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NOUVELLE
REVUE HISTORIQUE
DE
DROIT FRANÇAIS ET ETRANGER
PUBMI.F SOUS LA Dinr.CTtON DR MM.
J.
TARDIF
DncieurenJroit, Archiviste-PaléoLrraphe
p.
DARESTE
Docteurtri droit.
M.
PROU
Menilji-e île 1liisiitm.
Directeurdel'iCcule desChartes P. F.
GIRARD
Professeur a la Faculté dedroitde Paris
G.
APPERT
Doi'teurejidioit.
P.
FOIJRNIER
MemiiR; de llnsiitiit, Pioless.-iirà la b'acuUè
dedroitde Paris
Secrètaiiede la Rédaction.
E.
PERROT
Professeuragrégéa laFaculté dedroitdeVIontpellier Rédacteur du Bidletin bibliograiihique.
PRIX DK L'ABONSE.MENT
ANNUEL Pour
laFrance
Pour
l'EtrangerJj'annéeterminée se
vend 25
fr.LADMLXISTRATION H^A^(JERE DKS VÉNITIENS
UA.NS LES ILES lONIEANES
Par H.
MONNIER
LIBRAIRIE
DE LA SOCIICTE Di:
RECUEIL SIREY
Anne M«'n L'AROSE & FORrEL
LÉON TENIN, Directeur
22, rue Soulflot,PARIS, 5*
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1916
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L'
Vi^EIETES
ii\i5miiiu.\ mU'Âl
DES VÉNITIENS
DANS LES ILES IONIENNES
A
i-ropos de l'otwraçic de M. A. Andréadès :vOEPI THI diKONOMIKHI AÏOIKHl^EQS THS EOTANHIOY Eni BEXETOKPATIAI
(1).r
Oq
appelle Iles Ioniennes ou Heptanèse le groupe formé parles îles de Corfou, Paxos, Leucade, Ithaque, Céphalonie, Zante et Cérigo.Corfou (Corcyre,
Drepanum)
est l'île que les Anciens iden- tifiaient avec leroyaume
des Phéaciens (2). C'est à Corfouque
le patient et divin Ulysse fit rencontre de la filledu magnanime
Alcinoûs, de Nausicaa « semblableaux
imraor-(1)Athènes, 1914, 2 vol.,I, 415p., II, 350 p.
(2) V. Thucydide, I, 25, 4. On lit dans le Synecdemus Hicroclis, éd.
Parthey, app. I, 47 : Kc'p/.j;;a f,'taiaxta. Cf. Bérard, Les Phéniciens et VOdyssée, Paris, 1902,1, p.485 sq. 11 fautpourtant noterqueniAristarque, niDidyme,ne veulent voirdansle pays des Phéaciens une contrée réelle.
Homère, Odyssée,VI, 7 sq., dit queSchériéétait loindetoute terre habitée.
"EvOsv ava^rrjaa; x-^z Na'J'3''0oo; ©Hostof,;, Eïa=v ôÈv S/cOir] ly.x; àvôowv iXÀ'fr,5T0COJV.
Cela ne s'applique guère à Corfou.
2
LADMINISTRATION
FINANCIERE DES VENITIENStelles par la grâce et par la beauté ». Corfou fut de
bonne
heureunealliéedesRomains.A
lamort
deConstantin,ellefait partie des États de Constant. Les Vandales de Genséric la pillent en 455.En
541, Totila et ses Goths ne l'épargnent guère.Pendant
de longs siècles,sa fidélitéà l'empire d'Orient nesedément
pas.En
1146, sousl'empereurManuel Comnène^
elle est prisepar
Roger
II, roideSicile.Avec
l'aidedes Véni- tiens, elle est reprise par Manuel, qui ladonne
à son lilsnaturelAlexis.
La
convention d'octobre 1204, entreleschefs de la quatrième croisade, attribue Corfouaux
A'énitiens, ainsi que Céphalonie, Saint-Maure, Zante, etc. Venise, en 1223, y envoie des colonsex
patricio online (1).Cependant
l'île revient bientôt
aux
Grecs.Un
descendant d'Alexis, Michel IV, prend le titre de despote de Corcyre, Epire et Étolie.En
1267, Louis d'Anjou s'empara de Corfou pour lecompte
du roi de Naples Charles d'Anjou.Un
peu plus tard, Philippe, frère de CharlesleBoiteux, reçutdecelui-cil'inves- titure de la principauté de Corfou qu'il laissa à son secondfils Robert. Le petit-fils de Robert étant
mort
sans enfants, Corfou revintsousla domination directe des roisdeNaples.Les Corfiotes,
mal
gouvernés, finirent par proclamer leur indépendance. Mais la conserver,quand
tant de gens con- voitaient leur île, n'était pas chose facile. Persuadéspar
Jean Miani, amiraldu
golfe, ils se donnèrent à Venise en 4386.Le
traité fut signé dans l'église Saint-François, le20 mai.
Marc
Vincent Coronelli écrit quechaque
année, à pareil jour, lesreprésentants de la sérénissime République se rendaientà l'église Saint-François, donnaientdeux
ducats au clergé et entendaientun sermon
sur le traité.En
1401, Ladislas, roi de Naples,moyennant
trente mille ducats, renonçaà tous ses droitssurl'île (2).(1) V. Antonii Sabellici,Historixrerum venetarum,Venise, 1718,p.189.
—
Sur Corfou, v. .Morosini,Historia Veneta, Venise, 1719, I, p.446, II, p. 636; Paruta, Historia Venetiana, Venise, 1718, 1, p. 695; Coronelli, Descriplion géographique et historiquede la Morée, reconquise parlesVénitiens,du royaumedeNégrepont,deslieuxcirconvoisins,6'éd., Paris, 1687, dédiéeà Me""Venier, ambassadeurde Venise.
(2) V. Coronelli, op. cit., p. 60. Daru, Histoire de la République de Venise, 2' éd.,II,p. 183 sq, racontelesfaits un peuautrement.
DANS
LES ILES IONIENNES. d Paxos est une petite île d'environ six lieues de tour.Son
histoire se lieétroitement àcelle de Corfou.
Leucade (1) (la Saint-Mauredes Vénitiens), qu'on a voulu quelquefois identifier avec l'Ithaque
homérique
(2), était célèbre dans l'antiquité par son temple d'Apollon (3), et le secours qu'y trouvaient lesamants
malheureux. Ils obte- naient la guérison de leurspeines en sejetant dansles flotsdu
hautdu
promontoire où le temple était bâti. C'est ainsique Vénus
putse consolerde laperte d'Adonis. Sappho, qui recourut aumême
remède, ne réussitqu'à se noyer.—
Leu- cade appartint longtemps à l'empire d'Orient.Au
partage d'octobre 1204, elle est donnéeaux
Vénitiens.En
1229,un
napolitain, le comte deTocchi, s'en
empare
et la transmet à ses descendants. Depuis 1479, elle appartient presque cons-tamment aux
Turcsetdevientun
repairedepirates.En
1684,quand
la guerreéclate entre VeniseetlesultanMahomet
IV, Venise en prend possession. Le traité de Carlowitz,en 1699, -consacre le nouvelétatde choses.Céphalonie doit, dit-on (4), son
nom
à Céphalus, banni d'Athènes, qui s'empara de l'îlepour venger l'injure faiteau thébain Amphytrion. Les babitants avaient tué les frères d'Alcmène. Céphalonie fut soumise par lesRomains
en 189 avant notreère.En
364, elle fait partie de l'empire d'Orient.Au moyen
âge, lesNormands
s'en emparent, et Robert Guiscardy meurt
en 1085.En
1204, elle est aunombre
des pays attribués à Venise par l'acte de partage.En
120", l'em- pereurBaudouin
ladonne
au prince de ïarenle, qui bientôt se place sous la protection des Vénitiens.Un
peu plustard, Céphalonietombe aux mains
d'un comte de Toccbi, aventu- riernapolitain. Lesdescendants de celui-ci furentdépossédés par les Turcs.A
leur tour, les Turcs furent chassés par les A'énitiens. Depuis lapaix de 1501, l'îlen'a plus guère cessé,(1)Cf. Homère, Odyssée, XXIV, 377; Strabon, Geographica, l, 3, 18;
X, 2, 9.
(2) V. Bérard, op. cit., II, p.405sq.
(3) Virgile,Enéide, III, 274:
MesetLeucataenimbosa cacumina montis Etformidatus nautls aperitur ApoUo.
(4) V. Strabon, X, 2, 13, 14.
4 l'administration
financière
desvénitiens
jusqu'en 1797, d'appartenir à lasérénissime République(I).Ithaque est la petite île rocheuse et aride (2), qu'Ulysse trouvait si douce à contempler (3). L'histoire d'Ithaque est celle de Céphalonie. L'île était dépeuplée
quand
elletomba aux mains
des Vénitiens.Zante (6X-/-e'jçaZax-jvOoç) (4) devrait son
nom
à Zacynthus,fils
du
troyenDardanus. Ses princesétaientparmi
lespréten- dants dont L'iysse fîtun
si fier carnage. Les Zacynthiens furent tantôt amis et tantôtennemis
d'Athènes. C'est de Zacynthe que Dion de Syracuse partit pour renverserDenys
le Tyran.Aprèsla victoire de
Mummius
sur lesAchéens,l'îletombe
sous la domination romaine.Quand
l'empire romain est divisé, elle est comprise dans lapars
Orienlis. Les Vandales de Genséric, lesHuns
d'Attila la dévastent. Les Sarrasins l'envahissent plusieurs fois. Après la conquête de l'empire d'OrientparlesLatins, elle est mise dansle lot des Vénitiens.Au
xiii^ et au xiv« siècles, les comtes de Tocchi lagouvernent. Ils sont chassés par lesTurcs en 4479. Finale- ment, les Turcs cèdent Zante
aux
Vénitiensmoyennant un
tributque lasérénissime République paiera jusqu'à la paix de Carlowitz.
Quant
à Cythère (Cérigo), si célèbre dans l'antiquité par son temple d'Aphrodite Ourania (5), c'estune
petite îlerocheuse,
morne
et pauvre, dont l'histoire particulière est sans grand intérêt. Sa destinée est à peu près celle des autres îlesdu
Levant.La
domination vénitienne dura plusieurs siècles et ne disparut qu'avec la Républiquemême.
Lorsdu démembre- ment
de l'Etat vénitien, la France occupa dès le 28 juin 1797 les Iles Ioniennes qui vont lui être cédées par letraité deCampo-Formio
(17 oct. 1797).En
1799,une
flotte turco-russe s'en empara.La
convention du 21mars
1800(1) V.Daru, op. cit., III, 288.
(2) Odyssée, IV, 605sq.; Virgile, Enéide, 111, 272.
(3)Odyssée, IX, 27, sq.
ojto'. "î'j'oj'yE r,; "yaiV,: ojvaaai -j'/.-jv.tz.ûiZiç.m aÀÀo lOî'cOa'..
(4) Odyssée, I, 246, IX,24.
(5)Pausanias, III,23, 1; Hérodote, I, 105.
DANS
LES ILES IONIENNES. 5 entre la Porte et la Russie fit des Sept-IIesune
république sous la suzeraineté ottomane.Le
traité d'Amiens (1802) substitua \e. protectorat russe au protectorat turc. Le comteCapo
d'Istria publia, le Gdécembre
1803, une constitution.Au
traité de Tilsit (7 juill. 1807) les Sept-Iles font retour à la France, et le général Bertbier en devient le gouverneur général.En
1809, les Anglais s'emparent de Zante et, peu après, du restede l'Heptanèse, sauf de Corfou. Parle traité de Paris (30mai
1814), la France renonça implicitement à tous droits sur les Sept-lles, et les traités des 4 juillet et 5novembre
1815 donnèrent à la Grande-Bretagne le protec- torat de la République Ionienne. Jusqu'en 1817, les lords hauts commissaires gouvernentcomme
ils l'entendent.Le
29décembre
1817,une
constitutiondonne
à l'Heptanèse lerégimereprésentatif. Le
mouvement
révolutionnairede 1848gagne
les Sept-lles. Le partiradicalvoulait annexerl'Hepta- nèse à la Grèce. L'Angleterre comprit qu'il fallait modifier dansun
sens libéral la constitution de 1817. Cela futfait par décret du 22décembre
1851. Maisun
parti de plus en plus fort persistait à réclamer l'annexion à la Grèce. Dès 1858, le haut commissaire conseillait de céder auvœu
des popula- tions. Gladstone vint sur les lieux, fitune
enquête et fut de l'avisdu
haut commissaire. L'Angleterre se décida à prendre lamesure
généreuse qu'on attendaitd'elle.En
1863, dansl'acte de Londres,ellerenonça à son protectoratet ofirit les Sept-lles à la Grèce qui les accepta le 24mars
1864.Le
28mai
s'accomplitlatransmission des pouvoirs (1).II
C'est l'administration financière des Vénitiens en Hepta- nèse que M, Andréadèsa pris pour objet de ses recherches dans l'important ouvrage dont on se propose de faire ici l'analyse.
(1) On trouveradansle Nouveaurecueilgénéral de traités, continua- tion du grand recueil deMarteiis par CharlesSamwer etJules Hopf, XVIII, p.48 sq.,n°'24-33, tousles documentsrelatifsàlaréunion desIlesIoniennes à laGrèce.
6 L ADMINISTRATION FINANCIERE DES VENITIENS
Le
tome
I*"" contient l'introduction et la partie générale;le
tome
II la partie spéciale. L'auteurannonce
pour paraître prochainementun tome
IIIquicomprendra un
premiersup- plémentsur lesfinances ioniennes de 1797 à1814,un
second sur le régimefinaldu
protectorat britannique,un
troisième surl'assimilationdes régimes fiscaux dans l'Heptanèse et en Grèce.L'ouvrage de M.
Andréadès
est écrit en grec. L'auteur auraitpu
l'écrire en français.Dans
la longue liste de ses publications, les études en langue française nemanquent
point, et ceux qui les ont lues savent avec quelle aisance et quelle correction M. Andréadès se sert de notre langue.
Maisque, professeur à l'Universitéd'Athènes, ilait cette fois
employé
la langue de son pays, celle de son enseignement, nul ne s'enétonnera. Il est vraiquelegrecmoderne
n'estpas peut-être une langue aussi répandue que le français, mais, en France, lenombre
des juristes et des économistes qui savent le grec ancien n'est point petit, et la connaissancedu
grec ancien aidant, on arrive aisément àcomprendre
legrecque lesHellènes parlent aujourd'hui.D'ailleurs lelecteur trouvera, pourl'aider dans
une
première lecture, àla fin de chaque volume,une
traduction en françaisdelatable analy- tique des matières. « Cette traduction, écrit M. Andréadès, permettraaux
lecteurs connaissant insuffisamment le grec detrouver, etaubesoindese faire traduire, lespassages pou- vant les intéresser plus particulièrement ».III
On
nous pardonnerasansdouteden'avoirpas, surladomi- nation de Venise en Ileptanèse, toutes les lumières de notre auteur. Il est d'ailleurs malaisé de soumettreàla critique les innomi)rablesrenseignements et lesnombreux
tableaux sta- tistiques contenus dans sesdeux
volumes. Sur quelquesques- tions, il est vrai, on aurait été tenté d'apporterune
autre manière de voir, mais, à ces contradictions sur des points de détail, lelecteur attachepeu deprix.Nous
avons pensé lui être plus agréable etaussi plus utile en faisant de TôuvrageDANS
LES ILES IONIENNES.7 de
M. Andréadès une analyse étendue etquipût donnerune
exacte notion de tout ce que notre auteur y aaccumulé
defaits peu connus et d'intéressantes idées.
Dans
l'introduction mise en tête de la partie générale, M. Andréadèsénumère
les publications antérieures quipou- vaient lui servir. Ces publications sont peu nombreuses. Le recueil de Pojago,Le
leggi inunicipali délie isole lonie,dair anno 1386
fino alla caduta déliarepubblica veneta, est d'un faible secours.La
grande collection publiée par Sathas sous le titre : MvTjaeta 'EXXYjvtxY,; 'Irrropia; ri docu-ments
inéditsî'elatifsàl'histoiredelaGrèceau Moyen
âge, nerenseigne quesur les débuts de ladominationvénitienne.Ni Chiotis, ni Lunzi, ni
Reumont,
ni Miller, niaucun
autre desnombreux
écrivains qui se sont occupés de l'histoire ou de l'ancienne administration de l'IIeptanèse, n'onttraité vraiment la question financière. Tout au plus trouve-t-on quelques indications à retenir dans le Viaggio in Grecia de Scrofani, et dans les ouvrages de Grasset de Saint- Sauveur, Rulhière, Bory de Saint-Vincent, etc. C'estau point que M. Andréadès était bien près de renoncer à son entre- prisequand une
sériedetrouvailles heureuses lui rendit cou- rage. Il mit lamain
sur une collection de décrets fiscaux, vénitiens relatifs à Corfou.Cette collection avait été faite parle comte
Marc
Theotoki. Le filsdu
comte lacommuniqua
à notre auteur. Outre le régime fiscalà Corfou, le recueil fai- sait connaître que dans la seconde partie
du
xvni« siècleune
refonte de la législation septinsulaire avait été opérée.Mis ainsi sur la voie, M. Andréadès put retrouver divers ouvrages sur Leucade, Céphalonie, Zante, Cythère. Mais il
n'étaitencore qu'à
demi
renseigné.Il pritdoncleparti d'aller à Venise, et là, dans les archives d'Etat, il découvrit lesminutes desordonnancesfiscales concernantZante, Céphalo- nie,Cythère,
accompagnées
de précieuxrapportsjustificatifs.Ce n'estpas tout.
Une
nouvelleetplusimportante découverte(v£« xal £Tt (jTïouoatoTspa àvotxiXuJytç) le mit en possessionde la
correspondance échangée, pour la préparation des rapports, entre les diverses autorités financières des Sept-IIes etde la métropole. « Petit àpetit, l'histoire entièrede
chaque impôt
se déroulait devant
mes
yeux. Les principes directeurs deô
LADMINISTRATION
FINANCIERE DES VENITIENSlafiscalitém'apparaissaient clairement.Touthistoriendevine quelle fut
ma
joieetcombien
grande » (1).Nanti detels documents, M. Andréadès pouvait poursuivre son entreprise et
donner
h son travail tous les développe-ments
nécessaires.IV
Au temps
de la domination vénitienne, l'Heptanèse était divisée encinqcamere
: (^orfou, Leucade, Céphalonie, Zanteet Cythère.
Chaque caméra
avait son propre système fiscal,souvent très diiïérent des autres. Cette variété fiscale qui tenait à des causes naturellesethistoriques,etque Venise
ne
fit rien pour atténuer, imposait à notre auteur la
méthode
d'exposition qu'il asuivie.La
partiegénéraleest partagée en trois sections : la première a trait aux monnaies, poids etm
esures,lasecondeaux
financesvénitiennesetseptinsulaires^latroisième
aux
recettesdes îles Ioniennes engénéral.Le système monétaire était fortcompliqué.
On
distinguait,comme
dans toutes les grandes places commerciales,une monnaie
decompte
etune monnaie
réelle.On
distinguait aussi lamoneta
lunga, corrente, regolata, corrente diPiazza,
lesmonnaies
spéciales frappées à Venise pour le&possessions du Levant, enfin les
monnaies
étrangères. Lesemployés
de la Républiquefinissaient par neplus s'y recon- naître.Le
système des poids et mesures était moins compliqué,mais comme
il n'était pas lemême
à ^'enise etdans l'Hepta- nèse, etcomme
le sens de plusd'un terme estaujourd'hui obscur, on éprouve quelque difficulté à en faireun
exposé complet. Les tableaux de Plescaset lesobservations de Zoïs,que
M.Andréadès
a très bienfaitde reproduire,donnent des éclaircissements suffisants.Surles finances vénitiennes,engénéral assez
mal
connues,(1) I, p. 30 : Mtzpovy.atà[jLtzpôv Z\r\f, îaiop^aé/.âjtoj -^opou ÈÇsiXiTciaTO T.^ô ToJv o^6aÀ[j.ojv [JLOu, aaçjoi; o'àve-^ai'vovTO al ôis'-O'jaai tt)v (popoloyiay YEVf/al iy/oi'.. rià? 6 £yzû'|a; s'; '.atopizà; [xÙÂtol; [i.av:£jsi ÔTio'.y. zal
DANS
LES ILES IONIENNES. 9mais
qu'il importe pourtant de connaître pour biencom-
prendre les finances seplinsulaires, M. Andréadès écrit des pages instructives.En
voiciun
bref résumé. Depuis lo82, le Sénat de Venise réglait et surveillait tout ce qui con- cernait lecommerce,
les banques, les monnaies, les tra-vaux
publics. 11cumulait les attributions de plusieurs minis- tères actuels. Mais leSénat,composé
d'un trèsgrandnombre
demembres,
renvoyait d'abord les affaires à descommis-
sions,
parmi
lesquelles il convient de citer les cinque savi allamercansia
et ilmagistrato delDeputati edAggiunti
allaprovisiondeldanaro. Le
secretqui entouraitlesdélibé- rations a fait que longtemps les historiens de Venise sont restésàpeu prèsmuets
sur lesfinancesvénitiennes(1).Mais aujourd'hui la lumière apparaît peu à peu avec lespublica- tionsdela commission royalechargéed'éditerlesdocuments
financiers de la république de Venise.Ouand
ces publica- tions, encore fragmentaires, seront achevées, on pourra songer à écrireune
histoire approfondie et complète des finances vénitiennes.Le
système fiscalde Venise comprenait :a) Les impôts directs, d'un rapport bien inférieur à celui des impôts indirects.
La décima
dellaïco e del clero était le plus important desimpôts directs. Elle frappait les revenus mobiliers et immobiliers. Il faut ajouter le catfipatico, sur les vignes, les pâturages et les forêts, la tansa sur les métiers.Il n'estpas sans intérêtde noter que,jusqu'au xvni"siècle, les Juifs ne supportaientpasles impôts directs. Leur
commu-
nauté payaitune somme
fixe dont elle répartissait ensuite la charge entre sesmembres.
6) Les
monopoles
[appnlti ou partiti). C'étaient des impôts indirects sur laconsommation
et monopolisés. Ilsavaient pour objet non seulement le tabac, le sel, les allu- mettes, mais encore le poisson frais, le café,etc.
De
riches capitalistes [partitanti) comparables à nos fermiers géné-(1)L'histoire deDaru déjàcitée, p. 2, n» 1, et la Storiadocumenlata di VeneziadeRomanin, 10vol.,Venise, 185.3-1861, sont au point devue
des finances tout àfaitinsuffisantes.
40 l'administration financière des vénitiens raux acquéraient, sous certaines conditions, le droit de les percevoir.
c) Les impôts indirects(rfar?).C'étaientd'abord les impôts de
consommation
sur le blé, l'huile, le vin, le bois, etc., les droits d'entrée,desortie,decirculation, droits très productifs, les droits demutation, lepapier timbré, la messeteria.d) Les revenus extraordinaires, tels la zecca, les loteries, la poste, les ventes de titresnobiliaireset d'offices.
e) Lesaçigionti, dans lesquels on peut voirà la fois et nos centimes additionnels et la compensation accordée au fisc
pourla différence peu à peu établieentre la
moneta
didazi
et la
monnaie
courante.M.
Andréadès
ajoute à tout ce qu'il nous apprend sur lerégime fiscal vénitien, des indications sur le régime fiscal
dans lespossessions italiennes de Venise. Il suffiraderemar- querici que lesimpôtsdirects de la terra
ferma
ne ressem- blaient guère à ceux qu'on percevait en Heptanèse. Le motif en estque
Venise ne changeaitpas volontiers le régimefiscal des pays qui passaient sous sa domination. Mais pour lesimpôts indirects, les ressemblances étaient plus grandes.
Notons seulement ceci : la République voulait que toutes les marchandises pour l'intérieur ou l'extérieur passassent parleportde Venise. C'était l'application du principe de la
Dominante
dont ilconvient de direquelques mots.Le
principe a été très clairement formulé par M.Brown dans une
page desStudies on tliehistoryof
Venice (1)que M. Andréadèstraduit engrec,etquesurlatraductiongrecque, je traduis en français : « Venise voulut devenir lemarché du monde. La
théorie de la Dominante, qui concernait seu- lement la villede Venise et non l'Étatvénitien et lesrégions assujetties, consistaiten ceci : toutes les marchandises sans exception,venant d'unepossession vénitiennepouruneposses- sion vénitienne,venant del'étrangerpourl'étranger,devaient(1)2 tomes, Londres, 1907.
DANS
LES IIES IONIENNES. 11 passer par Venise ... » (1). « Si, par exemple, Zante voulait envoyer des raisins secs en Angleterre, cesraisins devaient d'abord être importés à Veniseet là, là seulement, lesmar- chands
anglaispouvaient lesacheter. Si BresciaouBergame
voulaient envoyerleurs tissus enAnalolie, il fallaitlesfaire passer par Venise. Toutes les marchandises envoyées à l'étranger devaient porterune
marque, êtreaccompagnées
d'un certificattémoignant de leur passageà Venise» (2).Le
principe de laDominante
se complétait par quelques autres règles.Un
Vénitien ne pouvait, pour ses entreprises commerciales, employer des navires étrangers, ni assurerlesmarchandises qu'ils portaient, ou vendre ses navires à des étrangers.
Parla Dominante, Venise centralisait le
marché
septinsu- laire. Elle fut ainsi conduite à favoriser la culture dans l'Heptanèse. Mais les conséquences fâcheuses de laDomi-
nante pesèrentlourdementsur lesHeptanésiens. Lemanque
de concurrence avilissait les prix. Les affaires tombèrent dans lemarasme. La
contrebande se développa largement.Cependant
Venise ne voulutjamaisabandonner
le principe delaDominante.Elles'yattachaitd'autant plusqu'elle cessait peu àpeu
d'être le centredu commerce
international (3).Elle y voyait l'unique
moyen
de conserverune
partie de son ancienne importance commerciale.VI
Que
lasérénissime République ait eu recours à la ferme des impôts indirects, nul ne s'en étonnera.Le
procédé a été, (1)I, p. 78: 'H BcVS'ia a/.o:iov tÙk'./.Ôv v./t va /.atajii^'ar] lauxrjv xrjv£[x:TOpt/,T)v àyopàv tfj; o'.zou(j.£vti;. 'Hoà6£wp;'atfj;dominante, rjn; à-jeoipa [Ao'vov e!; xr]v tcoXcv xfj'; Bsvexi'aî,oùyt o'sîç xô BsvExizôv v.^ixo:; /.al xi;
ujroxeXsîç ajxw yoSpa;, auvisxaxo £v xo'jxio « oxi ;:ixvxa àvEÇatoExwî xà
£[/7iop£Û|j.axa, E'.'xE £? 'j-QXîXwv ywpôjv Et'î j;:oxcA£T;yojpa; z\zz i/. Çe'vojv
y(Mpw £tç ?£va;yojpa;, ëoeivaoiafXExax.ou.tiGwa; otàx^'ç;:oÀeoj; xf,;Beve- x:a; ».
(2) I, p. 78.
(3) Sur ladécadence du commerce vénitien, on lira, dans Touvrage de Diehl, Venise, Paris, 1915, les pages 169 à 205.
12 l'administration financière des vénitiens
comme
onsait, pratiquédansbien d'autres pays et, enparti- culier, en France. Il avait l'avantage d'assurer à l'Étatun
revenu certain en rejetant sur d'autres l'odieux des pour- suites.En
outre, le gain du fermier, l'expérience l'avait prouvéaux
Vénitiens, était inférieur à la perte subie parl'Etat dans le cas de perception directe. D'ailleurs Venise avaitpris de sageset
nombreuses
mesurespour
la protection des contribuables, etjamais les dasierivénitiens ne furent impopulairescomme
nos fermiersgénéraux.Le fermage était aussi pratiqué en Heptanèse. Depuis
quand?
on ne sait pas bien. D'une part, on trouve des fer-miers d'impôts au \\fsiècle à Zante, à Céphalonie, d'autre part,on citeen 1082des impôtszacynthais qui ne sont point affermés.
Un
pointcertain, c'est que peu à peule systèmedela ferme se généralisa,etque les fermiers, danslesSept-Iles, sesignalèrentpar leur avidité.Les gains étaienttelsque les plus grandes familles ne dédaignaient pas d'entrer dans les fermes. Mais de supprimer laferme, il n'y fallaitpassonger.
Le
provéditeurGrimani l'essaya en vain pour ladécima
en 1750.On
se contenta, lors de la refonte de la législation fiscale des Sept-Iles, d'insérer dans les Capitoli généraitformati per
esecuzione di decreto delC EccellenlissimoSenato
31 tnarro 1767, une série d'articles qui sauvegar- daient les intérêts des contribuables et surtoutdu
Trésor.La
duréeminimum du
fermageétaitfixéeà trois ans,laduréemaximum
à cinq ans. Sous des peines sévères, le fermierne
pouvait transigeraveclescontrebandiers.Aucune
diminution de prix n'était accordée au fermier, sauf lesdeux
cas (che Iddio Signore tenga lontani) de guerre déclarée et de peste vériûée(Guerra guerreggiata epeste verificata) (1).(1)Cf. I, p.99.En 1629et1673,la peste visita Corfou.Elle cessaparl'in- tervenlionde saintSpiridion, d'où lesdeux processions annuelles qui com- mémoraient cet événement. Il y avait encore deux autres processions des reliquesdusaint, l'une rappelantlalevéedu sièsjede1716, l'autrelesecours miraculeux apporté en 1553aux Corfiotesaffamés. ArnîiuU, envoyé en1797 parBonaparte pourorganiser legouvernement desîlesIoniennes, s'exprime {Souvenir d'un sexagénaire, édit. Diétrich, III, p. 102) avec beaucoup d'irrévérence sur lecompte du saint. «Corfou, écrit-il, possède une relique des plus vénérées en Orient, c'estlecorpsentierdesaintSpiridion, lequelest
DANS
LES ILES IONIENNES. 13Comment
la ferme était-elle organisée?On
conçoitdeux
procédés : affermerséparémentchaque
taxe,ouaffermer tous les impôts en bloc.On
recourut d'abord au premier procédé, puis, dans la seconde partiedu
xvnip siècle, au second. Les motifsde lasubstitution sontlesmêmes,
oupeu
s'en faut,qui avaient persuadé nos rois d'établir, dès le xvii^ siècle, la ferme générale,VII
Venons aux
recettes des Iles Ioniennes, c'est la troisième sectionde la partie générale. L'auteur débute parune
anec- dote : « Ily
a quelques années,je fusinvité à prendrele thé dans la banlieue d'Alexandrie. Je veux, ditmon
hôte, vous montrermon
logis. Je l'ai achetéquand
j'étais jeune et presque sans ressources. C'était alorsune
maisonnette.Ma
familleet
ma
chevance augmentant,j'ajoutaides chambres, desétages, etquand
les enfants se marièrent, des annexes.Chacune
fut meublée àlamode
dujour.Au moment
qu'ilme
parlait,
mon
hôte avait douze enfants etun nombre
suffisant demillions. Sa maisonétaitimmense
etcontenaitdesmeubles de grand prix, mais c'étaitun
labj-rinthe,une
mosaïque. Dela
même
manièrese sontdéveloppéeslesfinances desgrandes puissances avant la Révolution française, de lamême ma-
nière, celles de Nenise » (1).
En
Heptanèse, s'ajoutaitune
autre raison de bariolage. Les Sept-Iles n'avaient point été acquises dans lemême temps
ni sous lesmêmes
conditions.Venise maintint les différences fiscales et juridiques qui existaient anciennement. Son
gouvernement
n'aimait guèreleschangements, etd'ailleurs, entreles îles
du
Levant, lesol, leclimat,leshabitudes localesvariaient beaucoup.Toutcela,etaussilacomplèteautonomiedes
Camere,
n'était paspour faciliterl'entreprise de M. Andréadès, malgré l'aide queluidonnaient lesbudgets et comptesgénéraux de 1736 et 1755, et la codification fiscale de 1770.Disons tout de suite que les Bilancii contiennent des encagé sous glace entre desgrillesqui permettent de levoir, maisqui nelui permettent pasdesortir».
(1)Cf. I,p. 10(5 et 107.
14 l'administration
financière des
vénitiens tableaux des revenus pour les années 1736 à 1755.De
ces tableaux reproduits par notre auteur, il résulte queles cha- pitres des recettes étaient aunombre
de neuf : DaciJ, Appalti, Gravezze,Esacione
estraordinarie,Rcndite
iVaffiti e livelli,
Esasione
deresiduati,Esaslone
diverse,Aggio
di cecchini e déliaMoneta
dirame, Rendita
gabelle di sale. Mais ces tableaux, dans lesquels il n'estmême
pas certainque \sidécima
soitcomprise, laissent place à bien des questions. Il en est demême
des comptes géné- raux de 1582-1583, simples listes d'impôtsavec leurproduit pour Corfou, Zante. Céphalonie, Cerigo, listes qui toutefois prouventqu'il fallait compter, parmi les revenus ordinaires, les recettes judiciaires.Quant
à la grande codification des années 1765-1773, Antoine Priuli, provéditeur général de la Mer, écrivait, en 1766, pour la justifier, qu'il fallait « toglierele oscuritàderi- vate dal processodeltempo
sopraleantiche Polizzeemettere in miglior sistema le materie, per gli importanti oggetti del publico interesso e délia giustizia sopra i sudditi ». Cette codification futl'œuvredu
comteZorzi délia Décima,homme
d'une grandeexpérience enmatière fiscale. Grâceàlui etàla
bonne
volonté de la commission des finances à Venise, la refonte fut proraptement achevée. Elle porte, cela va sans dire, lamarque
de l'esprit conservateur de la sérénissime République. Souvent rien n'est changé,même quand
le plus simple bon sensordonnaitun changement
(1).Le
codifica- teurn'a d'ailleurs aucun souciscientifique. Il ne cherche pas à unifier les impôts des diverses caisses ni quant à leursmodes
de perception, nimême
quant à leurs noms. Il ne s'occupe pas desmonopoles du
sel,dutabac, etc.Telle quelle, la réforme futbonne
auxcontribuables.En
outre,ellepermet àl'historien de se dirigeravec quelque sûretédans le dédale des taxes septinsulaires.(1) Voici ua exemple que donne noire auteur, I, p. 133 : « ... r.o/.çE'.- [lEvou 7:£c\ Tojv ôaau.à)v ÈÇaYtoyfj; .Vsj/.âoo;, fj E'.arj-jTr,Ti/.f, k'/.Oca:; X^'yE'.of.
tÔ raXaiôv TiaoAoy.ov, 9 0/0, r^zo Toaov jîap'J, ojaiJ oi Èy.jjiiaôwxa't xàiv ço'pwv, îva [iTj y.a[AÇ)6r;f^ l^x'f(ofr\, eiac'npaiTOv ,u.ovov 6 0/0,Tzoo^XiTZV. Se, GI'.TOÛXOOe'ÀEI OUpiSf,XaiÈV -O» (JlEO.XovIf ÈV TOÛTOlîTTOOTElVElTTJV OiaTTÎpr)<JlV Toû naXatouoaaij.oAOYioj/.x:ôvo[jlo6£Tti;os/Exaixtjv TîpOTaatv xaÛTTjv!!! ».
DANS
LES ILES IONIENNES. 15VIII
M.Andréadès distingue les impôts perçus
aux
douanes et les impôts perçusaux
caisses.A.
— Impôts
perçasaux
douanes.Ce sont des droits à l'importation et à l'exportation. Les premiers avaient plus d'importance que dans les autrespos- sessions vénitiennes, parce que l'Ileptanèse importait la plupart desobjets de
consommation
(1). Notre auteur entreici dans toutes sortes de détails intéressantsqu'on ne peut rapporter.
On
noteraque lesdroits à l'exportation étaient les plusélevés. Venise croyait,comme
tout lemonde
autrefois, queces droits retombaientsur lesétrangers. L'erreur écono-mique
estcertaine,saufquand
ils'agitdemonopolesnaturels.Lesdroits sepercevaient
ad
valorem, mais la pierred'achop-pement
(ô Xiôo;Tou 7rpo(7xô[xu.aTo;)du
systèmeétait la difficulté d'estimerlesmarchandises. Après bien des abus et bien des efforts pourles corriger,on en vint à établirdesdroits spéci- fiques pourlesobjetslesplus importants.On
notera aussiles distinctions faites, quantaux
droits, entre lesindigènes, les Vénitiens, les étrangers. Mais la fraude était aisée aumoyen
d'un prête-nom. Aussiun
rapport de 1772 constate-t-ilque
danstoutes les camere,sauf à Corfou,ladistinction avaitété abandonnée.On
notera enfin certainsdroits de transit etde passage. Les marchandises venant ou à destinationdeVenise nelespayaient pas. Lesdroits detransitauraientpu
devenirune
source abondante de profits, sans le désastreuxprincipe de laDominante
qui, partout où il était rigoureusement appliqué, réduisaità presque rien le transit.B.
— Impôts
directspayés aux Camere.
M. Andréadèsles
énumère
dansl'ordresuivant:a)
La
décima.—
C'est leplus importantet leplus général(1)Ceux detoute première nécessité étaieut exempts desdroits d"entrée.
Cf. I, p.151.
MONMER. 2
16 l'administration
financière
des vénitiens desimpôtsdirects.D'exemptéstrèspeu, surtoutauxviii^ siècle,une
fois les Stradiots disparus. Les produits de la terre constituaient la principale source de revenus de la décima.Céphalonie, qui produisait
beaucoup
decéréales,etqui,depuislejour qu'elle était devenue vénitienne, pendant quatre siè- cles,ne cessa pas de payer notre impôt, est l'ile ionienne qui se prête le
mieux
à l'étude de la dîme.A
peine soumis à Venise, leshabitants avaientdemandé
etobtenu de payer en nature ladîme
des terres ensemencées, mais ils ne purent obtenirlamême
faveur pour ladime du
vinet del'huile, et c'esttoujours en vainqu'ilsdemandèrent
de nepayeraucunedîme
pourles légumesdesjardins. Plus encoreque
l'assiette et lemode
depaiement, laperception était l'objetde plaintes incessantes que Venise n'écoutait guère.Nous sommes
là- dessus renseignés parun
remarquable rapport de Spyridion Battaglia, écriten 1803,c'est-à-dire peu après la disparition dela domination vénitienne. De ce rapport,un résumé que
citeM. Andréadès, aété faitpar Gérasime Maurogianni dans sonhistoiredesIlesIoniennes de 1797 à1815.
On
ylit notam-ment
que larépartition de ladîme
était arbitraire etinjuste, laperception violenteetoppressivejusqu'à lacruauté. Primi- tivement, on payait en nature, et les dîmes étaientalïermées en blocàun
seul fermier qui sous-alfermait.Au
sous-fermier, pour plus de sûreté, s'adjoignaient les chefs et les grands propriétaires de chaque circonscription, et pour que tout cemonde
eut son profit, on estimait de façon exagérée lesrevenus
du
contribuable. D'où la nécessité de recourir à la forcearmée
pour percevoirles quantitésdemandées.Avec
letemps, les fermiers trouvèrent plus
commode
de percevoirune somme
fixe. Le résultat futque souvent lepaysanpayait pour des revenusqu'il n'avait pas, car le fermierpeu cons- ciencieux se basaitsur le revenu d'une année abondante. Les riches propriétaires étaient traités avec modération, ils ne payaient guère que1 '0, maisles pauvreshères payaient20et parfois 30 0/0.
Le rapport de Battagliaaboutit, le18juillet 1803, à la sup- pression des dîmes (1). Il faut toutefois remarquer, avec
(1) Voici le te.xle de l'art. 1'^ de l'ordonnancedu 18juillet 1803 : 'A::ô tt;; TTJ'jLcOQv ouoov'a.:, zaTXîYOjv:?.'. y.x: oiànavTo; îîa/.si'oovTa; i-xvia Ta
DANS
LES ILES IONIENNES. 17 M. Andréadès, que la suppression ne fut définitive,à Cépha- lonie, qu'en 1820. Elles'étendit en 1825aux
autres îles, sauf à Cythère d'où ladime
ne disparut qu'en 1828.b) L'impôt sur l'huile.
—
Il prenait trois formes, caron
taxaitla sortie, la récolte, la
consommation
au détail.c)
L'impôt
SU7' le vin.—
Il frappait le contribuable de quatre manièresdifiérentes, car,outre les taxes qu'on vient d'indiquer à propos del'huile, il y avaitune
taxed'entrée.L'impôt surlavente
du
vin au détail s'appelait spina, spina del vin,du nom du
conduit ou tube adapté au baril pour obtenir l'écoulementdu
vin (1). Cette spina était gênante et vexatoire, la fraude en était tentante et facile.Des peines sévères atteignaient les fraudeurs. Le délinquant payait une
amende
et subissaitdeux
jours d'emprisonne- ment.En
outre il était misun
jourà laberlina. Sile cou- pable était unefemme,
on la promenait par toute la villeavec
une
bouteille au cou (2).d)
L'impôt
sur le bétail.— On
distinguaitun
impôt desanimaux
etun
impôt sur lesanimaux
abattus. Ce dernier étaithabituellementpei'çusurlesanimaux
importés.Ilenétait ainsi,par exemple,àCorfou oiil'impôts'appelaitbon
torneseOczata ~i -a,oà -f^% ~owr,v ivsT'./f,; •/.•joîsvrjiîw; ïr.'AxùA^xiwxItz: TzavTOiv
xpt9^?, àpa6oa''TO'j, ^pwar]; /.a; ÀO'.-jïwv {i~xYi[xV)uyj s'.; T'iv '^ôpov ttj;
oîxâxr);. YiçiOiiv. y.xrapyîîTa'. ô '^ôooi Itz:tou iXaîou, rou ol'voa,twv ^^x/_a- vty.wv, Twv sXatoTG'.Sîiojv, avsaoa-JXwv/.al>.0'.~tjiiv,Iv §viXo'ywzaTa-fpoijvTa'.
(XTzavTa xà â'szaTa i~ô "xvtwv twv zsoïo'vcwv "rj; yi^;, v.à'. ir,ô touos O'.arâa70|i.îv vajjlt] asivr; àvtw [jls'XXovi'.oùojvl'yvo; xu'.O'jtau îjooo'j.
(1)iZ dazio del vina spina (plusclairement z?jnoa minuta) s'oppose au daziodelvino agrosso.
(2)ConslantinLombardes,dans ses 'A7:o[i.vr,(i.ov3uu.aTa, expliqueen quoi consistaitlapeine de laberlina. Al. Andréadès, I,p. 191, n. 2,a reproduit cetteexplication : 'O •/.aTaor/.aXô;i.cvo; el; u.îr£pX''vav v/XtUro Èvxô; xsxpa- zAEÛpo'j SX (ravioojv -apa-rj'yaaxo;, x6 ÔttoTov s'.; IxâaxTjv :xX£'jpàv s'./îv OTîrjv '/tii^o^ix^i xfvxî'^xXrjV,zâxwôev ol aùx:^?cxs'pa; ôjo, s?;a;î'.(jTfpyovxo at /îî^ps;.
H
XE'jaAr, xal a'. /^îîpî; xoû xaxaov/.oj 3;w%jvxo î!; xi; ôni;::po;xo7iaptaxâu.cvov -/.^0o;, Iv
w
xôsvxô;xoij rcapaT^TJyjjLaxo;awiJiaàofpcxoï) aXXoi; î6a3av;^£xo, ojîw; o'. à/, xwv wo;vwv x:^; ^a^âvou T-xiawor/.ol [xopcpa^ijioi xou7X305f));:o'j xxi x'.vrj'ja'.; xwv yïipwyxoj zaxzo;/.OJ O'.SYE^'pwjt xov "ji'Xojxa xojv Ôîxxwv.
18 l'administration financière des vénitiens
du nom
de lamonnaie
quiservait jadis à l'acquitter.L'impôt desanimaux
présentait des variétés très grandes d'appella- tion, d'assiette, dequotité, de paiement, maispartout il était oppressif.e) L'impôt desabeilles.
—
Cetimpôtdirect n'étaitqu'une subdivision de l'impôt des animaux.f)
L'impôt
sur les niaisons.— On
ne le trouvait qu'à Zante età Céphalonie.A
Zanteon l'appelaitfumatico
ossia ghirologi : il était perçu surchaque
maison ayant che- minée.A
Céphalonie, il était compris dans ladécima
et s'appelaitfumatico
ossia livellodi case : il étaitperçupour
chaque cheminée. L'auteur reviendra sur lefumatico dans
la partie spéciale (1).
%)Les
impôts surlesrevenusducommerce
etde Vindustrie.—
Cesimpôts, dontontrouveleprototype dans lechrysargire d'Anastase I", existaient à Venise sous lesnoms
de tansa, taglione degliarti, tansa zn5ens«6ï7ï,mais,en Heptanèse, iln'y avaitpas d'impôtgénéraltelque notre patente.
On
trouvait seulement trois petits impôts : le premier sur lesfolladori di rasse, àCéphalonie; le second, à Corfou, sur les scodelle di molini; le troisième, à Céphalonie, sur lesmacine
di oglio.Aux
impôts indiqués plus haut, payésaux
camere, il faut ajouter beaucoup de petits impôtsindirects et demonopoles
[dacij et appalti), peu productifs et qu'ungouvernement moins
routinier eût supprimésquand
disparut la cause qui les avait fait établir.La
formedu monopole
était surtout adoptée danslacaméra
deLeucade. Là,indépendamment
des grands monopolesdu
sel,du
tabac, fonctionnaientlesmono-
polesdu
blé, de la vente au détail de l'huile, des cartes à jouer, de l'esprit de vin épuré, des viandes.A
Corfou, on trouvait lemonopole
des glands, etc.IX
Nous
arrivonsaux
recettes autres que le produit des impôts ordinaires.Avant
de les indiquer, notre auteurnous
(1)V. infrà,p. 33.