PRÉFACE
Patrice Brun (UMR ArScAn - Protohistoire européenne)
Après deux années d e fonctionnem ent, les thèm es transversaux d e l'UMR « Archéologies e t sciences d e l'Antiquité » p euvent faire l'objet d 'u n premier bilan sous la form e du présent cahier Les résum és détaillés, réunis là par thèm es e t p récéd és d 'un avant-propos d e leurs responsables respectifs, m ontrent la diversité des contributions; diversité dans le d e g ré d 'a c h è v e m e n t pour la form e e t le fond, mais aussi dans les angles d 'a p p ro c h e qui trahissent la variété d e s traditions a c a d é m iq u e s d o n t é m an en t les auteurs. Au sein d e c h a q u e thèm e, des efforts d'interdisciplinarité ont é té accom plis. Ils s'av èren t aussi intéressants e t importants q u e les connaissances factuelles acquises. Il est clair, à l'expérience, q u e la réussite d e la « transversalité » d é p e n d d'un travail d e définition théorique e t épistémologique en am ont.
Les thèm es d e l'UMR couvrent tous les cham ps transversaux, non seulem ent d e l'archéologie, mais d e l'ensem ble des sciences humaines. Le th èm e 1. « Environnement, sociétés, esp aces» , traite des systèmes socio-environnementaux ou « paysagés » ; c'est-à-dire des m oyens d'actio n s des com m unautés humaines sur leur milieu naturel. Le th èm e 2, « Évolution des structures e t dynam iques sociales », ab o rd e les systèmes socio- politiques; c'est-à-dire des moyens d 'a c tio n sur les hommes. Le th èm e 3, «Système d e production e t d e circulation », étudie les systèmes économ iques ; c'est-à-dire aux moyens d'action sur la m atière (production, transformation, é c h a n g e s d e b ie n s). Le thèm e 6, « Rites, cultes e t religions », étudie les m oyens d 'a c tio n — réels ou supposés — sur les forces surnaturelles. Les thèm es 4, « Images, textes e t sociétés », e t 5, « Identités culturelles », explorent les moyens d 'a c tio n sur les processus cognitifs ; le premier s 'a tta c h a n t surtout aux m odes généraux d e représentations iconiques e t textuels ; le deuxièm e, plus précisém ent, aux m odes d e représentation symboliques statutaires e t identitaires. Le th è m e 7, enfin, « Outils e t m é th o d e s d e la re c h e rc h e », d éclin e les problèm es m éthodologiques e t th éo riq u es ; le sous-thèm e 7a s 'o c c u p a n t d'épistém ologie, d'histoire e t d e sociologie d e la recherche archéologique ; le 7b, des systèmes d'information au sens large e t le 7c, d'expérim entation, d'ethnoarchéologie e t d e modélisation. Tout c h erch eu r peut, par conséquent, trouver m atière à réflexion dans plusieurs, sinon dans tous les thèm es ainsi offerts.
Au cours des prem ières séances, résum ées dans les p a g e s qui suivent, les responsables ont suivi une dé m a rch e plus exploratoire que véritablem ent finalisée, afin d e tra c e r le contour des thèm es e t se m ettre en p h a se a v e c l'a tte n te d e leurs participants potentiels. Tous o n t insisté sur le c a ra c tè re polysém ique des questions traitées ; celles-ci relevant pour partie, sans exception, des autres thèm es dont les c h am p s s'avèrent toujours étroitem ent en trelacés. Les th èm es doivent, d e la sorte, ê tre compris c o m m e d e s catég o ries analytiques susceptibles d'ouvrir sur des synthèses croisées.
Les contributions du thèm e 1, « Environnement sociétés, e s p a c e s», ont b e a u c o u p tourné autour des problèm es d 'a d a p ta tio n e t d e d év elo p p em en t dans des conditions environnementales extrêm es e t des outils utilisables - mis au point en g é o g ra p h ie pour la plupart - d o n t les fam eux systèm es d'inform ation g é o g rap h iq u es (SIG). La question d e ia perception d e leur environnem ent par les a c te u rs eux-m êm es constitue la perspective choisie pour la suite du programme.
Au cours des premiers séminaires du th è m e 2, « Évolution des structures e t dynamiques sociales », les réflexions ont porté sur une question spécifique ; celle des relations entre les sociétés mobiles e t les sociétés sédentaires. Les chercheurs te n d e n t assez sp o n ta n é m en t à raisonner d e v a n t c e s deux types d e so c ié tés en term es d'oppositions. Or, c 'e s t en term es d e com plém entarités q u e leurs rapports doivent être saisis. Il co n v ie n t, par conséquent, d e caractériser e t m esurer ce s com plém entarités d an s leurs changem ents tem porels
socio-1 L'ensem ble d es intervenants a é té sollicité pour la production des résumés qui suivent. Tous n 'o n t p as répondu.
environnem entaux. La totalité des rubriques intéressant l'organisation sociale et-ses c h a n g em e n ts sera a b o rd é e au cours des quatre prochaines années.
Les prem ières questions traitées d a n s le thèm e 3, « Systèmes d e production e t de circulation », o nt é té celle des chaînes opératoires e t celle des modalités d e circulation e t d 'é c h a n g e des biens. Si ia se co n d e s'est a v é ré e sans surprise plus familière à tous c a r plus traditionnelle, la prem ière a révélé l'inégal a v a n c e m e n t des réflexions, non seulem ent selon la sp écialité ch rono-géographique des participants, mais aussi selon le matériau étudié. Après la série d 'é tu d e s d e ca s présentés ici, l'a c c e n t sera mis à l'avenir sur les interactions à la fois techniques e t comm erciales au sens large.
Après avoir e n ta m é leurs travaux sur la question très consensuelle des représentations animales, les responsables du th èm e 4, « Images, textes e t sociétés », ont porté l'effort sur le problème m éthodologique des a p p ro c h e s structuralistes, en un te m p s où la m ode in tern atio n ale est a u relativisme postm oderne. L'exploitation re lâ c h é e d e la notion d e cham anism e e t d e s c ro y a n c e s qui lui sont prêtées, assez représentative des te n d a n c e s récentes, a é té soumise, d e m anière d é c a p a n te , à c e type d 'a p p ro c h e plus exigeant e t critique.
Les premiers séminaires du thèm e 5, « Identités culturelles», o n t montré la forte charge d'am biguïtés d e la notion d e « culture » en France. Deux significations opposées, l'une universaliste, l'autre particulariste interfèrent; c e tte dernière, via le relativisme e t ['autonomisme culturels, sem blant a c co m p a g n er le renouveau des nationalismes. Il a. en conséquence, é té choisi d e poser la question du rôle d e l'archéologie, d e l'histoire e t d e l'ethnologie dans la fabrication idéologique du passé national ; d 'a b o rd sur la question celte, ensuite sur celle des identités culturelles africaines. Les réflexions continuerons d a n s c e sens, e t aborderons é g a le m e n t la question du multiculturalisme dans l'av èn em en t actuel d e l'individualisme e t le reniement d e l'histoire.
Les responsables du thèm e 6, « Rites, cultes e t religions », o n t choisi d e ne pas déflorer la diversité des c a s présentés ; c h a c u n é ta n t jugé a p rio ri irréductible dans sa spécificité et, ainsi, exemplaire d e l'infinie complexité d es manifestations humaines. Il est envisagé d e poursuivre c e tte juxtaposition d e topiques, afin d e perm ettre à c h a c u n d'enrichir son b a g a g e d 'id ées mobilisables lorsqu'il s'a g it d'interroger son corpus docum entaire d e prédilection.
Dans le c a d re du th èm e 7, « Outils e t m éthodes d e la re c h e rc h e », on a pu constater une fois d e plus q u e la réflexion épistémologique, historique e t sociologique (objet d u volet 7a) ne s'o p ère q u e très rarem ent pour elle-m êm e d an s notre pays. Il sera intéressant, pour mieux m esurer et com prendre c e t é ta t d e fait, d e dépouiller e t d'analyser le questionnaire diffusé auprès des cherch eu rs d e l'UMR sur leur pratique dans c e dom aine. Ces aspects, indispensables à to u te dém arche scientifique, devront aussi être présents - e t sinon rappelés - dan s toutes les réunions d e travail des autres thèm es transversaux.
La réflexion m éthodologique, en particulier sur le volet 7b (« Les systèm es d'information »), constitue sans aucu n d o u te l'un des points forts d e l'UMR. Les séances au cours desquelles les expériences d év elo p p ées dans c h a q u e éq u ip e ont é té c o m p a rée s l'ont am plem ent d é m o n tré ; d a v a n ta g e , pourtant, à propos d e l'enregistrem ent des d o n n é e s d e fouille e t le traitem ent d e l'inform ation q u e pour les m odalités d e publication.
A vec le volet 7c, « Expérimentation, ethnoarchéologie, m odélisation », les responsables ont éprouvé des difficultés p o u r en délim iter les spécificités. C ela tient a u c a r a c tè r e très élastique d e s notions d 'eth n o arch éo lo g ie e t d e modélisation. Ainsi, n'est-il pas surprenant q u e les contributions se soient articulées sur les m éthodes expérimentales. Des intervenants ont d'ailleurs outrep assé le sta d e technique pour prendre en considération le c o n te x te social, ju s q u 'à s'interroger sur la possibilité d 'a tte in d re un universel psychomoteur. Les perspectives se révèlent fort ambitieuses e t stimulantes a v e c la recherche d e récurrences transculturelles, e t celle des contraintes différentielles d e l'exploitation des données ethnologiques en fonction d e la plus ou moins g ran d e distance tem porelle des contextes com parés.
Com m e on s'en rendra aisém ent c o m p te à lecture d e c e cahier, l'hétérogénéité des participants aura é té la principale difficulté rencontrée p a r les responsables d e thèm es. Ils ne l'ont pas découverte, puisque la mise en p la c e d e thèm es transversaux av a it précisém ent pour fonction d e jeter des ponts entre les spécialités chronologiques, géographiques e t thém atiques très variées des é q u ip e s com posant l'UMR. Ils en ont mieux m esuré l'im portance. Les disparités — très grandes c a r liées à d e s traditions a c a d é m iq u e s e t m êm e épistém ologiques radicalem ent différentes — ont posé d 'e m b lé e le problèm e d e l'intercompréhension. Pour la m êm e raison, les responsables d e th èm es ont géré c e problèm e d e façon contrastée, selon leurs propres options con cep tu elles e t les desiderata d e s participants. Les notions d 'a d a p ta tio n e t d e d é v e lo p p em en t (thèm e 1), d e systèmes interrégionaux (thèm e 2), de chaîne opératoire (thèm e 3), d e m ode d e représentation
e t d e cham anism e (thèm e 4), d e culture (thèm e 5), d e rite (thèm e 6), d'ethnoarchéologie et d e modélisation (thèm e 7C) ont dû être reprises, redéfinies afin que c h a c u n parle d e la m êm e chose, au m êm e niveau. Les problèm es a priori plus m éthodologiques et techniques butent, en réalité, sur des difficultés analogues, tous ne c o n c e v a n t pas d e la m êm e m anière le c o n c e p t d e systèm e d'information, par exemple, pour s'en tenir à une notion pourtant fo n d a m e n ta le . C e c o n stat donne, bien entendu, un relief d 'a u ta n t plus a c c e n tu é au contenu du thèm e 7A. Et, s'il s'ag it ici d'un relief en creux, il convient d 'y voir non seulem ent un parad o x e très sym ptom atique d e l'é ta t g énéral d e l'archéologie française, mais surtout l'exigence d e combler une lacune b é a n te . C'est, au moins en partie, c e défi intellectuel e t son actualité qui ren d en t aussi passionnant notre expérience d e thém atiques transversales résolument très ambitieuses.