" i ; •
·
\ \ ~ 1 1 ,1 ) , t • ,f _<1.)
Le scénario i ni tiaî) que
dans l'oeuvre romanesque de Hugo
by
~.
Pierre PARTIKIAN
, A thesi s submi tted to
.,
Facul ty of Graduate Studies and Research
in partial fulfilment of the requirements for the degree of
Mas ter of Arts
\
August .1980
rrtn . .
(:
\ \ JI ""
Je. ilen.ô à .6oULLgneJt tout: c.e. que. le mémo-Ute doU à
Mono,[.eUlt Jean-Claude MoJU...6ot, plto6u.6eWt au Vé~.aMement
de. .ta.ngue.
et
Utté1ta:twr.e OJta.n.ç.a..Ue.6 de. l', Un,LVeMUé Mc.GLU..',
P~*.6a vahte cultU/te,
ha
c.on~.6anc.e app~Otond,i.e.
de..
l'oeuv4e.
d,e. V.ic,tOI!. Hugo, .6U eùgenc.u de JùgueWt et ha g)ut;Yl.de
éLUpo-n,Lb~é 1 i l m' a Pe/UIl,u de meneIL à .teJune. c.ette. ltec.heAc.he..
'-~---,,'---'-"'-'
---/
1
! 1 , 1 1 1 , i\ f ... 1 ,.". , ___ ~_ ~ _ _ _ 0_,._ ~~~ __ _ ~~v . - - - ... . - ~_.;...M _ _ _ _ _ . . _ - _ _ _ _ ~ -~ ~ ••. - -~~.\---.... -'-~~i""---~""-"'-~·_-'" l -, ~ -
--
-~---"';--,,--
... --..""-J : //
\ ---~.
-~-"------_____
\( "r .
LE SCENARIO INITIATIQUE DANS
.L
'OEUVR~ÎW'IESQUE~otv:~~.
1
-"---"f
Ce mêmoire propose une dêfinition du' schéma narratif de type ini-tiatique et en vérifie llappl ication dans l'oeuvre romanesque de V. Hugo.
• r
La définition proposée est établie après. une étude du phénom~ne
initiatique ritue1 et de ses invariants. Elle affirme qu'il
.
y a, dans
-le roman, un schéma narratif de type initiatique quand -le régime existen-tiel de l'un des personnages est radicalement modifié par la.traversêe d'un itinéraire typique comportant obligato,irement cinq invariaf)ts:-Sêparation; Lieu neuf; Epreuve; Révélation; Renaissance.
L'analysa des romans de V. Hugo se fait ft partir de cette assise
théorjque·. Elle rév~le que deux romans de V. Hugo sont structurés selon
un schéma narratif de type initiatique: L'Homme qui rit et les Travail-leurs de la mer. \
,
-, 1 "-.- , , i 11
1.1
• 1\
~"----,-
---
=1
--..-~ ~-~-- ~---* --~-~_
..._~-\
'.
_---~·_=LE~S~~~~~~"11E'DANS
[,'OEUVRE ROMANESQUE DE V. HUGO- - \
)
In the pre~ent essay. after having offered a tentative definition of the initiative narrative ,pattern. we have then tried to see how it would apply to V. Hug~ls novels.
"
. The proposed
def;ni~~O~~has
been establ ished after a study of the ritualistic initiative phenomenon and of its invariants. This definition"'" ...
i~"lfes,_that
there exists~
Jnthe
novel, a narrative pattern qual ified as -initiative when the ex;stent;al status of one of the characters is1 •
radically transformed by'going through a life's experience which entails
\
\ .five necessary sequenceSr ('Or invariants): sep.aration; newenv .. ironmentf trial; revelation; rebirth, '
i
The analysis 'of V. \Hugo1s
Qovel~.
has been doneoon this theoretical asis. In doing 50, it appears that only two among V. Huga's ,navels 'are constructed following a nar.rative.
patter~which qualifies as initiative:~-)
L'Homme gui'rit:and les Travailleurs de la mer.
1 /
)
/ 1 1 1 1 f'"
.~,
,
! 1 1 1 • j , 1 1 i . ; 1 ,,
(~)
, , -~ ~--! ~_.-~ ... - - - _ . _ , .. - - - ._- ---~- - - -;--- - __ -_~-_ _ i-... _ _ _ _ _ / "TABLE DES ,-/ MATIERES \ \ \ " 1 NTRODutl<ltJN •••• " .•• " •• " ..••• , ...•••... _ ••..••••...• j • • • • , • • • • • • l ,PREMIERE PARTI~: Initiation et littérature
Introduction ... " " .... I l . : . . . lit • • " • • • • " • • " . " • • • • • 5
Chapitre 1: L'initiation, phénomèf{e univer~el ... 6
Chap~tre II: Les invariants de l l initiati<:":.: .. : ... 18
Chapltre III: Le schéma narratif de type lmtutlque ... 32
, DEUXIEME PARTIE: Les scénarios initiatiques dans L'Homme qui rit '-~ -
..
'-1 ntroducti on ...••...•... '~ ..••...•...•.... 48Chapitre 1: La première initiation ... 54
Chapitrre II: Un mythe initiatique: "Chaos vatYlcu" ... 69
Chapitre III: La seconde initiation ... 78
TROISIEME PARTIE: Scénarios initiatiques et oeuvre romanesque de Hugo Introduction ... " ./, ... " ... . " .... ' ... , .... ~ ... ., ... . 92
Cha\p~tre 1: Le's Travailleursfde la mer ... " ... 93
,Cha~l tre II: Les autres romans de Hugo ..••...•....••...• 11 0 r " ' _ o r C.oNe USJQ.N ..••.••. f ' . . . 127 BIBL OGRAPHIE' •...•.. , .•....••...•...•• : •..••...••••.•.... 131 j 1 l ~
·1
1
1
1, 1
(
1 1 1 1 1 i\ ,
.
If ,) /o
. -~~~~_~-I . _____ . _____ \' _________ -~ ____ _..._-__ ~_ -___ "'."'-- .. _ .. _ - .. _~_ . - ~ ___ ~ ______ --" ____ _,
("
\ INTRODUCTION / 1 .~ \(
/ " ( \i
t
f
f!
1
(
/ ·--
--..
-
---~ \ -~- -~ -(Une tendance actuelle cle la critique est d'interpréter les oeuvres
littéraires dans une perspective empruntée
àl'étude des religions. Les
~ana lyses de ce type, ,assez récentes dans le monde francophone, ont été
marquées par les travaux de P. A1bouy, dont les recherches sor les Mythes
,
et mythologies dans la littérature française, suscitèrent de nombreux
·tra-vaux sur les survivances mythiques dans les oeuvres d'imagination 1. Ce
mouvement est pourtant ancien dans le monde
ang1o-~axon.En effet,
,
J.
Weston publiait dès 1920
~on étude, maintenant classique, sur la quêtedu Graal: From Ritual to Romance.
Plusieurs chercheurs anglais et
améri-\
cains ont suivi fructueusement la voie tracée par
J. 'West,on~Cette
appro-'che est qualifiée, en critique littéraire, de
Il Myth criticism'\ ou,
par-li ' 1
fois, de "critique archétypale".
Quelques~unsdes représentants les plus
notoires en sont M. Bodkin 2, R. Chase, F:'Prescott, JLB. Vickery. Il
n'est donc'plus étonnant de retrouver dans la terminologie du discours
l ,ittérai re des termes longtemps réservés-"aux
hi
stori ens des
~el igions:
mythe, rite, initiation ... Les critiques sont de plus en
Plu~.attirés
par la recherche des survivances religieuses dans les oeuvres
~'imagina-tion, roman en particulier. Ce mémoire s'inscrit dans cette tendance
pùisqu'i1 se propose de
retrou~erdes schémas narratifs de type
initiati-que dans l'oeuvre de ,Hugo.
Il est
n~cessaire,pour êviter tout malentendu, de préciser la
vîsée de la
recherch~
et d'en délimiter les contours. Nous prenons acte
de certaines hypothêsés voulant que la réalité rituelle de l'initiation
\\ - l - 1
-..-.,----===----1 ,1
! 1j
l
1
J
1(~ • ..--.--~, j ~ - ~---~-,..~--,. ... ",-~ ... .---~~-""'----~~' _ • • , ,.~ - - ~ --'-1--- .- ----.. - -.~---~----~
... __
,..;.~_".''''' ... _ ... _
...
_~r_~_
__,~_._ _
...
_,_"O_y_' 2 _,_"O_y_'
---dispa!'aisse de notre monde
moderne~ c'est-a-dire ,désacralisé, 'pourrêappa-r~1tre
en motif littéraire. Nous ne nous interrogerons cependant pas sut
le pourquoi et le comment de cette
occ~ltation.Seules des études' bea~
coup plus fouillées et documentées que la nOtre pourront st Y attaquer.
N~sne
n~usdemanderons pas non plus ce
qu~pourrait signifier ce glisse/
-
/\
ment pour la connaissance des lois régissant l'acte créateur ou le\
fonc-tionnement de
l'ima~inaire.Cela relèverait'sans aucun doute de
compêtéh-,
ces autres que la nôtrê. NOtre
pr~~_
/ " ~
---;'
\
Cette recherche
es~d~ste,ma.is
nêcessaire. 11 y a en effet
tr~'~
de critiques qui
contin~t
a
utiliser
;~ans
rigueur aucune la
tenninol~gie
.,,".-,
initiatique. Très pe' d'entre eux se sont' donné la peine de clarifier et
de préciser l'objet e leur discours. : l'on pourrait dire des recherches \
sur l'initiation en littérature, ce que disait R.V. Cnase des études sur
le mythe:,
Il • • ~Ih e been unable ta find any book, old or nèw, which
ly.
Il3. En effet
t1 es noti ons empruntées
à1 a __ re 1
i-.
,9io109ie, pour
liéude des textes littêraires 4, semblent souvent appeler
---..
l~à-peu-prês,
le 'quasi,", etc_.; elles reçoivent fréquemment un traitement
\
t
"approximaUf" e métaphorique.
~C'est la raison pour laquelle çe mémoire
se propose de pr senter une définiti'on prêcise du schéma narratif de type
initiatique, ava t d'en vérifie'r l'application dans l'oeuvre romanesque
"
de V. Hugo. C'est
.
, àpartir de ce doublé objectif que lès résultats
de-vront être évalués
o/
Pour atteindr,e 'cet objectif,
ilfaudra en premier lieu expos'er ce
qu'est l'initiation ritue
et en
dé9âg~~
le scénario typique.\ Cela
fa-1
cilitera une dêtenm1nation strict
définition du schêma narratif de type initi ique sera établie su.r cette
-
"
, { 1
i
f\ r\ f, \ \ , / ~ ____ ~"''''I'_, _ _ _ _ .3
-assise théorique. Elle manlfèstera le lien nécessaire qui doit exister
ê
e~tre l'initiation rituelle'et, d'autre part, le.motîf littéraire d~ type
initiatique. Ce lien 'est le coeur même de notre démonstration. C'est \ pour l'avoir négligé que plusieurs. critiques se sont à notre
a~i-s
(nous\
- \
le démontrerons plus bas) fourvoyés dans leurs analyses. La défini.tion / proposée sera essentiellement fonctionnelle et descriptive, puisqu',tl
fau-.. r , , "
<,
dra ! partir. d'elle sondé~ l'oeuvre romanesque de Hugo. L 1 Horrme gui rit
sera le premier romàn que nous analyserons. Il constituera une sorte de modè 1 e référenti el pour 1 es êtw:ies-U.lW!~W-r::e5c.---ee-rr'co;maman offre, en effet 1
pl usieurs séquences structurées selon un schéma narratif __ cUL type~i-nftil\-.a ..
~=--->
tique. Cette structure initiatique de l'Homne gui rit a été aperçue par divers critiques, notamment par l. Cellier 5, et, dans sa présentation
' . ,
générale de Hugo "prosateur" pour l' Encyclopaedia UAi~versal i s, par
' ....
J. Seebacher. Mais leur jugement reste largement
a
d~montrer, oua
vêri-fier. Viendra ensuitel l'analyse dêtaillêe d'un autre/roman qui selon nous comprend un scénario initiatique: Les Travailleurs deL la mer. Les\
raisons pour lesquelles des caractéristiques proprement initiatiques sont'.
" 1 1. 1 ",
refusées aux autres ro~ans de Hugo feront l'objet du dernier chapitre. {-,> , Celui .. ci sera le lieu d'une "contre-épreuve" qui complétera la
dêmol1stra-, tion et précisera la définition du schéma narratif de type---·
/
/
/
{.,
f. ( . / - , ""-' ' ,
..
r()
--~------"... ---
--, .. . , - ~-- <.4-~.:r-_.'" _.4
-/1- Voir entr.e autres
(
2- . Voir la section "Initiation et littêrature" dans' la bibliograph'e
3-
4-5 ..
pour conn~ 1'tre 1 es pri ne i paux ouvrages de ces cri tiques 11
tU!-raires.
-Richard V. Chase ,
..
uest for.M th,Baton Rouge: Louisiana State Uni vers i ty Press,
1949)
t p. vi.41 ""i 4IJ
"-Citons un exemple, pat:mL d'autres~que ~ous êvoquerons dans ce
mê-moire, pour illustrer l"'imprêcision qui entoure la tennin log1e
r~ li gi 01 og
1
que. ,', A propos du texte de Nerva 1 pub 11 ê ~ous e titre de "Gênêalogie fantastiquelt, J.P. Richard êvoque le 'va age
'dont Ner.va1 a Hê, on le 'l'J,s~it, un pr,atiquar\t, ... pennanent. et d nt ----. la Gênêalogie offre d'ailleurs, sous la forme dessinée d'u / _____ 1
petit trajet personnel, et ,Quasi initiatique (nous soulign un exemple bien intêressant. u
Microlectures (Par1 s:, Seuil, collection "Poêtique", ,1979),
•
Lêoh Ue 11 i er
/
o
.
.
"Chaos vaincu. Victor Hugo et le r mari initiatique " dans Parcours initi
-figues ' ' A la Baconniêre-Neuchâtel: Presses Universitaires de Grenoble~ 1971), '
pp.
164-f
Z 5 • ---,. \ \ \ 1 1'J
, , , , . , , ; , . ' , " \, ; , \ '·(~
, " '. ,-" / 1 \ \ _--'M~ ... ~~. _ _ _ _ _ - - . . .... _ .. _ _ ... _ _ _ ... _ ... --~~--.. ~ ~~-~ ... - - . . . ....,. ... - . - - . . . - - - -... ~r --- ----_~---_-...J\\___-•
1-PREMIERE PARTIE #Initiation et littérature
/ \ )\
\
/ 1-~ 1, .
,
10
Cj.
)
Cette première partie a pour' objectif d 'él aborer le cadre théori-que qui permettra par la suite (deuxiêtJle et troisième parties) de vérifier la présence de schémas nSlrratifs de type i nit1atique dans l'oeuvre
roma--' nesque de V. Hugo.
fi"@!
PGur réaliser cet objectif, il faudra tout d'abord établir'l'exis-tence
L
l 1 importance et l'universalité du phénomène initiatique. Cepre-Imier chapitre ne p,ourra et ne devra qu'être sommaire. 'En effet, ce mémoi-re mémoi-relevant avant tout des études littéraimémoi-res et non des études mémoi- religiolo-giq.ues, il n'était pas question d'en consacrer la majeure partie à décri-re 1 l'initiation rituelle, phénomène essentiellement religieux.
LI importance de l' i niti ati on établi e, l'on détermi nera dans un
i
\
second clAapi tre quel s en sont les i nvari ants, Il sera ensui te facil e,
- \ 0
muni' de cette grille d'analyse, de décréter a'quelles conditions lion est autorisé à reconnaître un schéma narratif de type initiatique dans une oeuvre 1 i ttéra ire. Ce troi si ème chapitre ser~',
1
~'occas i on d' un bi l an criti-",~
que des quelques ouvrages consacrés à 1! ini tiation en littérature.
j
5
,
,
, i v f ) "- J, f \f
1 ( t l , \---,
1 1 • 11
'.
~-- ~-_ .. -~<,~ ... _' .. _ .. ..,.. ~-CHAPITRE
f -
L'initiation, phénomène universel
La
l~e
veut que Saint Augustin,méditant au bord de la mer sur
,
les mystères divins, ait aperçu un jeune garçon qui,
àl'aide d'une
coqail-le de noix, remplissait d'eau de mer un petit trou sur coqail-le rivage.
Inter-loqué, Augustin s'informa du but qu'il poursuivait. "Je veux mettre toùte
l a mer dans ce trou" répond;
~'l e jeune homme. Le savant Père de l' Egl i se ,
moqueur, lui signifia la témérité de son projet. Le garçon, qui, on l'a
deviné, était un ange, lui répliqua qu'il ne se sentait pas plus niais que
lui, Augustin, qui voulait saisir les mystères divins- dans sa petite tête.
".
Le chercheur qui se penche sur l'init'ation pour en connaître tous
les recoins secrets est sans doute aussi téméraire que le célèbre
Cartha-ginois. En effet, l'initiation constitue, selon les religiologues et
ethnologues 1 con,sultéS, le phénomène spirituel le plus complexe et le plus
significatif de l'histoire de l'humanité. L'initiation est., préte,ndent-ils,
•
indissolublement liée
âla structure même de la vie spirituelle.
~outessai de régénération et tout effort pour transcender la candit jan
natu-relle de l'homme afin d'accéder
àun mode d'être autre, passent,
affir-ment-ils, par le
proces-s-~d;"'l'initiation
2. C'est
àtravers elle que
1 'homme connaît et assume l'image qu'il se fait de lui-même.
,une rapi de enquête convainc pourtant le chercheur que le tenne l'ni ..
.
'tiation évoque une
r~alitê, banale, voire même superficielle, chez l'hommedes
soci~tésindustrjalisées du monde occidental. Que l'on prononce le
6
--- ----~~
r-
--l "
1 i ! i " [ , l~ 1 1 1 - i1
\(~-)
"
_ _ _ -0- _ _ _ .::::::_'-_ _ _ _ • _ _ _ ~ _ _ _ _ _ _ _ ~_ ... o· --, ---7
-mot
initiation~et voilà
que~ certain~ ~voqueront tel enseignementvulga-r1s~,
publié en livre de poche illustré, qui leur a permis de posséder
les rudiments de basé en
a~trologie,en1musique ou en mathématiques.
D'autres se gausseront en se rappelant les gestes iidicules qu'ils ont
,
été obligés de poser lors de leur admission dans une confrérie religieuse,
militaire ou
~sotérique.Rares seront ceux, mais ils existent encore,
qui feront un lien avec le baptême, sacrement de l'initiation
c~rétienne.,Bref, l'initiation évoque spontanément chez l 'homme moderne, soit
l'in-troduction rapide
a
la connaissance des choses inconnues de lui, soit un
ensemble de gestes hétéroclites posés en vue de l'intégration dans un
groupe ou urie communauté.
Le chercheur est .forcé de reconnaître qu' i l se trouve devant une
réalité qui ne revêt aucune dènsité comparable
à cell~que les
religio1o-gues attribuent
àl'initiation. Selon toute évidence, l'initiation,
n'é-. tant plus une expérience
religi~usepleinement et consciemment
assumé~,n'exerce aucune fonction ontologique et n'engage plus le
change~entradi-al du mode d'être du candidat 3. Il reste fort
a
parier, cependant,
, u' une ana lyse a ttenti
ve
du comportement, des croyances et de l' i déa l de
l 'homme des sociétés industrialisées révélerait (nous l'illustrerons dans
le chapitre III) toute une mythOlogie profondément enfouié et les restes
\
d'une religion camouflée ou
dégrad~e.Il doit, sans doute, être possible
1
de ranimer des schémas archaTques d'initiation dans des sociétés hautement
évoluées 4, car toute vie humaine, et
c~estde_ cela que témoigne
li
initia-tion, est
constitu~epar une série
d'~preuves,de "morts" et de
"résur-reëtions", par le goOt de "changer de peau".
Vivre, c'est sans cesse se
"désagr~ger
et se rapailler, changer d'état et de fQrme, mourir et revivre.
C,'est entrèprendre puis s'arrêter pour recommence,r encore
a
agir, mais"
1
!
l'" .
1 -:(
5autrement .
8 -- 1.-~-Qulest donc ce pMnomêne si
imp,~,rtantdont nous
p~r1ent ~esreli-giologues? Essayons tout d'abord de le cerner chez les peuples primitifs,r
là 00 il est omniprésent. Selon Mircea Eliade, qui a consacré un
ess~iil
11 initiàtion, celle-ci
est~un
e~semblede rites et d'enseignement oraux, qui
poursuit la modification radicale du statut
reli-gieux et social du sujet
àinitier.
Philosophi-quement parlant, l'initiation équivaut
àune
mu-tation
ont~logiquedu régime existentiel. A la
fin de ses'épreuves, le néophyte jouit d'une tout
autre existence qu'gvant l'initiation: il est
devenu
un autre".Précisons la'définition. Un ensemble d'enseignements oraux est
communiqué
àl'individu qui traverse une initiation. Cette communication
consiste dans la transmission de mythes, c'est-à-dire d'une certaine
conception du monde. Le mythe est l'histoire sacrée qui a eu lieu en
dehors des temps historiques, aux temps primordiaux, et qui fa,\t que la
f'
réalité quotidienne est
~elle qu'elle est. Cette réalité peut être lecosmos, ra condition humaine ,ou simplement tel geste en particulier. Le
mythe rapporte tout ce qui' siest déroulé de significatif au moment de
la créati on:
.-Ilrapporte c'ornnent 1 es choses sont venues
à11 @tre et fonde
les comportements et les institutions humaines.
Durant 1linitiation, une série.de rftes sont célébrés par le
néo-phyte. Le rite réactualise le mythe, le rend présent. Il est efficace
puisqu'il participe a-ra plénitude de "1 1H10 temP'bre".
~restaura~tle temps primordial, le cosmos et les hommes retrouvent unedpureté et une
,:
/ \ .
vitalit~
intactes. -
-'--r~''1 .
Cette transmission de mythes et cette célêbration de rites
r ~ " l
1
~ 'll
j
1
1
r-
~
! i(
\--
~--
~--..---..t
~--- 9 ..
l'poursuivent la modification radicale du statut religieux et social de
;'
1lindividu. Le novice, en participant aux cérémonies. èn subissant les
-êpreuves, en écoutant les mythes, est transformé et acquiert le drQit
d1être admis -parmi les initiés. Il est reconnu comme membre
responsab1~dl un groupe.
L"ethnologie distingue habituellement trois types d1initiation 7
\
"
chez les peuples primitifs.
1
Tout d1abord les rituels collectifs ou individuels par lesquels
sleffectue .le passage de l 1 enfance
a
1 1 adolescence
o~de 1 1 adolescence
a
l'age adulte. On les appelle aussi initiation
d~s classes d'age. Cetteinitiation, obligatoire pour tous les membres de la
collectivj~~jisole
les individus selon leur sexe. Sa durée varie considérablement. Elle
peut aller d'une semaine
àquelques mois, voire même qfe1ques 'années.
Elle est parfois divisée en séries successives s'échelonnant de l'enfa
à
l'age adulte. Le lieu où se déroule l'initiation peut être un espac
restreint, délimité par llinitiateur:
peut être aussi un espace pl us vaste:
est toujours interdit au non-ini tié.
cabane, hutte, grotte, etc.. Il
la brousse, la savane, etc .. Il
,-Le contenu des révélations durant
l'initiation des classes d1age est plus ou moins: élaboré selon les
tri-/ '
..
1-bus. Il peut s'agir de transmissions de/connaissances relatives
àla vie
courante (comment pêcher ou planter tel arbre) ou de la présentation
la-borieuse des grands mystères de la tribu. Il peut aussi être question de
l'apprentissage d'une langué secrète pour communiquer entre futurs
~nitiésou de la mise e'n scêne grandiose des mythes d'origine:
g~stede
l'ancê-tre fondateur ou du hêros mythique. Le rituel initiatique est lui-même
plus ou moins dramatique: séparation du milieu familial ou enlèvement
/
1
,
,
~ i1
J
J
, f , t 1 1(
) __ -~ __ ~. - ... ~ ____________ .~. -·1- ----. --'-- -.~_._---,(
- 10 - ,brutal et ,traumatisant,
~preuyesphysiques
(trayers~espérilleuses,
as-,
censions'dangereuses, tabous allmentaires, etc.), psychologiques
(si~lencé, climat de frayeur, etc.), mutilations corporelles (circoncisions,
scarifications,
balafres~etc.}.
/Le sens des initiations qui font partie de ce premier type est
toujours le m@me.
Il s'agit de mpurir
a
un certain état, celui de
l'en-fance par exemple, pour nanre
~une autre existence, celle.du monde
adulte. Il s'agit de transmettre une influence spirituelle destinée
àdonner au novice le moyen d'accéder
àun état supérieur de l'être 8 .... Pour
être. convaincu de la dimension vitale de ce type d'initiation il suffit de
lire le témoignage de Robert Jaul;n 9, un des rares
ethnolog~esocciden-taux
àavoir vécu une initiation:
Le néophyte qui s'avèrerait incapable de subir les
épreuves, et, pire encore, tenterait de retourner
auprès de sa mère serait mis
àmort. A peu près
toutes les sessions d'initiation dont on nous fit
le réci t connurent cette 'scène tragi que: un baton
mince et solide était enfoncé dans,la tête du
cou-pable sur le cadavre duquel, ensuite, ses
camara-des de promotion dansaient.
Les initiations aux sociétés secrètes ou aux confréries
spéciali-sées constituent le deuxième type d'initiation. Ces sociétés, société des
masques, des danseurs, des cannibales, des guerriers, etc., regroupent
des honvnes ou des ferTl11es partageant e1'1"exclusivité des secrets,
habituel-, 1
lement les mythes sur l'origine du regroupement, et s'imposant un rituel
fait essentiellement d'épreuves encore plus dangereuses que celles
évo-t • &8
quées plus haut. Auinsi,'a titre d'exemple, mentionnons que le futur mem:" /
bre est cruellement flagellé; son corps est frotté avec des feuilles
urti-cantes; il est enterré dans une fosse pendant plusieurs jours. Certains
- ' ,1
t
1
f
C>
_ ..
-
----_
..__
... "-_ ... _~_....--.._----
... ;. . . ~ ~~_.~ ... ,.. .. r " . . _,...~, .,.,~~~ , .. ~ . . . _"
11
-ont prétendu que l'existence de ces soc,étés étaient
un~ ~réationdu cycle
,," f ... ·~
matriarcal. Elles devaient terrifier les femmes pour-secouer leur
supré-matie économique, sociale et religieuse. Il
ya sans doute
un
fond de
vérité dans cette hypothèse, mais il nous semble
, plu~juste de croire
Jqu'elles avaient en premier lieu la prétention de faire passer l'individu
- du domaine profane au
~omaine
du sacré. Nous suivons ainsi M. Eliade 10
affirmant: liCe qui nous semble 9riginel et fondamental da.ns le phénomène
t., .. J:
des sociétés secrètes, c'est le
b~soin de participer plus pleinement au
)~acré... ". De la sans doute, la ressemblance avec l'initiation aux
clas-ses d'âge. On
yretrouve l a même transmi ss i on d'une doctri ne secrète
, tles mêmes épreuves, et les mêmes symboles de mort et
de,ren~issance.Le rituel confirmant une vocation mystique est le troisième type
d'initia,tion. Celuî-ci pennet de sélectionner les fonctionnaires du
sa---~ - .
cré: sorcier, chaman,
med~cine-man.Cette initiation. nécessaire
a
l'ob:tention d'un statut religieux supérieur, s'adresse
a
quelques individus
aptes
àparticiper
a
une expérience religieuse plus intense que celle
accessible au reste de la communauté.
Elle possède les mêmes
caractéris-tiques que les deux types d'initiation évoqués plus haut (apprentissage
d'une langue secrète, de chants, de danses, révélation de mythes,
épreu-JI
Yes de tous genres) mais elle met l'accent sùr des pratiques originales.
Ainsi cette initiation vise
Aprovoquer chez l'initié u'ne perso,nnalité .
aberrante, échappant
à ~nonnalité, mais favorisant l 'obtention de
pou-voirs surnaturels. Transgresser le comportement habituel, c'est passer
d'une condition
r~gléepar la force des institutions
~ (~/ à',on état de
fréné-sie qui rend possible la participation aux forceS magico-religieuses.
L'acquisition de ces pouvoirs se réalise par l'abandon des règles qui
con-traignent l'humanité dite normale: 11 faut tuer un membre de sa famille,
,
(
CJ
" ~.~ -. ~ -_._-~._---- 12 -----
... / "commettre l'inceste, jeOner ou errer dans la brousse jusqu'à
l'halluci~, /
nation, de telle sorte qu'une violente crise fasse éclore une personnalité
nouvelle.
Outr~Jcesépreuves, il
y·atransmission des secrets (l'art de
fabriquer le poison par exemple) ou des rites magiques (la façon de jeter
,b
des sorts). Même si ces initiations restent réservées
àde três rares
in-dividus et que l'élément extàtique y revêt une importa'nce primordiale, on
yretrouve, nous venons de lé constater, les m@mes séquences qui' i1lustrent
dramatiquement la mort du vieil
hon~eet la naissance d'un nouvel
indivi-du. Si le grain ne meurt ...
L'initiation, universell.ement répandue dans 'le monde
pr;mitif~ne
'. lui est cependant pas exclusive. Quelques coups de sonde dans l'histoire
révèlent la présence et la vitalité du phénomène
a
différentes époques et
• dans différentes cultures.
Près
~'Athênes,pendant plus de mille ans, les citoyens. du monde
/
hellénique, et plus tard ceux de l'empire romain, se pressèrent aux portes
,
du sanctuaire d'Eleusis pour demander
â
être initié. Un cérémonial
fas-tueux 11, durant une dizaine de jours, permettait au pelerin qui
ypartici-pait, d'être régénéré et de retourner chez lui transformé. L'on ne
con-"
na'i.t M1às
pa~le déroulement précis" des mystères dl,Eleusis, le secret
, \
ayant été, farouchement gardé. Nous sommes réduits
a
des conjectures. les
bribes dl informations qui ont filtré permettent
cep~ndantde reconnattre
les élêments ,typiques de l'initiation. Le myste devait se purifier.
re-v@tir un v@tement neuf, manifestant ainsi son dêsir d'être mis
A
part.
/-
Da~sl'enceinte du temple, les pr@tres révêlai ent au réactualisaient un
mythe (celui de Déméter et de Pers,éphoa,e?), présentai ent ensuite des
objets sacrés (blé?). Le nêophyte devait. selon l'opinion de Foucart 12,
(
.. " --- ---~.--_.,-~---. - 13
1
--subir
de~épreuves d'ordre psychologique s'apparentant
àune descente aux
enfers.
Apr~sl'initiation, le pelerin se considérait adopté par la
.
~, déesse, peut-atre même son égal. Il avait, en écoutant la révélation, en
voyant les objets sacrés, en participant au rituel ,'transcendé la
condi-
,-tion humaine et ainsi obtenu un mode d'être surhumain.
Dans le christianisme primitif, le baptême 13 est clairement
iden-, .
tifiê comme le sacrement' d'initiation par excellence.
<Nous connaissons
assez bien le rituel utilisé par les premiers chrétiens grace aux écrits
des pères apostoliques conne la Didachè ou l'Epître
àBarnabé. les
caté-chumènes, séparés du reste de la communauté, étaient soumis
àdes
épreu-ves, dont les principales étaient le jeQne et 1
dexorcisme. Un
enseigne-"
ment dont on retrouve des traces dans " actue' symbole des ap6tres éta
lotensuite transmis. Cet enseignement ne consistait pas uniquement
àpré-senter les mystères du Christ, il montrait en eux la réalisation de'
l'Ancien Testament. Prenait place ensuite une catéchèse morale\tournant'
1
autour de l'amour de Dieu et du prochain. Le baptême par triple
immer~sion était donné, suivi d'une série de rites subsidiaires (onction
~el'huile, remise d'un vêtement blanc). La
cérémoni~sedéroulait de
pré-férence durant la nuit pqsçale pour Qien marquer sa
finalit~aré-surrection du néophyte. Le nouveau chrétien, mort
à ~avie du péché,
peut r.enattre fils de Dieu. Il est sauvé, il est autre. On repère
fa-cilement dans ce qui vient d'être décrit des éléments initiatiques qui
nous sont maintenant familiers.
Depuis deux ou trois siècles, fleurissent en Occident une
multi-tude de sociétés fermées, de sectes occultes, de groupements
herméti,~tes,de mouvements"néo-splrituels, qui utïlisent l'initiation conme porte
..
1
!(
14
-d'entrée. Leur rituel ini.tiatique
d~nQtele plus sqJ.lyent une lamentable
pauvreté spirituelle. Le seul mouvement qui presênte" un intér@t,
àcause
de sa cohérence idéologique et de sa longue histoire préStigieuse. est la
, \. '
franc-maçonnerie 14. L'initiation
m~çonnique,souvent décrite, consiste
a
imaginer la mort du postulant
a
la vie-profane et sa résurrection
a
une
1
vïe nouvelle ..
~pr~savoir subi les épreuves des divers éléments: la terre.
le feu, l'eau et l'air. L'objet des initiations maçonniques, -- il Y en
a plusieurs selon les degrés auxquels le maçon accède, est de conduire le
c-.
postulant
àla
"Connaissance~grace
àune
i1luminati~nintérieure. Durant
l'initiation, la symb.-ol ique maçonnique est transmise progressivement:
symboles empruntés
àla tràdition religieuse, tels le triangle,et le delta
lumineux,
àl'hermétisme, tels les quatre éléments, et parfois même
àl'alchimie. le canal de transmission de la symb'olique est très varié:
ré-/ ~
vélations par des légendes, celle d'Hiram par exemple, par des objets
l ,
(compas, équerre, maillet), par des formules (V.I.T.R.I.O.l.,), par des
si-gnes ou des paraboles.
L'illustration de ce qu'est le phénomène initiatique dans
~'his--" \
toire humaine se poursuivrait longtemps-encore, le sujet étant loin d'être
~épuisé. On,pourrait parler de l'initiation dans les mystères d'Isis et
d'Osiris, dans le mithraTsme et
l'orphisme~dans
l'hindouism~et les
cé-1
rémoni~s
tantriques indo-tibétaines, dans le vaudou et l'alchimie, etc •.
Cela deviendrait lassant
a
force de répétitions et n'i'ajouterait plus
rien
a
la raison d'@tre,de ce premier chapitre: illustrer l'universalité
de l'initiation
et
son importance pour l'@tre humain de tous les temps.
1 \
/ Il reste évident que ce chapitre n'était que l'esquisse d'urt
vaste tableau dont chaque élément aurait
àêtre étudié avec plus' d'ampleur.
j ,
1
_ _ _ -.0.-
_11_ .... ____ _
~---
_ _ _ - 15 - /c
, 1 Force est d~ nous limitera
quelques aspects, êt~nt donné le cadre dans' \,
\
()
l '
lequel il s'inscrit. IJ était pourtant néèessaire de nous attarder un peu sur l'ini tiation rituelle, pour pouvoir ensuite en dégager sOrernent les invariants. C'est pour n'avoir pas franchi ces
êtap~s q~e 1~
criti4ue~
littéraire, comme nous le.verrons plus bas, a souvent abordê avec im~rê~1-sion toute la question d~ phé~omêne initiatique en littérature ./
. /
(,
1-
t-3-
4- 5-6-
7-. 1_8-
9-~
16 t Notes.
~~~ -...--...--
... _"..,..._ .._.---._-Ce chapitre est largement inspir~ 'de trois études 'génêra1es con'"" sacrées A l'initiation:
Eliade, Mi rcea Van Gennep, Arnold, Vierne, Simone!
Naissances m st; ues
Paris: Gallimard, 1967).
les Rites de assa e Pari s: Nourry, 1909).
Rite Roman Initiation
, '( Grenob 1 e : Pres ses Uni vers; ta ires de Gt-enoble, 1973).
et d!une. série de monographies que nous indiquerons au fur et
a
mesure. L'auteur de ces lignes n'étant pas religiologûe de fession, encore moins ethnologue, nia pas la p\étention de pro-poser dans ce chapitre desvues
inédi.tes. Sa seule ambition est , de prêsenter cl~irement, solt1l1airement et exactement le phénomêne i niti at; que. le lecteur ne devra pas s'étonner de retrouver 1 a pensée d'auteurs ayant fait autorité dans le domaine. Noussou-1 ignerons au passage certains emprunts~
\
Mircea El iade Naissances m sti ues
Paris: Gallimard, 19(7) ,'p .. 239.
Ibid., p. 263.
~, p. 267.
Arnold Van Gennep Op. ·cit., p. 272.
Mi rcea El
i~~e
,
Naissances mystigues
(P~ris:, Gallimard
ë 1967), p. 10.
Mi rce~" ~l i ade La Nostal~ie des origines _
(Pari s: a 11 imard, 1971},
pp.
223~224 •Serge Hutin Les Francs-ma ons '
Parl~: S~uil, 1964),
p.
37.
Robert Jaulin La Mort Sara
" (Paris: Plon, 1971), p. 417.
~E.ljade ~~----'~fSSinces st; ues
\
11-
Notre princip,a,le sourceGeo~ge E. Mylonas '
, '"
Pans:. Ga, l,mard, 1967)"p: 149.
d'infonnations
a
été le livre deE1eusis and 'the Eleusian M steries ~ ,Princeton: rlnceton Univers
ty
Press. f 1961). i,
,-i' 1!
: 'j, '1'
, !
1 i',·1
,
.
\
\ 1 12- ' 13 .. 14 .. \ \ - -~---"'---.-
~---._----"-_._-
--- 17Opinion rapportée par:
George
E.Mylonas.
.{
Op •
c!
t.,
p.
265., 1
Notre principale
SOAJrce
d'informations
a
êtêle
livre
de
Jean Danielou
~,ET Henri Marrou
Nou,ve 11 e Hi s toi rede
l' Egl i se ltParis:
Seuil,
1963).
l , 1
\ \ \ ,
Notre ,principale source d'informations a
êtêle livre de
/
Paul' Naudon
L
anc .. m on er' e .
\ "'["PaEiS:
P.U.F., collection "Que
sais-'\.
\
"jë?'i',
1967)-J.
Q _.
6 1J
,
"
1 /'1'..
' <la \ ' . , !l
1 1 r.!
!
!r
r=~
l ' , ' , , ,.
.
: , l ' ~r
/ i i iO \ (,
1
JCl
~ - - ,-~ -~~ _ _ _ _ > . ~-_ . . . . ".-~_ . _ - __ ." _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ ~ _ _ \ _ . _ , - - - .... ~ _ _ _ _ _ _ h _ _ _ _ " , . _ _ . . . ~ . . . - . . . _~ _ _ _ _ . . . . _ _ _ ... _ . - . - , . _ . _ _ _ _ _ _ ~ _ _ _ _ _ _ _ . .CHAPITRE II - Les invariants de l'initiation
Le phénomène initiatiq'ue est, comme tout.fait de culture, un fait
~
,
historique~
Cela veut dire que ses expressions concrêtes sont en rapport
'avec la structure d'une société donnée et avec son histoire, d'où la
va-riété des formes initiatiques. Celles-ci revêtent plus ou moins
d'am-pleur, plus ou moins de couleurs, plus ou moins d'intensité selon l'aire
" \.
culturelle ou1l'épOÇlUe
histo~,iquedans lesquelles elles s'inscrivent. La
simplici té'J des initiati
, OASkurnaTs côtoie les compl exes ini tiati ons
.
"
kwakiutls, les grandioses
initt~tionséleusiennes et
~lesétranges
initia-'ti ons maçonn; ques.
~
Cependant, parce que l'initiation implique une expérience
exis-tentielle, -- celle de la mort rituelle, de la révélation du sacré et de
la renaissance --, elle présente une dimension trans-historique et
méta-culturelle
1.Parce qu'elle constitue la cQndÜion "sine qua non" d'une
nouvéle et plus complètè expérience ex,istentielle on
yrencontre partout
les
m~mesépreuves, les mêmes symboles de mort et de vie, les mêmes
ré-) vélations concernant une doctrine secrète et traditionnelle. Parce que
/
la disposition
tend~ncielledes rites lnitiatiques est toujours la même,
\
.,
~on
y.retr:'~,~~esous la multiplicité des formes, une séquence type.
~,Bref,li
il
existe entre
to~tes les initiations Ul1e solidarité structurelle qui
fait, qu'analysées dans une certaine perspeéthe, tbutes' les initiations
se ressemblent. Et ceci, répétons-le ,. parce que l' initiati_on vise
tou-jours un même but:
• 1
la transmutation du' néophyte
a
la suite d'une mort
,
-r-
Ic.
\
19
-symbol ique. \
Quels sont donc les invariants 2 de l'Jnitiation? Quels sont ces éléments qui se retrouvent dans toute initiation malgré le maquillage cul-turel? l'ns sont au nombre de cinq: 'la SEPARATION du néophyte de son en-vi ronnement habi tue l,le LI EU du dérou1 ement de l' act ion, l'EPREUVE con-duisant à une .mort rituelle, la REVELATION de choses inconnues de l'
ini-~i~, et la RENAISSANCE à un mode d'être différent. Pour bien établ ir sa
présence dans l'initiation, chaque invariant sera illustré par des exem-ples provenant d'aires géographiques'et culturelles différentes. Ils viendront des rites de ,puberté sara, tr:'ibu africaine du lchadLdes mystè-res d'Eleusis dans la Grèce antique, de la consécration de la jeunesse des rites vaudous en Haïti, du Rite, Ecossais Ancien et Accepté de la franc-maçonnerie, enfin du hamatsa, cérémonie initiatique dans la société IIdu Ca-nibale de la bordure septentrionale du monde" des indiens de la côte pa-cifique nord-américaine. Une recherche en phénoménologie religieuse au-rait exigé la multiplication des exemples, mais tel n'est pas le propos de ce mêmo; re. 11 nous suffi t d 1 étab 1 i r sorrrna i rement mais sûrement 1 es
invariants de llinitiation pour pouvoir ensuite proposer une définition rigoureuse du schéma narratif de type initiatique dans une oeuvre litté-
..,.
rai re.Pour qu'il
y
ait initiation,n
faut tout d'abord que le néophyte soit mis à part, qu'il soit séparé de son environnement habituel,c'est--
.
à~dit"e de son milieu et de son mode de vie quotidien. Cet environnement
,
est llespace où il vit, espace au sein duquel il siest créé un tissu de relations familiales ou autres. La séparation est quelquefois inat-tendue, la date en étant tenue secrète. Ainsi les candidats à la
, \
... 1'
c·
" i , 20-\cérémonie vaudou 3 ne s'avent pas quand aura lieu l'initiation. R. Jaulin
4-qui attendait depuis quelques mois d'être initié, tente de savoir
a
quelmoment et de quelle façon i l sera saisi et livré à la brousse. Les
ma'f-tres d'initiation, insistant sur la discrétion avec laquelle , il convenait
que tout fOt préparé, refusent obsti nément de répondre. Le secret est
'~xigé car il faut tenir à , 'écart les non-initiés. La brutalité de la
séparation est aussi maintes fois évoquée. [es jeunes Bekoh 5 de la
tri-bu sara sont violemment expulsés de leurs cases, déshabillés et battus.
/ .
Les jeunes ha'ltiens 6 initiés au vaudou quittent leur famille dans les\
1
arme~,
ont 1 es yeux bandés et sont rudement poussés dans l a chambre d' i -nitiation. Le novice kwakiutl 7 disparaît du milieu de l'assemblée, en-levé croit-on par le "divin Canniba\le". La raison d'être de cessépara-1
tians brutales est de faire croire aux non-initiés et à leur entourage
qu'ils vont motJrir. Pour bien marquer la ~écessité de la séparation,
cer-taines ,initiations exigent même des rite6 de purification. Une stèle
retrouvée à Eleusis 8 mqntre les lustrations auxque'lles se livraient les
'pélerins. Les jeunes Bekoh 9 sont peints, en blanc. Le Kwakiutl
accom-plit des exercices lustraux pour perdre l'odeur humaine 10. Le myste li
Eleusis devait, après s'être baignê dans la mer, revêtir le nouveau
vête-ment préparé pour la cérémonie 11 Ces rites de purification-sont en fait
des rites de séparation en vue de l'initiation. Le nêophyte n'est plus idéntique au commun des mortels. Il a été purifié, il est déjà autre, sé-paré.
La séparation effectuée, le néophyte se retrouve dans un
1
i eu qu'il n'a jamais -fréquenté, qui n'a aucun rapport avec son expérience an-térieure. Ce llieu n'a jamais été banalisé par la vie quotidienne -et nele sera jamais. Il est en'quelque sorte valorisé car, nous le verrons
(
,
• 21
plus bas, ce qui s'y passe est hors de l'expérience commune. C~ lieu
- peut être exigu, tel ce petit enclos monté à l'aide de branchages dans
la brousse entourant le camp sara 12. Il peut consister en une salle,
tel le cabinet de réflexion des initiations maçonniques 13, dont les murs , peints en noir sont couverts d'inscriptions ou de dessins symboliques. Chez les Kwakiutls 14 un bâtiment spécial, Il~e lieu du bien-être", est
construit. Dans les religions il mystères, le lieu est un vaste
sanctuai-re au sein duquel un espace est réservé pour les initiations, ainsi le telesterion 15 à Eleusis ou le Bobagui 16 du hownftrt du culte vaudou. C'est la qu'habituellement sont entreposés les objets sacrés visibles des seuls ini tiés. Ces quelques exemples confirment que l' ini ti ation ne peut se dérouler n'importe où. Ce qui rapproche tous ces lieux, de la hutte sara au temple d'Eleusis, c'est qu'ils créent un espace différent de ce-lui 00 l'on vit. Cet espace est hors du commun parce que va sly réaliser 0
une transmutati on. Pour que ce 11 e-ci réuss i sse il faut que 1 e néophyte soit dans un "ailleurs", dans un lieu neuf.
Le néophyte, séparé de son environnem~nt habituel et conduit dans
un Heu neuf. va subir une série d'épreuves. Celles-ci sont très variées.
Il peut s'agir de pratiques ascétiques, jeQnes ou tabous alimentaires: les
novices sara 17 ne doivent pas manger de viande'ou de chair de poisson; le néophyte vaudouiste 18 ne peut ingurgiter que la nourriture d'un
nou'rris-son; le pélerin d'Eleusis 19 doit se nourrir de m~ts agréés de Perséphone.
Les épreuves cons i s tent parfo; s en des
~tortures,
symb-o1
i ques ou non 20: flagellations dans presque toutes les initiatiàns, marques physiques comme1
les balafre~ou la scarification. SouVent le néophyte doit effectuer
un voyage périlleux: Foucart 21 prêtend que l'initiation à Eleusis
com-portait un voyage simulé du myste dans les régions souterraines de ce
"
"(~
\ \ :.- 22
monde, à travers des chemi ns tortueux et obscurs où surgi ssa i ent des
appa-ri ti ons macabr~s qui causaient 1a terreur et l 'ango; sse. les
francs-maçons sont soumis au même voyage périlleux. Il suffit de rappeler que
le récipiendaire, après avoir obtenu, symboliquement l'admission dans le te!l1ple, fait trois voyages, subissant les épreuves de l'air, de l'eau et
j
du feu, avant d'obtenir la lumière 22. Nombreuses sont aussi les morts
symboliques: dans le rituel'kwakiutl il est dit du novice: "il tomba
raide mort et s'éveilla ensuite à une nouvelle vie" 23; parfois on
racon-\ te que le dieu a englouti le néophyte pour ensuite le recrach~r, recréé.
Toutes ces épreuv.!s, et 1 es centa
i~es
d'autres qui ont été recensées,ma-nifestent d'une manière f10quente que celui, qui les a subies, a trans-cendé la nature humaine 24. Le novice a montré du cour,age et une résis-tance morale et physique hors pair. -Il est donc qualifié pour partager
une condi.tion sur:humaine. Il ne craint plus la mort.
Durant les épreuves, ou entre chacune des épreuves, s'insère la révélation, le quatrième invariant. Au cours de cette étape le sens des
.
êtres et des choses, tel que perçu dans l a communauté, est transmi s au
postulant. Celui-ci acquiert ainsi progressivement le s,ns de la vie,
du cosmos, de l' homme, du temps, etc .. Il peut désormai s se situer dans
l'univers. Il ne s'agit pas d'un savoir intellectuel mais d'une
illumi-nation au sens mystique, d'une connaissance directe par l'imagiillumi-nation et la senstbilité 25, de l'introduction dans un monde qui n'est plus immé-.
.
\ diat, celui du sens. Quelques exemples feront mieux saisir ce qu'est la révélation. Durant sa réclusion d'une semaine, loin de tout contact avec le °mbnde profane, le futur initié vaudou 26 concentre toute son attention , 'et toute son affectivité sur les différentes actions rituelles â travers
K 1
fesquelles ; 1 fera la découverte de sa condi ti on d' homme dans sa dimensi on /
• i
\
1
/
()
23
-'cosmique. Il prendra conscience de la réalité cyclique de la vie et
inté-riorisera sa situation
àtravers une structure commune
àlui et au monde
par un retour aux archétypes: Terre, Végétation, Eau et Feu. Dans la
franc-maçonnerie 27 les rites allant du 4ième au 18ième degré conduisent
, à1 a conna
issanc,e qu cosmos. Ceux préparant au 30ième, ensei gnent les
voies/de la ré\lisation de l'ordre humain en harmonie avec l'universel.
\
Le nuvice kwakiutl 28 entend et apprend, durant cette séquence, le texte
intégral de la'légende du clan. Ce texte narre les péripéties de
"an-cêtre lIin i
110tempore
lJ,
ses expériences chez le IICanni bale de la bordure
.
~.
septentnonale ,du monde
lJ•
Les paroles sacrées sont révélées aU,myste
• 0
d'Eleusis 29 lors de
)aphase rituelle appelée
legom~na.La révélation
est transmtse quelquefois par un individu, -- Frère Grand Expert dans
il
la franc-maçonnerie, prêtre dans les mystères d'Eleusis, homme agé chez
les pr,imitifs --, qui possède déjà-grâce à ses
ini~iatlonsantérieures
une partie du dépôt sacré qu'il a la charge de transmettre. L'initié ést
tenu au secret absolu en ce qui â .trait
âla révélation. La divulgation
peut entra'ner la mort:
,Le cinquième invariant est en fait la conséquence et la finalité
de toute initiation: la renaissance. Dans la suite du mémoire ce terme
/
Signifiera toujours "seconde naissance". Le vieil, homme a été remplacé
p~run nouvel être. Celui-ci assume un autre mode d'existence. Cette
réalité est souvent figurée par la symbolique
de~gestation
embryon-naire et du nouvel enfantement. Elle est exprimée parfois en des images
Signifiant, d'une" manière ou d'une autre,' le commencement de la vie
(sor-tie ,hors du monstre, réveil, etc.). Le jeune
K~akiutl\ag;t"col1lTJe s'il
avait oublié les chemins des hommes et devait tout réapprendre comme un
nouveau-né" 30
Les jeunes
dela tribu,sara sont censés ne plus savoir
t
1
c
-~ , ~ ----,,----
---~-'"--
--- - --- -\---~ --1 24-parler; on les fait manger comme des enfants. L'usage ve~t qu'au retour
1
de la brousse ils "soient prêsentés à leurs parents car, dev,nus .autres,
ils ne reconnaissent ~lus personne~ 31 Les pélerins d'Eleusis 32
revenaient joyeux et heureux. Leur peur de la mort avait beaucoup
dimi-r ,
nuê et ils étaient habités de l'espoir d'une vie meilleure, dans le
royau-me des ombres. Y a-t~il réellement renaissance? L'initiation tient-elle
vraiment sa promesse? Nou-s n'avons pas à vérifier cette prétention,
mais simplement à constater qu'elle existe et qu'elle donne un sens à
~~ l'institution qu'est l'initiation. 1 L'important à retenir ~stOque
l'ini-tiation proclame l'intention et revendique le pouvoir ae transmuer
l'exis-tence humaine 33. Aprês l'initiatio~ le novice se sent différent des
autres et supérieuro aux autres. Il va continuer à vivre dans le monde
profane mais, parce qü'il est initié, il vivra autrèment.
\
Le scénario séparation - lieu - épreuve - révé.~ation - renaissance
,,'
constitue ,selon nous les invariants de l'initiation. Simone Vierne dans
son étu~e Ri te Ro~an Initiation ne dégage pas le même sc~hari o. Elle ne
retient que trois invariants (voir Tableau 1): la pr~paratiàn, la
mort initiatique et la re-naissance. Quoique recouvrant les
princi-paux éléments de l'initiation, le scénario qu'elle proposê, est nettement insatisfaisant. En effet, S. Vierne inclut dans la phase préparatoire de
l'initiation trois éléments: la s~paration. les rites purificatoires et
l'établissement du'lieu sacré. Or le rite purificatoire n'est qu'un "variant" car d'une part il n'est pas attesté dans ~o~tes les ;·n;~iat;ons
et d'autre part il nlest q~'une'moealité de la s~paration. Certaines
ini-tiations exigent ,l!l purification pour bien s'assurer de la ~éparation du
nêophyte ou pour, tout simplement, la slgnifier. Quant à l'établ issement
du lieu sacré, il se fait bien avant l'initiation. Quelquefois m@me,
_1---._ ...
'% .,
...."
---,---
- ----
-i , f •
,
\t
,
t
/t
Tableau 1 -PréparationEtab tir Ze Ueu saaré:
- brousse/nature,
maison
culturel
le
- lieu
consacré par unedivini-té, caverne mi-thri aque ~ loge
maçonnique
préparée Se purifier: - baignade, ton-s~re - entrée au tem-ple: purifica-tion, sacrifi-ces '" jeunes, absti-nence ~recher-che
mi nerai - enquête maçon-nique Séparation: - d'avec la mère - loin des"non-prêtres Il - entrée dans 1 e lieu clos du temple
- admission sous
lebandeau,
boisson d'ou-bli .. 25-LE PARCOURS INITIATIQUE
selon S. Vierne /.
Mort initiatique VoyageRites d'entrée dans 1 'au~delà
- rapt
.
- perte de con-naissance (boissons, chants, jeû-nes) - $ymplégades \ - épreuves.) rrrise à mort" · ascèse (tabous alimentaires, jeOnes, vei 11 e, silence) · tortur~s: dé-pècement initia-tique, (fouet, brOlures et sca-rifications. tortures) OsirisjOrpMe .. (circoncision, sub incision) - regressus ad uterum · image de l'embryon ~ · grottes, tom-· bes -. monstre ava-leur (ancêtre mythique) • chaos origi-nel- voyage aux en-fers ou au aie Z · vers
t'
'île de 1 1 ancêtre my-thique cf. Iles des Bi enheureux · descensus ad inferos-· l abyri nthe • centre du mon-de (poteau, ar-bre) · accès au ciel:ascensus
Re-nai ssanceSortie péri
Ueu-se
hors des mons-tres . Sortie heUX'euse geste de sortle rêvei 1 Hat enfantin (nudité, nourri-ture, langage inarticulê) nouveau nom " /
[
.;
'/
\
\
- 26
comme dan's les religions à mystêres ôu dans les sociétés fermées. le lieu étant toujours là, n'a pas besoin d'être établ i. Il reste donc, de
la
trilogie préparatoire, un seul invariant: la séparation. qui comporte parfois des rites purificatoires et l'établissement d'un lieu. La sépa-
.
-ration étant " invariant nous préférons retenir ce terme plutOt que "préparation". Dans l'invariant "mort initiatique" S. Vierne inclut
, ~
d'une part des rites d'entrée et'd'autre part un voyage d~lns l'au-delà. Dans les rites d'entrée S. Vierne mentionne le rapt. Quelle
distinction fait-ellë entre le rapt et la séparation (premier- invariant) de sa phase préparatoire? A notre avis il n 'yen a pas, car le rapt est uneQmodalitê de la Séparation et devrait normalement y être inclus. De
\
même S./Vierne. pour illustrer,les rites d'entrée, évoque les pertes de connaissance suite à l'ingurgitation de boissons . . QUè-lle distinction
~
.
... ."...",..
~fait-elle avec les boissons d'oubli qu'elle place comme exemple de sépa-ration? Les sympUgades, plus que des ri tes d'entrée, sont avant tout
/
des épreuves et auraient da normalement se situer dans la 1 iste de ce que S. Vierne a,ppelle improprement "voyage dans l'au-delà". Cette expression, sans doute adéquate pour englober le regX'e8SUS ad uterum
ou le descensus ad infeX'oa est vraiment mal choisie pour parler de
,
'""-,
.ll ascêse, (tabous alimentaires, jeanes, veille) et des tortures (fouet, brQlures et scarifications). Pourquoi ne pas utiliser le terme plus genéral d'épreuves qui recouvrerait en même temps le 'voyage dans
l'au-
;"-delà, les aymptégades et les différentes ascèses, tortures etc.?
S. Vierne omet en outre de considérer la révélation cOlll1le étant tin inva-riant du scénario initi_atique. Or, et cela a- été maintes fois illustré depuis le début
de
la recherche,la
l'évélation fait partie intégrante de l'initiation. Qn ne peut Ta concevoir saris cette transmission de\ / <' \
,
~1
1
'\ , J;/.,
;
1
\ ! ,1 , , , ! t 11
1 1\
i:
1
\ ,(
\ / ... ) - 27 ~connaissances qui vient donner le sens de ce qui est vécu. Que reste-t-il J
d'une initiation dont la révé1atton a été enlevée? Une série de gestes souvent incompréhensibles._ Il faut reconnai'tre que dans la suite de son étude S. Vierne accorde une grande importance (
a
la connaissance transmise/' '
dans l'initiation ainsi qu'aux'modalités de transmission. Pourquoi n'a-t-el1e pas alors considéré cette étape cOmm~ faisant partie intéflrante
.7
du parcours initiatique?
Il n"existe à notre connaissance, outre le travail de S. Vierne, aucune étude systématique sur la détermination des invariants de l'initia-tion. Ceci expliquerait sans doute~ nous reviendrons la-dessus au pro-chain chapitre, le peu de rigueur avec laquelle la notton de scénario
,
!
initiatique est utilisée en théorie littéraire. La plupart des critiques se contentent d'approximations, de vagues analogies et de génér~lités.
C'est pourquoi, il était nécessaire de bien préciser' ce qu'est 1
'initia-' / /
tion et ses 'invariants, avant d'entreprendre une analyse littéraire~
quelques remarques seraient encore utiles avant de parler du scé-nario initiatique dans une oeuvre littéraire.'
~ .. ~
/
Il faudra rappeler souvent que l ~initiation n'est pas toute la re- . ligion. Elle n'est qu'un moment d'une expérience religieuse~ _ Il faut
;donc à tout prix éviter de faire de l'initiation un synonyme de religion ( ou
'd~
pécherp~r IIs~neCdoJ~i
sme/l, en prenant la partie pour le tout. Lareligion comporte un rituel mais tout rituel n'est pas initiatique; la religion transmet une révélation mais toyte ré~élation n'est pas
initia-J
tique; la religion exige une ascèse mais toute ascêse n'est pas init1ati-que. Il para'it peut-l!tre superflu d'insister sur cet aspect mais les nombreuses erreurs c0'tlllises par certains critiques littéraires rlQUS y
- 1
.