FACULTÉ DE
MÉDECINE
ET DEPHARMACIE DE BORDEAUX
AUSTINTÉE 1896-97" No 72
TRAITE M ENT
THÈSE POUR LE DOCTORAT EN MEDECINE
présentée et soutenuepubliquement
le 17 Mars 1897
PAR
Joseph-Jean-Marie-Louis GOURDON
Ex-Interne provisoire des Hôpitaux
NéàBordeaux,le21février1868.
MM. PIÉCHAUD, professeur... Président.
DEMONS, professeur..
VILLAR, agrégé ^ Juges.
BRAQUEHAYE, agrégé
Le Candidatrépondra auxquestions qui lui serontfaites sur les diverses
parties de l'Enseignementmédical.
BORDEAUX
IMPRIMERIE Y. CADORET
17 — RUE MONTMÉJAN 17 1897
FACULTE DE MEDECINE ET DE PHARMACIE DE BORDEAUX
M. PITRES.
PROFESSEURS :
Doyen.
MM. MICE.
AZAM Professeurs honoraires.
Clinique interne.
Cliniqueexterne Pathologie intrine. .. .
Pathologieetthérapeu¬
tiquegénérales Thérapeutique . Médecineopératoire.. .
Clinique d'accouchements
Anatomiepathologique
Anatomie
Anatomie générale et histologie
MM.
PICOT.
PITRES.
DEMONS.
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Histoire naturelle Pharmacie Matière médicale Médecineexpérimentale.. Clinique ophtalmologique..
Clinique des maladies chirurgicales Clinique gynécologique. ..
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FIGUIER.
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AGREGES EN EXERCICE :
section de médecine (Pathologie interneet Médecine légale).
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Le DANTEC.
section de chirurgie et accouchements
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section des sciences anatomiques et physiologiques
j MM. PRINCETEAU. I Hhysiologie MM. PACHON.
•••
( CANNIEU. I Histoire naturelle BEILLE.
section des sciences physiques
Physique MM. SIGALAS. I Pharmacie M. BARTHE.
ChimieetToxicologie.. DEN1GÈS. |
COURS COMPLÉMENTAIRES :
Clinique internedes enfants MM. MOUSSOUS.
Clinique desmaladies cutanéesetsyphilitiques DUBREUILH.
Clinique desmaladies des voies urinaires POO'SSON.
Maladiesdu larynx, desoreilles etdu nez MOURE.
Maladies mentales REGIS. ,
Pathologie externe DENUCE.
Accouchements RIVIERE.
Chimie DENIGES.
Le Secrétaire de la Faculté: LEMAIRE.
Pardélibération du 5 août 18"9, laFacultéaarrêtéqueles opinionsémisesdans les Thèses qui ui sont présentées doiventêtre considéréescomme propres à leurs auteurs, et qu'elle n'entend
eurdonner ni approbationni improbation.
A LA MÉMOIRE DE MON
PÉRI
A MA MÈRE
A MA SOEUR
A MES
FRÈRES
À Monsieur le Docteur Emile BITOï
Médecin des Hôpitaux
A Monsieur le Docteur R. LEFOUR
Professeur agrégé à la Faculté de Médecinede Bordeaux
Chirurgien en chefde la Maternité.
Témoignagede vivegratitudeetde respectueusesympathie.
.1 mon Président de Thèse
Monsieur le Docteur T.
PIÉCHAUD
Professeurdecliniquechirurgicaleinfantile,
Officierdel'Instructionpublique,
ChirurgiendesHôpitaux.
Jesuisheureux, mon cherMaître, de vous adresser mes sincères remercîmenls pour le
bienveillant intérêtquevousm'aveztémoigné
durant le cours de mesétudes. Vous m'avez
faitencorel'honneur d'accepterlaprésidence
de celtethèse, soyezassuréquecetteattention
m'estparticulièrement sensible et daignez
croireàmonx*espectueux attachement.
BEC-DE-LIEVRE COMPLIQUE
INTRODUCTION
Enprenant comme
sujet de notre thèse l'étude du traitement
du bcc-de-lièvre compliqué, nous
n'avons
pasl'intention de
refaire l'historique de tousles moyens
imaginés jusqu'à
cejour
pour remédier à cette
difformité. Des nombreux ouvrages ont
paru sur cette
question et il serait superflu d'y revenir.
Notre but a été simplement de
rappeler quels sont les
pro¬cédés anciens qui ont survécu
dans la pratique actuelle, et de
rendre compte, plus
spécialement, des modifications qui
yont
été apportées par
les chirurgiens contemporains.
L'opérationdu
bec-de-lièvre complexe double
avecsaillie de
l'osincisif étant une des plus difficiles dela
chirurgie infantile
et aussi une de celles que l'on pratique
le plus rarement,
nousavons pensé
faire
œuvreutile
enexposant les diverses métho¬
des préconisées par
les maîtres les plus autorisés.
Pour arriver àce résultat, nous avons non seulementconsulté
les ouvrages les plus récents,
mais
nous nous sommes encore adressé, directement, à uncertain nombre de chirurgiens spé¬
cialistes. Plusieurs, et c'est la majorité, ayant eu peu de cas à
— 14 —
traiter, n'ontpu nous donner de renseignements; nous passons
en revue, dans le cours de ce travail, lesprocédés de ceux qui, plus favorisés, ont eu à opérer plusieurs « gueules de loup », et
ont pu se faire une opinion sur leur mode de traitement.
On nous saura gré d'insister tout particulièrement sur les
détails de la méthode opératoire actuelle de M. le professeur Piéchaud, étant donné les excellents résultats obtenus, notam¬
ment dans les deux derniers cas traités à sa clinique de l'Hôpi¬
tal des Enfants, cas dont les observations sont consignées à la
fin de cetravail.
L'opération du bec-de-lièvre complexe avec saillie de l'os incisifcomprend trois temps principaux :
1° Intervention sur l'os incisif;
2° Réparation de la lèvre supérieure; 3° Restauration des narines.
Telle sera la division naturelle de cette étude, la quatrième partie étant réservée aux observations.
Mais, avant d'entrer en matière, nous tenons à dire à M. le
professeur Roursier combien nous est agréable le souvenir des quelques mois passés dans son service; nous n'oublierons jamais sa bonté et ses conseils éclairés.
Que M. le professeur agrégé Denucé reçoive aussinos remer¬
ciements pour l'intérêt qu'ilnous atémoigné et la façon amicale dont il nous a toujours traité.
Enfin, nous adressons nos remerciements aux Maîtres qui
nous ont aidé dans nos études, MM. les professeurs Démons, Picot, Vergely; MM. les professeurs agrégés Rinaud et Rondot.
Nous sommes fier d'être compté aunombre de leurs élèves.
CHAPITRE PREMIER
INTERVENTION SURL'0S INCISIF
Tous les procédés anciennement
imaginés
pourremédier à la
saillie de l'os intermaxillaire peuvent être réduits à quatre principaux :
a) Procédé de l'extirpation complète
(Franco)
;b) Procédé de la compression
lente
au moyend'appareils
(Desault) ;
c) Gensoul remplaça la compression lente par
le refoulement
forcé, qu'il pratiquait en saisissant le
tubercule
avec uneforte
pince et enle portant violemment enarrière
et enbas
;d) Enfin, Rlandin, pour faciliter
le refoulement, taillait
une pièce triangulaire dans le vomer au moyende deux incisions
faites à l'aide de longs et forts ciseaux. Mirault, en 1868, mo¬
difia cette dernière méthode opératoire en établissant deux temps dans la section de la cloison vomérienne : le
premier
consacré àl'incision et à l'isolement de la muqueuse pituitaire
et du périoste sous-jacent, et le second à la division de l'os pro¬
prement dit.
Il n'est aucun procédé opératoire employé aujourd'hui, qui
ne s'inspire d'une de ces méthodes, aussi est-ce pour bien mon¬
trer ces rapports quenous avons divisé ce premier chapitre en
quatre parties.
I. Extirpation complète. — Des critiques nombreuses ont été
adressées à ce procédé, non seulement à cause du mauvais
résultat fonctionnel, mais encore, et peut-être surtout, à cause du résultat peu esthétique qu'entraîne la disparition de l'os
incisif»
— 16 —
« La suppression radicale de la difformité osseuse, dit le pro¬
fesseur Piéchaud, amène lerapprochement des deux maxillaires supérieurs, la saillie exagérée du nez, l'ouverture trop large
des narines et enfin un prognathisme détestable de la mâchoire
inférieure ».
Toutefois, certains auteurs préconisent encore actuellement
la méthode de Franco : soit pour tous les cas de « gueule-de- loup », soit seulement dans certains cas particuliers.
— Le professeur Gross (de Nancy), à la suite de Bûeckel (de Strasbourg), n'a jamais été très satisfait de la conservation du
lobule inter-osseux. Dans les cas où il a essayé de l'utiliser en le refoulant et enle suturant, ou même en faisant la résection
cunéiforme de la cloison, cet os est toujours resté difficilement
à sa place, il est redevenu saillant, constituant ainsi unobstacle
sérieux àla bonne réunion des lèvres.
Duplay est aussi, d'une façon générale, peu partisan d'utiliser
l'os incisif. Pour lui, dans la majorité des cas, cet os estplus gênant qu'utile;aussi n'est-ce quedans des circonstances excep¬
tionnelles, alors qu'il n'est pas inséré trop près de la pointe du
nez et pas trop oblique d'arrière en avant, qu'il le conserve en le refoulant par une excision en V du vomer.
Pour Tillaux, le procédé Franco ne doit être admis que dans
les cas où le tubercule est trop saillant; alors il dissèque la
peau qui le recouvre, et résèque l'os par un coup de pince de
Liston.
Enfin, Hoffa, tout en reconnaissant que le résultat opératoire
n'est pas brillant, emploie lamême méthode chez lespersonnes
âgées quand « le morceau médian » ne peut s'ajuster avecles latéraux; dans ce cas, en effet, dit-il, le morceau médian n'a
aucune valeur au point de vue fonctionnel, puisqu'il n'est pas
en relation avecle reste du maxillaire supérieur et que, d'autre part,les dents,par leur obliquité, deviennentune cause de gêne
pour le fonctionnement de la mâchoire.
— En dehors des auteursprécités,tousles chirurgiens contem¬
porains sontpartisans de la conservation de l'os intermaxillaire.
Quel que soit l'état dans lequel cet os se soit présenté, au cours
— 17 —
de leurs observations, hypertrophié ou non, peu ou très adhé¬
rent àla cloison,plus ou moins projeté en avant,ilsonttoujours
cherché à l'utiliser.
Il est, du reste, bien établi aujourd'hui que cet os, même
branlantet peu développé,remplit unefonction essentiellement active, une fonction « cosmétique », comme dit J. Wolff, par sa seule présence dans l'espace ou même devant l'espace inter¬
maxillaire. 11 résulte des controverses de Partsch, Gotthelf, Braun, Eigcnbrodt et Wolff que la présence de l'interosseux,
conservé leplus intact possible, contribue au développement de
la partie antérieure de la face et du maxillaire supérieur. Onne
peut pas espérer obtenir, il est vrai, un étatde ces parties aussi parfait que dans la normale, puisqu'il y a eu arrêt de dévelop¬
pement à un momentdonné; maison sait, d'après des observa¬
tions trèssérieuses, qu'elles sontbien moinsatrophiéesqu'après
l'enlèvementtotal de l'incisif; dans certainscas de Partsch, on a même vu le maxillaire supérieur arriver à peu près au même
diamètre que l'inférieur, les molaires des deux mâchoires se trouvant presque superposées.
Aussi, cette idée de conservation de l'os intermaxillaire étant généralementbien établie, les opinions ne divergent que sur le procédé le plus favorable à employer pour l'utilisation de cet
os. Bien que la majorité des praticiens emploie aujourd'hui la
résection sous-périostée de la cloison, nous voyons encore des
maîtres distingués préconiser la méthode de compression lente
ou de réduction forcée.
II. Compression lente. — Desault et plus tard quelques chi¬
rurgiens tels que Stromeyer et Thiersch employaient des ban¬
dages élastiques compressifs passantsurle tubercule pourvenir
se terminer, en arrière, sur l'occiput par des chefs diversement agencés; on maintenaitces bandages un certain temps, en les
serrant progressivement.
Il faut reconnaître que cette méthode a été vite délaissée car,
outrela difficulté de fairesupporterunbandagegênantà dejeu¬
nes malades, et celapendant un temps assez long, la compres-
Gouhdon 2
— 18 -
sion lente ne peut amener une rectification
durable dans la
position de l'os incisif.AussiG. Simon, adoptantle principe de la
compression lente,
avait supprimé le bandage compressif qu'il
remplaçait
par un pont de peauprise surlesjoues mêmesdu patient, etqu'il
sutu¬rait en avant du tubercule osseux.
— Aujourd'hui, JuliusWolff (de Berlin) aimaginé unprocédé
tenant à la fois du Desault et du Simon, avec cet avantage sur
ce dernier qu'il ne « mutile » paslepatient.
L'intervention se fait en deux temps, espacés de quelques jours; le premier temps comprend la suture d'un
des
côtésde
la fissure labiale avec la partie du lobule médian qui y corres¬
pond; le second comprend la même opération
pratiquée de
l'autre côté. C'est donc en reconstituant la lèvre avec lenteur, que J. Wolffamène la régression du tubercule
incisif.
Voici, du reste,ledétailopératoire duprocédé. Admettons que
la première intervention soit pratiquée du côté
gauche
:il faut
détacher le bord vertical de lalèvre immédiatement au-dessus
delaligne dedémarcation, de la peau et la muqueuse,le
bistouri
étant placé,en haut, à angle droit avec
la
peaude la lèvre
et,en bas, obliquement d'avant en arrière. La longueurde l'incision
de cebord latéral devracorrespondreàla somme des longueurs
des trois lignes suivantes : (Planche I, fig. 1) : 1° la
ligne
a b,hauteur de la peau de la lèvre normale; 2°la
ligne
b c,suivant
laquelle on devra suturer horizontalement lebord détaché du
lobule médian; 3° la ligne c d, longue de quelques millimètres,
et suivant laquelle on opérera commodément,
la détorsion de
la muqueuse de la lèvre détachée du bord
latéral de la fissure.
Sur le côté correspondant du lobule médian,
la longueur de
l'incision de détachement ne correspond qu'à la somme de la lignea1 b1 (hauteur de la peaude la lèvre
normale)
etde la ligne
b e, longue de quelques millimètres et qui sert au
rapproche¬
ment commode des bords. A cause du peu de longueur du lobule, cette incision ne peut être obtenue suivant une ligne simplement verticale ou obliquement
dirigée
enbas
;elle
se rapproche davantage à son début du côtégauche du lobule,
tandis qu'elle passe plus bas, en forme d'arc, vers
le
côtédroit.
En même temps, cette incision doit, comme le bord dela mu¬
queuse du lobule est très étroit, passer plusieurs millimètres
au-dessus de la ligne de démarcation de la peau et de la mu¬
queuse pour acquérir la largeur voulue du lambeau de chair à
enlever.
Après avoir rabattu les deux lambeaux latéraux, on enlève
les parties proéminentes, ici très courtes, fa, /W (fig. 2); puis
la partie gauche de l'aile du nez estdétachée de l'os d'une façon
suffisante pour que le bord latéral gauche de la fissure puisse
être rapproché du lobule médian.
Enfin, on suture en zig-zag, et seulement, lapeau des deux
côtés de la fissure [a b et bl) de même que celle des lambeaux
détachés (c f, c1f*) enles rabattant l'unsur l'autreversle basen ligne verticale. En même temps, on rapproche horizontalement
la partie bl c1 du bord détaché du lobule médian, à la partie b c de lafissure labiale, ainsi que le montrela figure 3.
Après la guérison de cette plaie opératoire, l'os intermaxil¬
laire se place peu à peu obliquement. Son côté gauche se tour¬
neratoujours de plus en plus vers l'arrière par l'action de la
lèvre dès lors refaite; tandis que le côté droit demeure dans sa position d'origine, fortement proéminent.
Il faudra, maintenant, attendre 6 ou 7semaines avantdepra¬
tiquer l'opération de la fissure droite que l'on conduira comme
précédemment. Il est bon d'ajouter qu'une intervention ulté¬
rieure esttoujours nécessaire pour refaire la ligne de démarca¬
tion médiane de la lèvre.
Quand la guérison estsurvenue du côté droit, après quelques semaines, l'os intermaxillaire qui était dirigé de ce côté, perd la
courbure qu'il avait prise après la première opération ettend à
se placer devant l'espace intermaxillaire.
J. Wolff ajoute que cet os « conserve alors ses dimensions,
» qu'il s'accroît même, et qu'il présente une assezgrande résis-
» tance. En outre, il se produitpeu à peu, aprèsque l'os inter-
» maxillaire et la partie du lobule de la lèvre supérieure se
» sont remis à leur niveau exact, unenouvelle cloison cutanée
— 20 —
» du nez et une belle forme de pointe de nez, vue de profil ».
J. Wolff émet l'hypothèse que des expériences futures pour¬
rontpeut-être démontrer qu'on
pourrait, la réunion des lèvres
étant réussie, repousser, par quelque moyen
orthopédique,
le tubercule entre les parties latérales des apophyses alvéo¬
laires.
III. Refoulement forcé. —Si l'on apu reprocherà
la méthode
par compression dene pas agirassez efficacementsur
l'os inter¬
maxillaire, c'est la critique opposée que l'on a dû adresser au refoulement forcé. On connaît, du reste, les accidents graves
signalés à la suite d'interventions de ce genre et les livres clas¬
siques reproduisent des statistiques assez nombreuses
de
frac¬tures propagées à la base du crâne par l'ethmoïde, et
d'hémor¬
ragies mortelles consécutives à celte intervention.
Aussi on ne s'étonnera donc pas que, denosjours, les spécia¬
listes n'accordentplus de confianceà unprocédé très dangereux, puisqu'on n'est pas maître de limiter les dégâts qu'il
engendre,
car on agit« avecfracas » suivant l'expression d'un critique.
Nous n'avons, du reste, trouvé dans nos recherches qu'un
auteur,leprofesseurTillaux, quiconseilleencore,de préférence,
le refoulement en produisant une certaine effraction; dans cer¬
tains cas, ilaaidé le refoulement par un coup depince de Liston dirigé sur la cloison. Il ajoute, il est vrai, qu'après ce premier temps opératoire, on ne peut procéder immédiatement à la
suture des lèvres et, qu'étant donné l'affaiblissement du sujet,
il vaut mieux attendre 8 ou 15jours.
Dans des cas très déterminés, chez des sujets jeunes, alors
quele tubercule incisif est moyennementprolabé, assez mobile,
à peine maintenu par une cloison rudimentaire incomplète et plutôt fibreuse qu'osseuse, Phocas etBroca emploient, avec suc¬
cès, le refoulement, mais en le pratiquant avec beaucoup de
douceur et deprudence et par petits chocs successifs. Ils com¬
mencent par débrider les lèvres, puis, se servant du pouce
comme d'un marteau, et par petitscoupsrépétés, ils produisent
des pressions multiples assez fortes pour amener une série de
- 21 —
fracturessous-périostéesqui
rendent l'os,
ouplutôt le cartilage,
plus flexible et
permettent à l'opérateur de lui donner la forme
voulue. L'os peut parfois
avoir
unecertaine tendance à revenir
en avant ; mais laréunion des parties molles, faite
immédiate¬
ment, le maintient facilement en
place.
IV. Résection delacloison. —C'est véritablement la méthode
de Blandin que la
majorité des chirurgiens désigne
commeétant le véritable procédé de choix. Cet auteur
pratiquait
surla
cloison nasale, en arrière desos incisifs, deux incisions,
l'une
antérieure verticale, l'autre postérieure oblique
de bas
enhaut
et d'arrière en avant, il détachait ainsiunfragmenttriangulaire permettant de
loger
à cetteplace le tubercule
osseuxdevenu
mobile. L'opération ainsi pratiquée
exposait le sujet, parla
sec¬tion de l'artèrenaso-palatine située dans lamuqueuse
pituitaire,
à des hémorrhagies graves, souvent mortelles.
Aussi Mirault
proposa de relever,
ainsi
que nousl'avons signalé, la
muqueuseet le périoste afin d'éviter la
section de l'artère et pratiqua
avecsuccès la résection sous-périostée de la cloison.
C'est identiquement le procédé de
Mirault qu'on pratique
encore aujourd'hui d'une façon générale
(1); seuls, quelques
détails opératoires ont été modifiés.
Ainsi, autrefois,onsecontentaitde sectionnerla cloison vomé-
rienne; mais certains auteurs, récemment, à l'exemple de Lan- genbeck, trouvant que le
refoulement n'était
passuffisant,
s'avancèrent jusque sur la cloison cartilagineuse, amenant
l'os
inter-maxillaire à sa place, il est vrai, mais produisant des
délabrements assez considérables. Aussi les résultats éloignés
ont été plutôt mauvais. Partsch,
Trendelenbourg, Braun, qui
ont pu observer, au bout
d'un certain temps, des malades ayant
subi une telle opération, ont trouvé le morceau
médian
encore mobile, resté en croissance, et muni de dents courbées, cariées(i) C'estceluiqueconseillent Lannelongue, Piéchaud, St-Germain, Phocas, Broca,
Hoffa,Owen, Berger, Partsch, etc.
— 22 —
en grande partie ; dans un tel état, il ne pouvait maintenir la
lèvre supérieure, qui reculaitsur l'inférieure.
Dans certains cas, M. le professeur Piéchaud a employé, avec succès, la résection du pédicule de l'os incisif.
Récemment, il a encore apporté quelques modifications heu¬
reuses dans les détails opératoires de la résection du tubercule
osseux, que noustenons àsignaler. Voicisamanièredeprocéder: Il pratique sur un des côtés du tubercule, toujoursenpremier
lieu sur celui opposé àla déviation, une incision partantun peu au-dessous de l'angle inférieur du tubercule et remontantversle
milieu de la cloison vomérienne (pl. Il, fig. 1). Puis, au moyen d'undétache-tendon, il soulève avec soin la muqueusepituitaire
etle périoste, d'abord enhaut, puis enbas, de chaque côté de la ligne de l'incision; on a ainsi écarté les deux lèvres de la plaie qui présente l'aspect d'une boutonnière. C'est par cette ouver¬
ture que passera l'instrument qui lui sert à réséquer la cloison, aprèsavoirfaitérigner fortement la lèvre inférieure de l'incision.
Pour faire cette résection, M. Piéchaud a fait construire une
pincecoupantespéciale qui estunesorted'emporte-pièce (fig. 3): la branche femelle, en effet, présente une ouverture en fer à
cheval dont les bords sont tranchants ; la branche mâle pré¬
sente une saillie médiane qui vient s'emboîter exactement dans
l'ouverture lui faisant face. M. Piéchaud pratique la résection à
peu près au niveau de l'union du pédiculeincisifetde la cloison vomérienne; il peut, grâce à son appareil, enlever avec facilité,
et par morcellements, la quantité d'os nécessaire, sans avoir à craindre, dans les cas où l'ossification estunpeuavancée, d'hé¬
morragie ni defracture de la cloison,commeil peuts'en produire quandonopère avecles ciseaux.
La résection étant suffisante pour la mise en place du lobule,
on fait, du côté opposé du tubercule, une incision ayant même
direction quela première; il est évident que ces incisions primi¬
tivementobliques deviendrontverticales etparallèlesauxrebords
du maxillaire supérieur, quand l'os incisif aura été refoulé. 11
faut avoirsoin, dece côté encore, de détacher lamuqueuse et le périoste.
— 23 —
La modification importante introduite par
le professeur Pié-
chaud, se place à ce moment
de l'opération. Les chirurgiens,
en effet, une fois la réduction
obtenue, comptent,
pourmain¬
tenir l'intermaxillaire, ou bien sur la suture des
lèvres, après
avoir avivé les bords latéraux du maxillaire
supérieur avant d'y
introduire le tubercule incisif, comme Broca, ou, comme
Lan-
nelongue, se serventde
fils d'argent
pourrelier
cetubercule
aureste du maxillaire.
M. Piéchaud,sur les deuxbordsverticaux
du maxillaire supé¬
rieur faisant face à la fissure médiane, fait une
incision
à peu près aussi longue quecelle décrite
surles côtés du tubercule
osseux et la cloison, puis, encore,
il détache la
muqueuseet le
périosteen
dehors et
endedans de chaque incision du maxillaire.
Replaçantalors le
tubercule dans la fissure, il amène en présence
lesincisions pratiquées sur
le maxillaire et le lobule incisif, et
suture ensemble,d'abordles deuxlèvres
postérieures, de chaque
côté, puis les deux lèvres
antérieures. 11 crée ainsi
unvéritable
pont résistant
de
muqueuseet de périoste entre le maxillaire et
l'os incisif (fig. 2) : onvoit
l'avantage sérieux qu'on peut retirer
de cette pratique tant au
point de
vuede la mise
enplace du
tubercule, que pour son
ossification future et
saconsolidation.
— Il arriveassez fréquemment que
l'os incisif soit hypertro¬
phié etne puisse passer
dans la brèche alvéolaire, la méthode à
suivre nousestindiquéepar Lannelongue,
qui, après avoir enlevé
les incisives latérales, retranche un petit fragment sur
l'une,
oumême sur les deux faces de l'os, en respectant,le
plus possible,
les follicules dentaires.
Broca fait remarquer qu'il
suffit souvent d'abraser la pointe
des arcades alvéolaires postérieures
qui
estconstituée
par unemuqueuse épaisse
dans laquelle est le
germede l'incisive pré¬
canine souvent dépourvue
l'alvéole
osseux : on gagneainsi, de
chaque côté,3 ou 4
millimètres
sanstoucher
ausquelette.
11 est assez rare de voir l'os intermaxillaire trop
petit
pour les dimensions de la fissure, cependant Lannelongue aobservé
pareils cas, etil s'est contenté alors de fixer l'os à un des côtés
du maxillaire supérieur
seulement.
— 24 —
De même le professeur Piéchaud, en semblable circonstance,
détachesur uneplus grande surface les lèvres postérieures des
incisions du maxillaire et du tubercule et se contente de faire
un pont muco-périostique postérieur avec le plus d'affleure¬
ment possible des lambeaux.
La suture des lambeaux muqueux doublés du périoste assure
une ossification solide et empêcherait, dans le cas où le lobule
incisifest réduit de volume, sa mobilité. Nous avons pu cons¬
tater sur les deux malades opérés par M. Piéchaud, dans ces derniers temps, une reconstitution parfaite du bord alvéolaire
etune fixité complète du lobule incisif.
CHAPITRE II
réparation de la lèvre
Si la mise en place du lobule interosseux
constitue le temps
le plus important
de l'opération du bec-de-lièvre complexe, la
réparation de la lèvreenest
bien la partie la plus délicate. C'est à
ce moment que les qualités
opératoires et inventives du chirur¬
gien doivent se montrer;
il n'est
pasfacile,
eneffet, d'essayer
de rendre à un visage dégradé une apparence
de beauté, d'au¬
tant plus qu'on est rarement en
possession des éléments néces¬
saires à sa réparation. D'autre part,
dans des affections aussi
variées que le bec-de-lièvre
complexe,
aucunerègle générale
ne peutêtre indiquée et
il faut,
enquelque sorte, s'évertuer à
trouver un procédé spécial pour
chaque
casà traiter; de là
alors, les nombreuses méthodes
préconisées.
Il en est une que Lannklongue,
Phocas, Broca, Hoffa et Re-
dard désignent pour avoir eu
occasion de l'employer très
fréquemment, c'est
celle de Clemot, Malgaigne, modifiée
parMirault; cette opération classique,
qui semble avoir donné tou¬
jours des résultats
satisfaisants
aupoint de
vueesthétique, est
suffisamment connue pour que nous
n'ayons
pasbesoin d'in¬
sister.
Nous considérons commeplus utile d'exposer quelques autres procédés actuels beaucoup
moins répandus.
Procédé d'Owen. — Dans ce procédé, qui est applicable quandon a utilisé
le lobule médian
pourla reconstitution de la
sous-cloison, ou quand ce lobule
fait défaut, la membrane
mu¬queuse estéconomiquement
et cependant suffisamment
«pelée
»sur la fente d'un des côtés,etsurtoute lapartie du rebord labial qui fait suite(pl.
III), tandis
que, surl'autre côté,
on coupe unlambeau important partant de la
partie supérieure de la fente,
et quiviendra s'appliquer sur
le premier bord dénudé.
De la sorte, c'estcelambeaumuqueuxdétaché, primitivement
vertical, quiva venir constituer le bord libre et
horizontal de
la lèvre. Owen fait bien remarquer qu'il faut, pourobtenir un résultat satisfaisant : 1° que le lambeau détaché
soit taillé
en coin, c'est-à-dire que, comme l'indique la fig. 2,la surface d'in¬
cision soit oblique; 2° qu'il soit fortement
attiré
enbas, de
façon à laisser une large brèche dans laquelle on adaptera le
bord vertical du côté opposé de la fissure,quiaété,nous
l'avons
dit, préalablement avivé.
L'avantage de ce procédé serait que la
cicatrice
de la mu¬queuse ne serait pas sur le même
plan
quecelle de la
peau, etque, d'autre part, le lambeau détaché étant
volumineux, la vita¬
lité de la lèvre ainsi reconstituée n'est pascompromise. Bienen¬
tendu, pour pouvoir rapprocher plus aisément les bords de la fissure, Owen détruit entièrement les adhérences de la lèvre au maxillaire supérieur.
Pour terminer l'opération, il suture la partie supérieure de
la ligne verticale formée par le rapprochement des bords de la
fissure à la sous-cloison faite avecle lobule médian, préalable¬
mentavivée.
Il se sert, pour toutes ses sutures, de fil très fin, et il en dis¬
pose une certaine quantité, non seulement du côté de
la
peau, mais encore du côté de la muqueuse pour empêcher la nourri¬ture de s'introduire dans la plaie, et pour qu'aussi l'enfant n'ait
pas la tentation d'y introduire la langue.
Comme résultat éloigné decette opération, Owensignale qu'il
a observé que la lèvre supérieure était relativementpetite tandis
quel'inférieure paraissait trèsproéminente. Il dut,pour
corriger
cettenouvelle difformité, abaisser la lèvre proéminente en enle¬
vantun large morceautaillé en coin, les surfaces avivées étant soigneusement réuniespardessuturessurleurs surfaces cutanée
et muqueuse. Le résultat fut très satisfaisant.
La planche III indique clairement les divers temps de ce pro¬
cédé.
- 27 —
Procédé de J. Wolff. — Quand on aété
obligé de refouler le
tubercule osseuxet que celui-ci se trouve
bien
enplace,
ondoit
effectuerla réparation de la lèvre
d'une manière différente sui¬
vant la longueur que présente
le lobule médian.
Si la longueur de ce lobule
correspond à la hauteur de la
lèvre normale on fait sur les deux bords de la lèvre situés
de
chaque côté dela fissureintermaxillaire,
unesection plus longue
de quelques millimètres
(Planche IV, fig. 1) b2e; d2f
quela hau¬
teur du bord du lobule albl; cld\ On avive le bord du
lobule
surtout sonpourtour A
l'extrémité supérieure des bords laté¬
raux droit etgauche de la lèvre,
qui seront rabattus,
onenlève
de petits lambeaux, égaux
des deux côtés, a?lé, c2/P. On détache
les ailes du nez et la partiesupérieure
des lèvres, du maxillaire
sous-jacent etonpratique
la
suture commel'indique la fig. 2.
Si, au contraire, le lobule
médian est trop court, il
sera découpé en triangle (fig.3),
ensacrifiant
sesdeux angles infé¬
rieurs. Les lambeaux des bords des fissures qui devront être
rabattus pour reconstituer
la lèvre auront, chacun,
pourlon¬
gueur, la somme des
trois lignes suivantes
:1°La longueurdel'incision
latérale correspondante du lobule
(a1 b\ pour le côté
droit; cl bl
pourle gauche);
2° La longueur du morceau
qui
manqueà la
peaudu lobule
pour avoir la hauteur
normale de la lèvre (bl d)
;3° Enfin la longueur d'un morceau
dl
e etd2 f ayant à peine
quelques millimètres, et
nécessaire
pourfaciliter la séparation
des bords de la lèvre.
Après avoir sacrifié les
petites extrémités supérieures des
bords des lèvres (<g1 cé etg2 c2), on
pratique le rabattement des
lambeaux incisés, l'un vers l'autre, et on fait la suture enforme
d'Y commel'indique la fig. 4.
Dans toutes les opérations
qu'il pratique
surles lèvres, Wolff
fait faire la constriction digitale : un aide introduit
l'index de
samain dans la bouche du patient, le plus
loin possible, entre la
mâchoireetla muqueuse dela lèvre
supérieure, afin de pouvoir,
entre cedoigt et le pouce de
la même main appuyé
surla face
externe de la lèvre,latenir solidement
comprimée
comme avec— 28 —
un crampon. Enmême temps, unautre
aide
serrefortement, les
unscontrelesautres,les bouts des doigts du premier et les place
en forme de demi-cercle devant l'extrémité dunez, faisant ainsi compression sur la mâchoire
supérieure. Les doigts des aides
constituent, ainsi, unesorte dechaîne qui arrête le jaillissement
du sang pendant l'opération.
Procédéde Bœckel. — Ce procédé est celui que le professeur
Gross (de Nancy) emploie textuellement et
recommande
comme lui ayant donné, toujours, d'excellents résultats.Voici les termes dans lesquels l'auteur
j'expose
:J'emploie un procédé autoplastique
consistant
àtailler dans
lesjoues deux lambeaux quadrilatères avec lesquels je reforme
la lèvre de toute pièce. De plus,je n'excise pas les languettes d'avivement, maisje les laisse adhérentes à la base des narines
et je m'en sers pour refaire les contours de ces dernières en même temps que pour border ma lèvre par en haut.
Mon procédé est surtout applicable aux fentes
doubles
et compliquées de fissure palatine. 11 permet nonseulement de
border les narines, qui, dans ces cas, sont affreusement aplaties
et tendues horizontalement par dessus lasolution decontinuité,
mais de les rétablir dans leur forme normale en les enroulant autant qu'on le juge à propos. De plus, quelle que soit
la
lar¬geur de la perte de substance, on obtient toujours une
réunion
sans trop detension. Le mêmeprocédé m'a servi un assez
grand
nombre de fois pour des becs-de-lièvre unilatéraux, mais en avivant le bord médian de la fente labiale par excision, comme dans les méthodes anciennes.
Supposons qu'il s'agisse d'un jeune enfant avec
bec-de-lièvre
double, compliqué de fissure palatine, sans saillie exagérée
de
l'os incisif, mais avec les narines fortement aplaties.
Quelques coups de bistouri détachent le lobule médian
de
l'os incisif pour permettre à la peau de remonter et
de
formerla sous-cloison, ainsi que pour relever la pointe du nez. Les
bords du lobule sont, en même temps, avivés entriangle ou en carré, selon la forme qui force à sacrifier le moins de tissus.
— 29 —
On continue en détachant du maxillaire l'aile
du
nezet les
parties avoisinantes
de la joue. A cet effet, je me sers du bistouri
et j'arrête le suintement
sanguin qui coulerait dans la bouche
en faisant presser la joue contre
le maxillaire jusqu'au moment
de la suture. La rugine, qu'on aégalement
proposée
pouropé¬
rer ce détachement avec moins
d'hémorragie, risque de briser
les parois du
maxillaire, et l'écraseur linéaire, conseillé par
Verneuil, donnetrop d'embarras sans
avantage sensible.
L'avivement proprement
dit
sepratique
enponctionnant la
lèvre de dedans en dehors, au-dessous et un peu en
dehors de
la base de la narine (planche V, fig.
1). Le bistouri détache
alors d'un trait la languette nasale E en
suivant
uneligne BA
qui forme avec
le bord
rougeunangle droit, ou mieux, un angle
un peu plus aigu que
l'angle droit. De cette façon la partie
moyenne de la
nouvelle lèvre
seraplus haute. L'artère coro¬
naire a été comprimée entre
le
pouceet l'index de la main gau¬
che jusqu'à ce
qu'on
enait saisi l'ouverture avec une pince à
pression.
De l'extrémité supérieure
B de cette première incision on en
pratique une
seconde dans la joue (BC) sous un angle un peu
plus aigu que
l'angle droit et l'on détache complètement le
lambeau quadrilatère
ainsi circonscrit. Ordinairement, la ter¬
minaison de l'artère faciale donne un
petit jet de
sangà
cemoment et nécessite l'application
d'une autre pince hémosta¬
tique.
Deux coups de
bistouri taillent
unlambeau semblable du
côté opposé, avec cette
différence qu'à gauche c'est un aide qui
comprime la
coronaire préventivement et que le chirurgien
tend lalèvre en la saisissant avec une
pince
àgriffe.
Reste alors à pratiquer
la suture
comme nousl'indiquons dans
lafigure 2.
« Une première
épingle est enfoncée profondément en A' à la
limite du liseré rouge, de façon à
affronter très exactement les
bords rouges de la lèvre, en
même temps qu'à comprimer l'ou¬
verture des artères coronaires. Une et
quelquefois deux épin¬
gles sont placées
plus haut
surla ligne de réunion AB ; mais
— 30 —
tout en haut vers B je place une suture entrecoupée de fil d'argent fin, parce qu'une épingle gênerait la réunion des plaies
horizontales. Quelquefois la pointe du lobule médian, avivé en
triangle, s'insère avantageusement entre les extrémités supé¬
rieures des deux lambeaux. Les épingles dont je me sers sont toujours très fines (n° 4 ou 5) ; mais si on les enfonce avec len¬
teur et avec quelque précaution, elles ne serecourbentpas ; par leurs faibles dimensions, elles irritent moins les tissus. C'est un gros fil de cotonà tricoter, qui est entortillé en huit de chiffre
autour des épingles, etje trouve qu'il étrangle moins les chairs
que les fils de soie.
La lèvre reconstituée, il s'agit de la border en BC — B'C'
avec les languettes nasales d'avivement. On saisit le bout de
ces dernières et on les attire contre la sous-cloison jusqu'à ce qu'on juge l'enroulement de la narine suffisant. Une première
suture entrecoupée fixe la languette dans cette position; trois
ouquatre autresla réunissent au bord supérieur BC de la lèvre.
On pourrait, sionle voulait,fermer complètement la plaie trian¬
gulaire provenant du lambeau qu'on a taillé ; mais on exerce¬
rait ainsi trop de tiraillements sur la ligne de réunion.
Il vaut mieux laisser subsister une petite ouverture qui se ferme par granulation et dont la cicatrice secache dans le sillon
entre la narine et la joue, qu'elle contribue même à rendre plus profond, ce qui est un avantage. Les pinces à pression sur l'artère faciale se trouvent à ceniveau et sont alors remplacées
par une ligature fine.
Dans ses premières opérations, Bœchel n'osait pas trop mul¬
tiplier les points de suture sur les languettes nasales d'avive¬
ment, de peur de les gangrener ; il les taillait d'ailleurs plus
étroites que maintenant. Les petits lambeaux se réunissaient
alors le plus souvent par suppuration, tandis qu'aujourd'hui il
ne craint pas de placer des sutures métalliques nombreuses
pour obtenir un affrontement exact et une réunion par pre¬
mière intention.
Il faut examiner la face muqueuse de la nouvelle lèvre et, si
l'ony trouve la moindre déhiscence, y appliquer une ou deux