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Programme Liteau III - Respireau

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Academic year: 2022

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Représentation systémique discutée des interdépendances entre activités humaines et ressources en eau sur le littoral

Application aux Pertuis charentais (Charente-Maritime) et à la Baie du Robert (Martinique)

Discussed systemic representation of interdependences between human activities and water resources on the coastal zones

Application in the Pertuis charentais Sea (Charente-Maritime) and in Robert Bay (Martinique)

Programme Liteau III - Respireau

Rapport final

Juin 2011

Coordonnées du laboratoire :

Aménités et dynamique des espaces ruraux (ADBX), Cemagref Centre de Bordeaux, 50, avenue de Verdun 33612 Cestas Cedex

Identité et coordonnées du responsable du projet de recherche :

Valérie Deldrève

Chargée de recherches en sociologie,

ADBX, Centre de Bordeaux. Tél : 05 57 89 01 91, fax : 05 57 89 08 01, [email protected]

N° de contrat : 0001129 Date du contrat : 19/12/2007

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Sommaire

SOMMAIRE ...3

RÉSUMÉ LONG ...5

RÉSUMÉ COURT ...12

RAPPORT SCIENTIFIQUE...15

PRESENTATION DE LEQUIPE DE RECHERCHE...16

INTRODUCTION GÉNÉRALE...17

PARTIE I LA DÉFINITION DES ENJEUX LOCAUX DE L’EAU. ENTRETIENS AUPRÈS DES ACTEURS LOCAUX ...25

INTRODUCTION...26

1.RELATIONS FORTES ENTRE ACTIVITES ET RESSOURCE EN EAU SUR LES PERTUIS CHARENTAIS...27

1.1.Un territoire entre terre et mer, socialement investi ...27

1.1.1.Des activités primaires fragilisées et un secteur touristique en évolution ...28

1.1.2.Une urbanisation du littoral qui inquiète...30

1.2.Une diversité d’enjeux relatifs à la ressource en eau...30

1.2.1.La qualité de l’eau : préoccupation faiblement publicisée ...30

1.2.2.La répartition de la ressource : concurrence entre différents usages ...34

1.2.3.Les désaccords autour de la gestion des niveaux d’eau en marais ...37

2.LA QUALITE DE LEAU EN QUESTION : INQUIETUDE ECOLOGIQUE SUR LA BAIE DU ROBERT...39

2.1.L’héritage d’une histoire coloniale et de choix politiques de développement...39

2.1.1.Lecture historique des problèmes liés à l’urbanisation ...39

2.1.2.Quelle voie d’avenir pour l’agriculture et la pêche au Robert?...41

2.1.3.Littoral et îlets : atouts touristiques et contraintes environnementales...44

2.2.Une qualité de l’eau très préoccupante ? ...45

2.2.1.Mangrove et fonds marins, les étalons de mesure...45

2.2.2.Paradoxes sur l’état qualitatif de l’eau...46

2.2.3.Aux origines de la pollution ?...47

CONCLUSION...51

PARTIE II LES APPROCHES ÉCOSYSTÉMIQUES OU LES SUPPORTS DE DISCUSSION À L’INITIATIVE DES CHERCHEURS ...53

INTRODUCTION...54

1.LES BASSINS VERSANTS CONDITIONNENT-ILS LAVENIR DU TERRITOIRE DE LA BAIE DU ROBERT ?...55

1.1.Les indicateurs agro-environnementaux : représentation cartographique de la vulnérabilité à l’érosion du territoire ...55

1.1.1.Rappel des enjeux liés à la qualité des eaux ...55

1.1.2.Les indicateurs spatialisés de vulnérabilité à l’érosion ...56

1.2.Représentation systémique et modèle D-P-S-I-R...65

1.2.1.Le modèle DPSIR, une trame pour la structuration de la pensée et des discussions...66

1.2.2.Représentation de l’écosociosystème : une approche spatialisée à partir des services écosystémiques ...67

1.3.Les scénarios d’évolution du territoire de la baie du Robert ...73

1.3.1.La démarche de prospective environnementale de l’écosociosystème baie du Robert : cadre théorique...74

1.3.2.Principes méthodologiques et construction des scénarios...75

1.3.3.Résultats : deux scénarios contrastés et normatifs ...76

1.3.4.Synthèse et discussion ...83

2.LES INTERDEPENDANCES AUTOUR DE LA QUALITE DE LEAUDANS LES PERTUIS : POUR UNE APPROCHE PAR LES SERVICES ECOSYSTEMIQUES...86

2.1.Présentation du cadre logique du Millenium Ecosystem Assessment (MEA) ...86

2.1.1.Une notion qui tendrait à se diffuser… mais toujours en débat ...86

2.1.2.Les interdépendances entre les services...90

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2.1.3.Les déclinaisons locales...93

2.2.Approche économique d’un service socio-culturel : la pêche à pied récréative ...96

2.2.1.Les services récréatifs du MEA ...96

2.2.2.Méthodologies d’évaluation économique ...97

2.2.3.Quels résultats ?...105

2.2.4.Conclusion et perspectives ...116

2.3.Pour une lecture de la conchyliculture dans le cadre MEA ...118

2.4.Une application au cas du foncier agricole littoral ...124

2.4.1.Introduction et /problématique...124

2.4.2.Littoral charentais : terrain d’étude et occupation du sol ...126

2.4.3.Données et méthode...128

2.4.4.Développement empirique et résultats...130

2.4.5.Retour sur l’approche par les services : commentaires et perspectives...137

2.5.Le MEA appliqué à l’agriculture ...138

2.5.1.Caractérisation de l’écosociosystème – approche systémique ...139

2.5.2.Approche par les services écosystémiques ...142

2.5.3.L’agriculture dans le bassin versant de la Charente...145

2.5.4.Méthodes ...146

2.5.5.Principaux résultats...151

CONCLUSION...163

PARTIE III DISCUTER CES APPROCHES ÉCOSYSTÉMIQUES AVEC DES NON-CHERCHEURS ANALYSE EN TERMES DE PERMÉABILITÉ DES MONDES SOCIAUX ET COCONSTRUCTION DE CONNAISSANCES...165

INTRODUCTION...166

1.UNE SITUATION DE RECHERCHE HORS LABORATOIRE...168

1.1.L’organisation sociale de l’activité scientifique en questions de postures ...168

1.2.Constitution de deux groupes de discussion et méthodologie relative à la coconstruction de connaissances ...175

2.UNE LECTURE DES DISCUSSIONS EN TERMES DE SURFACE DU QUESTIONNEMENT...185

2.1.L’enjeu « érosion » - « turbidité » ...187

2.2.Les scénarios d’évolution du territoire...194

2.3.L’approche des interdépendances par les services écosystémiques et le cadre logique du MEA ...201

2.4.L’opérationnalité ou l’aide à la décision ...210

2.5.Conclusion...220

3.POUR COMPRENDRE LA VARIETE DES DISCUSSIONS EN TERMES DE SURFACE DU QUESTIONNEMENT...221

3.1.Des éléments contextuels ...221

3.2.Influences de la configuration des groupes de discussion et caractéristiques sociales des participants 222 3.3.Des objets-frontière à la diversité des objectifs de coopération...225

3.4.A propos du contrôle exercé sur la production et les activités de chaque catégorie d'acteurs ...229

CONCLUSION...233

CONCLUSION GÉNÉRALE ...236

BIBLIOGRAPHIE ...242

LISTE DES FIGURES...255

LISTE DES TABLEAUX...256 ANNEXES

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Résumé long

Représentation systémique discutée des interdépendances entre activités humaines et ressources en eau sur le littoral

Application aux Pertuis charentais (Charente-Maritime) et à la Baie du Robert (Martinique)

Axes 4 (vulnérabilité et risque sur la ressource en eau) et 5 (GIZC)

1. Contenu et objectifs du projet – rappel et évolutions

Notre problématique générale ainsi résumée dans le texte de réponse à l’APR - comment assurer l’intégration des connaissances scientifiques dans les processus de décision ? – a été déclinée en question de recherche spécifique, commune à nos deux sites d’étude – les Pertuis charentais (site principal d’étude) et la baie du Robert en Martinique : comment mettre en discussion les interdépendances entre activités, autour de la question de la ressource en eau, pour permettre la prise en compte de ces interdépendances par les acteurs locaux ?

Ce questionnement nous a conduits à identifier trois dimensions qui constituent les trois temps de notre projet :

la formulation par les acteurs locaux des enjeux liés à la ressource en eau

la caractérisation et la représentation systémique de ces interdépendances, via la construction d’un écosociosystème

l’organisation et l’analyse d’échanges entre scientifiques et gestionnaires autour de cette représentation.

Ces trois dimensions ont été investies sur nos deux sites d’étude et leurs espaces terrestres associés - sites différenciés sur les plans biophysique, social et institutionnel et sur lesquels notre équipe de recherche bénéficiait d’une expérience des relations entre chercheurs et gestionnaires de la ressource en eau et des zones côtières ainsi que de réflexions et d’expérimentations antérieures en matière de gestion intégrée. Par ailleurs, les Pertuis constituent un des sites d’étude du projet européen Spicosa (Science and Policy Integration for Coastal Systems Assessment), auquel une partie de notre équipe de recherche participait.

Ces dimensions ont été appréhendées grâce à plusieurs entrées disciplinaires :

une entrée sociologique relative à la définition des enjeux liés à l’eau par les acteurs- gestionnaires et à l’identification des réseaux qui se dessinent autour de ces enjeux, puis à l’organisation et à l’analyse des groupes de discussion scientifiques-gestionnaires ;

La représentation et l’évaluation économique des relations entre activités et milieux, autour notamment de deux enjeux pré-identifiés : les activités de loisirs littoraux, et plus spécifiquement la pêche à pied ; les relations entre activités agricoles et résidentielles dont témoigne le marché foncier. Seule cette double entrée a été spécifique aux Pertuis, dans la mesure où l’équipe de la Martinique ne comptait pas d’économistes ;

une entrée agroenvironnementale et agro-hydrologique visant la représentation des flux de nutriments, de pesticides et la prise en compte des impacts sur les milieux des activités humaines et des différents phénomènes de transferts (polluants, nutriments, sédiments…),

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la représentation des interdépendances et la définition de scénarios à soumettre aux gestionnaires.

Sans que cela remette en cause ces trois entrées, ni les trois dimensions du projet, notre questionnement général a rapidement évolué pour se centrer autour des problèmes liés à la qualité de l’eau. Ce recentrage, relatif dans la mesure où les problèmes de quantité et de qualité sont associés, s’est opéré avec le souci d’autonomiser le projet Respireau de Spicosa.

L’objectif était de lui donner une visibilité propre, de compléter l’approche Spicosa focalisée quant à elle sur la question de la quantité et de la répartition de l’eau dans les Pertuis, et de favoriser le travail de mise en cohérence entre nos deux sites d’étude, dans la mesure où en Martinique prédominaient les problèmes de dégradation des eaux littorales.

Les autres évolutions majeures de notre projet sont d’ordre méthodologique et relatives aux contextes locaux dans lesquels il s’inscrit. Sur les Pertuis, au regard du nombre de projets en cours portant sur l’eau (Spicosa, étude BRGM-agence de l’eau…), l’option a été prise d’investir l’approche par les Services écosystémiques (SES) du Millenium Ecosystem Assessment (MEA) qui n’était pas pré-sentie lors de la réponse à l’APR. En plein essor tant dans le monde de la recherche que dans celui des politiques environnementales, elle s’est avérée à la rencontre des préoccupations des gestionnaires de l’eau (en termes d’outils mobilisables dans le cadre de leurs missions) et des compétences de l’équipe recherche. Pour la Baie du Robert, la plus faible densité des projets de recherche liés à l’eau et les liens de filiation entre Respireau et le projet Liteau 2 précédemment mené (Dao et al., 2008) ont conforté les choix de représentation écosociosystémique de départ (à partir d’indicateurs composites spatialisés). En revanche, cet héritage et celui des rapports socio-ethniques ont incité l’équipe à élargir les groupes de discussion à une pluralité d’acteurs (non seulement gestionnaires - pour la plupart métropolitains -, mais aussi élus et socioprofessionnels). Les groupes de discussion dans les Pertuis sont restés limités à la configuration initiale chercheurs-gestionnaires pour répondre aux critères méthodologiques que nous nous étions fixé dès le début du projet.

Précisons à ce sujet que, sur chacun des sites, le comité de suivi du projet et les groupes de discussion, distingués initialement dans la réponse à l’APR, ont été confondus : il nous a semblé en effet difficile de distinguer ce qui relevait de la coconstruction du projet (de sa démarche, de sa progression) de ce qui relevait de la coconstruction d’une représentation commune Parallèlement nous avons abandonné la dichotomie proposée dans la réponse à l’APR entre scientifiques et gestionnaires pour celle de chercheurs/ gestionnaires ou non chercheurs, plus apte à rendre compte de la culture scientifique dont ces derniers ont témoigné dans les entretiens préalables à la tenue des groupes de discussion.

2. Présentation des travaux de recherche et principaux résultats approfondissement et intégration des connaissances

Nous résumerons ci-dessous, pour les trois temps de notre projet, ses principales avancées en extrayant celles qui ont trait à la transférabilité et qui alimenteront la dernière partie de ce résumé.

Le point de vue des acteurs sur les enjeux de l’eau

Pour commencer, l’analyse sociologique des entretiens réalisés auprès des acteurs locaux a mis en exergue la dimension éminemment territoriale et sociale des enjeux de l’eau. En témoignent le traitement et la publicisation différenciés des problèmes de quantité et de qualité dans les Pertuis, où celui de la répartition de cette ressource est construit et « régulé » au sein de réseaux d’acteurs structurés et centralisés. Celle de la qualité - qui préoccupe pourtant nombre d’acteurs et notamment les ostréiculteurs - est contenue dans des réseaux

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dispersés, sans faire l’objet de scènes de débats publics, et ce bien que l’agriculture soit - comme pour les problèmes d’étiage - la principale incriminée. Dans la baie du Robert, c’est la dégradation de la mangrove et des fonds marins qui cristallise les préoccupations en termes de qualité de l’eau. Sont mis en exergue les problèmes d’urbanisation du littoral, de diminution du foncier agricole, sans qu’une activité spécifique soit désignée responsable. Peu d’acteurs font état par ailleurs de la pollution au chlordécone (pourtant publicisée il y a quelque temps) et les aquaculteurs disent ne pas être affectés dans leur activité par la dégradation de la qualité de la baie. Il semblerait que sur chacun des sites la publicisation d’un problème de qualité de l’eau soit crainte pour ses effets de publicité négative.

Les travaux des chercheurs et la production d’une représentation écosystémique

Sur le Robert, cette production a permis de prolonger les résultats de Liteau 2, de les soumettre à discussion, de continuer à développer des indicateurs de vulnérabilité, et - à travers eux - la connaissance des phénomènes complexes de dégradation de la qualité de la baie. Elle aura également permis d’opérer une première déclinaison de la notion de service écosystémique à l’échelle territoriale étudiée, et de proposer, au travers de scénarios, une compréhension des interactions entre services et activités humaines sur ce territoire.

Dans les Pertuis, les productions des chercheurs abordent la qualité de l’eau à travers quatre types d’usage de la ressource et du milieu, en replaçant chaque usage dans le cadre logique du MEA. Au-delà de la lecture qualitative des interdépendances que ce cadre met en exergue, des travaux de quantification ont été menés. Le premier d’entre eux a permis d’attribuer une valeur économique à la pêche à pied récréative et de montrer conjointement les variables qui influencent cette pratique et peuvent jouer un rôle en matière de régulation des gisements naturels locaux. Une autre étude économique quantifie à travers les prix du foncier agricole et résidentiel, l’attractivité du littoral et interroge les effets du développement du marché résidentiel actuel. Une troisième étude quantifie quant à elle les effets sur la qualité de l’eau des pratiques agricoles et de leurs changements potentiels.

Tout comme l’approche plus qualitative des services rendus par la conchyliculture, ces études ont renforcé les connaissances des problèmes multi-facettes de l’eau.

A l’objectif de construction d’une représentation écosociosystèmique qui puisse intégrer les apports de l’agroenvironnement et de l’écologie, ainsi que de l’économie pour les Pertuis, répondent deux types de production en Martinique : une représentation cartographiée des activités humaines et des services rendus en lien avec la qualité des eaux douces et littorales, puis (dans une perspective plus prospective) des scénarios d’évolution de la baie du Robert.

C’est essentiellement l’approche agro-environnementale via les indicateurs de vulnérabilité à l’érosion qui a alimenté ces supports (conformément à notre réponse à l’APR pour la partie baie du Robert), et c’est plus en aval dans la présentation des résultats Liteau 2 et du scénario dit intermédiaire que les connaissances des écologues de l’équipe ont été intégrées comme éléments de discussion. Dans les Pertuis, la production d’une représentation inédite interdisciplinaire s’est faite via l’appropriation d’un nouveau cadre, le MEA, qui s’est avéré opérationnel pour à la fois rendre compte des interdépendances autour de la ressource, intégrer leurs différentes approches et répondre aux attentes pré-senties des gestionnaires. Les contributions au rapport final font part presqu’unanimement d’une nécessaire interdisciplinarité : l’écologie est nécessaire pour développer une approche de la « qualité » du service de la pêche à pied ; l’analyse (économique) foncière permettrait d’intégrer dans les scénarios des agro-environnementalistes les effets du développement résidentiel sur la ressource en eau. Cette nécessité n’est pas un simple constat pour notre équipe, elle est aussi une expérience : celle de nombreuses réunions où les chercheurs ont discuté de leurs résultats et méthodologies respectifs, du support de représentation adéquat, de l’intérêt de l’approche

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SES-MEA, de la notion de services et de drivers, de ce qu’elle pouvait recouvrir dans chacune des approches disciplinaires, et enfin des résultats et méthodologies réunis dans ce cadre. En ce sens, le MEA a facilité et nourri les échanges interdisciplinaires. Bien sûr l’objectif d’intégration – bien avancée - demande à être poursuivi, du fait des exigences d’un tel processus qui ne pouvaient être toutes satisfaites dans le temps du projet (ajustement des catégories, données, échelles ou unités d’analyse respectives).

L’analyse des échanges chercheurs-non chercheurs en termes de coconstruction

Cette analyse nous a conduits à définir la coconstruction comme un processus de production de connaissances au cours duquel se redéfinissent progressivement ce qui peut être produit collectivement ainsi que le rôle et les attentes des participants. L’élaboration d’une problématique d’action commune pour lutter contre la dégradation de la qualité de la baie du Robert, l’ajustement d’un nouveau référentiel conceptuel – celui du MEA – pour les Pertuis, constituent deux types de production, pour lesquels les uns et les autres ont confronté leurs connaissances et points de vue. Cette confrontation a permis d’inscrire l’évolution de la baie du Robert dans une perspective temporelle plus importante (dimension rétrospective) ou a fait émergé de nouvelles notions ou catégories (comme celles de service-fonction ou de bien-être écologique) qui sont venues enrichir le questionnement proposé par les chercheurs des Pertuis. Les échanges, structurés sur ce terrain autour d’objet-frontière (comme les notions de service ou de bien-être) ou autour d’objectif de coopération en vue d’action (comme le projet de territoire ou la charte sur le Robert), montrent la pluralité des productions potentielles mais aussi des formes de coopération qui se nouent. Sans revenir ici sur les facteurs de cette diversité (inhérentes aux contextes locaux ou à nos propres choix méthodologiques), nous pouvons souligner qu’elle montre aussi comment se coconstruisent également les règles de la participation et le partage des rôles (ainsi les gestionnaires invités pour leur expertise sociale et professionnelle ont-ils fortement interrogé la rigueur scientifique des données et méthodes).

3. Transférabilité et rapport à la décision : apports et réflexion dans la continuité de l’analyse des échanges

L’analyse des échanges montre combien les approches plus disciplinaires et quantitatives ont été discutées. Au terme du projet, des gestionnaires ont sollicité les chercheurs pour poursuivre la coopération autour de l’évaluation économique de la pêche à pied, de celle du foncier sur la Charente, et du travail sur les scénarios agricoles sur le Bassin versant de la Charente. Les échanges très denses relatifs à l’enrichissement et au renseignement plus complet du cadre MEA n’ont pas été suivis de demandes aussi explicites (seuls un souhait de restitution et une interrogation sur la valorisation et les suites données aux projets ont été formulés). Toutefois ils ont d’ores et déjà conduit à codéfinir les conditions d’opérationnalité de la démarche MEA.

Cette dernière contribution nous invite à conclure sur l’intégration des connaissances dans le processus de décision et l’apport d’un projet tel Respireau. Celui-ci représente ce que nous avons appelé une « trading zone » (Galison, 1987). Le rapport à la décision y est certes indirect mais diversifié. Au Robert, il est médiatisé par la présence d’un élu de la mairie et la définition d’un projet d’action voulu participatif (une charte). Dans les Pertuis, il est une préoccupation omniprésente des gestionnaires qui ont donc coconstruit avec les chercheurs les conditions du transfert des connaissances et outils scientifiques sur les scènes de débat où se définit l’action publique. Par ailleurs, notre analyse en termes de porosité entre champs représentés (recherche, gestion de l’eau, socioprofessionnels, élus) invite à penser l’intégration des connaissances scientifiques dans les processus de décision tel un processus en soi, continu et polymorphe, auquel participent les « trading zones », tels les groupes de Respireau. Ils contribuent notamment à entretenir et encourager les liens entre recherche et

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gestion, figés a priori dans un partage des tâches entre réflexion et action, intellectuel et opérationnel, qui peut être redéfini le temps des discussions.

Valorisation scientifique Publications scientifiques

CHAVENT, M., LECHEVALLIER, Y., VERNIER, F., PETIT, K. (2008). Monothetic Divisive Clustering with Geographical Constraints. Compstat 2008, Brito, P., Springer-Verlag, Heidelberg, DEU, p. 67-76.

DACHARY-BERNARD, J., and LYSER S. (2010) Analyse comparée des mécanismes de prix des différents marchés fonciers : terres agricoles et littoral en Charente-Maritime (France), Canadian Journal of Regional Science, 33, 2.

En cours

DACHARY-BERNARDJ., F.GASCHET, S. LYSER, G. POUYANNE, and S.VIROL (en révision) L’impact de la littoralisation sur les marchés fonciers, Economie et Statistique, n° spécial "Foncier agricole".

CANDAU J. ; DELDREVE V. ; DEUFFIC Ph., (en cours d’évaluation), Publicisation contrôlée de problèmes territoriaux autour de l’eau. Le cas des Pertuis charentais (France), SociologieS.

Parmi les projets de publication des membres de l’équipe

- un article pour valoriser l’ensemble de la démarche Respireau, dans une revue valorisant l’interdisciplinarité

- un article sur l’application du cadre MEA au cas des Pertuis

- un article sur l’analyse des groupes de discussion et la production des connaissances « hors laboratoire »

Communications

BACHER, C., BALLE-BEGANTON, J., NEVEU, J., RETHORET, H., VERNIER, F., BORDENAVE, P., MONGRUEL, R. AND J. A. PÉREZ AGÚNDEZ, Modeling freshwater uses in coastal areas – the case of Pertuis Charentais (France), 2010, In David A. Swayne, Wanhong Yang, A. Voinov, A. Rizzoli, T. Filatova (Eds.) “Modelling for Environment’s Sake”, Proceedings of the 2010 International Congress on Environmental Modelling and Software, Fifth Biennial Meeting, July 5 – 8 2010, Ottawa, Canada.

CANDAU J., DELDREVE V., DEUFFIC Ph., 2010, Publicisation contrôlée des enjeux territoriaux autour de l’eau. Le cas des pertuis charentais (France), communication au colloque Eau, lien social et dynamiques locales, AISLF CR23/Association tunisienne de sociologie (ATS) /Laboratoire Régions et Ressources Patrimoniales de Tunisie, Tunis, 15, 16 et 17 Avril 2010.

DACHARY-BERNARDJ.,GASCHETF.,LYSERS.,POUYANNEG. AND VIROLS.(2011). « Les gradients fonciers littoraux. Application au Poitou-Charentes et à la Côte Basque », Communication au 48ème colloque de l’ASRDLF, 6-8 juillet 2011, Schœlcher, Martinique.

DACHARY-BERNARDJ.,GASCHETF.,LYSERS.,POUYANNEG. AND VIROL S. (2010) ”le rôle principal de la littoralisation sur les dynamiques foncières et immobilières », colloque ASRDLF- AISRe, 20-22 septembre, Aoste, Italie.

DACHARY-BERNARD J. & LYSER S. (2009) « La valeur des terres approchée par la méthode des prix hédonistes : une application au territoire littoral de la Charente-Maritime », XLVIème colloque de l’ASRDLF, 6-8 juillet 2009, Clermont-Ferrand.

MANGEOT L., ROCLE N. (2009) Présentation des actions LITEAU sur le site-atelier de la Baie du Robert au 5e forum mondial de l’eau à Istanbul, mars 2009, pour l’Office de l’eau Martinique.

ROCLE N., BRAY X., NIVET A-C., GRESSER J., DE LA FOYE F-X. (2011). « Processus érosifs et transport solide en milieu tropical insulaire, cas des bassins versants de la baie du Robert, Martinique,

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FWI », communication au colloque international AUF et réseau de chercheurs EGCES Lutte anti- érosive et productivité des terres agricoles tropicales, novembre 2011, Haïti (colloque non tenu, mais contribution retenue pour projet de publication).

ROCLE N., KRIEGER S-J., (2010). « Des mots aux actes pour une gestion locale et durable de l’eau.

L’exemple du territoire de la baie du Robert en Martinique », 4èmes journées de recherches en sciences sociales, SFER - INRA - CIRAD, 9 et 10 décembre 2010, Rennes.

VERNIERF., BORDENAVE P., CHAVENT M., LECCIAO., PETIT K (2010).Modelling scenarios of agriculture changes on freshwater uses and water quality at a large watershed scale – the case of the Charente watershed (France) in Proceedings of the 2010 International Congress on Environmental Modelling and Software, Fifth Biennial Meeting, July 5 – 8 2010, Ottawa, Canada

Working papers

DACHARY-BERNARD J., GASCHET F., LYSER S., POUYANNE G. and VIROL S. (2011),

« L’impact de la littoralisation sur les valeurs foncières et immobilières: une lecture différenciée des marchés agricoles et résidentiels », working paper, Cahiers du GREThA n°2011-07, 31p

Rapports et mémoires

BRAY X., (2008) Conception d’indicateurs agro-environnementaux pour une démarche de gestion intégrée des zones côtières : cas de la baie du robert, Martinique. Mémoire de fin d’études pour l’obtention du diplôme de master II professionnel Gestion intégrée des agrosystèmes et des paysages, ENITA de Bordeaux.

KRIEGER S-J. (2010) De la question de l’eau à la diversité des enjeux. Le cas de la baie du Robert en Martinique, rapport de sociologie, VCAT, juin 2010

LECCIA O. (2008) Intégration d'un modèle hydrologique semi-distribué avec cartographie SIG sur le bassin versant de la Charente pour le projet européen SPICOSA de gestion intégrée des zones côtières.

Mémoire pour l'obtention du Master 2, Science de la Terre et Environnement, Ecologie, Parcours Image. Institut Egid, Université Montaigne Bordeaux 3. sous la direction de Paul Bordenave, Cemagref

OULD BAH A., (2008) Définition d’entités spatiales de référence et calcul d’indicateurs spatialisés pour l’aide à la gestion intégrée de la zone Bassin de la Charente / Mer des Pertuis. Rapport pour l’obtention du Master 2 Ingénierie Mathématique, Statistique et Economique sous la direction de Françoise Vernier, Cemagref.

PORRO Z. (2008) L'eau sur le littoral charentais : constructions collectives d'enjeux.

Cemagref/Université de Bordeaux 2, Bordeaux.

ROCLE N (2010) Connaissances et action publique pour la gestion locale de l’eau : l’exemple du territoire de la baie du Robert en Martinique, mémoire pour l’obtention du master II recherche

‘éducation et problèmes sociaux’, Université Victor Segalen, Bordeaux II, 2009-2010 Enseignements

CANDAU J., DELDREVE V., Présentation du projet Respireau, Séminaire de sociologie, Environnement sciences et politique, M2R SHS, Bordeaux2, janvier 2009.

CANDAU J, Les échanges entre chercheurs et gestionnaires dans les groupes de discussion Spicosa- Respireau, séminaire M2R, SHS, Bordeaux2, avril 2011.

ROCLE, N., L’érosion et les enjeux environnementaux associés, interventions au Lycée agricole LEGTA de Croix-Rivail (Martinique), 2009.

Restitutions aux acteurs

Présentation publique de l’enquête enjeux au Robert, juin 2010 (Sarah-Jane Krieger).

Présentation (J. Prou, H. Réthoret) des résultats Spicosa et Respireau aux gestionnaires des groupes de discussion – réunion du comité de pilotage du PGE Charente – Angoulême – mai 2011.

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Présentations (J. Dehez) de l’enquête pêche à pied à l’assemblée générale (AG) de l’association IODDE – mai 2011 (et participation régulière aux AG).

Synthèse sur la partie enjeux de l’eau dans les Pertuis rédigée (Z. Porro) et envoyée aux acteurs ayant participé à l’enquête – mai 2011.

A venir

Réunions de restitution des résultats de l’étude fin septembre/début octobre 2011 dans les Pertuis et au Robert.

Forum GIML Antilles françaises, septembre 2011 :

Les résultats acquis au cours des différents projets de recherche et d'expérimentation GIZC sur le territoire de la baie du Robert seront présentés, sous la forme de synthèse et de retour d'expériences, au forum sur la "gestion intégrée de la mer et du littoral des Antilles françaises", organisé notamment par l'Agence des 50 pas géométriques de Martinique, l'IFREMER et le CEMAGREF. Cet évènement a en effet pour objectif premier de favoriser les échanges entre les différentes parties prenantes de la gestion et de la gouvernance des espaces littoraux et marins, le partage et la valorisation des connaissances scientifiques étant l'une des composantes concourant à cet objectif."

Produit multimedia

VERNIER F., BORDENAVE P., DELMAS F., LAPLANA R., 2010 - Agriculture in coastal areas:

environmental issues, impacts and regulation tools – Article downloadable on Coastal Wiki - http://www.coastalwiki.org/spicosa/ALTERNATIVE_STRATEGIES_FOR_INTEGRATED_

COASTAL_ZONE_MANAGEMENT Appui à l’action publique

Participation des chercheurs à différentes instances de gestion publique : contrat de baie de Fort de France, de la rivière du Gallion, élaboration du SAGE Charente, au plan de gestion des étiages - PGE-Charente -, au groupe régional d’action contre les pollutions par les produits phytosanitaires...

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Résumé court

En français

Afin de définir comment assurer l’intégration des connaissances scientifiques dans les processus de décision, l’équipe Respireau a mis en place et étudié un processus de discussion entre chercheurs et acteurs locaux, gestionnaires de l’eau, sur la base d’un outil d’analyse et de diagnostic. Sur les deux sites retenus, les Pertuis charentais et la baie du Robert en Martinique (et leurs espaces terrestres associés), notre équipe de recherche a défini les enjeux de l’eau du point de vue des acteurs, c’est-à-dire en tant qu’enjeux de territoire spécifiques.

Puis elle a établi une représentation systémique des interactions entre certaines activités humaines et les milieux naturels, à partir de la problématique de la qualité de l’eau. Une représentation cartographiée des indicateurs de vulnérabilité à l’érosion, du modèle DPSIR et des scénarios (d’évolution de l’état qualitatif de la baie) ont ainsi été produits pour la baie du Robert. Dans les Pertuis, le cadre logique du Millenium Ecosystem Assessment (MEA) a été choisi pour rendre compte des interdépendances et intégrer quatre entrées par les usages de l’eau : une approche du service de la pêche à pied, auquel une valeur économique a été attribuée, une lecture écologique du MEA appliquée à la conchyliculture, une évaluation économique de l’attractivité du littoral à partir des prix du foncier agricole et résidentiel, et enfin une approche agro-environnementale qui a modélisé les flux de nutriments et de pesticides, et scénarisé les effets des changements de pratiques sur la qualité de l’eau.

Ces représentations et travaux ont été discutés par des gestionnaires (Pertuis) ainsi que des socioprofessionnels et élus (Robert) dans le cadre de groupes organisés à cet effet selon certains critères méthodologiques, qui ont dû être adaptés aux spécificités des sites. L’analyse sociologique des discussions révèle combien les formes de coopération et de coconstruction sont plurielles, et met en exergue les facteurs (inhérents aux contextes locaux ou à nos choix méthodologiques) qui influent sur elles. La porosité observée entre les champs de la recherche et de la gestion témoigne des modalités souvent diffuses d’intégration des connaissances dans les processus de décision. Au Robert, cette intégration s’opère via la définition d’un projet d’action voulu participatif (une charte), dans les Pertuis, il est une préoccupation omniprésente des gestionnaires qui coconstruisent avec les chercheurs les conditions du transfert des connaissances et outils scientifiques sur les scènes de débat où se définit l’action publique.

Mots clés

Gestion intégrée des zones côtières (GIZC), ressources en eau, interactions activités-milieu, écosociosystème, représentations sociales, impacts environnementaux, résultats scientifiques discutés, sciences sociales et sciences de la nature, Pertuis, Martinique

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In English

In order to define how to ensure integration of scientific knowledges in the processes of decision, the Respireau team implemented and studied a process of discussion between researchers and local actors, water managers, on the basis of an analysis and diagnosis tool.

On both selected sites - Pertuis Charentais Sea and the Bay of Robert in Martinique island (and their associated lands) -, our research team defined the stakes for water from the point of view of the actors, as specific territorial stakes. Then we established a systematic representation of the interactions between some human activities and the local environment, linked to the problem of water quality. A mapped representation of the indicators of the vulnerability in the erosion, and from the framework of the model DPSIR, were so produced for the bay of Robert., then scenarios of the bay qualitative state evolution In Pertuis, the Millenium Ecosystem Assessment (MEA) logical framework was chosen to highlight report interdependences and integrate four approaches of the water uses : one of the shellfish service, for which an economic value was attributed, a MEA ecological reading applied to the shellfish farming, the economic evaluation of the coast attractiveness from the agricultural and residential land market prices, and finally an agro-environmental approach which established a model of the nutriments and pesticides flux, and scenarios of the practices changes effects on the water quality.

These representations and works were discussed by managers (Pertuis) as well as professional and elected representatives (Robert) within the framework of organized groups according to some methodological criteria, which must be adapted to the specificities of case study. The sociological analysis of the discussions reveals how much the forms of cooperation and coconstruction are plural, and highlights factors (inherent to the local contexts or to our methodological choices) which influence them. The observed porosity between the fields of research and management shows the often diffuse modalities of the knowledge integration in processes of decision. In the bay of Robert, this integration takes place by the definition of a participative project of action; in Pertuis, it is an omnipresent preoccupation of the managers who construct both with the researchers the conditions of knowledge and scientific tools transfer on the stages of debate where public action is defined.

Key words

Integrated coastal zone management (ICZM), water resources, interactions between activities and environment, ecosociosystem, social representations, environmental impact, scientific results discussed, social sciences and natural sciences, Pertuis, Martinique.

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Rapport scientifique

Représentation systémique discutée des interdépendances entre activités humaines et ressources en eau sur le littoral

Application aux Pertuis charentais (Charente-Maritime) et à la Baie du Robert (Martinique)

LITEAU III

Équipe de recherche :

V. Deldrève, Cemagref, (coord.Respireau) N. Rocle (Cemagref, coord. site Martinique)

P. Bordenave (Cemagref, Bordeaux), J. Candau (Cemagref, Bordeaux), J. Dachary-Bernard (Cemagref, Bordeaux), J. Dehez (Cemagref, Bordeaux), J. Denis (Ifremer, Martinique), I. Dubost (CRPLC, CNRS-UAG), S-J. Krieger (Cemagref, Martinique), J. Prou (Ifremer, La

Tremblade), F. Vernier (Cemagref, Bordeaux), Ch. Yvon (Impact Mer, Martinique), Z. Porro (Cemagref, Bordeaux)

Avec la participation scientifique de :

J. Bertrand (Ifremer, Martinique), X. Bray (Cemagref, Martinique), F.X Delafoye (Cemagref, Martinique), O. Leccia (Cemagref, Bordeaux), S. Lyser (Cemagref, Bordeaux), R. Mongruel

(Ifremer, Brest), K. Petit (Cemagref, Bordeaux), F. Saudubray (Cemagref, Bordeaux), D. Uny (Cemagref, Bordeaux)

Et celle aux groupes de discussion :

Sur les Pertuis : De l’Agence de l’eau Adour-Garonne, du Conseil Général de la Charente Maritime, de l’ETPB du fleuve Charente, du Forum des Marais, du Pays Marennes d’Oléron,

de l’association IODDE et de l’UNIMA

Sur le Robert : Du Conservatoire du Littoral, de la DEAL Martinique, de la Mairie du Robert, de l’Office de l’Eau Martinique, de l’Office National des Forêts, et de professionnels

de l’agriculture, de l’aquaculture, du nautisme et de la pêche

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Présentation de l’équipe de recherche

Nom Organisme Discipline Contributions

Site des Pertuis Charentais, Charente

Valérie Deldrève

Cemagref, Unité ADBX (Aménités et dynamiques des espaces ruraux), Bordeaux

Sociologie

Coordination scientifique, analyse des enjeux (Robert) et des groupes de discussion, entretiens préparatoires avec le groupe des gestionnaires Pertuis, rédaction

Paul Bordenave Cemagref, UR ADBX Agro-hydrologie

Modélisation, application MEA à l’agriculture, rédaction

Jacqueline Candau Cemagref, UR ADBX Sociologie

Analyse des enjeux (Pertuis + Robert) et des groupes de discussion, rédaction Jeanne Dachary-

Bernard Cemagref, UR ADBX Economie

Application du MEA au foncier agricole et résidentiel, rédaction

Jeoffrey Dehez Cemagref, UR ADBX Economie

A l’initiative du cadre MEA et application à la pêche à pied, rédaction

Zoé Porro Cemagref, UR ADBX Sociologie

Enquête et analyse des enjeux (Pertuis), analyse N’vivo, rédaction

Jean Prou

Ifremer, Laboratoire Environnement – Ressources des pertuis charentais, La

Tremblade

Biologie marine

Application MEA à la conchyliculture, entretiens préparatoires avec le groupe des gestionnaires Pertuis, rédaction

Françoise Vernier Cemagref, UR ADBX Agro-environnement Application MEA à l’agriculture, rédaction Site de la baie du Robert, Martinique -

Nicolas Rocle

Cemagref, UR AEMA (Agriculture et espace insulaire), pôle de recherche agro-

environnementale de la Martinique (PRAM)

Agro-environnement (+ sociologie)

Coordination site Martinique, indicateurs et scénarios d’évolution, analyse des groupes de discussion, rédaction

Jacques Denis

Ifremer, Station du Robert et délégation des Antilles françaises

Environnement côtier

Expertise GIZC au sein du groupe de discussion, rédaction

Isabelle Dubost

Université Antilles – Guyane, Centre de recherches sur les pouvoirs locaux dans la Caraïbe (CRPLC)

Anthropologie - Sociologie

analyse des enjeux (Robert) et des groupes de discussion, rédaction

Sarah-Jane

Krieger Cemagref, UR AEMA Sociologie Enquêtes et analyse des enjeux (Robert), rédaction Christophe Yvon

Bureau d’études Impact-Mer,

Martinique Biologie marine

Expertise milieux littoraux au sein du groupe de discussion

Les personnes dont le nom est posté en italique n’ont pas participé aux groupes de discussion

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Introduction générale

De la problématique et du questionnement initiaux

Notre problématique générale ainsi résumée dans le texte de réponse à l’APR - comment assurer l’intégration des connaissances scientifiques dans les processus de décision ? – a été déclinée en question de recherche spécifique, commune à nos deux sites d’étude – les Pertuis charentais et la baie du Robert en Martinique : comment mettre en discussion les interdépendances entre activités, autour de la question de la ressource en eau, pour permettre la prise en compte de ces interdépendances par les acteurs locaux ?

Ce questionnement nous a conduits à identifier trois dimensions ou sous-questionnements :

la formulation par les acteurs locaux des enjeux liés à la ressource en eau : quelle est leur représentation de ces enjeux et des interdépendances entre activités et milieux ?

la caractérisation et la représentation systémique de ces interdépendances, via la modélisation. Il s’agit de la construction d’un écosociosystème initialement conçu par les chercheurs afin d’alimenter les échanges avec les acteurs gestionnaires et de contribuer à l’élaboration d’une vision partagée des interdépendances.

l’organisation des modalités d’échanges entre scientifiques et gestionnaires autour d’un ou d’outils scientifiques soumis à discussion, avec l’objectif annoncé d’analyser la dynamique des échanges, les effets de transformation éventuels des positions respectives produits par les processus de transfert des connaissances respectives.

Ces trois dimensions ont été également investies sur nos deux sites d’étude et leurs espaces terrestres associés - sites différenciés sur les plans biophysique, social et institutionnel (les Pertuis s’étendent à l’échelle de plusieurs départements, la baie du Robert à celle d’une commune), mais sur lesquels notre équipe de recherche bénéficiait d’une expérience des relations entre chercheurs et gestionnaires de la ressource en eau et des zones côtières ainsi que de réflexions et d’expérimentations antérieures en matière de gestion intégrée. Par ailleurs, les Pertuis, site principal de notre étude, constituent un des sites d’étude du projet européen Spicosa (Science and Policy Integration for Coastal Systems Assessment), auquel une grande partie de notre équipe de recherche participait et sur lequel notre projet pouvait s’adosser.

Les objectifs collectifs ainsi affichés sous-tendaient trois entrées disciplinaires également stipulées dans le texte de réponse à l’APR :

une entrée sociologique relative à la définition des enjeux liés à l’eau par les acteurs- gestionnaires et à l’identification des réseaux qui se dessinent autour de ces enjeux, puis à l’organisation et à l’analyse des groupes de discussion scientifiques-gestionnaires ;

La représentation et l’évaluation économique des relations entre activités et milieux, autour notamment de deux enjeux pré-identifiés : les activités de loisirs littoraux, et plus spécifiquement la pêche à pied ; les relations entre activités agricoles et résidentielles dont témoigne le marché foncier. Seule cette double entrée a été spécifique aux Pertuis, dans la mesure où l’équipe de la Martinique ne comptait pas d’économistes ;

une entrée agroenvironnementale visant la représentation des flux de nutriments, de pesticides et la prise en compte des impacts sur les milieux des activités humaines et des différents phénomènes de transferts (polluants, nutriments, sédiments…), la représentation des interdépendances et la définition de scénarios à soumettre aux gestionnaires.

Si ces trois objectifs collectifs ont été maintenus tout au long du projet, notre questionnement

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général s’est quant à lui recentré et notre méthodologie modifiée et précisée.

A la redéfinition in situ de la thématique « eau », des supports de discussion et catégories d’acteurs

L’une des premières évolutions du projet est le recentrage de notre questionnement autour des problèmes liés à la qualité de l’eau. Ce recentrage est relatif dans la mesure où les problèmes de quantité et de qualité sont souvent associés dans les faits (comme en témoigne la question de la salinité). Il s’est opéré toutefois très rapidement avec le souci d’autonomiser le projet Respireau de Spicosa. Conçue comme un avantage au départ, cette dépendance s’est avérée des plus contraignantes en termes de calendrier pour mobiliser conjointement les gestionnaires sur un même site et donner une visibilité et une légitimité propres au projet Respireau (d’où le retard avec lequel nous avons pu organiser nos groupes de discussion).

Une autre préoccupation est à l’origine de ce recentrage : celle de compléter l’approche Spicosa qui s’est quant à elle focalisée sur la question fortement publicisée de la quantité et de la répartition de l’eau dans les Pertuis. Enfin - troisième élément pesant fortement sur notre choix - ce recentrage sur la qualité de l’eau permettait de favoriser le travail de mise en cohérence et de comparaison entre nos deux sites d’étude, dans la mesure où en Martinique prédominaient aux yeux des chercheurs et acteurs martiniquais les problèmes de dégradation et de pollution des eaux littorales.

Certes, l’expérience de la recherche Spicosa et celle de ses discussions organisées (entre 2008 et février 2011) autour d’une modélisation des enjeux associés à la quantité de l’eau ont été pour nous sources d’observations et d’analyse. Elles ont ainsi influencé plus ou moins directement les partis pris méthodologiques de Respireau. Pour autant, d’autres facteurs ont interagi fortement sur les choix opérés pour représenter et soumettre à discussion les écosociosystèmes des Pertuis et du Robert centrés sur la qualité de l’eau.

Pour commencer, la prise en compte de ces interdépendances autour de l’eau que le projet Respireau devait « faciliter » s’est révélée, lors des entretiens réalisés auprès des acteurs locaux impliqués dans la gestion de l’eau, relativement partagée. Aussi nous sommes-nous interrogés de manière collective sur la contribution originale que pouvait apporter Respireau aux acteurs locaux. La réponse coconstruite sur nos deux sites d’étude (dans le cadre de réunions d’équipe de recherche et d’entretiens menés auprès des gestionnaires dans les Pertuis ; dans celui de l’équipe élargie à la Mairie du Robert à la Martinique) n’ont pas été les mêmes, au regard des contextes locaux dans lesquels s’inscrivait notre projet et des compétences disciplinaires réunies. Ainsi sur le Robert, la plus faible densité des projets de recherche relatifs à l’eau et les liens de filiation entre Respireau et le projet Liteau 2 précédemment mené (Dao et al., 2008), ont rapidement conforté les choix de représentation écosociosystémique de départ pour ce site (à partir d’indicateurs composites spatialisés). En revanche, cet héritage et celui qu’on verra plus prégnant encore des rapports socio-ethniques à la Martinique (Cf. Partie III) ont incité l’équipe à élargir les groupes de discussion pour englober – au-delà des gestionnaires directs de l’eau (souvent métropolitains) - une plus grande pluralité d’acteurs locaux.

Sur les Pertuis, au regard du nombre de projets en cours portant sur l’eau (Spicosa, étude BRGM-agence de l’eau…), l’option prise finalement a été d’investir l’approche par les Services écosystémiques (SES) du MEA qui n’était pas pré-sentie lors de la réponse à l’APR (où seule une modélisation agroenvironnementale était proposée). Novatrice et en plein essor tant dans le monde de la recherche que dans celui des politiques environnementales, elle s’est avérée à la rencontre des préoccupations des gestionnaires de l’eau (en termes d’outils mobilisables dans le cadre de leurs missions) et des compétences réunies par l’équipe recherche. La constitution des groupes de discussion est, en revanche, plus strictement

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conforme aux objectifs annoncés dans la réponse à l’APR et aux exigences méthodologiques que nous nous sommes rapidement fixé pour y répondre (groupe de gestionnaires restreint mais stable, homogène, issu d’un réseau de travail… Cf. Partie III, 1.2). Précisons à ce sujet que par souci d’opérationnalité, sur chacun des sites, le comité de suivi du projet et les groupes de discussion, distingués initialement dans notre texte de réponse à l’APR, ont été confondus : il nous a semblé en effet difficile dans la pratique de l’échange de distinguer ce qui relevait de la coconstruction du projet (de sa démarche, de sa progression) de ce qui relevait de la coconstruction d’une représentation commune, d’un outil de connaissance ou support de discussion entre acteurs ; et donc de répartir a priori les tâches. Cette difficulté semblait renforcée par le fait que les mêmes acteurs institutionnels pré-sentis étaient légitimes pour participer à l’un et l’autre groupe.

Une autre interrogation, plus sociologique cette fois, est née de l’observation de ce partage a priori d’une vision globale des interdépendances (ainsi que de certains outils de quantification et modes de représentation) entre acteurs qu’ils soient scientifiques ou gestionnaires - voire élus ou socioprofessionnels en ce qui concerne le site du Robert. Cette interrogation a été formulée (dans le cours de notre recherche) en termes de perméabilité des frontières entre groupes sociaux et sera développée ultérieurement (Cf. Partie III). Il convient toutefois de souligner dès à présent combien cette évolution du questionnement sociologique a influé sur la conception même du projet et de son ambition. Elle nous a conduits notamment à dépasser la dichotomie initialement affichée « scientifiques/gestionnaires » au profit d’une autre :

« chercheurs/gestionnaires ou non chercheurs » en reconnaissant explicitement la culture scientifique des acteurs rencontrés pour les besoins de l’étude. Ces non-chercheurs ont de par leur formation, mission ou relations avec le milieu de la recherche, une culture scientifique - manifeste lors des rencontres individuelles et collectives - et ne peuvent être considérés comme des profanes (ce qui nous interrogera bien entendu sur « qui » participent à nos réunions : Cf. Partie III, 1.2).

Par ailleurs, parler de ces relations c’est aussi souligner l’imbrication de notre projet dans un ensemble de rapports plus ou moins formels entre les chercheurs (convoqués notamment au titre de l’expertise) et les gestionnaires ou élus (qui sont souvent à l’initiative de ces relations). Cette imbrication nous amène à penser différemment la question de la coconstruction posée dans notre projet voire à dépasser les contradictions internes à ce dernier. Nous avions souligné (Cf. rapport intermédiaire : Deldrève et al., 2009) que la coconstruction avait été posée en principe alors que la question de départ et les compétences nécessaires pour y répondre avaient été définies exclusivement par l’équipe de recherche. Par ailleurs, le temps nécessaire à la coconstruction nous semblait difficilement compatible avec celui du projet (3 ans) d’autant que ce dernier avait été retardé (changement de coordination scientifique, d’équipe à la Martinique, difficultés à organiser les groupes de discussion…).

Mais dès lors qu’il s’agit de considérer le projet Respireau comme une variante constitutive ou une étape d’un processus plus long de coconstruction des connaissances et de méthodologies, ces limites perdent de leur résistance sans toutefois s’effacer complètement.

Si un tel point de vue plus « cumulatif » ou plus « intégré » sur la recherche menée dans Respireau nous autorise à inscrire nos objectifs dans un plus long terme que celui qui lui est strictement imparti, il ne diminue pas pour autant nos exigences en termes de résultats scientifiques ni celles des acteurs non-chercheurs qui doivent le plus souvent rendre compte auprès de leur institution d’appartenance du temps qu’ils consacrent à la recherche. Nous verrons combien les attentes présumées ou révélées ont influé sur certains choix de l’équipe de recherche, qui craignait de ne pouvoir répondre à toutes de manière satisfaisante, faute de compétences suffisamment diversifiées et de temps disponible. Pour autant malgré ces contraintes fortes, les hésitations premières des gestionnaires (liées à leurs multiples

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implications et à la pluralité des projets de recherche portant sur l’eau : Cf. rapport intermédiaire Deldrève et al., 2009) et le fait que les chercheurs n’affectent pas un objectif précis et des plus opérationnels au terme du projet (Cf. Partie III, 1.1), le groupe constitué a été animé d’une volonté manifeste de coopération qui a alimenté les échanges. Il s’agit par conséquent, dans un souci de réflexivité, de nous interroger non seulement sur les résultats (et limites) de cette coopération – objet premier de notre projet – mais aussi sur les facteurs ou clés qui lui permettent de se concrétiser. Dans cette introduction générale, notre objectif n’est pas d’y répondre (nous y reviendrons amplement en troisième partie et en conclusion), mais de poser le cheminement de notre réflexion et ce que nous avons mis en place pour répondre à nos questionnements, Il nous reste par conséquent à présenter l’ambition et les moyens de coopération mis en œuvre, entre chercheurs et non chercheurs, mais aussi conjointement entre disciplines et sites.

Différentes ambitions et formes de coopération : entre recherche et gestion, disciplines et sites d’étude

La première forme de coopération associe donc chercheurs et non-chercheurs avec – comme nous venons de le voir - une double ambition de coconstruction des connaissances et d’intégration des connaissances scientifiques dans les processus de décision. Cette coopération a été amorcée avec des entretiens (une cinquantaine) menés dans un premier temps auprès des acteurs locaux pour définir les enjeux associés à l’eau sur chacun des sites (Cf. Partie I) puis – plus spécifiquement sur les Pertuis (une demi-douzaine) - pour présenter le projet Respireau et pré-identifier les attentes potentielles des gestionnaires susceptibles de participer aux groupes de discussion. C’est ensuite comme prévu, l’organisation de groupes de discussion (neuf en totalité), réalisée dans un calendrier extrêmement contraint (par celui de Spicosa et la disponibilité des gestionnaires et chercheurs) qui nous a permis de développer cette coopération dans des configurations variables (évolution en termes de supports de discussion et de composition du groupe explicitée plus haut) mais aussi à partir d’objectifs de discussion qui ont été déclinés différemment selon les sites (Cf. Partie III).

Cette première forme de coopération est alimentée par une seconde, dite interdisciplinaire.

Elle s’illustre en premier lieu dans le cadre de la production d'une représentation de l’écosociosystème - avec la volonté affichée dès le texte de réponse à l’APR d’intégrer à cette occasion l’écologie, l’approche agro-environnementale et l’économie. Les réflexions entre disciplines, consommatrices de temps et d’énergie (on comptabilise une vingtaine de réunions de travail et nombre d’échanges moins formels), ont été menées dans un réel souci de travailler en commun, de mettre en débat des approches respectives et d’intéresser les gestionnaires. Elles ont ainsi contribué à l’évolution du questionnement et des choix méthodologiques – précédemment soulignée -, telle l’adoption du cadre MEA, proposée par un économiste de l’équipe pour intégrer les différentes approches disciplinaires dans les Pertuis (Cf. Partie II, 2.), ou encore telles les propositions des sociologues pour constituer les groupes de discussion - propositions dont la pertinence méthodologique et opérationnelle a été questionnée et débattue au sein de l’équipe sur chacun des sites. Enfin ces réflexions nous ont également amenés à définir un « partage des tâches » qui s’est négocié sans cesse (comme en témoignent les discussions autour de la posture participative versus passive et observatrice des sociologues lors de l’élaboration des supports de discussion et du déroulement des échanges avec les non-chercheurs).

L’analyse des entretiens et des discussions, quant à elle, est demeurée plus disciplinaire.

Toutefois la présentation faite par les sociologues des premiers résultats issus de l’analyse des groupes de discussion Spicosa a donné plus de lisibilité à leur activité et permis aux autres membres de l’équipe de faire part de leurs attentes au regard de l’analyse sociologique des

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discussions menées dans Respireau (sur les produits issus des échanges, les débats concernant plus spécifiquement leur approche…). Ces attentes ont été prises en compte autant que possible dans le cadre de celle-ci et ont contribué en partie à l’orienter.

Enfin la dernière forme de coopération qui s’est jouée est inter-site. L’ambition était à la fois de développer les connaissances (des systèmes d’acteurs, des interdépendances…) et les coopérations chercheurs-non chercheurs d’ores et déjà tissées sur chacune des aires d’étude, mais aussi de bénéficier d’analyses comparées propres à tester la transférabilité potentielle des outils (indicateurs, modèles), supports de représentation utilisés, voire la généricité de certains résultats. Les échanges inter-site ont été multiples (mission des sociologues et agro- environnementalistes des Pertuis en Martinique et entretiens menés en petits collectifs auprès d’acteurs locaux, une dizaine de visioconférences ou conférences téléphoniques avec toute ou une partie de l’équipe, deux missions de l’équipe sciences sociales de Martinique à Bordeaux, puis mission des sociologues de Bordeaux en Martinique). Leurs objets se distinguent selon les temps du projet et leur nature interdisciplinaire ou plus disciplinaire.

Ainsi leur objet initial, des plus pragmatiques, a été de reformuler collectivement les questionnements présentés dans le texte de réponse à l’APR afin qu’ils soient partagés (au moment de la mise en œuvre de la recherche) par les nouveaux membres de l’équipe du projet sur chacun des sites. Cette reformulation impliquait que chacun ait une connaissance minimale des deux terrains. Une autre série d’échanges a ensuite permis de stabiliser ou de conforter des choix méthodologiques, certes plutôt disciplinaires mais discutés avec les autres disciplines en vue d’organiser les groupes et les discussions en leur sein. Une part importante de la réflexion ainsi menée a consisté à ajuster les questionnements et méthodologies communes à la spécificité des sites et aux compétences qui y étaient disponibles sans perdre de vue la valeur ajoutée de la démarche comparative.

Plus spécifiquement, en agro-environnement, le texte de réponse à l’APR précisait d’ores et déjà les différences de compétences et d’approches développées antérieurement sur chacun des sites : une démarche de modélisation intégrée était envisagée sur les Pertuis charentais dans la lignée du projet européen Spicosa, alors que l’équipe devait se limiter à l’usage d’indicateurs sur le site de la Baie du Robert. Il s’en suit une différence entre les outils utilisés par les chercheurs de Bordeaux (modèle agro-hydrologique) et de Martinique (indicateurs composites spatialisés), et de cadres de références mobilisables. Les échanges inter-site ont donc porté principalement, dans un premier temps, sur les indicateurs spatialisés et les principes de construction de premiers modèles. Ils se sont ensuite poursuivis de manière plus distendue lors de l’élaboration des supports de représentation respectifs, du fait notamment de l’adoption dans les Pertuis de l’approche MEA qui y a certes renforcé les liens entre disciplines mais en accentuant la diversité des approches agro-environnementales entre les deux sites. L’application MEA s’en est tenue, pour le terrain de la Martinique, à une qualification et une représentation spatialisée des services écosystémiques et de leurs interactions, mais a permis d’asseoir la construction des scénarios. Il s’agira donc d’interroger la portée et les limites en termes d’enseignements inhérents à cette diversité (en termes d’adéquation, d’adaptation, de transférabilité des outils).

Si en économie aucun travail n’était prévu (dans notre réponse à l’APR) et n’a pu être mené conjointement en Martinique que ce soit sur les pratiques récréatives ou le foncier, en sociologie, en revanche, les questions ont été communes – tant pour identifier les enjeux liés à l’eau que pour l’analyse des discussions - et traitées de manière similaire afin que les résultats puissent être comparés. Les outils (guide d’entretien, analyse de contenu, critères prévalant à la constitution des groupes de discussion) ont dû cependant – rappelons-le - être adaptés aux caractéristiques sociales ou environnementales de chaque site : différence d’échelle des

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