R EVUE DE STATISTIQUE APPLIQUÉE
J. R INGLER
Une extension de l’approche résistance/contrainte appliquée à la modélisation des lois de défaillance des composants électroniques
Revue de statistique appliquée, tome 31, n
o2 (1983), p. 19-42
<http://www.numdam.org/item?id=RSA_1983__31_2_19_0>
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19
UNE EXTENSION
DEL’APPROCHE RESISTANCE/CONTRAINTE APPLIQUEE A LA MODELISATION DES LOIS DE DE FAI LLANCE DES COMPOSANTS ELECTRONIQUES
J. RINGLER
Matra
Vélizy, France
RESUME
Un formalisme
apparenté
à l’approcherésistance/contrainte
utilisée enmécanique
est mis en oeuvre dans le domaine de la Habilité en
électronique.
Selon un premier concept, la défaillance d’un composant est associée au passage hors tolérance d’unecaractéristique
fonctionnelle de ce composant. Le formalisme correspondant s’apparente à celui d’une ap-
proche résistance/contrainte lorsqu’on considère une contrainte d’amplitude distributionnelle
appliquée
à un matériaupossédant
une résistance définie vis à vis de cette contrainte. Selon undeuxième concept, la défaillance est perçue comme une rupture physique brutale au sein
du composant consécutivement à l’occurence d’une excursion de contrainte excédant en
amplitude la
capacité
de résistance d’unecaractéristique
physique interne au composant.Le modèle de fiabilité correspondant est obtenu par la mise en oeuvre de la méthode résis- tance/contraine dans laquelle la contrainte est
appliquée
de façonrépétititve
selon un processus de type déterministe ou probabiliste. L’ensemble de ces modèles forme un tout cohérent per- mettant de cerner simultanément les pannes par dérive et les pannes catalectriques.1. GENERALITES
Une littérature abondante a été
consacrée,
au cours des annéespassées,
àl’étude de la
dégradation physique
descomposants
et à l’élaboration des modèlesmathématiques correspondants.
Dans laplupart
des cas, ces modèles ont été réalisés dans uneperspective pouvant
êtrequalifiée
de déterministe : pour uncomposant
bienidentifié,
différentescaractérisitiques
internes aucomposant
évoluent defaçon
continue avec letemps,
de sorte que l’instantd’apparition
de la défaillancepeut
êtrethéoriquement prédit lorsque
les loismathématiques régissant
les évolu-tions internes sont connues.
L’établissement de tels modèles relève
largement
du domaine des sciences exactes ; ilnécessite,
enparticulier,
des connaissancesapprofondies
dans lesdomaines de la
physique
du solide et de la chimie :phénomènes d’électromigration, impact
du milieu environnant sur les matériauxcaractéristiques
ducomposant,
mécanismes
d’oxydo-réduction
etc. Iln’y
a dès lors rien d’étonnant à ce que les modèlesqui
ont pu êtreproposés
soient leplus
souvent très différents d’untype
decomposant
à un autre. On admettra defait,
à titred’exemple,
que les mécanismes d’évolution des matériaux semi-conducteursdopés
d’unclassique
transistor sont relativement différents de ceuxpouvant
caractériser lediélectrique
d’un condensa- teur. Par voie deconséquence,
on se rendra à l’évidence que, dans uneapproche
Revue de Statistique Appliquée, 1983, vol. XXXI. n° 2
Mots-Clés :
Résistance/Contrainte, Fiabilité, Composant.
20
du
type déterministe,
aucun modèle unifié nepeut prétendre
à l’exhaustivitéquant
à lareprésentation
finale des lois de défaillance d’une variété étendue detypes
decomposants.
De
façon
diamétralementopposée,
la littérature fiabiliste"classique"
nouspropose, pour décrire ces
lois,
un modèlegénéralisé
detype poissonien susceptible
d’être
appliqué-tout
au moins enpériode
de "vie utile" - à laquasi-totalité
destypes
decomposants électroniques
existants. Cesmodèles,
comme l’onsait,
faci- litentbeaucoup
la mise en 0153uvre des calculs de fiabilité tout en démontrant une assez bonne efficacité à condition d’être utilisés à bon escient.Sur un
plan conceptuel,
on nepeut cependant
manquer d’êtrefrappé
par l’absence manifeste de fil directeurlorsque
l’on considère l’un ou l’autre de cesdeux
concepts.
Dans lepremier
cas, le processus d’évolution estspécifique
à untype
decomposant
déterminé et ne fait aucunement intervenir les "lois duhasard" ;
dans le second cas, c’est l’inverse : tout se passe, comme si l’on faisait abstraction de l’étude des mécanismes d’évolution internes du
composant
pour ne considérer que lesseuls "caprices"
du hasardportant
sur un lot donné decomposants réputés identiques -caprices
au demeurant à caractèrepoissonien
dans le cadre de la fia- bilité traditionnelle--. Il n’est pas du ressort de cepapier
de faire leprocès
de l’unou l’autre de ces deux
concepts
-ce seraitlà,
enfait,
vouloir résoudre leproblème
fondamental relatif à l’existence ou non des
phénomènes régis uniquement
par le hasard- mais au contraired’essayer
dejeter
unpont
entre eux dans un souci d’unification.A cette
fin,
il sera faitappel
à un formalismemathématique extrapolé
del’approche "résistance/contrainte"
bien connue en théorie de la fiabilité méca-nique.
Enpartant
de deux définitions distinctes duphénomène "défaillance",
ce formalismeconduira,
en fonction de différenteshypothèses plus
ou moins res-trictives,
à l’élaboration d’un certain nombre de modèle de fiabilité. Selon que l’on considère l’état de défaillance comme un état où unecaractéristique
excèdeun seuil
déterminé,
ou comme un état où une contrainteappliquée
aucomposant
excède une certaine résistance ducomposant
à cette contrainte(théorie R/C classique),
on obtient des modèles de fiabilitéprésentant
des formalismes différents.Loin de se
contredire,
chacun de ces modèles devra être considéré commeplus
ou moins bien
adapté
selon les scénariosprésidant
à l’utilisation descomposants,
et
plus particulièrement
selonl’importance plus
ou moinsgrande
desperturba-
tions extérieures
auxquelles peuvent
être soumis cescomposants
dans leurprofil
d’utilisation.
2. MODELES DE FIABILITE REPOSANT SUR UNE EVOLUTION PROGRES- SIVE ET CONTINUE DES
CARACTERISTIQUES
DES COMPOSANTS2.1.
Principe
del’approche
Nous
prendrons
pourpoint
dedépart
uneapproche
detype complètement
déterministe
développée
par R.G. STEWART[ 1 ].
Si l’on considère uncomposant électronique
bienindividualisé,
onpeut
admettre que lecomportement
de cecomposant
en utilisation est conditionné par celui d’un assezgrand
nombre de sescaractéristiques physiques
internesxi (i
=1 , 2 ,
...n)
mesurables ou non. De tellescaractéristiques peuvent être,
à titred’exemple : l’épaisseur
de la coucheRevue de Statistique Appliquée, 1983. vol. XXXI, n° 2
21 conductrice dans le cas d’une résistance à
couche,
lagéométrie
d’unejonction
oule
degré
de mobilité desporteurs
decharge
dans le cas d’uncomposant actif,
lavaleur exacte de la
perméabilité
relative dudiélectrique
dans uncondensateur,
ou encore, tout
simplement,
la force de cohésion d’une soudure.Dans une
optique purement déterministe,
onpeut admettre,
comme le faitR.G.
STEWART,
que chacune descaractéristiques
internes dutype xi
évolue defaçon
continue au cours dutemps,
cequi
conduit à poser :expression indiquant
que toutecaractéristique
dutype xi
est une fonctionimpli-
cite des conditions de fonctionnement E du
composant (température,
niveau decontraintes
électriques, ...)
et dutemps
de fonctionnement t.Par
ailleurs,
onpeut
définir lesperformances
de ce mêmecomposant
parun nombre
plus
ou moins limité decaractéristiques
fonctionnelles mesurablesUj (j
=1 , 2 , ... m).
Dans le cas d’unerésistance,
cettecaractéristique
fonc-tionnelle sera, par
exemple,
la valeur mesurée de la résistanceproprement dite,
ou bien la variation relative de la valeur de cette résistance par
rapport
à la valeur nominalespécifiée.
Pour uncondensateur,
ilpeut s’agir
d’un courant defuite,
dela
tangente
delta ou encore de la variation relative de lacapacité.
Dans le cas d’untransistor,
ilpeut s’agir
dugain
en courant, du courant defuite,
etc. Chacune deces
caractéristiques
fonctionnellesUj
étant elle-même fonction de tout oupartie
des
caractéristiques
internes dutype xi,
onpeut
doncécrire,
pour une caracté-ristique Uj
donnée :L’expression (2)
traduit doncexplicitement
la relation dedépendance
d’unecaractéristique
fonctionnelle ducomposant
avec lecouple temps/environnement.
Si l’on fait
l’hypothèse
de continuité et de dérivabilité parrapport
autemps
des fonctions telles que(1)
et(2),
et si l’on suppose l’environnement E suffisam- ment stable au cours dutemps,
il estpossible
deprédire
les variations des caracté-ristiques Uj
sur un intervalle detemps
élémentaire. Eneffet, compte-tenu
de(2),
on
peut
écrire :En faisant
explicitement apparaître
la valeurUj(0)
de lacaractéristique uj
en début d’utilisation du
composant considéré,
onpeut écrire :
L’expression (3)
met ainsi en évidence deux termesprincipaux :
lepremier,
us(0), dépendant
de l’état initial ducomposant,
lesecond, correspondant
à l’inté-gration,
traduisant la vitesse de transformation de lacaractéristique Uj
du compo-sant considéré.
Dans cette
approche,
on définira le critère de défaillance de lafaçon
suivante :le
composant
considéré estréputé défaillant,
enregard
de lacaractéristique uj,
Revue de Statistique Appliquée, 1983. vol. XXXI. n° 2
22
lorsque
cettecaractéristique
excède - enplus
ou en moins selon la nature de lacaractéristique -
une limitespécifiée
que l’ondésigne
paruM .
Compte
tenu del’expression (3),
onpeut
admettre que l’instant de défail- lance d’uncomposant
individuelpeut
êtreprédit lorsque
l’onconnait,
d’unepart,
la valeur descaractéristiques
dutype Uj
à l’instantinitial,
et, d’autrepart,
les lois exactes d’évolution dans letemps de
ces diversescaractéristiques.
Toutescaractéristiques
fonctionnellesu. prises
encompte,
lecomposant
considéré seraréputé
défaillant dès lors quel’une quelconque
de cescaractéristiques
aura excédéla limite
qui
lui estspécifiée.
Sans mettre en cause le fondement de cette
approche qui
fut celui de R.G. STEWART dans ses travaux cités en Réf.[ 1 ],
il faut admettre que le déter- minismeintégral
associé à laprédiction
de l’instant de la défaillance ducomposant apparaît
peu crédiblelorsque
l’on cherche à passer de la théorie à lapratique.
Laraison essentielle réside en effet en ceci : outre le fait que la
complexité
attachéeaux
phénomènes
d’interactions internes auxcomposants
font que les modèlesmathématiques régissant
les lois dutype (1)
et(2)
sont très difficiles àobtenir,
on se trouve confronté au
problème
insoluble de la détermination de la véritable valeur desparamètres
internes dutype
xi à un instant donné et enparticulier
endébut d’utilisation du
composant.
Onpourrait également ajouter
quel’hypothèse
d’un environnement E
parfaitement
stable - et donc à l’abri de toute excursion de contrainte externe - n’estjamais
totalement vérifiée.Compte
tenu de cesdifficultés,
ilapparaît plus réaliste,
dans un scénariode
type fiabiliste,
de renoncer à l’établissement des modèlesmathématiques
telsque
(2)
et(3)
et d’introduire une incertitude attachée à la valeur exacte des carac-téristiques
internesxi
etdonc,
par làmême,
descaractéristiques
fonctionnellesUj.
Si cette incertitudepeut
être considérée comme fondée au niveau d’un compo- santindividualisé,
elle l’est encoredavantage lorsque
l’on considère un lot entier decomposants
du mêmetype.
Carsi,
dans lepremier
cas, onpeut parler
d’incer-titude,
due à la difficulté de mise en oeuvre des mesures, dans le second cas ondoit admettre l’existence d’une distribution
"objective"
descaractéristiques xi
ou
Uj
et dontl’origine
réside dans les aléas inévitables de fabrication.Le propos du
présent chapitre
estprécisément
d’étendrel’approche
deR.G. STEWART dans un cadre moins déterministe faisant
appel
à la théorie desprobabilités.
Leparagraphe
suivant se propose doncd’approfondir
lesimplica-
tions entrainées par
l’adjonction
deconcepts probabilistes
aux scénariosenvisagés
par R.G. STEWART et de
dégager
un certain nombre de formalismespouvant
êtreintégrés
dans lechamp
de la théorie de la fiabilité.2.2. Etablissement des modèles
mathématiques
de fiabilité2.2.1. Elaboration d’un formalisme
général
On considère un lot
important
decomposants électroniques
du mêmetype
que l’on soumet à un essai de vieillissementprolongé
dans des conditionsélectriques
et
thermiques supposées
stables.Au cours de cet
essai,
on s’intéresse à l’évolution au cours dutemps
d’unecaractéristique
fonctionnelle - donc mesurable - de cetype
decomposant.
Onnotera u cette
caractéristique.
Conformément à cequi
a été vuprécedemment,
on admettra les deux
propriétés
suivantes :Revue de Statistique Appliquée, 1983, vol. XXXI, n° 2
23
- au niveau d’un
composant individualisé,
la valeur de u évolue au coursdu
temps.
- au niveau du lot soumis à
essai,
l’ensemble descaractéristiques
u à uninstant donné obéit à une distribution
statistique pouvant
être déterminéeexpé-
rimentalement.
On suppose, pour fixer les
idées,
que lacaractéristique
u aglobalement
tendance à
augmenter
au cours dutemps
et l’ondésigne
par uM la limitesupé-
rieure
assignée
à u par laspécification.
Les deuxhypothèses
suivantes seront for-mulées :
- la nature de la distribution
statistique
descaractéristiques
ugarde
uneforme stable au cours du
temps :
elle reste normale si elle est normale àl’origine, log-normale
si c’est le cas àl’origine,
etc. Cela revient à admettre que l’effet dutemps
t se traduit au niveau desparamètres
associés à la distribution considérée et non de la forme de cette distribution.- la loi
mathématique
modélisant cette distributionstatistique
est une fonction uniformément continue et dérivable parrapport
à l’ensemble des variables u et t.La
première
de ceshypothèses, quoique restrictive,
est toutefois vérifiée dans de nombreux caspratiques
pourlesquels
on constate que l’effet dutemps
se traduit essentiellement par une modification
progressive
de la moyenneet/ou
de
l’écart-type
de la distribution dedépart
et non de la forme de celle-ci. La secondehypothèse
supposeimplicitement
que lesparamètres
attachés à la distri- bution considérée sont eux-mêmes des fonctions continues et dérivables de la variabletemps.
Ondésigne
alors :-
f (u , t)
la loi deprobabilité régissant
la distributionstatistique
du u àl’instant t. Cette loi sera
supposée
satisfaire àl’hypothèse
de continuité et de dérivabilité et vérifie en tant que loi deprobabilité
la condition :(la caractéristique
u étantsupposée positive
pour fixer lesidées).
On
désigne
enfin par’P(t)
la distribution des instants de défaillance descomposants
soumis à vieillissement enprenant
pour critère ledépassement
deuM par la
caractéristique
fonctionnelle considérée.La recherche de la formulation
mathématique
dep( t) peut
être facilitée par la considération de lafigure
1qui
illustre lesconcepts
venant d’être énoncés.En considérant la
figure 1,
on constate que laproportion
decomposants
sortant de la tolérance admise entre les instants t et t + dt
correspond
à l’aireélémentaire dS
représentée
sous la courbe dudiagramme
du bas etqui
n’est autreque la différence entre les deux aires hachurées sur le
diagramme
du haut. Donc :Revue de Statistique Appliquée, 1983. vol. XXXI. n° 2
24
Figure 1
D’où, compte-tenu
del’hypothèse
de continuité uniforme de la fonctionf [u , t ], la
formulation cherchée :A
partir
de(4),
on retrouvel’expression mathématique
donnant la pro-portion r(t)
decomposants
non défectueux à l’instant t. On a en effet :soit :
Le formalisme attaché à
l’expression (5)
n’est autre que celuiauquel
auraitconduit une
approche
dutype résistance/contrainte (Fig. 2)
dansl’hypothèse
duscénario suivant :
- résistance du matériau non distribuée et
égale
àuM
- distribution de la contrainte u varaible avec le
temps
etrégie
à l’instantt par une loi du
type f [u , t ] .
Revue de Statistique Appliquée, 1983. vol. XXX I, n° 2
25 Figure 2. - R/C
équivalent
On retrouve donc ici le formalisme
R/C
utilisé dans le domaine de la fiabilitémécanique,
la limitespécifiée uM
et lacaractéristique
fonctionnellecorrespondante
u
jouant
icirespectivement
le rôle de la résistance d’un matériau et celui de la contrainted’amplitude probabiliste appliquée
à ce matériau.Une remarque
importante
doit àprésent
être faite en cequi
concerne la fonctionr(t) exprimée
en(5).
Eneffet,
ilapparait
sur cetteexpression
que, for-mellement, r (t)
nepossède
pas toutes lescaractéristiques
d’une fonction fiabilitécar, en
général :
Cela
signifie,
d’unpoint
de vuephysique, qu’il peut déjà
y avoirquelques composants
hors tolérance en début de vie du lot considéré. Pour cetteraison,
l’introduction d’une fonction fiabilitéR(t) -
satisfaisant à la conditionR(O)
= 1 -conduit à normer la fonction
"proportion
de bons"r(t),
cequi
revient à écrire :Soit :
Pour la même
raison,
la fonction’P(t)
necorrespond
pas,formellement,
à une distribution de
probabilité compte
tenu que :La distribution de
probabilité correspondant t/J (t)
doit donc être obtenueen normant if)
(t),
c’est-à-dire en écrivant :soit :
Revue de Statistique Appliquée, 1983, vol. XXXI, n° 2
26
Ces remarques étant
faites,
nous nous proposons d’établir les distributions d’instants de défaillance obtenues à l’aide des formulesprécédentes
surl’exemple
- non limitatif - des deux cas
particuliers
suivants :-
f(u, t)
est une distribution sensiblement normale de uayant
pour moyenneune fonction croissante du
temps
et unécart-type
constant.-
f(u, t) correspond
à une distribution uniforme de u dont les bornes sont des fonctions croissantes dutemps.
2.2.2.
Hypothèse
de normalité avecécart-type
constantOn suppose donc que la distribution
f (u, t)
est de la forme :m (t)
étant une fonction croissante de t. Lacaractéristique
fonctionnelle u étantsupposée positive,
on supposera encore vérifiée la condition:m(0) » 3 Qo
afinde commettre une erreur
négligeable
entronquant
la distribution normale à la valeur : u = 0(Fig. 3).
Figure 3. - f(u, t) = N [(m (t) , ordo]
L’expression
de la distributioncp(t)
est obtenue àpartir
de la formule(4).
Il vient :
Soit, après intégration :
Revue de Statistique Appliquée, 1983. vol. X XX 1, n° 2
27 Un cas
particulier
intéressant est celui oùm(t)
est une fonction linéaire de t, soit :m(t)=mo+kt (k > 0) ,
mo n’étant autre que la moyenne de la distribution de la
caractéristique
u descomposants
du lot en début d’essai.Compte
tenu de cette nouvellehypothèse,
la formule(8)
conduit alors aurésultat suivant :
On voit ainsi que les instants de défaillance des
composants
du lot sontrégis également
par une distribution normaleayant pour
moyenne :Figure 4
2.2.3.
Hypothèse
de distribution uniformeOn suppose à
présent
que la distributionf (u, t)
est de la forme :Revue de Statistique Appliquée, 1983. vol. XXX 1. n° 2
28
a(t)
etb(t)
étant des fonctions croissantes de t et telles que :Compte
tenu de l’existence des bornesa(t)
etb(t) repectivement
diffé-rentes de zéro et
l’infmi, l’expression (4)
n’estplus
directementapplicable.
Il estnécessaire d’établir
préalablement l’équivalent
de cetteexpression
dans le cas de distributions bornées autrement que par zéro et l’infini(en particulier :
non néces-sairement
uniformes).
Pour de telles
distributions,
l’établissement del’expression
de.p(t) peut
être facilité par la considération desfigures
5a et 5b.Dans chacun des deux cas
envisagés
sur lesfigures
5a et 5b - le cas ao > uM pourlequel
tous lescomposants
seraientdéjà
hors tolérance à t = 0 étant d’un faible intérêt -, toutes les défaillances seproduisent
antérieurement à un instanttM tel que : a (tM ) = uM .
Considérons d’abord le cas :
b(0)
> uM(Fig. 5a).
En début de mise en vieil-lissement,
il y a uneproportion
decomposants
défectueuxS(0)
telle que :Entre t = 0 et
tM,
la distributionp(t)
des instants de défaillancepeut
être établie en considérant laproportion
dS decomposants
sortant de la tolérance admise entre les instants t et t + dt(t tM ).
On a en effet :La fonction
f (u , t)
étantsupposée
uniformément continue dans le domaine de variation ducouple (u , t),
on a donc par dérivation sous lesigne
:On notera encore, de manière
analogue
à cequi
a été vu au parag.2.2.1.,
que la distribution normalisée des instants de défaillance
s’écrit,
pour ttM :
De
même,
endésignant
commeprécedemment
parr (t)
etR (t) respective-
ment la
proportion
decomposants
bons à l’instant t et la fonction fiabilité cor-respondante,
on obtient defaçon
immédiate :Revue de Statistique Appliquée, 1983. vol. XXX), n° 2
29 Figure 5a. - Cas b (0) >
UM
Figure
5 b. - Cas b (0) UM
Enfin,
pour t >tm,
on a évidemment :Si on considère à
présent
le cas : b(0) uM (Fig. 5b),
on constatequ’aucun composant
du lot n’est hors tolérance à t = 0. Il en est de mêmejusqu’à
un instanttm
tel que :b(tm)=Um.
Donc:Entre les instants
tm
ettm’
la distributioncp (t)
et la fonctionr (t)
corres-pondent respectivement
auxexpressions (10)
et(11)
établies dans le casprécédent.
On remarquera au passage que, dans le cas
présent :
et
R (t)
=r (t), compte
tenu que :r (0)
= 1enfin,
pour t >tM ,
on retrouveencore :
Revue de Statistique Appliquée, 1983. vol. XXXt, n° 2
30
Revenons à
présent
au casparticulier
intéressant oùf (u , t)
est une distribu-tion uniforme telle que :
Dans l’intervalle de
temps
où seproduisent
desdéfaillances,
la distributiontemporelle
de ces dernièrespeut s’écrire, compte
tenu de(10) :
La
proportion
decomposants
bons a alors pourexpression :
A titre
d’exemple,
considérons le casparticulier
suivant où les bornes a(t)
etb
(t)
de notre distribution uniforme croissent toutes deuxexponentiellement
et demanière
identique
selon lés lois :Pour fixer les
idées,
on supposera deplus : ao uM bo (Fig. 6).
Dans ce cas
particulier,
laproportion S (0)
decomposants
hors tolérance à l’instant initial est telle que :A l’instant
tM
tel que : aoe ktM =UM ,
tous lescomposants
sont hors tolérance.Figure 6
Revue de Statistique Appliquée, 1983, vol. XXXI, n° 2
31 Pour 0 t
tM ,
la distributionnormalisée 03C8 (t)
est obtenue parappli-
cation de la formule
(13),
cequi
donneaprès simplification :
On retrouve ici une distribution des instants de défaillance de nature expo- nentielle. Au-delà de l’instant
tM ,
onretrouve : 03C8 (t)
= 0. Il est enfin aisé de vérifier que l’on a :(condition
denormalisation).
3. UNE GENERALISATION DE LA METHODE
R/C APPLIQUEE
AU CAS DES PANNES FRANCHES3.1.
Principe
del’approche
Dans les
généralités exprimées
auparagraphe
2.1 del’approche précédente,
deux
catégories
decaractéristiques
intéressant la fiabilité descomposants
électro-niques
ont été mise en évidence :- les
caractéristiques
internes - souvent non mesurables - dutype :
- les
caractéristiques
fonctionnelles mesurables dutype :
Ces
caractéristiques
étantdéfinies,
on s’intéresse àprésent
au cas des pannes franches consécutives à unerupture d’équilibre
interne ducomposant.
Une tellerupture peut
êtreengendrée,
àpriori,
par deuxtypes
de mécanismes distincts :- 1 er
type :
unecaractéristique
interne dutype
xi a atteint un seuilphysique
limite.
Considérons,
à titred’exemple,
la couche conductrice d’unepiste
sur un cir-cuit
imprimé.
Si on suppose entamé un processus de fissuration de cette couche -dû,
parexemple,
à la corrosionatmosphérique -
et, si ondésigne
par xi(t)
la pro- fondeur de la fissure à l’instant t, il y arisque
de panne franche par circuit ouvertquand xi (t)
atteintl’épaisseur
e de la couche(Fig. 7).
La recherche des lois de défaillance relatives à ce
premier type
de méca-nisme se
ramène,
d’unpoint
de vueconceptuel,
àl’approche
par évolution pro-gressive envisagée
auchapitre précédent.
Leproblème
revient donc à estimer unedistribution
statistique
réaliste de lacaractéristique
interne xi(t)
et à traiter celle-ci par un formalisme
apparenté
à celui del’expression (5).
Figure 7
Revue de Statistique Appliquée, 1983. vol. XXXI, n° 2
32
-
2e type :
une excursion de contrainte C d’une nature déterminée(élec- trique, thermique, vibratoire, ...)
excède enamplitude
la résistanceRi
d’une carac-téristique
interneparticulière
xi ducomposant
et provoque ainsi la panne totale de celui-ci.Quelques exemples
suivantspeuvent
aider àpréciser
cepoint
de vue :2022 la tension de breakdown
VBD caractéristique
dudielectrique
d’un condensa- teur : il y aclaquage lorsque
la tensionappliquée
excèdeVBD
2022 la tension de
claquage Vc caractéristique
de lajonction
d’une diode : lephéno-
mène de
claquage apparaît lorsque
la tensionappliquée
en inverse excèdeVc
2022 la force de cohésion
Fe
d’unbonding :
il y a arrachement du fillorsqu’une
contrainte vibratoire excède
Fp
enamplitude,
etc.Ce deuxième
type
de mécanisme estplus particulièrement significatif
dans lescas où les
composants
évoluent dans un environnement E caractérisé par une faible stabilité. Il est raisonnable d’admettre que, dans ce cas, lesperturbations
aléatoires deviennent le facteur
prépondérant
vis à vis ducomportement
des compo- sants(ex :
influence desrégimes
transitoiresappliqués
auxcondensateurs).
On se
place donc,
àprésent,
dansl’hypothèse
d’unrégime
de fonctionnementperturbé.
Dans un telrégime,
l’établissement des lois de fiabilitéd’appliquant
àce
type
de mécanismepeut
se faire àpartir
d’un formalisme"résistance/contrainte".
En
effet,
supposons connu(Fig. 8) :
-
h (a)
la distributionstatistique
del’amplitude
de la contrainteagissante A ;
- g
(r)
la distributionstatistique
des résistances R à la contrainte A attachées àune
caractéristique
detype
xi au niveau de tous lescomposants
d’un lot considéré.Alors,
laprobabilité
de non-défaillance d’uncomposant
banalisé du lot et soumis à une excursion de contrainte A a pourexpression :
expression
danslaquelle
il est admis que A et R sont deuxparamètres physiques pouvant
àpriori
varier entre zéro et l’infini.Présentée sous la forme de
l’expression (16),
laprobabilité
de non-défaillance ducomposant
est manifestementindépendante
dutemps.
Ce résultat est, defait,
conforme àl’hypothèse explicite
del’application
d’une seule contrainte au compo- sant considéré. Enréalité,
soumis sur une durée t aurégime
de fonctionnementconsidéré, chaque composant
du lot est soumis à un nombre aléatoire k d’excur- sions de la contrainte A(k
=0 , 1 , 2 , ...).
Il est donc nécessaire degénéraliser
le formalisme
R/C
mono-contrainte donné par(16)
en un modèleR/C
multi-contraintes dans
lequel
le nombre d’excursions de contrainteappliquées
à chacundes
composants
estpris
encompte.
Figure 8
Revue de Statistique Appliquée, 1983, vol. XXXI, n° 2
33
L’hypothèse
d’un processus d’occurrence detype poissonien (Fig. 9) portant
sur les instants
d’apparition
de la contrainte considérée sera iciprise
encompte,
cette
hypothèse apparaissant
assez bienreprésentative,
enrégime perturbé,
dans lecas des contraintes
électriques (ex :
transitoires de courant ou detension)
ou vibra-toires
(ex : composants
fonctionnant en evironnementmobile).
Conformément à cettehypothèse,
laprobabilité
d’occurrence de k excursions de contraintes sur unlaps
detemps
de durée t s’écrit :expression
danslaquelle
k est un entier > 0 et Àreprésente
le tauxd’apparition
del’excursion de la contrainte A par unité de
temps.
On notera que d’autres
profils
de distribution d’occurrencepourraient
êtreenvisagés,
parexemple
desprofils statistiques
dutype
bruit blanc ou desprofils
de
type
déterministe(ex :
contraintescycliques).
Figure 9
En
maintenant,
dans le cadre de laprésente étude, l’hypothèse
d’un processus d’occurrence detype poissonien,
on se propose d’élaborer des modèles de fiabilitégénéralisant l’expression (16).
Dans unpremier temps, l’hypothèse
de non-vieillissement des
composants pendant
la durée d’utilisation t seraprise
encompte.
Le modèle ainsi obtenu sera à son tour
étendu,
dans un secondtemps,
au cas de laprise
encompte
de vieillissement individuel.3.2. Modélisation de fiabilité avec contraintes
répétitives
en l’absence de vieillis-sement
On considère
acquises
leshypothèses
suivantes :- les
composants
sont soumis à un environnementperturbé
E danslequel
la contrainte
prédominante
Aprésente
des excursions aléatoires caractériséesen
amplitude
par une distributionh (a)
et par uneprobabilité
d’occurencepois-
sonienne
Pk (t) correspondant
àl’expression (17)
- les résistances individuelles R des
composants
vis à vis des excursions de la contrainte A sont caractérisées par une distributionstatistique
g(r)
-
quelle
que soit la résistanceRo
d’uncomposant quelconque
en débutd’épreuve,
la résistanceR (t)
de ce mêmecomposant après
unséjour
de duréet dans l’environnement E considéré est telle que :
R (t)
=Ro (hypothèse
d’absence de vieillissementindividuel)
On
envisagera
d’abord le cas d’unprofil
d’essai réalisé avecremplacement
des unités
défectueuses, puis
celui d’un essai réalisé sansremplacement.
Revue de Statistique Appliquée, 1983, vol. XXXt, n" 2
34
3.2.1.
Politique
avecremplacement
Dans le cadre de cette
politique, chaque
unité tombant en panne est immé- diatementremplacée
par une nouvelle unité. Si l’on suppose que les unités de rem-placement proviennent
de la mêmeligne
de fabrication que les unités constituant le lotinitial,
onpeut
admettre que la distributionstatistique g (r)
caractérisantce dernier reste sensiblement invariante au fur et à mesure des
remplacements.
Désignons
parR (t)
la fiabilité d’uncomposant
banalisé du lot à l’instant t. Onpeut
écrire :Avec :
Po (t ,
t +dt)
=probabilité
de non-occurence d’excursion de contrainte entre t et t + dtPl (t ,
t +dt)
=probabilité
d’occurence d’une excursion de contrainte entre t et t -t- dt etPi
donné parl’expression (16)
Or, compte
tenude (17),
on a :et
d’où soit :
Il vient donc :
L’expression (18)
traduit donc un processus de mortalité caractérisé par un taux de panne constant etégal
à:X(1 - pl ).
Ils’agit
d’un processuspoissonien compatible
avec les modèles de fiabilitéclassiques
enelectronique.
Ces derniersse trouvent donc validés par la
présence approche,
où l’on asupposé
un processus d’occurence des excursions de contrainte detype poissonien
et unepolitique
d’essai avec
remplacement.
3.2.2.
Politique
sansremplacement
Il est
supposé,
àprésent,
que les unités défectueuses ne sontplus remplacées.
La
conséquence
directe de cettepolitique
estqu’il
y a modificationprogressive
de la distribution initiale des résistances à la contrainte
g(r).
Soitg(r/t)
cette dis-tribution relative aux
composants
survivantsaprès
unséjour
de durée t dansl’environnement E. Cette nouvelle distribution
peut-être
obtenue de lafaçon
suivante : soit un
composant
individualisé dans le lot initial etpossédant
unerésistance r vis à vis d’une excursion de la contrainte A. La
probabilité
de non-défaillance de ce
composant
consécutivement à l’occurence d’une excursion de contrainte a pourexpression :
Revue de Statistique Appliquée, 1983. vol. XXXI, nez 2
35
Compte
tenu del’hypothèse
du caractèrepoissonien
du processus d’occu-rence des excursions de contrainte
A,
il s’ensuit,
selon une démonstration ana-logue
à celle duparagraphe
3.2.1. que la fiabilité à l’instant t ducomposant
consi- déré a pourexpression :
La distribution cherchée
g(r/t) peut
alors être obtenue parapplication
duthéorème de
Bayes :
soit :
Compte
tenu que la fonctionPl (r)
est une fonction croissante de r,l’expres-
sion
(21)
traduit ladisparition privilégiée
des unités à faible résistance et donc undéplacement progressif
de la distributiong(r/t)
vers les valeurs croissantes de r.On notera
également, compte-tenu
del’expression (31),
que, àl’exception
du casparticulier
oùg(r)
est une loi detype
gamma -conjuguée bayesienne
de la loiexponentielle
-, la nature de la distributiong(r/t)
est différente de celle deg(r).
Soit 7 (t)
le taux de défaillance moyen descomposants
survivants à l’instant t. La fonctionz(t) peut
être obtenue en écrivant :avec
(taux
de panne individuel d’uncomposant
de résistancer)
Compte-tenu
del’expression
deg(r/t),
il vient donc :A ce taux de panne moyen
z(t) caractéristique
de la distribution des compo-sants survivants à l’instant t, il
correspond
une densité deprobabilité
de pannep(t)
telle que :soit :
Revue de Statistique Appliquée, 1983, vol. XXXI. n° 2
36
A titre
d’illustration,
considérons le casparticulier
où les distributionsg(r)
eth(a)
sont uniformes(Fig. 10).
Figure 10
On a
donc,
parhypothèse :
On suppose de
plus :
L > Q :Compte
tenu de(19),
il vient :La distribution
g (r/t)
est alors obtenue àpartir
de(21 ),
soit :D’où, après intégration
du dénominateur :La distribution
g(r/t)
à un instant t déterminé est une fonction exponen- tielle de r(Fig. 11-a).
Cette fonction vérifie les valeurs limites suivantes :Revue de Statistique Appliquée, 1983, vol. XXX 1, n° 2
37 et
Le taux de panne moyen
z(t)
a pourexpression :
Soit, après intégration :
Cette
expression
du taux de panne moyenrépond
aux conditions limites suivantes :-
z(o)
= À2013201320132013 , résultat
traduisant le faitqu’à l’origine,
lescomposants
du lotprésentent
des résistances à la contrainte uniformément distribuées autour de la valeur moyenneQ/2.
L - R
-
z(~)
= À201320132013,
cequi
traduit le fait quelorsque
t ~la
distribu-tion des résistances à la contrainte des
composants
survivants se ressere autour de la valeur limite 2.On constate
donc,
commel’indique
lafigure 11-b ,
quez (t)
est une fonctionmonotone décroissante de t
depuis
la valeur XL - Q/2 jusqu’à
la valeur X20132013 ’
Figure lia
Figure 11 b
Revue de Statistique Appliquée. 1983. vol. XXX I, n" 2