Du même auteur :
LA COULEUR A L'USINE, SES USAGES SOCIAUX Préface de Michel Verret
à paraître en 1986 aux éditions A.C.L.
Dans la même collection :
L'INDÉPENDANCE CONFISQUÉE D'UNE VILLE OUVRIÈRE CHANTENAY
Daniel Pinson — Préface de Michel Verret
HISTOIRE D'UNE VILLE ET DE SES HABITANTS NANTES
Tome 1 - des origines à 1914
Émilienne Leroux — Préface de Jean Philippot Tome 2 - de 1914 à 1932
Émilienne Leroux — Préface d'Alain Croix DU VILLAGE A LA VILLE
DOULON
De la Révolution à la fin du 19e siècle Groupe de recherches historiques de la maison de quartier de Doulon DU VILLAGE A LA CITÉ-JARDIN
SAINT-SÉBASTIEN-SUR-LOIRE DEPUIS SES ORIGINES Robert Durant, Didier Guyvarc'h, François Macé
et les Amis de Saint-Sébastien
A paraître :
UN VILLAGE DU PAYS NANTAIS
SOUS L'ANCIEN RÉGIME ET LA RÉVOLUTION TREILLIERES
Jean Bourgeon — Préface A lain Croix
NAITRE ET RENAITRE, MILLE ANS D'HISTOIRE, SAINT-HERBLAIN
tous droits de traduction, de reproduction et d'adaptation réservés pour tous les pays
© É D I T I O N S A R T S - C U L T U R E S - L O I S I R S 1 9 8 6
MARIE DOMINIQUE POT
NAITRE ET RENAITRE MILLE ANS D'HISTOIRE
SAINT-HERBLAIN
Preface Jean Marc AYRAULT
ÉDITIONS
A O L
43, rue de la Montagne 44100 NANTES
«Le domaine
Est peut-être un rêve Qui a trouvé
Son territoire»
Eugène Guillevic
PREFACE
«Qu'est ce que la vérité historique ? Une interprétation toujours tendancieuse ou artistique. Un tremplin p o u r bondir.
Dans la réalité et la vie. Au cœur du sujet».
Marie Dominique Pot, en se penchant sur le passé de Saint Herblain, avait sans doute en tête ce qu'écrivait Blaise Cendrars sur le travail de l'historien. C'est en toute modestie qu'elle a fouillé la mémoire herblinoise, fait parler les pierres, relu les vieilles archives.
Elle le dit elle-même dans son introduction. Sa démarche, elle est sociologue, «s'apparente plutôt à celle de l'album d'ins- tantanés photographiques saisis sur le vif». Belle démarche car il est toujours agréable de feuilleter le livre jauni qui raconte les grands événements de nos aïeux.
Mais Marie Domique Pot est trop modeste. Son travail nous mène au «cœur du sujet». Ses «prises de vues» montrent des hommes et des femmes en mouvement, parfois portés par le cours de l'Histoire, parfois acteurs du changement.
«Saint-Herblain n'a pas d'Histoire», a-t-on coutume de dire.
C'est vrai si on considère comme Histoire une suite d'événements
plus ou moins considérables. C'est faux si on considère, comme l'a fait Marie Dominique Pot, les Herblinois participant ou refusant l'avènement d'un monde toujours nouveau.
C'est le premier enseignement du livre. Depuis 2 000 ans notre commune est habitée. Pratiquement toutes les époques ont laissé des vestiges : l'invasion et l'occupation romaines, l'Evan- gélisation, le Moyen âge et la Renaissance et puis les Temps modernes. Une magnifique église, des manoirs dont celui de la Paclais nous montrent une commune prospère.
Rurale, avec de vastes propriétés et de riches demeures, on pourrait penser que la commune est restée, jusqu'à hier, endormie dans la féodalité. C'est lire le paysage herblinois, de château en château, en sautant des chapitres. Les paysans, dans les cahiers de doléances, ont participé au mouvement révolutionnaire. Les grands débats du XIXe siècle, la scolarisation , la naissance de la République, la séparation de l'Eglise et de l'Etat, ont agité la population herblinoise.
Des hommes ont combattu pour la liberté. Pendant la dernière guerre, des patriotes furent victimes de la barbarie nazie.
Marie Dominique Pot raconte comment les Herblinois ont ainsi traversé les époques.
Et puis, il y a eu le grand bouleversement des années 60.
L'industrialisation du XIXe siècle n'avait qu'effleuré Saint- Herblain. L'urbanisation est brutale.
Du sol et des grands axes de circulation : la ville possédait des atouts considérables pour accueillir la population nouvelle.
Ces atouts, nous le savons, n'ont pas forcément été bien utilisés.
Le béton a poussé trop vite. En moins de 10 ans, Saint-Herblain est passé de 10 000 à 40 000 habitants.
Alors qu'il avait fallu des siècles pour construire le bourg, tracer le bocage et les chemins, planter le sous bois des vastes propriétés... en quelques années, c'est tout le paysage de la commune qui s'est transformé.
2 000 ans après la présence des Romains, «une seconde naissance», dit Marie Dominique Pot.
L'histoire de Saint-Herblain, avec des hommes et des femmes d'origines et de cultures très différentes s'écrit donc au présent.
Alors qu'une ville traditionnelle met des générations à se bâtir et à s'équiper, il faut répondre en quelques années à tous les besoins d'une ville qui s'est peuplée en moins de 20 ans. Travail difficile mais exaltant. Curieux et disponibles, les Herblinois participent activement à la vie sociale, culturelle, politique, sportive et économique de la ville.
De l'extérieur, on regarde vivre et s'édifier cette commune où naissent chaque jour des initiatives, où des entreprises innovent et préparent l'avenir ; où des architectes imaginent des quartiers à la dimension de l'homme ; où, par centaines, des jeunes proposent et participent à des activités variées ; où les nombreuses crèches sont des lieux où l'enfant découvre le monde ; où la vie culturelle, avec tous ses modes d'expression, anime tous les quartiers ; où l'école, moderne et ouverte, forme les hommes libres de demain. Bien intégrée dans l'agglomération nantaise et dans la Basse Loire, Saint-Herblain est une ville à part entière, avec une belle identité et une forte personnalité.
Marie Dominique Pot a bien compris que, dans l'explosion des années 60, s'écrivait un nouveau chapitre de Saint-Herblain et que l'histoire non seulement s'écrit au présent, mais imagine l'avenir.
Le futur ne s'écrit pas en arrachant les pages du passé. C'est pourquoi, j'avais demandé à Marie Dominique Pot de rédiger ce livre. Il faut lire cet ouvrage. Les nouveaux habitants vont découvrir leur commune. Ils vont, utilisant le livre comme un guide, se promener dans une campagne belle, avec des petites routes, des villages de pierre, de vastes parcs avec leur château.
Ils vont s'apercevoir de la richesse du patrimoine herblinois, patrimoine qu'il ne faut pas gâcher, mais qu'il faut protéger parce qu'il est nécessaire à l'équilibre des hommes.
J'invite aussi les enfants à lire le livre. L'histoire de France apprise dans les manuels est aussi l'histoire de tous les Français.
La Révolution n'était pas que parisienne ; il a fallu de longues années de lutte pour que tous les enfants aillent à l'école ; des hommes se sont battus pour que la France soit une authentique démocratie. Les enfants doivent savoir que des luttes ont été vécues, aussi, par les Herblinois.
L'histoire ? «un tremplin p o u r bondir», disait donc le poète.
Oui, il faut comprendre notre histoire pour préparer l'avenir.
Jean Marc AYRAULT.
Député maire de Saint-Herblain
AVANT-PROPOS
Ce livre n ' a pas été écrit par plusieurs historiens associés à des érudits locaux en plusieurs années de recherches et ne se présente pas, à dessein, comme un livre d'histoire.
Il s'agit du regard d'une sociologue, seule, sur le passé fragmentaire de la commune de Saint-Herblain. C'est là son originalité, ce sont ses limites, d'autres conditions, une autre attitude.
Nous ne proposons pas, en effet, une histoire de Saint- Herblain qui demanderait des années de recherches, une longue fréquentation de la commune, d'autres compétences.
Notre démarche s'apparente plutôt à celle de l'album d'instantanés photographiques saisis sur le vif (et il n'est pas de vif qu'au présent !) chargés de sens par leur insertion dans un réseau de traces anecdotiques, chacune miroir et écho de l'ensemble.
Notes brèves, carnet de promenade, aquarelle, ouverture de perspectives...
Si les archives n'ont pu être toutes rassemblées, consultées, confrontées entre elles et restituées dans une analyse traditionnelle
d'historiens (à supposer que nous ayons voulu le faire, nous ne disposions que de six mois au total pour les entretiens, collectes d'archives, lectures, rédaction, mise en pages, prises de vues pour ce sujet considérable), nous avons procédé à la manière du voyageur dont l'esprit vagabonde entre les images du présent et la perception de la lente accumulation des temps passés.
Volonté donc, de confronter, non des séries d'archives mais les documents écrits aux dires, aux récits savants ou non, de la population actuelle et à leurs appropriations de l'Histoire.
Ainsi nous entendions œuvrer aux carrefours de l'histoire, de la sociologie, de l'ethnologie, même si notre méthode est elle- même relativement marginale en ces deux dernières disciplines, dont nous voudrions tellement qu'elles soient parfois des indisciplines !...
Voilà pourquoi nous nous sommes interdit de prétendre exclure la subjectivité (le prétendre nous paraissant en toute chose, un leurre) veillant toutefois à la rigueur scientifique dans notre domaine.
Nous avons donné une grande importance aux citations, nous effaçant derrière les textes et les sources, car les écrits présentés ici sont, le plus souvent, inaccessibles aux habitants.
Il s'agit donc d'un témoignage particulier sur la manière dont l'Histoire est vécue, rêvée, refaite et non d'une recherche historique au sens universitaire du terme, laquelle appartient aux spécialiste et reste à faire, si l'on veut.
Il resterait, de même, aux sociologues, à étudier les usages sociaux de l'Histoire et de celle de Saint-Herblain en particulier.
Le document qui suit se veut proposition, invitation à s'interroger, à dépasser, bribes, préliminaires et non conclusion.
Que toutes les personnes qui ont permis son élaboration soient remerciées et, pourquoi pas ? s'y retrouvent...
PREMIERE PARTIE
LES TEMPS IMMEMORIAUX
Ville de sC Herblain
Chapitre 1
ET DÉJA UNE MAISON DE C A M P A G N E
Saint-Herblain jusqu'au XXe siècle, village que l'on dit sans histoire, sans batailles, sans célébrités, n'a guère de traces de son passé lointain. Cependant, l'urbanisation récente, remuant les sols pour fondations d'immeubles, de quartiers, de vastes ensembles immobiliers, met à jour parfois, inopinément, quelques vestiges.
C'est ainsi qu'en 1979, l'aménagement du quartier des Preux a permis d'exhumer des constructions datant du premier au VIe siècle.
Laissons, sur ce point, les spécialistes donner leurs conclusions :
«La réalisation de la Zone d'Aménagement Concerté des Preux provoqua la découverte de Legulae, céramiques gallo- romaines et fragments de colonnettes. Un sauvetage du gisement, une villa, f u t effectué tout au long de l'année 1979 p a r le personnel de la Direction (G. Grévin). La synthèse de ces travaux réalisée
par D. Barraud isole cinq phases successives d'occupation de la deuxième moitié du 1 er s. aux Ve- VIe s. Du premier état, partiel- lement étudié, et non représenté sur le plan, on ne connaît que quelques murs d'un bâtiment assez fruste, d'orientation différente des constructions postérieures et entièrement rasé pour leur faire place. Dans le courant du IIe s., sans doute la deuxième moitié, on établit sur le même site une bâtisse rectangulaire (20,50 m - 13 m) s'ouvrant au s.-o. dont le plan s'organise autour d'une grande pièce centrale d'environ 50 m2 desservie en façade par une galerie flanquée d'un cellier carré, et latéralement par un couloir. Le troisième état daté du IIIe s. se traduit par l'adjonction d'un ensemble thermal tandis que la villa est dotée d'une longue galerie à colonnade large de 2 m pour rétablir l'équilibre du plan.
Ces petits thermes se réduisent à une salle chaude (7,50 m x 6,50 m) construite sur un hypocauste à conduits rayonnants, et munie de tubuli placés dans les murs à laquelle est adjoint un solium. La grande salle n. faisait office de salle froide. C'est à l'époque de Constantin que se produit un réaménagement de cette villa : les sols de l'habitat sont refaits en béton à tuileau installé sur un solide hérisson de pierres et la partie thermale est redistribuée. Le frigidarium est supprimé et transformé en chaufferie à deux fourneaux ; l'un, carrelé, alimentant par un nouveau conduit la salle chaude déjà existante et le solium agrandi, le second fournissant l'air chaud à un 2e hypocauste auquel on accédait en traversant la chaufferie. Il est possible que l'ancien praefurnium dont le conduit avait été obstrué par un bouchon de mortier et de pierres ait été alors utilisé en tant que salle froide. Il est délicat de dater l'abandon de cette villa qui tomba en ruines de façon progressive (fin IVe s. ?). La partie thermale, notamment la chaufferie, fut réutilisée comme habitat à une époque postérieure (Ve- VIe s.) comme l'indiquent un dépotoir et là céramique estampée tardive retrouvée dans ce secteur. Sur le reste du site s'installait une nécropole à inhumation comportant 5 sarcophages en schiste ardoisier et 25 sépultures
en fosses, installées à travers les hérissons des sols ou dans l'évidement de murs. Le mobilier funéraire est pauvre : une fibule quadrilobée en bronze étamé, quelques perles. Du mobilier gallo- romain, retenons le fond d'une boîte à sceau, une cuiller en bronze et une bague de fibule portant l'estampille ORIN.
La marque ORINVfSJ a été lue sur une fibule pseudo-La Tène II trouvée à Mauves ; voir Gallia, 39, 1981, p. 358. »'
La mémoire populaire, sait ou brode (ce qui est encore une manière de savoir). Ainsi, ce terrain des fouilles à Preux était appelé par les cultivateurs : «le champ des morts».
L'un d'eux, il y a quelques années, voulant faire agrandir sa mare, avait, en creusant, trouvé des ossements. Il avait creusé plus loin : même chose... La mare avait donc été laissée telle quelle et le terrain ne fut pas utilisé pour cultures.
On raconte que cet actuel quartier des Preux aurait servi au Moyen-Age, de cimetière des lépreux pour la ville de Nantes, d'où son nom : les Preux... On y aurait trouvé des sarcophages, en surface, orientés d'est en ouest, à proximité de la villa gallo- romaine mais d'époque beaucoup plus récente et, sur tout le reste du terrain, des ossements sans sarcophage, sépultures des plus pauvres.
Ces faits sont néanmoins démentis par les archéologues.
Mythes ou traces historiques ? De tels détails dans la tradition orale appartiennent à tout un système de rationalisation populaire face aux faits inexpliqués. La mémoire, on le sait n'est toujours que mise en scène et reconstruction. En l'absence d'archives et de preuves, c'est ainsi qu'un champ d'ossements nommé «les Preux» cherche et trouve sens.
Pour ces époques reculées dont on sait si peu, signalons
1. G. Aubin, «Informations archéologiques». Gallia 41, 1983. Un autre compte-rendu de ces fouilles est donné par G. Aubin dans «La Loire-Atlantique, des origines à nos jours» !
encore que la voie romaine qui allait des Preux à la Loire, traversait sans doute l'actuelle carrière de Pontpierre. Seule indication qui nous reste, là encore, la mémoire populaire, avec, en contrepoint, une mince information : sur le cadastre de 1826, à côté d'un lieu dit «Les ponts pierres» figure un autre lieu dit
«la Woys».
On lit enfin, dans «La géographie de la Loire Inférieure»
de E. Orieux publiée en 1835 qu'une hache en pierre polie et des silex taillés «de l'époque celtique» furent trouvés à la Bouvardière.
Site de Preux. Fouilles d'octobre 1979. Direction des Antiquités Historiques.
Schéma des fouilles présenté par G. Aubin dans Gallia 41, 1983.
(Clichés Mairie)
En 1920, les élèves étaient presque tous fils ou filles d'ouvriers ; quelques uns, de fonctionnaires ; peu de commer- çants ou d'artisans et pratiquement pas de milieu rural. L'essentiel des enfants des cités de la Bourgonnière et de la Haute Chaussée fréquentaient l'école publique de Basse-Indre.
«Jusqu 'à la guerre 1939-1945 il existait quatre écoles à Saint- Herblain : deux écoles de filles et deux de garçons, puisque l'on ne pratiquait p a s l'enseignement mixte.
L'école publique des filles qui se situait à l'angle de l'Hôtel de Ville et de la rue des Calvaires.
L'école publique des garçons en face de l'Hôtel de Ville à l'emplacement actuel du Centre de Secours.
L'école libre (ou chrétienne) des filles, derrière l'église du bourg.
L'école libre des garçons, rue des Calvaires. »1
A Saint-Herblain vers 1925-1927, les parents devaient payer fournitures et livres, probablement en raison d'une position municipale. La caisse de la «Société des Amis de l'Ecole Laïque»
suppléa à cette carence préjudiciable à l'école communale à partir de 1928 :
«Les appointements des Instituteurs étaient très modestes.
Le 21 juillet 1933, le Conseil Municipal de Saint-Herblain jugeant insuffisant le traitement de l'instituteur, qui était alors de 250 F, augmenta celui-ci de 100 F.
Ce même jour, ce même Conseil décida à l'unanimité que la participation financière mensuelle demandée à chaque élève serait de 1,50 F p o u r ceux qui apprendraient en plus l'écriture et le calcul.
Le Conseil fixait à 16 le nombre d'enfants scolarisés gratuitement.»2
1. C.E.S. E. Renan.
2. Ibid.