LA MÉTHODE NATURELLE DE MUSIQUE
William llillIT : "LA PIACE DES DISQUES 11 ( n • d aout de Vers l Education No11vel le )
Nous nous attendions à voir 1 auteur louer. cotm1e tant d autres les disques qu1 mef •en( rncontestablement à la portée du peuple Wl mode d "eJÇJiessron ait 1st~que qui était nafiuère le p1 ivilège d une classe. Or, il se trouve que lfilliam LEMIT s il reconnat t les incontestables avantages du disque et de la radio, en voit aussi les dange1s qu il analyse d wie façon pa;fa1 - te et avec une docwnentation que nous nous en voudrions de ne pas cite1 longuement Il s ag11 là en effet, de notre processus naturel de talonnement expérimental Il suffrra de la11e admet- tre ce qui est moins simple, qu on ne croi t1que ce qui est vrai pout la musique 1 est auss·
pour le fiançais, pour les sciences le calcul le dessin el la peinture
" I l faut soullgne1 lcl dlt l ·auteur que dans le domaine musical comme dans tous ics auL1es iécepLlon eL exp1ess1un sont chez 1 enfanL des phbvw~ · non pas successives maœ s 1mu1 t.anées de son évolution
C est en essayanL de 1ep1 odu1re sous une 1ormt d aùotd Latonnante puis de plus en vlus p1écrse c.e qu 11 enterid que le petit 1<nfanL en Pt end vé1 itablement connaissance possession el pa1vltnL ainsi progresslvemenL à la malL1·1se de son expression tta!Lr1se qu· 11 ut11ise1 a ::.ponLanément soit à l imHatlon pm•e et. simple des 1 épe1 Lofres t1ansmis pa1·
son ouv1age so1L de iaçons plus ou moins ll- b1 es mais qu1 pa1 t1es des lallations lnfor mes du nouveau ·né p1ocèdenL r1na1ement d un
idiome mélodique structuré et socialisé
J, e 1f1 cac Hé de c.c pr ocessu::. es L év idem- mcnt d au 1.an t. plus gt ande que ce qu ent.end l en1anL corre::.pond mieux à bOn niveau pro- pre de perception et de manl!esLatlon eL esL lin tendu pat lu! dans les condl t 1ons les plus p1op1ces compLe Lenu de sa psychologie par- ticu11 è1 e
Ainsi peuL·on dlle quel voll<. se 1 01·ment. en meme Lemps si c C>St pa1 l otetllt; que la la vulx ebt 1 é..,.p1 oquem1>nt le io1maLeu1 de 1 u1e111e
oreille eL la ou pluLot que voix se forme PlUb e1!1cace
El ctc.1 nous amène à 1nslsl e1 sui le c;a- 1 a~tè1e P11mu1d1a1 dand Loutt> éduc.at1on mu ·
;.,lcale de la man1!'esLat ion pet sonnelle Nous ne vuulon& pas par là opposer un co1r,po1Lement. act11 ( exécuLlOn de la musique) à un comportement passif (aud1L1onl car 11 est ce1taln que l audiLlon peut correspon- dre à une acLivlLé qul pour n eLre que men-
tale n en esL pas molns très 1 éelle Hais 11 esL non moins LerLaln qu une Lelle aLLllude esL beaucoup plus le résultal que 1e po1nL de dépa1 t de l éducaLlon mus1 c.a te
Aussi esL -11 un peu 1nqu1é1ant de consLa•e1 que dans ~eaucoup de m111eux qu1 nou& entou- 1 enL on en at·11vL· à cons1dé1e1 que et' que
l·on nomme '' l 1nit 1atlon musH.ale "se té soud purement el ::.implement en 1 audit ton de disques sans au..,un appel à la parLiv1pat ton pe1·sonne11e des individu::, à la 1 éa11sa1 ion de la mus1que;
Les dange1s de .. etLe e111<U1 0nt été dé- noncés de bien des cotés
C est le t;Ompo&iLeur eL mus1co1ogue Jacques Cha111ey qu1 1a1t 1 emarque1 • combien
Il est plu5 p10!1tab1e de massacrer sol-meme à 4 mains une pauv1e tédu.,1ion de symphonie que d en enLend1e i&Slt d un haut-pa11eut la plus maglsll ale exécution par Tusc.anu11"
et qui ajouLe : • Nous avons bcbOln de plus en plus d une rnuslQUL vta1e d un1< musique vécue la mu::.1qu~ de l.hamù11: tn rami lll! ou un- t 1 e am1::. le:i dé1,h1111age::. d1.. pa1t.i11ons au piano pou1 ma1ad101t::, qu 11s 1us&enl pa1 !ois éLa1enL une nou11iLu1e 111emp1açablt De g1ace n en laissons pas dépér 11 les ve;,1 lge::. au bé néflce des ra~11es pa1esbe::. de nu::, appa1e11s pe1·ted tonnés ils c.ump1è1enL 1 ls sont p1·é- 1,leux Il 1eu1 manque 1 e:;sen11e1 •
C esL un aut1e LOmpos1teu1 HPéc.1a11ste de la mu&lque pupulalt~ (4' qu1 dl\ 'Api ès avo11 écouté beaucoup de mUblQU.? on 1 in1t pa1 ne plus l entend1 <! c.omme un nt. pe1 ço11 plus les b1u1Ls de la 1ue Il en 1éb~lLe une sat,u1at.lon et un enguu1dll:>bdinLilt .. untte les- quels ll est bun de 1 éagu pou1 ce1a la musiqu1. v l\<anl e celle qu ..in Pt at 1que est le rne1lleu1 1emède ( l Je n é.,hange1a1::. pnb pou1 la plu::. , 1cJ11; dt::.r othèqut; du monllc le tait quc je ::.ais 111 e 1a musique e1 la 1 ec.rée1 pa1· le jeu de::. 1n.:>11 umt'nl& t.I de la \ Ol>. "
C est un pédagogue music.al (5' qui é~t lL
" I l ex1s1.e tnL1·e la musique que l .:in écuulu
eL celle que 1 on ia1t ::.ui meme une v~ il able diffé1enc.e de natute au1a1t-11 pa::,sé toute sa vie à en1end1e les Ee111euts ~ollble& les me111eu1::. enstmbles lrs me111eu1s en1ev.bt1e ment.a 11 1gnu1e1a1t luUJours 1..e qu est la mu-
- !.ll6 -
si Que celui QUl n aurait pas lu!-mcme. t1·ès modestement mis la maln à la pate celu1- là QUl reste un modeste amateur connaitra mieux la musique que le plus compétent audi- teur s1 en l exécutant lui-m~me. il est de- venu un 1 créat..em " de cet.te musique s 11 s est.. mis a1ns1 au coeur meme de cett..e mu- sique comme la meilleure ex~cution du monde ext..érleure à lui ne 1 y mettra jamais •
C est une spé1,1a11s1e de la • musicothé- 1 aplc ~ (6) qui const..at.e g Dans bien des cas. l audition de la musique peut.. souvent avo 1 r une in r luencc app1 éc iab le sui les mala- des Cependant. aussi profit.able que cela
puisse etre tempmairement un effet.. durable n esl. généralement atteint que par une pa1 ti- ci pat..1on active de la musique '
C'est le grand cher d orchestre rurt- wangler qui à propos du problème mème de la réceptivité du public des concerts déclare
(7) : ~ De nos jou1•s on constate un phéno- mène inquiétant. Qul doit.. etre considéré com- me un grand danger pour la vraie vie musica- le. l éloignement toujours croissant du pu- blic et.. de l interprète La tentative de rap- prochement par l effet extérieur ( celui des
"virtuoses") est une impasse Il vaut beau- coup mieux fonder des chorales et des socié- tés musicales de jeunesse. qui créent un ter- rain de vraie communion. propice à raire de la musique Leur nouvelle vogue donne en er- ret de 1 espoir "
Les lignes suivantes de Paul Hindemith ( 8) vont dan& le me me sens " L amateur pra- t.1qtrnn t.. qul s ·occupe avec sérieux de choses musicales. est un élément.. aussi import..ant.. de not..re vie musicale que le musicien profession- nel sérieux Il a Incontestablement une im- portance plus grande que le simple mélomane qui se contente d un plaisir passif et qui. sous sa fo1·me la plus connue d ·aud11.eu1· de concert n est plus guèl'e qu un racteu1 éco- nomique dans 1 act..ivité musicale •
" combien ces lnquiéLudes exprimées à propos des rapports des adultes ayec la musi·- que doivent-elles et..re plus grandes encore sl 1 on songe aux enfants_ à ces cnfant..s dont les psychologues nous disent corab1en leurs pe1cept..1ons sont liées à 1 activité et.. nous assu1·ent qu ils ne peuvent guère "arriver à sa1slr une notion qu au sein de l action et.. pai- 1 act..lon " (9)
Or. c·est de plus"en plus rarement que la clvillsation moderne off1e aux enfants tou1 comme aux adultes. l 01.caslon de se ma- nifest..c1 musicalement
Du rait de la d!spa1 !Lion du chant eL de la musique dans la vie sociale aussi bten
&UJ le plan rolklor 1que que dans le cadl'e de
la vle urbaine à ses différents niveaux l exemple stimulant des adultes manque aux en- tan1 s dont le su1c101L les t..entatlves spon- tanées d exITTesston personnelle sont.. blen souvent découragées réprimées par l incom- p 1 éhension totale de leur entourage Devant une telle situat..1on. on ne peut manquer de se dire que la tache essentielle, à notre é- poque d un spécialiste de l éducation musi- cale aussi bien que de quiconque est.. appelé meme très modest..ement ( comae c est noLre ca& à la .,olon1e) à lntervenil' dans ce domai- ne ne peut.. etre que de favoriser de susci-
1.dC les manifestations personnelles des enranœ
Et pour cela de raire retrouver par tous le gout pour le chant pour le mouvement en mu- sique pour les pratiques instrumentales élé- ment.aires s-11 se peut, de redonner à chacun conr1ance dans ses proITTes possibllltés, de pel'tectionner les moyens de tous pour leur permettre à quelque échelon que ce soit, des réalisations de qualité
on approuvera alors la p1otestatlon de M Jean Plane! ( 10) déjà et Lée dans notre n~ 122
' 1 Que le peu de Lemps qu 1 est.. ace 01·d é dan·s les prog1·ammes scolaiI'es à notre d~sclp11ne musi- cale soit.. envahi par touL ce qul n est pas le chanL est un acte de gribouiller1e assez co- casse "
Tout ceci dit_ il n·est nullement ques- tion. sous peine de tomber dans le ridicule. de proscrire de 1 éducation musicale l:audi- tlon de musique de qualité et en particulier des chefs-q•oeuvre des grands-maitres
Encore convlent-11 de remett..re ce moyen à sa juste place. qui ne devrait pas en tout cas être la première. de ne pas oublier que toutes les auditions du monde ne sauraient compenser 1 absence de manifestations person- nelles. ou la médtocrlté de ces manirestaL1ons, de la pa1 L des aud1t..eurs , de comprend1·e éga- lement.. que 1 oppo1·tunité meme des auditions. eL le cas échéant.. leur forme et.. leur contenu. sont ét1oltement dépendants des condiLions va- riables existant selon les groupes et.. les si- tuations et qu·en particulier la Question se pose de façons foncièrement.. différentes selon 1 age de ceux auxquels on a affaire.
Jacques Cllallley dans son article précé··
demment cité. dit encore . " Nous sommes au- j ourd =hui trop loin de la musique Nous la vou- lons pa1 ratte ; soit , en réponse. elle est de- venue pièce de musée Nous ne la rencont1·ons plus que derrièl'e une chaine de velours rouge avec " défense de toucher " - (la !'ampe de l es- t.rade ) - ou. p1s encore derrière une vitre de chambre f1 oide - ( 1 appac·e11 de radio ou le phono) -, Nous y gagnons la qualité maté- 1•lelle de l exécution. peut..-et..re mais nous y pe1dons la cha1eu1 de la vie eL c·est.. beau- coup plus lmport..ant "
Une musicienne travatllanL avec des mala- des (12) écrit à propos d exécutions par des artisLes dans des établissemenLs hosp1t..allers
" Il est d expérience constant..e que les mala- des ret..irent motns de bénéfices d·un concert de musique enregistrée. mdme commenté c est..
le cont.at.t humain qui donne Loute sa valeur à une exécution musicale et.. rien jusqu 1cl.n a pu le 1emplacer •
On objectel'a peut..-~Lre Que des moniteurs et monitrices ne sont nullement.. capables d' exécuLe1 les musiques dont_ les disques per··
metLenL 1-audltion C est v1ai. ma~s 1 on se1·al t p1 es que t..ent..é de répondre " t..an t. mieux"
car la modestie de leurs p1 opres moyens les obligera préciséaent.. à rester·; dans leu1 s dé-- monstrat..ions dépourvues de Loute Pl ét.enL ion el de touL apparaL. à un niveau plus pioche de celui des enfant..s - et- en pa1 l icul ie1 des plus jeunes de ceux-ci
CeLte idée un peu sommaire. et qui s ex- prime souvent pa1 des formules telles que
" Il rauL ma1·c.he1 avec son t..emps " etc dbiL et..1-e 1ect..i(iée
Il est.. bien vrai qu un matériel nouveau - 2Ù7 -
peut ouvrir des voles nouvelles à la pédago- gie et c·est de toute certitude le cas lei . Mals 11 est vrai également hélas, qu!on peut pratiquer avec des appareils extrêmement perfectionnés une pédagogie extrêmement ré- trograde conventionnelle Le matériel n:est pas tout 11 y a aussi et surtout la raçon de s·en servir
(ij) Georges AUBANEL ' La musique vivante"
dans le Journal de la Confédératlon musicale de France et de l'Unlon française n• 123 ma 1 1959
(5) Michel BRIGUET. critique musical et pro- fesseur de p·ano. dans la revue A coeur joie,
n• lij, ju,n 1957
(6) Val ly WEIGL tlew York " The status of music therapy ln the United States ", confé-
rence prononcée à Copenhague, le 6 ~o6t 1958 (7) Résumé par Nelly GABOR des • Gespràche über Muslk • de Wlhelm Furtwangler dans la revue Internationale de Musique n• 9, Hiver 1950-1951
Il ne serait peut-~tre pas raux. de ce pornt de vue. d 1 établir un cer~a1n parallé- lisme, en ce qui concerne le role de la ma~h1-
ne entre le domatne de la culture et celui de la production
(8} C:tées par Kontakte n• 1 ( féVrler 1958) (9) Mme FUSTER • Perceptions des enfants •
dans le Bullet!n de la Société B•net, 1906 cité par CHATEAU dans " Le réel et l 'Imagi- naire dans la v !e de 1 ·enfant '
(10) " Du chant avant toutes choses dans la revue ·1' UFOLEA. n• 116 mars 1958
(12) Christine HENDRICKX-DUCHAINE, p1ésldenle de la section de musique du Service social
lntersanatorlal de Belgique, • La musique et la thérapeutique '' dans"la muslque dans l"
éducation, "
(Ed UNESCO et Armand Colin . .)
Remercions William LFJIIT d'avoir montré si magistralement la vraie place du disque, moyen d"enrichlssement de l 'indispensable t~tonnement expérimental.
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L ES E DUC ATEURS E T LES E NFANTS E COL E MOD E RN E R E MPORT E NT DAN S BI E N DES DOMAIN ES DES PRI X QU I S ONT A INSCRIR E A L ' A C TIF D E NOS T ECHNIQU ES
Notre ami BEKI'R.AND nous écrit
C. FREINET
"D1d1 ( c est son ainé - 6 ans) a gagné un prix au concours de la lett1e aux mamans organisé pat " POUR VOUS MADAHE " et LA VIE DES METIERS Il a orn une belle boite de chocolats et un 01.;tlonnau•e La1·ousse ( et pour la mait1 es· se un llt1e d eau de Cologne
Je te le signale pour ajouter aux palmarès des Concours o~ ont br111é les enfants de 1 Ecole Moderne La liste en se1a1t impressionnante s1 nvua ré- cap1 tulions
,,
Ne serait-ce pas à raire pour mont1•e1• du moins comment on se d 1st1ngue?
Et. ne se1·a1 t-ce pas une forme de p1·opagande non négugeable que d · enc0Ut·age1·
les ~amarades à 1empo1Le1· les concours? Incontestablement nos dessins nos tex- tes nos productions Lemporte:nt. l 'adhés1on des jurys Et ce n est pas à sous.est tma.
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