L’aptitude des mycorhizes à protéger les plantes
contre les maladies : panacée ou chimère ?
R. PERRIN cherches sur la Flore
l.tV.IZ.A., Statiort de Recherches sur la Flore pathogène dara le Sol 17, rue Sully. 21034 Dijon Cedex
Résumé
L’auteur
s’interroge
surl’aptitude
des mycorhizes àprotéger
les plantes contre les maladies. Desexemples
extraits de la littérature ou desexpériences
de l’auteur, révèlentque l’association
mycorhizienne
peut être sourced’amélioration,
maiségalement d’aggravation
de l’état sanitaire des
plantes.
L’effet protecteur
n’a,
à cejour,
été démontré que pour les maladiesd’origine telluriquc.
L’expression
de ce potentiel naturel demeure subordonnée à de nombreux facteurs : nature del’hôte,
duchampignon mycorhizogène, pathogène
et des conditions de l’envi- ronnement souterrain.L’exploitation pratique
de cephénomène, parfois
trèsefficace,
nécessite de combler les lacunes de notre connaissance des conditions favorables àl’expression
del’aptitude prophylactique
propre à certaines associationssymbiotiques.
Introduction
Depuis l’apparition
augrand jour
de la notion dechampignon
associé auxracines
(F RANK , 1885),
les nombreux travaux consacrés auxmycorhizes
ont révéléleur
importance
dans le domainevégétal.
Au cours des dix dernières années les recherches sur lessymbioses
ont connu unlarge
essor, démontrant que l’associationmycorhizienne
est unphénomène universel, indispensable
à laplante.
Etpourtant
combien d’étudesphysiologiques,
de programme d’améliorationgénétique...
ontoublié,
et continuentd’ignorer
lesmycorhizes pourtant partie intégrante
de laplante (GrArnNnzzt et r!l., 1982).
On
prête
auxmycorhizes
demultiples
vertus, maintes fois mises en évidence : amélioration de la surface absorbante dusystème racinaire,
de la sélectivité de l’ab-sorption,
del’accumulation,
de la solubilisation de certains élémentsnutritifs,
de lalongévité
de laracine ; augmentation
de la tolérance auxtoxines,
de la résistanceaux conditions adverses
(sécheresse, salinité...) ; protection
contre lesagents patho- gènes.
Cettecapacité
às’opposer
auxagents pathogènes
a suscité bien peud’intérêt,
en
regard
de son énormepotentiel,
et del’impact
de certaines maladies sur le ren-dement des cultures. Les
mycorhizes
ont été totalement délaissées dans lesstratégies
actuelles de lutte contre les maladies. D’ailleurs cette
aptitude
deprotection
estencore très controversée. Certains voient dans les
mycorhizes
une solution universelleet radicale aux
problèmes
de maladie de toutesorigines,
d’autres au contraire, lesjugent
d’embléeinopérantes.
Où est la vérité ? Lesmycorhizes
constitucnt-elles deprécieux
alliés ou unmirage
dans la lutte contre lesagents pathogènes
’?1. La
protection
contre les maladies: une réalité bienétablie,
mais non unerègle générale
La
grande majorité
despublications
traitant de laprotection
desplantes
contreles maladies par les
mycorhizes
attestent d’un effetbénéfique.
Rares sont les travauxqui
font état d’uneaggravation
de la maladie ou de l’absence d’influence desmycorhizes.
Cettedisproportion pourrait
laisser croire au remède miracle si toutes les tentatives soldées par un échec avaient donné lieu àpublication !
Il estpossible
à travers
quelques exemples
de mieux cerner la réalité.Phytophthora
cil1l1al11ol11i compteparmi
lesagents pathogènes
lesplus
redoutésà travers le monde. Il est à
l’origine
de maladies racinaires conduisant audépéris-
sement de nombreuses
espèces
feuillues et résineuses. Il estparticulièrement
dom-mageable
auClzurnaecyparis
lawsol1ial1a. BARTSCHI et al.(1981)
ont étudié l’influence de l’associationendomycorhizienne
sur la sensibilité de cetteespèce
cultivée enconteneur.
Cette étude est source de
plusieurs enseignements.
Lagravité
et le cours de lamaladie ne sont pas modifiés
lorsque
lechampignon mycorhizogène
est introduit dans le substratd’élevage
en même temps quel’agent pathogène.
Par contre, lesplantes échappent
à la maladie si lechampignon mycorhizogène précède
de six mois l’in- troduction duparasite.
Laprotection
contre lePhytophthora
cÏl1l1a/11ol11i ne s’exerce donc que si lamycorhize
est bien établie(fig. 1).
Deplus,
l’associationmycorhizienne
réalisée
à partir
d’une seule souche de Glomus tiiossetie n’exercequ’une
influence limitée à unsimple
délai dansl’apparition
dessymptômes
maisqui n’empêche
pas la mort desplantes.
Au contraire laprotection
est durablelorsque
lesC/w l11 aecyparis
ont été confrontés à une
population mélangée
naturelle. Le bénéfice révélé icipeut
découler d’une meilleure associationmycorhizienne
assurée parplusieurs espèces, passant éventuellement
par des effetssynergiques,
ou d’une meilleure efficacité de certainesespèces
de lapopulation
naturelle. Si cette étude démontreparfaitement
que l’associationmycorhizienne
confère auChamaecyparis
uneprotection
contre P.cÏ l1 l1a l
11omi,
elleindique
que cetteprotection
demeure subordonnée à l’installationpréalable
du ou deschampignons mycorhizogènes,
etdépend
de la nature dusymbiote.
D’autres études constatent un effetpositif
de l’associationendomycorhi-
zienne de diverses
plantes
sur l’état sanitaire de leursystème
racinairc(W OODHEAD
et
ul., 1977...).
Toutefois,
l’associationmycorhizienne
estparfois
sourced’aggravation
des mala-dies racinaires. Ainsi Ross
(1972)
observe que l’associationmycorhizienne
entre uncultivar de
soja (D60-Glyciiie inax)
et uneespèce
del’ex-genre Endogone
conduit àune
aggravation
de lapourriture
racinaire due àPhytophtora
/11egasperl11a var.sojae
(tabl. 1).
Cela se traduit par unefréquence plus
élevée deplantes
atteintes enprésence d’Endogone (21) qu’en
son absence(9).
La mêmeespèce mycorhizogène
associée à un autre cultivar de
Soja (Lee)
manifestement moinssensible,
n’influence pas le cours de la maladie et améliore sensiblement le rendement. Ce résultat met en lumière uneparticularité
fondamentale : laprotection
contre certaines maladiesest une
aptitude
propre à lamycorhize.
C’estl’expression
d’une entitégénétique
biendéterminée définie par l’interaction entre le
génome
de laplante
et celui du cham-pignon.
’T’. nT ! oW’ 1
La
protection
desplantes
n’est pasl’apanage
desendomycorhizes.
Eneffet,
certaines
espèces d’ectomycorhizes
associées à desespèces
du genre Ilinus offrent unebonne
protection
contre les attaques de P. cinnamomi(M ARX , 1969) (tabl. 2).
Les racines de Pinus taedamycorhizées
par Laccarialaccata, Leucopaxillus
cerealis varpiceana,
Suillus luteuséchappent
à l’infection par P.cinnaniotiii,
tandis que P.tinctorius
qui
ne formequ’un
manchonmycélien (manteau) incomplet,
neprotège
que 81 p. 100 des racines
mycorhizées.
Toutes lespointes
racinaires latérales sontinfectées par le
parasite,
ainsi que les racines courtes voisines des racinesmycorhizées.
Toutefois 75 p. 100 de ces racines restent indemnes
lorsque
les racinesmycorhi-
zées à
proximité
sont associées àLeucopaxillus
cerealis. Laproportion
estmoindre,
23 p.
100, lorsque
lesymbiote
est Suillus luteus. Ces deux types demycorhizes paraissent aptes
à uneprotection
àdistance,
au contraire de celles formées avecPisolithus tinctorius
qui
exerceraient unsimple
effet debarrière, pouvant
être misen défaut dès lors
qu’elle
est discontinue.D’autres maladies
d’origine tellurique
voient leurgravité
atténuée sous l’effetdes
mycorhizes.
Ainsi le Lacearia laccata dont lescarpophores
sontfréquents
dansnos
forêts,
offre aux résineux uneprotection
efficace contre le redoutableagent
de nécrose racinaire et de fonte des semis : Fusarium oxysporum Schlecht(S INCLAIR
et
al., 1975).
Cesymbiote
serait d’ailleurs le seulcapable
des’opposer
dans le solà un
agent pathogène
avant même la formation demycorhize.
P ERR
tN & GARUAYE
(1982)
ont montré que l’associationmycorhizienne
réaliséeentre Hebelomu
crustuliniforme
et le hêtre(Fagus sylvatica)
maintient à un niveau très bas lepotentiel
infectieux( * )
d’un sol ou d’un substrat infesté parl’ythium
spp.Co p T
E (]969)
observe que lesmycorhizes
formées par Suillusgranulatras
offrentà Pinus excelsa une
protection
vis-à-vis de lapourriture
racinaireengendrée
par Khizoctonia spp.Les études consacrées à l’effet
protecteur
de l’associationmycorhizienne
desplantes
vis-à-vis desagents pathogènes telluriques
montrentqu’il
estpossible
detrouver des
symbiotes
efficaces contre laplupart
desagents pathogènes
dusol,
enparticulier
vis-à-vis desparasites fongiques
lesplus dommageables
aux essencesforestières.
Les relations entre nématodes
phytophages
etmycorhizes
sont connues à traversune littérature tout aussi
copieuse.
L’associationendomycorhizienne
de différentesplantes
comme letabac,
la tomate, l’avoine avec Glomus n2osseae conduit à une(!‘) Aptitudc d’un sol à produire une maladie sur une population d’hôtes sensibles.
atténuation des effets maladifs
produits
parMeloidogyne incogrzita, espèce également parasite
deplantes pérennes (Su<otzn
&ScHO!taECt<,
1975). Uneaggravation
desdégâts
est
rapportée
par ATILANO et al.(1976)
à la suite desattaques
deMeloidogyne
tireiiariasur la
vigne
associée à diversesespèces d’endogonacées.
Bien que lestémoignages
faisant état d’une amélioration de l’état sanitaire de la
plante représentent
l’essentiel despublications,
l’associationmycorhizienne peut
aboutir comme pour leschampi-
gnons
parasites,
à un accroissement des effets maladifs.l.l.
Mycorhization
et maladies aériennesPlus rares sont les travaux consacrés à l’influence de l’association
mycorhizienne
sur les maladies aériennes ou les maladies à virus. Tous ces travaux relatifs à des
champignons endomycorhiziens
à vésicule et arbuscule font état d’uneaggravation
de la maladie causée par des
organismes
tels que des rouilles sur haricot oul3otrytis
cinerea sur
laitue,
ou encore différents virus sur desplantes
variées(S CHONBECK , 1980).
De ces connaissances trèsfragmentaires
il semble ressortir que l’associationendomycorhizienne
aboutit à une sensibilisation desplantes
à desparasites
facultatifsou
obligatoires.
Nos connaissances demeurent trop insuffisantes pour proposer desexplications
à cephénomène.
Lasymbiose
n’affecte pas la résistancegénétique
dela
plante (D EHNE , 1982).
Toutefois les modifications du métabolisme de laplante mycorhizée peuvent
avoird’importants
retentissements sur les mécanismesphysio- logiques
àl’origine
du processus de défense de laplante.
On saitl’importance
del’équilibre
dans la nutrition desplantes
et son influence sur la sensibilité desplantes
aux
parasites aériens ;
les excès dephosphore
enparticulier,
ou d’autres élémentspeuvent
contribuer à amoindrir la résistance desparties
aériennes à différentes maladies. L’amélioration de la nutrition de laplante
estspécialement évoquée
pourexpliquer l’aggravation
des maladies à virus.Ce
rapide
tour d’horizon montre que des preuves incontestables ont été accu-mulées en faveur de l’existence de la
protection
desplantes
contre les maladiesgrâce
à lasymbiose mycorhizienne.
Nos connaissances actuellesindiquent
que l’effet,lorsqu’il existe,
est limité au site de l’interactionhôte-symbiotc
et n’est donc réalisé que pour lesagents pathogènes telluriques.
L’associationmycorhizienne
n’assuregénéralement
pas uneprotection
totale mais contribue à une nette réduction de lagravité
desdommages.
Cetteparticularité
peut êtresimplement
illustrée par l’étude de MARAIS & 1<oTZr ( 1976)(tabl.
3). On retrouve un traitcaractéristique
desphénomènes tampons
naturelscorrespondant
à deséquilibres
au seindesquels l’agent pathogène
n’est pasexclu,
mais où sonactivité,
sonimpact
sont considérable-ment limités. Il est illusoire d’attendre de la
symbiose mycorhizienne
une éradi-cation totale des
maladies,
maisplutôt
une substantielle atténuation caractérisée parune stabilité à la fois
temporelle
et vis-à-vis des conditions de l’environnement.En forêt comme en
pépinière,
c’est l’absence demycorhyzes qui
constituel’excep-
tion ou
qui
caractérise dessystèmes
culturaux trèsspécialisés.
Parconséquent
c’estplus
la variabilité dubagage mycorhizien,
donc la nature desassociés, qui
déter-minera le
comportement
de laplante,
notamment vis-à-vis des maladiesd’origine
tel-lurique.
Or nous savons que les différences existant d’uneespèce
à l’autrepeuvent
être considérables. Deplus
l’effet deprotection apparaît
comme unpotentiel qui
s’exerce sous l’étroite
dépendance
de la nature de laplante,
de l’associéfongique,
del’agent pathogène,
maiségalement
des conditions de l’environnementtellurique.
2. Les conditions de
i’expression
duphénomène
deprotection
contre les
agents pathogènes
2.1.
ltzfluence
de la nature de l’hôteLes travaux de Ross
(1972)
fournissent unremarquable exemple
de l’influence de la nature de l’hôte surl’expression
duphénomène
deprotection (taibl.
1).Selon le cultivar de
soja utilisé,
l’association avec la mêmeespèce mycorhizogène
conduit à des résultats
opposés.
Nous avons obtenu des résultatsanalogues
avec desplants
feuillusectomycorhizés
avec Hebelomacrustulitziforme.
Associé au hêtre H.crustulitziforme
entraîne une diminution dupotentiel
infectieux d’un sol infesté parPythitini
spp., tandisqu’avec
le chêne lepotentiel
infectieux n’cst pas modifié.Une différence sensible existe entre les souches de la même
espèce (P ERRIN
&GARBAYE, 1982).
2.2.
Spécificité
del’aptitude prophylactique
Quelques
études, malheureusement conduites invitro,
mettent en évidence unecertaine
spécificité
de l’effet protecteur. Différentesespèces mycorhiziennes
ont étéconfrontées à différenles souches de
champignons pathogènes (M ARX .
1969 ; SASEK.1967) (tabl.
4 et5).
Certainesespèces
manifestent uneaptitude antagoniste, repérée
par une inhibition de croissanceplus
ou moinsprononcée
vis-à-vis deplu-
sieurs
espèces d’agents pathogènes.
Stcillusluteus, Leucopaxillus
cerealis om cènecapacité,
ainsi que Tricholonzcr saponaceul1lqui, toutefois,
ne serait pasmycorhizogènc.
La situation la
plus fréquente
est un effetspécifique. L’extrapolation
in vivo deces résultats obtenus itt aitro est très hasardeuse et mérite une confirmation par l’étude des mêmes
espèces
en conditions naturelles.2.3.
Dcpcndance
del’aptitude prophyluctiyue
ais-it-vis de l’environnement
tellurique
Cette
dépendance
est trèsmarquée
et deux études différentes de DAvis(1979,
1980) le démontrentparfaitement.
Lapremière
étude concerne le coton(Gossypiu l1l
hirsuturn
L.)
confronté à unparasite
vasculaire Verlieilliul11 clahlicte. L’incidence duparasite
estéquivalente
que laplante
soit ou nonmycorhizée
avec Glol1luSJusci culutus, lorsque
le taux dephosphore
atteint des valeurs élevées(300 I tg/g)
(tabl.
6 et7). L’endomycorhization
conduit à uneaggravation
de la maladie,lorsque
le taux de
phosphore
est bas(20 yg/g).
Ce schéma ne respecte pas le
développement
dumycélium
relativement au diamètre racinaire. Lemycélium
atteint en réalité 10 à 20 fois les dimensionsfigurées
sur ce dessin.Les différents mécanismes sont
représentés indépendamment
du type de mycorhizereprésentée.
Developme l
lt of external hytrhae is 10 to 20 more important tii(iii represented on this picture. Mechanisms are located on this sclzeme without relatioiiship with tlre type of
mycorrlzizae.
Une
expérience analogue
met enprésence
Citrus siuensis etPhytophthora parasitica agent
depourritures
des racines. La maladie n’est pas modifiée par l’endo-mycorhization
avec G.fasciculatus lorsque
le sol est riche enphosphore.
Aucontraire
l’endomycorhization
améliore sensiblement l’état sanitaire desplants
élevésen sol pauvre en
phosphore.
Le fonctionnement de la
mycorhize
est évidemment très différent selon le tauxde
phosphore
dusol,
et ces deux études démontrent quel’aptitude prophylactique
endépend
directement.A travers les
quelques exemples précédents apparaît
uneparticularité
fondamen-tale de
l’aptitude prophylactique
desmycorhizes :
c’est unpotentiel qui s’exprimera plus
ou moinscomplètement
en fonction de l’environnement de lamycorhize.
Si certaines
exigences écologiques
dequelques espèces mycorhizogènes
sont bien déli-mitées (ex. : caractère
thermophile
de Pisolithuslinctorius)
onignore
tout ou presquesur les circonstances favorables à
l’expression
del’aptitude prophylactique
de lamycorhize.
Les connaissances sont encore insuffisantes en ce domaine pour se pro- noncer sur l’intérêt et l’utilité de cephénomène
pour la lutteintégrée
contre lesagents pathogènes.
Aquoi
bon sélectionner une souchemycorhizogène
si son effetdissuasif ne s’exerce
qu’en
conditionsparticulières, exceptionnelles
en conditionsnaturelles ?
3. Les différents mécanismes
qui
contribuent à laprotection
contre les
agents pathogènes (fig.
2)Znts
(1969) puis
MAUX(1972)
ontproposé
une liste des différents mécanismes mis enjeu
par lesmycorhizes
pour laprotection
dusystème
racinairc desplantes.
Pour atteindre la
racine,
toutagent pathogène
doitdéjouer,
successivement ousimultanément les différents
systèmes
de défense intervenant « à distance », doncparticipant
à la création de l’ « ambiancetnycorhizosphérique
» sous l’influence de lamycorhize.
Trois processus différents
peuvent
êtredistingués : l’agent pathogène
doit évo-luer dans un contexte
physico-chimique
transformé par l’activité de lamycorhize (prélèvements nutritifs ;
alimentationhydrique ;
modification des exsudatsracinaires ; sous-produit
du métabolisme despartenaires
ou de l’activité duchampignon mycorhi- zogène ; R AMBELL ï. 1973).
D’ailleurs une desconséquences
lesplus
évidentes de lasymbiose
est d’étendre et de modifier considérablement cet espace transformésur le
plan physico-chimique.
L’agent pathogène
doit entrer encompétition
avec une microflore et une micro- faune « contrôlées » par lamycorhize, adaptées
à l’ambiancemycorhizosphérique,
en interaction constante avec le milieu. L’intense activité microbienne
qui règne
àproximité
de la racine fait de lamycorhizosphère
le lieu descompétitions
lesplus
intenses. STACK & SINCLAIR
(1973)
sont les seuls àrapporter
une influence d’unchampignon mycorhizogène,
Laccaria laccata avant son association avec laracine,
sur un
champignon pathogène,
Fusarium oxysporum, par l’intermédiaire de la micro- flore.De nombreux travaux attestent de
l’importance
des modifications dans la compo- sition et l’activité de la microflore liées à l’associationmycorhizienne.
L’étude de KnTZrrE!sorr et al.(1962)
situe l’étendue des remaniementsopérés
par lasymbiose
dans la
rhizosphère
du bouleaujaune (Betula alleghaniensis) (tabl. 8).
Les auteursconstatent une
augmentation
sensible du nombre de bactéries etd’actinomycètes
etpar contre une
légère
réduction du nombre dechampignons
sur la surface desracines
mycorhizées.
Parmi lesbactéries,
celles nécessitant des facteurs nutritifscomplexes,
sont enplus grand
nombre sur la racinemycorhizée.
Lacomposition
despopulations fongiques
varie considérablement. Desespèces
dePythiuiii
spp., Fusariul11 spp. etCylindrocarpon
spp.prédominent
sur les racines nonmycorhizées ;
les deuxpremières manquent
totalement sur la racinemycorhizée
où abondent des Penicillium spp.,Paeciloinyces, Phialocephala...
D’autres travaux, FOSTER & MARKS
(1967)
révèlentqu’à
différents types mor-phologiques
demycorhizes
sont associées des microflores différentes.A une telle
disparité
dans lacomposition
de la microflorepeuvent correspondre
desrépercussions écologiques
trèsimportantes
notamment vis-à-vis des agentspathogènes.
L’étude de Kn!!zN!LSON montre d’ailleurs que la
symbiose mycorhizienne
exclut toutagent pathogène
de la racinemycorhizée
du bouleaujaune.
De même l’association du hêtre(Fagus sylvatica L.)
avec Hebelomacrustuliniforme
aboutit à la réduction dupotentiel
infectieux du sol infesté parPytlzium
spp., tandisqu’un
autrechampignon mycorhizogène
L’axillus involutus le fait au contraireaugmenter (P ERRIN
& GARBAYE.1982).
L’agent pathogène
doit subir l’effet de substancesantibiotiques
ouantifongiques
élaborées par le
champignon mycorhizogène,
et libérées dans le sol. Ungrand
nombred’espèces mycorhizogènes
sontcapables
deproduire
de telles substances in vitro.ln
sittt,
la démonstration de cephénomène
estplus
difficile. MARX & DnvvY(1969)
ont établi que
Leticopaxilliis
cerealis var.piceana (Pecti.) produit
deuxantibiotiques :
le
diatretyne nitryle
et lediatretyne
3 au niveau de lamycorhize
et de larhizosphère.
Ces substances assurent même la
protection
de racines nonmycorhizées
directementadjacentes
aux racinesmycorhizées (tabl. 2).
Suillus luteus estégalement
àl’origine
d’un effet d’antibiose
cependant
moinsmarqué.
A cet effet « à
distance », s’ajoutent
des mécanismes intervenant au niveau de la racine :- le manchon
mycélien (manteau
desectomycorhizes)
constitue unobstacle,
une barrière
mécanique
difficile à franchir pour certainsagents pathogènes. L’exemplc
le
plus
démonstratif est fourni par MARX(1969) (tableau 9).
Lesmycorhizes
de Pinustaedct
(inoculées)
ou de Pi!zus echinata(naturelles)
formant un manteaucomplet
etun réseau de
Hartig
trèsdense,
assurent uneprotection totale,
de la racine à l’encontre de P.cinrtanaomi,
tandisqu’un pourcentage
élevé demycorhizes
ne constituantqu’un
manteau et un réseau de
Hartig
trèspartiels
sont infectés par leparasite ;
-
l’agent pathogène
est confronté à des substances inhibitricesproduites
par l’hôte à la suite de l’infectionmycorhizienne.
Dès les
premières
tentatives depénétration
d’unchampignon mycorhizogène
oud’un
agent pathogène,
un processus de défense se déclenche chez laplante
et se traduitpar la
production
de substancesappartenant
auxphytoalexines.
MoonNDt & BAI LEY
(1984)
ont montré que l’associationendomycorhizienne
chezle
soja (Glycine max.)
exacerbe lasynthèse
de trois isoflavonoïdes :glyceolline I, coumestrol,
et daidzéine. La concentration de ces substances dans les tissus enparti-
culier le coumestrol
dépasse
les concentrationsqui,
invitro,
inhibent la mobilité d’un nématodephytophage (PratylencL2us spp.).
A cetteaugmentation
notable du tauxde ces substances inhibitrices dans les tissus
s’ajoute
le fait que leur accumulationpréexiste
àl’agression
desagents pathogènes.
Chez les
résineux,
KRUrn et al.(1973) rapportent
que la concentration de substancesappartenant
au groupe desterpènes
estmultipliée
par 30 à 40lorsque
lesracines de Pinus ecLzinata sont
mycorhizées
avec Pisolithus tinctorius ou Cenococcumgraniforme.
Ces substances sont volatiles et réduisent la croissancevégétative
d’ungrand
nombre dechampignons pathogènes (tabl. 10).
Conclusion
A la lueur de nos connaissances actuelles une conclusion
s’impose :
lesmycorhizes possèdent
incontestablement lacapacité
deprotéger
lesplantes
contre lesagents pathogènes d’origine tellurique.
Cetteprotection s’opère
à travers des mécanismesvariés, complémentaires qui agissent généralement
de concert. Mais l’existence et l’efficience de ces différents processus connaissent des variations notables selon laplante,
lechampignon mycorhizogène, l’agent pathogène...
Deplus l’expression
decette
protection
est subordonnée au conditions de l’environnement sol où a lieu la confrontationmycorhize-agent pathogène.
Les connaissances des facteursqui
modulent le fonctionnement des différents mécanismes font souvent défaut. Des
questions
essentielles demeurent sansréponses.
Dansquelles
conditionsl’aptitude prophylactique
desmycorhizes
contribue-t-elle à réduire lagravité
des maladiesd’origine tellurique Quelles
sont les influences despratiques
culturales sur cephénomène ?
Doit-onprendre
en considération cettecapacité
deprotection
commecritère de sélection des souches
mycorhizogènes ?
Ces énormes lacunes dans nosconnaissances interdisent pour l’instant de se prononcer sur l’intérêt
pratique
de lamaîtrise de ce
phénomène.
Les
mycorhizes, partie intégrante
de laplante,
offrent unpotentiel
naturel deprotection
contre lesaggressions parasitaires qui peut
sans douteparfaitement complé-
ter et
s’intégrer
à d’autres interventions visant à minimiser lesattaques parasitaires.
D’ailleurs en
pépinière
où lespertes
consécutives à diverses maladiesdépassent
fré-quemment
le bénéficeespéré
d’une meilleurecroissance,
la valorisation del’aptitude prophylactique
desmycorhizes
sera recherchée enpriorité.
Ni
panacée,
nichimère, trop longtemps ignorée,
lacapacité
offerte auxplantes
par les
mycorhizes
pour lutter contre lesagents pathogènes
est unpotentiel
de luttebiologique, qu’il
nous fautapprendre
àconnaître,
pour tenter de le maîtriser etde
l’exploiter.
Reçu
erzseptembre
1984.Accepté
en mars 1985.Summary
The
ability of mycorrhizae
toprotect plants against
diseases:panacea or chimera ?
The role of mycorrhizae as
biological
deterrents to diseases ofplants
are reviewed from the literature and author’sexperiments.
The examples cited revealed that mycorrhizal association can act either as a source ofimprovement
oraggravation
ofsanitary
state ofthe plants.
The
protective
ability was only demonstrated for certain soil borne diseases. Theexpression of this natural
potential
was related to several factors like nature of the hostsplants, mycorrhizal
symbiots, plantpathogens,
and conditions of the telluric environnement.The
practical exploitation
of this phenomenon requires more in depth studies about the favourable conditions forexpressing
the protective ability of symbiotic associations.Références
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