L E SPORT HIPPIQUE
Sous l'égide de la Fédération française des sports équestres, notre vieille Société Hippique a fusionné avec la jeune équipe du Jumping pour organiser dans le cadre imposant du Parc des Princes la fête mondiale du cheval. L'union fait la force : pour ses débuts cette sainte alliance des cavaliers a gagné sur toute la ligne.
On sait à présent que l'équitation est, de tous les sports, le plus spec- taculaire et qu'elle serait aussi le plus populaire s'il était possible d'organiser plus fréquemment de tels galas équestres. Il réalise des recettes que le cyclisme ne connaît plus.
D'ailleurs, pourquoi l'équitation serait-elle goûtée seulement d'un public choisi mais restreint ? Serait-ce parce qu'elle ne peut être pratiquée que par les favorisés de la fortune ?... Mauvaise raison : parmi les milliers de spectateurs qui s'enthousiasment aux charges du rugby, bien peu seraient capables d'un sprint de cent mètres à la poursuite de l'autobus. Je crois que le responsable de la légende est bien l'ancien "Concours hippique d'avant 1914, sujet de « pall mail » pour Jean Lorrain, où l'on papotait sur la
« Butte aux lapins » chère à Êmilienne d'Alençon en suivant d'un œil distrait le parcours du petit Untel, habitué de chez Maxim et quarante-huitième concurrent de « l'épreuve de puissance ». Celui-là est mort en 1914 avec beaucoup d'autres choses et aussi, hélas ! beaucoup de pauvres gens.
Entre deux guerres, la Société Hippique avait compris la néces- sité de rajeunir la formule en présentant au Grand Palais des attrac- tions populaires : reconstitution des cavaleries d'antan, fantasia de spahis... Après la seconde guerre les animateurs du Jumping eurent l'idée de donner aux lumières dans le cadre du Vélodrome d'Hiver un concours hippique international, avec des concurrents sélectionnés préalablement et sur des parcours ingénieusement variés. Charles d'Ydewalle en conta le succès aux lecteurs de La
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Bévue... De plus en plus fort : après le Vél' d'Hiv' et ses 12.000 spec- tateurs, le cheval a fait salle comble au Parc des Princes qui peut loger 30.000 personnes sur ses gradins.
Le profane, disait d'Ydewalle, commence par s'écrier : « Que c'est joli I » J'ai entendu le même mot au vélodrome d'Auteuil :
« c'est aussi intéressant qu'un match de football, déclarait un jeune homme, et c'est plus imposant ». E n effet, le plus bel athlète paraît mièvre à côté d'un Centaure et tel devait être l'avis d'Artémis qui désigna Khiron pour l'accompagner à la poursuite des sangliers d'Arcadie... chasse à courre, l'un des plus passionnants aspects de l'équitation d'extérieur. Les organisateurs de la Fête du Cheval le reconnurent en créant une attraction d'un soir avec la présen- tation de nos équipages les plus réputés. Tableau pittoresque...
un peu trop statique peut-être : i l aurait fallu tenter la reconsti- tution de cette chasse au cerf, réglée par Eduard Wulff et qui fit les beaux jours de l'Hippodrome de l'Aima vers 1889. Mais l'effort eût exigé de longues répétitions, sans parler d'un dresseur de la classe de Wulff capable de transformer une meute sanguinaire en d'inoffensifs figurants.
Le miracle de ce gala équestre est justement d'avoir pu réussir à nous présenter un défilé et des carrousels de quelque trois cents cavaliers, « sans bavures », comme on dit, et après une seule répé- tition. Pour qui a organisé de telles exhibitions, c'est un tour de force sans précédent. Le général Donnio, vice-président de la Société Hippique française, me confia son angoisse après l'unique essai préalable : « Ce sera la pagaiHe ». Mais, le lendemain, au jour de la première, tout s'enchaîna sans une fausse manœuvre, sans un « temps mort »... Chevaux et cavaliers, tous avaient compris et l'organisateur de ce magistral spectacle, M . Serge de Poligny, peut être fier du résultat.
L a concentration de cette cavalerie mondiale représentait déjà une sérieuse difficulté surmontée. Si la Garde républicaine était sur place et les spahis algériens venus d'une garnison assez proche, les quatre autres pelotons avec leurs fanfares étaient partis du Maroc, de Belgique, d'Italie, de Barcelone. A u prix actuel des voyages, cela représentait une importante dépense qu'il -fallait amortir en huit jours. Il est vrai que les organisateurs, en cas de déficit, comptaient sur l'appui de l'administration des Haras natio- naux dont la trésorerie est opulente, grâce au prélèvement fait sur les recettes du Pari mutuel... Si bien que ce spectacle grandiose
LE SPORT HIPPIQUE 31S n'aurait peut-être pas été offert aux Parisiens en l'absence d'une orga- nisation des courses prospère... et généreuse.
Quand cette cavalerie déboucha dans l'arène sous le rayonne- ment des projecteurs et des lampadaires une rumeur d'admiration courut sur les gradins. L a diversité des montes, des uniformes, des harnachements surprenait. Après les tuniques sombres et les casques de la Garde républicaine, les burnous blancs et rouges des spahis semblaient plus éclatants. Nos cavaliers précédaient les Guides de Belgique en tenue sévère, que suivait la Garde de Barcelone caracolant sur ses andalous en costume de parade : tunique rouge et casque à plumet blanc retombant en panache.
Enfin, venaient les carabiniers italiens en habits à basques et bottes à entonnoir,' coiffés d'un bicorne à haut plumet et ornés de buf-
fleteries blanches -— évocation de ces escadrons de « gros talons » que le capitaine Coignet vit charger si furieusement à Marengo et contraste curieux avec la Garde noire du sultan du Maroc qui fer- mait la marche : des hommes de bronze tout de rouge habillés, coiffés de chéchias singulières ressemblant à des toques de cosaques et montés sur des barbes gris clair trottinant derrière leur fanion d'un beau vert islamique.
Chaque troupe était précédée de sa fanfare très caractérisée.
Celle de la Garde républicaine avec ses hérauts timbaliers était sans doute la plus complète, celle de la Garde noire marocaine son- nait allègrement dans une note très cavalerie légère, les Espagnols jouaient d'instruments étranges aux accords nasillards. L a foule ne cessait d'applaudir cette cavalcade chamarrée. Les housses de selle en filali blanc des Marocains, les chabraques des carabiniers italiens provoquaient l'étonnement. D'ailleurs, tout le défilé était une évocation des âges disparus : plumets, casques à crinière, bau- driers, panaches, tout le bric à brac romantique de cette « guerre amusante » que j'entendis qualifier ainsi, un jour de mon enfance, par le maréchal Canrobert. Je n'ai jamais mieux compris les regrets du vieux guerrier que le jour où je revis — après un laps de qua- rante ans — les quartiers des cuirassiers de Tours : au long des murs où jadis de gais soldats culottés de rouge alignaient leurs chevaux en sifflotant des sonneries de trompette, des mécanos en cotte bleue manipulaient leur ferraille... Entre 1895 et 1935 la « guerre amu- sante » avait achevé de vivre. On s'en était, par ailleurs, aperçu.
Il devait y avoir sur les gradins du Parc des Princes un certain nombre de sexagénaires à qui les aigres fanfares rappelaient les
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« frais printemps de leur jeunesse » avec les gaîtés de l'escadron...
Car, n'en déplaise à l'ombre de Courteline, on vivait gaîment au quartier de cavalerie. Bien sûr, l'adjudant Flick persécutait parfois le cavalier Miserey avec un acharnement imbécile et les «bleus» subis- saient sans enthousiasme les brimades des anciens, vieilles traditions héritées du drill en vigueur dans les armées de métier où l'on dressait le soldat comme un animal de combat. Mais on se consolait avec l'insouciance de ses vingt ans, devant., le comptoir où la cantinière versait le mélé-casse. Pour moi, je ne puis voir sans émotion l'en- volée des petits chevaux barbes tricotant leur galop répété sous les burnous rouges... Des figures ressuscitent dans un bled désolé, ce champ d'artichauts sud-oranais qu'on appelait le terrain de ma- nœuvres à Djenan ed-Dar : le brave et bourru capitaine Caud avec ses moustaches hérissées de croquemitaine ; le maréchal des logis Bou Katem, qui prit la poudre d'escampette à E l Moungar et fit bien car sans lui les troupes de secours seraient arrivées trop tard pour sauver les survivants de la colonne Vaucher ; mon brigadier, le petit Smâati, à la figure de vieille femme, qui jonglait si joliment avec son mousqueton, au galop et debout sur la selle comme un écuyer de cirque...
Dans le temps et dans l'espace tout cela est bien loin du Parc des Princes de 1953... Il me faut pourtant parler des sauts d'obs- tacles qui formaient le fond de la Fête du Cheval.
JIs étaient très habilement conçus ces parcours, tracés par le lieutenant-colonel de Brothonne et le commandant Broussaud, avec des obstacles simples, doubles et triples, des « oxers », une rivière, qui permirent d'admirer sous tous les angles la virtuosité des cava- liers et la classe des chevaux sévèrement sélectionnés. Des cavaliers et, bien entendu, des cavalières car, en équitation, i l n'y a pas de sexe faible. Juvénile, blonde, d'une athlétique sveltesse, Mlle José Bonnaud, sur Charleston, fut la grande vedette du gala. Elle enleva de haute lutte le Prix de l'Agriculture devant M . Winckler, concur- rent allemand, montant Halla, récent vainqueur du prix des Sports équestres militaires. Belle revanche du championnat de hauteur où le cheval allemand Jaspis avait sauté 2 m. 30, battant notre nationale Camélia I V .
Pour la finale du championnat du monde où se rencontraient M M . Francisco Goyoaga (Espagne), P. d'Inzeo (Italie), Jonquères d'Oriola (France), Thiedemann (Allemagne) les organisateurs imposaient aux cavaliers quatre parcours, le premier avec le cheval
L E S P O R T H I P P I Q U E 321 propre du cavalier, les trois autres avec les chevaux de ses con- currents suivant un ordre de roulement désigné par tirage au sort.
C'était, en quelque sorte, de la « décentaurisation » fondée sur le principe, d'ailleurs juste, que le bon cavalier doit tirer parti d'un cheval inconnu. On a objecté que l'application défavorisait le dres- seur patient et minutieux qui est parvenu à identifier les réflexes de l'animal à ceux du cavalier. Voire... Elle favorise encore moins l'homme qui brille surtout par l'allant et l'audace. C'est le cas de rappeler le mot de Rousselet qui, après avoir vainement essayé de monter le fameux cheval d'école de Baucher, Capitaine, mit pied à terre en déclarant avec modestie : « Le cheval est trop fin pour moi ».
Quoi qu'il en soit, cette finale en quatre manches donna les résultats suivants : premier, M . Goyoaga ; deuxième, M . Thiede- mann avec respectivement 8 points et 8 1 /4, c'est-à-dire presque ex-œquo. Notre champion national, M . Jonquères d'Oriola, était troisième, devant M . d'Inzeo. Les quatre chevaux se nommaient Quorum, Diamant, Ali Baba et Uruguay. Tous sont remarquable- ment dressés sur l'obstacle et firent d'excellents parcours, sauf
Uruguay qui n'était pas en verve ce soir là. Comme les hommes, les chevaux ne sont pas toujours égaux à eux-mêmes et on ne peut en accuser ici le changement de main car Uruguay se montra aussi médiocre avec son cavalier personnel, le lieutenant d'Inzeo.
Telle fut la conclusion de ce championnat du monde où dix nations étaient représentées. Pour en revenir à la présentation spectaculaire, disons qu'elle mit pleinement en valeur ce festival équestre. Des musiques militaires, des fanfares de trompes meu- blaient les entractes avec ponctualité et le speaker, M . de Faucon, ne mérite que des éloges pour sa vivante élocution dans les annonces et commentaires que diffusait le haut parleur.
Les spectateurs manifestaient sans réserve leur enthousiasme et leur sportivité fut parfaite quelle que fût la nationalité des concurrents. A sport de gentlemen, public de même ordre.
Souhaitons de revoir le plus souvent possible ce magnifique spec- tacle. E n matière de sport équestre, la gamme des attractions est particulièrement étendue : présentations d'attelages, courses avec relais, carrousels, courses de chars, rodéos, dressage de chevaux indomptés, on n'a que l'embarras du choix.
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Le jour même de la clôture de la Fête du Cheval, à cinq cents mètres du Parc des Princes, se courut le Grand Steeple-Chase d'Auteuil.
Journée très réussie sous un ciel plein de franchise : du soleil sans menace orageuse. L'assistance était nombreuse pour constater les innovations heureuses de la Société des Steeple-Chases dont les dirigeants ont fait installer un restaurant et une tribune réservée à l'étage supérieur de l'un des deux grands bâtiments du pesage.
Excellente idée ; le panorama, de Boulogne à Passy, vaut l'ascension, d'autant qu'elle peut s'effectuer mécaniquement. Vieil habitué de la tribune de la presse située au même étage de l'autre bâtisse, je déplore, chaque année davantage, que l'architecte n'ait point eu l'idée de doter d'un tapis roulant ses étages escarpés.
Fatigué ou paresseux, je n'ai pas fait la rude escalade pour contempler ce Grand Steeple 1953. Peut-être averti par un pressen- timent intérieur, je suis allé me placer à l'endroit de la grille de la piste la plus rapprochée de la dernière haie et j ' a i , de la sorte, assez bien vu la catastrophe finale du favori. Fifrelet avait, à son accou- tumée, fait le parcours en capitaine commandant, sautant bruta- lement mais sûrement. II était encore en tête après le bull finck mais on voyait arriver Pharamond III comme un bolide sur le leader.
L'alezan poursuivait le bai de toute son énergie et la distance dimi- nuait. Delfargueil devait sentir le danger et, pour ne pas perdre de vitesse, poussait Fifrelet qui, désuni ou fatigué comme il en avait le droit, prit l'obstacle de trop loin, buta en se recevant et désar- çonna son cavalier. Pharamond III n'avait plus qu'à courir au poteau pour battre Radium de dix longueurs.
On épiloguera naturellement sur l'incident, à longueurde colonne.
Le propriétaire de Pharamond dit que son cheval aurait gagné de toute manière, celui de Fifrelet déclare le contraire... Discussions superflues : en obstacles, i l s'agit de rester debout et, de ce chef, Pharamond a été le meilleur. On peut évidemment regretter que sa victoire n'ait pas couronné le plus prestigieux des champions et le plus séduisant modèle car il faut bien reconnaître que Pharamond, s'il possède une grande aptitude de sauteur et le courage habituel des fils de Cidre Mousseux, n'est pas d'un physique imposant. Aux balances, à côté de son runner-up, le splendide Radium, i l faisait plutôt « claquette » mais, en course, le cœur est le premier des muscles.
Trois jours plus tard, la Grande Course de Haies revint au
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poulain de quatre ans Frascati qui appartient à M . Henri Bern- stein.
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Cependant le vrai turfiste ne s'émeut guère de la défaite du favori et fait bien. Il y a des années où toutes les grandes épreuves se terminent par un fiasco pour le cheval que l'on croit le plus indiqué — 1953 est de ce nombre.
1 Le Prix de Diane avait inauguré la série sur l'hippodrome de Chantilly. L'outsider La Sorellina y précéda d'une courte tête Banassa, l'une des favorites du lot et Hurnli, gagnante de la Poule d'Essai. Le dimanche suivant, dans notre Derby français, Chaînant, qui partait à quinze contre un, fit triompher les couleurs de M . Henri Letellier. L'ancien propriétaire du Journal aura fait courir un demi- siècle avant de connaître pareille gloire. Ce Chamant porte un nom illustré jadis par un grand cheval du comte de Lagrange, qui gagna les Deux Mille Guinées et ne put malheureusement enlever le Derby à cause d'un accident ; le cheval de M . Letellier n'ayant pas confirmé dans le Grand Prix son succès de Chantilly, il serait prématuré de dire que le Chamant 1953 vaut son prédécesseur, mais le temps excellent réalisé dans le Prix du Jockey-Club (2' 29") prouve que sur 2.400 mètres ce fils de Majano doit avoir toujours sa chance.
Il est assez singulier de voir la plupart des « professeurs du turf » déclarer médiocre une année où n'existe aucun cheval sur- passant régulièrement tous ses contemporains. C'est vraiment pousser trop loin la manie du classement et le fétichisme du con- cours. Une production où l'on trouve un certain nombre de trois ans capables d'approcher un leader qui couvre les 2.400 mètres en moins de deux minutes et demie ne mérite pas tant de dédain.
La pierre de touche est constituée par les rencontres internationales et celles-ci sont malheureusement trop rares. Cependant, la place du cheval de l'Aga Khan, Shikampur, qui termina quatrième dans le Derby d'Epsom et répéta la performance dans le Grand Prix de Paris, prouverait que les chevaux français de 1953 valent à peu près leurs contemporains de Grande-Bretagne.
Ce fut, notre dernier Grand Prix, une course majestueuse, à tous les points de vue : par son allocation dont le total dépasse 37 millions, par la pluie d'autres millions que déclencha son arrivée pour les
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participants du « Sweepstake » devenu la plus populaire des loteries, enfin par le nombre des partants qui atteignit le chiffre de 22.
Aucun favori ne s'imposant, certains propriétaires en profitent pour supposer une chance à un cheval qui, en style d'écurie, ne battrait pas un âne. Mais c'est si flatteur de voir ses couleurs figurer dans la compétition légendaire ! De ces vingt deux concurrents quatre ou cinq auraient pu s'épargner le déplacement de Longchamp sans diminuer l'intérêt de l'épreuve.
Comme i l arrive souvent, ce formidable peloton ne nous offrit pas une arrivée disputée. Le vainqueur du Prix Juigné, Northern Light, qui avait déjà prouvé ses qualités de « stàyer » dans le Prix Reiset, prit le meilleur à l'entrée de la ligne droite, repoussa aisément l'attaque de Buisson d'Or et l'emporta de deux longueurs. Quand tout était déjà entendu, on vit arriver du bout de l'horizon la pou- liche du baron Guy de Rothschild, Flûte enchantée, pour s'emparer de la seconde place. Là-dessus, on s'est écrié qu'en partant plus tôt à l'attaque cette héroïne aurait mis en danger le vainqueur... Oui, mais aurait-elle pu partir plus tôt ? Les chevaux qui exagèrent la course d'attente sont souvent ceux qui ne peuvent aller plus vite dans le parcours. Il s'en fallut d'une demi seconde que le cheval de M . Dupré égalât le record de Take My Tip. D'ailleurs, ce jour-là, tout le monde était pressé. Deux autres records de Longchamp, celui des 1600 et celui des 1850 mètres, furent battus dans le Prix de la Porte Maillot et dans le Prix d'Ispahan.
L'après-midi s'étant passé sans que crevât l'orage menaçant, ce fut un superbe festival du sport hippique, cette journée d'apo- théose, comme on dit — bien à tort — car le Grand Prix ne marque plus la fin de la saison. N'avons-nous pas, avant l'exode de Deau- ville, les grands jours de Saint-Cloud et de Maisons-Laffitte, où la Société Sportive dépense avec munificence une bonne part de son budget de 635 millions. Nouvelle pluie d'or sur les pistes ver- doyantes qui verront peut-être éclore d'autres champions.
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