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Le tumulus de Biskarzu (Souhamendi 1)
Jacques Blot
To cite this version:
Jacques Blot. Le tumulus de Biskarzu (Souhamendi 1). Munibe. Ciencias naturales, San Sebastián: Sociedad de Ciencias Aranzadi, 1977, 29 (1), pp.59–64. �hal-02466739�
MUNIBE
Sociedad de Ciencias ARANZADI San Sebastián
Año XXIX - Número 1-2 - 1977 - Páginas 59-64
Le Tumulus de Biskarzu (Souhamendi I)
(compte-rendu de fouilles)
JACQUES BLOT*
Le compte-rendu de fouilles ci-après fait suite aux deux précédents déjà parus: (Tumu- lus de Bixustia et Souhamendi III) le monu- ment étudié ici faisant d'ailleurs partie du même ensemble géographique et archéolo- gique.
I. CONDITIONS ET TECHNIQUES DE LA FOUILLE:
A) Description du monument avant la fouille:
Au cours de nos prospections en 1971, no- tre attention avait été attirée, là encore, par le site éminement favorable â l'édification d'un monument funéraire, au lieu-dit «Biska- zu», commune de Sare: petite croupe, orien- tée à l'Est, à quelques dizaines de mêtres de cette très belle piste pastorale déjà évoquée au cours de nos articles précédents (1). Rap- pelions la richesse en monuments des alen- tours de cette voie: Tumulus de Souhamen- di I, Ibis, II (Bixustia), Souhamendi III et IV, Tumulus d'Apeztegui, de la Croix de Sainte Barbe de St. Pée, etc ....
Le Tumulus de Souhamendi I qui nous occupe ici se présentait comme une très lé- gère surélévation de terrain (0 m 10), circu- laire (10 à 12 mètres de diamètre).
Seule était bien visible la partie Sud-Est où apparaissaient quelques pierres. En fait, et nous le verrons plus loin, ce monument, comme celui de Souhamendi III, avait été sou- mis au même phénomène d'ensevelissement progressif par colluvion, étant lui aussi cons- truit au bas d'une pente.
Rappel de situation :
Coordonnées : Carte IGN 1/25 000 Espe- lette 3-4
282, 900 ——— 122, 400 Altitude 198 m
Cadastre: Commune de Sare. Parce- lle A 49.
B) Circonstances et Techniques de la
fouille:
Après la chaude alerte éprouvée lors du passage des bulldozers à Bixustia et Souha- mendi III, notre reflexe immédiat fut de nous renseigner sur le devenir éventuel de cette parcelle de Bikarzu. Très aimablement le pro- priétaire, Mr. Jacques de Conninck nous ré- pondit qu'il n'était pas exclu que cet endroit puisse être transformé en lotissement. Or, nous avions tout frais en mémoire l'exemple d'Olhette, où, un mois auparavant nous avions eu la désagréable surprise de constater la disparition de deux très beaux tumulus, par * Du Centre de Documentation Archéologique d'Ar-
thous (40). Correspondant de la Direction des An- tiquités Historiques d'Aquitaine. Saint Jean de Luz (64).
(1) BLOT, J., «Tumulus de la región de Sare». Munibe, número 4, 1976.
60 J. BLOT nous répertoriés en 1969, et qui venaient d’étre rasés pour l’édification de maisons de campagne...
La Direction des Antiquités Historiques d’Aquitaine mise au courant de la situation, nous accorda l’autorisation de fouille de sau- vetage, avant qu’il ne soit trop tard, de même que le propriètaire des lieux que nous tenons à remercier vivement.
Les travaux débutèrent donc à Pâques 1976, avec l’aide toujours aussi appréciée des Scouts de France.
a) Dégagement du monument:
Comme nous l’avons signalé, ce vestige situé au pied d’une pente, ayant subi des siè- cles de ruissellement et de colluvion, avait été recouvert dans pratiquement toute sa moitié Ouest, et partiellement dans sa moitié Est. Nous avons donc dù dégager au préala- ble plusieurs mètres cubes de terre afin d‘apprécier l’allure générale de ce vestige qui se présentait alors sous la forme d’un tu- mulus pierreux de 10 m de diamètre pour 0 m 40 de haut.
b) La fouille proprement dite (Cf fig
n.º 1)
Deux détails remarquables nous ont gui- dé: dans la périphérie Ouest du Tumulus, une grande dalle profondément implantée dans le sol, d’environ 0 m 30 de haut, 1 m de large, et 0 m 10 d’épaisseur, paraissait avoir son «répondant» à l’Est sous la forme d’un gros bloc pierreux d’environ 0 m 45 x 0 m 30, émergeant de quelques centimètres au mi- lieu des pierres de la périsphérie Est du Tu- mulus. Nous avons donc décidé d’ouvrir une tranchée, d’un mètre de large, suivant cet axe Est-Ouest tout indiqué (cf fig 1 coupe A.C.). A noter qu’un gros bloc rocheux, très visible lui aussi, de forme irrégulière situé dans le quart Nord Ouest du tumulus, restait en prin- cipe en dehors de la zone explorée par la tran- chée. Celle-ci, partie de l’Est, après avoir che- miné pendant environ 3 mètres à travers une zone caillouteuse homogène, a débouché dans la région centrale, région manifestement très différente de la «couronne» périphérique, et caractérisée par la disparition quasi totale de ces pierres de type «périsphérique». Seul était visible une sorte «d’axe nerveux central» for- mé de plus grosses pierres; axe oriénté Est-
Ouest, et au mileu duquel se trouvait une pe- tite ciste. Nous avons progressivement dé- blayé la terre végétale de cette région centra- le, aux contours irréguliers nous arrêtant aux limites fixées par la couronne de pierres pé- riphériques (cf fig 1).
II. RESULTATS DE LA FOUILLE:
Nous étudierons successivement la zone pierreuse périphérique et la zone centrale. A) Zone tumulaire pierreuse périphérique
ou «couronne»
II ne paraît pas qu’on ait apporté grand soin à la confection de l’ensemble du monu- ment, et cette reflexion vaut pour chaque par- tie du tout, à chaque étape de la fouille. Si nous considérons le segment AB de la tran- chée (cf fig 1 et 2) dans cette zone périphé- rique, il semble que la stratigraphie puisse être lue de la façon suivante:
1 — Fine couche d’humus (1 à 2 cm d’épaisseur).
2 — Couche plus importante (environ 25 cm) formée de petits blocs de grès de 10 à 15 cm de diamètre en mo- yenne noyés dans une terre végéta- le noirâtre, sans traces visibles de particules charbonnés. Ces pierres sont disposées en deux ou trois cou- ches, l’épaisseur de l’ensemble dé- croissant régulièrement du centre vers la périphérie. On notera, remar- quable par les dimensions, le bloc A’ qui tranche sur l’ensemble environ- nant.
3 — Cette couche de pierres repose sur une mince épaisseur de terre végé- tale (15 à 20 cm) contenant quel- ques fragments de charbons de bois, que nous avons précieusement re- cueillis. A noter qu’à l’Est du bloc A’ on ne retrouve plus ces particules carbonnées.
4 — On arrive au sol d’origine représenté ici par une zone de flysch délité, concassé, d’environ 10 à 15 cm d’épaisseur, reposant elle-même sur la zone sous-jacente:
5 — Le flysch compact.
Si nous considérons le segment B” C de cette zone périphérique, à l’Ouest, on no- tera qu’elle est beaucoup plus réduite qu’à
Fig. 1. Vue d’ensemble du Tumulus de Biskarzu — en grisé la zone pierreuse périphérique
— en blanc la zone fouilleé (ciste centrale en gris foncé) — les deux coupes Nord-Sud et Est-Ouest
— le petit éclat de silex est marqué par la croix au SE de la ciste l’Est, et, d’autre part, la présence de la gran-
de dalle déjà signalée, profondément enfon- cée de 0 m 70 dans le flysch compact, et aux dimensions impressionnantes: 0 m 90 de haut, 1 m de large, 0, 10 à 0, 15 m d’épaisseur ...
Elle paraît unique, car rien par ailleurs ne lais- se supposer qu’il ait pu y avoir un autre élé- ment de ce calibre. Elle semble donc à elle seule accomplir sa fonction rituelle (indiquer l’Ouest?). De toute façon les pierres de la zo-
62 J. BLOT
Fig. 2. Coupe frontale Est-Ouest
ne centrale, ainsi que la ciste, paraissent bien axées sur elle, et sur son répondant à l’Est.
B) La zone tumulaire centrale (Cf fig 1, 2 3: BB“ et EE’)
La zone pierreuse périphérique précéde- ment décrite affecte plutôt dans son ensem- ble la forme d’une couronne que celle d’une chape continue de couverture du monument, elle est en effet absente de la région centra- le, délimitant ainsi une zone de tracé fort irré- gulier dont nous essaierons ultérieurement d’interprêter la signification.
Cette absence de couverture pierreuse au centre, met en relief, noyé au milieu de la te- rre végétale, un axe pierreux orienté Est Ouest, formé d’éléments plus importants (en- viron 20 à 25 cm de diamètre). Ils ne sem- blent pas avoir été disposés avec un soin par- ticulier (orientation exceptée) et c’est à peu près au centre géomètrique du monument (lé- gèrement décalé à l’Ouest) qu’apparaît la ciste.
La ciste (Cf fig 3)
De taille fort modeste (1 m x 0 m 90, di- mensions «hors-tout»). Elle est comme l’en- semble du monument, de facture très primi- tive en forme de fer à cheval ouvert à l’Ouest,
constituée par une quinzaine de blocs de grès ne paraissant pas avoir été travaillés. Au cen- tre, una petite dalle ovale pourrait être le cou- vercle (?) de cette ciste, très semblable en définitive à celle que nous avons décrit dans le tumulus d’Ugatze (2).
Dans cette zone centrale, outre l’axe pie- rreux Est-Ouest incluant la ciste, on peut no- ter quelques blocs de grès erratiques, plus volontiers dans le quart Sud-Ouest.
Enfin nous ne saurions omettre de signa- ler, dans le quart Nord-Ouest du monument, à la limite interne de la couronne pierreuse, un très gros bloc grès d’environ 1 m x 1 m, et 0 m 50 d’épaisseur. Il n’est pas enfoncé, mais repose sur la zone de flych, et donne l’impression de «désordre», de n’être pas «à sa place». Etait-il initialement au centre du monument? A t-il été déplacé ensuite par un labour intensistif?...
La stratigraphie: se résumera ainsi pour
cette région centrale, de la superficie à la pro- fondeur (Cf fig 2: BB’ et B’B” et fig E: E E’):
a) Très fine couche d’humus.
(2) BLOT J., «Le Tumulus-Cromlechs d’Ugatze du Pic des Escaliers (Soule) compte-rendu de fouilles»,
Bulletin du Musée Basque, Bayonne, n.º 66. 4.º tri- mestre 1974. pp. 193-194, et Munibe, n.º 3/4. 1975.
Fig. 3. Coupe frontale Nord-Sud, et ciste centrale
b) Gros blocs de grès formant l’axe cen- tral du monument, et la ciste, noyés dans une épaisse couche de terre vé- gétale sans particules carbonnées visi- bles.
c) Fine couche de terre sous-jacente à ces éléments pierreux, contenant des dé- bris de charbons de bois assez nom- breux, surtout à la périphérie de la cis- te. Ce fait peut s’expliquer par l’action des intempéries et du «soutirage» (dù à une déclivité très proche, à l’Est) qui ont pu faire glisser les particules car- bonnées, hors de la ciste, aux pierres. mal jointes. De même, un terrier creu- sé sous la ciste a contribué à dissémi- ner ces fragments de charbons, ainsi qu’ont pu le faire dans le passé nom- bre d’autres animaux fouisseurs. d) Zone de flysch délité.
e) Zone de flysch compact.
On aura pu noter dans la zone de flysch délité, une infiltration assez importante de te- rre et de particules charbonneuses. Toutes les particules carbonnées ont été soigneusement receuillies pour datation au C14.
Le Mobilier
Rappelions que la présence d‘une ciste pa- raît éliminer dans ce type de monument, l’existence de poteries. C’est en effet le cas
ici. Nous n’avons trouvé qu’un très petit éclat de silex légèrement au Sud-Est de la ciste dans la couche 3 (cf fig 1). Silex dont la par- tie proximale portait quelques traces de re- touche et transversalement, sur la face dor- sale, un enlèvement lui donnant l’allure d’une «sorte de burin. (A. Arambourou). En bref, un élément parfaitement en harmonie avec le caractère tout à fait fruste de ce monument.
III. ESSAI DE RECONSTITUTION DES DIFFERENTES ETAPES DU RITE FUNERAIRE:
Avant d’aborder ce problème, nous vou- drions évoquer la question de la zone centra- le; à quoi peut donc bien être due l’absence de couverture pierreuse, cette apparente dis- continuité dans ce qui aurait pu, ou dù être la chape de recouvrement du tumulus (à s’en tenir aux critères classiques).
Si nous éliminons une fouille très ancien- ne (il ne semble pas : bonne conservation de la ciste), il ne paraît rester que deux éven- tualités :
— ou bien la chape pierreuse de recou- vrement était continue, à l’origine. Mais, des labours très anciens ont pu dégager la cou- che de pierres superficielles: ceci plus volon- tiers dans le quart Sud-Ouest. Il se trouve qu’après avoir effectué le relevé des profils,
64 J. BLOT et en regardant bien le terrain, nous avons noté, à cet endroit, une protubérance du flysch qui arriverait ainsi assez facilement en surfa- ce, même avec un labour peu profond. A l’ap- pui de cette hypothèse: les pierres erratiques de la région centrale qui pourraient être des vestiges de l’axe Est-Ouest perturbé par la charrue, et ramenées vers la périphérie; de même, l’allure plane plûtot que bombée, du sommet du tumulus. Précisément ce nivelle- ment du tumulus, compte-tenu des phénomè- nes de soutirage et de colluvion déjà évo- qués, ferait évoquer un labour très ancien : au Moyen Age par exemple (R. ARAMBOU- ROU).
— la deuxième hypothèse repose sur l’idée que dès l’origine la région centrale n’a pas été recouverte de pierres (raisons ritue- lles? négligence?) Il semble (fig 3) que au Sud et au Nord la démarcation interne de la couronne présente une double pente, vers I’ex- térieur, et vers l’intérieur, comme si on avait voulu, réellement, ménager un creux central. — Au-delà des détails et des hypothèses, on a assez peu l’impression de se trouver en face d’un monument ayant l’organisation tra- ditionnelle que l’on recontre habituellement ... il est très difficile de «lire» des signes qui ne paraissent plus avoir la signification qu’ils devraient avoir .
— Essayons toutefois avec l’aide de la stratigraphie de reconstituer les différentes étapes du rite funéraire, tout en faisant les réserves habituelles dans ce genre d’inter- prétation.
1 — Comme pour les monuments voisins (Bixustia, Souhamendi III) on a dé- capé le sol jusqu’à la zone de délita- ge du flysch.
2 — Incinération du défunt à proximité inmédiate. Dispersion de charbons de bois sur la zone de flysch déli- té?
3 — Disposition d’une couche de terre ar- gileuse, mélangée à des particules charbonneuses (que celles-ci aient été parsemées volontairement dans cette aire rituelle, ou apportées par le vent).
4 — Sensiblement en même temps ont dù être, d’une part, enfoncée à l’Ouest
la grande dalle, et posé, à l’Est, le bloc rocheux symétrique.
5 — Axés sur ces deux repères, les élé- ments de la région centrale ont en- suité été disposés (dont la ciste et son contenu de charbons de bois). 6 — Enfin, l’édification de la «couronne»
pierreuse périphérique, soit en for- me de chape continue, recouvrant la totalité du monument: soit disconti- nue d’emblée, avec comblement cen- tral par la terre végétale.
IV. CONSIDÉRATION ARCHITECTURALES, DATATION :
Si misérable que soit, à l’heure actuelle, ce monument, il ne s’en dégage pas moins un certain air de parenté avec d’autres ves- tiges déjà fouilles par nous :
— les dimensions, sensiblement identi- ques.
— incinération du défunt, mais à quelque distance du monument lui même, sem- ble t-il.
— décapage préalable du sol (comme à Bixustia et Souhamendi III).
— charbons de bois disséminés, dans la couche isolante rituelle déposée sur le sol d’origine (Bixustia, Souhamendi Ill). — ciste, très primitive (comme à Ugatze
et Souhamendi III).
La grande différence toutefois nous paraît résider dans l’aspect général de ce tumulus : ou bien nous sommes devant un monument perturbé dans sa structure par la passage, même très ancien, des charrues, — ou bien devant une tombe très négligée dans sa con- fection d’emblée. Dans cette seconde hypo- thèse, les constructeurs se sentaient t-ils de- liés du rituel funéraire? l’ont-ils suivi vite et grossièrement, par respect pour le défunt, mais sans «y croire» eux-mêmes vraiement? On serait alors à une période de changements, avec principes religieux et panthéon diffé- rent, période sans doute plus proche de la période dite «historique».
Il sera donc très intéressant de pouvoir vérifier, par la datation au C14 des charbons de bois recueillis, l’époque où ce rituel funé- raire fut accompli à Biskarzu par les bergers de la protohistoire.