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U NINSECTE à la page

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Academic year: 2022

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Texte intégral

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I n s e c t e s 8 n ° 1 4 5 - 2 0 0 7 ( 2 )

D’après, entre autres, «Taiwan Offers Freeway For Butterflies» dépêche AP du 24 mars 2007 lue le dans le New York Times à www.nytimes.com

certaines espèces non ou peu toxiques imitent-elles celles qui le sont vraiment, comme en Inde2 ; mais ce n’est pas établi. Pour favoriser l’accouplement, le mâle sort de l’ex- trémité de son abdomen deux volu- mineux plumets diffuseurs d’une phéromone et d’un toxique-répulsif, la danainone (en plus d’odeurs éma- nant d’androconies, « écailles à par- fum » situées sur les ailes avant et ar- rière) qu’il présente aux antennes de sa partenaire. Ces plumets servent également d’épouvantail. La produc- tion de la danainone impose la ré- colte de précurseurs sur des plantes riches en pyrrolizinide (alcaloïde), Astéracées et Bégoniacées que le mâle butine de préférence : on le dit

«pharmacophage». Il la transmet, en guise de protection, à la femelle au cours de l’accouplement, laquelle l’in- corpore à l’œuf. Les pourprés hiver- nent dans le sud du pays. Une se- conde migration - sans grands changements de latitude - est obser- vée en mai juin, effectuée par les adultes de seconde génération. Puis, à la mi-octobre, le retour vers le sud est général. Là, les papillons se grou- pent dans les célèbres et très visitées

« vallées à pourprés », dont on connaît une trentaine. Les Païwan et les Rukai, tribus aborigènes, avaient découvert ces endroits bien avant les entomologistes et réservaient au meilleur d’entre eux l’honneur d’ar- borer des pourprés brodés. Le genre Euploeaa une vaste répartition. A La Réunion vit E. goudotii. Pour les an- glophones, le pourpré est appelé crow et, par exemple, E. coreest lecommon crow3en Australie4, en Inde ainsi que dans les îles voisines. r

F

in mars début avril, une im- mense horde de papillons de bonne taille (4 à 8 cm d’envergure) aux ailes bleu pourpré marquées de points blancs remonte vers le nord de Taïwan pour y pondre. Le vol de masse est impressionnant - plus de 10 000 individus par minute - et ma- gnifique. Mais, près de Yunlin, la nuée croise une autoroute où nos mi- grateurs (fatigués), happés par les dé- placements d’air provoqués par la horde des véhicules, finissent aplatis sous les roues. Aussi les autorités, qui ont bien établi le trajet des papillons, ont-elles décidé, cette année, d’amé- nager un « passage papillons » de près de 600 m : restriction à une voie du trafic routier, installation de filets au-dessus de l’autoroute pour forcer les papillons à voler plus haut et de lampes UV sous la section en viaduc pour les inciter à traverser par-des- sous. Elles espèrent ainsi protéger les derniers «milkweed butterflies»

- danaïdes - endémiques, les espèces les plus grandes ayant disparu depuis des décennies du fait de leur capture pour la vente - ce qui a valu à Taïwan le « titre » de royaume des papillons.

Les chenilles phyllophages de ces Euploea (Nymphalidés) - plusieurs espèces1aux mœurs très voisines - vivent dans les forêts subtropicales basses de l’île. Elles se nourrissent sur les plantes à latex - Asclépiadacée (as- clépiade), Moracée (ficus), Apocynacée (laurier-rose) - très toxiques. Mais elles sont protégées, physiologiquement et par un com- portement appelé « sabotage » : la larve coupe d’abord la nervure en amont du morceau de feuille qu’elle s’apprête à croquer, pour arrêter l’af- flux du latex. Leurs rayures (dans les tons de jaune, blanc et noir) et 4 paires de tentacules noirs prévien- nent les oiseaux de leur saveur très désagréable. L’imago exhibe lui aussi une livrée aposématique ; sans doute

1 E. mulciber barsine, E. eunice hobsoni, E. sylvester swinhoei, E. tulliolus koxinga.

Euploea sp.- Cliché Oleg E. Kosterin à http://pisum.bionet.nsc.ru/kosterin/

U N I N S E C T E à la page

Par Alain Fraval.

Le pourpré

traverse l’autoroute

2 Où les imitateurs, presque parfaits, sont les Papilionidés Chilasa clytia dissimilis, Papilio dravi- darum et P. castor, et le Nymphalidé Hypolimnas bolina.

3On ne le confondra pas avec son homonyme, Corvus brachyrhynchos, la corneille autochtone nord américaine.

4E. c. corinna en Australie et les sous-espèces asella, core, gadartiet vermiculatadans le sous- continent indien.

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