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« Nul n’est prophète… »

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Texte intégral

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1000 m/s n° 8-9, vol. 14, août-septembre 98

COURRIER

médecine/sciences 1998 ; 14 : 1000

Suite à la brève publiée dans m/s (mai 1998, n° 5, p. 672), intitulée « Surdités non syndromiques : le grand bond en avant », il nous est apparu nécessaire de compléter, voire de vérifier certaines informa-tions.

L’auteur s’interroge sur « la fré-quence de la mutation préférentielle (qui) doit être recherchée dans diffé-rents pays et par différentes approches », et d’ajouter « des études analogues sont attendues en France » ; or ces données existent. Notre laboratoire a été le premier à mettre en évidence, dès 1997, l’impli-cation prépondérante de l’atteinte du gène de la connexine 26 parmi les surdités héréditaires isolées prélin-guales (apparaissant avant l’âge de l’acquisition du langage), et à mon-trer l’existence d’une mutation très fréquente (30delG, dénommée 35delG par d’autres auteurs) [1]. La plupart des atteintes prélinguales iso-lées (non syndromiques) de l’audi-tion sont transmises sur le mode autosomique récessif. Au terme d’une étude portant sur des familles malentendantes de plusieurs pays, dont la France, nous avons établi que les mutations du gène de la connexine 26 sont à l’origine de la moitié des surdités prélinguales iso-lées autosomiques récessives, et que la mutation 30delG rend compte de 80 % de ces mutations.

L’implication du gène de la connexine 26 dans les surdités de transmission autosomique domi-nante a également été mise en évi-dence dans notre laboratoire [2]. La mutation décrite comme responsable

de surdité autosomique dominante dans l’article auquel la brève fait réfé-rence [3], n’était autre qu’un poly-morphisme asymptomatique retrouvé depuis chez plusieurs personnes entendantes [3, 4].

Enfin, l’interrogation sur « un conseil génétique (qui) sera(it) un jour pos-sible » en matière de surdité, appelle un commentaire. Depuis longtemps, les généticiens clinicicus tentent d’apporter un conseil génétique aux familles concernées ; de surcroît, depuis trois ans, une consultation de génétique spécialisée s’adressant exclusivement aux personnes sourdes et à leur famille existe à Paris. Il y a peu encore, le conseil génétique por-tant sur les surdités était particulière-ment difficile [5]. En effet, certaines atteintes auditives isolées de l’enfant sont dues à des infections pré- ou périnatales qui passent inaperçues. Face à la demande de parents enten-dants qui ont un enfant sourd et sou-haitent connaître le risque de récur-rence de l’atteinte auditive pour les enfants à venir, le généticien était donc très démuni. Le plus souvent, la mise en évidence de mutations dans l’un des « gènes responsables de sur-dité » aurait seule pu apporter une réponse. Or, plusieurs dizaines de gènes sont responsables de surdité et la plupart n’ont pas encore été iden-tifiés. Aujourd’hui, la prévalence inattendue de l’atteinte du gène de la connexine 26 et la « relative simpli-cité » de la recherche des mutations dans ce gène (il ne comporte que deux exons) bouleversent l’approche du diagnostic étiologique des surdi-tés isolées et du conseil génétique.

C’est pourquoi, dès l’obtention des résultats sus-mentionnés :

– un travail d’information des per-sonnes concernées, par le biais de leurs associations, a été réalisé, et, – l’avis du Comité national d’Éthique sur une éventuelle demande de diag-nostic anténatal que pourraient susci-ter ces nouvelles possibilités diagnos-tiques a été sollicité.

Par ailleurs, une étude en cours a pour objectif d’apprécier les condi-tions dans lesquelles un tel diagnostic moléculaire pourrait être proposé aux familles, afin de mettre en œuvre

une pratique médicale adaptée ■

1. Denoyelle F, et al. Hum Mol Genet 1997 ; 6 : 2173-7. 2. Denoyelle F, et al. Nature 1998 ; 393 : 319-20. 3. Kelsell DP, et al. Nature 1997 ; 387 : 80-3. 4. Scott DA, et al. Nature 1998 ; 391 : 32. 5. Martin S, et al. Otol Chir Cervicofac 1998 ; 115 : 3-8.

« Nul n’est prophète… »

Christine Petit1

Sandrine Marlin1

Françoise Denoyelle1, 2

1Unité de génétique des déficits sensoriels, Cnrs Ura 1968, Institut Pasteur, 25, rue du Docteur-Roux, 75724 Paris Cedex 15, France.

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