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Michel Dupin : témoignage

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Academic year: 2021

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HAL Id: hal-02816617

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To cite this version:

Michel Dupin. Michel Dupin : témoignage. Archorales : les métiers de la recherche, témoignages, 13,

Editions INRA, 159 p., 2008, Archorales, 978-2-7380-1258-6. �hal-02816617�

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1 Ce troupeau comprenait une paire de bœufs et des vaches.

Ces dernières, qui donnaient naissance à un veau chaque année, étaient également mises à contribution pour les travaux des champs où elles participaient, à tour de rôle à la formation des attelages.

Nous pourrions maintenant évoquer les différents établissements dans lesquels vous avez fait vos études Il y a eu dans mon cursus de formation, beaucoup de hasards et pas mal de chance. Ayant intégré un CEG, j’y ai obtenu le brevet à la fin de la classe de troisième. Il fallait alors décider de ce que j’allais faire par la suite et je rappelle que dans les années 60, avec un brevet comme bagage, on pouvait faire quelque chose dans la vie. J’ai envisagé de m’orienter vers les emplois de la Poste, mais je n’étais pas brillant en géographie, ce qui m’a dissuadé de passer le concours d’entrée. J’avais aussi l’opportunité d’aller vendre des bananes à Toulouse, ville où nous avions des amis qui en faisaient le commerce. Et puis, au cours de l’été, nous avons appris qu’il y avait un lycée agri- cole à Ondes. Je ne sais plus comment cela s’est passé mais j’ai pu obtenir une place en première année pour un cycle d’études de 3 ans. Je dois dire que je ne garde pas un souve- nir formidable de la première année ; il me faudra attendre le passage en troisième année, avec l’arrivée d’un nouveau direc- teur, pour me sentir à l’aise dans ce lycée. Le retard que j’avais pris dans ma formation m’avait pénalisé et je n’ai pas obtenu le diplôme d’études agricoles du second degré à l’issue de la troisième année ; j’ai échoué à l’oral après avoir passé le cap de l’écrit. À cette époque, après trois années d’études en lycée agricole, lorsque l’on n’avait pas obtenu de diplôme, il était possible de se faire embaucher dans une SICA (Société d’Intérêt collectif agricole) ou au Crédit Agricole. Là encore, je considère que j’ai eu de la chance car le directeur du lycée agri- cole d’Ondes qui était un homme très dynamique a trouvé des solutions financières pour permettre le redoublement des meilleurs élèves de troisième année, ayant échoué au diplôme de fin d’études. J’ai alors pu refaire une année de formation, dans une ambiance excellente et dans un groupe de bons élè- ves sans que cela ne coûte un sou à mes parents. À la fin, j’ai décroché le diplôme d’études agricoles de second degré. Ce diplôme n’existe plus aujourd’hui. Il a été remplacé par le Brevet de Technicien Agricole (BTA). Ensuite, ce fut le service militaire pour une durée de 16 mois à Sarrebourg dans le département de la Moselle. En mars 1966, je m’investis dans la recherche de mon premier emploi. Je suis embauché dans une SICA viande à Auch où pendant 3 mois j’occupe un poste de caissier à 600 F par mois. Lors de l’assemblée générale de

l’amicale des anciens élèves du lycée agricole d’Ondes, je ren- contre mon ancien directeur qui me dit que je peux prétendre à un meilleur salaire. Il me propose un poste de technicien agricole du ministère de l’Agriculture pour superviser les tra- vaux pratiques au lycée. Quelle évolution ! Je redoutais ce type de fonction car je savais que ce n’était pas facile d’intéresser les élèves en dehors des cours classiques. À Ondes, il y avait un ingénieur chargé de l’expérimentation pour un labo de l’INRA de Montpellier. Ce labo servait de champ de référence pour les applications dirigées. Ma mission consistait d’une part à conduire les élèves sur le terrain et d’autre part, à participer aux implantations et aux suivis d’expérimentations avec cet ingénieur : monsieur Jean Dumail qui appartenait au départe-

Michel Dupin

Je suis né le 22 décembre 1942 à Samaran à la limite des Hautes-Pyrénées, dans le Gers que l’on dit agricole.

Mes parents pratiquaient la polyculture et l’élevage (vaches gasconnes et garonnaises), sur une exploitation de 30 hectares.

Je crois me souvenir qu’il fallait encore dans les années 50, une paire de bœufs et deux paires de vaches pour travailler les terres difficiles de cette exploitation. Dans notre famille, nous étions quatre enfants. J’étais le “petit dernier”, avec deux frères aînés, de 15 et 13 ans de plus que moi et une sœur née 11 ans avant moi. Je suis issu d’une famille d’agriculteurs depuis

des générations, le contexte familial semblait me prédestiner à ce métier, mais mon frère aîné ayant repris la ferme exploitée par mes parents, je n’y avais plus ma place ; elle était trop petite pour faire vivre plusieurs familles. Mon second frère, passionné d’arboriculture, avait mis en place un verger de pommiers de trois hectares et on peut parler pour lui de réussite professionnelle dans la mesure où il a su valoriser cette activité. De l’exploitation, j’ai pas mal de souvenirs, à 14 ans je mettais le joug au bétail pour labourer, je me souviens des préparations et des semis de céréales. Il y avait une quinzaine de bovins à l’étable 1,

quelques cochons, des oies pour le confit et d’autres animaux de basse-cour, ce qui permettait à ma mère de se fournir en épicerie avec la vente des œufs. Je me souviens aussi du creusement du canal de la Neste jusqu’aux portes d’Auch qui a permis l’irrigation et surtout l’alimentation en été du Gers et de la Baïse. L’adduction d’eau potable nous a apporté un confort sanitaire forcément très apprécié à la campagne.

Photo :©INRA - Christian Galant

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ment de Génétique et Amélioration des Plantes de l’INRA.

C’est lui qui m’a indiqué qu’un technicien de St-Martin-de- Hinx partait travailler chez Cargill. À l’époque, on se formait à l’INRA et on le quittait pour valoriser ses compétences dans le privé. Il m’a donc parlé de ce poste à St-Martin-de-Hinx et je lui ai dit que je préférais l’expérimentation au suivi des élè- ves ; je n’étais pas fait pour la pédagogie et ce travail d’anima- tion au lycée ne me convenait guère. Je suis arrivé à l’INRA à St-Martin-de-Hinx le 1

er

avril 1968, pour remplacer un techni- cien occupant un poste 2B. On m’a recruté en 3B, mais possé- dant un diplôme “fourchette”, j’avais la possibilité, à l’issue du stage probatoire d’une année, d’accéder à la catégorie 2B, après avoir passé un examen professionnel. C’est ce que j’ai fait devant un jury où siégeaient Maurice Pollacsek et Pierre Anglade, deux scientifiques avec lesquels j’avais travaillé pen- dant mon année de stage. J’ai réussi à la suite d’un entretien plutôt cordial, même si Pollacsek m’avait titillé sur différentes questions.

Avez-vous eu le sentiment

d’avoir fait le bon choix en intégrant l’INRA ?

Le poste proposé par l’INRA m’offrait la possibilité d’exercer mon métier dans la nature et il correspondait à mon goût pour les travaux d’expérimentation. Dans ce domaine, j’avais pu apprécier les qualités humaines et professionnelles de Jean Dumail. Cet homme très patient, capable de faire les semis avec des élèves -ce qui à mes yeux relevait de l’exploit- m’im- pressionnait par sa grande rigueur dans le travail. Il était pour moi un exemple et il a joué un rôle prépondérant dans mon choix d’intégrer l’INRA et dans la conduite de mon parcours professionnel. Lorsque j’ai vu le potentiel disponible à St- Martin-de-Hinx, j’ai été enchanté. J’aurais été un imbécile de ne pas voir les possibilités qui m’étaient offertes pour réussir dans ce métier. À l’époque, le domaine était dirigé par Charles Bertin, 56 ans. Il avait une stature imposante, un grand savoir et des compétences de chef d’exploitation. Il incarnait un véri- table père pour tous. Ce responsable était entouré de trois per- sonnes qui possédaient une grande expérience : Antoine Panouillé, ingénieur 1B ; Jean Vivarès, technicien 2B et Maryse Bédère, secrétaire. Il y avait aussi huit ouvriers agricoles âgés de 25 à 35 ans, dont j’ai pu apprécier la disponibilité et l’effi- cacité. St-Martin-de-Hinx se présentait donc comme une unité expérimentale modèle.

Vous venez d’évoquer les ouvriers agricoles du domaine.

Pouvez-vous nous en dire un peu plus sur ces collègues ? D’où venaient-ils ? Avaient-ils exercé une activité professionnelle avant d’entrer à l’INRA ?

Certains étaient d’anciens métayers. D’autres avaient été sala- riés dans des exploitations agricoles ou des usines du coin mais tous étaient d’origine agricole et savaient ce qu’était le travail de la terre. Il faut dire que le recrutement local avait été géré par un directeur d’une compétence extraordinaire, irré- prochable, exemplaire en tous points : c’était un patron très respecté. Cinq familles étaient logées sur le domaine. Il y avait donc un esprit de famille dans l’équipe... Il est vrai qu’il existait des liens de parenté étroits (père, beau-frère, neveux...) parmi ces agents tous recrutés dans les communes environnantes.

Ces agents avaient-ils conscience qu’ils participaient à des recherches importantes dans le domaine de l’amélioration des plantes ?

Les agents avaient conscience qu’ils participaient à des recher- ches dans le domaine de l’amélioration des plantes. Ils mesu- raient les gains obtenus par les nouvelles variétés mais ils par- ticipaient à tous les travaux d’expérimentation sans se soucier du protocole ou du moins sans en connaître tous les détails.

Même chose pour la conduite des pépinières, des autofécon- dations. Ces personnes se situaient dans l’exécution sans maî- triser les schémas de sélection. Pour eux, travailler à l’INRA était déjà une fierté et une promotion sociale extraordinaire.

Quels étaient les rapports du domaine

de St-Martin-de-Hinx avec la direction générale de l’INRA ? Quand on est à St-Martin, on est presque en Espagne par rap- port à la DG ; vue de Paris, que représente cette petite station isolée de tout ? Pour le personnel du domaine, la DG consti- tuait une sphère très éloignée. De plus, nous dépendions de laboratoires de recherches basés à Montpellier et ce n’est que plus tard que nous avons été rattachés administrativement à Bordeaux ; donc je peux vous dire que depuis St-Martin-de- Hinx, la hiérarchie de l’INRA était quelque chose d’un peu abstrait. Maintenant, avec le rattachement à Bordeaux, on peut davantage suivre ce qui se passe à l’INRA. J’ai connu un domaine situé au bout du monde ; nous vivions repliés sur nous-mêmes, nous faisions même les payes et c’est vrai que nous avons gardé cet esprit d’indépendance. Obligés de nous débrouiller par nos propres moyens, nous étions un petit cen- tre à nous tout seuls. Nous avons toujours été habitués ainsi.

Nous avons eu la chance d’avoir du personnel très autonome et qualifié ; ce qui nous a permis de nous sortir de bien des situations difficiles. Il nous fallait faire face à toutes les pannes en tous genres, en mécanique agricole, en électricité, en plom- berie... mais nous disposions d’un budget important grâce aux recettes que nous procurait la vente des produits du domaine et différents contrats.

Comment s’est passée votre intégration sur le domaine ? Comment avez-vous été accueilli ?

Quels travaux vous a-t-on demandé d’exécuter ?

Nous étions en avril, et j’ai été très bien accueilli mais je me sentais étrangement seul. En effet, la première semaine, je me suis retrouvé avec la secrétaire qui m’a dit que les responsa- bles étaient partis à Montpellier. Charles Bertin, Jean Vivarès et Antoine Panouillé faisaient du transfert de matériel végétal car à l’époque il n’y avait pas de chambre froide au domaine. Ils devaient aussi préparer les programmes à mettre en place sur le site de St-Martin car je le rappelle, l’équipe scientifique était à Montpellier et la conception se faisait donc là-bas. Me voici au travail. Début mai, c’est le moment de mettre en place les semis. Je m’intègre à l’équipe en train d’opérer sur le terrain.

Au domaine, les semis se font entièrement manuellement. Il y

a un tracteur et une rayonneuse qui rayonnent en long et en

travers et nous avons donc les repères pour placer les graines

dans les bons intervalles. Je garde un souvenir douloureux de

ces semis : un mal aux genoux, lié à l’opération de recouvre-

ment des graines. Dans un premier temps j’assiste à tous les

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2 Culture dérobée : culture de courte durée, intercalée entre deux cultures dans des régions où l’on ne réalise d’ordinaire qu’une culture par an ; ce sont le plus souvent des cultures fourragères.

3 Notre contexte de sélection variétale avec nos pépinières et nos parcelles expérimentales sur lesquelles les vaches auraient pu causer des dégâts si d’aventure elles avaient voulu “goûter”

à nos innovations, nous avait obligés à pratiquer le zéro-grazing.

Avec cette technique, la récolte quotidienne du fourrage vert pendant toute une période de l’année contribuait à multiplier les passages des engins mécaniques et conduisait donc à la dégrada- tion de la structure des sols. 115

travaux, seul moyen pour découvrir tous les rouages des proto- coles : semis, suivi cultural... Je repense aux pollinisations que je ne connaissais pas, j’ai appris à protéger le futur épi en posant un sachet femelle, à placer les sachets mâles en enca- puchonnant la panicule et enfin à effectuer l’autofécondation.

J’apprends toutes les astuces, je découvre la complexité du matériel, j’essaie de comprendre comment être efficace dans cette discipline qu’est l’Amélioration des plantes, je participe aux travaux pour le GEVES (Groupe d’Étude et de contrôle des Variétés et des Semences), j’assure le suivi des travaux pour le GNIS (Groupement National Interprofessionnel des Semences et plants), je m’attache à tout suivre. Ensuite arrive la récolte, avec le choix des lignes à récolter. On m’apprend à devenir méthodique et rigoureux ; c’est en fait des notions de sélec- tionneur que je dois parfaitement maîtriser : comment on sèche les semences, quelles sont les composantes d’une bonne variété, la précocité, le rendement, la résistance à la verse, le comptage des plantes versées. J’apprends le métier, j’amas- se des connaissances. À ce moment-là, j’ai eu l’opportunité d’aller passer 15 jours à Montpellier, auprès de Sylvain Rautou.

Ce scientifique très discret et très compétent m’a appris toutes les notions de base de la génétique.

Pouvez-vous nous donner une “photographie”

du domaine en 1968 lorsque vous êtes recruté à l’INRA ? Je vais, à ce stade de mon témoignage, rappeler un peu l’his- toire du domaine. La création de la station expérimentale a été décidée lors du 1

er

congrès international du maïs en 1930. Ses statuts furent déposés le 19 novembre 1931 par le docteur Doleris, président de la Chambre d’Agriculture des Basses- Pyrénées. Cette dernière en assura la direction et le fonction- nement jusqu’au 31 décembre 1943. Le but de la station était d’étudier et de rechercher toutes les techniques permettant d’améliorer la culture du maïs. Grâce au professeur Luc Allabouvette, la station fut par la suite rattachée à l’INRA et plus précisément au laboratoire de recherche annexé à la chai- re d’agriculture de l’ENSA de Montpellier. Le domaine dépen- dra administrativement du centre de recherches INRA de Montpellier jusqu’au 31 décembre 1984. Voici les noms des différents responsables qui se sont succédé à la tête de ce domaine :

•Pierre Lecat - Ingénieur Agricole (Beauvais) de 1932 à 1936

•Jean Piat - ENSH (Versailles) de 1936 à 1938

•Charles Bertin - ENSA (Grignon) de 1938 à 1971

•Antoine Panouillé - ITPA (Paris) de 1971 à 1998

•Michel Dupin - Diplôme d’Études Agricoles du 2

è

degré (Ondes) de 1998 à 2003

•Jacques Laborde - BTS (Auzeville) depuis 2003

Le domaine dispose aujourd’hui d’une SAU de 40 ha, drainée depuis 1984 et irrigable depuis 1994. Une dizaine d’hectares sont très homogènes et favorables à la conduite de bonnes expérimentations. En 1968, l’effectif s’élevait à 13 agents. Les horaires hebdomadaires étaient de 48 heures, sans compter les heures supplémentaires et le recours à la main-d’œuvre occa- sionnelle. À ce moment-là, le nombre d’autofécondations de maïs était de l’ordre de 50 000. Ce nombre passera à 100 000 dans les années 90. Lorsque je suis parti à la retraite, la surface en contrôle de semences occupait 9 ha, elle était de 3 ha à mes débuts. La mécanisation a été progressivement introduite à par-

tir de 1987 avec une récolteuse à essais ainsi que des appareils de saisie ; en 1990, nous avons acquis un semoir pour micro- parcelles.

Je précise qu’en 1968, un tiers des 40 ha du domaine était occupé par des prairies destinées aux vaches laitières pour les- quelles nous pratiquions le zéro-grazing (ou zéro-pâturage). À l’époque, on considérait qu’un troupeau de bovins était indispensable pour valoriser l’interruption des cycles maïs- maïs. Avec cet élevage, nous avions la contrainte de la traite quotidienne des animaux, y compris les dimanches et jours fériés. Les animaux étant en stabulation entravée, la traite était mécanisée mais assez rudimentaire.

Quel type de troupeau aviez-vous ?

Il s’agissait de vaches laitières frisonnes. Je précise que ce n’é- tait pas un élevage expérimental. Les vaches sont restées jus- qu’en 1997. Antoine Panouillé a fait de la résistance pour les maintenir ; en 1998, lorsque j’ai pris la direction du domaine, l’élevage a été supprimé et au grand soulagement du person- nel, nous n’avons plus eu à gérer cela.

Comment expliquez-vous le maintien de ce troupeau ? Antoine Panouillé était attaché aux recettes qu’il procurait, mais il y avait aussi l’argument des assolements. Et puis cela permettait peut-être aussi de justifier le maintien des effectifs de personnel, mais je pense que nos responsables hiérar- chiques n’étaient pas dupes : à leurs yeux, le maintien de ce troupeau ne se justifiait pas. Les ouvriers du domaine, qui n’é- taient vachers que de nom, vivaient plutôt bien la présence de ce troupeau mais dès qu’ils ont appris que nos responsables n’étaient pas favorables à son maintien, ils se sont bien vite ralliés à cette idée. Ajoutons à cela les contraintes de plus en plus lourdes car le lait est une matière délicate très sensible, très surveillée, très réglementée. Nous avions un troupeau dont nous avions amélioré le potentiel génétique mais que nous avions fragilisé sur le plan sanitaire. Toutes les conditions étaient donc réunies pour arrêter.

Quel était le quota laitier du domaine ?

Lorsque nous avons arrêté la conduite de ce troupeau compo- sé de 30 vaches, nous disposions d’un quota assez important de l’ordre de 200 000 litres que nous avons cédé au domaine INRA de Lusignan.

Cultiviez-vous des céréales pour obtenir de la paille ?

Non, nous achetions la paille. Les rations de base étaient com-

posées de luzerne et d’ensilage de maïs et d’herbe, et comme

nous sommes en climat océanique nous semions du ray-grass

en culture dérobée

2

que nous ensilions. Cela se passait plutôt

bien avec les années peu pluvieuses ; mais, lorsque les pluies

étaient plus abondantes, c’était un problème car nous consta-

tions une dégradation des terrains

3

, malgré la rotation envi-

sagée au départ pour limiter ce phénomène et qui consistait à

introduire une luzerne dotée de racines pivotantes après 3 ou

4 années d’expérimentation.

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À quel niveau de la hiérarchie de l’INRA

a été fait le choix d’arrêter l’élevage sur le domaine ? Tous nos dirigeants étaient d’accord pour ne pas maintenir ce troupeau. L’analyse des ressources du domaine en terme de force de travail montrait bien que le troupeau mobilisait trop de personnel (un poste et demi, en tenant compte des week- ends). En 1997, nous arrêtons l’élevage. Nous avons contour- né le problème des assolements par le gel de 10% des terres.

Comme nous sommes dans un climat océanique, il nous arri- ve de récolter assez tôt et d’avoir des mois de septembre et octobre qui nous permettent de semer du ray-grass en culture dérobée. Il pousse tout l’hiver et au lieu de le récolter, on le broie et on ré-introduit ainsi de la matière organique. Après le broyage, on peut laisser les parcelles concernées sans culture pendant une année et on parvient ainsi à une bonne fertilité des sols sans dégradation de la structure. Aujourd’hui le ray- grass est remplacé par des vesces. On consomme encore moins d’azote. Cela ne peut être que bénéfique du point de vue environnemental.

Revenons à votre parcours, nous en étions à la première année où vous apprenez le métier...

À mon arrivée, j’étais en fait le 13

ème

agent du domaine. J’ai beaucoup appris sur le terrain. Mes collègues m’ont appris le métier, les techniques nouvelles, tous m’ont appris quelque chose, chacun à son niveau, je leur dis encore merci. Lorsque j’ai été recruté, les ouvriers du domaine étaient classés dans les différentes grilles de salaire appliquées aux ORA (ouvriers du régime agricole) de l’INRA. Par la suite, ils ont été reclassés en 5B et 6B puis en adjoints techniques lors de la titularisation en 1984. Malheureusement, beaucoup sont partis à la retraite sans avoir pu accéder au corps de techniciens de la recherche et pourtant, ils le méritaient. Cependant, pour tous ces collè- gues, l’emploi à l’INRA a été un vecteur de promotion sociale.

Tous ont construit leur maison, avec un jardin auquel s’ajou- taient parfois des espaces cultivés. Certains avaient une exploi- tation sur laquelle ils faisaient bien entendu du maïs. Le fait de devoir mener de front cette activité avec leur travail profession-

nel à l’INRA n’a jamais posé de problèmes. Ils n’ont jamais demandé de congés pour faire les semis sur leur propre exploi- tation. Lorsque par la suite j’ai dirigé le domaine, je n’ai recru- té qu’un seul agent et je l’avais prévenu en lui précisant bien les contraintes liées aux protocoles expérimentaux, ce qu’il avait très bien intégré. Je souhaiterais maintenant évoquer un événement qui nous a tous beaucoup marqués : la disparition de monsieur Bertin, le responsable du domaine, en 1971. Il s’est tué en voiture, après avoir heurté un platane au retour d’une réunion à Paris. Il s’était probablement endormi au volant. Cet homme extraordinaire, très compétent et très écou- té de la hiérarchie de l‘INRA, savait se projeter dans l’avenir.

C’est lui le premier qui a vu l’intérêt de construire une chamb- re froide à St-Martin-de-Hinx. Je pense que si monsieur Bertin était resté encore avec nous pendant les cinq années qui le séparaient de la retraite, le domaine aurait connu un bel envol.

Il y avait la possibilité de mettre en place une unité de recher- ches sur le domaine et d’y développer également des travaux de recherches sur les plantes fourragères. Avec sa disparition, j’ai le sentiment que nous avons perdu des possibilités de développement. C’est mon avis, mais je crois qu’il est partagé par mes collègues du domaine.

Comment le domaine était-il perçu

par le monde agricole qui constituait son environnement ? Tous les ans, de nombreux cars amenaient sur le domaine agri- culteurs et techniciens pour voir ce que nous y faisions. Les pre- miers croisements ont été réalisés à St-Martin-de-Hinx. C’était quelque chose d’important. Cela s’est passé sur nos terres et nous en sommes fiers. Les agriculteurs étaient très deman- deurs, le végétal et les techniques culturales intéressaient tous les professionnels de l’agriculture et de la maïsiculture. Nous accueillions également tous les ans les techniciens appelés à contrôler la production des semences chez les agriculteurs multiplicateurs sous l’égide du GNIS et de l’AGPM. Nous assu- rions leur formation à partir d’un champ de référence spécia- lement prévu à cet effet et nous en profitions pour leur mont- rer nos champs et nos équipements. Notre domaine était une vitrine et nous avions à cœur de faire découvrir à tous nos visi- teurs nos travaux, nos expérimentations, nos hybrides mais aussi tout notre matériel : tracteurs, semoirs, charrues, herses, cover-crops... Nous étions bien équipés en matériel de grande culture. Nous disposions d’un matériel de pointe très perfor- mant et forcément attractif pour nos visiteurs.

Pouvez-vous nous parler des hybrides de maïs qui ont vu le jour sur le domaine ?

Le premier hybride produit sur le domaine et inscrit au Cata- logue des variétés en 1958 était l’INRA 353. Au total, le site de St-Martin-de-Hinx peut se prévaloir de l’inscription de 26 variétés, la dernière en date était Mondin en 1991. Bien sûr, c’est le laboratoire de génétique et amélioration des plantes de Montpellier qui assure la partie scientifique du travail de sélec- tion, mais nous avons tendance à nous approprier les résultats, car c’est ici sur le terrain, sur nos terres que tout cela prend forme... Une fois affirmé ce sentiment de fierté, il nous faut insister sur l’importance de la collaboration entre scientifiques et techniciens de terrain en charge des expérimentations. Sans

“Mes parents pratiquaient la polyculture et l’élevage (vaches Gasconnes...)”.

Photo :©INRA - Gilles Cattiau

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cette étroite collaboration, le laboratoire de Montpellier et le domaine de St-Martin-de-Hinx n’auraient pu produire 200 des 500 lignées de maïs distribuées aux semenciers par l’INRA. Le domaine était véritablement la vitrine de l’amélioration géné- tique du maïs et des techniques culturales mises en oeuvre pour produire cette plante. À l’origine, seules les populations de pays étaient cultivées. Le premier travail a consisté à les recenser, à les maintenir et à les étudier. Aujourd’hui, des semences de ces populations sont stockées à Montpellier où est conservé également du matériel génétique issu d’autres sites de l’INRA ayant travaillé sur le maïs. Quand je suis arrivé en 1968, la variété INRA 508 a été inscrite au Catalogue. Cet hybride performant avait cependant le défaut de s’appeler INRA. Avec une appellation Cargill ou Pioneer, il aurait connu un tout autre succès commercial... Dans ce domaine, il est vrai que les coopératives et les semenciers ne plaçaient pas dans les premières pages de leur catalogue les variétés INRA : leur objectif était de vendre en priorité leurs propres obtentions. À partir de 1991, nous avons arrêté d’inscrire des variétés car les firmes privées avaient pris de l’avance sur nous. N’oublions pas pour autant le rôle important joué par l’INRA en matière de sélection du maïs depuis les années 50. Le niveau de qualifi- cation élevé de son personnel scientifique et technique lui a permis de produire le matériel génétique de qualité dont les firmes privées avaient besoin et qu’elles ont d’ailleurs beau- coup utilisé dans la production de leurs obtentions.

Pouvez-vous nous retracer à grands traits les principaux événements (choix scientifiques,

évolutions techniques, gestion des ressources humaines...) qui ont jalonné la vie du domaine depuis 1968 ?

De 1968 à 1971, j’apprends le métier avec l’équipe Bertin qui me confie à partir de 1969 ma première mission : l’étude com- parative entre une lignée prolifique et une lignée normale, c’était le début de l’étude de la physiologie du maïs. Le but était de voir si les maïs prolifiques ne seraient pas mieux adap- tés que les maïs classiques en période de sécheresse ; cette étude a fait l’objet d’une publication en 1970. À cette époque, je deviens l’adjoint d’Antoine Panouillé car Jean Vivares s’oc- cupe principalement des chantiers du GEVES et du contrô- le des semences. Bertin chapeaute l’ensemble du dispositif dans lequel j’ai en charge ce qui concerne le “terrain”, alors qu’Antoine Panouillé s’occupe du “volet recherche”. J’inter- prète cette nouvelle responsabilité comme une marque de confiance. En 1970, Charles Bertin trouve le financement pour construire une chambre froide ; ce qui nous permet d’être plus autonomes pour gérer nos stocks de matériel végétal. C’est l’époque où nous poursuivons le recensement de toutes les populations ayant pu exister, nous les gardons pour des utili- sations immédiates ou pour mettre des gènes en réserve ; c’est aussi le moment où Sylvain Rautou, qui prospecte beaucoup, nous ramène des lignées de plusieurs pays européens. Il faut multiplier ces lignées, les étudier et la chambre froide est un outil de travail très utile. En 1971, lorsque monsieur Bertin disparaît, Antoine Panouillé devient directeur et par voie de conséquence, j’occupe pour ainsi dire le poste d’adjoint du directeur, sachant que Jean Vivarès est bien occupé avec le GEVES et ses activités de contrôle des semences. Il sera d’ail- leurs secondé par la suite, par un ancien stagiaire BTS embau-

ché (sur poste GEVES) au domaine. C’est une époque de

“vaches grasses” : les activités sur le site de St-Martin-de-Hinx sont à leur maximum avec 17 personnes en 1980. L’INRA n’était pas propriétaire du domaine lorsque je suis arrivé. Il avait un bail de 99 ans. Il fera l’acquisition du foncier en 1973.

Il y a eu également le drainage du domaine en 1984 et la mise en place d’un réseau d’irrigation en 1994. Au départ, l’INRA n’avait pas adhéré au projet de réalisation du barrage. La pla- nète ne s’était pas encore réchauffée... En maïs, on parvenait à faire 80 quintaux en sec. Dans une approche économique, il n’y avait donc pas lieu d’investir dans un réseau d’irrigation.

De ce fait, les agriculteurs de St-Martin et des communes envi- ronnantes ont eu du mal à trouver les 150 ha justifiant le pro- jet. Aujourd’hui nous nous félicitons de ce choix car l’irrigation nous a apporté la sécurité, des rendements meilleurs et les 5 ou 6 dernières années sèches que nous venons de subir confirment l’intérêt de cet investissement.

Comment ont évolué les techniques culturales sur le domaine, notamment pour le semis et la récolte du maïs ?

En 1968, nous semons manuellement. L’année suivante, nous rayonnons dans un seul sens et nous semons avec des cannes semoirs. Déjà l’amélioration est majeure. En 1990, nous fai- sons l’acquisition d’un semoir micro-parcelles, ce qui fait que nous pouvons tout aussi bien semer des parcelles de 10 plan- tes que des parcelles de 12 ou 15 mètres de long et nous semons 4 sillons à la fois. Je peux vous dire que c’est une sacrée avancée. Pour la récolte, en 1987 au lieu de récolter nos essais en épis, nous nous sommes équipés d’une récolteuse

St-Martin-de-Hinx.

Photo :©INRA - Christian Galant

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4 Cellules ou organismes présentant deux jeux homologues de chromosomes dans un même noyau.

modèle “Bourgoin” sur laquelle nous avons intégré une bas- cule, un humidimètre et un appareil de saisie, de telle sorte qu’en un seul passage nous avons toutes les données. Cela permettait d’économiser toutes les opérations suivantes : dis- tribuer les sacs au bout de chaque parcelle, récolter les épis, les transporter sur un poste fixe, récupérer les grains, faire la pesée, reprendre un échantillon que l’on doit mettre pendant 48 h à l’étuve pour mesurer l’humidité. Là encore, je peux vous dire que nous avons gagné du temps. Bien sûr la mécanisation a été optimisée mais il reste encore pas mal de travaux comme l’autofécondation, le suivi des parcelles, les notations pour les- quels il faut des ressources humaines. En 1987, Jean Vivarès part à la retraite et n’est pas remplacé ; en 1993, nous avons quatre départs à la retraite et un seul agent est remplacé. En 1998, Antoine Panouillé fait valoir ses droits à la retraite (bien méritée) et n’est pas remplacé. C’est aussi le cas d’un autre agent.Antoine Panouillé a été présent sur le domaine de 1961 à 1998. Lorsqu’il a été nommé directeur, il est venu habiter sur place pour être plus disponible. C’est un passionné de sélec- tion. Je pense avoir connu l’un des chercheurs qui a la plus grande mémoire du matériel végétal. Un grand nombre de lignées et de groupes d’aptitude à la combinaison n’ont pas de secret pour lui. Il se rappelait les formules de presque tous les hybrides étudiés.

Comment avez-vous fait face

à cette diminution de la main-d’œuvre permanente ? Nous avons d’abord réduit certains programmes. Ensuite, nous avons embauché de la main-d’œuvre occasionnelle. Nous avons aussi bénéficié de points de sujétion qui ont permis de financer les heures supplémentaires effectuées par le personnel en place. Là encore, j’insiste sur le fait que nous avons pu comp- ter sur un personnel compréhensif, sérieux et toujours disponi- ble, surtout quand il fallait “bosser dur”. Tout cela a cependant des limites et je plains mon successeur qui dès l’année prochai- ne devra faire face à de nombreux départs à la retraite.

Comment avez-vous appréhendé les nouvelles technologies comme l’informatique, la bureautique...

Si j’en reviens à ce que j’ai vécu, mes premiers calculs, je les ai faits avec une machine à calculer Olivetti, bien bruyante et dont je ne saurais plus me servir. Ensuite, avec Pierre Anglade et Jean-Claude Vible, je me souviens que pour un programme en zoologie, j’étais équipé d’une machine à calculer program- mable sur laquelle il fallait simplement rentrer les paramètres et cela a plutôt bien marché. Les outils de communication, la messagerie, le fax, nous ont totalement désenclavés. Les don- nées étaient traitées à Montpellier, à l’unité de Mauguio

“Diversité et génome des plantes cultivées”. L’informatique s’est surtout mise en place au domaine à partir de 2000, Antoine Panouillé s’en est peu servi. Il n’avait pas misé sur cette technique et je ne sais pas si les outils adaptés à nos besoins existaient. À ce moment-là, j’étais un peu comme lui, je lui ai emboîté le pas, je n’ai rien fait pour freiner mais je n’é- tais pas non plus un passionné, car je n’avais pas reçu de for- mation dans cette matière. Le GEVES nous imposait tout de même une certaine technicité informatique. Ils étaient plutôt à l’avant-garde et nous avons assez bien suivi.

Puisque vous venez d’évoquer le GEVES, pouvez-vous nous décrire les activités

du domaine engagées en partenariat avec ce groupement ? Le GEVES est un GIP (Groupement d’Intérêt Public ) qui asso- cie l’INRA, le ministère de l’Agriculture et le GNIS. Le GEVES est impliqué dans différentes missions relatives à la filière semences : inscription au Catalogue, protection juridique des obtentions, certification des semences commercialisées, forma- tion d’ingénieurs et de techniciens, gestion des ressources gé- nétiques... L’unité expérimentale de St-Martin-de-Hinx conduit des essais sur des variétés nouvelles de maïs en vue de leur inscription au Catalogue Officiel des Espèces et Variétés. Les variétés nouvelles candidates à l’homologation doivent subir avec succès deux types d’épreuves : les études DHS (Distinction, Homogénéïté, Stabilité) et les études VAT (Valeur Agronomique et Technologique). Les évaluations comprennent notamment des essais comparatifs avec les variétés existantes. Les expéri- mentations sont réalisées sur l’ensemble du territoire et les variétés de maïs à étudier sont réparties sur différents sites en fonction de leur groupe de précocité. À St-Martin-de-Hinx, nous sommes chargés des variétés semi-précoces et tardives.

Y a-t-il eu des projets de fermeture du domaine ?

Les projets de fermeture du domaine ont été envisagés à partir du milieu des années 90. Je me souviens notamment d’un CSU (Conseil Scientifique d’Utilisation) auquel j’avais assisté en 1996. La disparition du domaine était programmée pour 1998, année du départ à la retraite d’Antoine Panouillé. Le chef de département nous disait que ce que nous faisions pouvait par- faitement être supprimé. On nous invitait à ne plus faire de sélection. Malgré ces perspectives alarmistes -qu’il était difficile de faire accepter aux agents du domaine toujours très impli- qués dans les travaux qui leur avaient été demandés-, nous nous sommes accrochés et avons continué à sélectionner des lignées. Nous étions persuadés que les acteurs de la sélection du maïs continueraient d’être demandeurs de “matériel élite”

que nous produisions, aussi bien pour les besoins de la recher-

che fondamentale que pour des objectifs plus finalisés. Nous

nous préoccupions bien sûr des besoins de nos collègues géné-

ticiens de l’INRA qui devaient disposer de matériel génétique

récent pour mener à bien certains programmes de recherche

fondamentale, sachant que les grandes firmes privées sont sou-

vent des partenaires difficiles qui ne cèdent pas aisément leur

matériel génétique. Nous pensions aussi aux besoins de certai-

nes coopératives, pas forcément très riches, qui pouvaient tirer

parti de lignées que nous mettions à leur disposition en les croi-

sant, par exemple, avec du matériel américain. Aujourd’hui, il y

a une demande de matériel végétal récent et des programmes

de sélection sont relancés. Heureusement que nous n’avons pas

suivi les recommandations qui nous étaient adressées et que je

viens d’évoquer car la sélection généalogique est un travail de

longue haleine (travaux d’autofécondation, choix des testeurs,

expérimentations à conduire sur plusieurs années...). Il est vrai

que nous avons acquis un certain savoir-faire dans ce domaine

et que maintenant les choses vont plus vite : en quatre ans,

nous sommes capables de mettre au point une nouvelle lignée

grâce à la diploïdisation

4

. Agri Obtentions est à nouveau

demandeur de matériel génétique et nos responsables scienti-

(8)

5 En plus de la gamme du matériel cultivable sur notre domaine, nous avons plusieurs atouts dont ne disposent pas nos collègues de Lusignan, comme la possibilité d’irriguer ou encore la rareté des grêles. La prestation que nous sommes en mesure de leur apporter leur offre donc une garantie supplé- mentaire pour le bon déroulement des essais sur la digestibilité des maïs qu’ils conduisent avec leur troupeau expérimental.

fiques ont validé de nouveaux programmes sur la sélection du maïs. On notera à ce sujet que tous les sites, du département de Génétique et Amélioration des Plantes qui travaillent sur le maïs : Mons-en-Chaussée, Le Moulon, Clermont-Ferrand, Lusi- gnan, Montpellier, St-Martin-de-Hinx, coopèrent maintenant (dans le cadre du groupe maïs) de manière beaucoup plus étroite que par le passé où chacun faisait un peu sa “petite cui- sine” dans son coin. Notre domaine produit maintenant la tota- lité du matériel génétique nécessaire aux travaux de recherche conduits sur l’ensemble des sites.

Parlez-nous de cette coopération dans le “groupe maïs”

Je vais y revenir, mais auparavant je voudrais parler des chan- gements intervenus à la direction du domaine en 1998. Je me suis retrouvé responsable de l’unité après le départ d’Antoine Panouillé dont le poste n’avait pas été remplacé. Ayant du cœur et de la reconnaissance pour le domaine qui m’avait accueilli en 68, je voulais pérenniser l’unité. Je pouvais comp- ter sur l’adhésion de tous nos partenaires. C’est au cours de cette période que la chambre froide donne des signes de vieillesse et constitue la première difficulté que je rencontre.

Comment faire sans cet outil ? Heureusement que Pierre Chassin, président de centre, m’apporte son aide ; la Com- mission Nationale des Unités Expérimentales présidée par Jean-Pierre Blanchon trouve des crédits, Agri Obtentions en finance également une partie. En six mois, nous avons une nouvelle chambre froide, indispensable outil de base pour accomplir notre mission de conservation des ressources géné- tiques. En 1998, dans le groupe maïs, nous prenons la mesu- re des difficultés auxquelles nous sommes confrontés chacun de notre côté pour gérer nos stocks de matériel génétique. Je propose alors que la conservation des ressources génétiques soit regroupée sur notre unité, ce qui permettrait de recueillir le matériel épars et qui fait doublon sur tous les sites concer- nés. Nous élaborons alors des projets sérieux et réalisables, ce qui nous permet d’obtenir des moyens ; le thème fort de la conservation des ressources génétiques était bien perçu par notre hiérarchie. Après discussion, réflexion et accord sur les protocoles, les sites de Clermont, Lusignan, Mons et Le Mou- lon nous envoient leur matériel. Pour l’unité de St-Martin-de- Hinx, une grande réalisation est acquise. J’étais très attaché à ce projet et je me suis mobilisé pour qu’il recueille une large adhésion. Dans ce domaine, nous avons été servis par deux éléments : les conditions climatiques et les potentialités de tra- vail (ressources humaines, équipements) du domaine. Pour le climat, nous disposons de conditions idéales ; ce n’est pas pour rien que St-Martin est “la capitale du maïs”. Nous pouvons cultiver aussi bien des maïs très précoces que des maïs tardifs

; il nous est arrivé de commencer des autofécondations en juin et d’en terminer à la fin du mois d’octobre. Pour cette raison, nos collègues de Lusignan ont installé leurs pépinières à St- Martin qui leur offre une sécurité pour mener à bien tous leurs essais

5

. La chambre froide constitue un outil majeur pour la réussite de ce projet. Il y a aussi le savoir-faire des agents du domaine. En plus, les autres unités ne disposent plus de suffi- samment de main-d’œuvre. Comme il est nécessaire de réali- ser des économies dans tous les secteurs, il était plus rationnel de faire le choix du regroupement sur notre site.

N’est-ce pas dangereux de conserver des ressources génétiques sur un seul site ? Il peut y avoir des accidents Nous avons une parade avec la constitution d’un stock de sau- vegarde (30 grains par lignée) à Montpellier. En plus à St- Martin-de-Hinx, notre équipement a été très bien conçu : notre chambre froide est dotée d’un dispositif électrique de sécurité et tout cela est placé sous surveillance permanente.

Avec tous les arguments que vous avancez,

il va être difficile de fermer votre unité expérimentale ! Je suis content de vous l’entendre dire et j’espère que vous allez le répéter très fort. La conservation des ressources géné- tiques et le volet “appui à la recherche” plaident en faveur du maintien du domaine. Chaque fois qu’il y a de la sélection à faire, c’est ici que cela se passe ; Mons n’a pratiquement plus d’activité dans ce domaine, le labo de Clermont-Ferrand est complètement en sommeil et Lusignan ne fonctionne qu’avec un seul ingénieur et peu de personnel. Nous avons des techni- ciens qui sont en capacité de faire des études de lignées. Le savoir-faire qu’ils ont acquis au fil des années leur permet en outre de suivre de manière fiable des protocoles répondant à

Photos :©INRA - Christian Galant

119 Échantillons de lignées.

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une palette de demandes. Si le département de Génétique et Amélioration des Plantes de l’INRA ne doit conserver qu’une seule unité expérimentale pour le maïs, St-Martin-de-Hinx doit être celle-là. Nous devons rester optimistes, forts de la recon- naissance que nous avons de la part de Alain Charcosset et de l’ensemble des généticiens maïs de l‘INRA.

Quand on vous écoute, on a le sentiment que vous avez dû batailler ferme pour défendre vos projets et assurer l’avenir du domaine !

De 1998 à 2003, j’ai beaucoup travaillé pour redéfinir les mis- sions de notre unité expérimentale. La nouvelle architecture, toujours en place actuellement, se décline en quatre volets d’activités :

•la conservation des ressources génétiques

•les travaux d’appui à la recherche

•les actions GEVES

•les contrats avec le GNIS.

J’ai déjà exposé les arguments qui militent en faveur du regroupement sur un seul site de tous les stocks de matériel génétique concernant le maïs. Je n’insisterai pas si ce n’est pour redire ma chance et ma satisfaction d’avoir pu afficher St-Martin-de-Hinx comme le domaine INRA des ressources génétiques pour le maïs. En matière d’appui à la recherche, nos atouts pédoclimatiques et notre savoir-faire acquis au fil des années nous permettent désormais de mettre à la disposi- tion de tous les généticiens de l’INRA et éventuellement d’au- tres organismes ou firmes, qui travaillent sur le maïs -quelle que soit leur localisation géographique- un matériel génétique haut de gamme et diversifié, support indispensable à de nou- velles avancées des connaissances pour de nouveaux produits.

Les travaux conduits en partenariat avec le GEVES (DHS et VAT) ont été poursuivis. La multiplication des géniteurs et la comparaison avec le matériel génétique déposé par les obten- teurs nous permettent de vérifier leur identité en vue de l’ho- mologation de variétés nouvelles. Le GNIS est placé sous la tutelle du ministère de l’Agriculture et rassemble tous les pro- fessionnels de la filière semences. Il est en charge, pour toutes les espèces agricoles, de la certification des semences et des plants avant leur commercialisation. Pour ce faire, il supervise différentes opérations de contrôle de qualité (variétale, techno- logique, sanitaire). Les contrats passés entre le GNIS et le domaine concernent la qualité variétale (identité, pureté). De tout temps, nous avons travaillé avec le GNIS mais il s’agissait généralement d’accords verbaux. J’ai donc souhaité formaliser les choses avec la mise en place d’un protocole qui comprend des tarifs établis sur des bases claires et des engagements pré- cis de part et d’autre. Ce contrat avec le GNIS, conçu en étroi- te collaboration avec le département Génétique et Amélio- ration des Plantes nous légitime auprès de l’INRA. Nous som- mes par ailleurs assez optimistes quant à la possibilité de le reconduire durablement car nos partenaires du GNIS sont très attachés à St-Martin-de-Hinx où ils savent que les conditions sont réunies pour une mise en oeuvre optimale de leurs opé- rations de contrôle variétal. Oui, nous avons dû batailler ferme pour assurer l’avenir du domaine, mais finalement les choses ont évolué favorablement. En 2001, Pierre Chassin a été mis- sionné pour enquêter sur les unités expérimentales de l’INRA.

Il est donc venu à St-Martin avec sa commission et ils ont pu

constater que nous travaillions dur et que nos prestations étaient de grande qualité. Pierre Chassin a donc rédigé un rap- port très favorable, Alain Charcosset s’est battu bec et ongles et tous nos partenaires nous ont appuyés, en particulier Agri Obtentions, qui a adressé à la Direction générale de l’INRA un courrier très élogieux. En 2002, j’ai appris que je serais rempla- cé comme directeur du domaine après mon départ à la retrai- te. Il y eut un “ouf !”de soulagement pour toute l’équipe. En 2002, j’étais le seul agent de catégorie A sur l’unité expéri- mentale. J’aurais eu besoin d’un adjoint pour assurer les fonc- tions de chef de culture et comme je ne voyais pas de solution interne, j’ai demandé un poste d’assistant ingénieur, mais je ne l’ai pas obtenu. Tout n’a pas toujours été facile mais je tiens à rappeler que j’ai eu de la chance d’avoir un appui logistique de tous les instants de la part de l’équipe scientifique de Montpellier. Armand Boyat, Brigitte Gouesnard, Jacques Dallard m’ont beaucoup guidé et aidé.

Nous n’avons pas encore évoqué les relations de l’unité expérimentale avec les firmes privées impliquées dans la sélection du maïs

L’INRA est un organisme public qui n’a pas pour seule mission de développer des recherches visant à déboucher sur des applications à court terme. Il doit aussi investir dans des tra- vaux de recherche fondamentale pour acquérir des connais- sances qui auront des retombées à plus long terme. C’est dans cette optique que nous continuons à produire des lignées car il est indispensable que nos chercheurs puissent s’appuyer sur du “matériel élite” pour produire des lignées génératrices de nouveaux progrès génétiques. Les entreprises privées avec lesquelles nous travaillons sont des obtenteurs qui restent à l’écoute des programmes de l’INRA mais qui sont surtout demandeurs de recherches finalisées avec des objectifs à court terme. Ils sont très intéressés par le matériel génétique que nous produisons et ils peuvent y avoir accès dans le cadre de contrats avec Pro-Maïs, association qui regroupe différents établissements semenciers. Ces entreprises acceptent qu’une petite partie des crédits affectés à ces contrats finance des tra- vaux de recherche fondamentale. Il y a quelques années, lors- que la hiérarchie de l’INRA nous a demandé de nous ouvrir davantage sur l’extérieur, nous avons travaillé avec l’AGPM (Association des Producteurs de Maïs devenue par la suite Arvalis). Cet institut technique a mis en place sur notre domai- ne des essais sur des produits phytosanitaires (fongicides, her- bicides). Il s’agissait de tester des produits à homologuer. La collaboration s’est ensuite poursuivie avec des collègues de l’INRA de Bordeaux dans le cadre du programme Aquitaine sur des mycotoxines.

Parlez-nous maintenant de votre expérience de directeur d’unité...

J’avais 56 ans quand j’ai été parachuté directeur d’unité.

Auparavant, je m’étais formé comme chef de culture auprès

d’Antoine Panouillé. Je n’avais pas le choix, j’ai dû accepter ces

nouvelles fonctions mais je ne pouvais plus avoir les mêmes

rapports avec les agents que lorsque je travaillais dans l’équi-

pe. Cela ne s’est pas toujours bien passé. J’ai mon tempéra-

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ment, mon franc-parler et je ne supporte pas les injustices. Et puis, j’ai eu des problèmes familiaux avec la maladie de mon épouse décédée le 12 mai 2003, peu avant mon départ de l’INRA. J’ai donc connu des moments de déprime qui ont pesé sur mes rapports avec les agents du domaine. J’ai commis des maladresses mais j’ai recherché l’apaisement que je n’ai pas toujours trouvé.

Avez-vous eu recours à la Formation permanente pour vous aider dans la gestion du domaine ?

J’y reviendrai ultérieurement mais je voudrais d’abord évoquer les nouvelles modalités de fonctionnement que j’ai essayé de mettre en place : j’ai voulu innover, j’ai rendu compte, j’ai fait des réunions de service, j’ai souhaité la participation de tous, communiquer davantage et informer sur tout ; or les person- nes de l’unité ne l’avaient jamais vécu, et ces changements n’ont pas eu les effets bénéfiques que j’en attendais.

Comment peut-on expliquer cela ?

Pour moi, on ne devient pas directeur d’unité du jour au lende- main, c’est un métier. Le management ne s’improvise pas. Je me souviens, par exemple, de l’achat d’un tracteur pour lequel j’a- vais organisé une consultation. Cette dernière n’a pas débou- ché sur une proposition unanime, certains avaient un avis et d’autres émettaient un point de vue différent. Face à une telle situation, il a fallu bien sûr trancher et certaines personnes n’ont pas compris le choix qui a été fait. Par la suite, j’ai regretté de ne pas avoir pris suffisamment de temps pour expliquer ma décision. Je regrette aussi nos modes d’échanges basés sur le vouvoiement. Maintenant, le directeur d’unité Jacques Laborde et les agents se tutoient. Cela facilite la communication et n’ex- clut pas le respect. J’aurais dû changer les choses dans ce domaine. Je n’ai pas toujours été à l’écoute des agents et j’ai souvent souffert des changements intervenus en raison de ma fonction de directeur. Maintenant, tout cela appartient au passé et je reviens avec plaisir à tous les repas festifs organisés au domaine. Et puis, j’ai éprouvé une telle joie lorsque j’ai appris que j’avais un successeur à la direction de l’unité expérimenta- le. Mon objectif de maintien du domaine et donc de l’activité professionnelle de ses agents était atteint. J’ai alors accepté de retarder mon départ de l’INRA de 6 mois pour passer le relais à Jacques Laborde dans de bonnes conditions. C’est à ce moment-là que je suis devenu ingénieur d’études.

Comment avez-vous géré les questions relatives au déroulement de carrière des agents du domaine ? Dans notre unité expérimentale, les agents devaient être poly- valents, on leur demandait de savoir maîtriser toute une palet- te de tâches pour répondre à la diversité des activités et des programmes développés sur le site. De plus, certains de ces tra- vaux, compte tenu de leur caractère répétitif, nécessitaient beaucoup de concentration et de rigueur. Le Président de cen- tre comprenait bien les spécificités de notre unité et, dans les commissions paritaires, je n’ai pas eu de mal à défendre les dossiers des agents dont je souhaitais la promotion. Il s’agis- sait toujours d’agents qui cumulaient les critères de qualité

professionnelle et d’ancienneté. Au centre de Bordeaux, chaque fois que j’ai mis un agent en avant, j’ai été entendu et j’ai la conscience tranquille car ceux qui méritaient d’avancer ont été promus. Je considère que j’ai accompli ma mission. J’ai seulement des regrets pour le dernier agent recruté sur notre site. Il a connu plusieurs échecs aux concours internes. Il sait très bien que nous reconnaissons sa valeur et que nous le sou- tenons mais les rapports très positifs, que nous avons rédigés chaque fois qu’il a présenté un dossier, n’ont pas encore débouché sur une promotion.

Revenons à la Formation permanente.

Selon vous, est-ce un outil indispensable pour les agents de l’unité expérimentale ?

À mon sens, c’est très important et il faut sensibiliser les agents nouvellement recrutés pour qu’ils y recourent dès les premiè- res années de leur carrière. Sur un domaine expérimental, la Formation permanente est indispensable pour l’utilisation des phytosanitaires. Il est également nécessaire de consacrer du temps à la formation lorsque nous faisons l’acquisition de matériels nouveaux. On sait que les besoins existent mais nous ne trouvons pas toujours des offres adaptées à nos demandes.

Vous-même, avez-vous suivi des formations ?

Non, comme je l’ai dit, j’étais un peu casanier, je ne me dépla- çais pas beaucoup.

La mise en place du statut de fonctionnaire pour les personnels techniques de l’INRA en 1984 a-t-elle modifié les profils de recrutement sur votre unité expérimentale ?

J’ai participé à un seul concours et il est vrai que nous avons sélectionné un candidat de la région. Je garde de ce concours un mauvais souvenir dans la mesure où le plus dur a été de dire aux candidats malheureux que nous ne pouvions pas tous les recruter. Le jury m’a laissé une certaine liberté et j’ai choisi une personne que je connaissais un peu. Nous avons plutôt sélectionné quelqu’un qui connaisse bien les plantes et soit capable de s’adapter à l’équipe. Pour des besoins ciblés comme les nôtres, nous ne nous sommes jamais trompés sur les recrutements. Nous avons trouvé des personnes d’excellen- te valeur technique et qui ont fait preuve d’une grande fidéli- té au domaine. Personnellement, je pense qu’il faut privilégier le recrutement de personnes du coin dans un domaine comme le nôtre, car il risque d’être très difficile d’y conserver durable- ment des agents originaires d’autres régions.

Comment avez-vous vécu votre rattachement administratif au centre de recherches de Bordeaux ? Je me demande pourquoi avoir attendu 1984 pour en arriver à cette décision. Le rattachement au centre de recherches de Montpellier était un non-sens : Bordeaux n’est qu’à 1h30 d’ici.

Sur le plan scientifique, il n’y avait aucune justification particu-

lière à développer des recherches sur le maïs à Montpellier plu-

tôt qu’à Bordeaux mais le fait que Luc Alabouvette était origi-

naire du Languedoc explique sans doute ce choix.

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Avez-vous gardé une nostalgie de l’exploitation familiale dans le Gers ?

Quand je vois les galères de mes frères, leur usure au travail, je considère que j’ai eu plus de chance qu’eux et que je me suis

“éclaté” dans mon boulot. Je n’ai rien regretté, ni la terre de mes parents, ni l’emploi au Crédit Agricole, non je ne regrette rien du choix professionnel que j’ai fait. J’ai eu des difficultés, c’est vrai, je n’étais pas fait pour être un bon directeur d’unité mais j’ai été tellement heureux de pouvoir pérenniser cette unité expérimentale et je souhaite la même chose à mon suc- cesseur.

Lors de votre départ à la retraite, restait-il des projets que vous auriez souhaité mettre en œuvre comme l’agrandissement du domaine ou certaines innovations ? Non, les 40 ha sont suffisants ; maintenant que le domaine est drainé, irrigué et dispose d’équipements performants, tout est optimisé. Ce qui me semble le plus important à St-Martin-de- Hinx, c’est la question des ressources humaines et il ne faudrait pas tomber en dessous de 10 agents permanents. Toutes nos activités s’apparentent à des opérations commando : pour le semis du maïs au mois de mai, nous ne pouvons ni avancer, ni reporter les dates, ce qui nous oblige à mobiliser sur des pério- des relativement courtes une main-d’œuvre disponible et effi- cace (le recours à la main-d’œuvre occasionnelle n’est pas évi- dent pour ce type d’activité). Il faut travailler en continu et avec rigueur au service de la science, il ne s’agit pas de faire n’im- porte quoi.

Si certains départs n’étaient pas

remplacés faudrait-il revoir certaines activités ?

Peut-être mais je pense que c’est risqué : abandonner une acti- vité, c’est “le début de la fin”... Mon seul objectif a été de

pérenniser le domaine et je me suis plutôt efforcé d’accroître et de diversifier ses activités. J’espère que l’INRA et le maïs y trouveront leur compte.

Quel regard portez-vous sur l’INRA d’aujourd’hui ?

Heureusement que l’INRA existe. Quand on voit, par exemple les questions environnementales, il y a beaucoup à faire. Pour revenir au maïs, dans l’avenir, l’objectif ne serait pas forcément de créer de nouvelles lignées mais on pourrait sélectionner des lignées plus riches en matière azotée et moins exigeantes en intrants, ce qui reviendrait à privilégier la qualité par rapport aux rendements.

L’INRA s’oriente aussi vers des recherches

sur la chimie verte, les biocarburants, les agri-matériaux.

Les généticiens intègrent-ils ces paramètres dans leurs travaux ?

Il faut arriver à mettre au point des maïs résistants à la sèche- resse et moins demandeurs d’azote. Pour les biocarburants, il est nécessaire de poursuivre les études car aujourd’hui, il faut beaucoup de maïs pour produire un litre de carburant. Si l’on parle maintenant des quelques OGM connus pour le maïs, le Bt (Bacillus thuringiensis) constitue une avancée. Il ne faut pas faire n’importe quoi bien entendu mais on ne peut aller con- tre le progrès.

Certaines des personnes que vous avez côtoyées à l’INRA ont-elles représenté des modèles pour vous ? Toutes les personnes que j’ai citées ont été des collègues qui m’ont en quelque sorte servi de modèle. Tous ont reconnu les mérites de l’unité expérimentale, tous ont œuvré pour que St-Martin-de-Hinx continue. Nous n’avons pas parlé des colla- borations durant une vingtaine d’années avec Pierre Anglade et Jean-Claude Vible autour de leurs travaux sur la pyrale.

Pierre Anglade aimait bien St-Martin-de-Hinx et les agents du domaine avaient plaisir à participer à ses recherches. Je vou- drais avoir une pensée pour des collègues que je n’ai pas évo- qués mais qui restent des amis : Yves Montaland, Dominique Rabier, Cyril Bauland, Jacques Bordes, Annie Lapierre, Pierre- Henri Auriel, Yves Barrière, Jacques Berthet, Dominique Denoue, Xavier Charrier, Paul Bataillon, Christian Magineau, Pierre Mangin, Bernard Fabre, Philippe Carré, Louis Forêt, Jean- Pierre Jaubertie, Joël Guiard, Daniel Guerin, Bernard Aizac ainsi que les directeurs d’unités expérimentales et d’unités de recherche du centre de Bordeaux. Que ceux que j’ai pu oublier veuillent bien me pardonner.

Aujourd’hui je vis une paisible retraite, pleine de bons souve- nirs.

Vous êtes-vous investi dans des activités Adas ?

J’étais et je suis toujours adassien, mais à St-Martin-de-Hinx nous n’avons jamais eu une section ADAS très dynamique. Les agents avaient leurs activités à l’extérieur de l’INRA et nous n’avons pas fait grand-chose en dehors du repas de Noël et de la gestion des subventions allouées par l’ADAS.

Imaïs maïs hybride amélio- ration des plantes unité expéri- mentale sélection variétale progrès génétique conservation des ressour- ces génétiquessemencier contrôle variétal homologation des semences

management formation permanente

ICharles Bertin Jean DumailSylvain Rautou Pierre Anglade Alain Char- cosset Antoine Panouillé

IGNIS GEVES AGPM

ITEMS

St-Martin-de-Hinx.

Photo :©INRA - Christian Galant

Références

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