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Le développement aux îles Salomon : des éléments de prospective

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Academic year: 2021

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LE DÉVELOPPEMENT AUX ILES SALOMON: DES ÉLÉMENTS DE PROSPECTIVE

Mémoire présenté

à la Faculté des études supérieures de l’Université Laval

pour l’obtention

du grade de maître ès arts (M.A.)

Département d’anthropologie FACULTÉ DES LETTRES

UNIVERSITÉ LAVAL

avril 1996

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Ce m ém oire porte principalement sur une perspective de développem ent chez les pêcheurs lau des Iles Salomon. L’industrialisation de la pêche pourrait-elle s ’effectuer en tenant m ieux compte des systèmes sociaux des Lau, basés sur une structure clanique ? Par des élém ents de prospective nous exprim ons une propo­ sition exploratoire selon laquelle, comme voie de développement, la formule des coopératives pourrait être m ieux adaptée à la société lau.

Jacqueline Riendeau Étudiante

Pierre Maranda

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Pour avoir consenti à me faire lire une copie de ses nombreux travaux menés sur les Lau et avoir voulu commenter soigneusement ce mémoire, je souhaite manifester ma gratitude à mon principal informateur et directeur de recherche, le professeur Pierre Maranda et le remercie de sa générosité intellectuelle. J’aimerais aussi exprimer ma reconnaissance au professeur Yvan Breton qui a apporté une contribution particulière à ce mémoire par ses précieux conseils et échanges oraux et écrits.

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TABLE DES MATIERES

Page

RÉSUMÉ ... i

REMERCIEMENTS ...ij TABLE DES MATIERES ... Hi INTRODUCTION: LE DÉVELOPPEMENT EN QUESTION I OBJECTIF DE RECHERCHE ...1

II PLAN DE TRAVAIL ... 2

CHAPITRE I CONSIDÉRATIONS THÉORIQUES 1.1 Anthropologie et développem ent... 5

1.1.1 Le développement/sous-développement ...5

1.1.2 Coutumes/civilisation ... 7

1.1.3 De la pêche traditionnelle à la pêche in d u strielle... 8

1.2 Pour un meilleur développement · le modèle des coopératives?... 11

1.2.1 Le modèle économique ...

11

1.2.2 Le modèle social ... 12

1.2.3 Le modèle c u lt u r e l... 12

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CHAPITRE II LA PÊCHE À L’INTÉRIEUR D’UNE ÉCONOMIE-MONDE

2.1 Le secteur halieutique ... 23

2.1.1 Délimitation des territoires de p ê c h e ... 25

2.1.2 Évolution de la pêche ... 26

2.2 Géopolitique des pêcheries dans les îles du P acifiq u e... 27

2.2.1 La politique écologique des pêcheries dans le P a c ifiq u e ... 28

2.2.2 Types de pêche ... 28

2.2.3 Méthodes de c a p tu r e ... 30

2.2.4 Protection des ressources m arin es... 31

CHAPITRE III UNE SOCIÉTÉ POST-COLONIALE EN TRANSITION: Les Des Salomon 3.1 Un archipel au sud-ouest du P acifiq u e... 34

3.1.1 Hommes de la mer ־ Ngwane ’1’ ASI / Hommes de la terre ־ Ngwane ’1’ T O L O ... 37

3.2 Les Des Salomon: son histoire c o lo n ia le ... 42

3.3 Le développement aux Des Salomon ou l’émergence d’un nouvel É tat-N ation ... 43

3.3.1 L’État-Nation ... 44

3.3.2 Une expansion économique dynamique: agriculture vivrière: pêche, coprah et revenus m onétaires... 44

3.4 Le développement n a tio n a l... 45

3.4.1 Le développement national via les p ê ch eries...47

3.4.2 L’industrie de la pêche aux Des S a lo m o n ... 49

CHAPITRE IV ORGANISATION DE LA SOCIÉTÉ LAU TRADITIONNELLE ET SON INSERTION DANS LES MODÈLES DE DÉVELOPPEMENT 4.1 La tradition ... 52

4.2 Structure p o litiq u e ... 54

4.2.1 Le g r a n d -c h e f... 54

4.2.2 Grand-Prêtre ... 56

4.2.3 Le chef de g u e r r e ... 58

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4.3 Le système des c l a s s e s ... 59

4.3.1 Les a r isto c r a te s... 59

4.3.2 Les p léb éien s... 59

4.4 Les é c h a n g e s... 60

4.5 La pêche traditionnelle: l’exemple des pêcheurs Lau (nord-Malaita) . . . 61

4.5.1 Division sexuelle du t r a v a il... 64

4.5.2 Les marchés ... 65

4.6 L’élargissement de la commercialisation par les coopératives... 67

4.6.1 La dimension techno-économ ique... 68

4.6.2 La dimension s o c ia le ... 71

4.7 Rapports entre structure clanique et structure des coopératives... 73

C O N C L U SIO N ... 79 BIBLIOG RAPHIE... 81 CARTE n° 1 ...35 CARTE n° 2 ...38 CARTE n° 3 ...40 CARTE n° 4 ...41 CARTE n° 5 ...70

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INTRODUCTION

LE DÉVELOPPEMENT EN QUESTION

Cette étude sur le développement aux Des Salomon est plus particulièrement axée sur le secteur de la pêche chez les Lau de Malaita et ce, pour plusieurs raisons. D’abord, peu de recherches ont été effectuées sur les pêcheurs qui se caractérisent par une organisation clanique (Leblic: 1993; Meltzoff: 1983; et Hviding: 1990, 1992); puis, parce que la pêche, activité pratiquée depuis toujours par les Lau, constitue un secteur intéressant pour comprendre le développement dans le cadre du passage d’une pêche traditionnelle à une pêche commerciale.

I OBJECTIF DE RECHERCHE

L’objectif de ce travail est d’explorer la pertinence de la formule des coopératives comme dynamique de développement articulée à la structure clanique de la société lau. Dans le cadre de l’articulation de l’économie traditionnelle à l’économie commerciale chez les Lau, les coopératives seraient-elles mieux adaptées à une société qui se caractérise par une organisation clanique?

Devant l’impossibilité de faire notre "terrain" aux Des Salomon, il nous a fallu restructurer notre pensée à la suite de notre sujet de recherche II. Cette nouvelle orientation présuppose que l’essentiel de notre démonstration repose sur des sources indirectes qui demanderont éventuellement à être vérifiées "sur le terrain".

Pour mener à bien notre recherche, nous aurons donc recours aux travaux menés par différents anthropologues plus spécialement à ceux qui se sont intéressés au phénomène du développement, ainsi qu’aux anthropologues et géographes qui ont concentré leurs

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recherches sur le secteur de la pêche. L’ethnographie des Lau ainsi que les nombreuses entrevues dirigées et semi-dirigées faites avec Pierre Maranda qui a passé plusieurs années chez les Lau, ainsi que la contribution ethnographique de Luc Lafrenière se rapportant à l’histoire coloniale de la société Lau viendront compléter notre thèse. Enfin, les commentaires de certains informateurs lau, tirés du film The Lau of Malaita. s’ajouteront à notre travail.

II PLAN DE TRAVAIL

Ce mémoire est composé de quatre chapitres. Au chapitre premier, il sera question du développement et du sous-développement, mais plus particulièrement des représentations que les sociétés occidentales ont des sociétés autres. La différence qui existe entre notre mode de pensée et celui d’autres cultures se reflète dans le domaine qui nous occupe: la question du développement aux Des Salomon. A l’intérieur de nos sociétés dites "modernes", ce sont les valeurs se référant aux individus qui sont privilégiées alors que dans la société lau, par exemple, c’est l’appartenance à une communauté qui prime.

Compte tenu de l’abondance des recherches entreprises sur le développement et de son corollaire le sous-développement et afin de mieux ancrer notre recherche sur la perti­ nence de la formule des coopératives comme voie de développement, nous retiendrons principalement les travaux des anthropologues M. Mauss (1967), F. Partant 0982), B. Burt (1982), S. K. Meltzoff (1983) et I. Leblic (1993).

En examinant la position de ces anthropologues, nous verrons que la dialectique tradition/modernité apparaît au centre du débat sur le développement et de ses impacts.

Face aux positions adoptées par ces chercheurs(es) sur la question du développement, nous serons amené à nous interroger sur la validité de la formule coopérative comme mécanisme de gestion de la modernité, étant donné que cette formule pourrait prendre pour modèle la structure clanique.

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Cette exploration montre la nécessité de développer une étude sur les coopératives comme modèle de développement. Pour nous éclairer sur le modèle coopératif, nous retiendrons plus particulièrement les travaux de l’économiste F. Perroux (1966), de l’anthropologue C. Kluckhohn (1966) et du socio-anthropologue F. Dumont (1981). Avec les définitions des concepts de croissance, de culture et de communauté d’interprétants fournies par ces auteurs, nous nous demanderons si le modèle coopératif pourrait offrir un mode de développement plus approprié à la société lau qui se caractérise par sa structure clanique. Enfin, les exemples de quelques cas concrets de coopératives ou groupements de pêcheurs nous aideront à dégager les principales caractéristiques de cette forme de développement dans la région du Pacifique. Pour ce faire, nous utiliserons les études faites par I. Leblic sur les coopératives en Nouvelle-Calédonie.

Au chapitre deux, nous soulignerons l’importance de la continuité culturelle dans la pratique d’une activité économique. Pour comprendre les interactions entre pêche tradi­ tionnelle et pêche commerciale, nous utiliserons une approche macro-évolutive laquelle rappellera quelques faits fondamentaux liés aux caractéristiques de l’accumulation du capital dans les pêcheries. Pour ce faire, nous emprunterons principalement aux travaux de l’anthropologue R. Firth (1968) sur le procès de travail halieutique, du géographe B. Nietschmann (1984) et du biologiste R. E. Johannes (1981-1982) relatifs à la géopolitique des pêcheries dans les îles du Pacifique; les données concernant les différents types de pêche seront tirées de Y Atlas des pêches et des ressources marines (1990). Les travaux du biologiste R. E. Johannes (1982), des anthropologues K. Ruddle et T. Akimichi (1984), ainsi que ceux de W. G. Hviding (1990), se rattachant à la protection des ressources marines permettront de connaître les conséquences de la surexploitation de ces ressources dans le Pacifique. Enfin, certaines recherches menées par les anthropologues S. K. Meltzoff (1983), I. Leblic (1993), P. Maranda (1991), P. Maranda et K. Maranda E. (1970), Y. Breton (1994), O. Lofgren (1979), A. Brandt (1972), ainsi que des données statistiques provenant du document The Far East and Australasia viendront compléter cette approche macro-évolutive de la pêche et serviront de point d’ancrage à notre recherche.

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En contextualisant la pêche dans une économie-monde puis en Mélanésie, nous nous rapprocherons de la réalité sociale salomonaise d’aujourd’hui. Ainsi, nous serons à même au chapitre trois de situer son développement à travers l’étude des différents plans étatiques et des organisations sociales dans lesquelles prennent place les divers projets de développement aux Des Salomon. De plus, cette contextualisation nous permettra de faire ressortir certains obstacles auxquels peuvent se heurter les différents projets de développement via les pêcheries aux Des Salomon. En tenant compte des facteurs de transformation, nous verrons, dans un premier temps, comment ces projets sont perçus par les Lau et, enfin, nous serons amenés à constater que parallèlement à ces institutions, la société traditionnelle continue toujours d’exister. Les travaux de S. K. Meltzoff (1983), qui a étudié le développement aux Des Salomon via une multina­ tionale de pêche, seront retenus à cet égard.

L’organisation clanique traditionnelle de la société lau étant une donnée incontournable pour qui s’intéresse à la formule coopérative comme dynamique de développement, nous nous arrêterons donc, au chapitre quatre, sur le mode de fonctionnement de cette société, plus particulièrement sur les statuts sociaux et les rôles qu’ont à jouer les aristocrates.

Enfin, nous préciserons ce que nous entendons par !’"élargissement de la commerciali­ sation" par les coopératives, chez les Lau de la lagune. En examinant les dimensions technoéconomique et sociale, nous verrons comment ceux-ci se distinguent des pêcheurs lau vivant au sud de Malaita (Walande et Fanalei) qui travaillent pour une multinatio­ nale de pêche et de ce fait se sont engagés dans le système salarial. En considérant le cas de ces deux communautés lau, nous nous interrogerons sur la pertinence de la formule des coopératives étant donné que cette formule pourrait s’articuler à la structure clanique. Pour ce faire, nous emprunterons les données ethnographiques du Pr. P. Maranda et de S. K. Meltzoff.

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CONSIDÉRATIONS THÉORIQUES

1.1 Anthropologie et développement

La notion de développement peut être comprise de diverses façons comme un phéno­ mène général, tel le développement des sociétés humaines, ou comme, à son opposé, un phénomène spécifique (processus de développement/sous développement), suite d’un constat et effet d’une politique.

Pour l’anthropologue F. Partant, "le développement ne peut être que la réalisation pro­ gressive d’un double potentiel: d’une part le potentiel que représentent toute collectivité humaine et tous les individus qui la composent, d’autre part, celui que constitue le milieu physique dans lequel se trouve cette société, un milieu qu’elle utilise pour assurer son existence et préparer celle des générations futures" (Partant: 1982 p. 28).

1.1.1 Le développement/le sous-développement

Penser les Des Salomon comme sous-développées serait bien mal connaître leur réalité. Cette idée nous amène à nous interroger sur la notion même de dévelop­ pement/sous-développement. Cette vision que nous qualifierons d’ethnocentrique dénie le droit à toute société d’être "développée", car elle ne conçoit le dévelop­ pement que comme celui produit par les sociétés industrialisées occidentales. Or, comme le note l’anthropologue F. Partant: "Toutes les sociétés humaines sont

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"développées", même celles qui passent pour les plus primitives, puisqu’elles sont toutes le produit d’une évolution de l’espèce". (Partant: 1984; p. 809).

Cette évolution ne poursuivait pas nécessairement le même axe partout et ne procu­ rait pas les mêmes résultats politiques, sociaux, économiques, techniques et cultu­ rels. Mais elle n’en représentait pas moins un "développement". Ces sociétés, produisant "ce qui était nécessaire à la satisfaction de besoins qu’elles définissaient elles-mêmes" - le besoin est un concept largement culturel -, "maîtrisaient les facteurs de leur propre reproduction sociale, donc les conditions d’un développe­ ment véritable" (idem). C’est l’expansion coloniale qui, en venant "modifier radicalement les données de l’évolution de toutes les sociétés" (idem, p. 810), a donné au développement le sens qu’il a aujourd’hui, impliquant obligatoirement une accumulation capitaliste, instaurant par là-même toutes les sociétés autres en pays sous-développés.

Le développement aux □es Salomon ne peut donc être pensé à partir du sous- développement. Une vie économique (lau) existe: c’est celle d’une pêche importante tant au niveau alimentaire que social associée à une paysannerie liée à la culture des tubercules et autres. Les échanges entre produits de la mer et ceux de la terre correspondent aussi au besoin de conserver des relations entre les groupes. Cet ensemble caractérise un mode de production qui n’a pas été étouffé par la colonisa­ tion, même s’il a pu subir quelques transformations. D’où les difficultés maintes fois rencontrées par les services administratifs chargés des questions de développe­ ment lorsqu’ils essaient de lancer de nouvelles activités, si celles-ci entrent en contradiction avec les activités traditionnelles. Car l’économique n’est en fait qu’une des dimensions de la culture, au sens de "fait social total" de M. Mauss et, pour la société lau, le social prime sur l’économique.

En effet, le modèle de la petite production domestique reste dominant et sous-tend toute la vie sociale. S’en dessaisir, alors qu’il a aux yeux des intéressés une rentabi­

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lité alimentaire et sociale certaine, n’est pas envisageable. Est-ce à dire qu’il y a opposition entre tradition et modernité? D n’en est rien. Comme nous le verrons, cette dichotomie est, elle aussi, le résultat de la méconnaissance du fonctionnement de la société lau. Le désir de mettre sur pied des coopératives de pêche (cf. 4.6) renforce l’idée de la non-opposition entre tradition et modernité. Nous nous interro­ gerons plus loin sur la pertinence de la formule des coopératives comme voie de développement chez les Lau afin de dégager les problèmes auxquels peuvent souvent se heurter leur croissance. Mais avant, il est nécessaire de revenir sur la notion de tradition, afin de préciser en quoi elle ne s’oppose pas à la modernité.

1.1.2 Coutumes/civilisation

Ce que certains auteurs nomment tradition, d’autres lui donneront l’appellation de coutume, ou encore, aux Des Salomon, Kastom. Nous retiendrons ici certaines définitions fournies par quelques-uns de ces auteurs. Selon Burt, anthropologue oeuvrant à Malaita, "la coutume réconcilie les origines ancestrales et bibliques des indigènes, valide leurs revendications territoriales, et légitimise leurs hiérarchies politiques post-coloniales construites sur l’ancien système rituel" (Burt: 1982). D’après I. Leblic, "si, généralement, la tradition est conçue comme quelque chose d’immuable, de figé (...) nous pensons qu’elle doit plutôt être vue comme continuité par opposition à la rupture de la modernité" (Leblic: 1993 p. 19).

En accord avec I. Leblic, nous pensons qu’aux Des Salomon la "coutume" pourrait être définie comme l’ensemble du système social salomonais qui, non seulement n’est pas figé, mais est en perpétuelle évolution, adaptation et transformation. S’il peut exister, d’une certaine façon, une opposition entre coutume et civilisation, celle-ci ne doit pas être exclusive.

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Le cas des pêcheurs Lau de Walade et Fanalei1 nous permettra d’évoquer la manière dont cette dichotomie peut s’articuler. Nous verrons comment !’indus­ trialisation (la modernité) influence les systèmes sociaux indigènes. Pour ce faire, il apparaît judicieux d’utiliser la monographie de Sarah Keene Meltzoff rapportant ses recherches menées dans ces deux villages lau situées à Port Adams (Petite Malaita).

1.1.3 De la pêche traditionnelle à la pêche industrielle

Pour Meltzoff, qui a étudié le phénomène du développement aux Des Salomon par le biais d’une multinationale de pêche japonaise, la STL, la "modernité" fait référence à l’industrialisation de la pêche, au travail salarié ou encore à l’accès à la monnaie pour les biens de consommation du marché européen et, enfin, à la migration des jeunes travailleurs vers des lieux de travail salarié (que nous désignerons par la suite par "villages d’émigration").

Pour les Lau, !’industrialisation de la pêche n’implique pas de renier leurs coutumes, de renoncer à leur économie ni à leur politique face à la modernité. Autrement dit, la tradition s’infiltre à travers la modernité même si certains insulaires sont salariés. Les travailleurs oeuvrent dans le village d’émigration comme s’ils oeuvraient à l’intérieur de leur clan.

Toujours selon Meltzoff, les relations économiques et familiales établies dans le village sont transposées en milieu urbain. En retour, l’argent, les habiletés techniques, les valeurs (religion), les intérêts politiques et les aspirations des travailleurs salariés retournent au village. Donc, la dynamique du travail salarié

1 Ces deux villages de pêcheurs lau vivant au sud de Malaita (v. carte no. 4, p. 41) ont encouragé l’insertion des jeunes à la Solomon Taiyo Ltd (STL) à leurs débuts. La Solomon Taiyo Ltd résulte de l’association entre le gouvernement des Iles Salomon avec la plus grande entreprise de pêche à travers le monde, la Taiyo of Tokyo.

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influe sur le jeu entre monde moderne et monde traditionnel. À l’intérieur de ce continuum se trouvent les motivations, les objectifs et les obligations des travailleurs envers l’industrie de la pêche. H semble donc que l’introduction d’une nouvelle forme salariale moderne n’affecte pas nécessairement la façon de vivre traditionnelle.

D apparaît au contraire que de nouvelles relations entre la technologie, l’économie de marché, l’éducation, la religion chrétienne, un gouvernement représentatif d’un côté et le système indigène de l’autre, commencent à émerger. Dans les villages d’émigration, le "monde moderne" se fait sentir avec ses nouvelles routes, ses nouvelles cliniques, ses écoles, l’omniprésence de ses biens manufacturés, ses maisons aux toitures de tôle ondulée et sa médecine occidentale. Après avoir été pendant plusieurs années sous le joug des structures traditionnelles, généralement en ajustant les influences extérieures à des contextes bien spécifiques, ces impacts ont commencé à générer des changements systématiques.

L’exemple qui exprime le mieux ces nouvelles relations est sans doute la migration des jeunes travailleurs. Jusqu’à l’ère de l’indépendance, le travail assidu dans les plantations était semblable à un rite de passage. L’aventure séparait le jeune homme de ses parents pour quelques années à la fin desquelles il retournait dans son village natal prêt à assumer ses responsabilités d’adulte, d’homme marié. Comme pour l’initiation traditionnelle, le jeune homme était éduqué, mais cette fois, aux mystères de la société moderne. L’accumulation de plus d’un siècle d’influences occidentales a altéré toutefois les institutions entourant le travail migratoire éphémère.

En effet, plusieurs changements politiques, économiques et sociaux sont intervenus depuis l’indépendance des Iles Salomon en 1978. Les jeunes de Père de l’indépen­ dance voient dans le travail salarié bien plus qu’un rite de passage avant le mariage. Aussi, le temps est-il venu pour eux de prendre la décision difficile, à

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savoir retourner au village et vivre leur propre vie, ou passer leur vie à travailler à l’extérieur du village comme travailleur salarié. Le témoignage d’un de ces jeunes Lau, Kalabeti, sur la difficulté de vivre à la capitale exprime bien cette difficulté:

" I t’s very expensive. I stayed in Honiara. After five years I told myself it wasn ,t worth staying in Honiara. I resigned from the company and returned to the village. I stay here. It doesn't matter that I don’t see shillings, no? I eat all I want and it’s free. I don’t have to buy it. That’s the main reason why I

returned here1.

Pour résumer leur dilemme culturel, les jeunes travailleurs auront un choix à faire entre les "coutumes" et la "civilisation". La question décisive est de déterminer si les travailleurs feront un travail manuel passager et ensuite retourneront à leur économie de subsistance et aux relations claniques de leur village ou s’ils devront demeurer comme des travailleurs urbains dont la vie s’articule autour d’un salaire, de l’achat de biens manufacturés, et d’un horaire fixe de travail.

En effet, nous serions à même de penser que les hommes volontaires à s’engager pour un travail salarié "dans les règles", au lieu d’obtenir des produits européens (incluant l’argent) et d’acquérir de nouvelles expériences dites "exotiques" du monde européen, tenteraient de résoudre leur dilemme culturel en retournant vivre au village. Ils pourraient voir leurs périodes de service comme; (1) temporaires, sans espoir de formation ou de carrière; (2) comme produisant de très faibles revenus lesquels seraient distribués (quelques haches, vêtements et dollars composent leur butin) à leur retour; (3) pour enfin reprendre un travail en compa­ gnie de parents (épouses, enfants et soeurs sont demeurés au village); et enfin (4) un rite de passage par lequel ils deviennent des hommes.

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La dialectique de la tradition et de la modernité apparaît donc au centre du débat sur le développement et de ses impacts. D’un point de vue anthropologique, le développement de la pêche aux Des Salomon me paraît être un bon exemple pour mener cette étude sur la pertinence de la formule des coopératives comme dyna­ mique de développement. En effet, en proposant d’analyser les phénomènes totaux (à ce titre, les phénomènes économiques sont des phénomènes sociaux), la démarche anthropologique servira de support à notre problématique de recherche à savoir si, comme voie de développement, la formule des coopératives serait mieux adaptée aux Lau que le système commercial capitaliste. En d’autres mots, si le travail salarié constitue une forme de "développement" peu adaptée, la formule "coopéra­ tive" serait-elle meilleure?

2 Pour un meilleur développement - le modèle coopératif?

1.2.1 Le modèle économique

Les nombreux et graves problèmes sociaux qui sont apparus à la suite de l’indus­ trialisation et le "sous-développement" à l’intérieur duquel se sont enlisés bon nombre des pays du Tiers-Monde ont mis en évidence les limites d’un modèle de développement qui n’arrive pas à dépasser la simple croissance économique3. On assiste ici à la réduction de la vision de la vie sociale à des indices de croissance, tels 1) PNB, 2) l’importance de la population active 3) la répartition des secteurs primaire, secondaire, tertiaire, etc. Somme toute, des indices qui se confinent à des niveaux structurels peu révélateurs des vraies dynamiques sociales.

La croissance est définie par F. Perroux (1966) comme "un accroissement durable de la dimension d’une unité économique".

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1.2.2 Le modèle social

»

Le type de développement social préconisé par l’Etat providence s’essouffle depuis quelques années4, si bien qu’on se retrouve encore devant un moyen impuissant à garantir à long terme une visée humaniste. Même si la mise en oeuvre des mesures sociales prenait naissance dans l’expérience humaine et avait pour objectif premier la transformation de l’existence, le confinement à des politiques sociales a endigué l’éclosion d’un développement de portée plus globale. Dans les faits, soulignons que ce genre de développement social n’arrive ni à produire des rapports sociaux vraiment signifiants, ni à élaborer un projet de société, ni à actualiser un changement qui engloberait la vie des individus et de la collectivité. Pour cette raison, il ne peut être qu’un instrument au service d’un projet plus vaste.

1.2.3 Le modèle culturel

Selon F. Dumont (1981), la culture5, en tant qu’interprétation6, offre cette possibilité plus vaste. En effet, la spécificité de l’interprétation vient de ce qu’elle vise non pas l’action comme telle mais l’actualisation du sens. De ce fait, elle fait appel à la délibération et ouvre sur un monde des possibles. Elle empêche l’action de se refermer sur elle-même et facilite l’émergence de communautés d’interprétants, c’est-à-dire un ensemble d’individus qui, par la réflexion et la

4 Voir à ce sujet les travaux de P. Rosanvallon (1981), F. Ewald (1986).

5 La culture est entendue ici dans son sens anthropologique, soit comme l’ensemble des manières de parler, de sentir, de penser et de vivre des individus qui forment une collectivité (Kluckhohn: 1986).

6 Femand Dumont présente la culture comme une anthropologie de l’interprétation. (Nous rappelons ici que l’analyse du "courant personnaliste" fort complexe dans lequel s ’inscrit F. Dumont, déborde l’objectif de cette étude).

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délibération, parviennent à attribuer un sens à des actions partagées et à maîtriser jusqu’à un certain point leurs pratiques sociales.

Ainsi le développement que nous nommons culturel (ou intégral)7 souhaite dépasser les objectifs individuels ou externes aux individus pour rallier des finalités propres à une collectivité. D nous fait entrer dans un domaine qui exige de la créativité et une prise en charge responsable du devenir personnel et collectif. En cela, le "développement culturel" offre la possibilité de répondre aux diverses situations de l’existence humaine et rend possible une certaine harmonie dans la manière de vivre. Pour ces raisons, les finalités propres au développe­ ment culturel peuvent éclairer les autres types de développement8.

Théoriquement, il nous apparaît que le modèle le plus apte à surmonter les limites inhérentes à un développement axé sur la croissance économique ou la mise en oeuvre de politiques sociales soit celui dont l’origine, le centre et les finalités sont la personne en tant que bien intégrée à la collectivité dont elle fait partie.

Comme voie de développement, les coopératives ne seraient-elles pas mieux adaptées aux Lau que le système commercial capitaliste?

Pour répondre à cette question, il semble judicieux d’esquisser les caractéristiques de base de la formule coopérative à partir d’études qui ont été

"L’Anthropologie de !’interprétation nous déporte, par-delà la Cité du savoir, par-delà la Cité politique, vers une communauté possible des interprétants". Ibid., p. 352.

La hiérarchie dans le modèle de développement a été instituée à partir de finalités propres à chacun. Il va sans dire que l’importance accordée au développement dit culturel n’enlève rien à la nécessité d’un développement d’ordre économique ou social, bien au contraire. C ’est d’ailleurs parce que nous croyons que le modèle culturel englobe les deux autres que nous avons fait mention de développement intégral dans ce cas.

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menées dans cette région du Pacifique. Cette démarche se justifie non pas par l’absence d’écrits sur le sujet mais plutôt par leurs caractères épars.

1.3 Le mouvement coopératif dans la région mélanésienne

Tout en tentant de tenir compte de l’organisation sociale, plusieurs formules à base communautaire ont été mises de l’avant pour favoriser les projets de développement en Mélanésie. Les informations que fournit l’ouvrage majeur de Leblic (1993) nous amènent à mieux comprendre les divers types de coopératives ou groupements de pêcheurs9 que l’on cherche à promouvoir en Nouvelle-Calédonie.

Selon Leblic, depuis les années 1950, il y eut des amorces de création de coopératives dans le but d’ancrer les Kanak dans le système économique en place, les tribus n’étant que des cadres artificiels créés par les opérations de cantonnement de la colonisation.

" Néanmoins, la conjoncture politique du moment aidant, une dizaine de coopératives virent le jour en 1958-1959 au sein des collectivités mélanésiennes... Dès le début de l’implantation missionnaire, il y eut des tentatives de coopération rurale. Elles échouèrent toutes les unes après les autres. Pourtant, après la forte secousse due à la Deuxième Guerre mondiale, il s’est avéré néces­ saire de créer les bases d’un solide développement coopératif en milieu rural pour pouvoir donner une consistance aux droits politi­ ques nouvellement acquis par les Mélanésiens. Le principe de la coopération fut ressenti comme le moyen idéal de promotion des autochtones, tant par l’administration que par les nouveaux élus. Ainsi le mouvement coopératif mélanésien naquit-il dans les années 1950 d’une double volonté, élective et administrative". (Doumenge: 1982, p. 335.)

C’est face à l’insuffisance d’un réseau commercial indispensable à un développement harmonieux de la pêche artisanale ainsi qu’aux circuits de distribution totalement inorganisés, voire inexistants, que la Nouvelle-Calédonie tente d’apporter une réponse

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à ces problèmes en mettant sur pied des groupements ou coopératives de pêcheurs. La mise sur pied des premières coopératives de pêche date des années 1970. Depuis, plusieurs vagues de création ont eu lieu, chacune correspondant à un nouvel essai d’inscrire les Kanak dans l’économie capitaliste.

Bien que ce moyen s’avère le seul qui puisse rentabiliser un certain nombre d’équipe­ ments ־ moyens de conservation et de transports - nécessaires aux pêcheurs pour assurer la commercialisation de leur production, cette justification n’est que fragmentaire. D semble utopique en effet de vouloir développer les activités de groupements ou de coopé­ ratives tant qu’il ne sera mis un frein à la concurrence des pêcheurs plaisanciers10 qui vendent leurs captures, afin d’arriver à réduire l’importance de la "vente au noir" des produits de la mer11.

D faut aussi prendre en compte que plus la pêche est bonne, plus le poisson se vend mal. Selon I. Leblic, les raisons sont les suivantes: la carence de ressources financières dans les foyers qui consomment le plus de poissons; le nombre croissant de chômeurs qui se lancent dans l’activité de la pêche; l’augmentation en nombre des coopératives dans les îles; enfin, la diminution de la clientèle touristique.

De même il faut se rappeler qu’une période de gestation d’environ deux ans est néces­ saire aux coopératives avant qu’elles n’entreprennent réellement leurs activités. C’est

10 "La majeure partie des produits de la mer consommés localement est le fait de ce qu’on peut appeler (...) la pêche de plaisance". (États généraux du développement, Nouméa, 20 juin - 1er juillet 1983, commission "Pêche, aquaculture, potentiel maritime" analyse de la situation, p. 72). "Les pêcheurs Kanak qui, dans leur grande majorité ne voient pas l’intérêt de prendre une licence de pêche sont considérés comme des plaisanciers" (p. 277).

11 En 1986, la flottille de bateaux de plaisance immatriculés en Nouvelle-Calédonie compte environ 7 500 unités, soit 31 fois plus que la flottille de navires armés à la pêche professionnelle. De plus, les apports de la pêche autovivrière et plaisancière sont nettement plus volumineux que ceux de la pêche professionnelle. En 1984, l’ORSTOM les a estimés à 2 100 t, contre 1 444 t de poissons, mollusques et crustacés fournis par la pêche côtière artisanale et la pêche industrielle. D ne faut donc pas négliger ses apports dans l’appréciation de la situation actuelle de la pêche en Nouvelle- Calédonie.

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au cours de ces premières années de fonctionnement qu’un contrôle permanent doit être assuré et ce, tant au niveau d’une assistance technique qu’au niveau des actions d’animation et d’encadrement de formation en comptabilité et en gestion. On remarque le manque de formation autant en ce qui a trait à l’entretien et la réparation des bateaux et moteurs que dans l’apprentissage de nouvelles techniques de pêche.

Mais le principal problème auquel se heurtent les coopératives existantes en Nouvelle- Calédonie demeure celui des débouchés. Selon Leblic, il semble que les coopératives qui commercialisent leurs captures sur Nouméa - comme d’ailleurs les pêcheurs individuels - ont à démarcher eux-mêmes les poissonneries, commerces et restaurants pour obtenir des débouchés. Dans le meilleur des cas, des sortes d’accords, servant de caution à l’écoulement des produits, sont conclus entre les pêcheurs et les revendeurs. Mais le plus souvent, les pêcheurs font quasiment du porte-à-porte avec leurs marchandises pour arriver à les vendre et il n’est pas rare qu’une partie de leurs produits ne trouve pas preneur et soit perdue. Ce système suscite donc une perte de temps et un surcroît de fatigue pour les pêcheurs.

Une présentation succincte de certains groupements coopératifs d’avoir une vue d’ensemble sur leur fonctionnement ainsi que de leur niveau d’activités.

Ce n’est réellement qu’à partir de 1982 que les groupements de pêcheurs se multiplient. Cela se manifeste par une politique générale du développement de la pêche artisanale en milieu kanak menée à cette époque au niveau du territoire.

Cas 1:

Oundio-Gatope (extrême-nord).

À sa création, ce groupement de pêcheurs compte vingt-huit membres. Ces pêcheurs d’Oundjo et de Gatope unissent leurs efforts afin de promouvoir les activités de la pêche, la commercialisation et la transformation des produits (poissons, crustacés,

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etc...)· Actuellement, ce groupement fonctionne régulièrement et commercialise ses produits sur Nouméa (de 600 à 1 000 kg par semaine en 1988) grâce au bas prix et au dynamisme du responsable (bénévole). Selon Leblic "(...) parmi la douzaine de groupements actuellement en activité en brousse, le groupement de pêcheurs GAOU (...) est le seul à avoir réussi à maîtriser toutes les étapes de la production à la commercialisation qui se fait à 90% sur Nouméa, et une partie sur Thio et Yaté". (Leblic: 1993, p. 271). Le noyau dur du groupement est formé d’hommes âgés (40-60 ans), les jeunes n’y participant pas12. C’est la volonté et le dynamisme de trois pêcheurs qui, par leur bénévolat, font tourner le groupement. La production est en constante augmentation depuis le démarrage des activités. Les pêches sont réglées en fonction des commandes. Une vingtaine de pêcheurs réguliers commercialisent la production d’environ 160 personnes (environ 50% de la population de la tribu). Un pêcheur régulier fait en moyenne vingt sorties en mer par an pour la pêche aux poissons, avec un rendement moyen de 30 kg par sortie et dix sorties annuelles pour le crabe avec un rendement de 10 kg par sortie. A Oundjo, les femmes représentent près de la moitié de la population active dans la pêche; elles procurent 60% de la production de crabes. Le revenu mensuel moyen d’un pêcheur et de sa famille (une femme et deux enfants) qui pratiquent ensemble la pêche est d’environ 20 000F CFP (soit environ 450 francs) en 1988.

" Le rendement comme le nombre de sorties, bien que très faibles, permettent de commercialiser régulièrement une quantité suffi­ sante de produits de la mer - quantité obtenue en grande partie par la collecte centralisée d’une multitude de productions indivi­ duelles globalement très faibles - pour rentabiliser en l’état actuel (présence de bénévoles) le groupement". (Leblic: 1993, p. 271)

Parallèlement, l’ADAVT (Association pour le développement et l’amélioration de la vie tribale), a été créée en mars 1987. Les raisons qui ont amené la création de l’ADAVT, et les buts que l’association poursuit sont principalement: a) être indépen­

12 Selon le service des pêches, les jeunes ne sont pas intéressés alors que pour René Guiart (1988), ils sont mis à l’écart.

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dante de toutes structures politiques tout en se reconnaissant dans l’indépendance kanak; b) faire aboutir une conception plus proche du milieu du développement, sans être obligé d’accepter des projets véhiculant des valeurs extérieures non adaptées et finalement c) faciliter la recherche de soutiens financiers, humains et techniques afin de promouvoir des projets impulsés par les jeunes. Selon R. Guiart "les jeunes, les garçons en particulier, de la tribu, se heurtent à un double problème d’autonomie économique et de reconnaissance sociale par leur propre tribu". Il faut donc "favoriser l’accès des jeunes à un statut économique, seul vecteur de reconnaissance sociale de la tribu"13. C’est avec l’appui financier et les techniques extérieures venant notamment des ONG, que bon nombre de projets pêche ont été préparés: par exemple, l’installation d’une unité de fumage de filets de poisson du lagon, le développement de la pêche en haute mer des thonidés et un petit chantier naval.

Cas 2:

L’archipel de Belep (extrême-nord)

Pour pallier les problèmes dus à leur situation insulaire, les pêcheurs de Belep décident de se regrouper en coopérative. En raison des multiples problèmes spécifi­ ques à l’île, les insulaires ont eu beaucoup de difficulté à la mise sur pied de cette coopérative créée en 1982. Par un contrat passé avec un atelier de fumage, la coopérative s’assure un débouché annuel de 12t de tazards, pêche la plus pratiquée aux Belep. Malgré ce contrat, le niveau d’activités de cette coopérative de commercia­ lisation reste extrêmement faible. En 1989, est créée une société de développement qui, outre l’organisation et la structuration de l’activité de la pêche, comporte l’installation d’une station-service, la mise en place d’une fabrique d’agglomérés et d’une unité de transformation des coquilles de trocas. Cette Société de développement (SODEBEL) regroupe l’ensemble des clans de l’archipel. Cette opération de dévelop­ pement intégré de l’archipel, qui représente un financement total de 87.71 millions

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de F CFP dont 48,55% pour la pêche, est subventionnée à 100% par des fonds publics. Toutefois, ceci ne signifie pas qu’elle arrivera à respecter ses objectifs. Étant donné l’ampleur du projet par rapport à la population de l’île, il semble que ceux qui prenaient ce projet réellement au sérieux étaient encore peu nombreux en 1990. De plus, la démarche suivie n’est pas forcément la meilleure pour arriver à faire participer les habitants de l’archipel. En effet, tout est subventionné et c’est un gérant européen qui s’occupe de faire marcher l’entreprise. D semble cependant trop tôt pour se prononcer sur le fonctionnement de cette Société.

Cas 3:

Arama (extrême-nord)

Créée en 1987, cette coopérative est dirigée par un grand chef qui en est le gérant. Coopérative de conservation et de transformation des produits de l’agriculture, de la pêche et de l’artisanat, elle en assure aussi la commercialisation. Celle-ci permet d’aider d’autres groupements kanak avec lesquels on entretient des relations économi­ ques et sociales traditionnelles. On y retrouve vingt pêcheurs de la tribu d’Arama. Cette coopérative est la seule qui passe désormais à un stade ultérieur de développe­ ment. La rôle que joue le grand chef n’est pas neutre. D a une bonne expérience dans le domaine des coopératives et une grande influence sur les gens de sa région.

Cas 4:

L’île des Pins, l’île Ouen et Goro: le sud

La coopérative de Kukuin Paeladre a été créée par les pêcheurs de Goro en juin 1982. Elle comporte vingt et un membres donc cinq seulement sont propriétaires d’un bateau permettant une pêche de type commercial. Un an après sa création la coopéra­ tive démarre ses activités. Durant six mois, elle a bien fonctionné en commercialisant les produits de la pêche dans la région sud: environ 500 kg de poissons par semaine vendus principalement sur la commune de Yaté. Cependant, le bilan de cette période

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d’activités s’avère négatif car la coopérative a acheté aux pêcheurs plus de poissons qu’elle n’en a vendu. En outre, l’écoulement n’était pas toujours bien organisé; à cela s’ajoutait une mauvaise conservation, d’où une perte importante de produits. En juin- juillet 1984, la coopérative cesse donc ses activités avec le bilan suivant: achat de 3,5 t de poissons à ses membres; ventes non rentables car trop lointaines (Nouméa) d’où la disparition de bénéfices; mauvaise gestion du catamaran (non loué aux utilisateurs comme il avait été prévu) et de la camionnette (utilisée en dehors du service du groupement). De ce jour, maintes réunions des membres ont eu lieu pour tenter de relancer la coopérative. Malgré la volonté qu’ont manifestée plusieurs d’entre eux pour la faire fonctionner, celle-ci n’avait pas encore repris son activité en 1986.

Cas 5:

Tibarama et le port de Touho: la côte est.

La COOPETI de Tibarama a été créée en juin 1984 pour "rechercher", diffuser et exploiter les moyens techniques et économiques pouvant accroître la productivité des activités de pêche de ses membres ainsi que le traitement et l’écoulement des produits (Leblic: 1993, p. 274). En 1987, la COOPETI possède un magasin, des produits de la pêche (le poisson est vendu frais directement au retour de la pêche) et une boucherie pour commercialiser la viande des groupements (GIE) d’élevage de la région. En 1989, environ quarante pêcheurs travaillent pour la COOPETI et disent avoir un salaire de 25 à 30 000 F CFP par mois. Selon un responsable, la coopérative distribuerait "entre 800,000 et 1,5 million de F CFP, en plus de la production agricole commercialisée" (Leblic: 1993, p. 274). À cette époque elle ne fait aucun bénéfice et c’est l’activité de pêche qui aide à équilibrer les pertes de l’activité commerciale. La coopérative ne prend que 10 à 15% de marges sur la vente des produits de première nécessité, ce qui est insuffisant pour éponger les frais de transport. Malgré d’impor­ tantes subventions, on peut remarquer qu’il n’est pas facile de faire fonctionner une entreprise coopérative.

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Cas 6:

Le port de Touho

Cette coopérative créée en 1987 s’occupe principalement de l’achat et de la vente des produits de la mer et n’a pas d’activité de pêche proprement dite. Elle est approvisionnée par sept bateaux du port de Touho dont aucun des pêcheurs n’est membre de la coopérative. De ces pêcheurs, un seul est kanak, un est haïtien et les autres sont européens. Le premier bilan financier trimestriel montre un déficit inquiétant, à terme la faillite de la coopérative: les recettes s’élèvent à 903 000 F CFP face à 2 162 345 F CFP de dépenses.

Deux mesures sont proposées pour obtenir des rentrées financières indispensables à la survie de l’entreprise par la mise en oeuvre d’une politique de vente pour écouler les stocks disponibles et en encourageant (par une prime) les pêcheurs à vendre régulièrement leur production à la coopérative. Mais une prime suffirait-elle à motiver les pêcheurs?

Les cas qui précèdent illustrent bien la fragilité de la formule coopérative à l’échelle régionale. Malgré les difficultés rencontrées, la moitié des trente-six coopératives recensées en Nouvelle-Calédonie perdure. On attribue ce fait à une très grande motivation politique qui remplace le manque de motivation économique. En effet, c’est à partir de 1984, dans le cadre de la revendication d’indépendance kanak socialiste, que le mouvement coopératif devient plus que jamais un enjeu politique.

Cette présentation rapide, non exhaustive, que nous venons de faire de ces coopératives permet de nous rendre compte des réalités ainsi que des difficultés qu’ont à rencontrer les pêcheurs dans la mise sur pied des coopératives. Bon nombre d’autres coopératives ont connu de longues périodes de cessation d’activité à la suite de difficultés de toutes sortes (mésententes et conflits internes aux groupes ou avec

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l’extérieur, difficultés techniques et/ou financières, découragement des membres ou désertion de ceux qui sont partis comme salariés ailleurs, etc.)·

Devant ces trop nombreux problèmes rencontrés dans le secteur pêche et qui ne sont pas toujours résolus, deux organismes implantés à l’échelle de la province Nord se sont mis en place pour essayer d’y répondre et venir en aide aux pêcheurs afin de mieux s’organiser: le syndicat des pêcheurs de Nouvelle-Calédonie (SPNC) créé en 1986, et le Comité de développement maritime (CODEMAR) créé en 1988. Le Syndicat des pêcheurs a aujourd’hui quasiment cessé toute activité, par manque de moyens. Quand au CODEMAR, l’assemblée générale, prévue et qui avait pour but de lancer une campagne de sensibilisation auprès des pêcheurs, n’a jamais eu lieu.

Ce qui précède indique qu’on a tenté de créer plusieurs modèles de coopératives. Très souvent les coopératives n’englobent pas toutes les phases d’activités économiques, c’est-à-dire qu’il y a des coopératives qui ne s’occupent que de commercialisation, d’autres que de production, d’autres strictement de crédit.

Dans les lignes qui suivent, après avoir examiné ce qu’est le secteur halieutique aux Des Salomon et repris les notions de développement dans ces régions, nous nous attar­ derons à l’organisation sociale des Lau pour mettre à jour les divers éléments de la structure clinique et tenterons d’en discerner la compatibilité avec la structure coopérative.

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LA PÊCHE À L’INTÉRIEUR D’UNE ÉCONOMIE-MONDE

L’une des premières façons de comprendre les interactions entre pêche commerciale et pêche artisanale chez les Lau est de les resituer dans un cadre évolutif qui fait ressortir leurs caractéristiques structurelles et les changements dans leur poids respectif sur les plans temporel et spatial. Approche souvent négligée parce que jugée peu pertinente à la compréhension des situations présentes et peu propice à la mise en place de mesures à valeur prédictive, elle rappelle cependant quelques faits fondamentaux se rattachant aux caractéristiques du développement de la pêche à l’intérieur d’une économie-monde et fournit des balises intéressantes à notre proposition de recherche.

2.1 Le secteur halieutique

Bien qu’apparue tardivement dans l’histoire de l’humanité sous la forme d’une économie spécialisée (Clark 1948), l’exploitation des ressources marines est attestée depuis très longtemps, comme l’est l’importance alimentaire, sociale et symbolique qui lui a été attribuée.

L’accès aux ressources aquatiques, principalement marines, demeure une entreprise difficile, souvent incertaine. Cet aspect hasardeux des conditions de production est sans doute à l’origine de la place qu’occupent les pratiques symboliques et les conduites rituelles dans la majorité des sociétés de pêcheurs, les unes visant à conjurer les forces incontrôlables et les autres à maîtriser les proies, comme c’est le cas pour le requin à l’De des Pins (Leblic 1993: 94) ou pour le dauphin chez les Lau des Des Salomon

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(Maranda: 1991). Le schéma conventionnel de la pêche comme domaine exclusivement masculin a longtemps sous-estimé le rôle que jouent les femmes dans la gestion des prises, et négligé l’appréciation de leur collaboration active à la production.

La nature même des richesses marines, généralement invisibles et mobiles, souvent imprévisibles, aide à comprendre que, à la différence de la terre, la mer est une ressource difficile à approprier14. Elle fait rarement l’objet d’une appropriation directe, sauf en des cas, peu nombreux, où les techniques nécessitent l’installation de points à terre et déterminent des aires de pêche sur lesquelles peuvent s’exercer alors des droits de propriété (Lofgren: 1979, Maranda et K. Maranda E.: 1970). Si la diversité des espèces marines contraint les pêcheurs à disposer d’engins multiples et adaptés aux proies recherchées, la principale technique utilisée dans la pêche industrielle connue de la plupart des sociétés de pêcheurs est celle du chalutage.

Le procès de travail halieutique, dont R. Firth (1968) a tenté de formaliser la spécificité, présente les traits structuraux suivants. Exigeant une transformation rapide en même temps que des techniques de conservation plus importantes que dans la production agricole, le produit entre très tôt dans les circuits de distribution. La commercialisation rapide a pour conséquence principale de "dessaisir", d’une certaine manière, les producteurs directs de la maîtrise de la production. De sorte que la plupart du temps, s’est imposé le système pré-capitaliste15 de rémunération à la part, lié au volume des produits débarqués, mais sans aucun rapport avec le temps de travail effectué par les pêcheurs. Selon J. Bidet, le système à la part:

14 "Le prêt à penser néolibéral a poussé certains gouvernements du Sud à privatiser des ressources naturelles jusqu’alors en propriété commune" (...) J. Weber et J-P. Revéret (1995).

15 Les études descriptives des "systèmes à la part" ne sont pas récentes, vu que cette forme de rémunération est fortement ancrée dans la tradition halieutique, tant au niveau de la pêche côtière que de la pêche hauturière. Voir Duwors, R. E. (1940).

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" (...) apparaît comme celui qui répond le mieux aux rapports de production capitalistes à un certain niveau de développement des forces productives. Il assure dans les conditions propres à la pêche à un moment donné de l’évolution technique la meilleure exploita­ tion possible du travail (intensification et prolongation de la journée de travail)". (Bidet: 1974: 56).

En plus de conserver une sorte de rente-travail souvent établie par le biais du capitalisme marchand dans le secteur halieutique, le système à la part "masque le rapport salarial et par là fournit les conditions de possibilité de l’idéologie de participation qui caractérise cette branche d’activité et y facilite l’exploitation" (idem16).

La pratique de la pêche comme activité économique, surtout lorsqu’elle est en situation de transition comme c’est le cas aux Iles Salomon, s’inscrit dans des rapports mar­ chands qui débordent largement le cadre local ou régional et qui agissent directement sur les relations sociales entre les producteurs. Le devenir socio-économique des Salomonais est fortement lié au développement industriel de la pêche, qui tend vers la capitalisation toujours grandissante occasionnant ainsi la polarisation des agents de production.

2.1.1 Délimitation des territoires de pêche

La pêche a connu de grands changements au cours des dernières années. Les besoins alimentaires s’imposant avec la croissance démographique, la pêche s’est considérable­ ment développée depuis 50 ans, puisque le volume des prises a été presque multiplié par cinq, passant de 15 à 70 Mt (millions en tonnes) entre les années 1950 à 1970 à près de 90 Mt en 1990 (Chaussade et Corlay: 1990).

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Ces prises sont effectuées en mer ou encore dans les eaux continentales. Ces dernières procurent environ le sixième des tonnages pris en mer, mais cet apport alimentaire est fondamental pour les pays du tiers monde. H faut souligner que le rendement des eaux douces est beaucoup plus élevé que celui des eaux marines: celui-ci est de l’ordre de 2 kg/ha (hectare) pour les eaux marines, alors qu’il peut atteindre 1 000 kg et+ /h a dans les lacs.

Environ un tiers des prises des pêches maritimes est utilisé à la fabrication d’aliments pour les animaux, le reste étant destiné à l’alimentation humaine.

Les efforts de capture sont à la merci des conditions biologiques et des impératifs techniques et économiques. En effet, de par la localisation des zones de pêche, il n’est pas possible de pêcher commercialement à plus de 1,500 m de profondeur, si bien que 90% des prises proviennent des plates-formes continentales, qui représen­ tent seulement 7,5% de l’étendue des océans. Cette localisation des prises explique dans une large mesure la fréquente acuité du problème de la délimitation de la zone de souveraineté dans ce domaine, généralement différente de celui des eaux inter­ nationales. La majorité des États ont étendu leurs limites de pêche en mer de 12 à 200 milles marins (le mille marin mesure 1852 m). Une zone "économique" (ZEE)17 a été ainsi fixée et la limite des 200 milles marins a été adoptée par plus de 170 pays dans le monde.

2.1.2. Évolution de la pêche

Au plan des captures, depuis une dizaine d’années, la part du domaine tempéré et froid boréal, qui était prépondérante, s’affaiblit en faveur de la zone chaude et des

17 La ZEE est la "zone océanique de 200 milles marins située autour des terres émergées. À l’inté­ rieur de celle-ci, chaque pays ou territoire conserve l’exclusivité en matière d’exploitation et de recherche de toute nature. (Convention ONU sur le droit de la mer signée par 177 pays)". Tiré de Leblic: 1993, p. 22.

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régions tempérées et froides australes. Au plan des captures, c’est l’océan Pacifique qui est le premier fournisseur de poisson, avec plus de 60% des prises.

Le volume des tonnages péchés n’augmente que très lentement, à un rythme bien inférieur à !’accroissement de la population, si bien que la demande est beaucoup plus forte que l’offre. En 1984 s’est tenue une conférence mondiale sur !’aménage­ ment et le développement des pêches dont l’objectif était d’examiner comment répondre à une demande de plus en plus croissante. Le domaine des pêches et des ressources de la mer fait à présent de plus en plus l’objet d’une exploitation rationnelle18. Dans un même temps, les prises, pour certaines espèces, sont contingentées au niveau international.

2.2 Géopolitique des pêcheries dans les îles du Pacifique

Depuis quelques années, la carte politique et économique du Pacifique a changé sérieuse­ ment. À partir des années ’70, les îles du Pacifique connurent leur indépendance après plusieurs décennies de colonisation. De par la zone économique exclusive qui leur a été attribuée, la plupart des territoires qui jusque-là étaient administrés et considérés géographiquement comme des "colonial window boxes" par les européens sont devenus des nations insulaires indépendantes.

Deux forces géopolitiques implosent dans le Pacifique: la première émane de la volonté collective et nationale d’une politique d’auto-détermination tant au niveau du contrôle local des îles et des ressources marines que de l’expansion des zones océaniques; la seconde provient des efforts des superpuissances internationales et régionales pour maintenir ou établir des stratégies qui permettent de s’imposer sur le marché inter­ national.

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La population du Pacifique est de 5.5 millions d’habitants répartis sur 22 îles principales et sur divers autres territoires couvrant une superficie de 29 millions km2. Avec la signa­ ture des droits de la mer (1982), les îles du Pacifique conservent l’exclusivité en matière d’exploitation et de recherche de toutes natures sur la zone océanique de 200 milles marins située autour des terres et archipels émergés ainsi que sur leurs ressources marines. Plusieurs petites îles dispersées ont, de ce fait, un avantage géographique qui permet à un petit territoire de revendiquer une plus large partie de la zone océanique. Par exemple, l’État indépendant de Kiribati a une population de 60,000 individus vivant sur 33 îles divisées en 3 groupes (Gilbert, Line et Phoenix) ayant une superficie de 823 km2. Cette zone océanique de plus de 5,000,000 km2 est presque deux fois la dimension de la mer des Caraïbes (Nietschmann: 1987). L’archipel des Des Salomon (troisième plus grand archipel du Pacifique-sud) peut aussi servir d’exemple. En effet, l’abondance d’îles, d’îlots et atolls confère à ce territoire une zone économique exclusive (ZEE) évaluée à plus de 1.35 million km2 (Harcombe: 1993).

2.2.1 La politique écologique des pêcheries dans le Pacifique

La position stratégique des territoires de pêche de la plupart des petites îles à l’intérieur du Pacifique nous apparait comme un avantage important. En effet, contrairement aux territoires côtiers, les îles océaniques n’ont aucune plate-forme continentale qui pourrait générer des pêches fructueuses. Les régions océaniques doivent plutôt dépendre de deux types de pêche.

2.2.2 Types de pêche

Dans le Pacifique, on distingue généralement deux types de pêche: la pêche artisanale et la pêche industrielle. Dans la première catégorie, on englobe toutes les pêches effectuées à proximité des littoraux, au cours de sorties qui n’excèdent guère une semaine, sur des bateaux appartenant en copropriété au patron et à l’équipage, où

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