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Étude de cas autour des diagnostics d'aphasie progressive primaire et démence sémantique

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Academic year: 2021

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(1)

HAL Id: dumas-01302529

https://dumas.ccsd.cnrs.fr/dumas-01302529

Submitted on 14 Apr 2016

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Étude de cas autour des diagnostics d’aphasie

progressive primaire et démence sémantique

Sylvie Ledoux

To cite this version:

Sylvie Ledoux. Étude de cas autour des diagnostics d’aphasie progressive primaire et démence séman-tique. Sciences cognitives. 2010. �dumas-01302529�

(2)

Sylvie LEDOUX

Née le 27 mai 1980

Etude de cas autour des diagnostics

d’aphasie progressive primaire et

de démence sémantique

Mémoire pour l’obtention

du certificat de capacité d’orthophoniste

Université Victor Segalen - Bordeaux 2

Année universitaire 2009-2010

(3)

Je remercie sincèrement

Madame Broustet, directrice de ce mémoire, pour sa disponibilité, ses conseils avisés, sa patience, ses encouragements et la confiance qu’elle a su m’accorder ;

Madame Auriacombe pour son aide et l’intérêt porté à cette étude ; Monsieur Gaëstel pour le temps consacré au début de ce projet ;

Madame Lamothe-Corneloup, Madame Julliard et Madame Seuve pour avoir accepté de faire partie de mon jury de soutenance ;

Madame Beaucourt pour sa bienveillance et nos échanges au cours de ma formation ; Les patients pour leur participation à cette étude et leur accueil chaleureux ;

Ma mère pour son soutien sans faille durant toutes ces années, son écoute et ses paroles réconfortantes ;

Mon conjoint pour sa présence à mes côtés, sa confiance inconditionnelle, sa « force tranquille » et son aide précieuse ;

Mes amis, en particulier Lise, Sébastien, Aurélie, Karine, Elise, Marion et Harry, pour leurs conseils, leurs encouragements et leurs petites attentions ;

Maya pour m’avoir redonné le sourire dans les moments difficiles ; Ma grand-mère qui m’accompagne toujours.

(4)

TABLE DES MATIERES

TABLE DES ILLUSTRATIONS... 5

TABLE DES ANNEXES ... 6

INTRODUCTION ... 7

LE LANGAGE ... 8

1. DEFINITION DU LANGAGE... 8

a. Définition proprement dite ... 8

b. Organisation neuro-anatomique ... 9

 Pôle expressif ... 10

 Pôle réceptif... 10

 Relations entre le pôle expressif et le pôle réceptif... 10

c. Organisation structurale ... 11

 Les trois articulations du langage... 11

 Les deux modes d’arrangement des unités linguistiques ... 12

2. MODELES THEORIQUES DE PRODUCTION DU LANGAGE... 13

a. Modèles de production du mot ... 13

 A l’oral : le modèle sériel et discret de Levelt et al... 13

 A l’écrit : un modèle de l’architecture cognitive du système d’écriture ... 15

b. Modèle de production de la phrase... 16

3. TROUBLES DU LANGAGE... 18

a. Rappels sémiologiques ... 19

 Troubles de la production lexicale ... 19

 Troubles de la production syntaxique ... 21

 Troubles du langage écrit ... 22

b. Langage et vieillissement normal... 23

c. Langage et vieillissement pathologique ... 24

LA MEMOIRE SEMANTIQUE... 25

1. GENERALITES SUR LA MEMOIRE... 25

a. Systèmes de mémoire... 25

b. Modèle hiérarchique de Tulving ou modèle SPI ... 27

2. MEMOIRE SEMANTIQUE... 29

a. Définition et organisation de la mémoire sémantique ... 29

b. Mémoire sémantique et mémoire épisodique ... 30

c. Modèles théoriques : un système sémantique unique ou multiple ?... 32

(5)

 Le modèle plurimodal de Warrington ... 34

3. TROUBLES DE LA MEMOIRE SEMANTIQUE... 35

a. Rappels sémiologiques ... 35

 L’agnosie asémantique ... 36

 La prosopagnosie asémantique... 37

b. Mémoire sémantique et vieillissement normal ... 37

c. Mémoire sémantique et vieillissement pathologique... 38

L’APHASIE PROGRESSIVE PRIMAIRE ET LA DEMENCE SEMANTIQUE ... 40

1. LES DEGENERESCENCES LOBAIRES FRONTO-TEMPORALES (DLFT) ... 40

a. Classifications des dégénérescences fronto-temporales : les grandes étapes ... 41

 Les premières observations ... 41

 Les critères de Neary et al. ... 41

 Les autres classifications ... 43

b. Les aphasies dégénératives ... 44

 Différentes conceptions... 44

 Démarche diagnostique face à des troubles du langage inauguraux ... 46

 Prise en charge ... 46

2. L’APHASIE PROGRESSIVE PRIMAIRE NON FLUENTE (APPNF) ... 47

a. Présentation générale ... 47  Historique de la description... 47  Organisation neuro-anatomique ... 48  Contexte épidémiologique... 48 b. Symptomatologie ... 49  Critères diagnostiques ... 49  Tableau clinique ... 50 c. Démarche clinique ... 52  Diagnostic différentiel... 52

 Prise en charge rééducative ... 53

3. LA DEMENCE SEMANTIQUE (DS) ... 54 a. Présentation générale ... 54  Historique de la description... 54  Organisation neuro-anatomique ... 55  Contexte épidémiologique... 55 b. Symptomatologie ... 56  Critères diagnostiques ... 56  Tableau clinique ... 57 c. Démarche clinique ... 59

(6)

 Diagnostic différentiel... 59

 Prise en charge rééducative ... 61

ETUDE DE CAS... 62

1. PROBLEMATIQUE ET HYPOTHESE... 62

2. METHODOLOGIE... 63

a. Les patients rencontrés... 63

 Critères d’inclusion ... 63

 Critères d’exclusion... 63

 Présentation ... 64

b. Les tests utilisés ... 71

 Evaluation des fonctions linguistiques ... 71

 Evaluation des fonctions gnosiques (perceptives et sémantiques)... 73

c. Les conditions de passation... 75

 Prise de contact... 75

 Passation des épreuves ... 75

3. RESULTATS ET ANALYSE... 76 a. Monsieur LE. ... 77  Fonctions linguistiques... 78  Fonctions gnosiques ... 81 b. Monsieur LA. ... 82  Fonctions linguistiques... 83  Fonctions gnosiques ... 86 c. Monsieur T. ... 87  Fonctions linguistiques... 88  Fonctions gnosiques ... 91 d. Monsieur V. ... 93  Fonctions linguistiques... 94  Fonctions gnosiques ... 97 e. Monsieur R. ... 99  Fonctions linguistiques... 100  Fonctions gnosiques ... 103

f. Synthèse des principaux signes cliniques observés ... 104

DISCUSSION ... 107

CONCLUSION... 110

ANNEXES... 111

(7)

TABLE DES ILLUSTRATIONS

Figure 1 : Les « aires » du langage... 9

Figure 2 : Le langage et ses trois « articulations » (tiré de Gil, 1989) ... 11

Figure 3 : Illustration schématique des étapes de production langagière... 14

Figure 4 : Description schématique de l’architecture cognitive du système de production écrite ... 15

Figure 5 : Classification des paraphasies (d’après Kremin, 1990, in Gil, 2006) : ... 21

Figure 6 : L’organisation hiérarchique des différents systèmes de mémoire... 25

Figure 7 : Le modèle SPI (schéma inspiré de Tulving, 1995)... 27

Figure 8 : Organisation des mémoires épisodique et sémantique ... 30

Figure 9 : Modèle amodal de Hillis et Caramazza ... 33

Figure 10 : Modèle plurimodal de Warrington ... 34

Figure 11 : Les différentes conceptions d’aphasie progressive primaire ... 44

Figure 12 : Tableau récapitulatif des patients de notre étude... 70

Figure 13 : Résultats de Monsieur LE... 77

Figure 14 : Résultats de Monsieur LA. ... 82

Figure 15 : Résultats de Monsieur T. ... 87

Figure 16 : Résultats de Monsieur V... 93

Figure 17 : Résultats de Monsieur R. ... 99

Figure 18 : Résultats synthétiques de Monsieur LE. et Monsieur LA. ... 105

(8)

TABLE DES ANNEXES

Annexe 1 : Critères communs aux trois syndromes cliniques de dégénérescences lobaires

fronto-temporales - Neary et al., 1998 ... 111

Annexe 2 : Critères diagnostiques cliniques de l’aphasie progressive non fluente - Neary et al., 1998 ... 112

Annexe 3 : Critères cliniques pour le diagnostic d’aphasie sémantique et d’agnosie associative (démence sémantique) - Neary et al., 1998 ... 113

Annexe 4 : Critères de diagnostic français de la démence sémantique - Moreaud et al., 2008 ... 114

Annexe 5 : Description d’une scène imagée (BDAE-F) ... 115

Annexe 6 : Extraits d’épreuves du MT-86 (version M1-Bêta) ... 116

Annexe 7 : Extraits d’images du DO 80 (Dénomination Orale) ... 118

Annexe 8 : Extraits d’épreuves du PEGV (Protocole d’Evaluation des Gnosies Visuelles) . 119 Annexe 9 : Extraits d’épreuves de la BECS (Batterie d’Evaluation des Connaissances Sémantiques) ... 123

Annexe 10 : Extraits du test d'identification de visages célèbres... 125

Annexe 11 : Profils « Z-score » (BDAE-F) des patients... 126

Annexe 12 : Profils linguistiques « M1-Bêta » (MT-86) des patients ... 131

Annexe 13 : Extraits des productions orales et écrites de Monsieur LE. ... 133

Annexe 14 : Extraits des productions orales et écrites de Monsieur LA. ... 135

Annexe 15 : Extraits des productions orales et écrites de Monsieur T. ... 137

Annexe 16 : Extraits des productions orales et écrites de Monsieur V. ... 139

(9)

INTRODUCTION

Les connaissances sur les démences se sont considérablement enrichies au cours de ces dernières années, en raison notamment de l’augmentation de leur prévalence, engendrée par le vieillissement de la population. Ainsi, des entités nosologiques proches, jusque-là confondues avec la maladie d’Alzheimer, ont été identifiées. C’est le cas en particulier des dégénérescences corticales focales, qui se manifestent par un déficit cognitif progressif et longtemps isolé, en lien avec une localisation lésionnelle circonscrite. Dans ce cadre, nous nous sommes intéressés aux dégénérescences lobaires fronto-temporales, plus précisément à l’aphasie progressive primaire et à la démence sémantique, respectivement dominées par des troubles du langage et de la mémoire sémantique. Malgré un intérêt croissant, ces affections restent peu décrites et sont l’objet de désaccords, participant à leur méconnaissance ainsi qu’aux difficultés diagnostiques et thérapeutiques. En pratique clinique courante, les deux tableaux peuvent être assimilés, en raison d’un symptôme commun et au premier plan : l’anomie ; celle-ci peut en effet résulter d’une atteinte purement langagière (aphasie progressive primaire), ou être la traduction clinique d’une altération au niveau de la mémoire sémantique (démence sémantique).

Nous avons donc rencontré cinq patients, pour lesquels le diagnostic d’aphasie progressive primaire ou de démence sémantique avait été préalablement établi. Nous les avons soumis à une évaluation approfondie du langage et de la mémoire sémantique, afin de préciser la nature de leurs troubles et d’affiner la compréhension des mécanismes cognitifs sous-jacents.

Dans un premier temps, nous exposerons les données de la littérature. Nous rappellerons quelques notions concernant le langage et la mémoire sémantique, indispensables à l’interprétation des troubles inhérents à l’aphasie progressive primaire et à la démence sémantique, détaillés par la suite.

Dans un deuxième temps, nous présenterons les patients ayant répondu à notre étude, ainsi que les tests utilisés. Nous analyserons les résultats obtenus, avec pour objectif de faciliter le diagnostic différentiel entre l’aphasie progressive primaire et la démence sémantique.

(10)

LE LANGAGE

1. Définition du langage

a. Définition proprement dite

L’étude du langage remonte au XIXe siècle et ouvre ainsi le champ de la neuropsychologie et des neurosciences cognitives. Le concept n’a guère évolué depuis et la description des troubles acquis du langage s’appuie toujours sur les cadres théoriques de cette époque (Joanette & Ansaldo, 1999, in Joanette, Kahlaoui, Champagne-Lavau & Ska, 2006).

Le dictionnaire Le Petit Larousse Illustré 2005 définit le langage comme la « faculté propre à l’homme d’exprimer et de communiquer sa pensée au moyen d’un système de signes vocaux ou graphiques » ; la composante gestuelle est, quant à elle, envisagée comme un « système structuré de signes non-verbaux remplissant une fonction de communication ».

Quelle que soit sa forme, le langage est donc un instrument privilégié de communication qui revêt toute sa complexité si l’on considère, outre sa dimension sociale, ses aspects psychologiques et physiologiques (Brin, Courrier, Lederlé & Masy, 2004) : il est en effet issu d’une « activité volontaire de la pensée » qui se traduit en un « système de signes » symboliques (verbaux et / ou gestuels), mobilisant des organes et des muscles propres à leur réalisation. Dans ses Problèmes de Linguistique Générale, Benveniste (1964, in Brin, Courrier, Lederlé & Masy, 2004) précise la nécessité de partager ces signes au sein d’une communauté afin de permettre à la fois leur expression (« représenter le réel par un signe ») et leur compréhension (« comprendre le signe comme représentant du réel »), inhérentes à l’échange communicationnel.

Il semble utile de différencier les concepts de langage et de langue, souvent confondus (la plupart des langues emploient d’ailleurs le même terme pour désigner les deux notions). D’après Belliard et al. (2007), « le langage est universel et unique » alors que « chaque communauté possède sa propre langue ». Le langage est une « capacité innée », développée dès l’enfance, à traiter les sons de la langue en vue de leur donner du sens. La langue est, quant à elle, « l’ensemble des signifiés (constructions sonores porteuses de sens) choisi arbitrairement au sein d’une communauté parmi les infinies possibilités qu’offre le langage ». Le langage s’exprime donc sous forme de langues, dont « la parole est la mise en œuvre » (in Gil, 2006).

(11)

b. Organisation neuro-anatomique

Avant de décrire plus précisément les zones cérébrales impliquées dans l’activité langagière, il semble important de rappeler le rôle prépondérant de l’hémisphère gauche dans ce domaine (Cambier, M. Masson, Dehen & C. Masson, 2008). Celui-ci se trouve en effet sollicité de manière élective dès la phase pré-langagière (intention de communication) ; son activation est manifeste lors de la production et la réception des messages linguistiques. L’hémisphère droit, quant à lui, « n’est pas dépourvu de capacités linguistiques » puisqu’il assure l’exécution des tâches mobilisant peu les processus attentionnels et intentionnels (en particulier l’expression d’automatismes verbaux comme le chant, les « séries automatiques » ou les formules de politesse). On assiste alors à un « véritable dialogue des deux hémisphères ». L’asymétrie hémisphérique serait programmée génétiquement et correspondrait à une « surface plus étendue du planum temporal gauche » (situé dans la partie supérieure du lobe temporal). Des études ont montré que cette latéralisation se consolidait au fil des ans, rendant la récupération des capacités langagières de plus en plus improbable dans le cas d’une lésion de l’hémisphère gauche (aphasie).

L’activité de langage fait intervenir tout l’encéphale avec, comme nous l’avons évoqué précédemment, une nette prédominance fonctionnelle de l’hémisphère gauche et plus précisément d’une zone s’organisant autour de deux pôles : un pôle expressif moteur (phonatoire ou graphique) et un pôle réceptif sensoriel « comportant d’une part l’audition et la compréhension du langage parlé, d’autre part la vision et la compréhension du langage écrit » (Gil, 2006) ; les relations entre ces deux pôles sont incessantes.

Le schéma ci-dessous permettra d’illustrer les propos qui vont suivre (Gil, 2006).

(12)

 Pôle expressif

Les observations de Paul Broca (années 1860) permettent aujourd’hui d’affirmer l’existence d’un pôle antérieur expressif du langage, situé dans l’hémisphère cérébral gauche et correspondant aux tiers postérieur et médian de la circonvolution frontale inférieure (aires 44 et 45). Cette zone délimitée constitue l’aire de Broca qui, avec l’insula et les noyaux gris centraux, permet la réalisation des programmes phonétiques, sous l’incitation du lobe préfrontal. Pour être précis, ce dernier transmet des représentations abstraites (qui constitueront le message linguistique) à l’aire de Broca, tout en veillant à leur cohérence et à leur « adéquation au contexte environnemental ». Le programme moteur correspondant à la réalisation phonétique est alors élaboré, avant de parvenir à la partie basse de la frontale ascendante jusqu’aux organes bucco-phonateurs par l’intermédiaire du faisceau pyramidal (ou voie motrice principale). L’auteur ajoute que « le pied de F2 serait au langage écrit ce que l’aire de Broca est au langage parlé ».

 Pôle réceptif

L’aire de Wernicke participe au traitement des messages verbaux. Elle se situe dans la partie postérieure de la circonvolution temporale supérieure gauche et constitue une aire associative auditive. Lors d’une conversation, les mots sont perçus au niveau des aires auditives primaire et secondaire (aires 41 et 42) avant d’être transmis à l’aire de Wernicke qui en réalise un décodage phonémique pour permettre ensuite l’extraction de leur sens, en lien avec le système sémantique. Le traitement des mots écrits diffère, dans la mesure où ces derniers sont perçus au niveau des aires visuelles primaire et secondaire (cortex occipital) puis transmis au gyrus angulaire (aire 39) pour un décodage orthographique ; s’il s’agit d’une transposition visuo-phonatoire (lecture à haute voix), l’information chemine ensuite dans l’aire de Wernicke pour subir une « traduction » phonémique. L’aire de Wernicke peut ainsi être conçue comme une zone de décodage et d’encodage phonémique et intervient donc également dans l’expression du langage.

 Relations entre le pôle expressif et le pôle réceptif

Les pôles postérieur (réceptif) et antérieur (expressif) du langage sont connectés par de nombreuses fibres nerveuses et en particulier par le faisceau arqué. Qu’il s’agisse d’une activité de répétition ou de transposition visuo-phonatoire, l’aire de Wernicke réalise l’analyse phonémique avant de transmettre l’information à l’aire de Broca pour une programmation phonétique.

(13)

c. Organisation structurale

La linguistique structurale considère le langage comme un véritable système, découpé en « articulations » (Martinet, 1970, in Gil, 2006) et organisé selon des « modes d’arrangement » (Jakobson, 1963 ; Sabouraud, 1995, in Gil, 2006).

 Les trois articulations du langage

Les unités de première articulation sont les monèmes, c’est-à-dire les plus petites unités porteuses de sens ; ils sont donc constitués d’un signifiant (ou expression phonique), mais également d’un signifié (ou contenu sémantique). Les monèmes ne correspondent pas toujours aux mots : un mot peut être formé d’un monème (maison) ou de plusieurs monèmes (maisonn-ette). Les monèmes grammaticaux (nous manger-ons) sont appelés morphèmes, par oppositions aux lexèmes.

Les unités de deuxième articulation sont les phonèmes, c’est-à-dire les plus petites unités de son. Dans la langue française, il existe environ une quarantaine de phonèmes qui se combinent pour former les monèmes (b-i-j-ou).

Les unités de troisième articulation sont les traits, c’est-à-dire les mouvements élémentaires de l’appareil bucco-phonatoire permettant la réalisation des phonèmes.

Figure 2 : Le langage et ses trois « articulations » (tiré de Gil, 1989)

Phonèmes Traits Monèmes Syntagmes Désintégration phonétique - Paraphasies phonémiques - Néologismes - Paraphasies verbales - morphologiques - Paraphasies sémantiques - Néologismes - Dyssyntaxie Troisième articulation (conventions phonétiques) Deuxième articulation (conventions phonologiques) Première articulation (conventions morphosyntaxiques)

(14)

 Les deux modes d’arrangement des unités linguistiques

Les unités linguistiques précédemment décrites peuvent être organisées selon deux modes (ou axes) : le mode du choix (ou de la sélection), qualifié de paradigmatique, et le

mode de la combinaison, qualifié de syntagmatique.

Au niveau de la deuxième articulation, la parole requiert une sélection et une combinaison de phonèmes aboutissant à la création de monèmes.

Au niveau de la première articulation, une sélection et une combinaison de monèmes aboutit à la création de syntagmes et de phrases. Rappelons que les syntagmes sont des groupes de mots fonctionnels à l’intérieur des phrases : dans la phrase Le soleil brille, le

soleil est le syntagme nominal (déterminant + nom) tandis que brille est le syntagme verbal.

Les relations entre les mots et les syntagmes sont régies par des règles syntaxiques ; Gatignol (2007) précise l’importance de l’ordre des mots d’un point de vue sémantique et souligne la « complexité du fonctionnement syntaxique ».

 Le langage constitue un système structuré de signes, verbaux et non-verbaux,

partagés par une communauté à des fins communicationnelles. Il se distingue de la langue par son universalité.

 L’activité de langage, à prédominance hémisphérique gauche, s’organise

principalement autour d’un pôle antérieur expressif (comprenant l’aire de Broca) et d’un pôle postérieur réceptif (comprenant l’aire de Wernicke), reliés par le faisceau arqué.

 D’un point de vue structural, les trois articulations du langage (monèmes, phonèmes

et traits) sont sélectionnées puis combinées de manière à former une infinité de mots, de syntagmes et de phrases.

(15)

2. Modèles théoriques de production du langage

Parmi les activités langagières déjà évoquées, Sauzéon (2007) distingue les activités de production (expression) des activités de traitement (compréhension) : alors que les premières sont qualifiées de « descendantes » ou « top-down » (de la conceptualisation du message à sa réalisation motrice), les deuxièmes sont dites « ascendantes » ou « bottom-up » (de la perception du message à sa compréhension). On s’intéresse ici à la production du langage (lexicale et supralexicale), sous sa forme orale et écrite ; la compréhension sera traitée dans le chapitre concernant la mémoire sémantique.

Pour bien comprendre les processus impliqués dans la production langagière, on s’appuie sur des modèles théoriques, dont le principal intérêt réside dans la mise en évidence des étapes de production du langage. Ces modélisations favorisent ainsi l’identification des « différents niveaux d’atteintes possibles » et s’avèrent très utiles aux cliniciens, désireux de distinguer chez les patients les « composants […] atteints » des « composants préservés » en vue d’élaborer un « diagnostic fonctionnel des troubles observés » pour une prise en charge efficace et adaptée (Tran, 2007).

Joanette, Kahlaoui, Champagne-Lavau et Ska (2006) ajoutent qu’il est essentiel de « bien se rendre compte que la communication par le langage ne repose pas uniquement sur la mise en œuvre de processus dits linguistiques » ; d’autres processus cognitifs interviennent en effet, comme la mémoire sémantique (traitée dans le chapitre II), mais également la mémoire de travail ou les fonctions exécutives. Comme le souligne Ferrand (2001, in Tran, 2007), « la production du langage est une des activités humaines les plus élaborées ».

a. Modèles de production du mot

 A l’oral : le modèle sériel et discret de Levelt et al.

Cette représentation schématique (adaptée de Levelt & Meyer, 2000, in Sauzéon, 2007) décrit les opérations langagières, ainsi que les systèmes de mémoire (lexique mental et lexique des syllabes) et les fonctions de contrôle et de supervision nécessaires à la production orale d’un mot. Les opérations langagières de nature sémantique, lexicale et phonologique se déroulent selon un agencement séquentiel, d’où l’appellation de modèle « sériel et discret ».

(16)

Figure 3 : Illustration schématique des étapes de production langagière

Tout d’abord, une intention de communication verbale émerge dans l’esprit du locuteur. Ce dernier fait appel à ses connaissances sémantiques pour élaborer une

préparation conceptuelle signifiante du message à transmettre. Le concept lexical est ainsi

activé.

L’activation est ensuite transmise au niveau du lexique mental pour une sélection

lexicale. Le lemma cible est alors activé à son tour : il s’agit d’une conception particulière du

lexique mental dans lequel chaque étiquette lexicale comporte des traits syntaxiques comme la catégorie grammaticale ou le genre ; ainsi, un verbe transitif sera porteur d’un mode, d’un temps, d’un objet, etc.

Le lemma sélectionné active l’encodage morpho-phonologique, puis la syllabation. L’assemblage des syllabes phonologiques constitue le mot phonologique.

L’encodage phonologique peut alors être effectué : chaque syllabe créée sollicite sa représentante dans le lexique mental des syllabes pour activer son patron articulatoire.

L’articulation constitue l’étape finale et permet la production orale du mot. Préparation conceptuelle Concept lexical Sélection lexicale Lemma Mot phonologique Encodage phonologique

Procédure phonétique articulatoire

Articulation Mot produit LEXIQUE MENTAL LEXIQUE SYLLABES Encodage morpho-phonologique Syllabation Boucle externe Boucle interne F o n ct io n d e co n tr ô le / M o n it o ri n g

(17)

 A l’écrit : un modèle de l’architecture cognitive du système d’écriture

Le modèle théorique exposé ci-après (Rapp, Epstein & Tainturier, 2002, in De Partz, 2007) décrit les deux types d’opérations cognitives langagières sollicitées lors d’une tâche d’écriture (ou de lecture) : les « procédures lexicale et sous-lexicale », qualifiées également dans la littérature de « voies orthographique et phonologique », de « voies directe et indirecte » ou encore de « voies par adressage et par assemblage ». Celles-ci s’appuient principalement sur les différentes représentations lexicales (sémantiques, orthographiques et phonologiques), stockées à long terme dans des systèmes mnésiques spécifiques (système sémantique, lexique orthographique et lexique phonologique), autonomes mais interconnectés (Tran, 2007).

Figure 4 : Description schématique de l’architecture cognitive du système de production écrite

Input auditif Système sémantique Lexique phonologique de sortie Lexique orthographique de sortie Lexique phonologique d’entrée Buffer phonologique Buffer graphémique Conversion P/G Forme de la lettre Nom de la lettre Localisation de la lettre ECRITURE MANUSCRITE EPELLATION ORALE ECRITURE MACHINE

(18)

Le modèle se réfère à une tâche d’écriture sous dictée.

Le mot est présenté dans sa modalité auditive (input auditif), ce qui active tout d’abord sa représentation phonologique au sein du lexique phonologique d’entrée.

La forme phonologique du mot est ensuite associée à sa signification dans le système

sémantique.

S’il s’agit d’un mot familier, sa représentation orthographique se trouve mémorisée dans le lexique orthographique de sortie : la procédure lexicale entre alors en jeu. En revanche, si le mot n’est pas familier ou s’il s’agit d’un non-mot (logatome), la procédure sous-lexicale intervient et traite la séquence dans le lexique phonologique de sortie (prononciation), avant d’appliquer les règles de conversion phono-graphémiques consistant à sélectionner le graphème correspondant à chaque phonème ; le buffer phonologique est une mémoire à court terme spécifique permettant de maintenir la représentation phonologique active au cours de cette phase. Gil (2006) précise que, contrairement à la procédure lexicale, la procédure sous-lexicale s’avère insuffisante concernant le traitement des mots irréguliers dans la mesure où ces derniers ne s’écrivent pas comme ils se prononcent ; elle se cantonne à une « orthographe plausible » (De Partz, 2007).

Quelle que soit la procédure mise en œuvre, les opérations cognitives sus-décrites aboutissent à une représentation graphémique, stockée dans le buffer graphémique (autre « tampon mnésique ») le temps que soit assignés à chaque graphème la forme (écriture

manuscrite), le nom (épellation orale) ou la localisation (écriture machine) de la lettre

correspondante, précédant la réalisation motrice et donc la production du mot.

b. Modèle de production de la phrase

La production, qu’elle soit articulatoire ou graphomotrice, comporte à la fois des aspects infralexicaux, lexicaux et supralexicaux ; ces derniers relèvent d’unités langagières supérieures au mot comme la phrase, elle-même souvent intégrée dans les représentations dites « de plus haut niveau » que sont le discours (à l’oral) ou le texte (à l’écrit) 1. D’après Stine-Morrow, Soederberg Miller et Hertzog (2006, in Mathey & Postal, 2008), la production supralexicale requiert des « traitements spécifiques complémentaires ».

(19)

Pillon (2001) rapporte une théorie de la production de phrases élaborée à partir de la modélisation de Garrett (1980) et complétée par le modèle de Bock et Levelt (1994).

Au niveau linguistique, cette théorie explore les connaissances et les mécanismes

inhérents au « processus de traduction » de la pensée en phrases. Lorsqu’il émet un message, l’énonciateur doit en effet mettre en œuvre :

- des connaissances lexicales, en particulier la forme et le sens des mots, leurs conditions d’emploi ainsi que leurs propriétés (catégorielles, sous-catégorielles, etc.) ;

- des connaissances morphosyntaxiques regroupant des règles morphologiques (comme les mécanismes des flexions verbales) et structurales

(ordonnancement des mots dans la phrase) ;

- des mécanismes de transposition (« mapping »), permettant de traduire en relations syntaxiques les relations thématiques unissant les arguments au prédicat 1 (attribution des fonctions grammaticales).

Au niveau cognitif, cette théorie distingue trois étapes de traitement lors de la

production phrastique (orale) :

- L’étape (non-linguistique) d’ « élaboration du message », au cours de laquelle le locuteur prépare le contenu du message qu’il souhaite verbaliser ;

- L’étape (linguistique) de « planification syntaxique », définie par l’intervention de processus fonctionnels (traduction des concepts en mots au sein du lexique mental et récupération des caractéristiques grammaticales en fonction des relations thématiques) et de processus positionnels (ordonnancement des mots) ;

- L’étape (linguistique) de « planification morphologique », correspondant à la traduction phonologique des éléments lexicaux et grammaticaux du message. La forme phonologique des composants lexicaux est récupérée dans le lexique mental avant d’être insérée à la position définie par le cadre syntaxique. Les morphèmes grammaticaux se trouvent ensuite appliqués aux éléments lexicaux. Enfin, la représentation phonologique obtenue est traduite en une représentation phonétique, permettant l’articulation de la phrase.

(20)

Les modèles théoriques de production du langage favorisent la connaissance des processus cognitifs impliqués lors de l’émission verbale, d’où leur utilité clinique.

 La production du mot (production lexicale) sollicite en particulier des

représentations sémantiques, phonologiques (à l’oral) et / ou orthographiques (à l’écrit), stockées à long terme dans des systèmes mnésiques autonomes mais interconnectés.

 La production de la phrase (production supralexicale) requiert, en outre, un

traitement morphosyntaxique spécifique.

3. Troubles du langage

On s’intéresse plus précisément aux troubles du langage dits « acquis » (aphasies), par opposition aux troubles du langage dits « développementaux » (se manifestant en cours d’apprentissage) 1.

Gil (2006) définit l’aphasie comme une « désorganisation du langage pouvant intéresser aussi bien son pôle expressif que son pôle réceptif, ses aspects parlés que ses aspects écrits, et en rapport avec une atteinte des aires cérébrales spécialisées dans les fonctions linguistiques ». Les troubles phasiques se caractérisent donc par leur « polymorphisme » et leur « variabilité » inter- et intra-individuelle (Mazaux, Nespoulous, Pradat-Diehl & Brun, 2007).

En lien avec les modèles théoriques présentés, l’exploration se bornera aux atteintes lexico-sémantiques, phonologiques / orthographiques et morphosyntaxiques du langage. Malgré leur contribution à la communication verbale, la composante articulatoire ainsi que les habiletés discursives et pragmatiques 2 seront exclues de l’étude, ne relevant pas de processus proprement linguistiques (Gil, 2006 ; Joanette, Kahlaoui, Champagne-Lavau & Ska, 2006). Les troubles de la compréhension, tout aussi handicapants que les troubles de la production (Mazaux, Nespoulous, Pradat-Diehl & Brun, 2007), seront quant à eux traités dans le chapitre concernant la mémoire sémantique.

1 Brin et al. (2004). 2

Les habiletés discursives réfèrent au « traitement de la sémantique supra-lexicale », tandis que les habiletés pragmatiques se rapportent au « traitement de l’intention du locuteur par référence au contexte » (Joanette, Kahlaoui, Champagne-Lavau & Ska, 2006).

(21)

a. Rappels sémiologiques

 Troubles de la production lexicale

Les modèles théoriques de production du langage favorisent la distinction entre les troubles lexico-sémantiques et les troubles lexico-phonologiques, qui constituent les deux principaux troubles de la lexicalisation. Ces derniers se manifestent en particulier par un manque du mot et des paraphasies spécifiques, témoignant d’une dégradation des représentations (sémantiques ou phonologiques) ou d’un déficit d’accès à celles-ci (Tran, 2007).

Brin et al. (2004) définissent le manque du mot comme « l’impossibilité pour le sujet de produire le mot au moment où il en a besoin, soit en langage spontané, soit au cours d’une épreuve de dénomination » ; la paraphasie consiste, quant à elle, à « émettre un mot pour un autre, ou un son pour un autre ».

Les troubles lexico-sémantiques 1 (rencontrés en particulier dans la démence sémantique) sont évocateurs d’une atteinte au niveau du système sémantique. La production, perturbée à l’oral et à l’écrit, s’accompagne de troubles de la compréhension repérables notamment lors des tâches de désignation ; la confrontation de ces différents versants se révèle donc particulièrement enrichissante. Dans ce cadre, le manque du mot est influencé entre autres par la fréquence, la familiarité et le degré de concrétude du mot-cible alors qu’il n’y a pas d’effet longueur ; il se trouve amélioré par le contexte (on écrit avec un … ?) ou la catégorie fonctionnelle, mais l’ébauche orale reste inefficace ; le malade tente de compenser ses difficultés par des commentaires, des périphrases ou des circonlocutions, plus ou moins adaptés au mot absent (en fonction du degré d’atteinte des représentations sémantiques). Par ailleurs, on note la présence de paraphasies verbales sémantiques qui consistent en « la production d’un mot du lexique identifiable, erroné, mais entretenant avec l’item-cible une relation sémantique […] classificatoire […] ou […] propositionnelle » (figure 5). Une constance des performances (concernant les mêmes items, d’un moment à l’autre et d’une tâche à l’autre) serait en faveur d’un « trouble du stock » sémantique ; une inconstance serait quant à elle révélatrice d’un déficit d’accès au système sémantique.

1

Mazaux, Nespoulous, Pradat-Diehl et Brun (2007) ainsi que Tran (2007) ont décrit les troubles de la lexicalisation.

(22)

Les troubles lexico-phonologiques (observés notamment dans l’aphasie progressive primaire) correspondent à une atteinte post-sémantique, au niveau du lexique phonologique de sortie et se traduisent par une perturbation de la production lexicale à l’oral, la compréhension étant quant à elle préservée. On distingue les troubles « spécifiquement phonologiques » des troubles d’accès au lexique phonologique de sortie. Ces derniers se manifestent par un manque du mot associé à des « stratégies compensatoires […] informatives » (périphrases, gestes, etc.), attestant l’intégrité du système sémantique ; le manque du mot d’origine phonologique est influencé par la longueur de l’item (alors qu’il n’y a pas d’effet fréquence) et cède habituellement à l’ébauche orale (l’amorçage du premier phonème ou de la première syllabe fait surgir le mot recherché). Les troubles phonologiques, souvent liés à une atteinte des représentations ou à un défaut de planification et présents dans toutes les situations de production orale, donnent lieu à des paraphasies phonémiques (figure 5) qui constituent des « transformations phonologiques » par substitution, ajout, omission, déplacement ou itération de phonèmes identifiables (par exemple, atillon pour papillon) ; celles-ci sont parfois précédées de « conduites d’approche » (ou « tentatives d’autocorrection ») phonémiques, correspondant à des essais successifs en vue de produire le mot-cible (aton…atilli…atillon…) ; on parle de néologisme lorsque l’item n’est plus identifiable et qu’il perd ainsi sa valeur informative ; les troubles phonologiques peuvent enfin se traduire par des paraphasies verbales morphologiques (figure 5) si les hasards de la combinatoire aboutissent à un mot phonétiquement proche du mot-cible mais sans « relation de sens » avec celui-ci (cotillon pour papillon).

Les troubles lexicaux mixtes sont les plus courants et relèvent à la fois d’une atteinte du système sémantique et du lexique phonologique de sortie. La perturbation de ces deux niveaux de traitement peut être à l’origine de tableaux aphasiques sévères (voire globaux), caractérisés notamment par la présence de nombreuses paraphasies réalisant un jargon 1 sémantique et / ou phonémique.

1

Brin et al. (2004) définissent le jargon comme le « langage déformé par de nombreuses paraphasies de première ou deuxième articulation qui rendent le discours incompréhensible ».

(23)

Figure 5 : Classification des paraphasies (d’après Kremin, 1990, in Gil, 2006) :

- En A : paraphasies relevant d’un désordre de la deuxième articulation du langage ;

- En B : paraphasies relevant d’un désordre de la première articulation du langage.

 Troubles de la production syntaxique

La « complexité du fonctionnement syntaxique » (Gatignol, 2007) participe aux difficultés rencontrées par la plupart des personnes aphasiques en situation de production phrastique orale et / ou écrite (langage spontané, description d’image, etc.).

L’agrammatisme est conçu comme un « authentique trouble de la mise en forme syntaxique des messages » (Pillon, 2000, in Gatignol, 2007) caractérisé par l’omission de morphèmes libres (déterminants, prépositions, conjonctions, etc.) ou liés (désinences verbales, déclinaisons) ainsi que par l’usage récurrent de verbes à l’infinitif, conférant au langage un style télégraphique, non-fluent (Gatignol, 2007). Brin et al. (2004) ajoutent que le message reste informatif malgré sa réduction quantitative.

La dyssyntaxie (ou paragrammatisme) se distingue de l’agrammatisme par son aspect fluent mais peu informatif, du fait d’une mauvaise sélection morphémique (Le petite fille dont

j’offrirai une poupée) et de déplacements lexicaux inappropriés (Mazaux & al., 2007).

Paraphasie phonémique 1 > atillon 2 > chata Paraphasie verbale morphologique 1 > cotillon 2 > chape Paraphasie sémantique A MOT-CIBLE

dénommé sur image (exemple 1: papillon ; 2 : chat)

) B (avec relation) classificatoire (avec relation) propositionnelle de type catégoriel de type associatif 1 > fleur 2 > souris coordonné ou co-hyponyme 1 > abeille 2 > chien superordonné 1 > insecte 2 > animal verbe d’action 1 > vole 2 > miaule attribut 1 > jaune 2 > gris

(24)

 Troubles du langage écrit

L’alexie (ou dyslexie acquise) désigne la diminution ou la perte de la « capacité à lire ou à comprendre le langage écrit », suite à une lésion cérébrale (Brin & al., 2004). On s’intéresse aux alexies centrales, proprement linguistiques (par opposition aux alexies périphériques liées à un « déficit du traitement visuel de l’information écrite ») 1. Celles-ci se trouvent également qualifiées d’ « alexies-agraphies » dans la mesure où elles associent aux troubles de la lecture des troubles de l’écriture ; l’auteur distingue trois formes principales :

- La dyslexie de surface se caractérise par une altération de la voie lexicale, ne permettant qu’une « lecture phonologique ». Les mots réguliers et les logatomes sont ainsi mieux déchiffrés que les mots irréguliers pour lesquels s’observent des erreurs de régularisation ou paralexies (phonémiques ou verbales morphologiques) ;

- La dyslexie phonologique désigne quant à elle l’incapacité de déchiffrage par atteinte de la voie phonologique, la lecture ne pouvant se faire qu’après activation du lexique orthographique. Les mots familiers sont ainsi mieux identifiés que les logatomes ;

- La dyslexie profonde se réfère à l’altération des deux voies de lecture et associe de ce fait au syndrome de dyslexie phonologique la production de paralexies sémantiques (cousin pour oncle par exemple) ou dérivationnelles (peureux pour peur) ; on note également la présence d’erreurs visuelles (sandale pour scandale).

L’agraphie se rapporte aux « difficultés praxiques, visuo-spatiales ou langagières de

s’exprimer par écrit en l’absence de paralysie, ou de trouble affectant la coordination des

mouvements » 1. Rapp et Caramazza (1997, in De Partz, 2007) ont étudié les distorsions du langage écrit (en particulier les paragraphies littérales) dans le cadre des agraphies aphasiques ; selon eux, les erreurs de substitution de lettres seraient arbitraires en cas d’atteinte du buffer graphémique mais présenteraient une « similarité graphomotrice » avec les lettres-cibles en cas d’atteinte post-buffer graphémique (niveau de représentation des formes des lettres). Dans tous les cas, les productions qui en résultent sont dites « dysorthographiques » 1 dans la mesure où les règles orthographiques se trouvent enfreintes.

1

(25)

b. Langage et vieillissement normal

Le vieillissement s’accompagne inéluctablement d’une diminution des performances cognitives, même s’il existe une grande disparité entre les individus (Fontaine, 2007). Il semble que le langage soit une fonction relativement préservée au cours du vieillissement normal (Mathey & Postal, 2008) ; les difficultés susceptibles d’apparaître dans ce domaine doivent cependant être prises en compte pour un discernement optimal des profils pathologiques : « La science ne s’établissant que par voie de comparaison, la connaissance de l’état pathologique ou anormal ne saurait être obtenue sans la connaissance de l’état normal » (Bernard, in Valdois & Joanette, 1991).

Les personnes âgées (Mathey & Postal, 2008) se plaignent avant tout d’un manque du mot ; d’après Burke et Shafto (2007, in Mathey & Postal, 2008) celui-ci serait lié à l’affaiblissement des connexions entre le système sémantique et le lexique phonologique

de sortie et affecterait davantage les entités uniques (personnes, lieux, etc.), peu connectées

dans le lexique et donc particulièrement vulnérables. Les auteurs évoquent par ailleurs le

déclin des fonctions exécutives avec l’âge, entravant également les performances langagières

par le ralentissement cognitif et le déficit d’inhibition engendrés. Ce dernier favorise en effet la survenue d’informations non-pertinentes gênant la récupération du mot-cible, aussi bien lors des épreuves de dénomination que de fluence verbale 1 ; il est en outre responsable de la production de persévérations 2 et de digressions dans le discours. Les processus sous-jacents aux modifications langagières lors du vieillissement ne s’avèrent donc pas tous proprement linguistiques.

1

Les épreuves de fluence verbale consistent à produire en un temps limité « le plus de mots possibles répondant à un critère précis » (catégorie sémantique lorsqu’il s’agit de fluence catégorielle, lettre initiale lorsqu’il s’agit de

fluence littérale ou alphabétique).

2 Brin et al. (2004) définissent la persévération verbale comme la répétition incontrôlée d’un mot ou d’une phrase, « produits une première fois dans une situation appropriée et réapparaissant de manière inadéquate ensuite ».

(26)

c. Langage et vieillissement pathologique

On s’intéresse précisément à la maladie d’Alzheimer, décrite comme la plus fréquente des pathologies dégénératives (Aguesse, 2008). Si la connaissance sémiologique des démences s’est considérablement enrichie ces dernières années, certaines entités nosologiques (comme l’aphasie progressive primaire ou la démence sémantique) ont pu être mal identifiées voire confondues avec la maladie d’Alzheimer (Dubois, 2004, in Défontaines, 2004). Il semble donc nécessaire de rappeler les troubles (en l’occurrence langagiers) survenant au cours de ce syndrome démentiel afin d’optimiser l’individualisation et la prise en charge d’autres pathologies d’origine neurologique.

D’après les critères de diagnostic de la maladie d’Alzheimer (1984, in Derouesné, 2006) les troubles de la mémoire dominent le tableau clinique et sont fréquemment accompagnés de troubles du langage ainsi que des habiletés motrices et perceptives, constituant un « syndrome aphaso-apracto-agnosique avec amnésie » (Richard & al., 1988, in Joanette & al., 2006).Les troubles du langage se manifestent dès le début de la maladie dans environ 10 % des cas et s’étendent par la suite à l’ensemble de la population (Collette, Feyers & Bastin, 2008). Ils débutent par un manque du mot, relativement bien compensé lors de la

phase initiale, et ne concernent alors que le pôle expressif (hormis la répétition préservée) ;

en phase modérée, la compréhension orale et écrite ainsi que l’expression écrite se trouvent affectées, les paraphasies sémantiques se multiplient alors que la lecture et l’écriture restent correctes ; toutes les sphères linguistiques sont touchées en fin d’évolution (phase sévère), réalisant un tableau d’aphasie globale (Défontaines, 2004). Il arrive que les troubles du langage inaugurent la maladie d’Alzheimer. Dans tous les cas, l’évolution rapide vers un comportement démentiel (Croisile, 2002) ainsi que la prépondérance des troubles lexico-sémantiques (détaillés dans le chapitre suivant) facilitent le diagnostic différentiel entre la maladie d’Alzheimer et les aphasies par lésion focale acquise (Joanette & al., 2006).

 Les troubles acquis du langage sont polymorphes et se manifestent en fonction du

niveau d’atteinte.

 Dans le cadre du vieillissement normal, la plainte concerne essentiellement un

manque du mot lié à la dégradation de fonctions cognitives, linguistiques ou non.

 En ce qui concerne la maladie d’Alzheimer, les troubles du langage sont fréquents,

(27)

LA MEMOIRE SEMANTIQUE

1. Généralités sur la mémoire

a. Systèmes de mémoire

D’une manière très générale, la mémoire se définit comme « la capacité d’un organisme à assimiler, conserver et redonner des informations » 1. Il s’agit d’un domaine complexe, largement étudié dans la littérature. Les théories structurales dominent ; elles s’appuient sur l’observation de patients cérébro-lésés et envisagent l’existence de sous-systèmes mnésiques, en interaction mais distincts d’un point de vue structurel et fonctionnel (Bertrand & Garnier, 2005). En 1972, Tulving (in Nicolas, 1996) fut le premier à établir une distinction entre deux types de mémoire à long terme : la mémoire épisodique et la mémoire sémantique ; le modèle s’est peu à peu enrichi pour aboutir à une organisation hiérarchique, toujours actuelle et composée de cinq systèmes mnésiques, identifiés par les concepts de mémoire de travail, de mémoire sémantique, de mémoire épisodique, de mémoire procédurale et de système de représentation perceptive 2 (figure 6).

Figure 6 : L’organisation hiérarchique des différents systèmes de mémoire

1 Brin et al. (2004).

2 Tulving, Schacter (1990), in Nicolas (1996).

Mémoire

Mémoire primaire (à court terme / de travail)

Mémoire secondaire (à long terme) Déclarative (explicite) Non déclarative (implicite) Sémantique (faits) Episodique (faits autobiographiques et événements) Procédurale Système de représentation perceptive

(28)

La mémoire à court terme, ou mémoire primaire, permet la rétention d’une quantité limitée d’informations (environ 5 à 9 éléments) pendant une durée temporaire (environ 30 secondes). La mémoire de travail 1 constitue un système actif au sein de la mémoire à court terme : elle intervient en effet lorsqu’il s’agit de maintenir disponibles certaines données durant la réalisation de tâches cognitives diverses (faire du calcul mental, suivre une conversation, comprendre un texte lu, etc.) ; elle peut également assurer la consolidation des informations en mémoire à long terme par un processus de répétition sub-vocale.

La mémoire à long terme, ou mémoire secondaire, possède théoriquement une capacité de stockage illimitée en termes de quantité d’informations et de durée ; elle comprend deux sous-systèmes mnésiques autonomes :

- La mémoire déclarative (explicite) regroupe les souvenirs et les connaissances verbalisables et donc accessibles à la conscience. Elle se subdivise à son tour en deux sous-systèmes (détaillés dans la partie 2) : la mémoire sémantique se réfère aux connaissances générales sur le monde, les objets et les personnes, indépendamment de leur contexte d’acquisition ; la mémoire épisodique permet quant à elle l’encodage et la récupération de faits autobiographiques et d’événements liés à un contexte spatio-temporel précis ;

- La mémoire non déclarative (implicite) concerne l’acquisition des habiletés perceptives, motrices et cognitives et influence le comportement en dehors de tout souvenir conscient ; elle implique ainsi les connaissances non verbalisables. Les deux sous-systèmes qui la constituent sont, d’une part, la

mémoire procédurale au sein de laquelle se trouvent encodées des

informations relatives à des procédures acquises par la répétition de l’action (faire de la bicyclette, jouer du piano, etc.) et, d’autre part, le système de

représentation perceptive qui permet l’identification pré-sémantique de la

forme et de la structure des objets, des visages et des mots.

(29)

b. Modèle hiérarchique de Tulving ou modèle SPI

Les cinq systèmes de mémoire définis précédemment constituent le cadre du modèle SPI (pour « Sériel, Parallèle, Indépendant »), proposé par Tulving en 1995 (figure 7). Il s’agit d’un modèle fondamental dont l’originalité réside dans son approche structuro-fonctionnelle : les systèmes mnésiques s’y trouvent en effet étudiés en fonction de leur organisation et des relations qu’ils entretiennent les uns avec les autres.

Figure 7 : Le modèle SPI (schéma inspiré de Tulving, 1995)

Le modèle SPI distingue le système d’action (la mémoire procédurale) des systèmes

de représentation (le système de représentation perceptive, la mémoire sémantique, la

mémoire de travail, la mémoire épisodique) ; ces derniers sont organisés selon un ordre hiérarchique précis, dépendant des processus mnésiques 1 :

- L’encodage d’une information dans un système est sériel à partir du système de représentation perceptive, c’est-à-dire qu’il requiert l’intégrité des systèmes « inférieurs » mais reste indépendant des systèmes « supérieurs » ;

- Le stockage s’effectue en parallèle dans les différents systèmes ;

- La récupération s’opère de manière indépendante dans les systèmes concernés. D’après le modèle, ce type d’organisation ne s’applique pas à la mémoire procédurale et les relations que cette dernière entretient avec les quatre systèmes de représentation ne sont pas spécifiées.

1 Thomas-Antérion et Laurent (2003) distinguent trois processus successifs nécessaires au fonctionnement mnésique : l’encodage (mise en mémoire), le stockage (consolidation) et la récupération (restitution) de l’information.

Mémoire épisodique Mémoire de travail Mémoire sémantique

Système de représentation perceptive

Systèmes

de représentation

Système d’action

(30)

Les dernières publications concernant le modèle SPI traitent davantage des relations entre le système de représentation perceptive, la mémoire sémantique et la mémoire épisodique (Nicolas, Guillery-Girard & Eustache, 2007). Si l’on se réfère au découpage hiérarchisé des mémoires, les connaissances générales peuvent être acquises en mémoire sémantique sans que les souvenirs correspondant au contexte d’apprentissage ne soient nécessairement encodés en mémoire épisodique, alors que les informations passent obligatoirement par la mémoire sémantique pour accéder à la mémoire épisodique. Ces éléments constituent des contraintes fortes à l’origine de controverses de la part des auteurs, basées sur l’observation de patients amnésiques ; Hodges et Graham (2001, in Nicolas, Guillery-Girard & Eustache, 2007) évoquent en particulier la démence sémantique, caractérisée par une altération de la mémoire sémantique et une relative préservation de la mémoire épisodique (cf. chapitre III). Les relations entre ces deux systèmes mnésiques seront détaillées dans la partie suivante, consacrée plus spécifiquement à la mémoire sémantique.

La mémoire humaine constitue un phénomène complexe, à l’origine de nombreux débats ; les recherches expérimentales actuelles visent à mieux cerner sa structure et son organisation (approche structurale), ainsi que son fonctionnement (approche fonctionnelle).

 D’un point de vue structural, la mémoire est composée de sous-systèmes mnésiques,

distincts mais interconnectés.

 D’un point de vue structuro-fonctionnel (modèle SPI), ces sous-systèmes

entretiennent des relations contraignantes, représentées par une organisation hiérarchique précise et dépendant des processus mnésiques. Les avis divergent cependant à ce sujet, en particulier suite à l’observation récente de certaines pathologies de la mémoire, telle la démence sémantique.

(31)

2. Mémoire sémantique

a. Définition et organisation de la mémoire sémantique

Belliard et al. (2007) définissent la mémoire sémantique comme la « mémoire des savoirs décontextualisés » ; elle comporte l’ensemble des connaissances non personnelles acquises sur le monde (les « connaissances livresques »), la signification des mots, les savoirs concernant les objets, les animaux, les végétaux ou les « entités uniques » (personnes, lieux, etc.), mais également les connaissances biographiques personnelles (date de naissance, métiers exercés, etc.), emmagasinées indépendamment des souvenirs associés à leur apprentissage ; c’est une « mémoire didactique » (Gil, 2006). La mémoire sémantique confère ainsi « du sens à nos perceptions » 1 et s’avère indispensable à la réalisation de tâches cognitives verbales (dénomination et désignation en particulier) et non-verbales (identification d’objets ou de personnes).

Au sein de la mémoire sémantique, les connaissances s’organisent en « niveaux conceptuels » allant du plus générique au plus spécifique, le niveau inférieur regroupant les informations propres aux entités uniques 1 ; l’étude de Collins et Quillian (1969, citée dans Beaunieux, Desgranges & Eustache, 2002) précise que les connaissances appartenant à une même classe générique ou « superordonnée » (par exemple, la classe des oiseaux) s’assemblent par des « attributs communs » (les animaux qui ont des plumes et pondent des œufs) et se distinguent par des « attributs spécifiques perceptifs » (un canari est jaune) ou « fonctionnels » (un canari peut chanter), d’où l’intérêt d’explorer ces différentes composantes pour une évaluation optimale de la mémoire sémantique. Il est admis que chaque concept se trouve rattaché à une « étiquette verbale » dans le lexique, séparé du système sémantique 1. D’un point de vue anatomoclinique, ce dernier se présente comme un « vaste réseau neuronal » formé de concepts dont les attributs respectifs sont répartis dans le cortex, à proximité des aires cérébrales impliquées au moment de leur acquisition (en fonction de leurs propriétés visuelles ou autres, des gestes qui leur sont associés, etc.) ; ces attributs seraient reliés entre eux par une série de « nœuds » dans les régions temporales antérieures, au niveau inférolatéral ou interne (cortex périrhinal) 2 ; l’activation d’un attribut particulier (comme le nom ou la forme visuelle) activerait de manière rétrograde l’ensemble du réseau, rendant ainsi possible l’identification du concept.

1 Belliard et al. (2007).

(32)

b. Mémoire sémantique et mémoire épisodique

Comme nous l’avons évoqué dans la partie précédente, Tulving (1972) fut le premier à opposer deux types de mémoire à long terme, épisodique et sémantique. Les études récentes s’appuient sur l’observation de patients atteints de troubles mnésiques et approuvent cette distinction, tant au plan anatomique que conceptuel (Didic & Poncet, 2002).

La sémiologie des troubles mnésiques a, en effet, considérablement enrichi les connaissances concernant l’organisation neuro-anatomique des deux systèmes de mémoire sus-cités et les relations qu’ils entretiennent l’un avec l’autre. Ainsi, un syndrome amnésique se caractérise par l’atteinte massive de la mémoire épisodique et la préservation de la mémoire sémantique, témoignant (d’après Fontaine, 2007) de la non appartenance de cette dernière au système hippocampique (impliqué en revanche dans la mémoire épisodique) ; inversement, les troubles sémantiques progressifs demeurent relativement isolés dans d’autres pathologies de la mémoire, telle la démence sémantique (cf. chapitre III). Les zones cérébrales impliquées dans ces deux types de mémoire sont donc dissociées.

D’autre part, la mémoire épisodique et la mémoire sémantique possèdent des modes de fonctionnement distincts (Lemaire & Bherer, 2005), comme l’atteste la figure suivante :

Figure 8 : Organisation des mémoires épisodique et sémantique

Portion de mémoire épisodique Portion de mémoire sémantique

Iles du Frioul Fort Saint Nicolas Dîner Restaurant Faim Table au Sud Marseille Vieux Port Canebière Pêche Pomme Poire Banane Prune Fruit Kiwi Pruneau Cerise

(33)

Les deux types de mémoire se trouvent ici représentés sous la forme de réseaux, constitués de « nœuds » (les concepts) qui établissent des relations les uns avec les autres. En

mémoire épisodique, celles-ci sont de nature temporelle dans la mesure où les événements

sont stockés et organisés en fonction d’une expérience subjective (un moment passé à Marseille), en lien avec un contexte précis (un dîner dans un restaurant qui s’appelle « Une Table au Sud », qui se situe sur le Vieux Port et qui donne à la fois sur le Fort Saint Nicolas, les Iles du Frioul et la Canebière, etc.). En mémoire sémantique, les connaissances sont regroupées et hiérarchisées selon leurs relations conceptuelles (la cerise, la pêche, le kiwi, etc. appartiennent à la classe générique des fruits), comme cela a été détaillé précédemment.

La mémoire épisodique et la mémoire sémantique obéissent ainsi à une organisation spécifique, centrée sur le vécu personnel dans le premier cas (« mémoire autonoétique » selon Tulving 1) et sur les connaissances affranchies de toute référence spatio-temporelle dans le deuxième cas (« mémoire noétique » 1). D’après Gil (2006), les deux systèmes de mémoire ne doivent cependant pas faire l’objet d’une « dichotomie stricte ».

En effet, certains apprentissages nouveaux, composés d’ « informations à visée didactique » et d’un contexte d’acquisition particulier, seraient encodés en mémoire épisodique avant de s’autonomiser progressivement du contexte pour rejoindre la mémoire sémantique (consolidation) et être ainsi épargnés en cas d’amnésie ; les deux types de mémoire ne seraient donc pas totalement indépendants l’un de l’autre. Par ailleurs, les mémoires épisodique et sémantique se mêleraient en partie au sein d’une mémoire dite « autobiographique » (Ferrey, 2008), permettant à chaque individu de « conserver les traces mnésiques de son passé propre » ; cette dernière serait en effet constituée des souvenirs personnels (composante épisodique) mais également des « connaissances personnelles » 2 (composante sémantique), assimilées à un savoir relatif à l’identité, décontextualisé (lieux de travail, noms de collègues, etc.) 3 ; en résumé, la mémoire sémantique serait composée d’un versant « collectif » (Thomas-Antérion, 2006) concernant les informations générales (partagées par un groupe) et d’un versant personnel qui la rattacherait à la mémoire épisodique au sein de la mémoire autobiographique.

1 Etude citée dans Gil (2006).

2 Nicolas, Guillery-Girard, Eustache (2007). 3

(34)

c. Modèles théoriques : un système sémantique unique ou multiple ?

Le chapitre traitant du langage a notamment permis de démontrer le rôle fondamental du système sémantique dans la production langagière (orale et écrite) de par les relations qu’il entretient avec les représentations lexicales (phonologiques et orthographiques). Belliard et al. (2007) ajoutent qu’il se situe au « carrefour entre la perception et la dénomination », dans la mesure où il intervient après la phase de perception (quelle que soit l’entrée sensorielle) et avant les représentations lexicales de sortie nécessaires à la dénomination orale ou écrite.

Les modèles théoriques consacrés au système sémantique ont tenté d’en préciser le fonctionnement. Certes, le système sémantique entre en jeu dans les activités de production (expression) mais il concerne avant tout les activités de traitement (compréhension), quelle que soit la modalité de présentation des informations ; les auteurs se sont intéressés plus particulièrement aux entrées visuelles et auditives (verbales et non-verbales), les entrées tactiles, olfactives et gustatives étant considérées insuffisantes à l’identification des concepts (Blanc, 2005).

Si les études s’accordent sur la succession de plusieurs étapes dans le processus de traitement de l’information, elles divergent concernant l’organisation même du système sémantique. La majorité des auteurs postulent l’existence d’un système sémantique unique (modèle « amodal »), indépendant de la modalité sensorielle sollicitée ; d’autres s’appuient sur des dissociations observées en particulier chez des patients atteints de démence sémantique (performances distinctes selon le format de présentation de l’information : cf. chapitre III) et conçoivent des systèmes sémantiques multiples (modèle « plurimodal »), spécifiques à chaque modalité sensorielle.

Ces deux hypothèses illustrent une opposition toujours actuelle (Joanette, Kahlaoui, Champagne-Lavau & Ska, 2006), représentée ci-après par les modèles cognitifs de Hillis et Caramazza 1 (conception amodale) et de Warrington 2 (conception plurimodale).

1 Etude (1994) citée dans Male (2005). 2

Figure

Figure 1 : Les « aires » du langage
Figure 2 : Le langage et ses trois « articulations » (tiré de Gil, 1989) Phonèmes Traits Monèmes Syntagmes Désintégration phonétique - Paraphasies phonémiques - Néologismes - Paraphasies verbales - morphologiques - Paraphasies sémantiques - Néologismes - D
Figure 3 : Illustration schématique des étapes de production langagière
Figure 4 : Description schématique de l’architecture cognitive du système de production écrite Input auditif Système sémantique Lexique phonologique de sortie Lexique orthographique de sortie Lexique phonologique d’entrée Buffer phonologique  Buffer graphé
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