Géographie et cultures
112 | 2019
Cultures populaires II
Introduction
Louis Dupont et Hovig Ter Minassian
Édition électronique
URL : https://journals.openedition.org/gc/14220 DOI : 10.4000/gc.14220
ISSN : 2267-6759 Éditeur
L’Harmattan Édition imprimée
Date de publication : 1 décembre 2019 Pagination : 5-7
ISBN : 978-2-343-21967-7 ISSN : 1165-0354 Référence électronique
Louis Dupont et Hovig Ter Minassian, « Introduction », Géographie et cultures [En ligne], 112 | 2019, mis en ligne le 25 janvier 2021, consulté le 23 juin 2021. URL : http://journals.openedition.org/gc/14220 ; DOI : https://doi.org/10.4000/gc.14220
Ce document a été généré automatiquement le 23 juin 2021.
Introduction
Louis Dupont et Hovig Ter Minassian
1 Ce numéro de Géographie et cultures, comme celui qui le précède, fait suite à un appel à textes sur la géographie des cultures populaires1 qui, fort de son succès, a permis la publication de ces deux volumes. Dans le premier, nous soulignions l’ambiguïté du terme de « populaire », qui peut tour à tour désigner ce qui appartient au « peuple » (les couches populaires), et ce qui est partagé par le plus grand nombre (une chanteuse ou un film populaire). Nous montrions également la difficulté à définir la « culture » et proposions plutôt de focaliser sur les pratiques culturelles. Nous dressions enfin un (trop) rapide panorama des travaux de géographies anglophone et francophone, tout en insistant sur la nécessité de prendre plus en considération, dans nos métiers d’enseignant.es-chercheur.es, les pratiques culturelles de nos étudiant.es, parfois éloignées de la culture légitime, et pourtant structurantes de leurs représentations du monde.
2 Le premier volume rassemblait des textes qui proposaient d’entrer dans les cultures populaires par ces pratiques et leurs représentations, en interrogeant les processus de réappropriation d’éléments culturels comme les séries télé, les bandes dessinées, les chants de supporter, etc. ; et de montrer la fabrique des identités socioculturelles par le faire (aller au stade, aménager son logement, valoriser le patrimoine culturel local). Le présent volume explore les espaces, lieux et milieux dans lesquels se construisent ces cultures populaires (l’épicerie de quartier, le café-théâtre, le festival), ainsi que les outils et les supports qui en permettent l’appropriation et la circulation (la chanson folk, la culture politique, les comités d’entreprise).
3 Dans le premier article, Katerina SERAÏDARI montre le rôle de l’épicerie de quartier comme haut lieu de la culture et de la sociabilité populaires. À partir d’un travail ethnographique au long cours mené à Bruxelles dans des commerces tenus par des commerçants grecs et turcs, l’auteure montre que ces espaces consacrés à des transactions marchandes (les achats alimentaires du quotidien) jouent parfois un rôle important dans l’identité et les sociabilités d’un quartier, justement parce qu’ils répondent à des régimes d’attente (proximité, convivialité, parfois même engagement
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dans les activités culturelles du quartier), qui les distinguent des centres commerciaux et des supermarchés standardisés.
4 Le deuxième texte relate la création et l’histoire du café-théâtre « Le Cirque Divers », dans le quartier de la Roture, à Liège, au lendemain des événements de Mai 68.
S’inscrivant dans une perspective « micro historique », son auteure, Karolina SVOBODOVA, montre que les ressorts de l’installation de ce café-théâtre dans un quartier populaire aux loyers moins onéreux, n’étaient pas simplement économiques, mais relevaient aussi de la volonté de questionner et s’approprier les valeurs d’authenticité et de marginalité associées à la vie des artistes populaires, et ainsi proposer une offre contre-culturelle à l’art établi. Dans ce projet, l’espace du quartier populaire devient alors une ressource mobilisable par ces artistes pour « affirmer leur position à la fois dans le champ social et le champ artistique ».
5 Aliou GAYE prolonge cette incursion dans les espaces de la culture populaire avec son travail sur le Gorée Diaspora Festival. Classée au patrimoine mondial de l’humanité depuis 1978, l’île de Gorée est aujourd’hui l’une des destinations les plus visitées du Sénégal et occupe une place importante dans la géographie des lieux culturels associée à la mémoire de l’esclavage. Comme le montre l’auteur, ce festival est un outil de développement territorial, qui a pu bénéficier de l’ancrage géographique et de la patrimonialisation de la mémoire de l’esclavage. Il conclut qu’il reste cependant encore à impliquer davantage les populations locales pour leur faire bénéficier des retombées touristiques et culturelles de cet événement.
6 Les deux textes qui suivent interrogent les représentations spatiales du populaire et quelques supports de cette culture populaire. Raphaël MOLLET a travaillé sur un large corpus d’œuvres du chanteur folk américain Bruce Springtseen. À travers l’analyse des textes des chansons et d’interviews de cet artiste majeur de la musique populaire contemporaine, l’auteur montre comment les œuvres de Bruce Springsteen sont ancrées à la fois dans la vie de l’artiste et les imaginaires spatiaux de l’Amérique populaire des petites villes industrielles. Dans le même temps, ces chansons sont le support d’une culture musicale populaire qui aujourd’hui dépasse les frontières des États-Unis. Fabrizio MACCAGLIA, quant à lui, propose d’entrer par la vie quotidienne des habitants d’un quartier pauvre de Palerme (place Danisinni) pour analyser comment se construit une culture politique populaire en dehors des moments de rencontre ou de confrontation avec les institutions politiques (démarches administratives, élections). Il montre ainsi que le rapport à l’État est bien un objet social produit par les individus eux-mêmes à travers des pratiques et des discours qui façonnent une culture populaire du fait politique, nourrie des expériences ordinaires du quotidien.
7 Enfin, le dernier texte du dossier propose une « incursion culturelle » dans le milieu ouvrier. Son auteur, François DUCHÊNE, propose une analyse des acteurs et des actions menées dans les années 1980 et 1990 par le comité d’entreprise d’une usine chimique située en Isère, pour étudier comment la culture a été mise à portée des travailleurs de cette usine. Il souligne ainsi que les membres de ce comité ont cherché à mêler culture savante et culture populaire au sein de leur usine, pour faire « entrer en culture » les ouvriers, en ouvrant leurs actions aux familles de ces derniers, et en mobilisant les ressources spatiales et sociales du territoire d’ancrage de l’usine.
8 Le dossier est complété par un article dans lequel l’auteur, Damien BRUNEAU, retrace l’usage des promenades dans les stations balnéaires des côtes anglaises dans une
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perspective historique. Depuis la fin des années 1990, certaines de ces jetées font l’objet de projets de réhabilitation, dans le cadre d’un mouvement de modernisation des stations balnéaires britanniques qui mise alternativement sur « l’authenticité » ou la
« réinterprétation moderne » de leurs jetées. Ces trajectoires récentes permettent de souligner leur rôle structurant dans l’identité urbaine de ces stations touristiques et leur usage encore très populaire.
NOTES
1. https://lpcm.hypotheses.org/12676
AUTEURS
LOUIS DUPONT
UR Médiations – Sciences des lieux, sciences des liens Sorbonne Université – Lettres
HOVIG TER MINASSIAN Laboratoire Citères Université de Tours
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