• Aucun résultat trouvé

Parler de soi dans la consultation médicale

N/A
N/A
Protected

Academic year: 2022

Partager "Parler de soi dans la consultation médicale"

Copied!
1
0
0

Texte intégral

(1)

1058 Revue Médicale Suisse www.revmed.ch 11 mai 2011

actualité, info

Parler de soi dans la consultation médicale

En cette période de grand souci en Suisse pour le futur de la médecine générale, il pourrait paraître dérisoire de se centrer sur les plans serrés de la relation singulière du médecin avec son patient plutôt que sur les plans larges de la lutte politique pour la re- connaissance d’une profession menacée de toutes parts et en risque d’extinction. Il y a pourtant un aspect de l’intimité partagée entre le praticien et son malade qui revient souvent au premier plan sous la forme d’une question : peut-on parler de soi pendant la consultation ?

Il y a quelques années, lors d’un congrès à Los Angeles, j’avais participé à un sémi- naire sur le sujet. Tous les intervenants étaient

d’accord. Le médecin doit faire preuve d’une réserve sans faille. C’est du patient qu’il s’agit.

C’est sur lui qu’il convient de se centrer.

Comme si la subjectivité du médecin devait être impérativement mise entre parenthè ses.

Une telle obstination se justifiait par des ré- cits de dérives surprenantes. Un exemple, court, pourrait être celui du médecin qui as- sène à son patient : «Vous pouvez bien arrê- ter de fumer. J’ai moi-même réussi sans peine».

Pourtant, la subjectivité des deux interlo- cuteurs entre avec force dans la relation de soin. Et le médecin ne peut manquer de ré- sonner face à la similarité d’expériences vé- cues par le malade et lui-même.

L’utilisation de la subjectivité du médecin – lorsqu’il fait référence à des aspects de sa

vie personnelle – pourrait-elle devenir un ins- trument de soin et de changement ? Repré- sente-t-elle une forme élaborée de tuning empathique, qui requiert une attention intros- pective, une bonne compétence relationnelle et une solide assise «autobiographique» ou au contraire constitue-t-elle une faiblesse in- trinsèque du médecin, une chute de goût et de style ? S’agit-il encore d’une manifestation d’authenticité, visant à promouvoir la ren- contre entre deux êtres humains, ou d’une ruse ordinaire de conversation visant à ne pas entrer dans le vécu de l’autre – du style

«Tu sais, je suis malade : on m’a diagnosti- qué un cancer du poumon…» «Moi aussi, j’ai souffert d’une sérieuse bronchite cet hiver» ?

L’authenticité, parlons-en. L’expérience du malade résonne chez le médecin en fonc- tion de sa propre histoire. Cette résonance est la voie par laquelle le soignant se trouve impliqué en personne à l’égard du patient ; elle est aussi la voie vers l’authenticité et l’ac- cueil des formes multiples de la vie, et non

seulement des chemins doulou- reux de la souffrance.

Tenez ! L’autre jour je suis allé chercher ma patiente à la salle d’attente. Je lui ai souhaité cor- dialement, com me à l’ordinaire, la bienvenue, mais elle m’a lancé un regard courroucé. Pendant la consultation, elle est restée silencieuse, érigeant une sorte de mur hostile entre nous. Solli- citée, elle m’a répondu qu’elle n’avait rien à dire. D’ailleurs, c’était parfaitement inutile de parler avec moi.

«Pour quelle bonne raison me boudez-vous aujourd’hui ?» lui demandai-je, non sans irrita- tion. Et j’ajoutai : «Dans ma vie une telle ran- cune inexprimée m’a souvent blessé». Oppor- tune ou déplacée, une telle observation ? Le terme rancune faisait vraisemblable ment da- vantage partie de mon vécu historique que de la réalité émotionnelle de la séance. À la suite de ma remarque, la con sultation a pourtant pris une tournure plus coopérative.

Ma patiente a réagi avec promp titude : elle ne voulait assurément pas me peiner.

En évoquant ma difficulté, j’ai induit une transformation évolutive et, presque à mon corps défendant, authentique du système intersubjectif avec ma patiente.

Rencontre, empathie et authenticité pré- supposent nécessairement un certain dévoi- lement du senti, du vécu du médecin, pourvu qu’il soit offert parcimonieusement, au compte- gouttes, et qu’il soit au service de l’alliance thérapeutique et du patient.

carte blanche

Pr Marco Vannotti CERFASY Ruelle Vaucher 13 2000 Neuchâtel [email protected]

82_85.indd 1 06.05.11 10:02

Références

Documents relatifs

malade, elle est tirée en dehors et en haut du côté sain; quand le malade parle, l'orifice buccal est asymétrique; il a la forme d'un triangle dont le. ommet est dirigé à gauche,

Pourtant, tant la motivation autodéterminée que le concept de soi opèrent sur différents niveaux tels que la personnalité (Deci & Ryan, 1985), l’éducation (Ryan, Connell,

» Pourtant, fruit d’une plume souvent spontanée – le poète béarnais s’en excusera d’ailleurs à plusieurs reprises auprès de ses correspondants –, écrit

Possibilités et difficultés de la connaissance de soi dans La Transcendance de l’Ego Séance du Proséminaire de phénoménologie dédiée à la philosophie sartrienne Par

Dans le contexte d’oralité qui est celui de ces jeunes migrants d’origine rurale, parler de soi n’est pas chose évidente et, même s’ils vivent une expérience

sont diffusés et parfois automatisés sur les réseaux s ocionumériques , la quantification de soi apparaissant comme la preuve irréfutable que je fais ce que je

appréciée chez les jeunes. En effet, c'est un aspect qui revient souvent dans les propos formulés par les participants, qui apprécient, comme le

Nous avons vu comment cette conception du sujet marque aussi une rupture avec te triple voeu idéaliste d’une liberté absolue : être total, être transparent à soi et être par