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La pensée politique de Racine /

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Texte intégral

(1)

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LA

PENS~E

POLITIQUE DE RACINE.

,

Dans 1e premier chapitre, j'essaie d'expliquer' comment, par des

transformations, des transpositions, des coupures et des innovations,

Racine se sert de la fable antique pour-recrêer'dans son oeuvre tragique

• ' 0~

des héros/politiques ui ressemblent aux personnages politiques

louis-qua torz

i

ens •

Dans

Les principes de l'actiop

politique dans la tragêd e de Racine, j'essaie de retracer l'évolution

des valeurs politiques'de contemporains de Racine

r6perto~i~s

dans le

premier chapitre.

/

\

Le

troisi~.e

ctlap,1\tre ou «La pensée pol itique de Racine» constitue

. \

. '

une

r~!lexion

critique

~ur

les valeurs

POlitique~ ~e

ses contemporains

en opposition avec les v leurs de la-iiiorale transcendantale qui avaient

cours au XVIIe siêc1e.

chapitre montre aussi

c~ent

Racine a essayé

de résoudre cette probl

tique politico-morale.

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J '

(3)

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----LA

PENSEE

POLITIQUE DE RACINE

\

In the ;first chapter, 1 endeavour to explain how, through'

transformation;,

tr~spositions,

excisions et innovations, Racine

uses ancient fables to recreate in his tragic works political heroes

, ;

who resemble

pol~tical

figures of the Louis XIV era.

In the second chapter

enti~led

«Principles of political

action-in the tragedies of Racaction-ine)) 1 attempt to trace the evolution of the

political values of the Racine's contemporaries referred to

in~he

/ , ~

first chapter.

/

-~

-The third chapter, 'iRacine's political

thought»,.constitute~

~

, - t '

a critical reflection on ,the political values of his contemporaries

as opposed ta transcendent moral values current in the XVIIth

century. This chapter a1so shows how

Ra~ine

tried to

r~solve

this

politico-moral

problem~ " .1' . " j .1

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TRAGEDIE DE :RACINE ' ... ; ... '1. 6,,5

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cœOLUSION

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Sl l ' Ol!, remonte le cours de l'h1stoire l i ttén,1ré. l'on Qécouvrira." que la vocatlon politique e~t présente presque dès )a naissance de

'laJ~-1

Ue. Iilschyle

(.525-456

av. J

.e.)

oherche d.éf~·une solution i~ale proPre

1 . '

_

:1 ' . '

à

résoudre le con:nl t opposant la poli tique

à.

la religion dans une nation &

1

"Ses oeuvres sont pénétrées d'un idéalisme religieux et natiOnal".1 En dfàûtres termes, m:sohyle aurait écrit ses tragédies dans le bJ.t ultime de

réoonciller les exigences de la religion. avec oelles' de la poli ~ique. Un

tel effort semble jùsUfier le caraotère du régime théoora.tique de 1& Grèo~

antique.

,

---Pourtant, les auteurs ~ques de la Grèoe anhque s'éoartent

r

parfQis de la morale religieuse au nom d'une, morale plus h~e. C'est

,-'dans oe sens que l'on peut dire que Sbpho~

(49,5-L1(l6

a.v,

J.e.)

se Bert de

/-r , • .J

la tragédie pour essayer de résoudre des oonf11 ta po11 tiques aux , prises avec.

la. justice. "Son Antigone retraOe le conf11 t qui oppose un chef d'Etat.au

, 1

, . 2

sentiment de la justioe individuel".

~Oilà oe qui 1.nd1que déjà. que dès l ' Antiqui

les auteurs de

tra-gédies ont ma.1ntenu un fond. poli tique dans leurs oeuvres 'tragiques. En eft~t.

oOJllllent Eschyle pourra.1.t-ll se servir de la. tragédie pour rehausser l'idéal

t

rel1g1eux et national d'un peuple 8 'U ne réfl1ohissa.1 t pu ~ur, le ,:r~le

poli-tique

que

l'~t d01t jouer dana ~& na~1on? ' le---oae de Sophocle pa.ra!t encore

~

, 1

(7)

~, , • " i '

..

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}! plus explicite. ,O.

Car si celui-ci se sert de la tragédie pour

réfléc~

,

.

-sur

...

,-,"

-le pouvoir d'un chef d'Etat par rapport au droit à la justice qui protège

l~1nd1viduJ 11 en ressort que sa tragédie soulève une problématique poliUco-morale.,

Néanmoins, avec Euripide (480-406 av. J

.C.)

la politique dans la

tragédie devient plus contemporaine,

dO~

moins générale. En

effet~

liA

~l'tdverse

d'Eschyle et-de Sopnocle, il

~iPideJ

traite des problèmes de son temps et fait de ses' personnages une étude psyohologique fouillée.

n

fut

qe sujet un préourseur admiré de Racine qui voulut l'imiter".J En somme,

,

oe qu'il faut comprendre dans cette citation, o'est qu'EUripide,

à

l'époque d'Alexandre le

Grand,

pour traiter des prOblèmes de son temps, a dû faire

'p ,

. une étude psychologique fouillée de ses personnages. Eh d'autres termes,

kipide s'appliquait

..

à

contrôler les comportements (paroles et gestes) de

.

ses personnages tragiq\1es, tout en les faisant vivre sur scène les problèmes de son temps.

Sans nul doute, c'est cette forme de tragédie que JeM Racine a voulu imiter chez Ebripide. Car l'avantage de oette f~ule 1:.ragiq,\e J c'est

- ,~

qu'elle permet

à.

l'écriVJÛl1 de poser les prob!-è.mes de son temps tout en se

soustrayan~

à.

la censure d'un régime absolu ou totalitaire, aussi bien

à.

l'époque d'Alexandre le Grand qu'à. celle de Louis XIV. En fait, 11 s'agit de ~ter au passé oe qu'on veut dire du, présent. VoUà.,

à.

m.au avis, ce qui semble expliquer l'eagoueJllent de Racine pour le théâtre d'EUripide et pourquoi dès sa. Thébe.!de U écrit, "Je dressai

à.

peu ploes mon plan sur les

PhélÜcien-,

4

nes d 'Ebripide".

J.

ibid, vol. IV. E-F,

p.1207.

4.

Ba.ymond Picardl Oeuvres Complètes de Raoine,

p.US.

j

(8)

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:raut- ajouter aussi que la fortllule tragique' d' Bl1r1pide off're à

BaCille une dialectique pol1tico-morale qui est fondamentale dans toute bonne tragédie car comment EUripide.pour.ra.1t-~l poser les problèmes de ~on temps

dans ses-, tl:agédies sans du même s'ou:ffle traiter des problèmes

à

la fois

politiques, sociaux, moraux et religieux illhérants

,

à la civilisation ,de la

1

GclJce antique? Evidemment, il suffit de 11r~ les ?héniclennes et les autres

> ~ / .

tragédies d'EUripide pour se convaincre qu'effectivement celui-ci

réfléehis-1

sait sur une ,problématique pollUeo-morale. Dès cet instant', i l va sans dire que la leçon que Racine a apprise du théâtre d'EUripide, c 'Bst qu'une

tragé-. ./

die doit 6tre

à

la fois poli tique et morale. Elle doit aussi tra1 ter des problèmes de son temps sans pour autant oonstituer une oeuvre de circonstance'.

Cependant, cette forme de tragédiEl, telle qu 'on' ,. la retraoe dans

1

les oeuvres tragiques d 'Dlripide, a été oblitéré~ par la grande parenthèse qui B 'ouvre et se ferme avec le Moyen-Age. Néanmoins, e11,e ressurgit avec

l , _

tous les éléments fondaments.ux dans les écrits de Jean Bade que Jacques &rel

ré$UDle dans les termes suivants. "C'est la conception la. plus élémentaire

de l'événeJllent tragique dont on saisit bien les dimensions re}.1g1euses, mo-rales et politiques; l i s'agit d'apporter aux princes un salutaire avertis-SGent, aux peuples qui leur sont soiiilis une puissante consolation" •

.5

En fait, mêlle si la conception de Jea.n Bade du théâtre tragique parait rudimentaire, l'important e 'est que l'on. y retrouve les mêmes éléments (poli tique, moral et religieux) qui ont toujours constitué l~s lieux COIllJllWlS des auteurs tragi ..

l

ques

à

travers lés 8i~oJ.es.

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7

-Cette oonsidération faite, il reste

à.

se demander quelles' sortes

de tragédies

i~s

auteurs du

X!{~

siècle oomme Corneille et 'Racine ont adop-tées? Quand. on analyse la poli tique dans le théâtre de Corneine et dans

celui de Racine, i l faut tenir compte de leur style et' d.e~ périodes dans

lesquelles lis ont produit leurs oeuvres. Au sujet du style, Racine semble

,

.

viser Pierre Corneille quand 11 condamne le ton déc~amato1re de la 'lhébalde

oll.!? )

de Sén~que 1 ) "Car pour la Théba!de qui est dans Sénèque, ••• 0 'est plutôt

l'ouvrage d'un déclameur, qui ne savait ce que c'était'que Y'agéd1e_"_L6 _ _ _

~

_ _ _ .... _

-

~"-C'est là. un point fondamental qui sépare la conception tragique

de Racine de celle de Corneille. Car avec Racine li vaut mieux chuchoter que déclamer. Dès lors, on peut déjà. présumer que si Racine, contrairement

, à.

COrneille, évite la gra.nij11oquence, et le style déolallla;~oire dans sa

tragé-1

die, c'est qu'il écrit dans un temps

la. politique absolue du jeune roi Louis XlV le oontraint à. ~tre subtil et discret comme du temps d'Ellripide.

l!h effet, du point Ide vue historique, l'oeuvre tragique de Corneille voit le jour dans une période de contestations poli tiques. A1..nsi, son style décl.amato1re et son accent gra.ndi.J.oquent pouvaient se justifier.

Par contre, l'oeuvre tragique de Racine ndt dans la seoonde 1II01tié

dia

:art

sièole. Pendant cette période, tout qrgueil_noble et toute ré 'belli on aristocra.tique qui pourraient e.l1ment~r une tragédie déclamatoire paraissa.ient

morts. C'est ce que Paul Bénichou a cOll1pris quand. 11 déclare l

"à.

l'époque

écriva.i t Raoine, la seule politique qui fût capable d'alimenter un drame, oelle de ~ et de Nicomède, était mdrte. Is temps de la rébellion

aris-1 •

6.

BâYiiîond Pioard; Oeuvres Complètes de

J!ac1l1e,

p.11S.

o

(10)

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t~ratique'éta1t

paSsé, et

l'a.beolut~e

triomphant avait rendu d.§suets,

à'

... vingt ans d'intervalle, le, personnage du conspirateur hérolque pt les !p8X1Jaes

C i l ' (1

d~ la politique généreuse

[de

COrn?llleJ. C'est bien :PourqUOi, ltr draille

pol1t~que

tient si peu de place dans Racine

~"

en dépit de. Hacine lui-même".

'7

Néanmoins, ce ,qUQ Paul llén1chou "semble omettre

4a.ns

s~n

analyse de

l"oeuvre tragique de <;;' RacIne, c'e"st la mort de

la

tragéd1e dêclalDato1J::e de

.

,. / '

Corneille mais non c~pe

au

conspfra. taux hérolque dans l'oeuvre tragique de

Bacine. Car le , personnage du conspiratebr chez Racine est tellement , héro!que

qu'U lutte m8me s"'U sait qu'U fi 'a aucune Ichance de"surnvre (Polynice,

Bri-o v

tannicus, etc. ).' toutefois, i l faut dUe qu '~u lieu'des ba.ta1lles· ransées

à

i

'exemple de

'là

~onde

d.lL

temps de Corneille, lan rébellion du tempe de

, \

Bacine devient plus sourde, plus " 'd1scrètè m.a.1s plus

m'eurtr1ère

., et a. lieu

bien souvent dans un bureà.u, dans ~ oorridor ou, cianS une salle du palais

.-"t;)

royaJ.. Bref, la oonspira.tion devient dans la tragédie de Ra.oine ~e affaire de famille. Ainsi, dire a.vec Paul Béniohou que le drame" politique tient peu

de place dans o Saclne , ce serait mal cOIIIprendre la. subtilité que cache la pensée poli tique de Racine.

u

Evidemment, l'affirmation de Pa.u.l Bénichou au $ujet du drue

p0-litique dans Racine ne gagnerait pas le vote de lAlolen ~'béch' qui déclare

a-vec raison à propos de Racine.

"~politique

est partout dans son ·oeuvren8

\ r

Néanmoins, la question nJest pu d'infirmer ou d'e~rer l'1m~fe..>de

_ t 1

-_J""'-la pensée pol1 tique de Racine. Car cOlIIlIIe Jacques Truahet le déolare 1 • "Une

traPdie véhicule des idées politiques 'ou &l.\t:rea, au .'me titre que n'sJaPorte quelle oeuvre llttlSra.1re, on peut essayer de les e~, et l'on obt1en.t •••

7.

Paul Wnichou, 1faralea du Ggnd S1èo~

p.24.s-.. B. woi.n Ihbech, llao1ne, Pôlit1que, P: ~

1 J

(11)

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-les 1dée8 de

RaCi~".9

.Donc, 11 s'agit _dans ce

~~otre

de dégager les idées , politiques de Racine, de les oodti'1er et d'en constituer une pensée politique

qui traduise la vision politique de l'auteur par rapport à son siècle et ens\Ù,.te par rapport

à.

1 ~évolut1on universelle de la pensée tragique. En

'-'

d'autres termes, 11 s'sait de situer la pensée politique de Racine dans le

telllpa et dans l'es paoe "

a

'est pourquoi potfr expliquer cette pensée poli tique de l'auteur, _,' , -en plus de cette présente introduction et une conclusion, ce ~moire contlentv"

trois cba~itres. le prellder chapitre, "Iss perso4lflages politiques de Racine", a pour but de replace:t

1"

oeuvre de Racine au

rvrf

!Jiècle en montrant dans

.

-~

quelle lIIesure les prinoipaux héros raciniens ressemblent aux pe:tsonnages à la cour de IDuis XIV. Cette première démarohe s'a.vère néoessaire, ~oe

qu'l1 serait illogique de dire que la. pensée politiqlle de Raoine réfléchit sur le drame du pouvoir en France au Xv:rfl siècle, sans montrer

en

m.!me tempe que ce drame poli tique bien qU'universel" a eu a.ussi des Français

po~ acteurs.

lB deuxième ohapitre a. "pour rut de dégager les principes politiques , . qui gouvernent les principaux personnages poU tiques ;répertoriés dans le

premier chapitre.

L'1m~Oe

de cette seconde démarche, 0 'est qu ':l1e

permet d 'exp~ioiter non seulement les prinoipes pOlft1.ques qui so~-tend&nt la. Rà.1son d'Etat dans l'oeuv.re trag1que de Racine, IIÏa.1.s ausei de retra.oer •

"

'

11 ~ ...

les valeurs poli tiques auxquelles les contemporains de Racine comme les mondes

, \1

qui peuplent son théâtre tragique étaient assujettis.

9. Jacques Truohet, la. tragédie Olassigue en Franoe. p.89.

th lU

(12)

o

/

o

'*

~ z / ., , 10

-- Le troisième chapitre.

"ra

pensée politique chez Racine", est une

-réflexion cn. tique sur l 'homme racinien en tant que personnage poli tique en confli t avec la morale transcendantale qui régit les royaumes théocratiques.

Ce ohapi tre se veut $lssi une ~nex1on ori tique sur:' le cq:-ame du po.l voir

hu-/ '

main qui ne saurait se l.iJqiter seulement a.u contexte louisquatorzien. "ca.tn

1

--tua Abel" avait longtemps ouvert le- drame de la. famille humaine avant que Raoine n'écr1.vtt ses ~res Ennemis. De plus ce drame semble se" ~péter

à

travers l'histoire,' d'abord chez les Grecs avec Etéocle et Pal~ce. Puis 11 a réjl.ppa.rll ohez l;es Roma.1..ns avec Romulus et Remus, Néron et Britannicus,"

En su1.te, oe conflit s '~larg1.t en opposant Parus

à

Alexandre le Grand dans

une guerre 1"nternationale. Ce drame du pouvoir 's 'int;r:odui t aussi dans l'Eln- .

l "

-p1re ottoman aveo Amurat et

~jazet.

Ainsi, après aVOb: 'parcouru les empires et les royaumes du monde, ce drame du pouvoir'est venu livrer assa.ut au royaume théocratique de F.rance en apportant le fléau de la. Fronde, le paga-nieme déguisé et la di vision-de la famille royale comme jadis du temps de

~-C'est pourquoi l'on p3ut dire que même '8i la pensée 'lAvid et 'de Sa.lomon.

\

pol1ti~ue

de Racine iz,.end son point d'appui dans 1 iÀntiquité, elle reflète,

né8.nmOins, une préoccupation 1mméd1a.te de la part de l'auteur au

xvif

siècle.

~s lors, par sa vis1.on globale de 1 'h:omme politique face

à.

son destin, la

. pensée politique de Racine . prend le sens d'une réflexion critique qui f'ait le point sur le pr~s de la sagesse humaine dans le domaine de 1& psycho-poli tique par rapport

à.

une certaine aperception .ou-adéquation métaphysique •

. Enfin, la conclusion a pour rut de dé~r les pOlnts saillants

qu1 const1tuent l'ossature de oe présent mémoire. \ De plus, je rappelle le fait que l'oeuvre tragique de Racine n'échappe pas .

à

son temps même sl elle

n'est pas tout

à

fait o1rconstaD.tielle. &1suite, je porte un jugement· d 'ensem- ~ \!

ble sur ::\A valeur de la réfl.exion po11tique de Hacine.

/

(13)

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(14)

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---\---~---

.

(,

. .J

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L'objectif de ce chap1~e consiste

à

trouver des correspondances entre les principaux personnages poli tiques de la tragédie racinienne et ceux du siècle de Louis XIV. Cette tentative s'avère nécessaire pour montrer que l'oeuvre tragique de Racine, malgré son

caractère

universel et éternel, n'est

-pas pour autant coupée des préoccu18tions immédiates. Pour atteindre cet objectif, au lieu d'affirmations et ~'1nsinuations diso~tes, désordonnées et routinières sur les liens évidents qui unissent Racine ~> son époque, je' prooède pax une analyse systématique de l'oeuv:re tréi8ique de l'auteur en

, e e

rapport a.vec 1 'histoire au XVII àiècle.

Pour écrire sa Thél:a!.de Racine s'inspire des Phéniciennes d 'lWripi-de et d'Antigone 'lWripi-de Rotrbu. Voyant que dans l'Antigone de Rotrou il y avait

1

"deux actions dif'f'érentes.", Racine au nom de l'unité d'action dans sa

'lhéba.!-. 2

~ dresse "son plan sur les Phéniciennes d'Euripide" . sans oublier d'imiter "les bea.ux endroits"J dont la pièce de Rotrou était remplie. Comme Roy C.

Knight le constate: "C'est d'après [les] deux actes et demi [d'Arttigone] de

'" ,\.

.,---Rotrou que Racine a btti [les] ICinq actes [de ,sa 'lhéba.!de]".

4

En fait

l'un1-té d'action des principaux personnages cOll1l1le Etéocle, Polynice, Créon, Jocaste, etc., que Racine Wte chez Euripide, c'est la querelle politique qui divise Etéocle et son

frère

Polynice dans une guerre civile. De son o6M, Sené

Ja-'\)

s1nsk1

voit avec raison qu'

travefS

l'anarchie thébaine Cs 'évoquent] néces-sairement les troubles de la

FrOnde''':.5

,

1 Raymond ~carà., Oeuvres Complètes de Racine. p.t1S. 2 Il .. " Il " ibid,

p.11S.

: ) " " , " .. Il ibid,

p.US.

4

Ro~.

Knight,. Racine

et

la

Grèce,

p.2;j.

S

René Jas1nski, Vers le vra:1 Racine,

p.88.

(15)

----, ----,-~

13

-, " 'Pourtant, 0 'est par la conception de ses personnages politiques que

Baolne montre dans sa Théba!de qu' 11 appart1ent

~

son sièole. Eh effet oelui que Rac1ne rstient de Rotrou e~ qualité de personnage politique n'est nul

autre qùe Créon. Car ohez Euripide le personnage de Créon est apolitique et désintéressé. Par oontre ohez Rotrou Créon devient un personnage politique, ambitieux et perfide qui "éola.te

con~

mtéoc1e et les 'dieux". 6 Si

Ra.c1n~

"

rejette le Créon débonnaire d'EUripide au profit du Créon politique de

Rotr~u~

c'est que sans nul doute 11 a. voulu réunir Etéocle, POlYJÜce, et Créon oanme

un trio de principaux personnages poli tiques. Voilà pourquoi 11 devient plausible de dire avec Michael

EH.wa.rd~l

qu'Etéoc1e, Polynioe et Créon sont au centre de l'aotion politique qui entrdne les principaux personnages de

la Thébaïde. Ainsi, ce n'est pas par ha.sard que Racine regroupe ces' trois

-personnageS' politiques, poursuivant un même bltl s'emparer du tr8ne' d'Oedipe • . Peut-être, c'est cette passion pour le pouvoir qui pQusse René Ja.s1nsld

à.

\

dire 1 "11 &!Il' peut que Créon_doivent quelques traits ~ Retz [ ••• ]

à

Fouquet

-[ ••

~].

ra

rivalité d'Etéoc1e et de Polynice ,fait songer a.ux meriées des

Prln-ce8".8

M6me

s'li

est hasardeux de dire avec Dané Jasinsld. que le Créon de Raoine c'est vérl tablement Retz ou Fouquet, 11 n'en demeure pas moins que l'ambition po11tique de ces deux hommes ressemblent étrangement

à

celle du Créon de Racine. la seù1e d1:f':f'érence qu'on doive souligner, c'est:. que

C:rt§Ôlt)

dans la.

tJ:oa,gêie

de Racine aussi bien que chez ses devanciers est l'oncle

de Polynice et d'Etéocle. Ainsi, par ce pet1t déta.1l on dirait que le Créon

,

-de Racine ressemble davantage

à

Gaston d'Orléans qui fut lui ausei1. 'onole

de ü>uis

m

et de Monsieur. " ."

,

6.

H. Berguin et G. Duclos, El1r1plde, Théâtre Complet, p.244-248.

7.

Roy, C. ~1ght, Racine et la Grèce, p.2,52.

(16)

"

o

!

14

-En effet, le cas de Créon montre que Bac1Jle s '1Jlspire de l'actua-lité louisquatorzienne pour écrire Sa Théba.!de. Car si Racine néglige, le

caractère apolitique dU Créon d'Euripide, c'est parce qu'U a voulu montrer d&na

sa Théba.!de que son Créon est politique et fait tout pour, s.'emparer du tr"ne

d'Oedipes

Des prinoes mes neveux j'entretiens la :f'uxeur.

Et "lIlon amb! tion a.utorise la leur.

D'Etéocle d'a~,j'a.ppÛy.a.1 l'injustice; /me lui fis refuser le trône

à.

Polynice.

Tu sais que je pensa.! dès lors

à.

111 'y placer Et je 1 'y mis, Attale, afin de l'en cbasser'9

Mais n'est-ce pas par une attitude politique s1mlla.1:te que Gaston

dl Orléans,. l ' onole de Louis XJY et de Monsieur,pouha.1 te s'emparer du trône

de F.ra.nce. Iù1 a.ussi, 11 ne laisse pas le jeune roi d'un pas. Coae' OrtSon, Gaston d'Orléans souhaite la mort de' !Du1s xrI et fait le plan d'epJ.ever Monsieur pour s'emparer du pouvoir. .Ph.1l1ppe Erlanger ne lDallque pas de sou-ligner comment Gaaton d'Orléans se prépare déjA

à.

régner alors que la petite vérole met la v1.e de !Duis XIV en danger • .---'-'-En novembre

[1647J.

le duo,

d'Or-.J

léans crut tenir sa revanche quand la petite vérole attaque le Roi. Ses part1sans blrent

à.

la. santé de Gaston te'r et

f~èrent

le d.esse1Jl d'elÙever Monsieur dès que la mort aurait fa.! t plaoe nette" .10

Ba.c1rle semble 1ns1Jluer une

autre

problématique jusque là ignorée cbez ses devanciers. En effet, la. plaidOirie de Polynioe ne se fait pu,

contre mtéoole

au

nom

d'une

queloonque injust10e mais plutôt

au

nom

d'un

légitime rangl

J'espéra.1a que du olel la justice infinie Voudra1t se déolarer contre la tyranie,

Bt que lassé de voir répandre

tant

de sang

D. rea4ra1t

à

chacun son Ug1. tille ranc'tt

9.

Bayaond. Picard,

0J!uD!!

Qgtplètta

de

Jfao1ne,

p.146.

10.

lené Jaa1Dald,

Vm

*'

ma.

flao1p.e.

p.202.

11.

Bt.yaond

P1c&ri,

"olt.

P',1:32-133.

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15

-, J -, - ' 1

De quel r q legi time peut-il

.être

question dans 1& Thébalde de

.

~ ~.

Racine? Une telle problématique ne se pose pas dans les Phénic1ennes d'Eh ... ripide. Car chez celui-ci Etéocle est roi et l'enfant légit1.llle d'Oedipe qui a épousé sa mère l "Je doilhe des enfants

à

mon fils deux mâles 1 Nocle

et l'illustre et vaUlant Polynice ••• It

n y

a de l'lhceste oonsoBlDlé dans

les Phéniciennes d'Eur:1,pi:de mais n6n illégitim1~ •. Donc,s1 le problème d'enfant légitime ne se pose q.1 chez Rotrou ni. chez lWrlp1de, 11 appartient uniquement,

à

Raoine. Mals Raolne aur.a1t-ll voulu,inslnuer ~ue contrairement

~ l'Etéocle antique, le sien serait illégitime? L'on hésite en lftant la

, '

oonversat1on suivante de Jocaste avec Etéoole 1 1

l'

la sort vous appelle le premier

à.

l'empire. Vous montâtes au trdne; i l n 'en- fut pas

jaloux-12

Dire que le sort a voulu qu'Etéoc1e montât le premier sur le tr8ne

- '\

de 80n p,ère est déjà. anormal et -ponatl tue un reproche. Car il est"normal qu'un en:tant

a!rl6

et

'~é~t1me

monte le

~m1er~le

trône de son père

dans

un

régime polltique hérld1 taire. Donc, on n'explique

pM

l'ins1nüa.tion de Jocaste qui a.:f:f'irme qu 'Etéocle- monte le premier sur le trene sans que Polynioe (le tnre oadet) soit jaloux. Polynice seralt jaloux d'Etéoole dans

-

,

la mesure où oelul";'ci ne serait pas le fils légitime qui monte le premler sur

le tr8ne, d'Oedipe. Raclne aura1.t ... U fait ces allusions d'une manière

ça-tul te? Bien

sûr

que non, car de telles -allusions nous font penser que Rac~ , s'est écarté délibéremment de la fable antique pour " , reproduire dans sa Thébafde

f

certaines rumeurs-sans fondement que fa1saient courir les ennemis politiques

de lDu1s XIV. Vouà pourquoi Jacques Defrinvl11e repousse avec vigueur. "certaines légendes. qui font du Grand. Rol [Louis

XIV]

un bâtard"

.13

,.

12. Raymond Picard, ibid. p.224.

1}. Jacques D1n:rreville, lQ.u1s XIV, Parle, Alba'b:'os, 1977. p.12.

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(18)

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16

-, ,

plus Ba.éine a encor,~ innové quand U a :f'~t alludon clanS sa

'lbébalde

à

une certaine ordonnance ou testa.m.ent qu'Oéd1pe [en mourant] aurait

,

laissé

à

ses !1f.s poUr la gouverne de son ,royaume. Ha.1e l i n'existe pas

j • 0

d'~onnance ni- de testament dans les Phéniciennes d'Euripide. Car selon oe, dernier 1 "les deux t.rères sont tombés dans la crainte que les dieux

n'exau-oent et ne,réalisent les 'voeux du v1eill~ s'Us habitent ensemble, Us , ' ont décidé d'un commun accord que le ~lus " jeune, Polynice, s'exilerait vo-lontairement de ce pays, q~>'EtéOcle y !:esterait et aurait le sceptre, puis

"

14

qu'apr~s un an ils 'changera1ent~. Donc, ce n'est pas selon un teé~ent ~u

une ordonnance d 'OecUpe 9.u~ les deux f'r~es ont agi, comme Racine semble l'insinuer dans les vers suivants,

Oedipe, en achevant sa triste destinée. Ordonna que chacun régneraient son annéeJ

15

NOn seulement les fils d'Oedipe chez EUripide ont décidé d'eux-mêmes du sort du trane de leur père. 11s l'ont même olaustré et enfermé. De

plus, si les fils d'Oedipe ont claustré et- oaohé leur père pour pouvoir

ré-gner c'est què oelui-ci n'était pas mort quand Etéocle et POlynice ont

décidé de le chasser pour s'emparer du tr6ne. .unsi, cette idée d'ordonnance ne venant ni de Rotrou ni d'Euripide est essentiellement de Racine qui se serait inspiré du fameux testament que Louis XIII avait laissé en mour.ant

en 164), pour gouverner son royaume mais que Anne d'Autr'iche de coq.nlvence

,-aveq Mazarin avait fait revoquer pour pouvoir régner d'une façon aœolue.

lIlnsuite. la haine oo~n1ta.» qu 'Noole et Polynice se vouent dans la. 'l'héba1de n'est pas sans rapport -avec celle de -Louis XIV et de Monsieur.

D'ailleurs, 11 n'est secret pour personne que louis XlV et Monsieur n'ont

1Î~.

H. Berguin et C. DuclOs, libr1nde, Théâtre Complet,

p:224.

15.

Baymond Pica:rd. _ ()euvres Côïlpl

tes

de Raciae 1

p.l20.

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(19)

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17

-jam&1s pu lS'entendre. Néanmoins, si l'on se fie

à.

ce que PhUippe Erlanger

~ déclare dans les termes suivantl5: "Je suis bien heureux qu '11 [Gaston. d'Or-léans] ait

été

plus vieux que moi. sans ~ela mon frère [Monsieur] a.urait

, 8~té ma. mort pour pouvoir le [manteau] mettre" on dirait que la ha1n~

de IDuis 'Xr{ pour son frère était vraiment profonde. D'ailleurs, seion

oeJ'-tains historiens oette haine s'est manifestée dès leur plus tendre enfanoe.

 oe sujet Philippe Erlanger rapporte le dire du valet La. Parte dans le&

termes suivants. "le matin, lorsqu '115 furent réveillés, le ~i sans y penser

cracha aussitôt sur le lit de Monsieur, qui oracha exprès sur le lit du' Roi, qui

un

peu en oolère, lui oracha.

au

nezJ Monsieur sauta sur le lit du Roi et pissa ••• ils se mirent

à

se battre" ,17 Bien d 'autres

f~ts peuve~t

allonger

la. liste des incidents qui prouvent que Etéoole et Polynice ni ont pas été plus avantagés. Ainsi, comme eux, Louis XIV et Monsieur pourra.!ent direl

Nous étions ennemis dès la plus tenire

enfance~8

1 1

Enfin, le dernier point qui rapproche encore Bacine de son, siècle. o 'est le fa.! t que Racine montre dans sa Thébalde que Etéocle pour garder le

,r

pouvoir n'a. pas compté sur la. no biesse oomme ohez se,s devanciers. En effet.

~ la. Thébalde Etéoole déclare sans hésiter qu'il reçoit ~a couronne non pas d'un père légi t1me ni de Dieu mais du peuple. Ceci nous éloigne encore de ~ fable antiquel

:u, peuple,

à

qui la. faim se fa.isa.1 t déjà craindre,

De mon peu de vigueur, oommençai t

à

se plaindre.

Me reproohant déjà qu'il m lavai t couronné

Et

que j'occupais mal le rang qu'il m'a donné'19

Par de tels vers Bacine s'est délibérément éloigné d'Euripide et

de Rotrou.

<n

n'est plus dans une royauté héréd1:ta.1re lII8.is constitutionnelle.

16.

17.

18.

19,

Philippe Erlanger. Itmsieur~ère de Louis XIV, p.

.. ", Il " "

0" ,

~, p.

)S.

Ra)'1llond Picard, Oeuvre, Complètes de Ra.c1œ,. p.148.

.. Il Il Il Il ibid, p.119.

51.

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.

.

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(20)

-~- --~-~-~ ~--r i '

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.J 18 -,

.

Mais que peut le' pouvoir héréditaire pendant la. guerre civile où seuls comptent

,l'armée et le peuple. Ainsi. au moment de "la. Révolte de Grands Nobles" il a fallu que Louis

XIV

s'àppuyât sur le peuple pour assure~ sa survie politi-que. Jean de la Varende l'a bien ,vu qU?J'ld ~1 cite Saint-Simon dans les termes suivantss

"n

[louis

xiv]

s'entoura d 'hommes

obs~urs

par défiance et par

orgueili' "lB Roi ne voulait de grandeur que par émanation de la sienne".

1<

le duc de :Beauvilliers fut le seul homme noble qui ait été admis dans son cons eU , depuis la mort de Mazarin •• , c 'est-à.-d1re. pendant cinquante ans".20 Ainsi, si louis

xiv

s'éloigne de la noblesse française, Etéacle aussi se méfie de la noblesse thEtba.1ne, quand U dit:

L,'insolent Polynice et ses fiers alliés [les nobles] laisseront Thèbes libre, ou mourront

à

mes pieds'2i

Une fois.de plus, cette méfiance ~la noblesse Thébaine qu'on .oonstate dans la 'Ihéba.!de et qui n 'apparatt nulle

~t

chez les devanciers

de Racine correspond étrangement aux préoccupations politiques de Loùis

XIV.

Airisi, s'il devient excessif de dire que pour écrire sa Thébaide Racine

.

.

aurût pris lA:>uis XlV poUr modèle, il n'en demeure pas moins vrai que l'auteur a sciemment provoqué et inventé dans sa pièce les multiples co1nc1dences qui trouvent leurs correspondances dans le s1ècle de Louis XIV. 11Is cet 1nsÙjJ1t,

ne serait-il pas possible de lui faire un procès d'intention d'avoir délibé-remment parlé de corde dans la. maison du pendu?

Nous avons vu que les prinCipaux personnages de la Théba.!de affron-tent les _es problbes que les principaux héritiers du tr6ne de Louis XIII.

De léur c6té-, les principaux personnages poU tiques d'Alexandre ont-Us eux

a.usa1. das. correspondances dans le siècle de ~s XIV?

20. Jean de la Varendas Sa1nt.-~ et s! Coédie ll1ma.1ne.

p.66.

21. Raymond-Picard, Oeuvres eomPït8s de Racine. ,p.119.

(21)

---:----...,---~ -

-. : ",

19

-Iss oontemporains de 'Racine ont cru voir dans Alexandre et Porus d'authentiques Français. A- ce sujet, le correspondant de Madame Bourneau

ne

pense pas se tromper quand. i l affirmel "Je reoonnais ioi Alexandre qu'au seul nom ••• Porus ••• est ici purement français".22 En d'autres termes l

'Alex-andre de Racine par Bon oomportement semble agir oomme un França1.s

à

la cour

-de louis ID. Ians une telle optique, on ne saurait tenir rigueur

à

René

Jasinski qui dévisage louis XIV dans l'Alexandre de Racinel "Alexandre

rap-pelle Louis XIV". 2)

Evidemment, même si l'Alexandre de Racine rappelle lAuis XIV. oela ne veut nullement dire que l'Alexandre antique se réincarne dans wuis XIV.

~-~ . '

Cela reviendrait

à

dire tout stmplement que c'est le comportement d'Alexandre qui fait que René Jasinsld pense

à

Louis XIV.

:en

somme, l'importance de toutes

1

oes déclarations, c'est qu'elles nous ~pnt réaliser que beaucoup d'historiens et critiques littéraires oomme Roy C. Knight insistent sur le fait que Alex-andra et Porus pourraient a.voir des correspondances en Louis XlV et Condé 1

"la seule chose qui distingue Alexandre de lou1s XIV ou Porus de Condé, c'est

24

qu'Us sont beaucoup moins vrais ••• f i , Ce qui signifie implicitement que

dans la tragédie de Racine Alexandre et Parus représenteraient respectivement louis XIV et Condé, même s1 ces deux' personnages (Alexandre et"'Porus) qui nous viennent de l'antiquité sont plus fabûleux que réels.

Néanmoins, si les o:rltiques semblent persuadés que pour écrire

sa

tragédie Racine s'inspire des événements politiques de son temps, o'est qu'U existe des indices sérieux qui le montrent. Car si Racine ne voula1~

1

~prov~uer de toutes p1~oes cette ressemblance qui existe entre son oeuvre 22. Raymond. Picard, La..car.rière de Jean Raoine. p.11?

2), René Jasinsk1, Vers le yra1 Racine, p.202.

(22)

()

o

~--

~ 20 ~

-,

et la vie pol1 tique de son

te.pa,

11 ne négligerait pas certains détalls

dA.

1 1

-1& fable antique, n'en modifierait le sens, ni n'inventerait pour parvenir

à.

cette resseablance. Eh effet, Roy C. ICnight a bien vu que ~Racine a négligé

1& couleur locale de la. fable antiquel "une rivière dangereuse, un passage

-'

hasardeux inter.t"œpu par un orage terrible, la gigantesque figure de Parus

coabattant du haut du grand des éléphants qui formaient la principale foroe de son armee, e '

te

••••

,,25

,1

R&cine déolare dans 1& première préfaoe d'Alexandre qu '11 a suiVi

1

le hui tise 11 vre de Q.dnte-Ource pour peindre son Paru~. Par oontre, Roy

ci~ Kn1ght

a

bien tait remarquer que "l'idée d'opposer les personnages

d'A-2'6

lexandre et de Porus" ne vient pas de Quinte-Ource mais de :Boyer. Ainsi, il en ressort que Racine a oomp1été l'action de son Parus qu'il a prise de

Quinte-Curee én l'opposant

à.

Alexandre selon une idée moderne de l3oyer.

Cet ajustement oonsoient de la part de Racine est très important.

dar

si

~v

Racine ne l'avait pas fait, jamais l'action que m.ènent Alexandre et Parus dans

sa pièce n'aurai t rassemblé

à

celle qui oppose Louis rI'{

à

80~ oousin Condé.

Bacine invente aussi. Coue Roy C. Knight la notèl "la rivalité &IIlaureuse des princes 1nd1eJ\S

[Porus

et Taxile

J,

·les intrigues de la lIdtresse

. ; . , /

d' Alexandre,

q~i

fourn1seent les m.obUes essentiels de l'aotion ••• ".

27

Ce qui

revient

à.

dire que Racine n'a pas pria chef) Qu.1.nte-Ource, ni CMZ Boyer l'idée

que Parus 8' oppoea.1 t

à

Taxile

à

cause d 1 Axiane • Cependant, l! invention

oapi-tale de Racine, c'est ,celle qui fai~ d' llexandre un célibataire dans sa

tragé-die. Car 8i Racine n'avait pas besoin de oe détail pour compléter

nécessaire-25.

Roy

C.

Kn1ght, ibidt

p.26,S.

26." " " " ..

1~~,

p.264 •

. ?:,." " "

If " ibid;

p.264.

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(23)

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-J. ' 21

-ment les points essentiels qui rapprochent sa pièce de l'actualité louiaqua-torzleM8, certa.1nement U l'aurait .négligé,- EV'1demment, -ce-'détail il

'êona.ppe

" !

pas

à.

Roy C. Knight quand l i déclarel "Alexandre éta.1t

déjà.

~ié avec Roxane lorsqu'U envahit l'Inde". 28

A1.nai, c'est en tenant compte de toutes les modifications,

imita-tiOtla et 1.nventlons que nous pouvons d1:re que l'Alexandre de Racine

appar-- ,

tient (d'emblée) au

xvIt'

s1~cle. Nous pouvons le résumer de la JIl8.OJ-ère

,-suivante, Pendant la conqdte de l'Inde,' Alex.a.ndre se trouve en présence

J

de P9rus et de Taxile, deux rois indiens. Ce dernier sUl\..les conseils de sa

soeur Oléophile. fait allianoe aveo Alexandre contre Porus. Apr~s la. viotoire sur Parus, Alexandre rend.

à.

oe dernier tous ses 'Etats et la. dignité' due ~ son rang.

ra

paix revenue, Alexandre se contente de s'amouracher de CléoPMle et d'être aimé d'elle. En fait, l'Alexandre de Racine se construit sur trois

thèmes distinots. la campagne nu.Uta1re et internationale d'Alexandre contre "

Porus,

la clémence acoordée

à

oe dernier, enfin la lia.1.son amoureuse d'

Alexa.n-drè avec Oléophlle. En réalité, c'est aussi oes trois éléments qui dominent

dans la oampagne mU1 taire de lAuia XIV contre Condé retiré en liBpagne pour combattre la France.

O'est a1n8i qu'on peut dire que la campagne militaire d'Alexandre

contre

l'brùè ...

bl.

ft

bi.n

~

l'oxpôd1t1on

punj.t1vo qu'avait

ontrepr1ae

louis XIV en

1658

contre Crndé. En ef:fet, Phil1Pl?8 Erlanger a, b~8n vu qu'

"Au signal

dU

printemps, 'l~ Roi [Louis

XIV],

sa suite et l'arméé se porûrent,

vers le nord, théâtre de l'fUme comœt qui allait opposer ,~a F.r:a.nce et ~

o

l'mspagne, la Couronne et les dernters":féod.a.ux rebélles groupés autour du

,i

28.

Roy c. Knight, ~, p.264.

,!

... - _ ... - " : ' : " " - _ 1 ... l0III1 •• 1 ... _ _ _ _ -1 1 , 1 1 1 1 \ : III

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(24)

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-22-du Graad

Co.Ddé~'.

29

n

est vra1 que

dQnd~ 11-'é~t

pa.$

l'or-lors'

de cette' g\1erJ:8

- - . . ~ ,

~ entre l

'»:spagne

et la France. Néanmoins. i l avait le rang, la passion, le j

sang, l'ubition et la. grandeur d'un vrai roi. D'a1llSUZ'S, si l'on en croit

j

Jacques D1n:f'revllle,· le soir de la bata.il.l.e décis! ve Anne d'Autriche (mère

de Louis XiV et régente) a félicité Turenne d'avoir sauvé l'Etat. A dire

vrai. "S"U avait remporté le petit Condé aurait sans doute

.

.

'été roil au lieu et place de Lou

Néanmoins, c'est er

quJ."

semble apporter

plus de précisions h1stor1ques qui nous permettent de voir olairement une

l ' ,

oertaine ressembl.a.nce entre l'entreprise de 1.o)1is XTI contre Condé et l'ac-" tion tragique menée par Alexandre con~ Ferus dans la pièoe de Racine * En

,

-effet," Hubert Héth1vier a bien mia en re11ef les -prinoipaux éléments

h1sto-rique~

.

et louisquatori1.ens qui semblent trouver leur écho' dans la tragédie

,

de Racines

...

"u,

dernier prince de sang, Condé, oubliant Rocroi, est devenu

\

.

1

général espagnol en ha.1ne contre Mazarin, se fai ~ bat~ aux Dunes

.

par

'lU-renne en

1658 •••

pour forcer Madrid

à

offrir plus teSt l '"Infante Harle Thérès6

.

" avec la paix ••• la grosse .épine étal t l'amnistie' du Pr1n.ce Condé avec

restl-bl '

tution de ses biens et dignités, finalement" acoordées". Donc une fois / de plus,·

11.

est d1fi'ioile de dire que Racine n'a pas été influencé

-par

la pol~ti­

que de son tellpiS quand i l écr1t son 6:1:exa.ndr!:

Rpy C. Kn1ght note que "les personnages et la a1 tua.t1on d'

Andro-uque et de ses persécuteurs dér1vent d'une véritable tradition &nUque, et Racine les a étudiés dans les sources".32 Pourtant, aime sl l'iJaase d'Andro-maque veuV9, persécutée et bonne mère est bien connue depu:1s 1 t Antiqul té, cela

29. Ph1l.1ppe Erlanger, Hona,enx:Itf.'ère de Louis

u.v,

p.4S.

)O. Jacques D1nfrev1J.le.,

= .

p.1Q9.

)1. Blbert MéWYler,

:r,.

~e

#.i

~s XXV (~ saie-je), p.1). )2. Roy O.

ICn1.lIlt,

Bac1Ae et la Grèce, p.$4

!

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23

-n 'em~che pas aux critiques comme Jacques Morel d'y voir des 9orrespOndances

à

la. oour de Louis XIV.

~.-En effet, Jacques Morel dans son artiole intitulé, "la vivante

Andromaque",JJ/ arrive

à

la. oonclusion que l'Andranaque de Racine serait

Henriet-te

de France, la mère

d~

ltW.am.e et veuve de Charles 1er, e:t Pyrrhus (lord

Hoi-l.arÎd)

serait le persécuteur de ~on fils Chax'les II. Antoine Adam, de son

côté, croit trouver son

Andro~ueJ4 ~

la. personne de IDulse la Vallière et ;on Pyrrhus en IDuis

m.

Pour sa part René JasinskiJ

.5

pense plutôt que 1& vrâie Andromaque serait la oomédienne

:ru

Parc. Ainsi, par sa transparence et son caractère multiforme l'Andromaque de Racine semble projeter une ima.ge

~

-noue, virtuelle et changeante selon l'angle sous lequel on la rega.rde. Dès

<b

oet instant on aurait tort de tenir rigueur aux cri tiques comme Jacques Morel, Antoine·Adam et René Jasinski, etc., sl par une analyse systématique l'on

peut montrer que leurs approches sont loin d'être une illusion et que .IIa.cine pourrait, bel et bien, penser

à

une grande princesse de son tempe pour écrire

,f

son AndroDlMue.

r,

Peut-être, les modifications que Raoine apporte à l'histoire

grâoo-~ /

o /

latine d'Andromaque seraient la source de cette anal~gie que les cri tiques modernes semblent établir entre une prlncesse

à

la cour de IDuis XJ)I et l 'hérolne de Racine. A ce sujet, la premiere entorsé que selon Roy , J Knight.

Racine fait subir

à

la tradition antique d'Andromaque serait que l "Pyrrhus

remarie la concubine qui lui a donné un enfant, et meurt pour avoir épousé,

n~~

la Troyenne [Andromaque], mais la Grecque [Hermione]" •

.36

Donc, si l'on' en croit Roy Knight, Pyrrhus n'aurait jamais épousé la veuve d'Heotor. Dès cet instant,' Racine aurait innové en faisant conna.ttre

à

son Andromaque-un.

33.

Ja.cques Horel, In

;Revue

d'Histoire, oot-déo 1924~ 1,.604-619.

34.

Antoine Adam, Histoire de .a. Littératuré F.ra.noa.1.se au-

xvne

sièCle,

t.

IV, p.Jl4-J15. i

35.

René Jasinsk1, Vers le Vrai Racino,

p.183 •

.36.

Roy O. lCn1.ght, RaoiAe et la Grlloe, p.268.

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(26)

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:w: ... A ~ \ '1'1' 1~ ~ h~ ./, ~ , .. ~

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24-,

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double veuvage mal~ la tradition antiquel

~~ c'est cette princesse '

Dêüx fois veuve et deux fois esclave de la Grèce.

37 .

. !

J'

Puisque ce double veuvage de l'Andromaque antique n'est ici que pure

invention de la part de Racine, force est de se demander si l'auteur ne se serait pas laissé influencer par ce que les contemporains pensaient d'Anne

d'Autric~e (mère de Louis XlV) et de son premier m1n1stre~Mazarin? A savoir

qu 'l1s se seraient mariés secrètement comme les auteurs de l'Encyclopédie Universelle et D.l.ust;ée semblent le prétendre: "11 [Ma.2:arin] était soutenu , par l'amour d'Anne d'Autriche qui l'aurait épousé en secret".38 A dire vrai,

si Anne d'Autriohe avait épousé Mazarin (le oardinal qui n'a jamais été

prêtre),J9

il est évident qu'elle aurait été doublement veuve après la mort de ce dernier en 1661. Et Racine qui écrit son Andromaque en 1667, donc six ans après la mort de Mazarin, pourrait avoir assez de recul pour s'inspirer de ses ~ommérages.

I.e. chÏ:Lntage auquel Pyrrhus aurait soumis cette captive pour la

décider.

à.

l'épouser serait, selon Roy C. Knight, une autre entorse par Racine

à

la fable antique. Car dit Knightl "~qu 'on ne troûve oependant ni chez l'un ni chez l'autre

[ni

chez Euripide ni chez Virgile], c'est le nexus ~hus­ Andromaque, ce sont les menaces d'un amoureux qui oonstituent le dilemme mortel de la oaptlve". 40 En d'autres termes si cet élément, de chantage n'appa.ra.ft nulle part dans les écri. ts des devanciers de Racine, il va falloir admettre que celui-ci l'invente ou se laisse influencer par l'histoire contemporaine. En tout cas, ce n'est pas pour rien que Racine notea "Pyrrhus voulut épouser cette captive

à.

quelque prix que oe !dt".

41.

Sur ce point, 11 faut rendre justice

YI.

Raymond Pioa.rd, Oeuvres Complètes de Baoine, en notes, p.l088.

38.

llnc:mlopédie

UniverseUe

et

p'ustrée.

Vol. VI, p.2181.

39.

Jacques D1nf'revllle, ÜN1s XlV,

p.50.

40.

'Roy

C.< Knight,

Racine

et

1& ~oe.p.268-269.

41. Baymon4 P1ca:r:d, Oëuvres Oômp1;:t9

..

de Racine.

p.241-242 •

(27)

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25

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à.

René Ja.s1nski qui ret'use de reoonndtre Louis XIV dans le Pyrrhus d~ Bacine, quand 11 déolare, "Au surplus, par sa nature même, le sujet ne prêtait guerre aux allusions natteuses. Ni Louis XrI ne p~)Uvait décemment--se reconnaltre

42

en Pyrrhus ••• ". A dire vrai, 11 n'existe aucun t'ait historique qui prouve que Louis XIV avait été amoureux d'une veuve qu '11 aurait voulu épouser

à.

tout

prix,

même celui d'un

chantage.

, 4-:1

Pa.:ê:

oontre, en soulignant le caractère de "mariage de raison" .J

qui semblait 11er Anne d' Autriohe

à.

son premier ministre, Jacques D1n:frev1l1e préoise quel "C'est

à.

cause de son fils qu'elle accepte de lier son destin

44 .

à

celui du Cardinal". N'est-ce paS aussi

à.

cause de son flls que l'Androma-que de Raciné acoepte d'épouser Pyrrhus après avoir tergiversé?

He.1s mon fUs périssaitl i l l'a fallu défendre.

Pyrrhus en m'épousant s'en déclare l'appui

n

suffitl je veux .,b1en m 'en repo~er sur lui'45

C'est parce que Anne Autriohe voulait protéger son t'11s Louix

XIV

.

contre les ambitions grandissantes de Condé, de Gaston d.'Orléans, etc. , que

à

l'instar de l'Andromaque de Racine elle a accepté la protection de Mazarin. Dire que oelui-ci la faisait chanter afin de l'épouser

à.

tout prix, ceJ.8. n~ pourrait venir que des ennemis politiques de Mazarin qui ne lui ont jamais

pardonné d'être un étranger

à.

la direction ,de leur pays. Mariage secret,

chantage, etc., tel était le contenu des "billets anonymes et des libelles

~ 46 \ '

[qui] se multipl1aientl l

• et de. ce qu'on disait au sujet de Mazarin et d'Anne.

d'Autriche

à

la cour. Ainsi, pax ce rapprochement forcé q,ue Racine a

provo-42.

René JasinsId., Vers le vrai Racine p.220. 4), Jacques D1nt'reville, Louis XrI,p.Iî8.

44.

ibid,

p,48.

45. Raymond Pioard, Oeuvres Complètes de Raoine p.28,3.

(28)

j

o

26

-qué en déviant de lâ fable antique t'interprétation de son Andromaque est plu-tôt de la crédulité, non Wle interprétation fondée.

L'autre inventiori de Raoine concerne les hésitations d'Andromaque

à.

se soumettre

à.

lion martre. A ce sujet Knight déclarel "la prisonnière de

, ,

guerre de l'époque homérique pouvait certes éveiller la jalousie d'une autre

femme (ainsi l'Andromaque d'Euripide); mais elle ne pouvait songer

à

se

.,

refuser

à.

la volonté de son martre. la situâtion que montrait Euripide, et que racontait Virgile, excluait les hésitations d'Andromaque et les menace~ 1

de Pyrrhus, d'où dépend en

~de

partie la pièce conçue par Racine".

47

OODe Knight le souligne plus loinl le climat social et l'influence de la culture chrétienne, la bienséance même ont sûrement déterminé Racine à adoucir les rapports entre Andromaque et Pyrrhus au XV~ siècle.

Néanmoins, dans la mesure où Racine aurait pensé

à.

Anne d tAutri-che pour écrire sa pièoe, les hésitations de cette princesse ne feraient que mop,trer

à

l'instar de l'Andromaque de Racine que cette ré~ence d'origine espagnole (étrangère

à.

la cour de France, dans Wl certain sens prisonnièrè de guerre pour avoir épousé Louis XIII afin de mettre un terme aux hostilités entre l'Espagne et la France) a dû se montrer prudente dans ses relations avec Ifa.zar1n, son premier ministre. On ,comprendrait donc qu'elle a dû hési-ter comme l'Andro..que de Racine, et soupeser} les conséquences de chacun de

ses gestes quand elle traitait avec Mazarin afin justement de sauvegarder sa réputation, tout en assurant l'avenir politique de son fils.

L'~ da mère qu~ Racine projette de son Andromaque fait aussi

pa~er

à

Anne d' Autriche.

encore ne cherchons pas trop de préoision dans

47.

Roy O. lC.n1ght, Racine et la. Grèce, p. 269.

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-les faits historiques.

car

comme Racine lui-même ne le cache pas, 1 '~e

~ laquelle 11 a cru bon de se oonformer est oelle dont ses oontemporains avaient une certaine idée l "Andromaque ne connart point d'autre mari qu 'Hector rü

d'autre f1ls qu'Astyanax. J'ai cru en cela me conformer à. l'idée que nous

48 '

avons maintenant de cette princesse". Cependant, cela n'empêche :pas qu'on trouve dans le texte de Racine que son Andromaque avait épousé Pyrrhus. A dire

vra.1, Racine n'a ja.ma.1s écrit que le ma.ria.ge d '~oma.que et de Pyrrhus avait été consommé. Eh somme, sl l'on s'en tient à la oonfession suivante d'Anne d'Autriohe, il s'ensuit qu'elle, non plus, n'a jamais consommé son "mariage" avec Mazàrinl ''Je t'a.voue'·que'je l'aime, et je puis même dire tendrement, mais l'affection que je lui porte ne va pas jusqu'à l'amour, ou sl elle y va sans que je le saohe, mes sens n'y ont point de part; mon esprit seulement est (charmé de la beauté de son esprl

il~ 49

- J

/

De plus, contrairement à. ce que Racine nous laisse entendre dans

)

sa préface', on lit dans -son texte qu'un autre enfant répondait au nom de fils d'Andromaque mais que pour sauver la vie d'Ast~, son fils favori, elle . a déliœremment livré cet autre enfant

à

la mort.

"

, ,

Astyanax d' Hector, jaune et malheureux fils Beste de tant de rois sous trois enseveli. J'apprends quepour ravir son enfance au supplice Andromaque trompa. l'ingénieux mysse.

Tandis qu'un autre enfant, a.r.raché i-e ses bras

Sous le nom de son fils fut conduit au trépas.5O

Eh fa.1 t l'~œaque antique aurait eu deux f1ls ;nais que Racine a voulu lul en prêter un seul dans sa préface. De même que se~on une certaine légende, Anne d'Autriche aurait eu elle aussl deux fils mals aurait voulu

49

4e

Raymond Picard, Oeuvres Complètes de Racine,

'p.248.

Jaoques D1n:frev:l11e, wuls XIV, p.,52 •

.50

Raymond Picard, Oeuvres compl~tes de Racine,

p.24J.

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(30)

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28

-qu 'Wl seul connût la gloire, la ,d.1gni té, etc. Ainsi, c'est l'idée que cette

F~cesse (l'Andromaque antique) avait deux enfants qui réPond&1ent aux noms de ses fils qui la rapproche davantage d' Anne d'Autriche; Car comme l '

Andro-maqu~ de Racine (qui se veut antique) Anne d'Autriohe aurait eu deux fila. D'après Philippe Erlanger qut semble répéter Georges Mo~édient. ,"Selon la légende, Anne d'Autriche laissa un de ses' fils d1sparûtre derrière le Masque de Fer ••• qu 'elle

.

aooe~ " délibéremment de voir le cadet sacrifié

à.

la raison d'Etat".51

:;li Racine n'avait pas mis dans les bras de son Andromaque Wl autre

enfant, ainsi la

f'a1r~

ressembler à. la mère de deux enfants au lieu d'un

seul, ni fait de multiples entorses

à

la fable antique, jamais 11 ne serait

,

poss1ble de faire un rapprochement aussi étroit entre son hérofne et la mère

de :Ü:>uis XIV.

Racine avoue l' "il n'y a presque pas un trait éc:llatant dalla ma

tra-gédie dont 11 [Tac1té] ne m'ait donné l'idée".

52

Cependant, les orlt!,ques

JIlO-darnes voient dans les personnages de son Britannicus des França1s du

XVIz8

siècle.

Selon René JaslnsId, :ü:luis XX{ serait le Néron de Racille, "Comme Néron, Louis ~ avait subi l'ascendant de sa mère, et oe n'&tait pas sana

. luttes ni scrupules qu'il avût -lui aussi réagi" .• 5) Pour Antoine Adam, Racine

a ooapr1s 1& cour de Néron

à

partir de oelle de Iouls XIV l "sa Qonna1ssance

toute neuve ds la. cour de Louis XIV l'aidait

à

comprendre celle de 1 'lùapereur •

.54

D'après Pierre Abraham et all "T1ri de Tac1te, Br1taAe1oUa n'en est pas molne issu du speot&ole que .1e rOi [-touls XIV] sa famille et la oour offrent au

nou-.si.

Ph1llppe Erlanger, 1Io.leur:

fNre

de Iœ1! XIV i

p.32.

,52. BayJlond

PiCard,

o.ums

Ooapllttea d! Daoinet Pl~' ,

5).

Blllné·

Jaa1DaJd.,

Ve

1! Vra1

Bacine.

PI)))' ,

54.

Anto1ne .AdAa,

H1ato1J:e

de. la

14ttfSrature Franoaiae

au

XVIte

~1ècle,

t.D, p.J27.

",. " 'i ~

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1 ~ ~ .... ~~--..

~ 29 ~

-veau oourtisan [RaoineJ... Tableau de la Rome du 1er siècle, Britannicus est autant le

~blea.u

de la monarchie fra.n9a1se et de la oour".

55

A dire vrai,

l'hypothèse que Louis

XIV

rappelle Néron peut s'avérer fondée si l'on arrive

à

montrer que les deux souverains se conduisent de la même manière dans l'exer-oloe de leur pouvoir.

Haoine s1 tue sa tragédie au déhlt du règne personnel de Néron 1

l '

"Néron est loi dans les premières années de son règne qui ont été heureuses, comme l'on sa1tl

56

"Si l'on veut comparer

Néro~

à

Loui.s XIV faut-il auss1 que , ll!s premières années du règne ~ celu1-ci abnt été heureuses? A oette question

Ja.oques D1nf'rev111e réPOnd da.nls l'affirmatif: "Pendant ses premières années

~

de gouvernement t Lo\Üs

xn

ne méri te que des éloges ".

57

Ensui. te, Néron se-lon Agrlppine a été impatient de gouverner tout seul,

J

L'impatient Néron oesse de se oontraindre.

I.as de se faire aimer J 11, veut se faire craindre •••

.58

Louis

m'

·oomme Néron a manifesté t'on impatience de gouverner tout seul auss1 quand 11 déolarer IIJe ne sais pas,oe que j'aura1.s fait S'U

[Ma.za.-, '

.r1n] avait véou plus longtemps"

.59

Si l'on se rappelle que le Néron de Ta.oite

1

(dont Rac1ne se dit s'inspirer) n'a jamai,s exilé Pallas au début de son règne personnel, Von se convaincra que la façon dont le Néron de Ba.cine se dé1:arasse

de Pallas nous rappelle davantage lDuis XIVI /

Pallas

de-ses oonse1ls empoisonne

ma

mère;

n

sédu1 t chaque jour Br! tannicus mon fr~re.

na

l'écoutent tout seul; et qu1 suivait leurs pas

Iss trouverait peut-Stre assemblés ohez

Pa.ll.a.s,

~,

C'.en est trop. De. tous deux 11 faut qUe je l'éoa.r~.

Pour la d.erri1ère fois qu'il 8 'éloigne, qu '11 parte;

Je le veux, je l'ordonne, et que la :fin du jour

Ne le t:r0uve pas dans Rome ou dans

ma:

cow:i'60

33.

Pierre AŒaham et al. Kanuel d' Histoire 11 ttét'8.1re de la France, t.

n,

p.298-299.

56.

Raymond Pié&rd., Oeuvres Coaplètes

!il!

Rac1ne, p.)90.

51.

Jacques )l1ntrevUle,

lPu1a

XIV. p.206~ .

.sa.

Raymond Pio&rd, OeUvré! Coap}.itea de Racine. p~J90.

59.

Voltaire,

lA

SUcle

iOth.

XIV (extraits)

p.62.

60.

Raymond Pied, Oeuvres 1lOlllplites de Racj!ne, p.404.

,

"

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