, cf.

p. 303 s.

(2) C'est la traduction habituelle : « machines de guerre » (Van Daele), « art

(11)

52 R. GÔOSSENS

Nicias, selon l'interprétation de Willems, nous est présenté dans ces vers « comme un stratège habile, surtout en machines de guerre ».

L e m o t ^rjxavri, au sens technique de « machine de guerre » ne dé- signe a u siècle qu'une seule catégorie de ces machines, pour la bonne raison qu'elle était la seule qui existât : les machines de siège, consistant surtout, semble-t-il, en béliers assez primitifs Q). Il fau- drait donc conclure du passage des Oiseaux que Nicias passait pour particulièrement compétent en poliorcétique {^). C'est l'explication qui figure dans le commentaire de Kock, remanié par Schrôder (Ber- lin, Weidmann, 1927 : « Nikias, Meister in der Belagerungs- und Ver- teidigungstechnik, Thuk., 111,51,3»). Il est de fait que sa carrière comporte un bon nombre de sièges. Comme Schrôder, Green et Van Leeuwen allèguent T h u c , III, 51, 3, c'est-à-dire le récit des opérations de Minoa, en 425, au cours desquelles il s'empara de deux tortins au moyen de machines {é?.(bv... ôvo nvQym ... /j,r]xavaîç). Le scholiaste mentionne le blocus de Mélos (416). Mais ces campagnes, m ê m e la seconde, sont chronologiquement un peu t r o p éloignées de la pièce d'Aristophane. Pour qu'on ait le droit d'admettre que ce sont des succès de 425 et de 416 qui continuent, en 414, à assurer à Nicias la gloire d'un poliorcète, une condition paraît nécessaire : il f a u t que pendant les dix ou douze mois de campagne qui vien- n e n t de s'écouler, la réputation de preneur de villes du généralis- sime athénien n'ait jamais été remise en question. Voyons donc si la première année de la guerre contre Syracuse a comporté des opé- rations de siège, et, dans l'affirmative, quel a été leur caractère.

Machinarum bcllicarum, d i t V a n L e e u w e n , multus erat usus in Syracusarum oppugnatione diuturna. E t d a n s u n e n o t e ( p . 102) s u r laquelle nous aurons à revenir : Nicias ante Syracusas... tempus te- rebat machinis et circumvallationibus plurimum tribuens. M a i s c e t t e

explication est « prématurée », puisque le siège de Syracuse ne com-

of engineeering » (Kennedy). L'interprétation de Brunck était plus prudente : machinationibus callidis. Van Leeuwen traduit encore belli perilia, mais cette traduction est démentie par le commentaire dont il la fait suivre : machinarum bellicarum multus erat usus.

(1) Cf. THUC, I, 116 ; II, 58 ; III, 51 ; V, 7 ; VII, 43. Les machines de siège avaient été employées pour la première fols à Samos (440-39) : PLUT., Pér., 23 ; DioD., XII, 28.

(2) KENNEDY, The Birds of Ar., transi, wilh introd., notes and appendices,

Londres. 1874, p. 37 : « Nikias was highly esteemed for his skill in conducting sièges. See THUC, I I I , 51, V I . »

(12)

AUTOUR D E L ' E X P é D I T I O N D E SICILE 53 mença qu'en mai 414, c'est-à-dire après la représentation des Oi-

seaux ! (1) E n fait d'opérations de siège en Sicile, on n'en trouve guère à citer, a v a n t cette date, que de fort médiocres. La prise de la petite bourgade sicanienne d'Hyccara n ' a j o u t a certainement pas grand' chose à la gloire de Nicias (^). Au contraire, c'est vers ce moment-là que sa réputation subit une grave éclipse, au rapport de Plutarque, lorsqu'il eût attaqué sans succès la misérable bicoque d'Hybla Géléatis (^). Même insuccès, au début de l'hiver, devant Messine, sous les murs de laquelle l'armée passa inutilement treize jours (*). On peut donc dire qu'au cours de cette première année de la guerre contre Syracuse, Nicias n'a fait ni un grand usage, ni surtout un usage heureux de la /irjxo.v')] ou machine à battre les murs. S'il f a u t traduire p,r]%avalç par « engins de guerre », la men- tion flatteuse du vers 363,à la date où elle se produit,ne pourrait être qu'ironique. Or, il ne semble pas qu'elle le soit.

La solution de ce petit problème est très simple. Elle nous est indiquée de plusieurs côtés à la fois. Aristophane institue une com- paraison entre les /nrjxavaî de Pisétaire et les /^»;;^avat de Nicias. Or, le sens de « machines de siège » ne convient parfaitement ni pour l'un ni pour l'autre des deux termes de la comparaison. Ce sens ne convient guère, on vient de le voir, en ce qui concerne Nicias.

Quant à l'armement imaginé par Pisétaire, il n'a rien à voir avec la poliorcétique (^). Il f a u t donc se résigner à prendre ^ri%avalç dans un sens moins technique et moins matériel, celui d'« invention ingé- nieuse » ; ruse de guerre, au lieu d'engin de guerre. Même en matière militaire, ij,rjxavrj a beaucoup plus souvent le sens de ruse que celui de machine. Le général Spartiate Derkylidas, surnommé Si- syphe par allusion aux [xrj%avaî Uiavfov (cf. Ar., Ach., 391), devait ce surnom à sa réputation d'ingéniosité plutôt qu'à ses ta-

(1) THUC, V I , 94-97, cl. GLOTZ, Histoire grecque, II, p. 693.

(2) THUC, V I , 62, 3 : xai iv rw jiaçdTiXq) aigovaiv "Yxxaga, nôkia/ia Sixavixàv fiév, 'EyeoTatoiç ôè TioXéfiiov • rjv ôè TiaQadaXaaalôiov.

(3) PLUT., Nicias, 15, 3 : ngoa^aXcav "Y^krj noKixviw fiixQw xai UQïV éKeîv ànooTài xofiiôfj xare(pQovi^drj. Cf. THUC, V I , 62, 5 e t 63, 2-3.

(4) THUC, V I , 74.

(5) A la rigueur, la marmite pleine de feu (v. 358, cf. 53) rappelle, d'assez loin, la ftrjxavi^ employée par les Thébains au siège de Délion et décrite par Thucy- dide, IV, 100 (§ 4 : TiéjSrixa. È^ovTa âvdQaxdç re fjmiévovç xai deîov xal

jiîaaav). Mais Thucydide décrit cette machine comme une curiosité : son ert}- ploi a dû rester exceptionnel,

(13)

54 R . GOOSSENS

lents d'ingénieur (^). On n'a guère remarqué que si le scholiaste explique le vers 363 par un souvenir du siège de Mélos, la façon dont il en parle prouve précisément que lui aussi prenait /jhrjxaviq a u s e n s d e r u s e : (pQovi/j.a)/j,ara yàg ki/xw MrjXtovç àvelXev (^). « Il

mit beaucoup d'habileté à réduire les Méliens par la famine » (').

La scholie est reproduite par Suidas (*), d'après un manuscrit plus complet que les nôtres C"), dans lequel cette note était précédée d'une citation du Monoiropos de Phrynichos (fr. 22 Kock) :

... dAA' vjiEQ^é^Xrjxe nokv rov Nixiav arQarrjyicôv nkijdsi re xà^evQiqfiaaiv

Or le Monotropos a été joué, comme les Oiseaux, aux Dionysies de 414 ('). La coïncidence est frappante : manifestement, Phry- nichos et Aristophane font allusion au même événement, qui doit être tout récent. Au mot fxrj^avaîç d'Aristophane correspond dans le vers de Phrynichos, è^evQrjfxaaiv : on voit donc que fj,r]%avaîç ne désigne pas nécessairement une machine, mais bien plutôt ce genre d'« invention » qui alimentera plus tard la littérature des Strata- gèmes (^).

Mais alors, nous sommes beaucoup moins embarrassés pour iden- tifier l'épisode qui venait de remettre au premier plan le savoir-faire de Nicias. Nous savons en effet, grâce à Thucydide et à Plutarque, par quelle ruse les stratèges athéniens s'avisèrent, à l'entrée de la

(1) XÉN., Hell., III, 1, 8 : AsQxvÂiôaç... àvijQ ôox&v elvai nàkai /irjxa- vrjTixàç • xai ènsxaXe'no ôè Siavq>oç.

(2) Cf. PLUT., Nicias, 18, 10 : fieydXr) yàQ f j ôà^a ôtetpoira rov xgareïv ndvxa rovç'Adrjvatovç xai argaTriyav ê'/eiv afiaxov ôi' eirv/tav xai g> g 6- V r) a IV.

(3) Cf. BRUMOY, Le théâtre des Grecs, éd. de 1749 t . V I . p. 97 s. : « Nicias en- tendait les stratagèmes de guerre et il en avait donnt' une preuve à l'île de Mélos ».

(4) SUIDAS, S.V. vnEçaxovTtl^eiç.

(5) Petita haec sunt ex locupleiioribus scholiis Aristoph. Av. 363 (KOCK, C.A.F., I, 377).

(6) SrQartjylaç nXrjOEi Te xai evQijfiaaiv codé. : corr. Toup.

(7) Arg. Ar. Ois., I : èôiôdxdrj éni Xa^giov àQxovzoç... TQîTOç ^QVVIXOç MoVOTQÔTlCp.

(8) Cf. BRUMOY Le théâtre des Grecs, t. VI, p. 79 : « E v e l p i s a v o u e que ce stratagème vaut tous ceux de Nicias ». Le passage des Oiseaux est bien traduit par Cari ROBERT (Die Vogel des Ar., deutsch uon C. Robert, Berlin, W e i d m a n n , 1920, p. 25) : « O du Weiser, ein Gedanke geistreich und strategisch fein - Ja, an Listen iibertriffst du sçboa fiirwahr den Nikias. i

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AUTOUR D E L ' E X P é D I T I O N DE SICILE 55 mauvaise saison (415) « d'attirer en masse et le plus loin possible

» de la ville les Syracusains, tandis qu'eux-mêmes, avec la flotte,

» profiteraient de la nuit pour longer la côte et installer tranquille-

» ment leur camp sur une position favorable... Ils envoyèrent à Syra-

» cuse un homme sûr et dont les stratèges syracusains n'avaient

» aucune raison de se défier. Il était de Catane. Il prétendit être

» envoyé par quelques-uns de ses concitoyens, dont les noms étaient

» connus des stratèges et qui, à leur connaissance, appartenaient

» au parti syracusain et n'avaient pas quitté la ville. L'homme ajouta

» que les Athéniens bivouaquaient dans la ville, sans armes : si, au

» jour convenu, à l'aube, les Syracusains voulaient s'avancer vers

» Catane, les habitants se faisaient fort d'enfermer l'ennemi dans

» la ville, de mettre le feu à ses vaisseaux ; pendant ce temps les Syra-

» cusains pourraient sans peine assaillir les palissades et s'emparer

» du camp. Beaucoup de gens de Catane participeraient à cette a t -

» taque ; ceux qui l'avaient envoyé étaient déjà tout prêts. Les

» stratèges syracusains, qui d'ailleurs étaient pleins de confiance et

» qui, même sans cet avis, songeaient à marcher contre Catane, se

» laissèrent fort inconsidérément convaincre par le récit de cet hom-

» me. Ils convinrent immédiatement du jour de leur arrivée, puis le renvoyèrent » (i).

Le jour venu, les troupes de Syracuse se portent sur Catane.

Arrivés là, grande surprise ! Les Athéniens ont décampé dès la pre- mière nouvelle de l'approche de l'ennemi et ils se sont embarqués.

P e n d a n t la nuit, ils gagnent Syracuse et débarquent à l'aube à Dascôn, au sud du Grand P o r t . Quand les Syracusains, qui ont aussitôt fait demi-tour, les rejoignent, ils les trouvent déjà forte- m e n t retranchés (2).

On n'est pas surpris de retrouver chez Polyen le récit de cet in- génieux stratagème (3). Son succès en entraîna un autre. Les Syra- cusains essayèrent vainement de déloger les Athéniens (*). C'était

« le premier combat sérieux de la guerre de Sicile » {^) et la défaite provoqua immédiatement à Syracuse une crise du commandement(*).

(1) THUC, VI, 64 s., trad. Voilquin.

(2) THUC, V I , 65.

(3) POLYEN, I, 40, 5, d'après Thucydide. Mais il attribue par erreur le stra- tagème à Alcibiade.

(4) THUC, V I , 67-70.

(5) GLOTZ, Histoire grecque, t . II, p. 690.

(6) THUC, VI, 72 s,

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56 H. GOOSSENS

Depuis toute une saison que durait la guerre, c'était la toute pre- mière opération réellement encourageante pour Athènes.

C'est justement le verbe (irixo-vâadai que Thucydide emploie p o u r caractériser cette ruse : xoiôvôe ri oëv nqoç â èfiovXovro ol arQaXïjyol jurixavcovrai (VI, 64, 1). E t le plan qu'il attribue

« a u x stratèges athéniens », Plutarque en fait honneur au seul Ni- cias, qui commandait en chef. Plutarque ajoute que ce f u t la plus belle réussite de la stratégie de Nicias pendant la guerre de Sicile :

TOVT' agiara Nixiaç £axQarriyr]ae negi Zr/ceXiav. Les expressions

des historiens : /xrjxavôjvrai, ÈaxQarriyrjae rappellent donc les ter- mes mêmes du passage d'Aristophane et du passage de Phrynichos.

L'affaire de Dascôn fit grande impression en Sicile (^). L'impres- sion ne f u t pas moins vive à Athènes, où cette opération d u t être connue grâce au message officiel que les stratèges firent partir de Naxos, peu de temps après {^), par une trière qui arriva à destina- tion t o u t à la fin de l'hiver {^). Nous pouvons donc considérer le passage des Oiseaux et celui du Monotropos comme deux manifes- t a t i o n s non équivoques du retour de prestige que valut à Nicias, après l'humiliant échec d'Hybla, le succès incontestable de son pre- mier débarquement aux abords immédiats de Syracuse.

E t p o u r t a n t , dans la même comédie des Oiseaux, moins de trois cents vers plus loin, le vainqueur de Dascôn nous est donné comme le contraire d'un homme énergique, comme le type même du vel- léitaire :

' £ 7 7 0 f . xai jjbifjv, /j,à xov Ai', o^%i vvaxdCsiv y' ëxi

&Qa 'axiv ri[j,lv ovôè / j . e X X o v i >c i à v , 6 4 0 dAA' ôç xâ-xiaxa ôeî xi ôqâv.

LA HUPPE. « E t certes, par Zens, ce n'est plus pour nous l'heure de sommeiller ni de temporiser comme Nicias : mais il f a u t agir au plus tôt » (trad. Alphonse Willems).

« MeXXovifiiâv signifie littéralement », notent Coulon et Van D a e l e , « avoir la maladie de Nicias qui tarde, m o t f o r g é p a r A r i s t o - p h a n e . Les verbes en -làv indiquent une affection ou une mala- d i e ; cf. Cavaliers, 6 1 : aifivXkiâv, Guêpes, 8 : xogv^avxiâv ( ê t r e p r i s

d u délire des Sibylles, des Corybantes), Nuées, 183 : fiaOrjxiâv, avoir un désir fou d'apprendre ». Cette allusion maligne n'a jamais em- barrassé aucun commentateur. Car rien n'est plus connu que cette

(1) PLUT., Nicias, 16, 8 : r f j ôè VîXT) neQi^orjXcp ysvofiévi].

(2) THUC, V I , 74, 2. (3) THUC, V I , 93, 4.

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AUTOUR D E L ' E X P é D I T I O N DE SICILE 5 7

faiblesse de Nicias : nos sources antiques sont unanimes à la lui reprocher. Mais ici encore il convient de se souvenir que la comédie ancienne, dans sa partie satirique, emprunte tous ses effets à l'ac- tualité la plus immédiate. Il ne suffira donc pas de dire, comme le font plusieurs commentateurs, à commencer par le scholiaste que Nicias laissait généralement passer les occasions d'agir par l'effet de la négligence ou d'une prudence chagrine. E t s'il est facile de trouver dans la biographie de Nicias des exemples mémorables d'indécision, les seuls qui intéressent notre propos sont ceux qui sont chronologiquement proches de l'année 414. Plutarque cite ces vers à contre-temps (^), q u a n d il prétend nous y faire voir la répercussion de l'attitude de Nicias dans l'affaire de Sphactérie, onze ans a u p a r a v a n t ! Van Leeuwen commet une erreur inverse : nempe Nicias ante Syracusas per totum jam annum iempus terebat,

machinis et circumvallationibus plurimum tribuens... Il e s t t r o p v r a i que Nicias, pour le malheur d'Athènes, perdit des mois devant Syracuse ; mais, encore une fois, le siège de cette place n'a commencé qu'un mois environ après la représentation des Oiseaux. Il est déjà plus en situation de rappeler le rôle de Nicias dans les débats qui se terminèrent, au printemps de 415, par le vote de l'expédition de Sicile. « When he dissuaded the Athenians from t h e Sicilian expédi- tion ( T h u c , VI, 20-24), he was taunted with this : naqeXQwv riç

ovx ëcpri Tov Nixiav %Qfjvai 7iQ0(paa(CEadai ovôè fiéXXeiv. A n d

this play was exhibited in B.C. 414, during the second campaign in Sicily, when Nicias' conduct would be freshly remembered (*) ».

Si caractéristiques que soient les hésitations de Nicias en 415, c'est là raisonner comme si aucune nouvelle précise de la guerre n'était parvenue à Athènes depuis un an (le v. 363 et le fr. 22 de Phrynichos prouvent précisément le contraire) et comme si Nicias n'avait ja- mais donné prise, pendant la première année de campagne, au re- proche de /j,éXXrjaiç. Or il suffit de relire les chapitres consacrés à cette période par Thucydide et par Plutarque pour voir que, t o u t

(1) Schol. Ar. Ois. 639 : ôTI jiQaôvç fjv nsgl ràç iiôôovç, xai d>ç ol ôia-

^dUovrsç, ovx nQovorjriKoç rjv, àXV àiitXr\xr\q, rivèç ôé (paai ôià rà TIQO- voTjrixov xai f i f j Tigonerèg Totovrov avràv eîvai.

(2) PLUT., Nicias, 8, 3,

(3) W . C. GREEN, Ar. The Birds, Cambridge, 1905, p. 125. Cf. KENNEDY, The Birds of Ar., Londres, 1874, p. 63 : « The allusion is to the gênerai cha- racter of Nicias, but especially to the hesitating scruples and difficulties rai- sed by him in the Athenian assçmbly to impede the Sicilian expédition »,

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58 R. GOOSSENS

au contraire, jamais peut-être, sauf au moment de la catastrophe finale, les insuffisances du caractère de Nicias n'ont été aussi mani- festes. Les historiens modernes sont d'accord là-dessus avec les historiens anciens. « L'histoire des premières semaines de l'expédi- tion n'est qu'une série de déceptions, d'hésitations, et de fausses manœuvres » (^). « Pendant deux mois, la flotte se borne à de stériles allées et venues : « du Pirée à Corcyre, de Corcyre à Tarente, de Tarente à Rhégion, de Rhégion à Catane, de Catane de nouveau à Rhégion, de Rhégion encore une fois à Catane, de Catane à Ca- marina, de Camarina à Catane, le tout pour voir se fermer devant elle presque tous les ports de Grande-Grèce et de Sicile » (^). « L a dernière faute à commettre, c'était de perdre du temps. On la commit » P). Le résultat le plus clair de toutes ces croisières est

« d'inquiéter l'ennemi et de le décider à organiser sérieusement sa défensive » (*). Après la désertion d'Alcibiade, les choses ne font qu'empirer. « P e n d a n t tout l'automne » Nicias et Lamachos « gas- pillent un temps précieux » (^).

Voilà bien, il me semble, de quoi justifier le sarcasme d'Aristo- phane. Nous pouvons dire dès à présent que, même si la fié^krjaiç de Nicias était, comme il est probable, depuis longtemps proverbiale à Athènes, le fieXXovixiâv du vers 639 n'en a pas moins une portée t o u t actuelle. Certains éditeurs l'ont bien vu (*). On se demande pourquoi ils ne donnent pas tous cette explication évidente. Cela tient, il me semble, à deux raisons, dont la première est une pure considération doctrinale. Il est certain que les Oiseaux, comparés a u x comédies antérieures d'Aristophane, donnent à beaucoup d'égards l'impression d'une œuvre volontairement inactuelle. Il est remarquable, par exemple, que nulle part le poète n'y prend posi- tion au sujet de la grande entreprise contre Syracuse. Frappés de cette indiscutable constatation, les philologues, comme il arrive, en ont exagéré la portée, au mépris des textes. « Ce qui frappe t o u t d'abord dans cette comédie » écrit un des derniers éditeurs (Coll.

des Univ. de France, t. III, p. 11), « c'est que le poète n'y fait pas la moindre allusion à l'événement politique et militaire le plus considérable de cette époque, et qui était de toute actualité quand

(1) J. HATZFELD, Alcibiade, Paris, 1940, p. 196.

(2) Ibid., p. 201.

(3) GLOTZ, Histoire grecque, t. II, p. 688.

( 4 ) HATZFELD, op. cit., p. 202. (5) GLOTZ, op. cit., p. 690.

(6) • Abermals raspher Çeitenbllck auf Syrakus » (Kock-Schroeder).

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AUTOUR D E L ' E X P é D I T I O N D E SICILE 59 il écrivait sa pièce ; à savoir, l'expédition des Athéniens en Sicile ».

L'emploi de la formule « pas la moindre allusion » est une gageure inutile, que son auteur n'a d'ailleurs pas pu tenir jusqu'au bout (cf. la note 3, p. 13, sur le v. 147).« S'il plaisante en passant», écrit encore M. Van Daele (p. 12), « les temporisations de Nicias qui avait déconseillé l'expédition, cela ne veut pas dire qu'il pense au rôle joué par ce général dans la guerre lointaine... Il y avait long- temps que Nicias passait pour le type de l'homme politique et du stratège peu audacieux, trop prudent, hésitant et trop lent ». Évi- demment, on pourrait à la rigueur a d m e t t r e qu'Aristophane, ayant, comme on dit « son siège fait » depuis longtemps sur le chapitre des capacités de Nicias, n'a pas eu besoin, pour lancer ce brocard, d'une occasion nouvelle, et qu'il a donc pu écrire le mot [leXXoviKiâv sans penser à la Sicile. On inclinera même à l'admettre si l'on songe q u ' u n heureux revirement avait paru justement se produire lors- que Nicias se décida enfin, au début de l'hiver, devant les sarcas- mes de l'ennemi Q) et le mécontentement de sa propre armée {^), à a t t a q u e r directement Syracuse. Ceci est la seconde objection qu'on pourrait alléguer contre « l'hypothèse si cilienne ». Nous avons vu que le débarquement à Dascôn f u t une opération très brillante. Mais au lendemain du repli des Syracusains, que fait Nicias ? Il temporise, selon sa coutume : ènnrjôsç àva^aXXô/nevoç varéQfjae (Plut., Nicias, 16, 7). Bientôt, loin de pousser son

avantage, il prétexte la mauvaise saison, le manque de cavalerie, d'approvisionnements et de matériel pour regagner piteusement ses quartiers d'hiver. « La victoire de Nicias, dont la nouvelle f u t bientôt portée dans toute la Sicile, n'eut aucune suite heureuse pour lui ; peu de jours après, il alla prendre ses quartiers d'hiver à Naxos, où il entretint, à très gros frais, une armée nombreuse, sans rien faire de remarquable avec quelques Siciliens qui avaient passé dans son parti. Aussi les Syracusains, dont cette conduite avait ranimé la confiance, retournèrent à Catane, firent le dégât dans le pays, et brûlèrent le camp des Athéniens » (Plut., M e , 16, 8, trad. Ri- card). C'est ainsi que Nicias s'entendait à gâter l'effet des meilleures journées. Encore devant Syracuse, et tandis que l'ennemi se re- pliait sous la protection de sa cavalerie, ce singulier vainqueur avait coupé les ponts qui le séparaient de l'armée en retraite, ce qui

(1) THUC, VI, 63, 3.

(2) THUC, V I , 45, 5, cf. HATZFELD, op. cit., p. 202.

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60 R. GOOSSENS

faisait dire à H e r m o c r a t e , le général syracusain : « Nicias est bien plaisant de m e t t r e sa stratégie à ne pas combattre, comme s'il n ' é t a i t pas venu pour cela » (i). On imagine aisément l'effet de telles m a n œ u v r e s sur le moral de l'armée athénienne. Le bulletin de victoire que les stratèges e n v e r r o n t à Athènes peu de t e m p s après sera donc le récit d'une audacieuse entreprise précipitamment sus- p e n d u e dès le premier indice de succès, un véritable a v o r t e m e n t volontaire (^). On comprend m a i n t e n a n t comment, quelques mois plus t a r d , Nicias p e u t être, dans la m ê m e œuvre, t o u r à t o u r moqué e t complimenté. Cette contradiction t r a d u i t exactement le désar- roi de l'opinion d e v a n t le plus récent exploit d ' u n h o m m e d o n t le caractère ne cessait de contrarier le t a l e n t . Sur l'impression immé- d i a t e que fit cette victoire m a n q u é e , P l u t a r q u e est encore à citer :

« T o u t le m o n d e i m p u t a i t la cause de ces pertes à Nicias qui, à force de raisonner, de différer, de p r e n d r e des précautions, perdait toutes les occasions d'agir. Il est vrai que, q u a n d il agissait, on ne t r o u v a i t rien à reprendre en lui ; car il n ' a v a i t pas moins d'activité et d ' a r - d e u r à exécuter que de timidité et de lenteur à entreprendre » (16, 9 t r a d . Ricard).

"A ôrj TidvTEç fjTimvro zov Nixlav, u>ç sv rœ ôiaXoyîCea- 6 a i te al ^ é }. X s L V xai (pvXâxreaOai rov rœv nQdiemv ànoXXvvxa xaïQov • ènel T à ç y s n Q â ^ e i ç o v ô s i ç à v s/j,é/A.y)aTO rov àvÔQÔç • ÔQfiiîaaç yàq •^v èvsQyoç xai ô Q a- a X Y) Q i o ç , ÔQfxfjaai ôè neXXïjX'^ç xai àxoÀfioç.

Si l'on rapproche de c e t t e phrase le vers 363 et le vers 639 des Oiseaux, on constate que c'est à peu de chose près le m ê m e j u g e m e n t q u e le poète formule, quelques mois plus t a r d , d'après les mêmes données, à n'en pas d o u t e r . A r i s t o p h a n e non plus ne t r o u v e rien à reprendre a u x TZQaieiç de Nicias, il n ' y t r o u v e que des firjxaval së xal axQaxrjyixôjç svgrjjuévai. Il déplore seulement q u ' a u lieu d'agir, xi ôçâv, cet excellent stratège s'endorme dans la procras- tination : vvaxdCei xal /j.eXkovixiâ. P l u t a r q u e n ' a pas m e n t i (^).

( 1 ) PLUT., Nicias, 16, 5.

(2) La condamnation de BUSOLT, III, 2, p. 1323 est sans appel : « Der taktische Sieg wurde nicht ausgenutzt und die geschiclct eingeleitete Opération endigte mit einem vôlligen strategischen Misserfolge. Zu dem Zwecke war man doch niciit nach Syrakus gefahren, um zu landen, zu schlagen und an dritten Tage wieder abzufahren ».

(3) La source de Plutarqu» est probablement Philistos : BUSOLT, III, 2, p,

7 3 3 s.

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