CHAPITRE 3 : LA DEMANDE DU CONSOMMATEUR
SECTION 1 : LA DEMANDE EST FONCTION DU REVENU A/ La courbe de consommation-revenu
La courbe de consommation-revenu, encore appelée chemin d’expansion du revenu, correspond à la courbe qui relie l’ensemble des points optimum lorsque le revenu varie, ceteris paribus. Si le revenu augmente (ceteris paribus), cela signifie que le ménage conserve sa structure de dépense, au fur et à mesure des augmentations de revenu. Le TMS est dans ce cas égal en chacun des points optima.
Or on sait que le TMS mesure un taux d’échange, et donc le fait que le TMS soit égal en ces quatre points signifie que le prix des biens n’a pas bougé, et donc le consommateur conserve son rapport initial entre les biens.
LA COURBE DE CONSOMMATION-REVENU
Remarque : sur ce graphique, on note que les quantités consommées des deux biens X et Y augmente lorsque le revenu augmente. Cela traduit le fait que X et Y sont des biens normaux.
B/ Courbe d’Engel et typologie des biens de consommation
1/ Les courbes d’Engel
Pour chaque bien, à partir de la courbe de consommation-revenu, il est possible de déduire une relation fonctionnelle entre le niveau du revenu et la quantité de biens consommée. C’est ainsi que l’on définit la courbe d’Engel pour le bien X. Cependant, toutes les courbes d’Engel n’ont pas la même allure, certaines peuvent être décroissantes.
R1 R2 R3 R4 Y
X1 X2 X
Courbe de consommation-revenu
GRAPHIQUE DE LA COURBE D’ENGEL
2/ La notion d’élasticité-revenu
Les travaux d’Engel ont permis de dresser une typologie des biens de consommation. Cette typologie s’appuie notamment sur la valeur de l’élasticité de la demande par rapport au revenu.
La formule de l’élasticité-revenu est la suivante : EC/R=
lim
∆𝑅→0
∆𝐶 𝐶
∆𝑅 𝑅
=
𝑑𝐶𝑑𝑅
∗
𝑅𝐶
Si l’élasticité est de 3 par exemple, cela signifie que lorsque le revenu augmente de 10%, la consommation augmente de 30%.
3/ La typologie d’Engel
Il existe donc trois catégories de biens : - Les dépenses alimentaires : 0 < E c/r < 1
- Les dépenses de logement et d’habillement : E c/r = 1
- Les dépenses de cultures, de loisirs, de santé et d’hygiène, de transport : E c/r > 1.
Cela signifie notamment que quand un ménage a une augmentation de revenu, la part de ses dépenses dans cette catégorie augmente.
Grâce à ces définitions, les microéconomistes proposent des nouvelles définitions, et vont notamment définir le bien normal, le bien supérieur et le bien inférieur.
➢ Un bien normal est un bien dont la consommation augmente moins que proportionnellement à une augmentation du revenu. Son élasticité est comprise entre 0 et 1.
➢ Un bien supérieur est un bien dont la consommation augmente plus que proportionnellement à une augmentation du revenu. Son élasticité est strictement supérieure à 1 et l’on parle souvent de bien de luxe.
➢ Un bien inférieur est un bien dont la consommation diminue lorsque le revenu augmente. Son élasticité est négative et la courbe d’Engel est alors décroissante.
Cependant, un même bien peut être à la fois normal et inférieur. Il est alors normal pour de très faibles niveaux de revenu, et inférieur pour des niveaux de revenu plus élevés.
SECTION 2 : LA DEMANDE EST FONCTION DU PRIX
A/ La fonction de demande individuelle du consommateur
Quantité de biens
Niveau de revenu Y1
Y2 Y3 Y4
R1 R2 R3 R4
Notre objectif est de montrer qu’à partir des éléments précédents (obtention des optimum), on peut arriver à tracer la courbe de demande individuelle. Imaginons qu’un consommateur ait le choix entre deux biens, X et la monnaie M, appliquons alors la théorie ordinale à cette situation.
L’objectif est d’étudier les variations des quantités consommées par suite de variations de prix, toutes choses égales par ailleurs. Cette fonction de demande du consommateur va servir à calculer la fonction de demande du marché.
La fonction de demande est une fonction à plusieurs variables et elle est assez complexe. Mais lorsque l’on veut l’étudier, on ne se concentre que sur le prix et la quantité, le reste étant fixe.
Imaginons donc qu’un consommateur ait le choix entre deux biens, le bien X et le bien N, le bien X étant un bien classique et le bien N étant un bien spécial car il s’agit de la monnaie. On va étudier le lien entre X et N pour étudier leur influence. Ici chaque consommateur possède :
- R : le budget, ou le montant maximal des ressources (ordonnée à l’origine) - p : le prix du bien X
- q : le prix du bien N en monnaie M (q = 1) - m : la quantité du bien N.
Ainsi on a : p*x + m*q = R m = R – p*x, c’est donc la droite du budget dans cette situation.
Le graphique ci-dessous représente la courbe de consommation-prix, et pour ces trois courbes l’on a fait varier le prix du bien X.
LA COURBE DE CONSOMMATION-PRIX R
Bien X
Courbe de consommation-prix
E1 E2 E3
X1 (quantité optimale
consommée en E1) X2 X3
Prix de X
Bien X P1
P2 P3
X1 X2 X3
Lorsque la demande diminue suite à l’augmentation du prix, on dit que le bien est un bien ordinaire, à ne pas confondre avec un bien normal.
B/ Distinction entre effet de substitution et effet de revenu
On se demande ici quelles sont les conséquences de la variation du prix d’un bien sur les équilibres, ceteris paribus. Pour répondre à cette question, on peut par exemple modifier le prix du bien X, toujours ceteris paribus. On peut également refaire la même chose, mais en bougeant le prix de Y cette fois.
1/ Schéma général
Imaginons que seul el prix du bien X baisse. La droite de budget va donc s’incliner, tout en partant de la même ordonnée à l’origine. On a dans ce cas :
R = px + qy Y = (-p/q)x + R/q
MODIFICATION DE LA DROITE DE BUDGET
Sur ce graphique, le passage de A à B s’explique par un double effet. Il s’agit d’abord d’un effet de substitution. Il y a substitution dans ce cas car le bien Y est devenu relativement plus cher. Or en tant que consommateur, on veut acheter d’avantage du bien dont le prix a baissé, donc ici on achète plus de X et moins de Y.
Le deuxième effet est un effet de revenu. Comme le revenu du consommateur est resté stable, la baisse du prix de X a provoqué un accroissement du pouvoir d’achat, et le consommateur va utiliser cette augmentation du pouvoir d’achat pour consommer plus des deux produits.
Dans la majorité des cas, c’est l’effet de substitution qui l’emporte. Et en valeur absolue, l’effet de substitution est plus fort que l’effet de revenu, c’est ça que la consommation de Y baisse.
2/ La décomposition des deux effets par la méthode de John Hicks
Il y a deux grandes méthodes en économie pour décomposer les deux effets précédents, mais la méthode de John Hicks est la plus connue. On va ainsi décomposer le passage de A à B, dans le graphique suivant.
La méthode de John Hicks fait intervenir une troisième droite de budget et un point optimal C, où le point C est un point intermédiaire, et le passage de A à C traduit l’effet de substitution. Le passage de A à B, li, traduit l’effet de revenu.
On trace donc la droite de budget de C de manière à ce qu’elle soit parallèle à la droite de budget de B. Cela signifie qu’au point C, on à la même structure de consommation qu’au point B. La différence réside seulement dans une différence de revenu. Ici, on fait en effet varier fictivement le revenu de
Y
X A
B
l’agent, sachant qu’on le fait baisser seulement pour comprendre le mécanisme. Donc le TMS de B est égal au TMS de C.
Le déplacement sur la courbe du point A au point C traduit l’effet de revenu car on reste sur la même courbe d’indifférence. Avec la droite de budget bleue, on annule temporairement l’augmentation du pouvoir d’achat. En faisant baisser le revenu, on essaye de tenir compte seulement de l’effet de substitution entre les deux biens.
- Passage de A à C = effet de substitution = forte baisse de Y
- Passage de C à B = effet de revenu = on consomme à la fois plus de X et plus de Y - Passage de A à B = effet total = on additionne les deux effets.
GRAPHIQUE DE DECOMPOSITION
La méthode de John Hicks suppose que la baisse du prix du bien X s’accompagne d’une variation du revenu du consommateur, qui soit telle que sa satisfaction reste à son niveau initial. Fictivement et temporairement, on prive le consommateur de la hausse du pouvoir d’achat qu’il aurait pu obtenir avec la baisse du prix du bien X. Cette variation fictive permet de mettre en évidence l’effet de substitution de A à C, puis lorsque l’on annule cette baisse fictive, on met en évidence l’effet de revenu de C à B.
Cette situation que l‘on retrouve sur le graphique est la situation la plus classique. D’autres situations sont possibles, on va en étudier deux, ou les choses sont un peu différentes.
3/ Situation lorsque les biens sont inférieur
Imaginons maintenant que le bien X soit un bien inférieur. B est alors à gauche de C. Lorsque le point B est à droite de C, l’effet de revenu est positif, et il est donc négatif pour X lorsque le point B est à gauche de C.•
•
• A
B C
Y
X
➔ Effet de substitution
➔ Effet de revenu
➔ Effet total
ET ER
ES
•
• A •
C B
4/ Situation avec des biens de Giffen
Les biens de Giffen sont des biens fortement inférieurs, pour lesquels l’effet de revenu l’emporte sur l’effet de substitution. Ci-contre, le point B est à gauche de C et A, c’est-à-dire que l’effet de revenu, ainsi matérialisé, l’emporte sur l’effet de substitution, matérialisé entre A et C.
Un bien fortement inférieur est donc caractérisé par un effet total négatif.
C/ Demande du marché et élasticité de prix
1/ La demande globale/totale du marché
On a deux cas de figures possibles :1) Les demandes individuelles des consommateurs sont toutes différentes. Dans ce cas-là il faut additionner pour chaque niveau de prix ces demandes individuelles et il est préférable de faire un graphique pour visualiser les intervalles :
Ce graphique signifie que le consommateur est capable d’acheter à partir de dix euros, tandis que le consommateur A dispose d’un prix maximum plus faible. Pour faire algébriquement la somme des trois courbes, on fait une sommation horizontale pour chaque niveau de prix.
2) Les courbes individuelles de consommations sont identiques. On prend alors l’équation de la courbe de demande, et l’on multiplie par le nombre de courbes de demande.
2/ Elasticité de la demande par rapport au prix
L’élasticité de la demande par rapport au prix se calcule ainsi : ED/P = lim
∆𝑃→0
∆𝐷 𝐷
∆𝑃 𝑃
= ∆𝐷
∆𝑃∗𝑃
𝐷
La demande est dite élastique lorsque l’élasticité est inférieure à – 1.
La demande est dite parfaitement inélastique lorsque l’élasticité est égale à 0.
La demande est dite d’élasticité unitaire lorsque l’élasticité est égale à – 1.
• B
•
•
A C
0 2 4 6 8 10
10 20 30 40 50 60
Prix
Quantité A
B
C A + B + C
On obtient les courbes suivantes, selon les types d’élasticité :
E = 0 E = - infini E = - 1
3/ L’élasticité prix croisée
On a un bien dont la quantité consommée va dépendre du prix du bien et du prix d’autres biens. On a une fonction de plusieurs variables P1 et le prix du bien b1 : soit b1 = f (p1, p2, p3...)
EB1/P2 =
𝜕𝑓 𝑏1
𝜕𝑝2 𝑝2
=
𝜕𝑓𝜕𝑝2
∗
𝑝2𝑏1
=
𝑝2𝑏1
∗ 𝑓
′𝑝2
On s’intéresse à l’influence de la variation de Y sur la quantité de X consommée. On a le bien b1 et b2.
On fait varier le prix de b2 et on cherche à savoir quelle est l’influence sur b1. L’élasticité prix croisée permet de dire si le bien est un bien complémentaire ou bien un bien substituable.
P P P
Q Q Q