une
réalité
contrastée
des ménages immigrants
au Québec
une
réalité
contrastée
des ménages immigrants
au Québec
Étude réalisée pour
• la Société d’habitation du Québec
• le ministère de l’Immigration et des Communautés culturelles
• la Société canadienne d’hypothèques et de logement
• la Ville de Montréal (Direction des affaires interculturelles et Direction de la planification stratégique, division habitation)
• le Centre de recherche interuniversitaire de Montréal sur l’immigration, l’intégration et la dynamique urbaine Immigration et Métropoles.
INRS-Urbanisation, Culture et Société XAVIER LELOUP
Elle a été produite sous la coordination de Odile Simard de la Société d'habitation du Québec.
Cinq partenaires ont participé financièrement à la production de cette étude : la Société d’habitation du Québec (SHQ), le ministère de l’Immigration et des Communautés culturelles (MICC), la Société canadienne d’hypothèques et de logement (SCHL), la Ville de Montréal ainsi que le Centre de recherche interuniversitaire de Montréal sur l’immigration, l’intégration et la dynamique urbaine Immigration et Métropoles.
La réalisation de l’étude a été confiée à l’Institut national de la recherche scientifique – Urbanisation, Culture et Société.
Note : Les idées exprimées dans ce document ne traduisent pas nécessairement la position de la Société d’habitation du Québec; elles n’engagent que la responsabilité des auteurs.
On peut télécharger ce document à l’adresse Internet suivante : http://www.habitation.gouv.qc.ca
On peut également obtenir des copies de ce document au
Centre de documentation de la Société d’habitation du Québec :
Succursale de Québec Succursale de Montréal Numéro sans frais au Québec
418 646-7915 514 873-9612 1 800 463-4315
Mars 2005
Dépôt légal
Bibliothèque nationale du Québec, 2005 Bibliothèque nationale du Canada, 2005 ISBN 2-550-44126-5
Table des matières
Avant-propos ... 1
Faits saillants. ... 3
Introduction... 5
Première partie – Les immigrants : principales caractéristiques sociodémographiques et socioéconomiques ... 13
Chapitre 1 – Les espaces parcourus par les ménages immigrants ... 15
1. Le nombre des ménages immigrants ... 15
2. La diversité des régions de naissance ... 16
3. Origine ethnique et langue maternelle... 21
4. La répartition territoriale des ménages immigrants... 25
4.1 La répartition dans les régions administratives (RA) du Québec... 25
4.2 La répartition des ménages immigrants dans la RMR de Montréal... 30
4.3 La répartition des ménages immigrants sur l’île de Montréal ... 32
5. La mobilité des ménages immigrants ... 34
5.1 Mobilité résidentielle selon quelques variables ... 35
5.1.1. Le mode d’occupation... 35
5.1.2. Le revenu ... 36
5.1.3. L’âge du soutien ... 37
5.1.4. La période d’immigration... 39
5.2 Mobilité résidentielle entre trois RA (Montréal, Laval et Montérégie) ... 39
Chapitre 2 – Les temporalités de l’immigration... 43
1. Région de naissance et groupe d’âge ... 43
2. Région de naissance, genre de ménage et période d’immigration ... 49
3. Région de naissance et taille du ménage... 54
Chapitre 3 – Le niveau socioéconomique des ménages immigrants ... 59
1. Le revenu des familles : une vue d’ensemble pour le Québec ... 60
2. Période d’immigration, région de naissance et seuil de faible revenu... 62
3. Origine ethnique, langue maternelle et seuil de faible revenu ... 66
4. Période d’immigration, région de naissance, genre de ménage et seuil de faible revenu ... 68
Chapitre 4 – Le mode d’occupation... 75
1. Période d’immigration, région de naissance et mode d’occupation ... 75
1.1 L’ensemble du Québec ... 75
1.2 Âge et mode d’occupation ... 78
1.3 La RMR de Montréal ... 83
2. Période d’immigration, seuil de faible revenu et mode d’occupation ... 89
3. Origine ethnique et mode d’occupation ... 97
Chapitre 5 – L’accessibilité financière au logement... 99
1. Immigration, taux d’effort et mode d’occupation ... 99
1.1 Période d’immigration, région de naissance et taux d’effort... 100
1.2 Taux d’effort et mode d’occupation... 108
2. Immigration, taux d’effort et seuil de faible revenu ... 117
3. L’accessibilité dans la RMR de Montréal... 122
Chapitre 6 – Le confort lié à la taille et à l’état du logement ... 127
1. La taille et le peuplement du logement... 127
2. L’état du logement ... 129
Chapitre 7 – Les conditions de logement à l’échelle des arrondissements de Montréal ... 133
1. Côte-des-Neiges–Notre-Dame-de-Grâce (CDN–NDG) ... 133
2. Villeray–Saint-Michel–Parc extension (V–SM–PE)... 141
3. Ahunstic–Cartierville (A–C) ... 149
4. Saint-Laurent (SL)... 155
5. Saint-Léonard (Léo) ... 160
Conclusion générale ... 167
Annexe 1 – Revenu moyen et médian selon le genre de ménage ... 171
Liste des tableaux... 176
Liste des figures... 181
Avant-propos
Le présent rapport s’adresse à l’ensemble des intervenants du domaine du logement qui souhaitent mettre à jour leurs connaissances concernant les conditions de logement des ménages dont le soutien est immigrant. Son origine se trouve dans des discussions entamées au sein du volet 2 du Centre interuniversitaire de recherche Immigration et Métropoles (IM), volet dénommé Vie de quartier, trajectoires résidentielles, réseaux sociaux et gestion des
équipements collectifs. Au cours de ces discussions, est apparue l’importance que revêt
actuellement la question du logement des immigrants et, en particulier, des immigrants récents. Lors de ces discussions, la Société d’habitation du Québec (SHQ) a ainsi proposé que soit réalisée une monographie sur les conditions de logement des ménages immigrants, ce qui a suscité l’intérêt de quatre autres partenaires : la Ville de Montréal, le ministère des Relations avec les citoyens et de l’Immigration du Québec (MRCI), la Société canadienne d’hypothèques et de logement (SCHL) et Immigration et Métropoles (IM). Les cinq organismes ont décidé de s’engager dans une démarche de partenariat de recherche, les coûts de la recherche étant partagés de manière égale entre les partenaires, chacun ayant pu intervenir dans la définition du plan de travail. Enfin, les partenaires ont choisi de confier le mandat de recherche à l’INRS-Urbanisation, Culture et Société.
Afin d’établir un portrait factuel des conditions de logement des ménages immigrants, l’analyse, basée sur les recensements de 1996 et 2001, est réalisée à partir de tableaux spéciaux croisés commandés par la SHQ à Statistique Canada. Ces tableaux spéciaux portent sur un échantillon de 20 % des répondants, entre autres parce qu’ils incluent des variables qui sont recueillies seulement auprès des ménages remplissant le questionnaire 2B du recensement. Signalons que ces tableaux sont mis à la disposition du public dans les locaux de la SHQ moyennant le respect
des règles qui en régissent l’accès1.
1. Forest, P. (1998). Tableaux croisés spéciaux du recensement de 1996 : description et mode d'accès. Québec, Société d'habitation du Québec. Deschênes, C.-R., Y. Chouinard et B. Maass (2003). Tableaux croisés spéciaux du recensement de 2001: description et mode d'accès. Québec, Société d'habitation du Québec.
Faits saillants
§ Entre 1996 et 2001, la proportion des ménages immigrants (ménages dont le soutien est né à l’extérieur du Canada) est restée stable au Québec à environ 11 % du total des ménages. Cependant, le nombre des ménages immigrants, pendant cette période, a augmenté de 8,4 % tandis que le nombre de ménages natifs (ménages dont le soutien est né au Canada) a connu une hausse de 5,4 %.
§ Les ménages immigrants sont inégalement répartis à l’échelle du Québec. Selon les dernières données, la presque totalité des ménages immigrants du Québec, soit 88,6 %, résident dans la région métropolitaine de Montréal tandis que 7 ménages immigrants sur 10 vivent sur l’île de Montréal.
§ Les ménages immigrants récents s’installent davantage qu’auparavant dans les proches banlieues de l’île de Montréal. Ils ne choisissent plus, systématiquement, un territoire pouvant être identifié à un territoire classique de la primo-installation. Cette situation soulève de nouvelles questions et interrogations sur l’insertion de ces populations à la société d’accueil et sur l’organisation des services communautaires et publics qui leur sont destinés. La diffusion dans l’espace métropolitain devient un nouvel enjeu.
§ Peu de ménages immigrants quittent Montréal pour le reste du Québec. Les observations relatives à la mobilité des ménages indiquent qu’il est peu probable que les ménages immigrants choisissent de s’installer dans de nouveaux territoires. Elles confirment plutôt le maintien probable de la situation actuelle.
§ Entre 1996 et 2001, le statut socio-économique des ménages immigrants s’est amélioré. Durant cette période, le taux de ménages immigrants à faible revenu est passé de 39 % à 33 %.
§ Selon les données de 2001, proportionnellement, sur l’île de Montréal, les ménages immigrants sont plus souvent propriétaires de leur logement que les ménages natifs. Cependant, si les ménages immigrants arrivés avant 1981 semblent avoir bénéficié d’une accession relativement aisée à la propriété, la situation est différente pour les cohortes suivantes de personnes immigrantes. On observe un ralentissement dans l’accession à la propriété pour les ménages immigrants arrivés au Québec à partir des années 1980.
§ Entre 1996 et 2001, la proportion de ménages immigrants consacrant plus de 30 % de ses revenus bruts au logement est passé de 38 % à 31 %. Cependant, chez les ménages immigrants récents, 56 % devaient consacrer au moins 30 % de leur revenu pour se loger en 1996 contre 45 % en 2001.
§ Il existe une relation positive entre l'allongement de la durée de résidence et l'amélioration de l'accessibilité au logement. Ce phénomène varie selon la région de naissance du principal soutien du ménage, le statut socio-économique du ménage et le mode d'occupation. Par ailleurs, le contexte socio-économique, l'évolution du marché du logement et les modifications apportées, en 1996, à la grille de sélection des travailleurs ont également pu influencer l'accessibilité au logement des immigrants admis depuis 1996. § Généralement, les ménages immigrants connaissent des conditions de logement moins
favorables que celles des ménages natifs. Malgré l’amélioration constatée entre 1996 et 2001, l’accès au logement peut comporter des difficultés supplémentaires pour les personnes immigrantes, en particulier lorsqu’elles sont locataires. Par exemple, les immigrants récents connaissent souvent moins bien les conditions du marché, le niveau moyen de confort auquel ils peuvent s’attendre, les législations et les pratiques coutumières qui entourent l’accès au logement. Ces difficultés peuvent être accentuées par une connaissance insuffisante de la langue du nouveau pays et par des phénomènes de discrimination, individuels ou systémiques, dont ils peuvent être les victimes sur le marché du logement.
Introduction
Logement et immigration
Pourquoi lier logement et immigration ? Qu’est-ce qui justifie la rédaction d’un profil particulier sur les conditions de logement des ménages immigrants ?
Depuis le XXe siècle, les sources d’immigration se sont diversifiées au Québec2. Chaque année,
on continue d’accueillir des immigrants3 et, ces dernières années, les débats autour de la
question de l’accueil et de l’intégration semblent plus intenses, focalisant sur les processus d’insertion économique. Les ménages immigrants éprouveraient plus de difficultés à s’insérer sur le marché de l’emploi et à rattraper, par rapport au reste de la population, l’écart de leurs gains socioéconomiques. Cette situation peut avoir des répercussions dans les autres domaines
de la vie quotidienne4.
Dans cette perspective, le logement constitue incontestablement un facteur d’intégration pour
les populations immigrantes5. Au-delà de la fonction de base du logement, celle de fournir un
abri et un toit, le logement renvoie également à des dimensions qualitatives et affectives. Trouver un logement en bon état, à un coût abordable et qui répond aux besoins du ménage, reste l’élément central qui définit le logement. Cependant, l’immigration amplifie aussi un ensemble de questions reliées au logement : le rapport de l’homme aux espaces qu’il parcourt, les lieux de mémoire et de sépulture, les liens sociaux et l’ancrage territorial, le partage d’espaces interculturels… Pour toutes ces questions, les logiques d’immigration revêtent une importance particulière. L’installation dans le nouveau pays étant perçue comme permanente ou temporaire, le logement remplit des fonctions très différentes dans l’un et l’autre cas et n’est pas investi de la même manière. De plus, l’installation et les significations qui l’entourent peuvent faire l’objet de perceptions différentes entre les immigrants et les personnes nées dans la
société d’accueil6.
2. Manègre, J.-F. (1992). Statistiques. Démographie, immigration et communautés culturelles au Québec depuis 1871. Montréal, Conseil des communautés culturelles et de l'immigration.
3. Selon les données du MRCI, durant la période 1996-2001, couverte par ce profil, il est arrivé en moyenne 29 124 immigrants admis par an, soit un total de 145 619 pour la période. MRCI, Tableaux sur l’immigration au Québec, 1996-2000. Québec, MRCI, Direction de la planification stratégique, juillet 2001.
4. Picot, G. et F. Hou (2003). La hausse du taux de faible revenu chez les immigrants au Canada. Ottawa, Statistique Canada.
5. Frenette, Y. (1992). Le logement et les communautés culturelles. Analyse de la situation. Montréal, Conseil des communautés culturelles et de l'immigration.
Enfin, l’accès au logement peut comporter des difficultés supplémentaires pour les personnes immigrantes, en particulier pour les nouveaux venus. Les immigrants récents connaissent souvent moins bien les conditions du marché, le niveau moyen de confort auquel ils peuvent s’attendre, les lois et les pratiques coutumières qui entourent l’accès au logement. Ces difficultés peuvent être accentuées par une maîtrise insuffisante de la langue du nouveau pays et par des phénomènes de discrimination, individuels ou systémiques, dont ils peuvent être les victimes sur
le marché du logement7.
Les conditions de logement
Logement et immigration sont donc deux thèmes reliés de plusieurs manières. Il convient alors de préciser la portée de notre profil en définissant ce qu’il faut entendre par conditions de
logement.
Pour ce faire, il s’agit en premier lieu de définir ce que nous entendons par un logement. La réponse peut paraître évidente. Elle suppose pourtant quelques précisions pour éviter toute
confusion avec d’autres notions proches, en particulier celles d’habitat ou de milieu de vie8.
Dans ce profil, le logement est pris au sens premier du terme, c’est-à-dire en tant qu’une unité d’habitation autonome, appartement ou maison disposant d’un accès propre, qui abrite régulièrement une ou plusieurs personnes qui en partagent l’usage. Sous cet angle, le logement est avant tout un bien matériel que l’on peut caractériser à partir de ses occupants, de son
emplacement et de sa forme architecturale. Il a fait l’objet, dès le XIXe siècle, d’une identification
relativement claire en tant que catégorie statistique et économique dans les recensements. Ainsi, Statistique Canada le définit comme un « ensemble de pièces d'habitation qu'une
personne ou un groupe de personnes habite ou pourrait habiter9 ».
Derrière cette définition générale se dissimulent cependant des situations particulières. Un logement peut d’abord être classé selon la nature de l’occupation en logement privé, collectif (caserne, communauté religieuse, centre d’hébergement…) ou de bande (logement autochtone). Les logements privés peuvent, à leur tour, être subdivisés en plusieurs catégories, selon qu’ils
7. Ledoyen, A., F. Dansereau et A.-M. Séguin (2001). Le regard des petits propriétaires sur les demandeurs de logement: étude exploratoire sur les perceptions et les attitudes des petits propriétaires envers les clientèles des minorités ethnoculturelles. Montréal, Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse. Novac, S., J. Darden, D. Hulchanski et A.-M. Séguin (2002). Housing Discrimination in Canada: The State of the
Knowledge. Ottawa, SCHL/CMHC. Ledoyen, A. (2004). « Les discours sur la différence et l'accès des minorités
au logement », dans Racisme et discrimination. Permanence et résurgence d'un phénomène inavouable. J. Renaud, A. Germain et X. Leloup (dir.). Québec: Presses de l'Université Laval, p. 87-106.
8. Segaud, M., C. Bonvalet et J. Brun (1998). Logement et habitat. L'état des savoirs. Paris: La Découverte. 9. Statistique Canada, Dictionnaire du recensement 2001, no au catalogue 92-378-XIF.
sont permanents ou marginaux, d’une part, et occupés ou inoccupés, de l’autre. Les logements permanents répondent à la double condition de disposer d’une source de chaleur et de fournir un espace clos permettant de se protéger des intempéries. Les logements marginaux font défaut sur une de ces deux conditions. Les logements privés sont occupés lorsqu’une personne ou un ensemble de personnes y vivent de manière permanente.
La définition qui précède et les subdivisions auxquelles elle donne lieu sont explicitement constituées pour répondre à des besoins administratifs et de connaissance du parc des logements disponibles. Elles renvoient alors pour l’essentiel à des dimensions et à des conditions matérielles de l’habitation. Elles ne prennent pas en compte les dimensions qualitatives et affectives, celles-ci le sont plutôt par la notion d’habitat qui intègre l’ensemble des éléments matériels et humains qui qualifient les modes de résidence des personnes. Le terme
« habitat » élargit le rapport de l’être humain à l’espace au-delà du logement en intégrant le
milieu de vie dans lequel il inscrit les activités qui lui permettent de subsister et de s’approprier
l’espace10. Il articule ainsi les caractéristiques du logement et celles du milieu de vie et fait
référence à une action des acteurs sur leur environnement.
En raison des données traitées dans ce profil, nous nous référerons essentiellement à la première définition du logement. Les conditions de logement sont ainsi à entendre comme les caractéristiques économiques et matérielles qui qualifient la consommation du bien logement par les ménages. Les variables déterminantes de cette consommation sont le mode d’occupation, l’accessibilité, le confort et l’état du logement ainsi que l’adéquation entre certaines caractéristiques des ménages et des logements qu’ils occupent. Ne seront pas abordés en revanche les thèmes reliés au milieu de vie dans lequel s’inscrit un logement, comme la qualité de vie qu’offre le voisinage, l’accès à des services collectifs (école, CLSC, centre d’emploi…) ou privés (épicerie, commerces, transports…), la mixité sociale des quartiers, etc.
Pour mieux définir notre objet, il importe en deuxième lieu de rappeler que le concept de logement est relié à celui de ménage, défini par le recensement comme « personne ou groupe
de personnes occupant le même logement11». Le logement et le ménage peuvent être ainsi
considérés comme les deux faces de la même médaille, les caractéristiques qui qualifient le premier qualifiant également le second. Tout comme il est possible de distinguer les logements
10. Le recensement canadien ne comporte aucune indication sur le milieu de vie dans lequel s’inscrit le logement, à l’inverse de certains autres, comme ceux des États-Unis ou de la Belgique, qui posent des questions objectives sur le quartier et subjectives sur le milieu de vie dans lequel le logement s’insère. Toutefois, d’autres enquêtes de Statistique Canada offrent de telles informations, voir par exemple : Kremarik, F. (2000). « L'autre côté de la clôture ». Tendances sociales canadiennes, été 2000, Statistique Canada, no 11-008, p. 20-24. Peters, A. (2002). « Votre collectivité a-t-elle le bien-être de vos enfants à coeur? » Tendances sociales canadiennes, hiver 2002, Statistique Canada, no 11-008, p. 2-6.
selon différentes catégories, il est également possible de distinguer les ménages selon le type et l’emplacement du logement qu’ils occupent au moment du recensement : logement privé, de bande ou à l’extérieur du Canada. Les ménages peuvent également être classés selon le type de relation qui lie les membres qui les composent. Deux grands types de ménages sont distingués : les ménages familiaux et non familiaux. Les premiers comprennent au moins une famille de recensement, c’est-à-dire un couple marié ou non, avec ou sans enfants, ou un parent seul avec un ou plusieurs enfants. Un ménage unifamilial se compose alors d’une seule famille qui occupe un logement privé. Un ménage sera dit multifamilial s’il est composé d’au moins deux familles de recensement qui occupent le même logement privé. Notons que la notion de famille, telle qu’elle est définie par Statistique Canada, ne retient que les relations nuptiales et filiales. Ainsi, des frères et sœurs qui partagent le même logement ne constituent pas une famille au sens du recensement. Un ménage non familial est composé d’une personne qui occupe seule un logement privé ou d’un groupe de deux personnes ou plus qui partagent le même logement mais qui ne forment pas une famille (c’est le cas, par exemple, des frères et sœurs susmentionnés ou des co-locataires). Enfin, il sera largement fait référence dans les lignes qui suivent au soutien du ménage pour qualifier les caractéristiques sociodémographiques et socioéconomiques des ménages dans leur ensemble. Pour être soutien de ménage, une personne doit avoir 15 ans et plus et assurer les principales dépenses du logement (loyer ou hypothèque, taxes, électricité…). Depuis 1991, les répondants au recensement sont autorisés à inscrire plus d’une personne comme responsable des paiements pour le logement. Le nombre de soutiens de ménage ne correspond donc pas parfaitement au nombre des ménages. Cependant, Statistique Canada propose également des données reprenant uniquement le
principal soutien du ménage, soit la personne qui a été inscrite en premier lieu comme soutien
de ménage. Dans ce cas, le nombre des soutiens s’approche logiquement du nombre des ménages. Ce sont ces données que nous utiliserons dans ce profil.
Dans ce profil, nous nous intéresserons pour l’essentiel aux ménages privés familiaux et non familiaux ainsi qu’à leurs conditions de logement. Nous ne tiendrons donc pas compte des ménages collectifs ou des ménages qui occupent un logement de bande. En outre, nous nous intéresserons aux ménages qui occupent un logement privé de manière permanente et non pas temporaire, excluant ainsi de notre analyse les logements marginaux.
Les ménages immigrants
Pour les distinguer de l’ensemble des ménages, le présent profil retient en tant que ménage immigrant les ménages dont le principal soutien est né à l’extérieur du Canada, quelle que soit par ailleurs l’origine des autres membres du ménage ou la citoyenneté du principal soutien. Le profil porte sur les ménages dirigés par une personne née à l’extérieur du Canada et qui a
obtenu le droit d’y résider de manière permanente12. Il n’inclut pas les ménages dont le principal soutien est résidant non permanent ou demandeur d’asile au moment du recensement.
Comme pour les autres ménages, les choix résidentiels des ménages immigrants13 sont
complexes. Ils dépendent d’abord d’un ensemble de variables objectives comme le cycle de vie, le statut socioéconomique, la situation familiale… Ils varient ensuite selon un ensemble de préférences résidentielles des personnes et des ménages quant au mode d’occupation, au type de bien-logement consommé ou à son emplacement. Ces préférences traduisent souvent des modes de vie et d’habiter propres à certaines positions dans le cycle de vie (âge et situation familiale) et à des facteurs collectifs influant, par exemple, sur le désir d’accéder à la propriété ou sur le jugement que l’on porte sur l’état du logement. Enfin, les variables contextuelles sont aussi très importantes. La situation du marché du logement influence la capacité des ménages d’accéder à un logement répondant à leurs contraintes de coût et à leurs besoins.
Comme nous l’avons précisé plus haut, les choix résidentiels prennent une importance particulière dans le cas des ménages immigrants, parce qu’ils sont de nouveaux venus dans la société, parce qu’ils sont aussi parfois coupés de leur réseau social et familial d’origine et, enfin, parce qu’ils peuvent être les victimes de mises à distance et de discrimination sur le marché du logement. Cette dernière dimension renvoie à leur origine et à l’appartenance de certains
12. Une remarque méthodologique s’impose. En effet, Statistique Canada comptabilise les personnes immigrantes suivant deux modes. En premier lieu, Statistique Canada utilise la variable de la région de naissance. Dans ce cas, est immigrante toute personne qui est née à l’extérieur du Canada; il existe cependant une faible proportion de citoyens canadiens de naissance qui sont nés à l’extérieur du Canada. Ce sont en fait toutes les personnes qui, bien qu’elles soient nées à l’extérieur du territoire canadien, sont Canadiennes de droit et n’ont jamais dû déposer de demande d’immigration auprès du gouvernement canadien. C’est le cas, par exemple, pour les enfants nés durant un séjour de leurs parents (canadiens) à l’étranger et qui rentrent ensuite au pays. Une autre variable entre donc en ligne de compte pour déterminer la population immigrante, il s’agit du statut de résidence. Est immigrante toute personne à qui les autorités de l’immigration canadienne ont un droit de résidence permanente. Les concepts de population immigrante et de population née à l’extérieur du Canada ne sont pas tout à fait identiques. La majorité des immigrants sont nés à l’étranger, mais une faible proportion d’entre eux peuvent être nés au Canada (par exemple, les enfants du personnel diplomatique d’un autre pays qui sont nés au Canada). De plus, les personnes nées à l’extérieur du Canada sont principalement des immigrants, mais certaines sont citoyennes canadiennes de naissance, puisque l’un des deux parents au moins était citoyen canadien au moment de la naissance. Pour les besoins de ce profil, nous tiendrons compte seulement des ménages dont le principal soutien a le droit de résider de manière permanente sur le sol canadien, que ce droit soit acquis à la naissance ou par l’entremise d’une procédure d’immigration. Autrement dit, la population de notre enquête est composée des Canadiens de naissance, que nous appellerons natifs, et des résidents permanents, que nous désignerons par le terme d’immigrants.
13. Nous avons choisi de désigner les ménages dont le principal soutien est immigrant par le vocable de « ménages immigrants ». De même, nous utiliserons le vocable de « ménages natifs » pour désigner les ménages dont le principal soutien est un Canadien de naissance né au Canada. Ces appellations permettront d’alléger les formulations dans la suite du texte.
immigrants à une origine ethnique visible14. Soulignons d’emblée que l’appartenance à une origine ethnique visible n’implique pas le fait d’avoir immigré, ni l’inverse d’ailleurs. L’ethnicité ne dépend pas tant du lieu de naissance que d’une transmission familiale et du contexte social dans lequel s’opère le maintien ou la constitution des frontières intergroupes. Il n’en reste pas moins que les deux ordres de phénomène sont interreliés : l’immigration accroît le plus souvent la diversité ethnique d’une population, en particulier si les populations immigrantes se diversifient au fil du temps, ce qui semble avoir été le cas pour le Québec depuis la Deuxième
Guerre mondiale15. De plus, les ménages immigrants sont soumis, comme tous les autres
ménages, aux tendances et aux aléas du marché du logement, en particulier si la proportion des logements sociaux et abordables hors marché représente une faible part du parc total des logements. Or, il est à noter que les contraintes qui pèsent sur les ménages lorsqu’ils cherchent à se loger se sont accrues de manière significative. Depuis la fin des années 1990, les taux de vacances sur le marché du logement sont particulièrement bas, ce qui pousse à la hausse les loyers et le coût des logements, et réduit la capacité des ménages – en particulier ceux dont les revenus sont modérés ou faibles – à accéder à un logement abordable et répondant à leurs
besoins16. La période d’observation qui nous intéresse est donc une période charnière et ne se
caractérise pas par une tendance uniforme quant à l’évolution du marché du logement. Il s’agira de s’en souvenir lorsque nous comparerons entre elles les données de 1996 et 2001.
L’univers statistique couvert par le profil est donc celui des ménages. L’immigration n’est pas saisie en fonction de sa population totale mais bien en fonction du principal soutien du ménage, sans qu’il soit possible de retracer si les caractéristiques qui le décrit sont partagées par les
autres membres du ménage17. En revanche, nous disposons d’un vaste ensemble de données
individuelles sur le principal soutien du ménage et collectives sur les ménages. C’est à partir de l’exploitation de celles-ci que s’élabore le présent travail.
14. La notion d’origine ethnique visible découle de la définition qu’en produit Statistique Canada à des fins de recensement. Elle couvre pour l’essentiel l’idée de pouvoir distinguer au sein de la population les personnes qui appartiennent à un groupe ethnique ou culturel particulier et qui, à la suite de cette identification, peuvent être les victimes de pratiques racistes et discriminatoires. Il convient d’insister sur le fait que la notion, essentiellement statistique, n’épuise pas le concept d’ethnicité, lequel recouvre une réalité sociale, culturelle et politique plus large. Elle est plutôt à penser comme un effort de description objective de la population, effort qui est d’ailleurs entaché de nombreux biais, comme nous le préciserons plus loin.
15. Linteau, P.-A. (1992). Histoire de Montréal depuis la Confédération. Montréal: Boréal. Manègre, J.-F. (1992). Statistiques. Démographie, immigration et communautés culturelles au Québec depuis 1871. Montréal, Conseil des communautés culturelles et de l'immigration.
16. Bunting, T., R.A. Walks et P. Filion (2004). « The Uneven Geography of Housing Affordability Stress in Canadian Metropolitan Areas ». Housing Studies, vol. 19, n° 3, p. 361-393. Moore, E. et A. Skaburskis 2004. « Canada's Increasing Housing Affordability Burdens ». Housing Studies, vol. 19, n° 3, p. 395-413.
17. Pour une enquête qui tente de dépasser cette limite, le lecteur intéressé par la question du logement des jeunes immigrants ou des jeunes issus de l’immigration peut consulter le travail suivant : Séguin, A.-M., D. Rose et J. Mongeau 2003. L'insertion résidentielle des jeunes issus de l'immigration à Montréal. Montréal, Immigration et Métropoles.
Le plan de ce profil s’organise autour d’une définition de l’immigration qui en fait un phénomène qu’il est possible de décrire et d’analyser à partir de trois grands paramètres :
- les espaces parcourus par les migrants : ceux au sein de la société d’origine et d’accueil, les
mobilités résidentielles et sociales revêtant une importance cruciale ;
- les durées de l’immigration : la migration peut être temporaire ou définitive, saisonnière ou
permanente, se dérouler en plusieurs étapes ou en une seule ;
- les motifs de la migration : ils sont conditionnés par les conditions de vie dans les sociétés
de départ et d’arrivée et orientent le statut des immigrants : immigrant économique, immigration de peuplement ou demandeur d’asile.
Pour couvrir ces dimensions de l’immigration, la structure du profil s’élabore autour de deux grandes parties.
La première partie reprend les caractéristiques sociodémographiques et socioéconomiques des ménages immigrants. Le premier chapitre s’attache à quantifier l’immigration au Québec, à en décrire les origines et les évolutions au fil du temps, à en mesurer la répartition et la mobilité dans l’espace québécois. Le deuxième chapitre revient sur les caractéristiques d’âge des soutiens de ménages et qualifie l’immigration au Québec quant au genre de ménage qu’elle y compose. Enfin, le troisième chapitre de la première partie s’intéresse au niveau socioéconomique des ménages immigrants.
La seconde partie du profil est consacrée entièrement aux conditions de logement des ménages immigrants. Dans trois chapitres, seront successivement abordées les questions du mode d’occupation des logements (chapitre 4), de leur accessibilité économique pour les ménages immigrants (chapitre 5) et de leur confort en fonction de la taille et de l’état (chapitre 6). Un dernier chapitre (chapitre 7) tente de préciser s’il existe des profils types de conditions de logement des ménages immigrants dans les arrondissements de Montréal qui accueillent une proportion significative de ces ménages.
Cependant, avant d’entamer l’analyse, l’encadré suivant systématise quelques-unes des remarques que nous venons d’énoncer et souligne les limites de la présente étude.
Note méthodologique
Avant tout, la nature des données dont nous disposons se doit d’être précisée. Il s’agit de données extraites des recensements de 1996 et de 2001 et, plus précisément, du questionnaire 2B rempli par un échantillon de 20 % de la population canadienne. Elles fournissent donc des estimations et non des chiffres exacts. Ces estimations sont cependant à considérer comme fiables. Rappelons également que ces données ont été commandées par la SHQ sous la forme de tableaux croisés. Elles ne se présentent pas sous la forme de micro-données individuelles mais sous celle d’un ensemble de tableaux permettant de combiner plusieurs variables entre elles. Elles ne se prêtent pas non plus à l’ensemble des techniques statistiques et limitent les chercheurs au niveau des croisements.
Autre trait caractéristique des données, il s’agit de données statiques. Elles fournissent une photographie des phénomènes sous étude à un moment donné mais ne permettent pas d’en faire une analyse longitudinale ou temporelle fine. Dans le cas de l’immigration, cette caractéristique des données impose une certaine prudence lors de l’interprétation des résultats, puisque la plupart des phénomènes qui y sont reliés sont sujets à de profondes évolutions temporelles. Ainsi, nous ferons référence à de nombreuses reprises à l’allongement de la période d’immigration comme élément intervenant de manière positive sur un ensemble de phénomènes, tels que l’accession à la propriété ou la réduction du taux d’effort. Cependant, étant donné la nature des données dont nous disposons, il n’est pas possible de décomposer cette relation entre les effets suivants :
- la mobilité interprovinciale à l’échelle du Canada,
- la mobilité de retour ou post-migratoire vers le pays d’origine ou vers d’autres destinations, - l’âge à l’arrivée,
- le contexte migratoire de départ et d’arrivée, - l’insertion à la société d’accueil.
Autrement dit, ce que les données des recensements mesurent, c’est la situation des immigrants qui vivent au Québec, quelle que soit leur trajectoire antérieure. Elles fournissent de nombreuses informations sur une population à un moment donné dans le temps, permettant alors de conclure sur le niveau de propriété ou le statut socioéconomique qu’elle a atteint, par exemple, mais pas sur la manière dont ce niveau ou ce statut a été atteint.
Enfin, il est bon de préciser quelques catégories de base de notre étude. Les ménages sont d’abord regroupés en trois grandes catégories :
- la catégorie Total se rapporte au total des ménages qui résidaient au Québec en 1996 et en 2001 de manière permanente,
- la catégorie Natif se rapporte aux ménages dont le soutien de ménage n’est pas un immigrant, c’est-à-dire une personne née au Canada ou un natif,
- les catégories Immigrant et Né à l’extérieur du Canada désignent les ménages dont le principal soutien est une personne née à l’extérieur du Canada.
Les ménages immigrants seront ensuite le plus souvent distingués selon la Région de naissance et la
Période d’immigration. La première catégorie se rapporte au pays d’origine du principal soutien – les
pays d’origine ayant été regroupés en ensembles et sous-ensembles continentaux. La seconde catégorie enregistre la date d’arrivée au Canada en tant qu’immigrant – notons que la personne aura pu entrer au Canada à partir d’une autre province que le Québec.
Enfin, une troisième et dernière catégorie souvent utilisée pour mesurer une des conséquences de l’immigration, à savoir l’augmentation de la diversité ethnique, est l’Origine ethnique. Dans cette enquête, l’origine ethnique est mesurée à l’aide de trois questions du questionnaire 2B du recensement (les questions 17, 18 et 19) se rapportant à l’origine ethnique des ancêtres de la personne et à sa propre identification en tant qu’individu appartenant à un groupe ethnique particulier. Notons d’emblée que cette mesure a soulevé un certain nombre d’objections que nous rappellerons lorsque nous ferons usage de cette catégorie. Pour ses propres besoins, la SHQ distingue les origines ethniques sur une base agrégée. C’est ce découpage que nous reprenons dans notre étude.
Première partie
Les ménages immigrants : principales caractéristiques sociodémographiques et
Chapitre 1 – Les espaces parcourus par les ménages immigrants
Toute immigration internationale suppose le parcours d’une trajectoire de mobilité durant laquelle la personne change d’espace national. Il est alors possible d’en décrire les flux en prenant en compte les régions de naissance d’où proviennent les personnes immigrantes et les espaces d’installation qu’elles privilégient dans le pays de destination. Il importe aussi de rappeler et de souligner que l’orientation de ces flux, tant dans leurs origines que dans leurs destinations, peut connaître des variations historiques significatives qu’il nous faut prendre en compte. Mais, avant cela, il s’agit aussi de savoir à combien s’élève le nombre des ménages immigrants.
1. Le nombre des ménages immigrants
Pour évaluer le nombre de ménages immigrants dans l’ensemble de l’univers des ménages, il faut distinguer entre les ménages dont le soutien est né au Canada et celui dont le soutien est né à l’étranger. Un autre critère qui vient délimiter la catégorie est le fait que le soutien de ménage ait obtenu un statut de résident permanent du Canada. Le tableau ci-dessous indique ainsi la proportion des ménages immigrants dont le soutien est résident permanent pour 1996 et 2001.
Tableau 1 - Effectifs, fréquences relatives et taux de croissance des ménages natifs et immigrants (ensemble du Québec, 1996 et 2001)
1996 2001 1996/2001 Ménages natifs 88,7 2 457 885 88,4 2 589 515 5,4 Ménages immigrants 11,3 312 765 11,6 338 945 8,4
Total des ménages 100,0
2 770 650
100,0
2 928 465 5,7
Source : Société d’habitation du Québec (compilation spéciale des recensements de 1996 et 2001 de Statistique Canada, données-échantillon 20 %), tableau 21, calculs et présentation de l’auteur, 2004.
En termes relatifs, l’importance des ménages immigrants a peu évolué entre les recensements de 1996 et 2001. Elle reste stable autour de 11 %. En revanche, le nombre des ménages immigrants a crû plus rapidement que celui des ménages non immigrants, comme l’indique le taux de croissance. L’interprétation de cette dernière observation n’est pas simple. D’une part,
l’augmentation du nombre des ménages immigrants est due en partie au phénomène de décohabitation qui touche actuellement les jeunes issus de ménages immigrants, dont nous
verrons qu’ils sont plus souvent familiaux18. D’autre part, il ne faut pas oublier que l’immigration
est restée à un niveau relativement élevé au Québec durant la dernière décennie.
2. La diversité des régions de naissance
Une première méthode pour prendre la mesure de la diversité de l’immigration au Québec est de comparer la distribution des soutiens de ménage selon la région de naissance au sein de deux populations : les immigrants quelle que soit la date d’entrée au Canada et les immigrants récents. Dans cette étude, les immigrants récents sont les personnes entrées sur le territoire du Canada dans le courant des cinq dernières années précédant un recensement et qui ont obtenu leur statut de résident permanent.
Lorsque l’on compare ces deux distributions – voir le tableau 2 ci-dessous –, les différences en termes de région de naissance ne sont pas très marquantes. Du côté du total des immigrants, les écarts sont souvent minimes d’une période à l’autre. Du côté des immigrants récents, le même constat s’impose, même si quelques variations marginales sont à signaler, entre autres l’augmentation de la part relative des populations européennes, en particulier celles qui sont issues du nord-ouest et de l’est du continent, le maintien de la part relative des populations de l’Asie, du Maghreb et du Moyen-Orient et, enfin, la réduction de la proportion des Latino-Américains et des personnes provenant des Caraïbes.
18. Séguin, A.-M., D. Rose et J. Mongeau (2003). L'insertion résidentielle des jeunes issus de l'immigration à Montréal. Montréal, Immigration et Métropoles.
Tableau 2 – Région de naissance du principal soutien du ménage immigrant et immigrant récent (ensemble du Québec, 1996 et 2001)
Immigrant (1996) Immigrant (2001) Immigré après 1990 (1996) Immigré après 1995 (2001) 309 420 335 350 45 765 40 800 À l'extérieur du Canada 100,0 100,0 100,0 100,0 12 640 12 085 735 485 États-Unis et Océanie 4,1 3,6 1,6 1,2 153 130 154 725 11 155 11 995 Europe 49,5 46,1 24,4 29,4 53 835 55 915 4 715 5 505 Europe du Nord-Ouest 17,4 16,7 10,3 13,5 66 565 65 295 700 425 Europe du Sud 21,5 19,5 1,5 1,0 32 725 33 515 5 735 6 065 Europe de l'Est 10,6 10,0 12,5 14,9 18 785 22 045 5 850 3 085 Amérique latine 6,1 6,6 12,8 7,6 33 335 35 615 3 825 2 195 Caraïbes 10,8 10,6 8,4 5,4 21 290 23 680 2 925 1 685 Caraïbes francophones 6,9 7,1 6,4 4,1 12 045 11 935 900 510 Caraïbes anglophones 3,9 3,6 2,0 1,3 39 045 46 990 10 395 9 100 Asie 12,6 14,0 22,7 22,3 10 665 14 195 3 820 4 005 Asie méridionale 3,4 4,2 8,3 9,8 18 240 20 535 3 140 1 570 Asie du Sud-Est 5,9 6,1 6,9 3,8 10 135 12 255 3 435 3 525 Asie orientale 3,3 3,7 7,5 8,6 44 310 52 520 10 695 9 990 Maghreb et Moyen-Orient 14,3 15,7 23,4 24,5 8 180 11 365 3 105 3 955 Afrique subsaharienne 2,6 3,4 6,8 9,7
Source : Société d’habitation du Québec (compilation spéciale des recensements de 1996 et 2001 de Statistique Canada, données-échantillon 20 %), tableau 21 (1996) et tableau 36 (2001), calculs et présentation de l’auteur, 2004.
Pour mieux saisir la diversité de l’immigration et l’évolution qu’elle a connue au fil du temps, il importe dès lors d’essayer de saisir les changements intervenus à l’intérieur de chaque période d’immigration. C’est ce qu’indique le tableau 3 et la figure 1 qui reprennent la région de naissance et la période d’immigration du principal soutien du ménage. En lisant ce tableau et ce graphique, il importe de se rappeler que les données qu’ils contiennent ne concernent que les
principaux soutiens du ménage et ne décrivent donc pas l’ensemble de la population immigrante. Par ailleurs, le recensement de la population donne une image fixe à un temps donné, ici en 2001. Il ne permet donc pas de saisir toutes les dynamiques qui influencent l’immigration, par exemple, le départ de certains immigrants reçus au Québec vers d’autres provinces du Canada ou d’autres pays, ce qui est pris en compte par le taux de rétention qui rapporte le total des immigrants reçus au Québec et ceux y résidant encore à un moment donné. Malgré ces remarques, les données ci-dessous expriment bien la diversification accrue de l’immigration au Québec, puisque durant les dernières décennies les immigrants qui s’y sont installés avaient des origines de plus en plus diverses.
Si le tableau 3 montre bien une diversification accrue des sources d’immigration au fil du temps, il s’agit de rester prudent lors de son interprétation. En effet, les périodes qu’ils comparent sont très différentes en étendue. Cette remarque vaut surtout par rapport à la première période qui rassemble l’ensemble des soutiens de ménage arrivés avant 1981. La répartition qu’elle présente des régions de naissance est ainsi beaucoup plus tributaire de l’évolution sur une longue période de l’immigration au Québec. Autrement dit, elle accumule en quelque sorte le temps long de l’immigration, avec une surreprésentation des personnes originaires des régions d’Europe. Et il est impossible de parler d’une rupture entre cette période et les suivantes, lesquelles indiquent en effet plutôt un approfondissement et une accélération de la diversification du mouvement migratoire à destination du Québec. Ainsi, si les Européens, toutes origines sous-continentales confondues, représentent au total près d’un soutien de ménage immigrant sur deux (46,1 %), cette proportion se réduit à près d’un sur quatre pour les immigrants arrivés dans les années 1990. Le second groupe en importance est celui des soutiens originaires du Maghreb et du Moyen-Orient. Il représente 15,7 % de l’ensemble des soutiens de ménages immigrants, et cette proportion augmente durant les deux dernières décennies pour atteindre près d’un immigrant sur quatre entre 1991 et 2001. Deux autres régions ont également contribué plus largement au mouvement migratoire vers le Québec dans le courant des dernières décennies, soit l’Asie et l’Afrique subsaharienne. Enfin, plusieurs régions ont connu un ralentissement de leurs flux migratoires à destination du Québec. C’est le cas pour les États-Unis et l’Océanie, l’Europe du Sud et, dans une moindre mesure, pour l’Europe du Nord-Ouest, l’Amérique latine et les Caraïbes. C’est ce qu’indique plus explicitement la figure 1.
Tableau 3 – Région de naissance et période d’immigration du principal soutien du ménage (ensemble du Québec, 2001)
Immigrant Immigré avant 1981 Immigré entre 1981 et 1990 Immigré entre 1991 et 2001 335 350 188 305 64 150 82 885 À l'extérieur du Canada 100,0 100,0 100,0 100,0 12 085 8 875 1 905 1 310 États-Unis et Océanie 3,6 4,7 3,0 1,6 154 725 118 190 14 735 21 800 Europe 46,1 62,8 23,0 26,3 55 915 40 355 6 220 9 335 Europe du Nord-Ouest 16,7 21,4 9,7 11,3 65 295 60 425 3 685 1 180 Europe du Sud 19,5 32,1 5,7 1,4 33 515 17 410 4 825 11 280 Europe de l'Est 10,0 9,2 7,5 13,6 22 045 5 305 8 135 8 605 Amérique latine 6,6 2,8 12,7 10,4 35 615 19 275 9 745 6 600 Caraïbes 10,6 10,2 15,2 8,0 23 680 11 340 7 205 5 140 Caraïbes francophones 7,1 6,0 11,2 6,2 11 935 7935 2 540 1 455 Caraïbes anglophones 3,6 4,2 4,0 1,8 46 990 14 535 13 590 18 875 Asie 14,0 7,7 21,2 22,8 14 195 3 310 3 010 7 875 Asie méridionale 4,2 1,8 4,7 9,5 20 535 7 635 7 940 4 970 Asie du Sud-Est 6,1 4,1 12,4 6,0 12 255 3 590 2 640 6 025 Asie orientale 3,7 1,9 4,1 7,3 52 520 19 685 13 565 19 265 Maghreb et Moyen-Orient 15,7 10,5 21,1 23,2 11 365 2 435 2 485 6 440 Afrique subsaharienne 3,4 1,3 3,9 7,8
Source : Société d’habitation du Québec (compilation spéciale des recensements de 1996 et 2001 de Statistique Canada, données-échantillon 20 %), tableau 36, calculs et présentation de l’auteur, 2004.
Figure 1 – Région de naissance et période d’immigration du principal soutien du ménage (ensemble du Québec, 2001)
0% 10% 20% 30% 40% 50% 60% 70% 80% 90% 100%
Immigré avant 1981 Immigré entre 1981 et 1990 Immigrant entre 1991 et 2001
Afrique sub-saharienne Maghreb et Moyen-Orient Asie orientale Asie du Sud-Est Asie méridionale Caraïbes anglophones Caraïbes francophones Amérique latine Europe de l'Est Europe du Sud Europe du Nord-Ouest Etats-Unis et Océanie
Source : Société d’habitation du Québec (compilation spéciale des recensements de 1996 et 2001 de Statistique Canada, données-échantillon 20 %), tableau 36, calculs et présentation de l’auteur, 2004.
Encore une fois, il faut être prudent dans l’interprétation de la figure 1. Ainsi, si elle indique bien une diversification du mouvement migratoire à destination du Québec au cours des dernières décennies, rappelons qu’entre 1996 et 2001, les deux principales périodes d’observation de ce profil, les variations auront été minimes dans la composition de la population des soutiens de ménage selon le critère de la région de naissance, même si certaines tendances ont pu être masquées par le découpage choisi pour la variable. La catégorie Maghreb et Moyen-Orient, par exemple, rassemble des populations dont la période et les conditions d’immigration peuvent être relativement différentes. Les populations originaires du Moyen-Orient sont arrivées au Québec dès les années 1980, alors que les populations originaires de l’Afrique du Nord sont souvent d’immigration récente. De même, le maintien d’une immigration en provenance de l’Europe du Nord-Ouest est largement dû à une immigration en provenance de la France, où des campagnes d’information sont menées régulièrement pour attirer au Québec de nouveaux
candidats19. Enfin, notons que la diversification du mouvement migratoire à destination du
19. MRCI 2001, Tableaux sur l’immigration au Québec, 1996-2000, Québec, MRCI – Direction de la planification stratégique.
Québec entraîne également une diversification accrue du paysage ethnique de la société québécoise, les immigrants récents appartenant souvent aussi à un groupe ethnique visible.
Il s’agira d’avoir à l’esprit les tendances précédentes lorsque nous nous intéresserons de plus près aux conditions de logement des ménages immigrants. En effet, l’accélération de la diversification du mouvement migratoire à destination du Québec s’est réalisée au moment même où la situation sur le marché du logement se détériorait, avec la diminution des taux de vacance et l’augmentation des écarts entre l’offre et la demande, en particulier sur le marché locatif privé.
3. Origine ethnique20 et langue maternelle
Une des multiples conséquences de l’immigration peut être la diversité ethnique de la population qui partage un espace national en commun. Comme en témoigne la diversité accrue des régions de naissance des soutiens de ménage immigrant, la population québécoise pourrait connaître à terme le même type d’évolution, avec une diversification accentuée de ses composantes ethniques et une augmentation des groupes minoritaires.
Cependant, la mesure de l’origine ethnique d’un individu est un processus délicat et soulève de nombreuses questions, tant pratiques que politiques. Ainsi, si, au Canada, des données sur les origines ethniques ou raciales ont été recueillies lors de tous les recensements, à une exception près, depuis la Confédération en 1867, il n’en reste pas moins que les méthodes de mesure ont varié, la formulation de la question et les indications fournies pour y répondre évoluant au fil des activités successives de recensement. De plus, les réponses fournies à la question peuvent être entachées par des biais personnels et contextuels. Ainsi, une personne qui estime qu’elle-même ou sa famille est installée de longue date au Canada pourrait être plus facilement tentée de déclarer « Canada » aux questions sur l’origine ethnique. De même, le contexte social dans lequel se déroule le recensement peut influer sur la réponse donnée à la question. Enfin, l’usage social de la catégorie liée aux luttes contre le racisme et la discrimination oriente en partie la manière dont la question est posée et les regroupements catégoriels effectués lors du codage. Tous ces éléments imposent la plus grande prudence dans l’interprétation de la variable origine ethnique telle qu’elle est définie par Statistique Canada et reprise par la Société d’habitation du Québec.
20. Le terme origine ethnique renvoie ici explicitement à la catégorie de recensement définie par Statistique Canada et reprise par la SHQ pour ses tableaux spéciaux. Cette catégorie découle de la combinaison des réponses fournies par le répondant à plusieurs questions du recensement (les questions 17, 18 et 19 du questionnaire 2B). Il ne fait donc pas référence au concept d’ethnicité dont les définitions possibles sont certainement multiples et recouvrent des réalités sociales, politiques et culturelles plus larges. Dans les tableaux, nous nous permettons cependant d’utiliser ce dernier terme à la seule fin d’en alléger les libellés et sans lui donner aucune signification sociologique ou anthropologique particulière. En d’autres mots, il y remplace simplement la locution origine ethnique.
En 1996 et 2001, Statistique Canada a utilisé un format identique pour la question sur l’origine
ethnique21. Cependant, en 2001, les réponses suggérées par le questionnaire ont été
présentées selon leur fréquence comme réponse unique au recensement de 1996, et la question a pris la forme d’une interrogation ouverte permettant les réponses multiples, le répondant devant remplir quatre cases afin d’indiquer son origine ethnique. C’est également en 1996 que la mention « Canada » est apparue dans la liste des exemples. L’insertion de cette mention a eu comme principale conséquence de contribuer à l’augmentation de la proportion de cette catégorie parmi les réponses. Elle passe ainsi de 0,5 % des réponses en 1986 à 3,8 % en 1991, puis 30,9 % en 1996 et 39 % en 2001. Il apparaît alors que les groupes installés depuis longtemps au Canada ont davantage tendance à indiquer cette réponse. Il devient dès lors difficile de distinguer, en particulier au Québec, les Canadiens de souche française de ceux de
souche britannique22.
Une autre catégorie qui a connu une évolution au fil des recensements est celle qui cherche à saisir l’origine ethnique « noire ». Avant 1986, celle-ci ne figurait pas sur le questionnaire, mais les répondants pouvaient toutefois l’inscrire dans la case pour les réponses écrites. Par contre, en 1991, à la lumière des recommandations du Comité spécial sur la participation des minorités visibles à la société canadienne formulée dans le rapport L’égalité ça presse ! et de la Commission d’enquête sur l’égalité en matière d’emploi, la réponse à cocher « Noir » a été ajoutée au questionnaire de 1986 et reprise dans celui de 1991. Cependant, certains répondants se sont opposés à la mention « Noir » comme groupe ethnique sur le questionnaire de 1991. En 1996, le groupe « Noir » a été remplacé par une série d’origines plus précises : « Haïtien », « Jamaïquain » et « Somalien ». Elles ont été reprises dans les exemples suggérés à la question ouverte sur les origines ethniques.
Une autre voie pour prendre la mesure de la diversité ethnique et culturelle est de considérer l’emploi des langues, le multilinguisme pouvant être retenu comme un indicateur du caractère multiculturel et cosmopolite d’une société. Cependant, comme dans le cas de l’origine ethnique, une relative prudence s’impose par rapport aux opérations de mesure. Ainsi, dans les lignes qui suivent, il sera fait référence à la catégorie de la langue maternelle, soit la première langue
apprise à la maison dans l’enfance et encore comprise au moment du recensement23. Elle ne
fournit donc pas d’indication sur l’ensemble des langues parlées par un individu.
21. Pour la mesure de l’origine ethnique par Statistique Canada, voir : Statistique Canada, Guide de l’utilisateur du
recensement de 2001 – Origine ethnique, no au catalogue 92-403-GIF.
22. Paul Forest, Tableaux croisés spéciaux du Recensement de 1996. Description et mode d’accès, Montréal, SHQ, 1998.
Tableau 4 – Origine ethnique et langue maternelle du principal soutien du ménage (ensemble du Québec, 1996) Français ou français et autres langues Anglais ou anglais et autres langues à l'exception du français Autres langues à l'exception du français et de l'anglais Total 33 750 25 330 92 130 151 210 22,3 16,8 60,9 100,0
Ethnicité visible et autochtone
1,5 10,7 38,1 5,4 13 760 13 440 15 980 43 180 31,9 31,1 37,0 100,0 Ethnicité noire 0,6 5,7 6,6 1,5 9 200 9 900 73 825 92 920 9,9 10,7 79,5 100,0
Autre ethnicité visible
0,4 4,2 30,6 3,3 10 790 1 995 2 330 15 110 71,4 13,2 15,4 100,0 Autochtone 0,5 0,8 1,0 0,5 2 273 885 211 765 149 410 2 635 055 86,3 8,0 5,7 100,0
Ethnicité non visible et non autochtone
98,5 89,3 61,9 94,6
2 307 630 237 095 241 540 278 6265
82,8 8,5 8,7 100,0
Total
100,0 100,0 100,0 100,0
Source : Société d’habitation du Québec (compilation spéciale du recensement de 2001 de Statistique Canada, données-échantillon 20 %), tableau 20, calculs et présentation de l’auteur, 2004.
Tableau 5 – Origine ethnique et langue maternelle du principal soutien du ménage (ensemble du Québec, 2001) Français ou français et autres langues Anglais ou anglais et autres langues à l'exception du français Autres langues à l'exception du français et de l'anglais Total 38 440 26 225 110 755 175 420 21,9 14,9 63,1 100,0
Ethnicité visible et autochtone
1,6 11,5 41,1 6,0 16 195 13 525 20 865 50 590 32,0 26,7 41,2 100,0 Ethnicité noire 0,7 5,9 7,7 1,7 9 665 10 595 87 410 107 670 9,0 9,8 81,2 100,0
Autre ethnicité visible
0,4 4,6 32,4 3,7 12 575 2 100 2 480 17 160 73,3 12,2 14,5 100,0 Autochtone 0,5 0,9 0,9 0,6 2 407 775 202 610 158 655 2 769 045 87,0 7,3 5,7 100,0 Autre 98,4 88,5 58,9 94,0 2 446 220 228 835 269 410 2 944 465 83,1 7,8 9,1 100,0 Total 100,0 100,0 100,0 100,0
Source : Société d’habitation du Québec (compilation spéciale du recensement de 2001 de Statistique Canada, Données-échantillon 20 %), tableau 20, calculs et présentation de l’auteur, 2004.
Les catégories se rapportant à des origines ethniques visibles représentent une faible proportion des soutiens de ménage, mais cette proportion est vraisemblablement sous-estimée étant donné la reprise de la catégorie « Canada » et les débats qui ont entouré la mention « Noir » dans le questionnaire du recensement. La proportion n’évolue pas significativement entre 1996 et 2001. Elle paraît s’être fixée autour de 6 %.
La catégorie de la langue maternelle ne connaît pas non plus d’évolution significative durant la période. Pour la population totale, environ 80 % des soutiens de ménages ont le français ou celui-ci et une autre langue comme langue maternelle. En revanche, ce pourcentage est plus faible parmi les origines ethniques visibles (22 %) et les profils de l’« origine ethnique noire » et des « autres origines ethniques » diffèrent également. Mais si, parmi le groupe des « Noirs », près de 60 % des soutiens de ménages ont pour langue maternelle une des deux langues officielles, il n’en va pas de même pour les « autres origines ethniques visibles » où 80 % des soutiens de ménage déclarent comme langue maternelle une langue non officielle. Ce dernier résultat indique sans doute la diversification accrue de l’immigration au Québec, en particulier en provenance de l’Asie et de l’Afrique subsaharienne ainsi que de l’Amérique latine.
4. La répartition territoriale des ménages immigrants
4.1. La répartition dans les régions administratives (RA) du Québec
La concentration des populations immigrantes dans les grands centres urbains est un phénomène international. Au Québec, ce constat se traduit par la forte concentration de l’immigration dans la région métropolitaine de Montréal, laquelle est constituée par l’île de Montréal (RA de Montréal), la Rive-Nord (dont la RA de Laval) et la Rive-Sud (dont une partie de la RA de la Montérégie). Le tableau 6 indique clairement que la concentration des ménages immigrants se fait surtout sur l’île de Montréal. Si 27 % des ménages du Québec se retrouvent dans la RA de Montréal, la proportion s’élève à 71 % pour les ménages immigrants, loin devant les autres régions du Québec. Il faut également souligner que cette concentration s’accentue lorsque l’on considère les immigrants récents, dont 80 % des ménages résident sur l’île de Montréal.
Tableau 6 – Répartition des ménages immigrants entre les régions administratives du Québec (2001)
Région administrative Total Natif Immigrant Avant 1981 Entre 1981 et 1990 Entre 1991 et 1995 Après 1995 2 928 465 2 592 830 335 630 188 505 64 205 42 115 40810 Ensemble du Québec 100,0 100,0 100,0 100,0 100,0 100,0 100,0 57 650 56 935 720 500 120 –* -Abitibi-Témiscamingue 2,0 2,2 0,2 0,3 0,2 – -80 250 79 785 460 300 105 – -Bas-Saint-Laurent 2,7 3,1 0,1 0,2 0,2 – -276 680 268 570 8 110 4 045 1 570 945 1550 Capitale-Nationale 9,4 10,4 2,4 2,1 2,4 2,2 3,8 85 120 83 650 1 470 900 310 135 125 Centre-du-Québec 2,9 3,2 0,4 0,5 0,5 0,3 0,3 146 735 145 315 1 425 965 225 115 120 Chaudière-Appalaches 5,0 5,6 0,4 0,5 0,4 0,3 0,3 35 800 35 455 345 280 – – -Côte-Nord 1,2 1,4 0,1 0,1 – – -117 710 113 310 4 400 2 555 685 530 630 Estrie 4,0 4,4 1,3 1,4 1,1 1,3 1,5 37 485 37 340 150 120 – – -Gaspésie–Îles-de- la-Madeleine 1,3 1,4 0,0 0,1 – – -145 400 141 465 3 935 2 965 570 250 150 Lanaudière 5,0 5,5 1,2 1,6 0,9 0,6 0,4 179 505 172 245 7 260 5 340 925 530 460 Laurentides 6,1 6,6 2,2 2,8 1,4 1,3 1,1 132 210 108 160 24 045 15 985 4 975 2 140 950 Laval 4,5 4,2 7,2 8,5 7,7 5,1 2,3 108 765 107 330 1 435 1 020 190 115 115 Mauricie 3,7 4,1 0,4 0,5 0,3 0,3 0,3 494 580 460 215 34 365 23 240 5 875 3 105 2155 Montérégie 16,9 17,7 10,2 12,3 9,2 7,4 5,3 788 450 549 715 238 735 125 630 46 790 32 950 33360 Montréal 26,9 21,2 71,1 66,6 72,9 78,2 81,7 8 555 8 445 110 – – – -Nord-du-Québec 0,3 0,3 0,0 – – – -125 840 117 800 8 040 4 180 1 715 1 155 995 Outaouais 4,3 4,5 2,4 2,2 2,7 2,7 2,4 107 735 107 115 620 390 – – 105 Saguenay–Lac-Saint-Jean 3,7 4,1 0,2 0,2 – – 0,3
* Effectifs trop faibles pour garantir la qualité des données.
Source : Société d’habitation du Québec (compilation spéciale du recensement de 2001 de Statistique Canada, données-échantillon 20 %), tableau 36, calculs et présentation de l’auteur, 2004.
Une autre manière de représenter la concentration de la population immigrante dans la région métropolitaine de l’île de Montréal, et en particulier sur l’île de Montréal, est de le faire au moyen d’une carte – cartogramme 1. Cependant, la taille des populations immigrantes selon les régions administratives se répartissant sur une échelle très étendue allant de la Gaspésie–Îles-de-la-Madeleine (150 soutiens de ménage immigrants) à Montréal (238 735 soutiens de ménage immigrants), il est dès lors difficile de représenter cette distribution à l’aide d’une carte classique. C’est pour cette raison que nous la reprenons ici sous la forme d’un cartogramme, forme de représentation qui allie deux caractéristiques : la première est qu’elle respecte la taille des populations qu’elle représente – ici traduite au travers d’une surface –, la seconde est qu’elle schématise la structure spatiale des objets qu’elle représente. Nous avons ainsi repris sous la forme de carrés les populations immigrantes pour chaque région administrative et disposé ceux-ci selon leur position relative dans l’espace du Québec. Le cartogramme s’interprète alors en tenant compte de la taille relative de chaque carré – proportionnelle à la population qu’il représente – et de sa position dans l’espace. Il s’agit d’être attentif au fait que, si le carré
représentant Montréal en englobe d’autres, c’est uniquement l’effet de la forme de
représentation retenue. Une fois cette remarque faite, l’interprétation du cartogramme ne pose pas de problème particulier ; il exprime clairement la concentration importante des ménages immigrants dans la région de Montréal, et leur faible présence dans les autres régions du Québec, surtout lorsqu’elles paraissent éloignées des centres urbains et métropolitains.
Si les ménages immigrants se répartissent inégalement entre les régions du Québec, ils n’y représentent pas non plus la même proportion de la population totale des ménages. C’est ce qu’indique la figure 2 qui suit le cartogramme. Si, pour l’ensemble du Québec, ils représentent 11 % de la population totale, les ménages immigrants représentent 3 ménages sur 10 sur l’île de Montréal, près de 2 sur 10 à Laval, et le chiffre chute ensuite sous l’unité pour les RA de la Montérégie et de l’Outaouais.
Cartogramme 1 – Répartition des ménages immigrants dans les régions administratives du Québec en 2001 Montérégie Laval Capitale-Nationale Outaouais Laurentides Estrie Lanaudière Centre- du-Québec Mauricie Chaudière-Appalaches Abitibi-Témiscamingue Saguenay– Lac-Saint-Jean Bas-Saint-Laurent Côte-Nord Nord-du-Québec Gaspésie–Îles-de-la-Madeleine
Source : Société d’habitation du Québec (compilation spéciale du recensement de 2001 de Statistique Canada, données-échantillon 20 %), tableau 36, calculs et présentation de l’auteur, 2004.
Figure 2 – Proportion des ménages immigrants par région administrative du Québec (2001) 0% 10% 20% 30% 40% 50% 60% 70% 80% 90% 100% RA Gapésie–îles-de-la-Madeleine RA Bas-St-Laurent RA Saguenay–Lac-St-Jean RA Chaudière-Appalaches RA Côte-Nord RA Abitibi-Témiscamingue RA Mauricie RA Nord-du-Québec RA Centre-du-Québec RA Lanaudière RA Capitale-Nationale RA Estrie RA Laurentides RA Outaouais RA Montérégie Ensemble du Québec RA Laval (région administrative) RA Montréal (région administrative)
Immigrant Total
Source : Société d’habitation du Québec (compilation spéciale du recensement de 2001 de Statistique Canada, données-échantillon 20 %), tableau 36, calculs et présentation de l’auteur, 2004.
La région métropolitaine de Montréal (RMR de Montréal) concentre donc une large proportion des ménages immigrants, et cela depuis de nombreuses décennies. Ils y trouvent un lieu d’installation plus favorable, avec un large parc immobilier locatif, des possibilités d’emploi nombreuses et diversifiées, ainsi qu’un espace public pluriel dans lequel ils peuvent mieux se reconnaître. Le résultat le plus manifeste de ces phénomènes est sans conteste la forte concentration des ménages immigrants dans les milieux urbains et à Montréal en particulier. Il s’agit d’accorder à cet espace une attention particulière, parce qu’il rend possible l’analyse d’un ensemble de dynamiques résidentielles et migratoires inobservables dans les autres régions, le
nombre des ménages immigrants y étant trop faible pour assurer la qualité des données24. Cette
remarque ne signifie pas qu’il n’y a aucune immigration en région, mais elle reste statistiquement marginale et, si l’on veut l’étudier de manière sérieuse, il s’agit d’avoir recours à d’autres sources et d’autres méthodes que celles qui sont proposées par le recensement.
24. Statistique Canada, Dictionnaire du recensement de 2001 – Annexe B. Qualité des données, échantillonnage et