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Le vampirisme dans Héloise d'Anne Hébert /

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Academic year: 2021

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Texte intégral

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LI YAMPIRISMI PANS HILOISS P'ANNI HII18T

by

Harie-Pascale Gilbert

A thesis submltted ta the

Faculty of Graduate Studles and Research in partial fulfillment of the requlrements

for the degree of Haster of Arts

Department of French Language and Literature HcGIII Universtty, Montreal

July 1988

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Hous tenons A adresser nos reaerciements les plus chaleureux à

la Professeure Annlck Chapdelalne pour son aide comblen enthousiaste et bienveillante dans la réalisation de ce travail.

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Marle-Pascale Gllbert

"attrise ès Arts - Universlté "cGtll

D6partement de langue et Ilttérature françaises

IIBUHI

L'oeuvre d'Arille Hébert se caractér Ise généra lement par une descente aux enfelrs ou A l'envers du monde. Les rituels de la vie et de la mort sont accomplis dans la furellI de l'amour et de la haine par des couples violents et passlonnés, o~ pretresses et sorcIères se manifestent dans des lieux qui se referment comme des tombeaux. Comment alors distinguer le songe du réel, l'amour de la haine, le sacré du quotidien? Voici une des grandes questions de cette oeuvre et plus particulièrement du récit vampirique, Héloise.

Nous nous proposons, en premier lieu, de retracer les différents modes de représentation du vampire dans la littérature et de voir dans quel contexte on le retrouve associé dans Hélo!se. Dans une 3econde étape, nous tenterons de dégager la symbolique des personnages, des lieux et des images en parallèle A la figure centrale du vampire que nous analyserons A l'aide d'une approche psychanalytique. L'étude permettra de conclure que le vampir isme est une métaphore du thème sous-jacent A l'oeuvre d'Anne Hébert: la mort.

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pSTRACT

Anne Hébert's works are generally characterlzed by a descent Into Hell or a voyage Into the uraknown. Everyday life and the rltuals of death are played out by passlonate, flery couples ln a violent atmosphere of love and hate, where prlestesses and vitches create a settlng vhlch closes ln around the chardcters like a tombe Hov ls it possible to distinqulsh between dreams and reality, love and hate, or what la sacred or common? This Is the main questIon ralsed about Hébert's works, speclflcally about her vampire story Héloise.

Flrst, 1 vill dlscuss the varlous ways in vhlch the vampire ls portrayed ln literature, and then 1 will examine which of these forms lt takes ln Héloise. Next, 1 will study the symbollsm behlnd the varlous characters, the setting and the images l1nJ.-ed to trl~ maIn vampire chancter whom 1 will ana lyse uslnq a psychoanalytlcal approach. This study will enable me to draw the conclusion that vampirism is a metaphor for the underlylng theme ln Anne Hébert's works: death.

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%&",. DIS MUtR'S

1 "'RODUC! 1 011 ••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••• 7

Notes •••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••• 13

Chapitre un - Bref survol du th' .. vaapirlque dans la litUrature

A- Déflnitions du vallpirisme •••••••.••••••.••

0

.... 0...

14 B- Le thème vampirique: sources et influences .••••• 0. ••• 17

c-

Le thème vampirique tel qu'il apparatt dans Héloise .•• 26

Notes •••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••• 34

Chapl tre deux - Etude des personnages dans H6101"

A- Héloise ou la femme-vampire • 0 • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • 37 B- La Hère: aboutissement de la femme-vampire

n...

46

C- Comparaisons entre Héloise (emblème de la mort) et

Christine (source de vie) •..•...•...•..•..•. ... 52 D- Dédoublement des personnages •..•..•••.••••••..•••••.• S6 Notes ... 64

Chapitre trois - V •• plrls.e et perverslon dans "'lOlse

A- Vampirisme et perversion: analyse psychanalytique 69 B- La violence vampirique: expression de la sexualit'.. 76 C- Sous le signe de l'étrange: les motifs du vampire .•. 79 Notes ••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••• 86

Chapitre quatre - L'envers de la vie r'elle: Pr'sence de la JIOrt

A- Le thème de la descente aux enfers •••••.••••••••••••. 90 B- Les images symboliques et annonciatrices de la mort.. 101 Notes •..•••••.•••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••• 115

CONCLUSION •••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••• 118

Notes •••••••••.••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••• 131

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INTRODUCTION

~'oeuvre d'Anne H6bert s'étend sur une quarantaine d'années. Bn plus de nombreux po'mes et nouvelles parus en recueils, Il faut compter six romans dont Héloise publié en 1980. A partir de 1970 avec kamouraska, Anne Hébert s'intéresse A la magie noire en créant le personnage d'Aurélie. Les Enfants du Sabbat (1975), 6crit l la suite d'une étude plus approfondie sur la sorcellerie, présente la figure macabre de Soeur Julie de la Trinité soulignant l'ambiguité de la séparation entre le rêve et la réalité, l'amour et la mort, le sacré et le quotidien; cette ambivalence permet donc de dire que l'oeuvre d'Anne Hébert aboutit généralement A une descente aux enfers ou encore A l'envers du monde. Dans "éloise, l'auteure reprend un de ses principaux leitmotive, qui, A travers la thématique du vampire, renvoie A l'opposition entre la vie et la mort pour exprimer l'ambivalence de l'homme A la recherche de son identité. Ici, on aborde le fantastique

On

le héros prisonnier de l'au-deiA est destiné A donner sa vie et son sang. Le th'me du vampire se greffe , cet univers fantastique et nous mène aux portes du cauchemar et de la mort •

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-Héloise d'Anne Hébert porte en 6piqraphe une citation tirée du Tombeau des rois (1) et aussi reprise dans Kamouraska (2):

"Le monde est en ordre/Les morts dessous/Les vivants dessus". Bn d'autres mots, le monde paratt en ordre mais le moindre événement peut tout bouleverser. Le monde est apparemment en ordre pour Christine et Bernard, un couple de jeunes gens d'aujourd'hui dont la vie toute tracée promet le bonheur parfait, mais il suffit d'une rencontre pour que tout soit bouleversé. Par l'entremise d'Héloise, la femme-vampire, A qui Bernard ne pourra résIster, le monde ne sera désormais plus jamais en ordre. Eh effet, sous la beauté fatale d'Héloise se cache en vérité la figur.e de la mort. Le drame se tisse alors autour de Bernard qui succombe A la séduction d'Héloise et se laisse entratner avec celle-ci vers une autre existence, soit celle des morts vivants. Hais Il Y a au-delA de la mort une rédemption qui assure une vie purifiée et libre de toute contrainte. L'oeuvre entière est habitée en profondeur par une volonté de vivre qui se heurte à une difficulté d'etre. Ces deux forces contradictoires s'entremelent et engendrent chacune une suite d'images quI construIsent ensemble un univers lIythique: Bernard amorce un voyage dans un autre monde, un autre univers. Ce dernier est attiré vers Héloise, un personnage fantastlque, un hybride de mort vivant, et, selon les termes de Louis Vax, cette créature "a quitté l'humanité pour rejOindre la Bete. Pour [celle-ci), plus de conflits, mais une joie sauvage" (3). En outre, Héloise en vient à exercer sur

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-l'imagination de Bernard une fascination telle que l'univers physique perd ses contours précis.

Contrairement à toute esthétique réaliste, ce roman confond ainsi différents niveaux de représentation, à savoir le réel, l'!rréel et le songe. Ces dlffé!ents niveaux s'entrecroisent et s'opposent & la fois, laissant transparattre un univers pictural et fantastique, caractéristique aussi du roman gothique et d'où se dégage le sens Meme de l'oeuvre. Héloise apparaît en effet comme un récit oà la réalité subjective l'emporte sur l'univers objectif et extérieur. L'écriture métaphorique et l'affabulation tendent parfois vers un certain réalisme, mais s'en éloignent aussitOt. A travers les images de la descente aux enfers et de l'étrelnte mortelle du vamplre, une quantité de signes vraisemblables empechent le discours de basculer complètement dans le fantastique comme l'indication des stations du métro parisien, de la foule, des marchands de journaux, des cafés, etc. Comme dans Les Chambres de bois, Kamouraska et ~

Enfants du Sabbat, la lecture d'Héloise nous entlatne vers la conjoncture des domaines de l'illusion et du réel. En l'occurrence l'unlté des oeuvres d'Anne Hébert constitue l'essence tragique de la conditlon humaine: "Celle de la mort partout présente et frémissante, jusqu'au coeur de sol-même"

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-Si la vie dans la mort est S'lns doute le plus grand, le plus universel des thèmes fantastiques, i l est aussi le plus redoutable ca! 11 nous renvoie aux pr incipes de vIe et de mort, aux pulsions élémentaires, aux divinités opposées: Eros et Thanatos ( 5) • A la fois déesse de l'amour et de la mort, l' héroine d'Anne Hébert vide les sépultures et transgresse les lois naturelles en allant à la recherche de la mort pour la vaincre et en remontant le temps pour le détruire. Son entrepr Ise br Ise

Iss us du passé. hors du temps et

tous les tabous et fait ressurgir les monstres Héloise n'est nul autre qu'un vampire qui vit de l'espace, donc qui s'exclut des 101s du monde, des lois divines,

auquel elle s'associe.

d' 011 ce cOté nocturne et maléf ique Le récit fantastique cependant, marqué tombes et la découverte d'un monde réa II té une aventure Intér Ieure quI par la recherche des

souterrain, condui t les cal feutré, constitue en en personnages face de

au-delà de leur univers douillettement leur propre image. Pour eX[:Jr imer cette

r~Lherche de l'identité humaine, l'auteure a recours à un uni vers fantastique où le héros poursuit sa libération à travers la conqu~te de sa vie intérieure. Bernard se tourne ainsi vers

le passé, fa isant apparattre des images fantomat i ques de son enfance. Ce retour vers le passé const 1 tue sans aucun doute un retour au plus profond de lui -même pour a1ler à la rencontre de ses origines inconnues, comme s'il pressentait un effroyable secret. Or, cette libération de 1 'homme correspond dans le cas de Bernard à un long voyage qui l'emmène vers un uni vers des

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-plus jeu.

menaçants o~ vampirisme et perversion sont les règles du La Iecherche opini3tre de Bernard se manifeste quand, apparatt le personnage énigmatique d 'lIéloise devant soudain,

lequel détient

Bernard finit par succomber. Seule la femme-vampire dès lors le pouvoir de l'envoQtement. L'atroce résignation de Bernard face à cet hybride de mort vivant le conduit vers l'anéantissement de soi. Fasciné par l'au-delà, 11

se laisse guider au travers des ténèbres.

A partir de ces visions cauchemardesques, l'atmosphère du roman s'apparente aux contours brumeux et désuets du mythe. En effet, les mythes forment en général l'ossature des oeuvres hébertiennes et, particulièrement dans Hélolse, la thématIque du vampire laisse sous-entendre celle de la descente aux enfers.

Or, la vIe dans la mort apparatt également comme un des thèmes principaux de la mythologie, comme par exemple dans la légende d'Orphée:

infernales. êtres qui nature et

ce dernier tente d'enlever Eurydice des divinités De son cOté, Anne Hébert semhle prlvlléqier les incarnent sous une forme ~ymbolique des forces de la surtout des aspects de la condition humaine. C'est dans cette optique gu' Héloise s' inspire de la légende d'Orphée,

le mythe étant "le '/éhieule ultime gr3ce auquel se produi t la fusion des images, des symboles, des thèmes et des idées" (6) qui établissent l'atmosphère a llégor igue de l'oeuvre' . Avec HélQise, Anne Hébert se lance dans un univers manichéen où la vie et la mort s'opposent pour refléter l'ambivalence inhérente

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-de l'homme: amour et haine, altruisme et 6goisme, douceur et violence, les couples antith'tiques du bIen et du mal. Si l'oeuvre aboutit icI à une descente aux enfers ou à l'envers du monde, c'est que les domaines du r~el et de l'irréel et du songe

à la fois se chevauchent, s'opposent et se réunissent pour révéler le sens m@me du roman. Comment désormais distInguer l'illusion du réel, le monde souterrain de la vie quotidienne, et l'amour de la mort? C'est ~e que nous tenterons d'élucider par l'entremise d'une approche thématique des personnages, des symboles et des mythes, qui, en outre rappellent le roman gothique dans un cadre contemporain.

La méthode consiste en une classificatlon des techniques et des thèmes employés par l'auteure dans le but de jeter quelques lumières révélatrIces sur sa fascInation du vampire. La première classification vise à déterminer les différents modes de représentation du vampire dans la littérature et la seconde à

voir dans quel contexte on le retrouve associé dans Héloise. Il s'agira ensuite de dégager la symbolique des personnages, des lieux et des images en parall~le à la figure centrale du vampire que nous analyserons à l'aide d'une approche psychanalytique.

Au cours de cette étude, nous tenterons d'établir des comparaisons entre Héloise principalement et l'ensemble de l'oeuvre de l'auteure. En circonscrivant ainsi le champ d'analyse, Il sera plus facile de comprendre le rOle du vampirisme dans l'oeuvre hébertienne.

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-NOTIS-INTRODUCTION

1- Anne "'bert, Le Tombeau des rois, Paris: Editions du Seuil, 1958, p. 3.

2- Anne H'bert, Kamouraska, Paris: Editions du Seuil, 1970, p. 84.

3- Louis Vax, L'art et la 11tttrature fantastiques, Paris: Presses Universitaires de France (coll. "Que sais-je?"), 1970, p. 14.

4- Maurice Blain, "Anne a'bert ou le risque de vivre", Présence de la critiqge, ottawa: Editions HHH, 1966, p. 158.

5- Histoires anglo-saxoDnes de yampi,es, anthologie 'tablie et pr'sent'e par Jean Harlqny, parls: Librairie des champs-Elysées, 1978, p. 7.

6- Denis Bouchard, "Les Enfants du Sabbat d'Anne Hébert: l'enveloppe des mythes", VOix et ID8ges, Vol. l, no 3, aVILI 1976, p. 382.

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CHAPIftl I

Bref Igryol dg tb' . . yalplrlqg. 41nl li lltttritur.

Dans les pages les plus sombres qu'ont inspi-rées le mal et le surnaturel, il n'est pas de tradition plus terrible que celle du vampire, paria mime parmi les démons (1).

A- Définitions du vampirisme

Le vampirisme, par ses aspects multiples, peut donner lieu l des interprétations très diverses. Le Petit Robert définit le vampire d'après la superstition populaire comme "un fantOme sortant la nuit de son tombeau pou. aller sucer le sang des vivantsR (2). Le Nev Webster Encyclopedie Dlctionary le définit

comme un cadavre ambulant, Ra kind of spectral being or ghost still possessing a human body, belleved to leave the grave durlnq the nlght and suck the blood of living men and vomen while they are asleep· (3). FantOme ou cadavre ambulant, la superstition fonde le concept du vampire sur les préceptes de la croyance de la vie après la .ort et du pOUVOir magique du sang.

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-Le vampire poss6de en outre certains pouvoirs, comme celui "de revetlr toute forme 6 [sa) convenance", signale Jean Marigny; 11 se d'place sous forme de chauve-souris, "sous l'apparence de grains de poussière, de morceaux de duvet ou de brin de pallIe .•• " (4). Le teint pile attrlbu6 à cette cat6gorle de revenants devient rose du sang qU'ilS ont absorbé, leur donnant ainsi l'apparence de la vle et de la santé. Robert Ambelaln dans son étude Le vampirisme; pe la légende au réel décrit le phénomène vampirique:

Au bout d'un certain laps de temps, 51 ces attaques se poursuivaient, la vIctime mourait d'6pulsement et de langueur. On l~ensevelis­

salt, et elle devenait vampire l son tour, par l'effet d'une sorte de possession démo-niaque, amenée dans son psychisme par le mé-lange de son sang avec celui de son agresseur d'outre-tombe (5).

Pour mettre fin aux ravages d'un vampire, on relève dans la Grande Encyclopédie les procédés l suivre: "On ne peut, diaprés la tradition, s'en débarasser qu'en les exhumant pour leur percer le coeur avec un pieu, ou leur couper la t@te ou les brGler" (6).

Bien que les définitions données par les dictionnaires et les encyclopédies soient exactes "des points de vue traditionnel et ésotérique W, elles s'avirent wimcomplites", selon Roland Villeneuve, Wear elles ne correspondent pas au caractère

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-d'universalité auquel prétend le vampirisme" (7). Dans son étude Loups-garous et vampires, Roland Villeneuve propose ainsi la définition de Charles Lancelin:

L'individu, mort ou vivant, qui par radiation ou par osmose, aspire la vie d'un autre indi-vidu vIvant "pour se l'assimiler, soit dans un but purement égoiste, soit dans un but d'al-truisme, pour en faire profiter autrui" est luI aussi un parfait vampire (8).

51 l'on qualifie le vampire tantot d'égoiste, tantOt d'altruiste, ce personnage n'en demeure pas moins "un héros antisocial" (9). Dans son article "Deux mythes de Haldoror" Jean H.G. Le Clézio présente les particularités du vampire face

à la société:

Il est proche de Satan, condamné comme luI à

une chute, exclu de la société des autres hom-mes et voué A la solitude tragique des maudits et des morts. Son seul lien avec la société des vivants est dans le ~l qU'il accomplit par sa fureur destructrice et son interminable ven-geance sur les innocents (10).

Aujourd'hui, le terme "vampire", pris au sens figuré, est un "homme qui s'enrichit aux dépens des autres." (11) ou encore un "assassin coupable de nombreux crimes, meurtrier et cruel"

(12). Parmi tous ces personnages qui vivent aux dépens d'autrui, il existe également le Mod'le féminin, soit la

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goule. D'apI's le ley attribue ainsi ce terle adventuIess; a woman who manner as to allure or

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-webster EncyclQpedlc Dlctlonary, on l un certain type de femme: "an uses her physical charme in such a debase a man" (13), on la qualifie de "sir.ne" et "d'extorqueuse". Enfin en psychiatrie, le concept de "vampirisme" est considéré comme une "perversion sexuelle dans laquelle l'agresseur saigne sa victime" (14).

Qu'il soit un fantOme, un disciple de Satan, un voleur ou un meurtrier, le vampire s'ancre A jamais dans l'esprit des hommes qui lui conf.rent différentes modalités selon le pays et l'époque. Nous aborderons donc A présent les sources et les influences du th.me vampirique dans la littérature pour signaler les diverses interprétations d'ordre historique, socio-polltlque, relIgieux et psychanalytique de ce phénomène.

B- Le thème vampirique; sources et influences

"De tous les etres surnaturels issus de l'imagination de l'homme, l'un des plus fasclnants est sans conteste le vampire-(15), affirme Jean Harigny dans l'introduction de son anthologie des Hlstoires anglo-saxonnes de Vamplres.

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-L'hOIie a toujours 6t6 fasclné par la mort, éternelle source d'appr'henslon et d'interrogations, et la croyance au retour des etres disparus re.ante aux origines de l'hu .. nit6. Par ailleurs, le sang, substance vitale et sacrée par excellence, a toujours ,t, considéré COale constituant de l'a.a.

Le th'.e du va_pire , personnage qui hante la terre et sort de son tombeau pour boire le sang d'autrui, apparatt donc comme une explication aux .yat'res de la vie et de la DOrt et de surcrolt donne libre cours au d'sir de l'immortalltt. Ainsi, la crainte des morts et l'obsession du sang, d'oà provient le mythe du vampire, ne sont paa particulières au monde occidental et l'on trouve ces images dans la aythologie du monde entier.

Dans l'Europe médiévale, le christianisme a favorisé la naissance des légendes sur les vampires. En effet, -le christianisme a plutOt exagéré l'insensibilité hypnotique des morts, jusqu" l'inconscience, sans doute parce que le som.ell n'était plus que l'attente d'un réveil bienheureux, au jour de la résurrection de la chair- (16). Par ailleurs, les épldé.les qui emportaient brusque.ant des 81111ers de personnes ont probablement contribué • renforcer ces croyances car le vampirisme se propage l une telle vitesse que l'on parle

meme

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chauve-souris de insectivore, suce soaeil" (17), 19

-l'~rique du Sud [no--'e 'vampire'J, surtout aussi le sanq des [.a . . if'resJ pendant leur relatée dans des récits de voyages, a pu également consolider les croyances aux vampires.

Ces différentes hypoth.ses relevant de faits matériels indiscutables offrent en outre un terrain d'élection particuli.rement favorable l l'imagination collective et la création d'etres surnaturels tels que le vampire. Le personnage du vampire apparatt encore dans de nombreux folklores, illustrant l'image obsessive du sang. Ce mythe domine dans la littérature populaire hongroise ou serbe, dans les contes arabes et dans certains récits océaniens.

Au cours des sl'cles, le mythe du vampire s'élOigne de l'interprétation historique et devient une source d'inspiration non seulement pour des romanciers et conteurs comme Hoffmann, Maupassant, Mérimée et Gogol, mais aussi pour des po.tes comme Byron, BaUdelaire, Gautier et Lautréamont, des dramaturges comme Dumas, Scribe et Nodier. Le th'me du vampire falt ainsi son apparition au début du XIXe si'cle dans la littérature européenne grace aux sources illyriennes et aux influences allemande et anglaise. L'Angleterre victorienne, pour sa part, renoue avec la grande tradition du roman noir ou "gothique" du XVIIIe si.cle, dont sont issues les oeuvres de Walpole, Levis, Radcliffe et Maturin, avec l'oeuvre triomphante de Bram Stocker: Dracula (la97).

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-Dans la litt6rature occidentale et particuli're.ent l l'époque ro.antique, le .ythe du va~ire s'associe n'anaoins l d'autres fantasmes. Le bizarre, le morbide et le pathologique deviennent, en effet, le centre d'lnt6ret de l'école fr'n'tique qui cherche l Ilb6rer l'angoisse chez le lecteur victime du mal du sl'cle. A travers le personnage du va.plre, héros des récits terrifiants et sadiques, on d'c'le l'expression des probl'.es fondamentaux de l'hoame.

Au XIXe siècle, le récit vampirique se .anifeste souvent sous forme de cauchemar et explore les angoisses, les fantasmes et les r@ves de l'homme obsédé par la mort et la sexualité. A l'instar du "fr'nétlque-, le -fantastique est enfanté par le leVe, la superstition, la peur, le remords, la surexcitation nerveuse ou mentale, l'ivresse et par tous les états morbides se nourrissant d'Illusions, de terreurs, de d'lires" (18).

Qu'Il s'agisse de Hugo, de Hodier, de Gautier, de Nerval, de "6rim6e ou de Lautréamont, -le romantique vampire manifeste des qoGts Inquiétants, barbares, que partagent ses semblables· (19). Ces écrivains font preuve d'une ·volonté systématique, presque aveugle de choisir la profusion, l'invralseablance, de prendre envers et contre tout le parti du délire frénétique-(20). Par ailleurs, 115 s'intéressent au fantastique et l tout ce qui est étrange et .yst'rieux. Louis Vax dans son 6tude

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21

-L'art et la litt'ratu,e fantastiques propose une explication de ce ph'no .. ne:

L'auditeur de nagu.re connaissait un .tat d'ame ambigu, que la r~ntalit • • oderne a faIt éclater en intéret pour la recherche parapsychologlque A prétention scientifique d'une part, en goQt de l'art et de la litt'rature fantastiques d'autre part (21).

En ce qui concerne le terme "fantastique", les critiques de la littérature frénétique, P.-G. castex, L. Vax, M. Schneider et R. caillols, le d'flnlssent par "l'lntrusion de l'lnadmissible dans le monde communément admis". Le mécanisme repose sur la mise en jeu de phénomènes "insolites", c'est-A-dire à la fois inattendus et inexplicables, impossibles A intégrer dans un univers vécu par les acteurs et le lecteur comme "réel" (22).

J. Bellemin Noel ajoute A cette définition de fantastique l'interprétation de Tzvetan Todorov, qui, dans son Introduction

À la littérature fantastiQue, a su "instituer une approche

formelle, voire "formaliste" d'un genre jusqu'lei étudié À

partir de son contenu" (23).

Rien n'interdit, dans cette perspective, de définir la littérature comme celle 01 se mar-que l'émergence de la mar-question de l'inconscient. C'est-A-dire oà l'homme et son etre-au-monde commencent À se trouver contestés par des for-ces obscures qui travaillent contre eux et qU'ignore superbement la pensée raisonnable ou ·classique" au point que petit À petit s'annonce la ruine du sujet lui-meme (24).

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Bn Introduisant des terreurs imaginaires au sein du monde 22 -réel, le récit fantastique se nourrit l la fois des conflits du réel et du possible. A l'instar de ce genre, le récit vampirique présente "un espace fantasmatique o~ le lecteur est constamment aux prises avec une réalité spéculaire qui le porte et le déporte, l'exile hors de toute mattrise" (25).

Les romantlques ont recours au fantastique et plus particulièrement au personnage du vampire car ils cherchent l

élucider les mystères rattachés l l'ame humaine. C'est ce que leur procure le "frénétique", "littérature qui a porté à leur paroxysme certaines tendances romantiques (exaltatton de l'individu, fantastique, goQt de l'horreur ou du r.~cabre,

satanisme, etc.)" (26). Le retour en littérature du thème vampirique au XIXe siècle correspond à "la redécouverte des cultures et des mythologies populaires, à l'intéret croissant de la médecine pour les pathologies nexuelles, de l'autorité pour le crime" (27). Les Chants de MaldorOI de Lautréamont reflètent pertinemment ce monde nouveau o~ les idées et les images les plus anciennes relient l'homme à son passé légendaire:

Les Chants de Maldoror sont au bord du mythe. Sans cesse, en eux s'ouvrent les perspectives nouvelles de la fantaisie, les obsessions, les métamorphoses, suscitant les images anciennes

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-Dans la seconde moiti6 du XIXe sl.cle apparatt la femme-vamplre qul d6qaqe les chaImes trompeurs du pe[~onnaqe

byronien, s6duisante, fascinante, semant autour d'elle la volupt6, la mls.re et la mort. Dans son étude L'AmOUI de la carte postale, H. Ouellette-Hichalska cite un exemple tiré de la 16gende d'Ulysse qui illustre ce portrait de la femme:

Circ6e, prototype de la féminité dangereuse, use de ses charmes pour attirer A elle les hommes qu'elle transforme en pourceaux, à l'ex-ception d'Ulysse, le seul a etre épargné, qu'elle envoQte et destitue de son identité

(29).

L'histoire consid.re sans cesse la femme comme étant la principale instigatrice du mal:

De surcroit, la femme rappelle l'origIne hon-teuse, l'échec du Un, sa compromission avec la

matièr~ corruptible. Aussi développe-t-on à

son égard une attitude de défense qui se mani-feste dans la loi, les interdictions, le savoir, les oeuvres de fiction qui montrent la femme comme imprévisible et fantasque, gouvernée par ses humeurs. Elle envoQte par sa force mysté-rieuse, mais, trop proche de la vie, de la souillure, de la mort, elle renvoie à son

ani-malité, compromettant sa quete de spiritualité et sa soif d'immortalité (30).

La femme et, à son tour, la sorcière vont devenir de véritables monstres. Cette évolution atteint son apogée à la fin du XVe siècle et s'exprime clairement à travers l'un des

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24

-premiers manuels d'Inquisition: le Malleus Haléficarum (Cologne, 1484). Selon le Malleus, "la femme, insidieusement, 'tue' ceux qu'elle charme ( .•. ) C'est elle qui a repris et rassemblé toute la monstruosité du genre humain, car elle seule assume cette vocation maléfique dont, miraculeusement, le sexe male est préservé" (31).

Claude Kappler, dans son étude Honstres. démons et merveilles à la fin du Hoyen Age, propose d'élucider le mystère qui fait de la femme un objet de perdition.

Lorsque se développe le mythe de la sorcière, la société médiévale réussit A projeter sa peur de la femme, sa peur de la mort, dans une image uniquement maléfique de la femme (32).

En somme, l'image négative à l'~qard de la femme est issue de la peur que manifeste l'homme envers la sexualité. Si la femme est à ce point maudite, c'est par elle que s'introduit le péché, c'est elle qui fut cause de chute. On associe la femme à

la luxure: "tout se passe comme si elle avait des appétits charnels démesurés que l'homme ne peut réussir A assouvir" (33).

Par ailleurs, la femme mi-sorcière, mi-démon, détient une puissance qU'elle seule connatt: ~Le pouvoir que la femme possède sur le plaisir est aussi un pouvoir sur la vie: comme

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1

1

2S

-elle peut refuser le plaisir, -elle peut reprendre la vie" (34). Dans son étude L'art et la littérature fantastigues, Louis Vax donne une interprétation q'nérale de la société à l'égard de la femme qui explique pourquoi la "vamp" américaine continue la tradition des goules et des lamies.

La femme, objet de séduction, devient objet de perdition. (. .. ) la femme a séduit l'homme, lui a fait perdre son bonheur, lui a pris son énergie, son Rsang". Vampire métaphorique, elle vit de sa vie, de son travail, des efforts qui l'épuisent et le conduisent prémat~rément

à la mort (35).

Ainsi, si le thème de la femme maléfique atteint son apogée dans la seconde moitié du XIXe siècle, il apparatt encore aujourd'hui tout aussi éclatant.

A la suite de ce bref survol du thème vampir igue, nOllS verrons comment Anne Hébert aborde un tel thème dans Hélolse. Nous établirons des comparaisons avec les écrits antér1eurs sur le vampirisme, les légendes et les mythologies afin de situer l'oeuvre et de découvrir si l'auteure, dang sa création du pelsonnage vampirique, demeure fidèle aux précurseurs de la littérature fantastique ou présente un univers proprement hébert1en.

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-c·· Le th'. y • .,l! lQue te 1 QR' 11 IDD'ratt danl "i1011e d'Anne

"'bert

Ce ~nde dans lequel nous vivons accueille d'un

.e .. alr lndlff'rent et las toute slngularlti et 'oulssance perverse (36'.

Le pr'noùne va~lrique, auquel se rapporte "'loise d'Anne Htbert, correspond l une s'rie d"checs: celul d'une certaine 8Odernltt, celui d'un certain quotidien, et survient lune 'poque troubl'e par de qrandes lnterroqatlons comae au XIXe

ln effet, l'imaginaire d'aujourd'hui conteste pour sa part la décadence de fln de s"cle d'une soc16t' qui a presque oubli' ce qU'est l'individu, son d'slr ou son amour de l'autre. En introdulsant le th' .. du vaapire, le fantastlque aboutit en quelque sorte 'la liberté de rever et de créer un monde et une vie, l la 11bert' aussi d'exprimer ses fantasmes pour aleux les exorciser (37).

Récit d'un cauche .. r vaaplrlque, "'lolle explore les angoisses, les fantas.es et les reves d'un ho..e. Le th6 .. vampirique est icl un sy.bole de la mort ou de la dissolution de l'etre provoquées par un amour fou et impossible. In outre, le vampirisme correspond, par extenslon, , la repr'sentatlon littéraire d'un amour destructeur, dévorant, 06 quelqu'un suce l'ldentltt, le sang, d'un autre.

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27

-L'histoire de la clvllisatlon nous apprend que la cruauté et la pulsion sexuelle sont Inti.ement unies. De plus, "le mouvement de l'amour, port' l l'extreme, est un mouvement de mort", écrit Georqes Bataille (38). Le vampirisme apparatt donc comme "l'expression sadique, la .anlfestatlon morbide du conflit 'rotique entre les pulsions' de vie et les pulsi.ons de mort" (39). Et, chez Anne Hébert, la sexualité s'inscrit toujours dans l'équation amour

=

mort:

La cruauté est une forme d'expression. Fer-aent de la révolte, rouge de sang, elle signa-le l'absence d'amour et la détresse d'un sys-t6me au sein duquel la sensibilité et l' insen-sibilité ont forqé une névrose destructrice. Un poison infernal alimente le coeur des per-sonnages. Ils essaient d'aimer, mais ils sont trop prisonniers de leur image monstrueuse pour sortir d'eux-memes. L'agression remplace l'amour

( 40).

Dans l'oeuvre d'Anne Hébert, l'amour est impossible. Symbole du refus de la condition humaine, le vampire représente la tension montante entre le diurne et le nocturne, la réalité et le reve. Fascin' par Héloise, vampire du métro, Bernard se laisse aller l des rever!es dangereuses:

Devenu absent et reveur dans la vie quotidien-ne, Bernard est fasciné par l'interdit, par cette Héloise toujours en fuite qui finira par boire son sang. Bernard sait que cette Beauté conduit l la mort. Kais son désir est irrésis-tible (41).

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H

-~.. si le fantaatlqae do.lne , partir du rIve sangulnalre et du .onde souterraln du . . tro, le r'el très pr'sent se dessine l travers la ville de Paris, ses .. rchands et sa foule parisienne, et au d'part, • travers le couple Bernard/Christine au bonheur appare..ent sans histoires. Toutefois, dans ce ro.an, le r'el et l'lrr'el le chevauchent louvent, telle, par

exe~le, l'apparence -lrr'elle- dei drogués dans un prétendu .onde réel:

La robe d'H'loise ne dérange pas plus que le vttement flottant, tratnant dlns la poussière de cette fille' la tete tondue, au brillant

lncrust' entre les deux yeux. Certaines

pa-leurs et maigreurs ne sont plus Identifiables, place Saint-MIChel, autour de la fontaine 06

dor .. nt de jeunes drogu's, livides et efflanqu6s (42).

Le aonde des morts devient presque réel car 11 p'nitre dans celui des vivants. Cette fusion des morts et des vivants s'inscrit dans la décadence d'une nouvelle "fin de siècle":

'ranqullle .. nt~ 'talant son crl.e et sa n6ces-slt', paral l'lndlff'rence 9'n'rale, [H'lolsel transvase le sang de sa seringue dans des fla-cons de verre (43).

Ce passage continuel du l'el l l'i.aglnalre, de l'état de veille au mode onirique ainsi que plusieurs passages dans le texte renvoient. la légende d'Orphée:

(28)

1

1

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-("'loisel ls a version of the Orpheus leqend, vith the P.rla "'tro •• the undervorld and a youn9

vo ..

n, who at first qlance cannot be dls-tlnqulshed fro. any latter-da, hippie, as a

slnqer and enchanter of .. n (44).

Au aythe d'Orph'e s'ajoute celui du va~ire lnsplr' du ro .. n noir ou qothique:

On se croirait par .oaents devant un classique "Dracula" des ann'es 30, cette Indicible pas-sion qui saisit Bernard co..e un frisson d's qu'Il entend la volx de l'"autre", cette suite de rencontres qui quldera ses pas vers

l'appar-teaent vieillot qu'elle occupait ( ••• ) autre-fois, ce che.lneaent pr6visible jusqu'l la sta-tion 4u -'tro abandonn'e o~ vivent les esprits diane 'poque r'volue ••• (45).

L'univers h6bertlen tel qulll se dessine dans "'lolse s'inspire donc de la lltt'rature fantastique et de la .ytholo,le. Par ailleurs, que le couple rev' Bernard/H'lolse renvoie l Ab'lard/H6101se paratt trop 'vident pour qu'on, insiste. Le rappel des amants parfaits et impossibles -lllaposslbil1t6 prenant source dans la diff'Ience de classes, la castration et le sacr'" chez Ab61ard et H6lo1se - "masque un interdit autre .. nt fort chez Bernard et H'loise" car il conduit • la .art (46).

(29)

30

-enfers ou encore l l'envers du .onde. Le rapport entre la vie et la .ort se .. nifeste 9'n6ralelent sous une forle ou une autre:

Lei rituels de la vie et de la aort s'accomplis-sent dans la violence de l'aaour et de la haine, • travers des couples paslionn'I et dissidents, avec des "res pretresses oa sorcitres, dans des lieux qui se referaent COIae des toabeaux

06 les os retournent' la terre (47).

Dans N'lolse, Anne Hébert met à profit le métro de la ville de ParIs, quI représente le tombeau m!me, sous la terre, d'06 le r'gne de la mort est laché sur la ville. H'loise et Bottereau, le couple des morts, s'attaque à Bernard et Christine, le couple des vivants. Rappelons d'ailleurs que les personnages se trouvent "plus souvent dans les couloirs du -'tro qU'à l'air pur. Sous les pavés d'Anne N'bert, le fantastique rGde" (48).

Ainsi, deux lieux prIncipaux déllaitent le récit. Pour la vie ordinaIre: un appartement qui seable i .. obile sous sa for .. antique. Pour la vie fantastique: le .. tro et le cl.atlère,

l'ordre des morts. Le souterrain, selon les psychanalystes de l'école de Freud, représente ·un symbole particulltrement clair du sein maternel et tirle) ses prestiges des souvenirs de la vie Intra-utérine· (49). Quand Anne Hébert est arrivée à Paris, elle avait très peur du .'tro, d'aprèS une entrevue accord'e à

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31

-D. Smith. Le m6tro lui donnait ~l'impression qu'on allait s'enfoncer sous terre, et qu'on ne pourrait plus respirer". Elle éprouvait sans cesse ·une espèce de claustrophobie" (50).

Jacques Bousquet dans son étude Les thtmes du reye propose une interprétation de Gaston Bachelard qui semble justifier le phénomtne de la peur A l'égard du souterrain:

Gaston Bachelard ( ••• ) opine que le souterrain ( ••• ) participe au mystère de l'intérieur du corps humain. ( .•• ) Les entrailles sont obscu-res, comme le souterrain est inondé du feu in-fernal, du feu terrestre; les entrailles sont puantes comme l'enfer ( ••• ); les entrailles sont compliquées comme un labyrinthe; les en-trailles, enfin, sont quelque chose de secret, que la lumière ne doit pas voir, c'est un inté-rieur interdit; elles sont tabou ( ... ) (51).

Dans cet univers souterrain o~ règne l'image de la mort, sous le charme fatal de la femme-vampire, Anne Hébert entrouve la porte du cauchemar qui ne se refermera qu'A l'épuisement des maléfices.

Jean Ethier-Blals affirme qu'Anne Hébert demeure un "potte de la mort, de ce qui passe et se flétrit, c1est un aspect de son oeuvre que l'on n'a pas assez souligné, cette recherche du macabre A mots ouverts" (52):

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-Tout autour de lui brille la panoplie des ar .. s, bien astlqu6es, dress6es pour la chasse et le .eurtre (53).

Avec cette sorte d'innocence que d'gage l'extre.e slmplicit' de son écriture, Anne H6bert réussit • nous lener, subrepticement, aux portes du ~uche .. r et de la aort: RL'apparteaent attendalt Christine et Bernard- (54). Souvent, cette neae écriture fait appel aux i.ages que l'on rencontre g'n6ralement dans le rive:

Les ruines de Cluny sont blanches dans la nuit. Le jardin est plein d'ombres vagues. De gran-des betes fabuleuses, rongées par le temps, aontent la garde (55).

Ces images comme celle du vaapire nous plongent inévitablement dans un univers fantastique o~ la nuit et le calme des vivants permettent aux morts de faire surface. In d'montrant que le ro .. n Hélolse correspond au récit d'un cauche.ar vampirique, nous pouvons l pr6sent admettre que l'oeuvre d'Anne H'bert constitue un SOlaet de la littérature fantastique. Bn effet, en choisissant comme th'ae central le personnage du vampire, l'auteure nous fait basculer ddns un univers fantastique dans lequel on reconnatt certains aythes et

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-l'gendes des peuples anciens alnsl que les pr6occupatlons qU'ont .anlfest's les 6crlvalns romantlques.

Au beau .llieu de cette unlvers bloqu', tel qu'Il apparatt dans "'lolsI, le vaapirlsie perlet alnsl l"vaslon par l'lrr'el, -l'apanage des hallucinations d'un onanls.. d6mesur'.ent essentielW (56). La qulte d'Anne H'bert correspond en so..e , celle de ses pr6d6cesseurs: parvenlr' la Ilb'ratlon • travers l"crlture •

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·1

34

-1IQD8-caVIDI 1

1- Montague SUJllllers, Tbe ya.pirei His Kith and Kin. Nev York: University Books, 1960, p. IX.

2- Le petit Robert 1, Paris: Le Robert, 1981, p. 2063.

3- The

Kew

Webster Bncyclopedie Dictionary of the Bnqlish Language, Chicago: Consolldated Book Publishers, 1971, p. 927.

4- Histoires anglo-saxonnes de Vamplres, anthologie 6tablie et présentée par Jean Karlgny, Paris: Librairie des Champs-Elysées, 1978, p. 49. 5- 6- 7- 8- g- lO- U- 12- 13- 14- 15- 16- 17-

18-Robert Ambela1n, Le yamplriSme; De la légende ail réel,

Paris: Editions Robert Laffont, 1977, p. 16.

La Grande Encyclopédie, Paris: Librairie Larousse, 1971-1978, tome XXXI, p. 686.

Roland Villeneuve, Loups-garous et vampires, Paris: Editions J'ai Lu, pp. 77-78.

Ibid" p. 18.

Jean M.G. Le Clézio, "Deux mythes de Haldoror II", La Houyelle Reyue Franiaise, No 311, novembre 1978, p. 45. Ibid., p. 45.

Dictionpaire usuel Quillet Flammarion, Paris: Editions Quillet - Flammarion, 1962, p. 1402.

Le Petit Robert l, p. 2063.

Tbe Bey Webster Encyclopedie Dietlonary of the English Language, p. 927.

Le Petit Robert l, p. 2063.

Histoires anglo-saxopnes de vampires, anthologie établie et présentée par Jean Marigny, p. Il.

Philippe Ariès, L'Homme devant la mort, Paris: Editions du Seuil, 1977, p. 31.

Le Petit Robert 1, p. 2063.

Pierre-Georges castex, Anthologie du Conte fantastique fransals, Paris: LibrairIe José carti, 1963, p. 6.

(34)

1

l

35

-19- "yiena Pavlcevlc, Charles Nodier et le thime du vampire,

".0

1re de .altrlse l l'Unlversit' "cGill, "ontr'al, 1987, p. 62.

20- Jean-Baptiste Baronian, "Le Romantisme Moir et les petits romantiques français·, Romantisme Noir, Paris: Editions de l'Herne, 1980, p. 313.

21- Louis Vax, L'art et la littérature fantastiques, Parls: Pur (coll. "Que sals-je?"), 1970, p. 7.

22- Jean Bellemln-Noel, "Des For.es fantastiques aux thèmes fantasmatiques", Littérature, no 2, mai 1971, p. 103. 23- Ibid., p. 103.

24- Ibid., p. i18.

25- Jean-Michel Olivler, "Le texte du vampire", Etudes littéraires, Presses de l'Université Laval, vol. Il,

no 1, avrll 1978, pp. 114-115. 26- Le Petit Robert I, p. 821.

27- Mylena Pavlcevlc, Charles Nodier et le thème du vamgl~,

pp. 8-9.

28- Jean M.G. Le Clézio, "Deux mythes de Maldoror 1", Là Houyelle Reyue Française, no 310, septembre 1918, p. 59. 29- Madeleine Ouellette-Mlchalska, L'Amour de la carte

gostale, Québec: Editions Québec/Amérique, 1987, p. 63. 30- Ibid., p. 63.

31- Malleus Maleficarumj Le Marteau des SorCières, trad. par Armand Danet, Paris: Plon, 1973, p. 25.

32- Claude Klapper, Monstres, démons et merveilles • la fin du Moyen Age, Paris: Payot, 1980, p. 266.

33- Ibid., p. 267. 34- Ibid., p. 268.

35- Louis Vax, L'art et la littérature faDtastiQue~, p. 26. 36- Anne Hébert, H61oise, Paris: Editions du Seull, 1982,

p. 102.

37-

38-Jean Royer, wAnne Hébert. Co~nt séparer le songe du réel?", Le peyoir, 29 mars 1980, p. 19.

Georges Bataille, L'Erotisme, Paris: Les Editions de Minult, 1951, p. 48.

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,1

:1

39- 40- 41- 42-

43-

4.- 45 36 45

-Hylena pavicevic, Charles Nodier et le thtme du Vampire, p. 209.

Denis Bouchard, Une lecture d'Ann< Hébert, Québec: Editlons Hurtublse HHH, 19", p. 163.

Jean Royer, "Anne Hébert. Comment séparer le songe du réel?", p. 19.

Anne Hébert, H6loise, pp. 102-103. Ibid" p. 102.

Anonyme, "Anne S6bert's novel shines like her poetry". The Gazette, Hay 24th 1980, p. 110.

Danièle Blain, "Anne Hébert, un ..:oman dont l'action se situe hors Québec", Joulnal de Hontréal, 22 mars 19S0,

p. 6.

46- Lilian Pestre de Almeida, "Héloise: la mort dans cette chambre", Voix et images, vol. VII, no 3, printemps 1982,

p. 473.

47- Jean Royer, "Anne Hébert. Iéel?", p. 19.

Comment séparer le songe du

48- JérOme Garein, "Anne Hébert: Une QUébécoise dans le métro parisien", Les Nouyelles LIttéraires, du 20 au 21 mars 1980, p. 28. 49- 50- 51- 52- 53- 54- 55- 56-Jacques Bousquet, rOmantLgue, parLs:

Les thèmes du reye dans la littérature Didier, 1964, pp. 260-261.

Donald Smith, "Anne Hébert", L'écriyain devant son oeuvre, Québec: Editions Qu'bec/Amérique, 1983, p. 55. Jacques Bousquet, Les thèmes du reye dans la littérature rOmantique, p. 261.

Jean Ethler-Blais, SIgnets I l , Hontréal: Cercle du livre de France, 1967, p. 191.

J~ne Hébert, HIlolse, p. 114. 1 b id., p. 12.

Ibid., p. 37.

Denis Bouchard, "Les Enfanta du Sabbat d'Anne Hébert: l'enveloppe des mythes", VOLx et images, vol. l, no 3, avrIl 1916, p. 385.

(36)

1

1

CUPlftI Il

."". 4 •• D'cIonNU' dlU 8'lg'"

Rien dans la présentation des personnages ne tend' les rattacher l la vIe ext'tieure. ( •.• ) Ils existent poétiquement par leur portée s~­

bolique. Ce sont les acteurs d'un .onde

oniri-que et leur n'cessit' est celle du reve (1).

A- H'loise ou la femme-vampire

Avec le tbime de la feaue-vampire, qui atteint son apogée dans la seconde aolti' du XIXe sl'cle, les rGles se trouvent désorma1s Inversés. La femme devient alors la cruelle amante et dispose de ses pouvoirs de s'ductrlce par lesquels le beau tén'breux se volt r'dult l l'image de la victime terrorisée (2).

Les bér01nes d'Anne H'bert s'inscrivent dans cette i __ ge de la fe... aal'fique, apparaIssant monstrueuses et solitaires, sans cesse en . . rge de la vie. En effet, H6101se est un vampIre qui sort la nuit de son toabeau pour venir sucer le sang de sa victime, Bernard. Claudine dans Le Torrent incarne le type .onstrueux en qu1 se cristallisent tous les tabous, toutes les interdictions, toutes les peurs de vivre. Amlca, par ailleurs,

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-- 38

-repr'sente la sorel're et renvoie' l'1111ge du cheval

indo~table, perceval, alnsi qu'l ~elle 4u chat .a16fique qui rOdalt autour de la _lson au llO_nt du Murtre de la "re. llisabeth dans Kamouraaka correspond 'cette 6tonnante "fe_ noire, vivante, datant d'une 'poque reculée et sauvage-, qui, d'ten'e, InquUte car ·chacun se dit que la faim de vivre de cette fe.. enterde vlve, il y a sl longteaps, doit etre 151

f'roce et enUtre, accullUUe sous la terre, depuis des ,il\cles!-(3) Julie de la Trinit' dans Les Infants du Sabbat revet .. son tour la vocaUon de sorclt\re et obéi t .. la voix de ses ancetres féminlns, voix, qui lu1 propose un mode de vie: la sorcellerie. De plus, la femme symbolise dans l'esprit des hOlDJlles la tentatlon, elle est l'luge du diable: -Tu es le diable catherine, tu es le dlable- (4) dlt Mlchel dans Les Cbalibres de

b.Q.1a, et Françols dans Le

Tw.m

pr'tend: - AIIlca est le diable, je convie le diable chez lIoi" (S). En revanche, les hommes demeurent lmpulssants et déséquilibrés, partenaires inégaux, ils sont cJ6trults impitoyablement par des femes sanguinaires.

Par ailleurs, Hélo1se rappelle la cél.bre amoureuse et .attresse d'Abélard, qui, en l'épousant, est devenue la cause de sa d'ch'ance. Par elle, une fois de plus, la vlellie 101 que la fcm.e constitue la perte de l'homme se vérlfie:

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-BYe fait chasser Adam du Paradis terrestre; Dalila livre Samson A ses ennemis et le con-duit A s'ensevelir, privé de la vue, sous les ruines du Temple; des femmes encore affolent le grand roi Salomon et le font sacrifier A Astarté; c'est la femme de Job qui, dans ses malheuEs, l'incite au blasphème et c'est contre elle qU'il doit soutenir son plus rude combat. Le démon sait bieD, de longue expérience, que la femme est toujours pour l'homme une cause de chute toute prete (6).

Héloise appartient donc A cette longue tradition de femmes dangereuses, de sorciàres, d'ensorceleuses, aux représentations mythiques multiples. Femmes fatales, elles attirent, séduisent et fascinent leurs victimes qu'elles conduisent inéluctablement vers leuE perte.

Comme la Salomé de Gustav Klimt qui figure sur la jaquette de l'édition québécoise, Héloise fait couler le sang de sa victime. Le portrait de Salomé annonce en quelque sorte le personnage mystérieux d'Héloise. Elles vont jusqu'à se ressembler physiquement: "jeune personne incroyablement belle et pale, pétrifiée dans son age parfait. Les yeux sombres remontent vers les tempes" (7), "ses cheveux nolrs ( ... ) ont un reflet bleu aEgenté, presque lunaire, qui enchante et inquiète" (8). Salomé, d'une part, obtient sa récompense en sang humain et exige que l'on coupe la tete A la victime choisie. Héloise, d'autre part, quitte, la nuit, son tombeau du Père-LaChaise, à

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-La Salo" de Kllat et l'H'loise d'Anne H'bert se confondent entre elles et avec lia tete de fe..e l la chevelure d'faite-qui orne, -parai les volut •• de plerres-, le deasus de la porte de l'apparte.ent elles repr'sentent, soua une forme ou une autre, l'11lge de la fe-.e-vaipire. Louis Vax dans son 6tude L'art et la Iltt'rature fantastiques aontre l'aabivalence qui existe l la aource nlme du .ot. Bn effet, pour la fe ... , le

va~ire est la femelle insatiable, le s'ducteur se voit alofs victime de la feaae d'cbaln'e, de la prade . . ta.olpbos'e en d'mon lubrlque:

Bn face de nous le sourire cruel d'K'lolse lui manqe toute la face. 'lrer l bout portant sur cette forme parfaite qul ne sursaute .... pas sous les balles et pers'v're dans sa fala

mau-valse, penchte aur nous. Son sour 1re cribl' de balles se refor .. l Besure. Htlolse toute drolte, en face de Bernard, dure et s"ternlse. Ne plus pouvoir s'en écarter. GoOter son souf-fle pourri (10).

La séduction vampirique d'K'101se, .. 19r' les aspects

redoutables qu'elle revet, ensorcelle sa vlctlme, en l'occurrence un jeune ho ... a6dulsant, Bernard, qu'elle condult aux portes de la aorte Konstre ou succube, la femae-vamplre envoGte inéluctablement:

lTbe Nosferat) also appears ln the form ( ••• ) of a pretty 9i:l, while the vlctla Iles half lwake and lubaita unreslstln9ly (11).

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-antre les .. lnl de 11 11I'ne, Bernard devient un etle t'li9uld', entratn' l trlver. le. 464a1e . . . tropo11ta1ns et le. nu1ts de la place Maubert, jusqu'aa jour ol elle palse aux actes: ·velne jugula 1re tranch'e, h'aollagle, f1'vre, d'llre" (12).

Sorcl're jouant autant de sa s6ductlon que de ses pouvolrs .. l'flques, ·la fe... est coupable du d'slr qu'elle flt nattre chez l'ho ... , et plus elle est belle plus sa responsabil1té s'accroltl" (13) H'lol.e pos.tde avant tout le pouvolr de d69ager "une force Incoaparable·, en sa pr6sence, "l'apparteMent se net l ex1steI sl fortement que la vie de Bernard, par contraste, seable lui 'chapper" (14). On déc'le 'gaIement chez celle-cl le pouvolr de la parole oà ·chaque mot du pot .. ", qU'elle chante dans le "tro, "atteignent Bernard co.-e un coup de couteau· (15). H'lolse apparatt sans cesse inaccessible,

meme

sa ·volx légèrement enrou'e, difficile À saisir, [semble] falte pour etre longueaent attendue et d'sirée, devinée" (16).

La fe.ae-vaapire, en plus de ses pouvoirs .alfalsants, est toujours d'une grande beaut', lins age sinon celui de la jeunesse 'ternelle. Mais Bernard trouve H'loise "trop pale, trop belle, terrible· (17), la rendant "trop" étrangère A toutes les autres fe..es qu'Il connatt.

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-L'extr'le beaut', co ... l'extr'" s6ductlon et l'excessive long6vlt' ont quelque chose d'ef-frayant qui fait passer le frisson du ·tout-autre- (18).

ln g6n'ral~ la peau de la fe..e-vaapire, parfalte.ent blanche et lisse, lui donne l'apparence d'avoir ,t, sculpt'e dans de la pierre. SOD visage seable aussi inanl.' que celui d'uDe statue, • l'exception de deux yeux brillants qui regardent fixe.ent droit devant eux, pareils co..e ceux d'une aveugle:

Le visage d'H'loise, lisse comme un caillou.

La beaut' des os visible ~ travers ses . . ins

translucides. Une fla . . . uvalse dans ses yeux couleurs de plomb (19).

H'loise présente d.s lors toutes les caractéristiques de la femme-vampire. ToutefOis, il est intéressant de noter que dans tout le récit, 11 n'y a aucune allusion aux canines du va.pire. ln effet, H'loise .. nipule sans cesse des seringues: ·Christlne

aper~olt la trace d'une plqGre sur le poignet de Bernard" (20),

et utilise quelqU'autre objet tranchant: "Le daneau, 'tendu sur le cOté, les pattes raides, au cou une large blessure. Saigné l blanc· (21) ou encore la ·velne jugulaire tranchée" de Bernard. Le .oyen par lequel H6l01se pr'ltve le fluide vital résidant dans le sang de sa vlcti.e n'est donc pas la aorsure de type courant. Assise par terre, pareille , une clocharde, elle

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u

-trlnlvase le IIft9 4e sa le~ll4ue dana de petits flacona de verre

qU'elle porte de te~ en te-vs l ses livres, l'entralnant paislbleaent au bord du so..ell, tout co..e sl elle slrotalt une

ln plus de la n'cesslt' Ind'nlable du va~lre, le .oyen par lequel 11 s'6chappe de sa toabe et y retourne r6gullirement, saDS d'placer la terre alentour ni laisser de trace de d'sordre, reste, dans la plupart des cas, un aystire:

ceux qui pr'tenàlrent voir des vampires rega-gner leur to~e peu avant l'aube, afflraalent qu'Ils ne aerchalent pas, mals glissaient l6q6-reaent sur le sol (22).

Of, les deux personnages vampiriques, H6101se et Bottereau, apparaissent et disparalssent, pareUs .. des fantOlles: "une silhouette f6.1nlne ( .•• ) glisse le long de la grille, depuls le haut jusqu'en bas· (23), H'lolse "se d'gage et flle dans le .. tro, tandis que le contrOleur, derrlire elle, cadenasse la 9rllleR (24), Bottereau ·empoche les p16ces. ( ••• ) s"cllpse en

douce· (25), enfin, "'lolse et Bottereau ''s'6101qnent dans un couloir ( ••• ) et dégaqent une qalerie Bouterralne ( .• ,) lis disparaissent dans la terre ( ••• ) creusant parfois avec leurs aalns· (26). Tout porte" croire qu'H'lolse et Botterau sont des vaapires, c'est-l-dlre dea fantOmes qui aortent la nult de leurs to~eaux pour aller boire le sanq des vivants, H'loise l'avouera elle-.eme dans un poi .. d'dl' l Bernard:

(43)

Par a lUeurs,

44

-une de perdu Une de retrouv"

celle qu'on n'attendait pas Sort de l' oüre

Creus. sa gllerle profonde AU coeur nolr de la terre Pour venir jusqu" toi (27).

les vete_nts d'lDOd's que portent H'lolse (jupe lonque et col bale1n" et Bottereau (veston 'triqu' et col dur) pr'supposent qU'ilS sont morts depuis d'j'un s'icle. Ils ont tous les deux une volx enrou'e et exhalent une odeur de vase. Bottereau, avec sa -barbe grisonnante, [ses) yeux .arron, tristes, couleur de boue- (28) et le souffle qui s"chappe de sa poitrine asthmatique, apparatt comme une personne socialement inadapt'e, co... un clochard de grande vllie. Il collectionne un tas d'objets anciens et conduit une Bugatti datant du d'but du siicle. Agent Immobilier, Bottereau poss'de un bureau obscur oà sont entassés des meubles et des objets vieillots. L'endroit ressemble plutGt l une vieille boutique de brocanteur et n'inspire guire confiance:

Parai les personnages Inqu16tants, signalons l'antiquaire, qui ne vit pas seule.nt dans le pr6sent, mais participe en quelque sorte du pass' pourri des choses vleilles qu'Il achite et qU'il vend. Il est toujours vieux, sa bou-tique est profonde, obscure et poussl6reuse

(44)

1

l

4S

-Une telle descrlptlon correspond avec justesse au personnaqe

.,at'rleux de Bottereau. Acolyte d'H'lolse, 11 velile toutefois sur elle et s'lnqui'te de sa sant6: -M'flez-vous,.a ch're, je vous trouve blen pllotte. Vous etes en train de vous

an6.1er-(30'. Leur Identlt6 ne falt donc plus aucun doute. Co.-e tout bon va.plre, lis ne peuvent to16rer la lu.l're du jour nl se ref16ter dans un .lrolr, Ils exercent un luxe Inoul de stratag'.es pOUE arrlver lieur fln et, blen entendu, ne renoncent devant rlen. Leur but est d'assouvir leur d6s1r afin de pr'server leur 'ternit'.

Loup-9arou, femme-vampire A la .orsure fatale, Hélolse n'est plus dans la nult qU'une gueule .ena9ante A la recherche de sa prole:

Malntenant qU'H'lolse est d' .. squ'e, dans son odeur ausqu6e, la s6cheresse de ses os et le priX exorbitant de son étreinte, comment ne pas la fulr l 'amals? (31)

cette f19ure de fe..e-vamplre ou de sorclère est toujours pr6sente dans l'oeuvre d'I~ne H6bert sous les traits de la -Mère terrible- selon l'expresslon de Gllbert Durand (32). Nous verrons qu'A l'opposA de la vieille fille acarlatre qui 6e .anlfeste coura..ent, la figure de la Hère se r6v'le ici sous

(45)

(

46

-l'apparence d'une 'eune fe..e 6clatante de beauté, fe..e fatale • qui rien ne r'slste, soit celle d'H'101se.

B- La Mtre: aboutlsselODt de la fellft-yalR iro

Sous un socle, un buste de platre-Eepr6sentalt une créature sév~re, ni ho..e ni fe..e, l'air absent (33).

Héloise est-elle la mauvaise "'re qui boit le sang de ses victimes? La formule écrite dans les dernières lignes du livre

(34), une foraule d'j' lue dans lalOurasta (35): "P16ta sauvage" d'montre, en effet, qu'Hélolse seable se transformer en i.age maternelle.

La tenue vestimentaire d'H6loise (elle s'habille comme un personnage de 1900) indique qu'elle provient d'une autre génération. Cette image la rapproche d'autant plus de celle de la Mère .arte et permet en quelque sorte • Bernard de réaliser son rêve secret d'union avec la M'le restée jeune.

lapltoyable, Bottereau représente également l'Instance maternelle vue dans toute sa férocité. Il est la face sans pltl' de la H're d'voratrlce et aal'flque, tandis qu'H'loise

(46)

l

1

41

-Incarne 1 la fols l'objet de d'sir et la ~rt.

or,

cet attrait de la IOrt .. sque sans cesse l'identification d'H'lolse avec la Mtre: la coutull're tout co..e H'loise .. noeavrait clseaux et aiguilles et avatt probable.ent cousu un r'seau de fils pour eapacher Bernard de vivre, pour

H'lolse pour sa part, sace le

le retenir auprts d'elle. sang des autres et posstde le pouvoir analogue de reprendre la vie. L'I .. ge de la "tre se volt d's le d'but grandlssante et, au cours du r'clt, se transfor.e dans la

.e..

.esure que celle de la femae-vaaplre: "La volll au bout de la table qui toque avec son d' d'arqent sur la nappe pour r'clamer la parole" (36), et, l son tour, Héloise observe Bernard "avec Insistance·, debout A coté de lui, elle se tient "droite et souveraine- (31).

Lorsque le fantGme de la M.re dlsparatt, Bernard se sent soulagé: ·Je suis sauvé, pense Bernard, en serrant trts fort la main de Christine dans la slenne" (38). Sauvé de qui? Probablement de la "tre qui a l..obllls' son corps "par aille petits fils lnvislbles ( ••• ) quand 11 'tait enfant et dormait dans son petlt llt, contre le qrand llt maternel· (39). De

.e.a,

dans le .'tro, face l face avec Héloise, Bernard se sent raslur' lorsqu'Il l'imagine etre aveugle, présageant d'emblée le aysttre: "La jeune femle regarde droit devant elle, sans voir, seable-t-Il, pareille l une aveugle, constate Bernard. Soulagé par cette Idée co..e s'lI venalt d"chapper A un danger, 11

(47)

(

Bn apercevant sa Christine qui chasse

48

-Mère l la table, Bernard se rapproche de le fantGme. La ~diation de Christine aboutit de toutes les manières l l"chec. Elle demeure impuissante devant la nouvelle image de la Mère, malgré sa tentative plutGt maladroite de sauver Bernard de ses "aiguliles" redoutables: apercevant la trace d'une plqGre sur le poignet de Bernard, "en un instant tout s'éclaire; les bizarreries de Bernard, ses absences, toute cette vie qui semble le quitter, goutte l goutte. La drogue. C'est donc ça. L'horrible lumière qui explique tout. - Tu te piques l présent? J'aurais dO m'en douter" (41). L'échec également de C~!!ztlne face au mariage fait que le destln de Bernard paratt, en définitive, tracé par deux femmes terribles, la Mère couturière et la femme-vampire. Héloise qu'Il aime et cralnt l'immobilise autant que sa Hère avec ses fils dans un petit lit, en l'attirant dans son étreinte fatale. La femme compagne n'est plus objet de désir puisqu'elle n'incarne pas la Mère.

En puisant au plus profond de lul-meme, Bernard affronte, en effet, la véritable personnalité de la Hère, effroyable et hideuse, personnifiée par Hélolse. Il va l l'encontre de ses cauchemars et de ses désirs cachés dans sa mémoire: "comment ( .• ) séparer le songe d'avec ce qui s'est passé de très réel et précis entre HéloLse et luL ( ••. )?" (42) Bernard faIt revIvre les monstres du passé, les images qu'il possède en lui-meme pour les affronter et les détruire: "Qui a vu la glace et le feu de

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