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Le scénario initiatique dans l'oeuvre romanesque de Hugo /

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Academic year: 2021

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Texte intégral

(1)

" i ; •

·

\ \ ~ 1 1 ,1 ) , t • ,f _

<1.)

Le scénario i ni tiaî) que

dans l'oeuvre romanesque de Hugo

by

~.

Pierre PARTIKIAN

, A thesi s submi tted to

.,

Facul ty of Graduate Studies and Research

in partial fulfilment of the requirements for the degree of

Mas ter of Arts

\

August .1980

rrtn . .

(2)

(:

\ \ JI "

"

Je. ilen.ô à .6oULLgneJt tout: c.e. que. le mémo-Ute doU à

Mono,[.eUlt Jean-Claude MoJU...6ot, plto6u.6eWt au Vé~.aMement

de. .ta.ngue.

et

Utté1ta:twr.e OJta.n.ç.a..Ue.6 de. l', Un,LVeMUé Mc.GLU..'

,

P~*.6a vahte cultU/te,

ha

c.on~.6anc.e app~Otond,i.e

.

de.

.

l'oeuv4e

.

d,e. V.ic,tOI!. Hugo, .6U eùgenc.u de JùgueWt et ha g)ut;Yl.de

éLUpo-n,Lb~é 1 i l m' a Pe/UIl,u de meneIL à .teJune. c.ette. ltec.heAc.he..

'-~---,,'---'-"'-'

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(3)

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\( "r .

LE SCENARIO INITIATIQUE DANS

.L

'OEUVR~ÎW'IESQUE~otv:~~.

1

-"---"f

Ce mêmoire propose une dêfinition du' schéma narratif de type ini-tiatique et en vérifie llappl ication dans l'oeuvre romanesque de V. Hugo.

• r

La définition proposée est établie après. une étude du phénom~ne

initiatique ritue1 et de ses invariants. Elle affirme qu'il

.

y a, dans

-le roman, un schéma narratif de type initiatique quand -le régime existen-tiel de l'un des personnages est radicalement modifié par la.traversêe d'un itinéraire typique comportant obligato,irement cinq invariaf)ts:-Sêparation; Lieu neuf; Epreuve; Révélation; Renaissance.

L'analysa des romans de V. Hugo se fait ft partir de cette assise

théorjque·. Elle rév~le que deux romans de V. Hugo sont structurés selon

un schéma narratif de type initiatique: L'Homme qui rit et les Travail-leurs de la mer. \

,

-, 1 "-.- , , i 1

1

1.

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(4)

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...

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_---~·_=LE~S~~~~~~"11E'DANS

[,'OEUVRE ROMANESQUE DE V. HUGO

- - \

)

In the pre~ent essay. after having offered a tentative definition of the initiative narrative ,pattern. we have then tried to see how it would apply to V. Hug~ls novels.

"

. The proposed

def;ni~~O~~has

been establ ished after a study of the ritualistic initiative phenomenon and of its invariants. This definition

"'" ...

i~"lfes,_that

there exists

~

Jn

the

novel, a narrative pattern qual ified as -initiative when the ex;stent;al status of one of the characters is

1 •

radically transformed by'going through a life's experience which entails

\

\ .

five necessary sequenceSr ('Or invariants): sep.aration; newenv .. ironmentf trial; revelation; rebirth, '

i

The analysis 'of V. \Hugo1s

Qovel~.

has been doneoon this theoretical asis. In doing 50, it appears that only two among V. Huga's ,navels 'are constructed following a nar.rative

.

patter~which qualifies as initiative:

~-)

L'Homme gui'rit:and les Travailleurs de la mer.

1 /

)

/ 1 1 1 1 f

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,

! 1 1 1 • j , 1 1 i . ; 1 ,

(5)

,

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, , -~ ~--! ~_.-~ ... - - - _ . _ , .. - - - ._- ---~- - - -;--- - __ -_~-_ _ i-... _ _ _ _ _ / "TABLE DES ,-/ MATIERES \ \ \ " 1 NTRODutl<ltJN •••• " .•• " •• " ..••• , ...•••... _ ••..••••...• j • • • • , • • • • • • l ,

PREMIERE PARTI~: Initiation et littérature

Introduction ... " " .... I l . : . . . lit • • " • • • • " • • " . " • • • • • 5

Chapitre 1: L'initiation, phénomèf{e univer~el ... 6

Chap~tre II: Les invariants de l l initiati<:":.: .. : ... 18

Chapltre III: Le schéma narratif de type lmtutlque ... 32

, DEUXIEME PARTIE: Les scénarios initiatiques dans L'Homme qui rit '-~ -

..

'-1 ntroducti on ...••...•... '~ ..••...•...•.... 48

Chapitre 1: La première initiation ... 54

Chapitrre II: Un mythe initiatique: "Chaos vatYlcu" ... 69

Chapitre III: La seconde initiation ... 78

TROISIEME PARTIE: Scénarios initiatiques et oeuvre romanesque de Hugo Introduction ... " ./, ... " ... . " .... ' ... , .... ~ ... ., ... . 92

Cha\p~tre 1: Le's Travailleursfde la mer ... " ... 93

,Cha~l tre II: Les autres romans de Hugo ..••...•....••...• 11 0 r " ' _ o r C.oNe USJQ.N ..••.••. f ' . . . 127 BIBL OGRAPHIE' •...•.. , .•....••...•...•• : •..••...••••.•.... 131 j 1 l ~

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\ INTRODUCTION / 1 .~ \

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(7)

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1

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--

..

-

---~ \ -~- -~ -(

Une tendance actuelle cle la critique est d'interpréter les oeuvres

littéraires dans une perspective empruntée

à

l'étude des religions. Les

~

ana lyses de ce type, ,assez récentes dans le monde francophone, ont été

marquées par les travaux de P. A1bouy, dont les recherches sor les Mythes

,

et mythologies dans la littérature française, suscitèrent de nombreux

·tra-vaux sur les survivances mythiques dans les oeuvres d'imagination 1. Ce

mouvement est pourtant ancien dans le monde

ang1o-~axon.

En effet,

,

J.

Weston publiait dès 1920

~on étude, maintenant classique, sur la quête

du Graal: From Ritual to Romance.

Plusieurs chercheurs anglais et

améri-\

cains ont suivi fructueusement la voie tracée par

J. 'West,on~

Cette

appro-'che est qualifiée, en critique littéraire, de

Il My

th criticism'\ ou,

par-li ' 1

fois, de "critique archétypale".

Quelques~uns

des représentants les plus

notoires en sont M. Bodkin 2, R. Chase, F:'Prescott, JLB. Vickery. Il

n'est donc'plus étonnant de retrouver dans la terminologie du discours

l ,ittérai re des termes longtemps réservés-"aux

hi

stori ens des

~el igions:

mythe, rite, initiation ... Les critiques sont de plus en

Plu~.attirés

par la recherche des survivances religieuses dans les oeuvres

~'imagina-tion, roman en particulier. Ce mémoire s'inscrit dans cette tendance

pùisqu'i1 se propose de

retrou~er

des schémas narratifs de type

initiati-que dans l'oeuvre de ,Hugo.

Il est

n~cessaire,

pour êviter tout malentendu, de préciser la

vîsée de la

recherch~

et d'en délimiter les contours. Nous prenons acte

de certaines hypothêsés voulant que la réalité rituelle de l'initiation

\\ - l - 1

-..-.,----===----1 ,

1

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(8)

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_".''''' ... _ ... _

...

_~r_~

_

__,~_.

_ _

...

_,_"O_y_' 2 _,_"O_y_'

-

--dispa!'aisse de notre monde

moderne~ c'est-a-dire ,désacralisé, 'pour

rêappa-r~1tre

en motif littéraire. Nous ne nous interrogerons cependant pas sut

le pourquoi et le comment de cette

occ~ltation.

Seules des études' bea~­

coup plus fouillées et documentées que la nOtre pourront st Y attaquer.

N~s

ne

n~us

demanderons pas non plus ce

qu~

pourrait signifier ce glisse/

-

/

\

ment pour la connaissance des lois régissant l'acte créateur ou le\

fonc-tionnement de

l'ima~inaire.

Cela relèverait'sans aucun doute de

compêtéh-,

ces autres que la nôtrê. NOtre

pr~~

_

/ " ~

---;'

\

Cette recherche

es~d~ste,ma.is

nêcessaire. 11 y a en effet

tr~'~

de critiques qui

contin~t

a

utiliser

;~ans

rigueur aucune la

tenninol~gie

.,,".-,

initiatique. Très pe' d'entre eux se sont' donné la peine de clarifier et

de préciser l'objet e leur discours. : l'on pourrait dire des recherches \

sur l'initiation en littérature, ce que disait R.V. Cnase des études sur

le mythe:,

Il • • ~I

h e been unable ta find any book, old or nèw, which

ly.

Il

3. En effet

t

1 es noti ons empruntées

à

1 a __ re 1

i-.

,

9io109ie, pour

lié

ude des textes littêraires 4, semblent souvent appeler

---..

l~à-peu-prês,

le 'quasi,", etc_.; elles reçoivent fréquemment un traitement

\

t

"approximaUf" e métaphorique.

~

C'est la raison pour laquelle çe mémoire

se propose de pr senter une définiti'on prêcise du schéma narratif de type

initiatique, ava t d'en vérifie'r l'application dans l'oeuvre romanesque

"

de V. Hugo. C'est

.

, à

partir de ce doublé objectif que lès résultats

de-vront être évalués

o

/

Pour atteindr,e 'cet objectif,

il

faudra en premier lieu expos'er ce

qu'est l'initiation ritue

et en

dé9âg~~

le scénario typique.\ Cela

fa-1

cilitera une dêtenm1nation strict

définition du schêma narratif de type initi ique sera établie su.r cette

-

"

(9)

, { 1

i

f\ r\ f, \ \ , / ~ ____ ~"''''I'_, _ _ _ _ .

3

-assise théorique. Elle manlfèstera le lien nécessaire qui doit exister

ê

e~tre l'initiation rituelle'et, d'autre part, le.motîf littéraire d~ type

initiatique. Ce lien 'est le coeur même de notre démonstration. C'est \ pour l'avoir négligé que plusieurs. critiques se sont à notre

a~i-s

(nous

\

- \

le démontrerons plus bas) fourvoyés dans leurs analyses. La défini.tion / proposée sera essentiellement fonctionnelle et descriptive, puisqu',tl

fau-.. r , , "

<,

dra ! partir. d'elle sondé~ l'oeuvre romanesque de Hugo. L 1 Horrme gui rit

sera le premier romàn que nous analyserons. Il constituera une sorte de modè 1 e référenti el pour 1 es êtw:ies-U.lW!~W-r::e5c.---ee-rr'co;maman offre, en effet 1

pl usieurs séquences structurées selon un schéma narratif __ cUL type~i-nftil\-.a ..

~=--->

tique. Cette structure initiatique de l'Homne gui rit a été aperçue par divers critiques, notamment par l. Cellier 5, et, dans sa présentation

' . ,

générale de Hugo "prosateur" pour l' Encyclopaedia UAi~versal i s, par

' ....

J. Seebacher. Mais leur jugement reste largement

a

d~montrer, ou

a

vêri-fier. Viendra ensuitel l'analyse dêtaillêe d'un autre/roman qui selon nous comprend un scénario initiatique: Les Travailleurs deL la mer. Les

\

raisons pour lesquelles des caractéristiques proprement initiatiques sont'.

" 1 1. 1 ",

refusées aux autres ro~ans de Hugo feront l'objet du dernier chapitre. {-,> , Celui .. ci sera le lieu d'une "contre-épreuve" qui complétera la

dêmol1stra-, tion et précisera la définition du schéma narratif de type---·

/

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(10)

f. ( . / - , ""-' ' ,

..

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--, .. . , - ~-- <.4-~.:r-_.'" _.

4

-/

1- Voir entr.e autres

(

2- . Voir la section "Initiation et littêrature" dans' la bibliograph'e

3-

4-5 ..

pour conn~ 1'tre 1 es pri ne i paux ouvrages de ces cri tiques 11

tU!-raires.

-Richard V. Chase ,

..

uest for.M th,

Baton Rouge: Louisiana State Uni vers i ty Press,

1949)

t p. vi.

41 ""i 4IJ

"-Citons un exemple, pat:mL d'autres~que ~ous êvoquerons dans ce

mê-moire, pour illustrer l"'imprêcision qui entoure la tennin log1e

r~ li gi 01 og

1

que. ,', A propos du texte de Nerva 1 pub 11 ê ~ous e titre de "Gênêalogie fantastiquelt

, J.P. Richard êvoque le 'va age

'dont Ner.va1 a Hê, on le 'l'J,s~it, un pr,atiquar\t, ... pennanent. et d nt ----. la Gênêalogie offre d'ailleurs, sous la forme dessinée d'u / _____ 1

petit trajet personnel, et ,Quasi initiatique (nous soulign un exemple bien intêressant. u

Microlectures (Par1 s:, Seuil, collection "Poêtique", ,1979),

Lêoh Ue 11 i er

/

o

.

.

"Chaos vaincu. Victor Hugo et le r mari initiatique " dans Parcours initi

-figues ' ' A la Baconniêre-Neuchâtel: Presses Universitaires de Grenoble~ 1971), '

pp.

164-

f

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(11)

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_~---_-...J\\___-•

1-PREMIERE PARTIE #

Initiation et littérature

/ \ )

\

\

/ 1-~ 1

(12)

, .

,

10

Cj.

)

Cette première partie a pour' objectif d 'él aborer le cadre théori-que qui permettra par la suite (deuxiêtJle et troisième parties) de vérifier la présence de schémas nSlrratifs de type i nit1atique dans l'oeuvre

roma--' nesque de V. Hugo.

fi"@!

PGur réaliser cet objectif, il faudra tout d'abord établir'l'exis-tence

L

l 1 importance et l'universalité du phénomène initiatique. Ce

pre-Imier chapitre ne p,ourra et ne devra qu'être sommaire. 'En effet, ce mémoi-re mémoi-relevant avant tout des études littéraimémoi-res et non des études mémoi- religiolo-giq.ues, il n'était pas question d'en consacrer la majeure partie à décri-re 1 l'initiation rituelle, phénomène essentiellement religieux.

LI importance de l' i niti ati on établi e, l'on détermi nera dans un

i

\

second clAapi tre quel s en sont les i nvari ants, Il sera ensui te facil e,

- \ 0

muni' de cette grille d'analyse, de décréter a'quelles conditions lion est autorisé à reconnaître un schéma narratif de type initiatique dans une oeuvre 1 i ttéra ire. Ce troi si ème chapitre ser~',

1

~'occas i on d' un bi l an cri

ti-",~

que des quelques ouvrages consacrés à 1! ini tiation en littérature.

j

5

(13)

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1 1 • 1

1

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~-- ~-_ .. -~<,~ ... _' .. _ .. ..,.. ~

-CHAPITRE

f -

L'initiation, phénomène universel

La

l~e

veut que Saint Augustin,

méditant au bord de la mer sur

,

les mystères divins, ait aperçu un jeune garçon qui,

à

l'aide d'une

coqail-le de noix, remplissait d'eau de mer un petit trou sur coqail-le rivage.

Inter-loqué, Augustin s'informa du but qu'il poursuivait. "Je veux mettre toùte

l a mer dans ce trou" répond;

~'l e jeune homme. Le savant Père de l' Egl i se ,

moqueur, lui signifia la témérité de son projet. Le garçon, qui, on l'a

deviné, était un ange, lui répliqua qu'il ne se sentait pas plus niais que

lui, Augustin, qui voulait saisir les mystères divins- dans sa petite tête.

".

Le chercheur qui se penche sur l'init'ation pour en connaître tous

les recoins secrets est sans doute aussi téméraire que le célèbre

Cartha-ginois. En effet, l'initiation constitue, selon les religiologues et

ethnologues 1 con,sultéS, le phénomène spirituel le plus complexe et le plus

significatif de l'histoire de l'humanité. L'initiation est., préte,ndent-ils,

indissolublement liée

â

la structure même de la vie spirituelle.

~out

essai de régénération et tout effort pour transcender la candit jan

natu-relle de l'homme afin d'accéder

à

un mode d'être autre, passent,

affir-ment-ils, par le

proces-s-~d;"'l'initiation

2. C'est

à

travers elle que

1 'homme connaît et assume l'image qu'il se fait de lui-même.

,une rapi de enquête convainc pourtant le chercheur que le tenne l'ni ..

.

'

tiation évoque une

r~alitê, banale, voire même superficielle, chez l'homme

des

soci~tés

industrjalisées du monde occidental. Que l'on prononce le

6

--- ----~~

(14)

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1 i ! i " [ , l~ 1 1 1 - i

1

\

(~-)

"

_ _ _ -0- _ _ _ .::::::_'-_ _ _ _ • _ _ _ ~ _ _ _ _ _ _ _ ~_ ... o· --, ---

7

-mot

initiation~

et voilà

que~ certain~ ~voqueront tel enseignement

vulga-r1s~,

publié en livre de poche illustré, qui leur a permis de posséder

les rudiments de basé en

a~trologie,

en1musique ou en mathématiques.

D'autres se gausseront en se rappelant les gestes iidicules qu'ils ont

,

été obligés de poser lors de leur admission dans une confrérie religieuse,

militaire ou

~sotérique.

Rares seront ceux, mais ils existent encore,

qui feront un lien avec le baptême, sacrement de l'initiation

c~rétienne.

,Bref, l'initiation évoque spontanément chez l 'homme moderne, soit

l'in-troduction rapide

a

la connaissance des choses inconnues de lui, soit un

ensemble de gestes hétéroclites posés en vue de l'intégration dans un

groupe ou urie communauté.

Le chercheur est .forcé de reconnaître qu' i l se trouve devant une

réalité qui ne revêt aucune dènsité comparable

à cell~

que les

religio1o-gues attribuent

à

l'initiation. Selon toute évidence, l'initiation,

n'é-. tant plus une expérience

religi~use

pleinement et consciemment

assumé~,

n'exerce aucune fonction ontologique et n'engage plus le

change~ent

radi-al du mode d'être du candidat 3. Il reste fort

a

parier, cependant,

, u' une ana lyse a ttenti

ve

du comportement, des croyances et de l' i déa l de

l 'homme des sociétés industrialisées révélerait (nous l'illustrerons dans

le chapitre III) toute une mythOlogie profondément enfouié et les restes

\

d'une religion camouflée ou

dégrad~e.

Il doit, sans doute, être possible

1

de ranimer des schémas archaTques d'initiation dans des sociétés hautement

évoluées 4, car toute vie humaine, et

c~est

de_ cela que témoigne

li

initia-tion, est

constitu~e

par une série

d'~preuves,

de "morts" et de

"résur-reëtions", par le goOt de "changer de peau".

Vivre, c'est sans cesse se

"désagr~ger

et se rapailler, changer d'état et de fQrme, mourir et revivre.

C,'est entrèprendre puis s'arrêter pour recommence,r encore

a

agir, mais"

1

!

(15)

l'" .

1 -:

(

5

autrement .

8 -- 1.-~

-Qulest donc ce pMnomêne si

imp,~,rtant

dont nous

p~r1ent ~es

reli-giologues? Essayons tout d'abord de le cerner chez les peuples primitifs,r

là 00 il est omniprésent. Selon Mircea Eliade, qui a consacré un

ess~i

il

11 initiàtion, celle-ci

est~

un

e~semble

de rites et d'enseignement oraux, qui

poursuit la modification radicale du statut

reli-gieux et social du sujet

à

initier.

Philosophi-quement parlant, l'initiation équivaut

à

une

mu-tation

ont~logique

du régime existentiel. A la

fin de ses'épreuves, le néophyte jouit d'une tout

autre existence qu'gvant l'initiation: il est

devenu

un autre".

Précisons la'définition. Un ensemble d'enseignements oraux est

communiqué

à

l'individu qui traverse une initiation. Cette communication

consiste dans la transmission de mythes, c'est-à-dire d'une certaine

conception du monde. Le mythe est l'histoire sacrée qui a eu lieu en

dehors des temps historiques, aux temps primordiaux, et qui fa,\t que la

f'

réalité quotidienne est

~elle qu'elle est. Cette réalité peut être le

cosmos, ra condition humaine ,ou simplement tel geste en particulier. Le

mythe rapporte tout ce qui' siest déroulé de significatif au moment de

la créati on:

.-Il

rapporte c'ornnent 1 es choses sont venues

à

11 @tre et fonde

les comportements et les institutions humaines.

Durant 1linitiation, une série.de rftes sont célébrés par le

néo-phyte. Le rite réactualise le mythe, le rend présent. Il est efficace

puisqu'il participe a-ra plénitude de "1 1H10 temP'bre".

~restaura~t

le temps primordial, le cosmos et les hommes retrouvent unedpureté et une

,:

/ \ .

vitalit~

intactes. -

-'--r~'

'1 .

Cette transmission de mythes et cette célêbration de rites

r ~ " l

1

~ 'l

l

j

1

1

(16)

r-

~

! i

(

\

--

~

--

~

--..---..t

~--- 9 ..

l'

poursuivent la modification radicale du statut religieux et social de

;'

1lindividu. Le novice, en participant aux cérémonies. èn subissant les

-êpreuves, en écoutant les mythes, est transformé et acquiert le drQit

d1être admis -parmi les initiés. Il est reconnu comme membre

responsab1~

dl un groupe.

L"ethnologie distingue habituellement trois types d1initiation 7

\

"

chez les peuples primitifs.

1

Tout d1abord les rituels collectifs ou individuels par lesquels

sleffectue .le passage de l 1 enfance

a

1 1 adolescence

o~

de 1 1 adolescence

a

l'age adulte. On les appelle aussi initiation

d~s classes d'age. Cette

initiation, obligatoire pour tous les membres de la

collectivj~~j

isole

les individus selon leur sexe. Sa durée varie considérablement. Elle

peut aller d'une semaine

à

quelques mois, voire même qfe1ques 'années.

Elle est parfois divisée en séries successives s'échelonnant de l'enfa

à

l'age adulte. Le lieu où se déroule l'initiation peut être un espac

restreint, délimité par llinitiateur:

peut être aussi un espace pl us vaste:

est toujours interdit au non-ini tié.

cabane, hutte, grotte, etc.. Il

la brousse, la savane, etc .. Il

,-Le contenu des révélations durant

l'initiation des classes d1age est plus ou moins: élaboré selon les

tri-/ '

..

1

-bus. Il peut s'agir de transmissions de/connaissances relatives

à

la vie

courante (comment pêcher ou planter tel arbre) ou de la présentation

la-borieuse des grands mystères de la tribu. Il peut aussi être question de

l'apprentissage d'une langué secrète pour communiquer entre futurs

~nitiés

ou de la mise e'n scêne grandiose des mythes d'origine:

g~ste

de

l'ancê-tre fondateur ou du hêros mythique. Le rituel initiatique est lui-même

plus ou moins dramatique: séparation du milieu familial ou enlèvement

/

1

,

(17)

(-; , ,

,

~ i

1

J

J

, f , t 1 1

(

) __ -~ __ ~. - ... ~ ____________ .~. -·1- ----. --'-- -.~_._---,

(

- 10 - ,

brutal et ,traumatisant,

~preuyes

physiques

(trayers~es

périlleuses,

as-,

censions'dangereuses, tabous allmentaires, etc.), psychologiques

(si~

lencé, climat de frayeur, etc.), mutilations corporelles (circoncisions,

scarifications,

balafres~

etc.}.

/

Le sens des initiations qui font partie de ce premier type est

toujours le m@me.

Il s'agit de mpurir

a

un certain état, celui de

l'en-fance par exemple, pour nanre

~

une autre existence, celle.du monde

adulte. Il s'agit de transmettre une influence spirituelle destinée

à

donner au novice le moyen d'accéder

à

un état supérieur de l'être 8 .... Pour

être. convaincu de la dimension vitale de ce type d'initiation il suffit de

lire le témoignage de Robert Jaul;n 9, un des rares

ethnolog~es

occiden-taux

à

avoir vécu une initiation:

Le néophyte qui s'avèrerait incapable de subir les

épreuves, et, pire encore, tenterait de retourner

auprès de sa mère serait mis

à

mort. A peu près

toutes les sessions d'initiation dont on nous fit

le réci t connurent cette 'scène tragi que: un baton

mince et solide était enfoncé dans,la tête du

cou-pable sur le cadavre duquel, ensuite, ses

camara-des de promotion dansaient.

Les initiations aux sociétés secrètes ou aux confréries

spéciali-sées constituent le deuxième type d'initiation. Ces sociétés, société des

masques, des danseurs, des cannibales, des guerriers, etc., regroupent

des honvnes ou des ferTl11es partageant e1'1"exclusivité des secrets,

habituel-, 1

lement les mythes sur l'origine du regroupement, et s'imposant un rituel

fait essentiellement d'épreuves encore plus dangereuses que celles

évo-t • &8

quées plus haut. Auinsi,'a titre d'exemple, mentionnons que le futur mem:" /

bre est cruellement flagellé; son corps est frotté avec des feuilles

urti-cantes; il est enterré dans une fosse pendant plusieurs jours. Certains

- ' ,

1

t

1

f

(18)

C>

_ ..

-

----_

..

__

... "-_ ... _~_....--..

_----

... ;

. . . ~ ~~_.~ ... ,.. .. r " . . _,...~, .,.,~~~ , .. ~ . . . _"

11

-ont prétendu que l'existence de ces soc,étés étaient

un~ ~réation

du cycle

,," f ... ·~

matriarcal. Elles devaient terrifier les femmes pour-secouer leur

supré-matie économique, sociale et religieuse. Il

y

a sans doute

un

fond de

vérité dans cette hypothèse, mais il nous semble

, plu~

juste de croire

J

qu'elles avaient en premier lieu la prétention de faire passer l'individu

- du domaine profane au

~omaine

du sacré. Nous suivons ainsi M. Eliade 10

affirmant: liCe qui nous semble 9riginel et fondamental da.ns le phénomène

t., .. J:

des sociétés secrètes, c'est le

b~soin de participer plus pleinement au

)~acré

... ". De la sans doute, la ressemblance avec l'initiation aux

clas-ses d'âge. On

y

retrouve l a même transmi ss i on d'une doctri ne secrète

, t

les mêmes épreuves, et les mêmes symboles de mort et

de,ren~issance.

Le rituel confirmant une vocation mystique est le troisième type

d'initia,tion. Celuî-ci pennet de sélectionner les fonctionnaires du

sa---~ - .

cré: sorcier, chaman,

med~cine-man.

Cette initiation. nécessaire

a

l'ob:

tention d'un statut religieux supérieur, s'adresse

a

quelques individus

aptes

à

participer

a

une expérience religieuse plus intense que celle

accessible au reste de la communauté.

Elle possède les mêmes

caractéris-tiques que les deux types d'initiation évoqués plus haut (apprentissage

d'une langue secrète, de chants, de danses, révélation de mythes,

épreu-JI

Yes de tous genres) mais elle met l'accent sùr des pratiques originales.

Ainsi cette initiation vise

A

provoquer chez l'initié u'ne perso,nnalité .

aberrante, échappant

à ~

nonnalité, mais favorisant l 'obtention de

pou-voirs surnaturels. Transgresser le comportement habituel, c'est passer

d'une condition

r~glée

par la force des institutions

~ (~/ à',

on état de

fréné-sie qui rend possible la participation aux forceS magico-religieuses.

L'acquisition de ces pouvoirs se réalise par l'abandon des règles qui

con-traignent l'humanité dite normale: 11 faut tuer un membre de sa famille,

,

(19)

(

CJ

" ~.~ -. ~ -_._-~._---- 12 --

---

... / "

commettre l'inceste, jeOner ou errer dans la brousse jusqu'à

l'halluci~

, /

nation, de telle sorte qu'une violente crise fasse éclore une personnalité

nouvelle.

Outr~Jces

épreuves, il

y·a

transmission des secrets (l'art de

fabriquer le poison par exemple) ou des rites magiques (la façon de jeter

,

b

des sorts). Même si ces initiations restent réservées

à

de três rares

in-dividus et que l'élément extàtique y revêt une importa'nce primordiale, on

y

retrouve, nous venons de lé constater, les m@mes séquences qui' i1lustrent

dramatiquement la mort du vieil

hon~e

et la naissance d'un nouvel

indivi-du. Si le grain ne meurt ...

L'initiation, universell.ement répandue dans 'le monde

pr;mitif~

ne

'. lui est cependant pas exclusive. Quelques coups de sonde dans l'histoire

révèlent la présence et la vitalité du phénomène

a

différentes époques et

• dans différentes cultures.

Près

~'Athênes,

pendant plus de mille ans, les citoyens. du monde

/

hellénique, et plus tard ceux de l'empire romain, se pressèrent aux portes

,

du sanctuaire d'Eleusis pour demander

â

être initié. Un cérémonial

fas-tueux 11, durant une dizaine de jours, permettait au pelerin qui

y

partici-pait, d'être régénéré et de retourner chez lui transformé. L'on ne

con-"

na'i.t M1às

pa~

le déroulement précis" des mystères dl,Eleusis, le secret

, \

ayant été, farouchement gardé. Nous sommes réduits

a

des conjectures. les

bribes dl informations qui ont filtré permettent

cep~ndant

de reconnattre

les élêments ,typiques de l'initiation. Le myste devait se purifier.

re-v@tir un v@tement neuf, manifestant ainsi son dêsir d'être mis

A

part.

/-

Da~s

l'enceinte du temple, les pr@tres révêlai ent au réactualisaient un

mythe (celui de Déméter et de Pers,éphoa,e?), présentai ent ensuite des

objets sacrés (blé?). Le nêophyte devait. selon l'opinion de Foucart 12,

(20)

(

.. " --- ---~.--_.,-~---. - 13

1

--subir

de~

épreuves d'ordre psychologique s'apparentant

à

une descente aux

enfers.

Apr~s

l'initiation, le pelerin se considérait adopté par la

.

~

, déesse, peut-atre même son égal. Il avait, en écoutant la révélation, en

voyant les objets sacrés, en participant au rituel ,'transcendé la

condi-

,-tion humaine et ainsi obtenu un mode d'être surhumain.

Dans le christianisme primitif, le baptême 13 est clairement

iden-, .

tifiê comme le sacrement' d'initiation par excellence.

<

Nous connaissons

assez bien le rituel utilisé par les premiers chrétiens grace aux écrits

des pères apostoliques conne la Didachè ou l'Epître

à

Barnabé. les

caté-chumènes, séparés du reste de la communauté, étaient soumis

à

des

épreu-ves, dont les principales étaient le jeQne et 1

d

exorcisme. Un

enseigne-"

ment dont on retrouve des traces dans " actue' symbole des ap6tres éta

lot

ensuite transmis. Cet enseignement ne consistait pas uniquement

à

pré-senter les mystères du Christ, il montrait en eux la réalisation de'

l'Ancien Testament. Prenait place ensuite une catéchèse morale\tournant'

1

autour de l'amour de Dieu et du prochain. Le baptême par triple

immer~

sion était donné, suivi d'une série de rites subsidiaires (onction

~e

l'huile, remise d'un vêtement blanc). La

cérémoni~se

déroulait de

pré-férence durant la nuit pqsçale pour Qien marquer sa

finalit~a

ré-surrection du néophyte. Le nouveau chrétien, mort

à ~a

vie du péché,

peut r.enattre fils de Dieu. Il est sauvé, il est autre. On repère

fa-cilement dans ce qui vient d'être décrit des éléments initiatiques qui

nous sont maintenant familiers.

Depuis deux ou trois siècles, fleurissent en Occident une

multi-tude de sociétés fermées, de sectes occultes, de groupements

herméti,~tes,

de mouvements"néo-splrituels, qui utïlisent l'initiation conme porte

..

1

!

(21)

(

14

-d'entrée. Leur rituel ini.tiatique

d~nQte

le plus sqJ.lyent une lamentable

pauvreté spirituelle. Le seul mouvement qui presênte" un intér@t,

à

cause

de sa cohérence idéologique et de sa longue histoire préStigieuse. est la

, \. '

franc-maçonnerie 14. L'initiation

m~çonnique,

souvent décrite, consiste

a

imaginer la mort du postulant

a

la vie-profane et sa résurrection

a

une

1

vïe nouvelle ..

~pr~s

avoir subi les épreuves des divers éléments: la terre.

le feu, l'eau et l'air. L'objet des initiations maçonniques, -- il Y en

a plusieurs selon les degrés auxquels le maçon accède, est de conduire le

c-.

postulant

à

la

"Connaissance~

grace

à

une

i1luminati~n

intérieure. Durant

l'initiation, la symb.-ol ique maçonnique est transmise progressivement:

symboles empruntés

à

la tràdition religieuse, tels le triangle,et le delta

lumineux,

à

l'hermétisme, tels les quatre éléments, et parfois même

à

l'alchimie. le canal de transmission de la symb'olique est très varié:

ré-/ ~

vélations par des légendes, celle d'Hiram par exemple, par des objets

l ,

(compas, équerre, maillet), par des formules (V.I.T.R.I.O.l.,), par des

si-gnes ou des paraboles.

L'illustration de ce qu'est le phénomène initiatique dans

~'his--" \

toire humaine se poursuivrait longtemps-encore, le sujet étant loin d'être

~

épuisé. On,pourrait parler de l'initiation dans les mystères d'Isis et

d'Osiris, dans le mithraTsme et

l'orphisme~

dans

l'hindouism~

et les

cé-1

rémoni~s

tantriques indo-tibétaines, dans le vaudou et l'alchimie, etc •.

Cela deviendrait lassant

a

force de répétitions et n'i'ajouterait plus

rien

a

la raison d'@tre,de ce premier chapitre: illustrer l'universalité

de l'initiation

et

son importance pour l'@tre humain de tous les temps.

1 \

/ Il reste évident que ce chapitre n'était que l'esquisse d'urt

vaste tableau dont chaque élément aurait

à

être étudié avec plus' d'ampleur.

j ,

(22)

1

_ _ _ -.0.-

_11_ .... ____ _

~---

_ _ _ - 15 - /

c

, 1 Force est d~ nous limiter

a

quelques aspects, êt~nt donné le cadre dans' \

,

\

()

l '

lequel il s'inscrit. IJ était pourtant néèessaire de nous attarder un peu sur l'ini tiation rituelle, pour pouvoir ensuite en dégager sOrernent les invariants. C'est pour n'avoir pas franchi ces

êtap~s q~e 1~

criti4ue

~

littéraire, comme nous le.verrons plus bas, a souvent abordê avec

im~rê~1-sion toute la question d~ phé~omêne initiatique en littérature .

/

. /

(23)

(,

1-

t-

3-

4- 5-

6-

7-. 1

_8-

9-~

16 t Notes

.

~~~ -...--...

--

... _"..,..._ ..

_.---._-Ce chapitre est largement inspir~ 'de trois études 'génêra1es con'"" sacrées A l'initiation:

Eliade, Mi rcea Van Gennep, Arnold, Vierne, Simone!

Naissances m st; ues

Paris: Gallimard, 1967).

les Rites de assa e Pari s: Nourry, 1909).

Rite Roman Initiation

, '( Grenob 1 e : Pres ses Uni vers; ta ires de Gt-enoble, 1973).

et d!une. série de monographies que nous indiquerons au fur et

a

mesure. L'auteur de ces lignes n'étant pas religiologûe de fession, encore moins ethnologue, nia pas la p\étention de pro-poser dans ce chapitre des

vues

inédi.tes. Sa seule ambition est , de prêsenter cl~irement, solt1l1airement et exactement le phénomêne i niti at; que. le lecteur ne devra pas s'étonner de retrouver 1 a pensée d'auteurs ayant fait autorité dans le domaine. Nous

sou-1 ignerons au passage certains emprunts~

\

Mircea El iade Naissances m sti ues

Paris: Gallimard, 19(7) ,'p .. 239.

Ibid., p. 263.

~, p. 267.

Arnold Van Gennep Op. ·cit., p. 272.

Mi rcea El

i~~e

,

Naissances mystigues

(P~ris:, Gallimard

ë 1967), p. 10.

Mi rce~" ~l i ade La Nostal~ie des origines _

(Pari s: a 11 imard, 1971},

pp.

223~224 •

Serge Hutin Les Francs-ma ons '

Parl~: S~uil, 1964),

p.

37.

Robert Jaulin La Mort Sara

" (Paris: Plon, 1971), p. 417.

~E.ljade ~~----'~fSSinces st; ues

\

11-

Notre princip,a,le source

Geo~ge E. Mylonas '

, '"

Pans:. Ga, l,mard, 1967)"p: 149.

d'infonnations

a

été le livre de

E1eusis and 'the Eleusian M steries ~ ,Princeton: rlnceton Univers

ty

Press. f 1961). i

,

,-i' 1

!

: 'j

, '1'

, !

1 i

',·1

(24)

,

.

\

\ 1 12- ' 13 .. 14 .. \ \ - -~

---"'---.-

~---._-

---"-_._-

--- 17

Opinion rapportée par:

George

E.

Mylonas.

.{

Op •

c

!

t.,

p.

265.

, 1

Notre principale

SOAJrce

d'informations

a

êtê

le

livre

de

Jean Danielou

~

,ET Henri Marrou

Nou,ve 11 e Hi s toi re

de

l' Egl i se l

tParis:

Seuil,

1963).

l , 1

\ \ \ ,

Notre ,principale source d'informations a

êtê

le livre de

/

Paul' Naudon

L

anc .. m on er' e .

\ "'["PaEiS:

P.U.F., collection "Que

sais-'\.

\

"jë?'i',

1967)

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CHAPITRE II - Les invariants de l'initiation

Le phénomène initiatiq'ue est, comme tout.fait de culture, un fait

~

,

historique~

Cela veut dire que ses expressions concrêtes sont en rapport

'avec la structure d'une société donnée et avec son histoire, d'où la

va-riété des formes initiatiques. Celles-ci revêtent plus ou moins

d'am-pleur, plus ou moins de couleurs, plus ou moins d'intensité selon l'aire

" \.

culturelle ou1l'épOÇlUe

histo~,ique

dans lesquelles elles s'inscrivent. La

simplici té'J des initiati

, OAS

kurnaTs côtoie les compl exes ini tiati ons

.

"

kwakiutls, les grandioses

initt~tions

éleusiennes et

~les

étranges

initia-'ti ons maçonn; ques.

~

Cependant, parce que l'initiation implique une expérience

exis-tentielle, -- celle de la mort rituelle, de la révélation du sacré et de

la renaissance --, elle présente une dimension trans-historique et

méta-culturelle

1.

Parce qu'elle constitue la cQndÜion "sine qua non" d'une

nouvéle et plus complètè expérience ex,istentielle on

y

rencontre partout

les

m~mes

épreuves, les mêmes symboles de mort et de vie, les mêmes

ré-) vélations concernant une doctrine secrète et traditionnelle. Parce que

/

la disposition

tend~ncielle

des rites lnitiatiques est toujours la même,

\

.,

~

on

y.retr:'~,~~e

sous la multiplicité des formes, une séquence type.

~,Bref,

li

il

existe entre

to~tes les initiations Ul1e solidarité structurelle qui

fait, qu'analysées dans une certaine perspeéthe, tbutes' les initiations

se ressemblent. Et ceci, répétons-le ,. parce que l' initiati_on vise

tou-jours un même but:

• 1

la transmutation du' néophyte

a

la suite d'une mort

,

(26)

-r-

I

c.

\

19

-symbol ique. \

Quels sont donc les invariants 2 de l'Jnitiation? Quels sont ces éléments qui se retrouvent dans toute initiation malgré le maquillage cul-turel? l'ns sont au nombre de cinq: 'la SEPARATION du néophyte de son en-vi ronnement habi tue l,le LI EU du dérou1 ement de l' act ion, l'EPREUVE con-duisant à une .mort rituelle, la REVELATION de choses inconnues de l'

ini-~i~, et la RENAISSANCE à un mode d'être différent. Pour bien établ ir sa

présence dans l'initiation, chaque invariant sera illustré par des exem-ples provenant d'aires géographiques'et culturelles différentes. Ils viendront des rites de ,puberté sara, tr:'ibu africaine du lchadLdes mystè-res d'Eleusis dans la Grèce antique, de la consécration de la jeunesse des rites vaudous en Haïti, du Rite, Ecossais Ancien et Accepté de la franc-maçonnerie, enfin du hamatsa, cérémonie initiatique dans la société IIdu Ca-nibale de la bordure septentrionale du monde" des indiens de la côte pa-cifique nord-américaine. Une recherche en phénoménologie religieuse au-rait exigé la multiplication des exemples, mais tel n'est pas le propos de ce mêmo; re. 11 nous suffi t d 1 étab 1 i r sorrrna i rement mais sûrement 1 es

invariants de llinitiation pour pouvoir ensuite proposer une définition rigoureuse du schéma narratif de type initiatique dans une oeuvre litté-

..,.

rai re.

Pour qu'il

y

ait initiation,

n

faut tout d'abord que le néophyte soit mis à part, qu'il soit séparé de son environnement habituel,

c'est--

.

à~dit"e de son milieu et de son mode de vie quotidien. Cet environnement

,

est llespace où il vit, espace au sein duquel il siest créé un tissu de relations familiales ou autres. La séparation est quelquefois inat-tendue, la date en étant tenue secrète. Ainsi les candidats à la

, \

... 1'

(27)

r--1

" i , 20

-\cérémonie vaudou 3 ne s'avent pas quand aura lieu l'initiation. R. Jaulin

4-qui attendait depuis quelques mois d'être initié, tente de savoir

a

quel

moment et de quelle façon i l sera saisi et livré à la brousse. Les

ma'f-tres d'initiation, insistant sur la discrétion avec laquelle , il convenait

que tout fOt préparé, refusent obsti nément de répondre. Le secret est

'~xigé car il faut tenir à , 'écart les non-initiés. La brutalité de la

séparation est aussi maintes fois évoquée. [es jeunes Bekoh 5 de la

tri-bu sara sont violemment expulsés de leurs cases, déshabillés et battus.

/ .

Les jeunes ha'ltiens 6 initiés au vaudou quittent leur famille dans les\

1

arme~,

ont 1 es yeux bandés et sont rudement poussés dans l a chambre d' i -nitiation. Le novice kwakiutl 7 disparaît du milieu de l'assemblée, en-levé croit-on par le "divin Canniba\le". La raison d'être de ces

sépara-1

tians brutales est de faire croire aux non-initiés et à leur entourage

qu'ils vont motJrir. Pour bien marquer la ~écessité de la séparation,

cer-taines ,initiations exigent même des rite6 de purification. Une stèle

retrouvée à Eleusis 8 mqntre les lustrations auxque'lles se livraient les

'pélerins. Les jeunes Bekoh 9 sont peints, en blanc. Le Kwakiutl

accom-plit des exercices lustraux pour perdre l'odeur humaine 10. Le myste li

Eleusis devait, après s'être baignê dans la mer, revêtir le nouveau

vête-ment préparé pour la cérémonie 11 Ces rites de purification-sont en fait

des rites de séparation en vue de l'initiation. Le nêophyte n'est plus idéntique au commun des mortels. Il a été purifié, il est déjà autre, sé-paré.

La séparation effectuée, le néophyte se retrouve dans un

1

i eu qu'il n'a jamais -fréquenté, qui n'a aucun rapport avec son expérience an-térieure. Ce llieu n'a jamais été banalisé par la vie quotidienne -et ne

le sera jamais. Il est en'quelque sorte valorisé car, nous le verrons

(28)

(

,

• 21

plus bas, ce qui s'y passe est hors de l'expérience commune. C~ lieu

- peut être exigu, tel ce petit enclos monté à l'aide de branchages dans

la brousse entourant le camp sara 12. Il peut consister en une salle,

tel le cabinet de réflexion des initiations maçonniques 13, dont les murs , peints en noir sont couverts d'inscriptions ou de dessins symboliques. Chez les Kwakiutls 14 un bâtiment spécial, Il~e lieu du bien-être", est

construit. Dans les religions il mystères, le lieu est un vaste

sanctuai-re au sein duquel un espace est réservé pour les initiations, ainsi le telesterion 15 à Eleusis ou le Bobagui 16 du hownftrt du culte vaudou. C'est la qu'habituellement sont entreposés les objets sacrés visibles des seuls ini tiés. Ces quelques exemples confirment que l' ini ti ation ne peut se dérouler n'importe où. Ce qui rapproche tous ces lieux, de la hutte sara au temple d'Eleusis, c'est qu'ils créent un espace différent de ce-lui 00 l'on vit. Cet espace est hors du commun parce que va sly réaliser 0

une transmutati on. Pour que ce 11 e-ci réuss i sse il faut que 1 e néophyte soit dans un "ailleurs", dans un lieu neuf.

Le néophyte, séparé de son environnem~nt habituel et conduit dans

un Heu neuf. va subir une série d'épreuves. Celles-ci sont très variées.

Il peut s'agir de pratiques ascétiques, jeQnes ou tabous alimentaires: les

novices sara 17 ne doivent pas manger de viande'ou de chair de poisson; le néophyte vaudouiste 18 ne peut ingurgiter que la nourriture d'un

nou'rris-son; le pélerin d'Eleusis 19 doit se nourrir de m~ts agréés de Perséphone.

Les épreuves cons i s tent parfo; s en des

~tortures,

symb-o

1

i ques ou non 20: flagellations dans presque toutes les initiatiàns, marques physiques comme

1

les balafre~ou la scarification. SouVent le néophyte doit effectuer

un voyage périlleux: Foucart 21 prêtend que l'initiation à Eleusis

com-portait un voyage simulé du myste dans les régions souterraines de ce

(29)

"

"

(~

\ \ :.

- 22

monde, à travers des chemi ns tortueux et obscurs où surgi ssa i ent des

appa-ri ti ons macabr~s qui causaient 1a terreur et l 'ango; sse. les

francs-maçons sont soumis au même voyage périlleux. Il suffit de rappeler que

le récipiendaire, après avoir obtenu, symboliquement l'admission dans le te!l1ple, fait trois voyages, subissant les épreuves de l'air, de l'eau et

j

du feu, avant d'obtenir la lumière 22. Nombreuses sont aussi les morts

symboliques: dans le rituel'kwakiutl il est dit du novice: "il tomba

raide mort et s'éveilla ensuite à une nouvelle vie" 23; parfois on

racon-\ te que le dieu a englouti le néophyte pour ensuite le recrach~r, recréé.

Toutes ces épreuv.!s, et 1 es centa

i~es

d'autres qui ont été recensées,

ma-nifestent d'une manière f10quente que celui, qui les a subies, a trans-cendé la nature humaine 24. Le novice a montré du cour,age et une résis-tance morale et physique hors pair. -Il est donc qualifié pour partager

une condi.tion sur:humaine. Il ne craint plus la mort.

Durant les épreuves, ou entre chacune des épreuves, s'insère la révélation, le quatrième invariant. Au cours de cette étape le sens des

.

êtres et des choses, tel que perçu dans l a communauté, est transmi s au

postulant. Celui-ci acquiert ainsi progressivement le s,ns de la vie,

du cosmos, de l' homme, du temps, etc .. Il peut désormai s se situer dans

l'univers. Il ne s'agit pas d'un savoir intellectuel mais d'une

illumi-nation au sens mystique, d'une connaissance directe par l'imagiillumi-nation et la senstbilité 25, de l'introduction dans un monde qui n'est plus immé-.

.

\ diat, celui du sens. Quelques exemples feront mieux saisir ce qu'est la révélation. Durant sa réclusion d'une semaine, loin de tout contact avec le °mbnde profane, le futur initié vaudou 26 concentre toute son attention , '

et toute son affectivité sur les différentes actions rituelles â travers

K 1

fesquelles ; 1 fera la découverte de sa condi ti on d' homme dans sa dimensi on /

• i

\

1

(30)

/

()

23

-'cosmique. Il prendra conscience de la réalité cyclique de la vie et

inté-riorisera sa situation

à

travers une structure commune

à

lui et au monde

par un retour aux archétypes: Terre, Végétation, Eau et Feu. Dans la

franc-maçonnerie 27 les rites allant du 4ième au 18ième degré conduisent

, à

1 a conna

i

ssanc,e qu cosmos. Ceux préparant au 30ième, ensei gnent les

voies/de la ré\lisation de l'ordre humain en harmonie avec l'universel.

\

Le nuvice kwakiutl 28 entend et apprend, durant cette séquence, le texte

intégral de la'légende du clan. Ce texte narre les péripéties de

"an-cêtre lIin i

110

tempore

lJ

,

ses expériences chez le IICanni bale de la bordure

.

~

.

septentnonale ,du monde

lJ

Les paroles sacrées sont révélées aU,myste

• 0

d'Eleusis 29 lors de

)a

phase rituelle appelée

legom~na.

La révélation

est transmtse quelquefois par un individu, -- Frère Grand Expert dans

il

la franc-maçonnerie, prêtre dans les mystères d'Eleusis, homme agé chez

les pr,imitifs --, qui possède déjà-grâce à ses

ini~iatlons

antérieures

une partie du dépôt sacré qu'il a la charge de transmettre. L'initié ést

tenu au secret absolu en ce qui â .trait

â

la révélation. La divulgation

peut entra'ner la mort:

,Le cinquième invariant est en fait la conséquence et la finalité

de toute initiation: la renaissance. Dans la suite du mémoire ce terme

/

Signifiera toujours "seconde naissance". Le vieil, homme a été remplacé

p~r

un nouvel être. Celui-ci assume un autre mode d'existence. Cette

réalité est souvent figurée par la symbolique

de~gestation

embryon-naire et du nouvel enfantement. Elle est exprimée parfois en des images

Signifiant, d'une" manière ou d'une autre,' le commencement de la vie

(sor-tie ,hors du monstre, réveil, etc.). Le jeune

K~akiutl\ag;t

"col1lTJe s'il

avait oublié les chemins des hommes et devait tout réapprendre comme un

nouveau-né" 30

Les jeunes

de

la tribu,sara sont censés ne plus savoir

(31)

t

1

c

-~ , ~ ----,,-

---

---~-'"

--

--- - --- -\---~ --1 24

-parler; on les fait manger comme des enfants. L'usage ve~t qu'au retour

1

de la brousse ils "soient prêsentés à leurs parents car, dev,nus .autres,

ils ne reconnaissent ~lus personne~ 31 Les pélerins d'Eleusis 32

revenaient joyeux et heureux. Leur peur de la mort avait beaucoup

dimi-r ,

nuê et ils étaient habités de l'espoir d'une vie meilleure, dans le

royau-me des ombres. Y a-t~il réellement renaissance? L'initiation tient-elle

vraiment sa promesse? Nou-s n'avons pas à vérifier cette prétention,

mais simplement à constater qu'elle existe et qu'elle donne un sens à

~~ l'institution qu'est l'initiation. 1 L'important à retenir ~stOque

l'ini-tiation proclame l'intention et revendique le pouvoir ae transmuer

l'exis-tence humaine 33. Aprês l'initiatio~ le novice se sent différent des

autres et supérieuro aux autres. Il va continuer à vivre dans le monde

profane mais, parce qü'il est initié, il vivra autrèment.

\

Le scénario séparation - lieu - épreuve - révé.~ation - renaissance

,,'

constitue ,selon nous les invariants de l'initiation. Simone Vierne dans

son étu~e Ri te Ro~an Initiation ne dégage pas le même sc~hari o. Elle ne

retient que trois invariants (voir Tableau 1): la pr~paratiàn, la

mort initiatique et la re-naissance. Quoique recouvrant les

princi-paux éléments de l'initiation, le scénario qu'elle proposê, est nettement insatisfaisant. En effet, S. Vierne inclut dans la phase préparatoire de

l'initiation trois éléments: la s~paration. les rites purificatoires et

l'établissement du'lieu sacré. Or le rite purificatoire n'est qu'un "variant" car d'une part il n'est pas attesté dans ~o~tes les ;·n;~iat;ons

et d'autre part il nlest q~'une'moealité de la s~paration. Certaines

ini-tiations exigent ,l!l purification pour bien s'assurer de la ~éparation du

nêophyte ou pour, tout simplement, la slgnifier. Quant à l'établ issement

du lieu sacré, il se fait bien avant l'initiation. Quelquefois m@me,

_1---._ ...

'% .,

....

"

---,---

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---

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(32)

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Tableau 1 -Préparation

Etab tir Ze Ueu saaré:

- brousse/nature,

maison

culturel

le

- lieu

consacré par une

divini-té, caverne mi-thri aque ~ loge

maçonnique

préparée Se purifier: - baignade, ton-s~re - entrée au tem-ple: purifica-tion, sacrifi-ces '" jeunes, absti-nence ~

recher-che

mi nerai - enquête maçon-nique Séparation: - d'avec la mère - loin des

"non-prêtres Il - entrée dans 1 e lieu clos du temple

- admission sous

le

bandeau,

boisson d'ou-bli .. 25

-LE PARCOURS INITIATIQUE

selon S. Vierne /

.

Mort initiatique Voyage

Rites d'entrée dans 1 'au~delà

- rapt

.

- perte de con-naissance (boissons, chants, jeû-nes) - $ymplégades \ - épreuves.) rrrise à mort" · ascèse (tabous alimentaires, jeOnes, vei 11 e, silence) · tortur~s: dé-pècement initia-tique, (fouet, brOlures et sca-rifications. tortures) OsirisjOrpMe .. (circoncision, sub incision) - regressus ad uterum · image de l'embryon ~ · grottes, tom-· bes -. monstre ava-leur (ancêtre mythique) • chaos origi-nel

- voyage aux en-fers ou au aie Z · vers

t'

'île de 1 1 ancêtre my-thique cf. Iles des Bi enheureux · descensus ad inferos-· l abyri nthe • centre du mon-de (poteau, ar-bre) · accès au ciel:

ascensus

Re-nai ssance

Sortie péri

Ueu-se

hors des mons-tres . Sortie heUX'euse geste de sortle rêvei 1 Hat enfantin (nudité, nourri-ture, langage inarticulê) nouveau nom " /

[

(33)

.;

'/

\

\

- 26

comme dan's les religions à mystêres ôu dans les sociétés fermées. le lieu étant toujours là, n'a pas besoin d'être établ i. Il reste donc, de

la

trilogie préparatoire, un seul invariant: la séparation. qui comporte parfois des rites purificatoires et l'établissement d'un lieu. La sépa-

.

-ration étant " invariant nous préférons retenir ce terme plutOt que "préparation". Dans l'invariant "mort initiatique" S. Vierne inclut

, ~

d'une part des rites d'entrée et'd'autre part un voyage d~lns l'au-delà. Dans les rites d'entrée S. Vierne mentionne le rapt. Quelle

distinction fait-ellë entre le rapt et la séparation (premier- invariant) de sa phase préparatoire? A notre avis il n 'yen a pas, car le rapt est uneQmodalitê de la Séparation et devrait normalement y être inclus. De

\

même S./Vierne. pour illustrer,les rites d'entrée, évoque les pertes de connaissance suite à l'ingurgitation de boissons . . QUè-lle distinction

~

.

... ."..."

,..

~

fait-elle avec les boissons d'oubli qu'elle place comme exemple de sépa-ration? Les sympUgades, plus que des ri tes d'entrée, sont avant tout

/

des épreuves et auraient da normalement se situer dans la 1 iste de ce que S. Vierne a,ppelle improprement "voyage dans l'au-delà". Cette expression, sans doute adéquate pour englober le regX'e8SUS ad uterum

ou le descensus ad infeX'oa est vraiment mal choisie pour parler de

,

'

""-,

.

ll ascêse, (tabous alimentaires, jeanes, veille) et des tortures (fouet, brQlures et scarifications). Pourquoi ne pas utiliser le terme plus genéral d'épreuves qui recouvrerait en même temps le 'voyage dans

l'au-

;"-delà, les aymptégades et les différentes ascèses, tortures etc.?

S. Vierne omet en outre de considérer la révélation cOlll1le étant tin inva-riant du scénario initi_atique. Or, et cela a- été maintes fois illustré depuis le début

de

la recherche,

la

l'évélation fait partie intégrante de l'initiation. Qn ne peut Ta concevoir saris cette transmission de

\ / <' \

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(34)

(

\ / ... ) - 27 ~

connaissances qui vient donner le sens de ce qui est vécu. Que reste-t-il J

d'une initiation dont la révé1atton a été enlevée? Une série de gestes souvent incompréhensibles._ Il faut reconnai'tre que dans la suite de son étude S. Vierne accorde une grande importance (

a

la connaissance transmise

/' '

dans l'initiation ainsi qu'aux'modalités de transmission. Pourquoi n'a-t-el1e pas alors considéré cette étape cOmm~ faisant partie intéflrante

.7

du parcours initiatique?

Il n"existe à notre connaissance, outre le travail de S. Vierne, aucune étude systématique sur la détermination des invariants de l'initia-tion. Ceci expliquerait sans doute~ nous reviendrons la-dessus au pro-chain chapitre, le peu de rigueur avec laquelle la notton de scénario

,

!

initiatique est utilisée en théorie littéraire. La plupart des critiques se contentent d'approximations, de vagues analogies et de génér~lités.

C'est pourquoi, il était nécessaire de bien préciser' ce qu'est 1

'initia-' / /

tion et ses 'invariants, avant d'entreprendre une analyse littéraire~

quelques remarques seraient encore utiles avant de parler du scé-nario initiatique dans une oeuvre littéraire.'

~ .. ~

/

Il faudra rappeler souvent que l ~initiation n'est pas toute la re- . ligion. Elle n'est qu'un moment d'une expérience religieuse~ _ Il faut

;donc à tout prix éviter de faire de l'initiation un synonyme de religion ( ou

'd~

pécher

p~r IIs~neCdoJ~i

sme/l, en prenant la partie pour le tout. La

religion comporte un rituel mais tout rituel n'est pas initiatique; la religion transmet une révélation mais toyte ré~élation n'est pas

initia-J

tique; la religion exige une ascèse mais toute ascêse n'est pas init1ati-que. Il para'it peut-l!tre superflu d'insister sur cet aspect mais les nombreuses erreurs c0'tlllises par certains critiques littéraires rlQUS y

- 1

.

,\

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