Géographie et cultures
88 | 2013 Varia
Comment la découverte de l’Amérique a transformé le monde
Paul Claval
Édition électronique
URL : http://journals.openedition.org/gc/3156 DOI : 10.4000/gc.3156
ISSN : 2267-6759 Éditeur
L’Harmattan Édition imprimée
Date de publication : 1 décembre 2013 Pagination : 274-275
ISBN : 978-2-343-04336-4 ISSN : 1165-0354 Référence électronique
Paul Claval, « Comment la découverte de l’Amérique a transformé le monde », Géographie et cultures [En ligne], 88 | 2013, mis en ligne le 10 juillet 2015, consulté le 22 septembre 2020. URL : http://
journals.openedition.org/gc/3156 ; DOI : https://doi.org/10.4000/gc.3156 Ce document a été généré automatiquement le 22 septembre 2020.
Comment la découverte de
l’Amérique a transformé le monde
Paul Claval
RÉFÉRENCE
Charles C. Mann, 2013, 1493. Comment la découverte de l’Amérique a transformé le monde, Paris, Albin Michel, 535 p.
1 La géographie culturelle à la manière de Carl Sauer n’est pas morte : elle inspire des essayistes comme Alfred W. Crosby1 ou Derek Diamond2, ou des journalistes comme Charles C. Mann. On devait à celui-ci un ouvrage fort stimulant, 14913, sur ce qu’étaient les Amérique à la veille du premier voyage de Colomb. Voici qu’il nous offre, dans 1493, un tableau mondial des répercussions de la découverte du Nouveau Monde : un gros livre qui se lit bien.
2 1491 était plus facile à construire que 1493 : d’un côté, le panorama de ce qu’étaient les Amérique à un moment précis ; de l’autre, la recension des bouleversements nés de contacts étalés sur plusieurs siècles et distribués sur l’ensemble de la planète : pour reprendre l’expression de Mann, une analyse de l’ère homogénocène, la période d’uniformisation du monde qu’ouvrent les voyages de Colomb. Le thème n’est pas nouveau, mais il a longtemps été traité d’un point de vue européocentrique. Mann adopte une perspective ‘subalterne’ et s’attache à ceux qui n’ont pas été capables de se faire entendre, aux révoltés, à ceux que l’histoire a oubliés.
3 Vu la largeur du champ balayé, l’ouvrage ne présente pas de fresque d’ensemble. Il lance des coups de projecteur, ce qui nous vaut un récit grouillant de vie. Les exemples choisis portent sur des aires généralement négligées.
4 Les hommes migrent ; les maladies dont ils souffrent voyagent avec eux, comme les plantes qu’ils cultivent et les techniques matérielles ou sociales qu’ils maîtrisent. Les Amérindiens sont décimés par les affections importées, on le sait depuis toujours, mais Mann insiste sur les ravages généralement ignorés entrainés par le paludisme. Les
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plantes américaines assurent en bien des lieux le succès de la pénétration européenne : en Virginie où la culture du tabac sauve les premiers colons, ou au fin fond de l’Amazonie deux siècles et demi plus tard, au moment du cycle du caoutchouc. Les plantes américaines élargissent les ressources alimentaires des autres continents.
5 On sous-estime l’impact des contacts sur l’Extrême-Orient. Le maïs et la patate douce permettent la conquête par l’agriculture des collines et des montagnes du sud de la Chine – où l’érosion se déchaîne. L’argent du Mexique devient vite indispensable à l’économie chinoise, qui a renoncé au papier-monnaie. Les contacts favorisent l’essor de la contrebande et de la piraterie sur les côtes de Chine, cependant que le succès de Manille tient à l’activité des commerçants chinois qu’elle abrite – et redoute.
6 Le choc des cultures n’est nulle part aussi brutal que dans l’Amérique des plantations, avec ses esclaves indiens et africains, mais aussi ses communautés de fugitifs, de noirs marrons. Dans les années 1620, Aqualtune, une princesse congolaise, organise ainsi le quilombo de Palmares dans la Serra da Barriga, près de Maceio et de Recife ; c’est un véritable petit royaume qui résiste plus de 70 ans aux assauts hollandais et portugais.
7 Un ouvrage de vulgarisation ? Oui, mais d’excellente facture, reposant sur d’immenses lectures et sur la connaissance directe de bien des aires décrites.
NOTES
1. Alfred W. Crosby, 1986, Ecological imperialism. The biological expansion of Europe, Cambridge, Cambridge University Press.
2. Jared Diamond, 2000, De l’inégalité parmi les sociétés, Paris, Gallimard.
3. Charles C. Mann, 2007, 1491. Nouvelles révélations sur mes Amériques avant Christophe Colomb, Paris, A. Michel.
AUTEURS
PAUL CLAVAL
Université de Paris-Sorbonne [email protected]
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