FACULTÉ DE
MÉDECINE
ET DEPHARMACIE DE BORDEAUX
ANNÉE 1901-1902 N°
9^ J
DU
DECDBITUS ACDTUS
Complication âes interventions gynécologiques
'lllÉSE POUR LE DOCTORAT EN M Kl litCi
présentée etsoutenue publiquement
le 25 Juillet 1902
'I/O4;j, vs\
Jean-Louis-Marcel GIRARD
Ancien interne des Hôpitaux
Lauréat(bis)desHôpitaux(Médailled'argent1899-1900;Médailled'argent1900-1901)
Ex Moniteur d'accouchements a la Faculté de Médecine
Membre de la Société d'Anatomie et de Physiologie de Bordeaux
Né à Ruffec(Charente), le 30mai 1879.
RIRI. BOURSIER, professeur.... Président.
LANELONGUE, professeur.... i POUSSON, agrégé >Juges.
CHAVANNAZ, agrégé \
Le Candidat répondra auxquestions qui lui seront faites sur les diverses
parties de l'Enseignement médical.
Examinateurs dela Thèse
BORDEAUX
IMPRIMERIE Y. CADORET
i", lîlk Phquelin-moi.ière, 17
1902
FACULTÉ DE
MÉDECINE
ET DE PHARMACIE DE BORDEAUXM. de NABIAS ». Doyen. | M. PITRES.... Doyen honoraire.
PROFESSEURS MM. MICE
DUPUY f Professeurshonoraires.
MOUSSOUS )
MM.
nv . t ) PICOT.
Cliniqueinterne j PITRES
Clinique externe. • jDEMONS.
\ LANELONGUE.
Pathologieetthérapeu¬
tique générales VERGELY.
Thérapeutique ARNOZAN.
Médecineopératoire... MASSE.
Clinique d'accouchements... . LEFOUR.
Anatomiepathologique COYNE.
Anatomie CANNIEU.
Anatomie générale et
histologie VIAUET.
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section de médecine (Pathologie interneetMédecinelégale).
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Pathologieexlei
section ie chirurgie et accouchements t MM.VILLAR.
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COURS COMPLEMENTAIRES Clinique des maladiescutanéesetsyphilitiques
Clinique des maladiesdes voies urinaires Maladies dularynx, desoreillesetdu nez
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Pathologie externe Pathologieinterne Accouchements Physiologie Embryologie Ophtalmologie
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POUSSON.
MOU RE.
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FIEUX.
PACHON.
PRINCETEAU.
LAGRANGE.
CARLES.
Le Secrétaire de la Faculté : LEMAIRE.
Pardélibérationdn 5 août 1S19, la Facultéaarrêté queles opinions émises dans lesThèses qui
sont presenteesdoivent être considéréescomme propres aleursauteurs, et qu'elle n'entend leur donner ni approbation ni improbation.
A MES PARENTS
A MES AMIS
MES CAMARADES DE L'INTERNAT
A Monsieur le Docteur CHAVANNAZ Professeuragrégé à la Faculté de Médecine de Bordeaux,
Chirurgien des Hôpitaux,
Membrecorrespondant dela Sociétédechirurgiede Paris.
A mon Président de Thèse,
Monsieur le Docteur André BOURSIER
Professeurde Cliniquegynécologique àInFaculté de
Médecine
deBordeaux,
Chirurgien des Hôpitaux,
Membre correspondant de laSociétédeChirurgie,
Officier del'Instructionpublique.
L'idée d'étudierle decubitiis acutus comme complication de l'hystérectomie vaginale nous a été
donnée
parM. le profes¬
seur agrégé Chavannaz. Une
clinique de M. le professeur Bour¬
sier et quelques cas de
decubitus
acutusobservés dans
son ser¬vice à lasuited'interventionsgynécologiques d'une autre nature
nous ontpermis d'étendre notre
sujet et d'étudier l'eschare sacrée
commecomplication des
interventions gynécologiques.
Nous tenons à remercier ici ces maîtres de la bienveillance
avec laquelleils nous ont
toujours accueilli et de l'aide dévouée
qu'il ont bien
voulu
nousprêter
pourmenerà bonne fin notre
thèse. Nous adressons particulièrement
l'expression de notre
vive gratitude à M. le professeur
Boursier
pourle très grand
honneur qu'il nous fait en acceptant
la présidence de notre
thèse.
Avant de commencer l'exposé de ce
travail,
nous avonsle
devoir de payer une dette de
reconnaissance
auxMaîtres de la
Faculté et des Hôpitaux qui ont
bien voulu s'intéresser particu¬
lièrement à nous. C'est à eux que nous devons toute notre
ins¬
truction médicale; aussi, au moment de notre départ, ne pour¬
rons-nous que leur exprimer tous nos
remerciements et toute
notre gratitude.
Nous avons faitnos deux premiers stages de
médecine dans
le service de M. le professeuragrégé
Rondot; c'est lui qui
nousa guidé dès nos débuts
dans la carrière médicale, et
nous adonné les premiers principes
de la clinique interne;
nousavonspu apprécier à cette époque
et dans plusieurs autres circons¬
tances toutes les qualités de ce maître
si savant et si bienveil-
— 10 —
lant à la fois; qu il reçoive ici l'assurance rie notre inaltérable reconnaissance.
Merci à M. le Dr Dubourg, chirurgien clésHôpitaux, dans le service duquel nous avons fait nos débuts en chirurgie.
Merci à M. le Dr Monod, chirurgien des Hôpitaux, et à M. le professeur agrégé Bégouin, alors chirurgien adjointde service,
pour l'intérêt qu'ils nous ont toujours porté. Stagiaire dans le service de M. le D1 Monod àl'Hôpital des Enfants, puis externe^
l'annéesuivante dans son service del'HôpitalSaint-André,nous avons eu l'honneur de passer dans ce même service notre pre¬
mière année d'internat. C'est à notre excellent Maître que nous devons de savoirun peu de chirurgie ; nous avons pu, pendant
les trois années passées auprès de lui, apprécier ses qualités
brillantes de chirurgien, et aussi ses nombreuses qualités mo¬
rales : bonté, douceur, bienveillance, désintéressement. L'inté¬
rêt qu'il nous a toujours témoigné nous a vivement touché, et
nous le prions d'accepter ici l'hommage de notre profond res¬
pect.
Notre dernière année d'internat, passée en partie dans le
service de M. leD1' Bouvet, nous a permis d'admirer la science de M. le professeur agrégé Sabrazès et de M. le Dr Lamacq;
nous remercions ces maîtres de leurs savantes leçons et des sagesconseilscliniques quenous avons puisés auprès d'eux.
Nous devons enfin rendre hommage à notre dernier maître, M. le professeur Moussous, chez lequel nous venons de termi¬
ner notre internatet que nous regrettons dequitteraussipromp- tement. A lui revient tout ce que nous savons en cliniqueinfan¬
tile, nous lui ensommes profondément reconnaissant.
Merci aussi à M. le professeur agrégé Andérodias, qui nous a
facilité notre tâche dansl'étude des accouchements,et àMM. les Drs Guément et Fromaget, de la policlinique, pour l'accueil
bienveillant qu'ils nous ont fait dans leurclinique.
Qu'il nous soit permis aussi d'adresser des remerciments bien sincères à MM. les professeurs agrégés Bégouin, Mongour
et Gentès, qui nous ont aidé dans la préparation du copcpurs de l'internat.
— 11 —
Enfin nous exprimons à nos
camarades de l'internat les
regrets que nous avons de
les laisser; ils peuvent être certains
que nous
n'oublierons jamais les bonnes années passées
aumilieu d'eux.
Nous terminons en assurantnos excellents camarades Roche
et Codet-Boisse, internes des hôpitaux, de notre sincère
amitié
;ils trouveronttoujours en nous un
ami dévoué.
D U
DECUBITUS ACUTUS
COMPLICATION DES
INTERVENTIONS GYNÉCOLOGIQUES
INTRODUCTION
Avant d'aborder l'étude du décubitus acutus comme
compli¬
cation des interventionsgynécologiques,il est
nécessaire de
nous expliquer sur ce termed'interventions gynécologiques. Qu'en¬
tendrons-nous par ces mots?
Nous
neferons entrer dans cette
dénominationque lesopérations
amenant
untraumatisme
grave,sérieuxdesorganes génitaux etpar
conséquent de tous les tissus
quiles entourent,
c'est-à-dire
quenousétudierons cette compli¬
cationdansThystérectomie
vaginale, Thystérectomie abdominale
et la
salpingo-ovariotomie,
enéliminant les opérations portant
sur le périnée 011 n'amenant pas
de traumatisme
grave,comme
l'hystéropexic par exemple.Nous allons successivement passer en revue :
I. L'historique de la question.
II. I.es symptômes du
décubitus acutus.
III. Le diagnostic et le
pronostic de
cetaccident.
- m -
IV. L'étiologie clans chacune des troisespèces d'interventions signalées plus haut.
V. La pathogénie de l'eschare sacrée.
VI. Le traitement.
VIL Les observations.
VIII. Nous termineronsparl'exposé de nos conclusions.
HISTORIQUE
On a étudié jusqu'à présent le
décubitus acutus
comme une complicationpossible de l'hystérectomie vaginale seulement et
onn'a pas encore réuni
les quelques observations isolées d'es-
ehares sacrées après lesautres
interventions gynécologiques qui
ont été publiées. Aussi allons-nous essayer
de réunir tous
cesfaits pour voir s'il n'est pas
possible de faire sortir de
ce grou¬pement des données
pathogéniques nouvelles.
Leprévost, le
premier,
en1892,
aucongrès français de chirur¬
gie de Paris (lre session), fait une
communication
surles
«Gan¬
grènes consécutives aux
résections sacro-coccygiennes
».Il
observequelquefoisaprès ces
interventions la gangrène de l'anse
intestinale tiraillée, et, dans d'autres cas, des « lésions qui par
» leur aspect, leur siège, leur
apparition soudaine et leur évolu-
» tion rapide offraient les traits caractéristiques
des troubles
» trophiques d'origine spinale désignés par
Samuel
sousle
nom» de décubitus acutus, ou, autrementdit, d'eschares à formation
» rapide ». Ce sont là les
premières lignes
parues surle décu¬
bitus acutus en tant que complication
d'interventions
surle
bassin, mais les observations de Leprévost signalent
l'eschare
des lèvres de la plaie, ce qui leur enlève toute
valeur
aupoint
de vue qui nous occupe. En effet, il
s'agissait plutôt d'une
com¬plication locale que d'une
complication
àdistance
commel'est
l'eschare sacrée consécutive à une laparotomiepar exemple.
Désormais l'attention des chirurgiens était attirée de ce côté, et, dans un article paru dans la Revue de chirurgie
de Paris
en 1892 (t XII),sur les « Résultatsimmédiats
etéloignés de l'hys¬
térectomie vaginaledans les cas decancerde
l'utérus
»,Terrier
et Hartmann publient unestatistique dans laquelle
ils signalent
trois cas de décubitus acutus sur trente-six hystérectomies vagi¬
nales pour cancer.
— 10 —
E. Bauclron, dans sa thèse de Paris (1894), intitulée « 1 hys-
térectomie vaginale appliquée au traitement chirurgical de
lésions bilatérales des annexes de l'utérus », signale simple¬
ment le décubitus acutus comme complication possible de ce genred'intervention.
En 1895, au Congrès de gynécologie, d'obstétrique et de pédiatrie de Bordeaux, Legueu fait une communication sur
(( les eschares sacrées consécutives à l'hystérectomie vaginale ».
Il en présente deux observations sur quinze hystérectomies vaginales et attribue cette lésion au tiraillement de filets ner¬
veux au cours d'une opération longue et difficile.
Segond, en 1897, publie, dans la Revue de gynécologie et de chirurgie abdominale,unarticle sur « le décubitus acutuscom¬
plication possible de l'hystérectomie vaginale ». Il en rapporte
six observations sur cinq cent quarante-deux hystérectomies vaginales; ses six malades ont été opérées pour lésions inflam¬
matoires de l'appareil génital.
La môme année,un élève de Segond, Thésée,fait sathèse sur le même sujet et reproduit les statistiques déjà parues, il rap¬
pelle simplement les idées de sonmaître surle décubitusacutus
sans rien ajouter de nouveau au travail de Segond.
En 1897 encore, au mois d'octobre, A. Noto rapporte dans la Hassegna di obsletr. e ggnecol., un cas de décubitus acutus con¬
sécutifà une laparotomie pour cysto-sarcome de l'ovaire droit.
Enfin, en 1899, Eraikin(dc Bordeaux) signale l'eschare sacrée
comme complication de l'hystérectomie vaginale dans son tra¬
vail sur« les acoidonls et complications del'hystérectomie vagi¬
nale ». Il rapporte deux observations de M. le professeur Bour¬
sier, (pie nous citons à la, lin de ce travail.
Depuis cette époque, MM. les professeurs Boursier et Eaue- longue et M. le professeuragrégé Chavannaz ont eu l'occasion d'observer cette complication,le premier, après l'hystérectomie
abdominale et des salpingectomies, les deux derniers après l'hysléreoloinir vaginale. Ils ont bien voulu nous donner leurs observations et nous permettre de les publier; nous tenons à les
en remercierici
SYMPTOMES
La symptomatologie du décubitus acutus consécutifaux inter¬
ventions gynécologiques ne diffère en rien de celle des troubles trophiques sacrés d'origine spinale. Nous verrons plus tard s'il
y a lieu de conclure de cette similitude d'évolution à une simi¬
litude de pathogénie.
La date du début de celte complication est très variable; elle survient, d'après Segond, entre le 3Bjour et le fie jour après l'hystércctomie vaginale (5 jours dans quatre cas, 3jours dans
deuxautres cas), à peu près dans les mêmesdélais pourLegueu.
Thésée, dans sa thèse, fixe une date moyenne allant du 3e au G8 jour.
Chez la malade de M. Chavannaz, l'eschare sacrée s'est pro¬
duite 5 ou Gjours après l'hystérectomie vaginale. Chez celle de
M. Lanelongue, l'cscliare est survenue A jours après la même opération.
Les observations de M. boursier montrent que l'on peut voir
survenir le decubitus acutus pluslongtemps après l'opération :
en effet, il l'a vu se produire, après une ovariotomic, le 9° jour,
et après doux hystérectomies vaginales le G" et le 13° jour.
Après l'hystérectomie. abdominale,
M. boursier
n'a observé qu'une gaule foisle déridelus acutus,3joursaprèsIintervention.
Donc on peut fixercomme limites extrêmes le 3°et le 13"jour
environ; et en examinant très attentivement les observations, il
est impossible d'établir une relation quelconque entre la rapi¬
dité du début des accidents et la difficulté ou la nature de
l'opération.
Quant à l'évolution de l'eschare sacrée, une fois qu'elle est constituée, et à sa terminaison, tous les auteurs sont d'accord
(ili'unl 'l
sur ce point et nous ne saurions mieux faire que de reproduire
ici l'excellente description clinique qu'en a faite M. Segond
dans son article de la Revuedegynécologie et de chirurgie abdo¬
minale. Voici comment il s'exprime : « Cinq jours après l'hys-
» térectomie vaginale dans quatre cas, et trois jours dans les
» deux autres, sans la moindre causedéterminante appréciable,
» nous avons constatéau siège et sur l'un des côtés de la crête
» sacrée, la brusque apparition d'une large plaque érythéma-
» teuse, limitée par un contour plus ou moins régulier, assez
» douloureuse à la pression, et compliquée d'une tuméfaction
» très accusée du derme et des parties sous-jacentes. En même
» temps, la température s'est toujours élevée et l'état généralest
» devenu plus ou moins mauvais. Puis les phases de l'eschari-
» fication se sont déroulées dans leur ordre accoutumé. En
» quelques heures, production de bulles à contenu roussâtre
» sur la plaque érythémateuse primitive, et, deux ou troisjours
» après, constitution définitive d'une eschare proprementdite,
» large au moins comme la paume de la main, et comprenant
» toute l'épaisseur des parties molles jusqu'à l'os. Et cependant,
» malgré l'étendue des lésions, malgré la dénudation constante
» et plus ou moins étendue du sacrum, nous n'avonseuà déplo-
» rer aucun accident. L'élimination des eschares etlaréparation
» des plaiesconsécutivessesontfaites, lentement,ilestvrai, mais
» sans encombre. Et toujours la cicatrisation définitive s'est
» montrée parfaite. Il me paraît superflu d'insister davantage
» pour montrerque ces eschares à formation rapide offrent une
» physionomie caractéristique et qu'elles n'ont absolument rien
» de commun avec les éruptions variées, furonculeuses ou
» autres, voire mêmeavecleseschares parcompression que l'on
» observe au siège, à la suite des interventions qui condamnent
» nos opérées à rester plusoumoins longtemps couchées sur le
» dos ».
A tous ces symptômes, il faut ajouter les troubles de sensi¬
bilité qui sont signalés seulement dans l'observationde M. Cha-
vannaz : anesthésie complète à lapiqûre dans la zonemortifiée,
avec conservation de la sensibilité à la chaleur; dans la zone
— 19 —
périphérique rougeâtre, la
sensibilité
àla piqûre est conservée,
mais un peu obtuse.
Nous n'avons rien à répondre à cette
description, si
cen'est
que peut-être l'auteur n'a pas assez
insisté
surl'élévation de
température qui est constante, et que
la grandeur et la
pro¬fondeur del'eschare sont éminemmentvariables. Quoi qu'il en
soit, il ressort de l'examen des malades trois choses
qui
sem¬blentêtre les caractères essentiels de la complication qui nous occupe; ce sont :
1° La rapidité de l'évolution des
eschares;
2° L'élévation therniométrique qui accompagne
le début de
leurformation;
3° La lenteur du processus de
réparation.
Ces trois caractères sont constants, toujours et dans toutes
les observations nous les retrouvons. L'élévation de tempéra¬
ture qui, au point de vue
de
sonintensité, est le plus variable
de ces trois éléments, existe néanmoins dans tous les cas, et si
le thermomètrene marque pas toujours une température
beau¬
coup plus élevée que
la veille (2/10 dans
un casde M. Bour¬
sier), il n'en est pas
moins vrai
quela courbe s'élève
un peu, marquant ainsil'apparition d'une complication nouvelle
aucours de la maladie.
Voilà donc comment évolue l'eschare sacrée. Et maintenant, qu'il nous soit
permis de
nous poserla question suivante
:Ne
peut-ilpas y avoir
des eschares qui n'arrivent jamais
auterme
de leur évolution et'qui, s'arrêtant, avortant pour
ainsi dire,
aussitôt après leur
début,
nesemanifestent
que par unelégère
élévation thermométrique dont on ne se
rend
pascompte? Il
arrive, en effet, quelquefois,
qu'après
uneintervention gynéco¬
logique du genre de
celles qui
nousoccupent,
onvoit
unjour
la température s'élever, sans
qu'aucune complication du côté
du péritoine, de la
plaie
oudes viscères vienne rendre compte
de cette augmentation de température.
Peut-être, si
onrecher¬
chait l'explication de ce
phénomène du côté du
sacrum,l'y
trouverait-on. Nous ferons cependant remarquer
combien il
estdifficile d'attribuer à une cause unique l'élévation de tempéra-
turc après une opération, car il peut y avoir ou <lo l'infection,
môme très légère, qui suffit ii la provoquer, et MM. Chavannaz
et Auché ont démontré <pie l'opération aseptique était un idéal que l'on ne pouvait pas atteindre. En outre, è cette cause de
lièvre, peut venir s'en ajouter une autre : nous voulons parler
de la fièvre consécutive à la résorption des produits toxiques qui se forment au niveau d'une région envoie demortification;
ce fait a été mis en lumière par Arloing', qui a noté l'élévation
de température chez le bélier, après l'opération de bistour- nage.
Il est donc extrêmement difficile de dire quelle est la cause
principale de la fièvre dans ce cas, mais le fait pratique qui
ressort de l'exposé précédent, c'est que le chirurgien devra
soupçonner le décubitus acutus toutes les l'ois que la malade
aurait présenté une douleur sacrée et de la température; il
pourra, dès lors, instituer le traitement prophylactique.
DIAGNOSTIC. PRONOSTIC
L'escharesacrée est d'undiagnostic extrêmement facile. Lors¬
qu'on verra, après une
opération portant
surl'appareil génital,
la malade accuser une douleur plus ou moins vive
du
côtédu
sacrum,que la température
s'élèvera
enmême temps, il faudra
aussitôt penserà la
formation du décubitus acutus. A la première
période,
c'est-à-dire avant la limitation de l'eschare,
onpourrait
peut être la
confondre
avecl'érythème sacré et fessier dû à la
compressionde la
région
surle lit; mais dans
ce cas,la
rougeurest plus diffuse,
moins limitée
quedans le
casd'eschare, la
douleur estmoins vive, latempérature nes'élève pas.
D'ailleurs,
on pourra
prendre dès
cemoment les précautions indiquées
plus loin au
traitement, et l'évolution très rapide de l'affection,
sa limitation et la chute de l'eschare 11e tarderont pas à
venir
éclairer le diagnostic.
Quant au pronostic, on peut le
considérer
commebénin
au point de vue del'existence des malades. En effet, grâce
auxsoins antiseptiques, on peut
facilement éviter toutes les compli¬
cations qui seraient dues à
l'infection de la plaie
:suppuration,
intoxication putride,
infection purulente, embolies gangréneu-
ses; Thésée, dans sa thèse,
cite
unseul
casde phlegmon de la
fesse qui était venu
compliquer l'eschare.
Cependant, il s'en
faut
quetoujours le pronostic soit aussi
bénin que veut bien le
dire M. Segond, qui considère le décu¬
bitus acutus comme un simple incident qui
n'entrave
enrien la
convalescence de la malade, mais qui retarde de quelquesjours
la guérison. M. le
professeur Boursier croit
eneffet
que,dans
son cas d'eschare sacrée consécutive à l'hystérectomie abdomi¬
nale, la malade n'a pu
supporter
uneopération aussi
graveà
— 22 —
cause de son mauvais état général, niais aussi qu'elle n'a pas pu faire les frais de son eschare qui entrerait ainsi en ligne de compte pour expliquer la mort de cette femme.
D'autre partla malade deM. Chavannazn'aétécomplètement guérie que cinq mois après le début de cette complication. 11
faut donc considérer le décubitus acutus comme un véritable accident des interventions gynécologiques, accident sérieux, puisque, s'il ne tue pas en général lamalade, il peut du moins
retarder très
longtemps
sa guérison complète.ETIOLOGIE
Le clécubitus acutus est une
complication
raredes interven¬
tionsgynécologiques.
11 suffit,
pours'en rendre compte, d'exami¬
ner les statistiques parues
jusqu'à
cejour. Nous allons repro¬
duireles différentesstatistiquesindiquant
le nombre de décubitus
acutus observés après
l'hystérectomie vaginale, et nous verrons
ensuite la fréquence de cette
complication après la laparotomie
pourlésions
de l'utérus et de
sesannexes.
Après
l'hystérectomie vaginale, Richelot mentionne cinq ou
six eschares sacrées sur 625 h ysté
recto mies
; cesopérations
étaient dirigées contre des
affections cancéreuses et non cancé¬
reuses de l'utérus.
La statistique de
Terrier et Hartmann est beaucoup plus
chargée,puisqu'ils
rapportaient 3 eschares sacrées sur 36 hysté-
rectomies vaginales pourcancer
de l'utérus.
Legueu, lui aussi, a une moyenne
très élevée : il a observé
deux fois le décubitus acutus sur 15
hystérectomies vaginales.
Mais Segond aeubeaucoup
moins d'accidents de ce genre; sur
542
hystérectomies vaginales, il n'a rencontré l'eschare sacrée
que six fois.
M. le professeur
Boursier signale seulement deux cas de dé¬
cubitusacutus après
l'hystérectomie vaginale
; cesdeux obser¬
vations, rapportées à
la fin de notre thèse, ont été publiées par
Fraikin dans son travail sur les «
accidents et complications de
l'hystérectomie
vaginale
».Quant àMM.
Lanelongue et Chavannaz, ils ont observé chacun
une fois seulement le
décubitus acutus après l'hystérectomie
vaginale.
En somme, on s'aperçoit
qu'après cette intervention l'eschare
— 24 —
sacrée est une
complication plutôt rare.Nous allons voir qu'elle
l'est encore plus après lalaparotomie. En effet, la seule observa¬
tion de décubitus acutus connue de nous après l'hystérectomie
abdominalenousaétédonnéeparM. le professeurBoursier.Après l'ovariotomie, M. Boursier n'a vu le décubitus acutus survenir
qu'une fois. A ce cas, il faut ajouter celui de A. Noto, survenu
après la laparotomie pour cysto-épithéliome del'ovaire droit.
Tels sont les renseignements que nous fournissent les statis¬
tiques sur la fréquence du décubitus acutus.
L'âge des malades a-t-il une influence sur la formation de l'eschare sacrée? Segond ne l'a vue survenir que chez des fem¬
mesjeunes, Terrier et Hartmann prétendent que l'âge est indif¬
férent. Les observations que nous rapportons à la fin de notre thèse montrent qu'il s'agit de femmes dont l'âge varie entre 30 et 51 ans. On ne peut donc rien affirmer de précis à ce sujet
et nous nous rangerons à l'avis de Terrier et Hartmann; pour nous, 1âge de lamalade n'a aucune influence sur le développe¬
mentultérieur d'une eschare.
Quant à l'influence de la nature de lalésion utéro-annexielle 4
sur la formation du décubitus acutus, la question est controver¬
sée. Tandis que pour Terrier etHartmann, cette complication ne survient qu'après l'hystérectomie vaginale pour cancer, d'après Segond, elle se manifeste surtout après la même opération pour fibronics et affections inflammatoires. 11 suffit d'examiner les faits avecun peu d attention pour se convaincre que la nature de la lésion utéro-ovarienne n'a aucune influence : en effet, Terrier etHartmann ne l'ont vue survenir que chez les femmes atteintes de cancer, Segond que chez les femmes ayant des affections inflammatoires; Legueu que dans des cas de
salpingo-ovarile;
M. Chavannaz après un cancer du col;j\1. Lanelongue après un adénome du col; enfin M. Boursier après un fibrome et après des- lésions
inflammatoires,
A. Noto après un cvsto-sarcome de l'ovaire. 11 est donc bien difficile de n'être pas éclectique et nous croyons pouvoir affirmer que l'es¬chare sacrée pourra survenir, quelle que soit la lésion utéro- annexielle dont soit atteinte lafemme.
j
Certains auteurs, Segond en
particulier,
ontnié l'influence,
commefacteurétiologiquedu décubitus
acutus,de la difficulté et
de lalongueur de l'opération.
Sur six des
casobservés
parlui
en effet, cinq sont survenus à la
suite d'interventions simples,
n'ayant*présenté aucune
difficulté opératoire; le
casde M. Cha-
vannazaussi a été simpleau point devue
opératoire. Mais dans
tous les autres cas, il s'agissait d'opérations
difficiles, ayant
nécessité des délabrements plus ou moins
considérables. Nous
verrons, au chapitre de la
pathogénie, comment
cefacteur peut
intervenir dans la formation de l'escharc sacrée; il en est de
même pour l'état général
des malades et les infections post¬
opératoires.
Le siège de l'eschare n'est, pas
toujours le même;
eneffet,
dans certains cas, on a trouvé l'eschare sur la crête sacrée,
exactement coupéeen deux
parties égales
parla ligne médiane;
on l'a encore rencontrée au niveau des articulations
sacro-ilia¬
ques, par conséquent un peu à
droite
ouà gauche de la.ligne
médiane. Maisjamais elle n'a été
franchement fessière
commel'est l'eschare des hémiplégiques à la
suite d'une hémorragie
cérébrale;elle est situéeau niveaudu sacrum, comme
dans les
affections médullaires.
Quant au nombre de ces eschares, il est
variable;
engénéral,
on n'en trouve qu'une. Mais deux
fois, M. Boursier
atrouvé
deuxeschares, lapremièreaprès
l'hystérectoinie abdominale, la
secondeaprèsune
hystéreclomie vaginale
pourannexite double
(Obs. Y).
L'étendue de l'eschare est variable; elle a souvent la dimen¬
sion d'une pièce de 50 centimes,
mais elle peut avoir aussi la
dimension d'une pièce de 5 francs et même
de la
paumede la
main (Obs. II). En
profondeur, elle peut
selimiter
auxparties
superficielles des
tissus, mais elle
vale plus souvent jusque
sur le plan osseux.
PATHOGÉNIE
Nous devonsmaintenantrechercher l'explication du décubitus
acutus considéré comme une complication des interventions gynécologiques. Hâtons-nous tout d'abord de dire que cette pathogénie est très obscure, mal connue et que l'on en est
encore réduit aux hypothèses.
Avant de nouslancer dans l'étudede cettepathogénie, faisons
dès maintenant remarquer que le décubitus acutus n'a été observé qu'à la suite d'interventions gynécologiquesnécessitant
un traumatismegrave de tous les tissus du petit bassin; en effet, après les opérations de redressement utérin, Thystéropexie, 011 n'observe jamais cette complication.Au contraire, dans l'hysté-
rectomie vaginale, dans l'hystérectomie abdominale, dans les
salpingo-ovariotomies, onpeut la voir survenir. Il y adonc une série d'interventions gynécologiques caractérisées par leur gra"
vité, et, disons le mot, souvent par leur brutalité en tant que traumatisme des tissus, à la suite desquelles on peut retrouver l'eschare sacrée.
Ce premier point bien établi, voyons quelles s*ont les expli¬
cations donnéesjusqu'à cejour de cette complication, etvoyons sion ne pourrait pas ajouter quelquesdonnées pathogéniques à
celles qui existent déjà.
Legueu, dans son rapport au Congrès de Bordeaux en 1893,
sur «les eschares consécutives à l'hystérectomie vaginale»,rap¬
porte au tiraillement des nerfs exercé pendant l'opération la
causedudécubitus acutus.On se trouve donc là enprésence d'un
trouble trophique. Pour lui, d'ailleurs, c'est la seule cause qui
amène la formation de l'eschare, car on ne peutl'attribuernià la compression, puisque pendant l'opération le siège n'est pas
comprimé, ni à
l'infection, ni
àla lésion utérine,
car onvoit
survenir cet accident après des opérations pour
des lésions de
nature bien différente, cancers, inflammations utérines et annexielles, suppurations pelviennes,
fibromes.
PourSegond, il s'agitd'un trouble
trophique dû
à un proces¬sus qui a pour point de départ
les
manœuvresde l'hvstérecto-
mie, il met en avant les tiraillements et surtout
la forcipressure
qui étreint et
meurtrit des filets
nerveuxplus
oumoins impor¬
tants. Cette opinion, dit Segond, est
corroborée
parl'observa¬
tion de Charcot;il s'agit d'une malade portant
dans le flanc
gau¬che une tumeurqui comprimait les
nerfs sciatique et crural
gau¬ches; cette femme avait des
douleurs qui suivaient le trajet de
ces nerfs, elle présenta une eschare sur
la fesse gauche. Ce fait
montre bien l'influencede lacompression des filets nerveux sur
le développement des eschares.
D'ailleurs Segond observe
qu'outre cette cause et
les données étiologiques signalées au
chapitre précédent,il faut invoquer,
pourexpliquer la formation
dudécubitus acutus dans les quelques cas où
il existe,
unepré¬
disposition
individuelle,
ausujet de laquelle il s'exprime en ces
termes :
« En présence de ces
faits, et considérant, d'autre part, que
» dans un très grand nombre
d'hystérectomies faites
pourde
» grosfibromes non
compliqués de lésions inflammatoires irri-
» tatives, le décubitus acutus ne
s'est jamais montré, n'est-il
» pas naturel de se
demander si la prédisposition cherchée ne
» se trouve pas réalisée,
surtout chez les femmes atteintes de
» phlegmasies
péri-utérines plus
oumoins anciennes et suscep-
» tibles de provoquer dans
les nerfs du voisinage des lésions
» irritatives larvées, si je puis ainsi dire,
qui trouvent dans le
» traumatisme opératoire les
conditions voulues
pours'aggraver
» et se propager? »
Il nous semble que cette
pathogénie est incomplète et
quel'examen attentifdes observations peut nous permettre d'ajou¬
ter d'autres données au problème. Il
s'agit bien,
commel'a
fait remarquer Segond,
d'un
processusirritatif, d'un véritable
trouble trophique. Comment se
produit-il? Peut-être le bout
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central des nerfs qui ont été arrachés au cours de l'opération
est-il atteint de névrite ayantun retentissement sur la moelle et les centres trophiques, et de là sur les nerfs qui président à la
nutrition de la peau, et peut-être trouverait-on, comme l'ont
trouvé chez les tabétiques, Joffrov et Achard, des névrites des nerfs cutanés au voisinage de l'eschare, et encore pourrait-on
dire que ces névrites sont peut-être secondaires; la question
semble difficile à résoudre; en toutcas, ce qui est certain, c'est qu'il doit y avoir une lésion organique, ou au moins un trouble
dynamique de la moelle; étant donné la similitude d'évolution dudécubitusacutus consécutifaux interventionsgynécologiques
et de l'eschare sacrée consécutive aux lésions médullaires, nous
croyons pouvoir conclure à une pathogénie semblable.
Il existe d'ailleurs un fait qui, s'il n'indique pas une simple coïncidence, pourrait venir confirmer cette opinion. Lesrecher¬
ches de Head, publiées dans le Brain en 1893, et reprises en 1901 par Duballen (Thèse de Bordeaux), ont montré que la
douleur utérine avait un retentissement du côté du sacrum.
D'après Ilead, en effet, « la partie inférieure du canal cervical
» semblecorrespondre auxtroisièmeet quatrièmezonessacrées,
» alors que la partie supérieure, dans la région de l'orifice
» interne, correspond aux onzième et douzième zones dorsa-
» les ». Il nous est donc permis de nous demander si cette
projection sacrée de la douleur utérine ne correspond pas à
une distribution spéciale des nerfs viscéraux,qui, lésés au cours d'une opération grave, s'irriteraient, s'enflammeraient pour aboutir à la formation d'une eschare.
À ces faits, il faut joindre l'opinion de A. Aoto, qui publia
dans la Rassegna d'obstelr. e gynécol. une observation de
décubitus acutus après laparotomie, pour cysto-sarcome de
l'ovaire droit. Cet auteur attribue le décubitus acutus à la seule irritation des nerfs trophiques, et il croit que dans son cas il
était dû à un trouble circulatoire parirritation des nerfs vaso- moteurs. 11 conclut que dans les conditions presque de ca¬
chexie, comme dans le cas qu'il a rapporté, intervient une irritation desnervi-vasorum, qui peut avoircomme conséquence