LA PHYSIQUE PEUT-ELLE CONTRIBUER À L'ÉDUCATION
AUX RISQUES ? OUI, MAIS COMMENT…?
Marie-Louise ZIMMERMANN-ASTA*, Lydia RASCANU**
*École Jean Piaget / L.D.E.S., Université de Genève, **Collège Bois-Caran, Genève
MOTS-CLÉS : RISQUE INDIVIDUEL - CONCEPTIONS – ÉVALUATION DES RISQUES
RÉSUMÉ : Les dangers existent partout, à l'école, au laboratoire, à la maison, etc. Être informé des risques possibles, peut permettre de les diminuer. Comprendre les risques peut amener aussi une diminution des accidents. Comment enseigner pour faire prendre conscience des risques ?
SUMMARY : Dangers exist everywhere, at school, in the laboratory, at home, etc. Being informed of potential risks can reduce their occurence. Understanding the risks can also lead to a reduction in number of accidents. How can we teach to raise awareness of risk ?
1. INTRODUCTION
De nombreux journaux de consommateurs dénoncent le grand nombre d'accidents. Ils mettent en lumière les erreurs commises par les accidentés. Chaque fois, on a l'impression que l'erreur humaine, le manque de connaissances, l'inattention, le non-respect des règles de sécurité sont les principales causes d'accidents. L'école a donc globalement un rôle à jouer dans la prévention des accidents. Mais on peut penser que la physique, plus particulièrement, peut contribuer à une éducation aux risques. Dans le cadre de cet atelier, nous avons présenté et discuté deux exemples montrant la prise en compte des dangers dans le cadre d'un enseignement en physique. L'un concerne : l'étude des dangers dans le cas de APA (Apprentissage Par l'Autonomie) présentée par Marie-Louise Zimmermann-Asta, l'autre est une étude des conceptions sur les dangers menée par Lydia Rascanu et intitulée : Enquête sur la sécurité.
2. ÉTUDE DES DANGERS EN APA
2.1 Caractéristiques d'APA
Autonomie, responsabilité pédagogique de l'apprenant caractérise APA (Apprentissage Par l'Autonomie), crée en 1981 à l'École Jean Piaget à Genève, pour des élèves de 16 à 19 ans (Zimmermann, 1996).
2.2 Comment aborder l'étude des dangers ?
Dans le cadre de la première année, pour des élèves âgés de 16 ans, avant le début des deux thèmes principaux, une séance est consacrée à travailler sur les dangers. Au début de la partie chimique du cours de sciences expérimentales, on présente aux élèves des documents libellés : "attention dangers". Des situations dangereuses ont été représentées. Chaque élève doit les repérer et les classer en fonction du degré de gravité qu'il attribue aux situations dangereuses. Après cette étape, un débat dans le cadre de la mise en commun est engagé afin de définir ce qui est considéré comme dangereux par tous.
Ensuite, chaque élève reçoit un questionnaire concernant la sécurité au laboratoire et à la maison.
Quelles précautions doit-on prendre pour utiliser les produits toxiques, les ranger, etc ? Quelles sont les classes de toxicité ? Grâce à son expérience, mais aussi aux documents de la bibliothèque et
aux informations affichées, chacun peut répondre à ce questionnaire. Le débat entre élèves va permettre aux apprenants de confronter leur vécu, leurs expériences et d'aboutir à un consensus. Les
élèves affirment qu'ils sont responsables des manipulations qu'ils font, pour peu que les informations figurent sur les bouteilles ou les appareils et que les consignes d'utilisation soient indiquées lorsque c'est nécessaire. L'enseignant est considéré comme responsable de l'organisation de la salle, du stockage des produits et des informations nécessaires à donner aux élèves. Les situations dangereuses en cuisine (manche de la casserole qui dépasse, par exemple) sont évoquées, débattues. Les règles de sécurité dans le cadre du laboratoire sont établies en commun. Elles ont ainsi plus de chance d'être respectées. Ceux qui passeraient outre sont rappelés à l'ordre par leurs pairs.
Par la suite, des tests de réflexion sont proposés aux apprenants. Il s'agit d'identifier les erreurs commises et de donner des conseils.
Avant d'aborder l'électricité, chacun est confronté à la question : « Peut-on mourir électrocuté ? » Des documents permettent de vérifier ce que signifie « électrocution », car beaucoup d'élèves estiment « s'être électrocutés » en manipulant des appareils électriques ! De nouveau, un questionnaire va les interroger sur les risques liés à l'électricité. Vécu personnel, documents, articles de journaux, tout ceci les aidera à répondre. Un débat animé suivra cette recherche. Les élèves auront tous compris qu'on ne manipule pas directement sur le secteur, sauf par l'intermédiaire d'un transformateur. Les attitudes dangereuses à la maison seront identifiées : ne pas débrancher les appareils avant de les réparer, ne pas enlever les fusibles, etc. Des tests de réflexion permettront de vérifier la prise en considération des dangers par l'élève.
En deuxième année, il n'y a plus de séquences consacrées aux dangers. Cependant, chaque fois que cela est possible, à l'intérieur du thème traité (ici l'équilibre), l'enseignant propose des situations à risques comme celle qui suit :
Il demande de répondre à la question : « Que dit le personnage à gauche au chauffeur qui charge la
En troisième année, lors de l'étude des thèmes : vitesse, accélération, mouvement, énergie, l'enseignant va poser les questions suivantes : « Faut-il porter la ceinture de sécurité ? Pourquoi ?
Quelles sont les distances théoriques d'arrêt en fonction de la vitesse du conducteur ? Que peut-on en conclure ? ». Des documents extraits de J'achète mieux, journal édité par la Fédération des
Consommateurs suisses, du bureau de prévention des accidents « BPA », permettent de confronter le jugement personnel de l'apprenant à d'autres avis. Au cours de la mise en commun, le débat est souvent animé.
2.3 Bilan
Concernant des sujets aussi proches de la vie de tous les jours, on observe un grand dynamisme de la part des apprenants, aussi bien au niveau de la recherche que lors de la bataille d'idées. Nous pensons que la compréhension physique joue un rôle dans la prise de conscience des risques. On peut même espérer une modification du comportement de certains apprenants. En effet, certains élèves affirment avoir demandé à leurs parents de modifier le lieu de rangement des produits toxiques ou de ne pas utiliser de bouteilles alimentaires pour mettre de la Javel car cela pouvait porter préjudice à leur petit frère.
3. ENQUETE SUR LA SÉCURITÉ
3.1 Enquête
Cette enquête a été menée par Lydia Rascanu avec environ 50 élèves (par groupe de 12) du Cycle d'Orientation genevois, moyenne d'âge : 13 à 14 ans. Les élèves devaient d'abord répondre à la question : "Qu'est-ce que pour toi la sécurité ?" (Fais un dessin qui illustre ton opinion ; explique ton dessin au verso). Puis, les mêmes élèves répondaient à quatre questions :
1. Quels sont les dangers que tu rencontres dans la vie courante (à la maison, sur la route, en
ville, à l'école, etc.) ?
2. Quelles sont les règles de sécurité que tu dois respecter pour te protéger du danger ? 3. Dans quelle situation penses-tu avoir un comportement dangereux ?
4. Peut-on supprimer tous les dangers ?
3.2 Résultats de l’enquête sur la sécurité
- On constate que beaucoup de dessins font appel à la sécurité routière. Est-ce parce que les élèves ont eu régulièrement des campagnes d'information sur ce sujet ?
La sécurité est aussi fréquemment liée à la responsabilité des adultes (parents, police, autres adultes) qui sont là pour protéger les enfants. Lorsqu'ils sont plus âgés, les élèves parlent plus de leur responsabilité personnelle.
- Les réponses aux questions :
1. Qui est responsable de notre sécurité ?
⇒ à l’école
- les professeurs, seuls adultes responsables de l’école ; - le directeur, parce que c’est lui qui interdit les bagarres ;
- les profs et le directeur, car nous sommes sous leur surveillance ; - les doyens si on se fait racketter ;
- nous-mêmes (3), car nous devons nous conduire correctement ; - mes parents et moi ;
- moi (2).
⇒ à la maison
- nos parents ou représentant légal, car ce sont eux qui nous disent de faire - attention ;
- nos frères et sœurs ;
- nous (5), car nous devons bien nous comporter ; - le directeur, parce que c’est lui qui interdit les bagarres.
2. Quels sont les dangers que tu rencontres dans la vie courante (à la maison, sur la route, en ville, à l’école, etc.) ?
- à l’école : les viols, bagarres, agressions, gymnastique (blessures), intoxications, brûlures, électrocutions, explosions en labo de physique, cigarettes ou autres drogues (3), profs (1), rapports sexuels (1).
- à la maison : chutes (escaliers, fenêtres), électrocutions, empoisonnements (produits ménagers), brûlures (eau, feu), explosions, cigarettes ou autres drogues, alcool.
- à l’extérieur : viols, kidnappings, meurtres, attaques (à main armée, couteaux), traversée de rues, vitesse, cigarettes, drogues, dangers produits par la nature (foudre, tremblements de terre).
3. Quelles sont les règles de sécurité que tu dois respecter pour te protéger du danger ? - ne pas conduire avant 18 ans, sans permis ;
- porter un casque en vélomoteur ; - ne pas faire de l’auto-stop ; - respecter les autres ;
- ne pas sortir tard le soir et passer dans des quartiers peu éclairés et mal fréquentés ; - ne pas fumer ;
- ne pas se droguer ;
- connaître les numéros de la police, des pompiers et de l’ambulance (utilité d’un tél. mobile) ; - rester calme ;
- ne pas jouer avec le feu ou tout produit de labo pouvant présenter un danger ; - se vacciner ;
- faire des actes irresponsables (rapport sexuel sans préservatif).
4. Dans quelle situation penses-tu avoir un comportement dangereux ? - quand je grille un feu rouge ;
- quand je roule sans casque ;
- quand je cours sur la route, dans les escaliers ;
- quand je laisse le robinet du gaz ouvert ; - quand je fume (4) ;
- quand je touche une prise électrique ; - quand je me penche à la fenêtre.
4. Peut-on supprimer tout danger ? Pourquoi ? - non car le risque zéro n’existe pas ;
- non, car ce n’est pas à cause de nous, Dieu veut que cela soit comme ça ;
- non, car il n’est pas possible de tout prévoir, beaucoup de personnes sont imprudentes ; - non, mais je peux conseiller d’avoir un garde ;
- mes parents et moi, car j’ai un minimum de responsabilité ; - oui (4), au paradis.
Après cette enquête, un débat animé a eu lieu où chacun a pu exprimer son point de vue et le confronter à celui de ses pairs.
3.3 Bilan de l'enquête
Nous pensons que, grâce à cette enquête, les élèves ont pris conscience des dangers. Ils ont pu en débattre et, ainsi, nous pensons qu'ils se sentiront plus concernés.
4. CONCLUSION
Au travers des disciplines enseignées, l'école a un rôle éducatif à jouer. C'est grâce à l'éducation que les accidents domestiques, les accidents routiers diminueront. La prise de conscience des risques encourus et la compréhension des conséquences possibles sont des éléments qui aident les jeunes à devenir plus responsables.
BIBLIOGRAPHIE
ZIMMERMANN-ASTA M.-L., Sur les chemins de l'apprendre : Genève, Ed. du CEFRA,1996. Documents extraits de : J'achète mieux, La Fédération des Consommateurs , CH -1200 Lausanne. Documents édités par le bureau suisse de la prévention des accidents, BPA, Laupenstrasse 11, CH-3001 Berne.