e'
Fernand L. Ouellet
Université McGill Faculty of Divinity Ph.D.
"La religion dans le sys-tème de Paul Tillich"
Le concept de religion occupe une place très importante dans les premiers écrits de Paul Tillich. Mais le caractère systématique de la pensée de Til-lich oblige celui qui veut saisir la signification exacte de cc concept ~ le situer par rapport aux principaux concepts fondamentaux qui apparaissent dans ces écrits d'allure plutet philosoph ique. Ce caractère systématiqœ du concept de religion dans la pensée de Tillich en fait un bon point d'obser-vation pour étudier la relation du système philoso-phique qu'il a développé dans ses premiers écrits au système théologique qui a couronné son oeuvre de penseur. De plus, en examinant la façon dont Til-lich a appliqué ce concept, on peut "se faire une idée plus précise des développements que sa pensée a subis dans ce passage du premier au second systè-me. Enfin, l'étude de la conception tillichienne de la religion permet de reconnattre la profondeur et la richesse de la pensée de Tillich tout en fai-sant apparattre certaines difficultés fondamenta-les de cette pensée.
Ouellet, Fernand L.
e
LA RELIGION DANS LE SYSTEME
DE PAUL TILLICH par FERNAND OUELLET Thèse présentée ~ la FACULTY OF DIVINITY
pour satisfaire en partie aux exigences du grade de
PHILOSOPHIAE DOCTOR (PHILOSOPHIE DE LA RELIGION)
Université McGill Montréal 1970
o
Femand Oue11et 1971TABLE DES MATIERES
ABBREVIATIONS •••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••• pp. INTRODUCTION •••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••
PREMIERE PARTIE: La religion et les concepts fondamentaux de la pensée de Paul Tillich: les premiers écrits (1919-1925) •••••••••••••••••••••••••••••••••••
Introduct ion ••.••••••••••••••••••••••.••••••••••••••••••••• 1 - L'Inconditionné •••••••••••••••••••••••••••••••••••••• a) Les voies d'accès h l·Inconditionné ••••••••••••••••• b) La nature de l·Inconditionné •••••••••••••••••••••••• II - L'esprit ••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••• a) Pensée, être et esprit •••••••••••••••••••••••••••••• b) Esprit et liberté ••••••••••••••••••••••••••••••••••• c) À3prit et créativité •••••••••••••••••••••••••••••••• d) Esprit et norme ••••••••••••••••••••••••••••••••••••• III - Signification et système ••••••••••••••••••••••••••••• a) Signification et univers des significations ••••••••• b) Signification, système et norme ••••••••••••••••••••• c) Signification et Inconditionné •••••••••••••••••••••• d) La logique de l·esprit •••••••••••••••••••••••••••••• IV La distinction forme/substance (Gehalt) •••••••••••••• V Les fonctions de l'esprit et les sphères de la
signi-f icat ion •••••••••••••••••••••••••••••••••.••••••••••• VI Métaphysique, Symbole de l'Inconditionné, et Théologie VII - Autonomie, hétéronomie et théonomie •••••••••••••••••• VIII- Le sacre •.•.••.••.••••••..••.•••••.••.•.•••••..•.••.. IX Le kairos et le Socialisme religieux ••••••••••••••••• X Le démoniaque et l'interprétat:ion culturelle-religieuse
de l·histoire •••••••••••••••••••••••••••• ~ ••••••••••• XI Révélation, foi et Dieu dans la "logique" de
l'lncon-IX 1 7 8 9 10 16 19 20 22 24 27 30 30 33 37 41 43 48 54 64 72 77 86 ditionné... 100 A B C
La révélation comme irruption de l'Inconditionné ••• La foi comme ouverture h l'Inconditionné
Dieu comme le symbole de l'Inconditionné
101 106 112
XII - Religion et c u l t u r e . . . 121
XIII- Religion et méthode... 130
A La méthode intuitive-critique... 131
B La méthode dans le Syst~me des Sciences... 133
C La méthode dans la "Philosophie de la religion"... 139
a) les méthodes étrangères h la religion... 140
b) la méthode dialectique-critique... 142
c) La métl~de métalogique... 151
CONCLUSION... 155
DEUXIEME PARTIE: La religion et les développements de la pensée de Tillich (1926-1951)... 157
INTRODUCTION...
158
1 La religion appliquée h l'analyse du présent: La Situa-tion religieuse... 159
l Introduction... 159
2 3 -a) Présent et é t e r n i t é . . . 159
b) Situation religieuse et société... 160
c) La situation religieuse dans la société capitaliste nu XIXème siàcle... 163
La situation religieuse dans la sphère théorique... 168
a) La science et l'irruption de l'éternité... 163
b) L'histoire et la réalité de l'esprit... 170
c) Philosophie et méthocle... 171
d) La métaphysique et l'irruption de l'Inconditionné... 173
e) L'art et la saisie de la situation religieuse du p r é s e n t . . . 175
La situation religieuse dans la sphère politique... 176
a) L'esprit du capitalisme et la relation aux choses... 177
b} L'esprit du capitalisme et la lutte des classes... 178
c} L'emprise de l'esprit du capitalisme sur la réaction socialiste contre le capitalisme... ISO d} Capitalisme et nationalisme ••••••••••••••••••••••••• 181 e) L'esprit du capitalisme et ses répercussions sur la conception de l'état et de la démocratie •••••••••••• Conclusion} la religion dans la sphère politique ••••••• 4 - La situation religieuse dans la sphère é,thique ••••••••• 135 186 a) Les mouvements de jeunesse et la révolte contre l'es-prit du capitalisme... 186
b) La relation entre les sexes et l'irruption de l'é-t e r n i l'é-t 6 . . . 137
c) L'art de la guérison et la religion... 188
d) L'éducation dans la société capitaliste... 190
5 - La situation religieuse dans les mouvements religieux ~
l'extérieur des églises... +93
a) La réaction mystique contre l'esprit du capitalisme. 195 b) Les mouvements eschatologiques et la présence de l'éternité dans le temps... 197
Conclusion) La religi.on dans les mouvements religieux en dehors des églises... 199
6 - La situation religieuse dans les églises... 199
a) Le catholicisme et l'esprit du capitalisme... 200
b) Le judaïsme et l'esprit du capitalisme... 201
c) Le protestantisme et l'esprit du capitalisme... 202
1) Protestantisme et culture... 202
2) La vie religieuse dans le protestantisme... 204
Conclusion) La religion dans les églises... 206
Il - La religion dans la phase intermédiaire du développement de la pensée de Tillich (1926-1951)... 209
1 Les influences extérieures... 210
2 Applications et développements... 210
3 L'évolution de la pensée de Tillich pendant cette péri-ode •••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••• TROISIEME PARTIE: La religion dans les dernières oeuvres de Paul Tillich. (1951-1965) •••••••••••••••••••••••••••• 1 -Le système théologique de Paul Tillich ••••••••••••••••••• 1 Le souci ul time ••••••••••••••.••••••••••••••••••••••••• 212 215 -216 217 2 - Le système théologique... 225 a) La méthode de corrélation... 225 b) Essence, existence, v i e . . . .. . . 227 c) Ontologie et symbole... 229 3 Le concept de pouvoir... 232
Il La religion dans le système théologique... 234
l La religion comme souci ultime... 235
2 La religion comme auto-transcendance de la vie... 240
(1) Le contexte immédiat... 240 a) La métaphore tldimensionlt... 240 b) Le concept d·esprit... 242 c) Les fonctions de la v i e . . . .. . . 245 i ) La fonction d·auto-intégration... 245 ii ) La fonction d·auto-créativité... 248
(Il)L'auto-transcendance de la vie sous la dimension de l'esprit: la religion comme telle... 251
a) L'auto-transcendance et ses ambiguïtés... 251
b) La religion et les fonctions de la vie... 253
c) Les ambiguïtés de la religion... 256
i ) La sécularisation de la religion... 257
d) La Présence Spirituelle et la religion... 262 i ) La Présence Spil'ituelle et l'unité de la
cul-ture, de la moralité et de la religion... 263 ii ) La conquête de la religion par la Présence
Spirituelle... 265 iii) Les manifestations de la Présence Spirituelle
dans les religions... 267 3 - La rencontre des religions... 273
a) Les présuppositions d'une considération positive de
l'histoire des religions par la théologie... •••••••• 274 b) Les grandes Ijgnes d'une théologie de l'histoire des
religions...
278
c) Le christianisme et la rencontre des religions... 280i ) La situation présente: la rencontre des religions
et des quasi-religions... 281 ii ) La re~contre du christianisme avec les religions
et les quasi-religions dans l'histoire de l'église 283 iii} La rencontre du christianisme et du bouddhisme... 286 iv ) L'auto-critique du christianisme à la lumière de
sa rencontre des religions... 291 CONCLUSION: Les traits essentiels de la conception tillichienne de
1
la religion et sa validité... 295 Synthèse des résultats de notre [email protected] ••••••••••••••••••••
l Les traits fondamentaux de la conception tillichienne de
296
la religion ••••••••••••••••••••••••••••••••• ~... 296
2 - Le place de la religion dans la pensée systématique de
Tillich ••••••••••••• ,... 300 II Appréciation de la position de Tillich sur la religion... 303
l La conception tillichienne de la religion vue par le
chré-tien. • . . . • • . . • . • . . • . . • • . • . • • . • . . . • • . . . . • . . . • • . . • • • . . . • • • • 304
2 La conception tillichienne de la religion vue par le non chrét ien •••••••••••••.•.•••••••.•••••••••••••••••••••••••
BIBLIO<JRAPHIE ••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••
1 Principales études bibliographiques ••••••••••••••••••••••••
I l III
A - Les oeuvres de Tillich ••••••••••••••••••••••••••••••••••• B - Les études de la pensée de Tillich •••••••••••••••••••••••. - Sélection chronologique des oeuvres de Tillich ••••••••••••• A
B
C
Etudes de l'oeuvre de Paul Tillich ••••••••••••••••••••••••• Livres sur le passG de Paul Tillich •••••••••••••••••••••• Dissertations sur la pensée de Tillich ••••••••••••••••••• Articles sur la pensée de Tillich ••••••••••••••••••••••••
310 314 314 314 314 .315 325 325 326 327
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UC - U1timate Concern: Tillich in Dialogue. Ed. par O. Mackenzie Brown. New Yorkl Harper anll Row, 1965.
wa
-
"'hat is Religion. Ed. par James Luther Adams. New York, Evanston and London: Harper and Row, 1969.UTRODUCTIOlf
Paul Tillich appartient • cette li8D6e de léants de la pensée qui, par la profondeur et l'enveraure de leur \ activité créatrice, ont laissé une aar-que indélébile sur tous ceux qui sont entrés en contact avec eux dans le but de voir un peu plus clair sur le sens de leur existence d'b.oIœes. Ce pou-voir créateur qui en a fait des pants n'est pa. sans exercer une certa1De fascination, un certain envoGteaent sur ceux qui veulent se laisser in.trui-re par eux. Cet envotltaent e s t ' la fois créateur et d ... in.trui-reux.
n
est créateur parce que sans lui il n'y a pas d'enrichiss_ent, 11 n'y a qu'i-dentité stérile avec 8Oi-... Mais il est d ... reux parce qu'on peut ou-blier de rOlipre le charlie, on peut ouou-blier de aevenir soi ... pour n'8tr. que l'oabre du pant qui DOUS fasciDe.La présente étude peut ttre considérée comme une tentative de briser l' .nchantement • Notr. intention n'est pas de jucer de la valeur de l' oeu-vre de Tillich • partir de crit~res qui lui sont étr&Dl8rs, que ces
crit~-1
res soient _pruntés • nerkelaard , • une conception particuli~re de
l'es-2 3
thétique ou l l'école de l'analyse du lanaace. . . . . si de telles études peuvent 'tre extr . . . . ent utiles pour révéler certaiu points faibles de la
4
pensée de notre aut.ur , elles sont incapables de donner une vision
d'ensea-1. Voir ICenneth IlailtOD, fte !Ysta and the Goseel. A Critique of Paul Til-lich, 1963.
2.
VOir
David B. l'el se, , The .abric of Paul Tillich's Theologl, 1967.3. Voir Willi_ L. Bowe, Reliens Bebols aDCl God, 1968.
4. Je aeDtioDDe ces trois étude. parce que ce IIOnt les plus stimulantes que J'ai rencontrées daDa .on étude de la pensée de Tillich. Blles a' ont rendu conscient de la faibles.. de la peDsée de Tillich sur deux points bien précis: sa conception du symbole (Iowe) et sa conception de
l'es-ble de cette peUH. 1Iai • • i noua voulon. éviter da. la .sure du pos.ible d'évaluer la pnaée de Tillich' partir de crUltre. qui ont .ux-. . . besoiD de ju.t1:ficat1oD, cela De veut pu d1re que DOU. utiUserou l'approche d. ceux qui De font que répéter plua 011 moiDs ce que Tillich a écrit en l'
or-5
C_i.ut d,QD8 aai.re quelque peu cüfférente. Ce ceDre d'étude., . . . i ellea uclueDt quelque. critique. sur de. poiDt. de détail ou . . . . de. pout. e.88Dtiel., SODt fiDel_Dt les lIOins .t1aulate. et, 'BOn avi., le. plua 1-nutUe., parce qU'elles De contribUeDt .D ri.n , UD8 .Uleure coapréhen.ion de la difficile pensée de DOtre auteur. Les quelque. critiques qu'elle. forauleDt sont la plupart du t.pa eapruntée. , UJl poiDt de vue extérieur, étr . . . . r • celui de Tillich . t ayant lui . . . beso:I.D de ju.tification. caa étude. présentent le . . . déficieDce. que le. étud.s précédutes ... en offrir la profondeur et la cohérence. UAe autre approche qui DOua _ble iD8Utfi.at. e.t d. choiair UD concept ceDtrel das la peué. d. Tillich . t d'utiliser ce CODC8pt ~ UD .0lvaDt UDiverael d .... lequel se di.sol-vent toute. le. difficulté.6• aae telle approche ne . . . ble pu av,,'ir ro.pu
thétique <_lsey). L"tUde de .... Uton _ pardt po . . r on De peut plu clunaent la question de l'ortllodoxie de .a cODception du christiani . . , - . . i l'utili.ation de a.er_aarcl COIIae aoclltle rend ce. résultat.
dé-pendata de la validité de la vi.ion k1erkeCaarclieDDe du cJariatiaDiae. 5. Je aui. porté' iDclure d . . a cette catécorie le livre d'A1exaDder
IIcKel-wa1, The az.t_atic T1IeolOil of Paul Tillich, (1964), celui de Geor,e Tavard, Paul Tillich and the Christi_ Mes.afr (1962), celui de J.
Hey-wood Thollas, Paul Tillich: aD ApPraisal (196~, celui de Carl Armbruater, The Vision of P.al Tillich (1967).
6. Il faut sirnaler en particulier ici, la dissertation de ArBo1d Wettstein, The Conce t of Partici ation iD Paul Ti11ich's Tho ht (1969). MI •• s'il orc_i.e UD .atériel d'Ulle t • crude richesse et d'une trlts crude
COII-plexité, cet ouvr . . . e.t insatisfaisut • plu~ieurs éCards. BD plus de
De fa1r. souvent que répéter en l'orcuisant différ . . . . nt ce que Tillich
a écrit, ce travail ne semble pas s'attaquer' UIle critique de certains points foDdamentaux de la pensée de Tillich qui, , la 1U11i.re
Ile. de
cet-te dissertation, apparaissent clairement comme déficients. Je .pense en particulier' sa conception du s,abo1e. D'apr •• wettst.ln, il estpossi-le chU'lpossi-le. Bous n'utlli&eroDa pu DOD plu cette approche qui consiste'
retracer les iDfluences qui ont pu jouer sur la peDS6e de Tillich, . . . . si
UDe telle approche peut av01l" 80D utilit67 •
liais si DOUS excluoDa toutes ces appl'Oches, quelles possibllit6s DOU
reste-t-il1 CoIœent pourroDa-DOUB contribUer l UDe . . illeure co.priheuion
de la peD86e de Tillich tout en bl"isaat le chane1 ec..nt CODatru1re une critique qui DOn Mul.ent De IUd.H pu • une •• illeure COIIpr6heDalon de sa peu6e m&1s aide l cette COIlpr6heDalon? BD aD IlOt, quelle 116thode adopter pour qU'UD8 . . illeure COIIpribeDslon devienne elle-"'e 11118 critique? Cette
derni're foDlUl.ation quelque peu paradoxale
II1IIPN
d6j. le pare cl' appro-che que DOUS co.ptou adopter. Ayaat constat6 le fait qu' 11 existe \IDela-cune dans les recherches SUI" l ' CMtUV1"8 de '1'1llich, l'absence cl' 6tudes qui consid'rent la pens" de Tillich d . . . BOn eu.ble8 , DOU tenteroDs de
COIl-bler cette lacune bien concnte en coDaid6rant l la feis &es oeuvzoes alle-BaDCles et DOn aeuleaent celles qu'il a 6crites une fois 6aJ.cr6 aux
Btats-ble de sar.DDnter les diffica1t6s de la conception tillich1eDDe de la par-ticipation
(l la nature,
l
l .... tre en 8Oi, au DOn-atre. etc, •• ) si l'on COIIpreDd le te~ "participation"co..e
s,abolique. Mais si le te~ "participation" est lui..-e syabolique. coaeDt Tillich peut-il l'uti-liser poUl" distiquer le syabole du sipe (par ex.ple dalle OP, p. 42)1 CoIIuDt peut-il 6viter l'arlUlMDtation circulaire d'expliquer le syabo-le par syabo-le s,.bOsyabo-le? Rous De trouvon8 . . . . pae UDe conscience de ce pro-bUtlle dans l '6tude de Wettstein.7. A titre d'exemple, on peut citer 1'6tude de Daniel O'Banlon intitulée The Influence of Schelltng on the Tbought of Paul Tillich et celle de Friedrich SoIImer, The Significance of the Late PhilOBOPh;y 011 Schelling for the Pbrmation and the Interpretation of the Tbought of Paul Tillich, 1960.
8. L'6tude de Joseph Scbaitz, Die apolocetische Theololie Paul Tillichs' constitue uue exception. liais elle se contente d'exposer la pensée de Tillich dans sed premiers 6crits sans chercber l désacer les interrela-tions qui existent entre le8 CODcepts fondamentaux et sans comparer sys-té.atiquement. sa pens6e dans ses premiers écrits et dans ses écrits pos-t6rieurs. C'est aussi le point faible de lfexcellent ouvrace de JlIIIles Luther Ad ... s, Paul Tillich's PhilosOphy of CUlture, Science and Rel1cion, (1965) •
UAis. liai. cela De pr6clse pas encore la .6thode que nous adopterons.
Cette .~tbode consi.tera • teDter de coapreDdre les principaux concepts
explicites le. relatioDs qui existeDt eDtre ces coDcepts. Nous esp6roDs
pouvoil' .ont l'el' qu'u portant atteDtioD aux d6veloppements de la peDS6e de
Tillich relativemeDt • ces coDcepts foDda.eataux, 11 est posslble d'acqu6-l'il' UDe Milleure couai.saDce de cette peDs6e difficile. Houa croyoDS
aus-si qu'une telle approche DOUS peraettra de fo~er des critiques concernant
des aspects vrat.ent centraux de la peDS6e de DOtre auteur, tout en DOUS ai-dant • recouattre la richease et la profOndeur de ses iDtuitioDa.
Deux raisons prlncipales DOUS .beDt • voir dans le cODcept de
reli-~10D l'axe Daturel autour duquel peut se coDstruil'e UIl8 enquête soucieuse
de consid6rer le d6veloppeaeDt de la peD.6e de Tlllich dans ses aspects les
plus foDd_ntaux. La preai.re est que le CODcept de reli~ioD se retrouve tout autant dans ses praiera 6crits que dans les demiers9 • La secoDde et
la plUS iIlportaDte eat qu'U est iapoasible de COIIpreDdre la POSltioD de
Tll1ich SUI' la reli~ion aaD8 entrer dans une interpr6tation de concepts
fon-9. VIl siaple re~ard ~ la blbliol!'aphie des oeuvres de Tilllch suffit , nous
CODVaiDcre que le concept de "rell~on" est au ceDtre de sa préoccupatioD dana . . s preaiers 6crits. Entre 1919 et 1925, oDrencontre des titres coaae "Mas8e UD4I Reli,loD", "Rel~i88e Kri8i8',
"zfIr
nllruas
der relil18-seD GruDclhaltUDCII, "GrGnliDleD des rellp888n Soziali . . us~ EiD systeaa-t18cher BDtwurf", "JucendbeWelUDl und Ralilion", IIDie reliliSse undphl-loaophische Weiterblllmc des Sozlaliaus
l l
, sans .entioDDer ceux qui
fe-ront l'Objet de DOtre analy . . daas le praDier chapitre de ce traval1.
Il est remarquable que la demi.re coDf6rence pl'ODODc6e par Tilllch
ait 6t6 elle aussi sur la relillon. Dan8 cette coDf6rence iDtitul6e "La s1pUlcation de l'histoire de la relilion pour le th60lol1en
.Y8tuati-que", Tillich seable . . . . envlaaser un troi8ia.. .y.tam& (apr~s le
81a"-. 81a"-. des sciences et la Th6010Ii • • 18t6aati3ue) qui aurait eu pour Objet
l.s rel~loDa du IIODde. ~iD, le terme rel ilion" n'apparalt pu seule-aeDt dan. les ouvr .... qui ODt la relilloD CQE88 objet (V.I. PR,
CBWa,
TC), .ais OD le retrouve 8ans ce8H dau la Th6010,1e sl8t_atique.d • • ntaux d • • a
peIlH.
COJae ceux cie a1pif1cat:l.oll, d·e.pr1"t,d'1acoJId1tioll-Û. d. IRIb.tllDce (Gehalt) . t d. fol'll8, de fonctiolla de 1· ... 1"t, cie cIâoll1a-que. d. sacré. de rcSv'lat10n, d'autonoai •• dih6"t~. de "t1l6onow1 •• d'at-t1tude. aacr_nte11 •• et theSocrat1ques, d. cul"t1ll'e, de ~ol, de s"""l., cie
philosoph1 •• d. th601QRi • • • tc... Ce. concepts fODd 1It..m _ n'trouvent partout dua la penH. d. 'H11ich,
ut.
c'.et dllll8 . . . ~ oeuvres qU'il .... et attacW cie la .aIli~re la plus syst6aat1que l l . s 6t1lllU.er . t • 1 •• relier au concept central d. relicion. Ce. oeuYrea dolYe11t cIoIIc taire l'obj.t d'ume attention tout. particu1i~re.81 DOUS pouvons DOUS' faire UDe i46e .... z prki_ de ce . . . T111ich avait • l'e.prit q1l8lUl 11 parlait de rel1pon dllll8 • • ~. 6cr1t., . t
ai.
c . -
DOUS chercherou • 1 • .ontrer. cette cc.pribe-.S_ pr6acappo.. UD8CODaiSSaIlce d •• traits fOlldaentaux de la
peu_
t~cJd_, lIOU8pour-rons ut11i • • ce que DOU aupour-rons "'couvert ca.. po:lDt de r6f'reDce pour
apprécier le. d'veloppea.Dts po.t'ri.urs de la pus. de . t r e auteur et
noua pourrons évaluer avec plus d. prici.ion l ' :lDfl--=e de • • oavr..,s de jeuness • • t de sa conception d. la rel1cion sur l.s alt1p1 •• ~acett.a d • • a pensée.
IIotre enqutte . . ra pid" par l'hypothltse suivante: la conception de la re11cion que Tillich a d'velopp'e pendant les années 1919-l925 se retrou-ve sous un aspect ou sous un autre dans tous les d'retrou-veloppelleDts post'rieurs de sa pensée et c'est elle qui dODDe • cette pensée toute 80D or1c1Dalité
et sa capacité 'tonnante d'1Dtécrer les intuitions le. plus diverses et les plUS contradictoires sur l'homme et sa destinée. La préseDte recherche vi-se soit l confirller cette hypoth'vi-se, soit ll'iDfu.er ou l i a nUlIDcer. EUe
syn-th'tique. Dans le p1'8llier taps, i l s'qira d'abord d'examiner les pruiers
'crits de Tillich pour voir ce qu'il nous r'va1e sur les traits fondamentaux de sa conception de la re1iSlon. Il faudra ensuite chercher' d'couvrir si 1e8 'crits postérieurs de notre auteur ajoutent quelque cho.. • ces traits fondamentaux ou s'ils les utilisent en leur donnant des applicatiODs. Dans un second temps, beaucoup plus bref, nous conclurons en pNsentant les principaux traits de la position de Tillich sur la rel1sion et en tentant une 'valuation critique de cette position.
LA
RBLIGIOlf
BT LBS OOXCBPTS FOlmAIIBN'l'AUX DE LA PEHSBB lm PAULTILLICH :
C'est en 1919, par une conférence intitulée "de l' idée d 'Ulle th~loeie
de la culture"10 que Paul Tillich a ina1JCU1'é une procluctiOll
philo80phique-théolopque qui devait se poursuivre d'une aaniare preaqu'iDinterroapue jusqu" sa aort en 1965. Pendurt O8S quarante-six umées d'une activité créatrice extre.eaent puissante, il a développé une visiOll qui cherche • faire éclater le. fronti~res entre la philosophie et la th~loeie sans nier l'UDe ou l' autre. 11 I l est évident qu
'-uœ
telle vision a eu de.prépara-tions et que ses deux dissertaprépara-tions
sur
Schell1Dc et Schleieraacher couti-tuent un li.u pr~viléeié pour une étude des influences principales qai ont acisur
Tillich. liais dans ces travaux, Tillich s'attache' exposer d'une.aDi~re critique le. poaitioDS des auteur. qu'il étudie et ce n'est qu,iD-direct • • nt qu'il expose
.a
propre position. ft cette position D'a pas le caractare s,stéllatique qu'elle a dmsse.
écrits d'apH. 1919. Aussi no-tre étude, qUi se pr~ccupe du développeaent interne de la pensée d.Til-lich plut8t que des influences qUi ont joué
sur
lui, peut se contenter de renvoyer aux études qui ont étudié cet aspect d'une aaniltre .ystéaatique.12BD plu. de sa conféreDce • la Société des Btude. kaDti8llDes (Kant
Ge-se1schaft) aur la th~loeie de la culture et de la conféreDce proDODcée eD 1920 devut la . . . . société et iDtitulée "La conqutte du concept de re1i-eion en philosophie de la re1ielon"13, Til1lch a publié trois autres
ou-vraces ol 11 a clarifié .a positioD fondUl8Dtale sur la re1ialon: il
a'a-I l " 14
eU d'abord du S,sta.. des SCi81108S Hlon les objets et le • • éthodes ,
10. Cet article a ' t ' tr.cluit f t aac1ais daDS le vo11D18 iDtitul': What i8
re-1illo~ élité en 1969 par Jaaes Luther Ad . . s, (PP. 155-181).
11. On peut rapprocher l'effort de syDtha . . de TilliCh de celui de B6pl.
Il. insiste lui-a'" sur la nécessité d'une telle syDthêse, aalpoé les dupr8 qu'elle reprisent., das lea pr . . i~res pace- d. sa "Belielons-philosophie" (GW l, pp. 298-299).
12. Voir: D. O'BaIllOD, ~ et P. Sommer, ~
13. GW l, pp. 365-388, TraductiOD aBe1aise dms
wa,
pp. 122-154.de "Eglise et culture"14a et de sa "Philosophie de la religion".14b C'est l la lumière de ces cinq écrits que nous chercherons à saisir ce qu'est la religion pour Tillich et la place qu'elle occupe parmi les autres concepts fondamentaux qU'il utilise.
1 - L'INCONDITIONNE
Dans ses premières oeuvres, Tillich définit la religion comme 1'0-rient at ion vers l ' Incondit ionné ("Richtung auf das Unb edingte ") 15 • D' au-tre part, la notion d'Inconditionné est centrale dans tous ses écrits et l travers cette notion que tous les autres concepts fondamentaux que nous devrons analyser se rattachent ~ la religion. D'où l'importance de
chercher à saisir ce que signifie cette notion dans la pensée tillichi-enne. Mais nous rencontrons ici un paradoxe que Tillich mentionne à plusiea- s reprises. 16 Ce paradoxe c'est que l'Inconditionné, parce qu'il
celles de l'auteur; elles ont été faites à partir des oeuvres anglaises pour la plupart. Mais comme System der Wissenschaften n'a pas encore été traduit en anglais, la traduction part directement de l'allemand. Nous n'utiliserons ici que la partie qui traite des principes fondamen-taux (GW l, pp.111-123) et celle qui étudie les sciences de l'esprit
(Geistewissenschaften)(GW l, pp. 210-293). l4a.IH, pp. 229-241.
l4b.GW l, pp. 277-364.
15. WR, p. 162; voir aussi GW l, p. 228: "La religion n'est pas une sphère de signification à cOté des autres mais une attitude dans toutes les sphères: l'orientation immédiate vers l'Inconditionné". Dans "Philoso-phie de la religion", il écrit encore: "La religion est l'orientation vers l'Inconditionné". WR, p. 59. Dans l'article: "Eglise et culture" pUblié en 1922, i l appelle la religion l'orientation de l'esprit vers le fondement et l'abysse de la signification, Dieu. (IH, p. 222). 16. WR, p. 138; voir aussi: GW l, p. 254. Pour Tillich, la métaphysique
(comme la religion:) veut saisir l'Inconditionné. Mais elle ne peut le faire que dans les formes du conditionné. C'est là son grand paradoxe. "Si l'on nomme symbole le concept utilisé dans un sens qui ne lui est pas propre, immédiat, il faut appeler symboles tous les concepts qu'u-tilise la métaphysique ••• " Voir aussi; WR, p. 170.
est iDcoDditiou', De peut clevenir un objet puai cl'autres clont, aD
pourrait se faire une repriseDtatioD.
n
est clODC 1DcoDDa1ssable ob-jectiveaeDt, AiDsi, 10rsqu'"oD parle cle la notiOD ou clu cODCept d'lD-coDCIitioDD6, OD utilise le lucaae cl'une manUtre paradoxale, syaboli-que. IDa) Les voies cl' .colts • l'lDcoDclitiou'
Si l'lDcoDclitiou' est inconna18sa.le objectivemeDt, 11 De s'eDsuit pas qu'il 'chappe coapl"temeDt • la conscieDce cle l'hœme. Tillich iDclique cleux points oh la saisie cle l'IDcoDditiou' est possible et . . . . iD6vitable: l'acte cle couattre et l'exipnce de la persoue
cl""tre recoDDUe c _ _ persoDDe. Il D. cl'veloppera que plus ~ard ce secoDcl poiDt oh f'IDcoDClitiou6 devieDt perceptible, tout en reCOD-Daissant l'1aportance cle c. oat' pratique cle la recoua1ssance cle
17. _, p. 69. Tillich coD.iclire la relicioD COIœ8 tnUleDt. cla. tout ••
le. foactiou cie la sip1:ficatioD, qu'elles soieDt th_riques ou prati-ques. L'appr6heDsioD unique_Dt th60rique cle l'lDcoDcliti0DD6 risquerait cl'eD faire un objet que la persoualit' pourrait mUlipuler et doDt elle pourrait clisposer. BD cODS6quence, 11 cesserait cl"tH l'lDCODditioDD'.
I l De peut carcler SOD pouvoir cl'-lDcODcl1tioDD6 que par le cet' pratique qui fait cie la recouaissuce cie l'1DconclitioDD811e_Dt per8011118l une enpDce persoDllelle 1DcoDditioDDelle. liais SIlD8 le cet' th601"ique, l' IDCODclit iou' clevi.Dt exipDce SaJl8 pri&eDce, il percl cloDC SOD pouvoir cl. foDder et cle tr . . ceDcler tout ce qui e.t r6el. Les cleux 'l_DtS, le th_rique et le pratique SODt D6cessaires • la sa18le vivate cl. la si-pificatioD 1DcoDditioDD6 qui coDstitue le fOnel"'Dt et l'abYS88 cle tou-te sicn1:fication.
DaDs "Be1ise et culture", Tillich soulieu ausi le cet' pratique cie
l'lDcoDditiou': "L'IncoDcl1tioDD6 apparalt COIIM ce qui D'lIdIIet pu cl' 8CCOIlp1i ... Dt coDditiaané dlUlS ses cOllllaDcleMUts, COJae ce qui est
capable cle d'truin toute per80DDalit6 ou tout. comnmaut' qui cherche • fuir l'enpDce iDCODditioDD4e" (IB, p. 224).
l'lDcoDClitloDllé.17 Chercher' sal.lr l'lDcoDClltloDD6 UD1quaaent • partir cie liacte cie coDllaitre, c'e" toaber dlllUl l'~t.ll.ctuall. _, c'est l'_Del' l'1acolldlti~ • ce qu'll n'e" pa.: le
.-oDCll-tloDM '1111 . . ul peut dev_iI" "obJet" de l'iacte copltif. Tillich est donc conscient, dlts ses premiltres oeuvres, de la n'cessité de trouver un point d'appui pour sa conception de l'Inconditionœ DOn seulement dans le dOJIaiDe théorique mais aussi dans le domaine pra-tique. Mais dans les oeuvres qui DOUS préoccupent pour le IlOment,
i l n'examine d'une mani're détaillée que le cSté théorique de
l'en-racinement de l'Inconditionné dans l'expérience huaaine.
C'est dans son art icle "La conquête du concept de reU.lion en philosophie de la rel ilion" que Tillich est le plus explicite sur la façon dont l'exp6rience de l'Inconditionné s'enracine dans l '
80-te copltif. Dans cet article, Tillich cherche' IlOntrer cQllJllent la conception de la rel ilion qu'il propose, la relilion comme orien-tation vers l'Inconditionné, permet de surmonter les conflits que fait surlir, en philosophie de la religion, l'utilisation m'me du concept de relilion. L'un de ces conflits concerne la certitude que le soi a de lui ... e et]a. fait que cette certitude est 1JIlpuis-sante' fonder la certitude qu'U a de Dieu. Mais lorsqu'on inter-prltte la rel ilion COllUlle l'orientation vers l'Inconditionné, ce n"'est
18. h ••• il faut faire une distinction de principe entre la signification
d'"affirmations sur l'Inconditionné et celle d'affirllations sur Itle COndi-tionné. liais puisque tout éDOncé est COllUDe tel exprlllé BOUS le mode
SUjet/Objet, et donc dans les formes du conditionné, les éDOncés sur l'Inconditionné doivent, bien sOr, utiliser ces formes. Mais cela doit se faire de Ilaniare • ce qu'il devienne évident qu'ils sont inadéquats, i.e., 11s doivent avoir la forme du paradoxe s,st_atique" WB, p. 138. Hous reviendrons plus loin sur ce point, lors de notre discussion de la conception tilllchienne du s,abole.
pas le soi qui fonde la certitude de l'lnconditionn6, IIUS c'est
l'inverse:
"~and on dit que le soi susit en lui-aime l'lnconditionn6
" COJ1J118 la base de sa propre certitude, l'opposition du sujet
"et de l'objet est contenue dans la forae " ' e de cette af--"finaation. liais la substance ("Gehalt") de cette affi1'llla-"tion s,'oppose directesent l cette situation car l,'lncondi-"tionn6 n'est ni sujet Di objet, liais 11 est plutGt la pr6-"supposition de toute antitYse possible de sujet et d'objet. "Pour cette raison, la saisie de l'lncoDditionn6 est antéri-"eure • tout jusemeDt th60riquei et dans sa fondation COIIII8
"dans ses coDs6quences, elle est ind6peDdante de toute certi-"tude théorique. Il est iDdiff'rent que l'1DteDtioD de l'es-"prit soit reliSieuse ou irrélisieuse, puisque l'lDcondition-"n6 est c.rtaiDel8nt le foDdeaent qui supporte tout jusement "th60rique et qu'il peut etre une pr'suPpo8itioD absolue mais "j_ai. un Objet de tbéorie. S'11 devient n'aDIlOiDs un objet "- et il le doit si on veut dire quelque chose de lui - l'af-"firaat:IDn qui suit a certainesent une fo1'lll8 paradoxale: la "certitude de Dieu est la certitude de l'lDcoDditionn' conte-"nue dans la certitude que l ,'eco a de lui-_e et fondant "cette certitude. De cette _aniltre, la certitude de Dieu est "compllttement ind6pendante de toute autre certitude i elle ne "pr6suppose aucune autre certitude. Le soi et la rel1lion "sont tous deux sUbordonn's • l' lDconditionn'. C'est pourquoi
"11
ne
peut y avoir aucune certitude dans laquelle la certitu-"de de Dieu ne soit pas :lmplic:it . . ent pr6sente." 19AiDsi, d'apHs Tillich, toute certitude se fonde ultillelll8nt sur
1 a cert itude de l' lDcondit iom'. Il sou! ilDe qu' 11 est possible de faire l'exp6rience de la certitude sans reconnaltre explicitement ce fondement 1Dcondit ionn' de toute certitude. liais . . . . quand cette
certitude n'est pas intentionnellement pr6sente, elle l'est sUbstan-tiellemeDt20 • Il est donc clair qU'OD De peut trouver
l'lDconditi-onn' au terme d'une dnarcbe purement sp6culative si on n'avait pas d6jl 't6 "saisi"2l par lui
au
point de d'part:19. ft, p. 139.
20. U, pp. 138-139. Pour une discussion de la siIDification de "sUb8tan-tiellement" ("SUbatanziell"), voir ci-dessous, p. 43, note 73. 21. "Seule la perc'e ou l'irruption du fondelll8nt implicitement pr'sent
22. 23 • 24.
25.
"La relisioD e8t coD8cieDte du fait qu'aucUDe iDdicatioD t~ "rique du fODd"Dt d. tout. th~rie De Plut reDdre l'lDcoDdi-"tioaaé vivant daaa la CODsci.DC.. Car la th~ri. fait d. 22 "l'lDcoaditi0DD6 ua objet, précis6DeDt ce qu'il D'e8t pas". AiDsl dODC, la 8ai81. de l'lDcoDditioDDé dU8 1. doIla1De thé-oriqu. présuppose 1. dép ... Dt (aais DOD la d.8tructloD)23 d. la
24
8tructur. suj.t/obj.t. Cet .ffort pour dépuser la structure 8U-j.t/obj.t, effort qu'il poursUivra de façOD cODStllDte 'tout au 10"
de SOD oeuvre, téaol&De l la fols de sa cODceptioD de l' lDcoDdltl-oDDé et de SOD soucl de l'lDcoDditioDDé. Ua des poiDt8 d'appllca-
:.
tioa d. cet effort est 8a recherche d'une .éthode qUi 801t adap-tée l la saisi. de l'lDcoDditloDDé. BoU8 DOua '1 arrOt.roas plus 101a. Il suffit de DOt.r pour le .o . . . t que Tillich s'est expliqué 8ur ce polDt d . . . l'artlcle que DOUS veDODS d'ex_mer 8OU8 l' 8I1&1e de l'earaciDeaeat th~rique de l'lDcoDd!tioDDé.Le 8ecoDd eadroit 0' Tillich ex_iDe le poiDt de départ de DO-tre saisie de l'lDcoDdltioDDé dau le dœaine th60rique e8t dau
dus toute CODscieDce de soi • travers les formes autoao . . s de la coDScleDce peut ll~rer quelqu'"un de la fulte "coapul8ive" de Dieu. La rel1&loD appelle cette percée
"&race".
lIB, p. 140.La slp1flcatloD de cette irruptl0D du foDCleaeDt divlD daDS la coDscieace sera ex_iDée lors de DOtre discussioa du coDcept de ré-vélation.
lIB, p. 140.
Tillich cherche l IlODtrer que sa positiOD D'est pas irratioDDelle • ais "aétal.ocique". Voir ci-dessous, p.130. et suivantes.
"D'autre part, f'lDcoDditioaaé est au-clell du 8Ujet et de l'objet. C'est seul_eDt lorsqu'ou eDteDd le soi co.e le .édia de l"appré-heDsioD de l'"lDcoDd:lt:loDDé qu'il part icipe l 1 a cert itude iDCODdi-tioDDée - que cela s'expr:llle eD terme8 de vle ab801ue (Aupst1D) ou de fom. ab8Olu. (Descart.s). liais l 'lDCODd1tioDDé .st toUjours ce qUi foura1t
ua
fomaeDt et 1. soi est BOD .édiUll et ce qui est fon-dé. Llo' ce niest pas le cas, I I 0' le soi se reDd iDdépeDciaDt, la relisioD, il est vrai, fait SOD apparitioD; _ai8 eD perdant Dieu, le soise
perd ultiae . . Dt lui-m8me" • • , p. 125.Tillich expriae déjl ici la positioD épisté80locique qu'il forau-lera .n 1946 daDS 80D article: "Les deux types de philosophies de la rel:ll1on" (TC pp. 10-29).
Le m&thode""m&talogiqUe" qu'U appelle méthode "intuitive-critique" dans son article sur la conquête du concept de relicion en philoso-phie de la reliCion.
sa "Philosophie de la rel1&ion" sous l'en-tete "La dimension rel1gi-euse dans les diverses fonctions de la sipification". Mais alors que le premier article que DOUS avons consid'r' ne contenait pas de teZ'll8s techniques, saut celui de "substance" (nGehaltn) et, bien sOr, d'IncoDditionn', nous rencontrons ici des tenaes comme sign1ti-cation, esprit, fonctions, pens~, 'tre. Ces teraes ont une sisni-fication bien pr'cise, d'tena~e par les positions systématiques développ'es dans le !ysta.. des sciences. Nous tenterons plus loin de préciser la sip1tication de ces tel'lles. Pour le moment, nous ne les utiliaerons que dans la mesure oà ils jettent quelque lumi~re sur le problse du point d'attache de l'Inconditionné dans la cons-cience humaine.
Dms la lipe de la tradition idéaliste, Tillich déc~le dans l'acte de connaissance une tension entre la pensée
(DeDken~et
l'e-tre("!!!!").
D'apNs lui, cette tension est irr4Sductible et c'est elle qui rend possible la connaissance. D'autre part, 11 conCJ01.t l"tre comme poss'dant une profondeur et une 1Dfinit' telle que si l'esprit s'oriente vers lui plut8t que ver. le. foraes de la pens'e, il parvient jusqu'. l'IncoDd1tionné, il est reli~ieux. Ce caract~re incondit:lonn' de lettre H distiacue du caract~re infini de la solf de connattre de la pens'ej U est .he le foDdeaent et l'abysse de ce dernier. Ce pusII&e tHs 'cla1rant sur la relation tr~s étroite qui existe entre les concepts fODd . . entaux de la pens4Se de Tillich et la notion d'lnconditioDD4S vaut d'etre cité· en entier:"Tout acte de connaissance coaporte le processus cognitif et ce "qui est connu, l'orientation qui accOliplit la sip1fication et "le mat'riel de l'acCOllplls8ellent de la sip1ticatlon - la
R.!,!-"sée et l'être. Dans l'acte de connaissance, les deux sont
u-,.,.-..:--nis, dissimulant une tension interne infinie, une tension qui
-"demeure irrésolue même dans l'acte de connaissance qui a at-"teint son achèvement. La pensée vise h devenir une avec l' ê-Ittre. Mais elle ne peut jamais absorber l'être en elle-même. "Autrement, la pensée deviendrait vide et sans signification. "Elle cioit reconnattre la transcendance infinie de tout être "sur toute pensée •. La réalité de toute prétention cognitive "repose précisément dans cette transcendance de l'être en face "de la pensée. Sans cette transcendance, l'être pourrait être IIdissout dans la pensée. En même temps, la transcendance de "l'être s'exprime dans l'exigence infinie contenue dans tout lIacte de pensée, l'exigence d'établir la vérité, i.e., d'être "un membre nécessaire dans la totalité des prétentions logiques
"h travers lesquelles la pensée saisit l'être. Nous trouvons
"donc dans toute attitude particuli~re de. l'acte de connaissance, "d'un cOté, la conscience de la réalité infinie de tout être IIqui , dans Sa tension avec la pensée, fournit un fondement h ilIa pensée, et d'autre part, l'exigence d'une connaissance uni-IIverselle de l'être, une exigence de dépasser le particulier, "l'individu. I l est maintenant possible pour l'esprit de s'o-IIrienter soit vers l'infinité des prétentions particuli~res de "la connaissance ou vers leur unité réalisée, soit vers l'être lIinconditionné qui est le fondement de toute réalité particuli-"ère et qui, pourtant, transcende tout particulier. La premi-11ère orientation est culturelle, la seconde est religieuse."
"Dans la sph~re de la connaissance, la culture est l'orien-"t ation vers les fOl1lles conditionnées d'existence et vers l' u-Unité de ces formes. La religion dans la sph'?:re de la connais-"sance est l'orientation vers ce qui existe inconditionnelle-"ment comme le fondement et l'abysse de toute prétention cogni-IItive particulière et de l'unité de ces prétentions".26
Nous sommes ici au coeur de la vision de Tillich. En plus de situer l'Inconditionné par rapport aux concepts fondamentaux d'es-prit, d'être, de pensée, de signification, Tillich révèle ici le ni-veau le plus profond de sa conception de la relation de la religion et de la culture. La religion est l'orientation de l'esprit vers l'@tre inconditionné, vers la substance ("Gehalt ") de la significa-tion. La culture est l'orientation vers les formes conditionnées et vers leur unité. La distinction forme/SUbstance qui joue un si grand r6le dans sa pensée pour déterminer les relations de la religion et
de la culture n'est pas f01'llulée expliciteaent, liais elle est :lapli-cite. 11 en est de m8ae de la distinction entre attitude autoDOa8 et attitude théonoae qui découle de cette distinction. Enfin la distinction três importante entre l'Inconditionné comme fondement et l'Inconditionné coame abysse est ment10nnée dans ce pass~e. Ainsi donc, nous ne trouvons pas seulement ici des indications précieuses sur la façon dont Tillich conçoit la saisie de l'Inconditionné dans le domaine théorique liais aussi une invitation , pénétrer plus avant dans le systame étroiteaent relié des concepts fondamentaux qui se rattachent' la notion d'Inconditionné. Ce n'est que par une analy-se de ces concepts fondamentaux qu'·U est possible de analy-se faire une idée préCise de ce qu'est l'Inconditionné pour Tillich. Mais avant de DOUS en~aser dans cette analyse, il sera utile de décager d'une maniêre préliminaire certains traits de la notiond'InconditioDDé.
b)La nature de l'Inconditionné
Ce que nous avons dit jusqu'ici sur le caractêre paradoxal, sya-bolique de toute affirmation sur l'Inconditionné et sur la façon dont l'homme peut en reconnattre la réalité suffit sans doute' nous en faire soupçonner la nature bien particuliêre. COIIlIIe nous l' avoDS
déjl constaté, il est difficile au point oh DOUS en sommes, d'utili-ser sa "Philosophie de la re1icion" pour avoir une idée plus précise de ce qu'U a en tête quand 11 parle de l'Inconditionné car cet
ar-ticle présuppose la connaissance d'un systême complexe de concepts systématiques que noua n'avons pas encore pu examiner dans le détaU.
CepeDelant, il pourrait etre tn. ut ile d' ex_il1er quelque peu le contenu de sa c0Df6rence .ur la conquete du concept de religion en philosophie de la relision.27 Dans cet article, il utili.e sy.t4S-.atiq\l8llent la notion d'IncoDditioDD6 pour solutioDDer quatre
pro-bl~es dont il attribue l'oriS1De • l'utilisation .... du concept de relicion. Ces probl .... sont:
-Le soi: la certitude qu'il a de lui ... De peut foDeler celle
qu'il a de Dieu.
-La rial.it6 de Dieu: :1.1 est 1Ilpossible de fonder la r6al.it6 de
Dieu sur la r6al.lt6 du .onde.
-La relation de la reliCion et de la cUlture: la religion n'e.t pas
une
fonction culturelle parai dtautres.-La relation de la relilion et de la r6rilatlon. La r6rilation n'est pas seul_ent l'hl.toire de la re11clon: elle a en elle
un 6l6aent absolu.
D'apns Tillich, ces probl~es sont 1D6vitables quand on utl-lise le concept de reliclon et la relillon vivante 6l.ve une protes-tatlon coDtre cette utill.ation qu'elle perçoit co . . . destructrice de la vraie relll10n.
Tilllch crolt qu'lI est posslble d'accepter cette protestation justifiée san. abandoDDer le concept de rellcion. I l oppose' la
n 10Cique du coDcept de re11cion la 10cique de l'IncoDditioDD6. I l n "
Et la logique de l'IDconditioDD6 est telle que la certitude et la ridit6 de Dieu ne se fonde pas sur la certitude du 801 et sur la
r'alité du .oDde aa1a qa'elles .ont ant'rieures • toute certitude et • toute r6alit6. La certitude d. Dieu est la certitude de l' In-COIUl1t1oDDé, foDd.lat et abysse de toute certitude. La r6alité de Dieu est la r6alité de l'IacoDditiODll6, fODdeMnt et abysse de tou-te réalité.
De'"
la nl,iClon n'est pas une fonction plll'lli d'au-tres aais elle • • la fonction de l'lDcoDditlo.œ qui fait irrup-tion • travers tout •• 1 •• foncirrup-tions de l'esprit et De s'appellefonction qu'en verta d'Ull pulldoxe. Enfin, la Hvélation est l'ir-ruption de l'IacoPdltiollDé daDa son 1DcoDditioDDalité et DOD
seule-. seule-. nt un ltrodait cie la vie auto_ de l'esprit hUllaiD.
Bous avou ~. ftadié quelque peu en d'ta1l la loCique de l ' 1Il-coDditioDD6 eD ce qui a trait • la certitude de Dieu daDa notre en-qulte sur le po1Dt d'att.cbe de l'lDcoDditioDD' daDa la CODscience hUlla1D.e. 81 DOU voalioDa DOU eq-cer ilwliSdiat~t dans l'.'tude
de cette lOC:lque daDa le. trois autres doaaines, DOUS rencontreriolllJ les . . . pl'Obl"s q1I8 lIOD8 avou rencontrés das notre praÜre
enqulte. Dl. étude cie la relation de l'lDcoDditionœ • la r'alité de Dieu présuppo . . UDe CODDa18Sance de ~a conception du symbole. Une 'tude de la relation de la religion' l'Inconditionné présuppo-se une connaissance de ce qu'il entend par "fonct ion I f . EDf in, une
étude de la relation de l'lDconditionné • la r'vélation pr'suppose une connaissance de la signification bien particuli~re que Tillich attribue' ce concept. Enfin, une compréhension de la signification de chacun de ces concepts présuppose que l'on soit capable de les situer dans l'enseable systématique des concep~s fondamentaux qui constituent la tra.e de fond de la pensée de Tillich.
Il semble donc qu'il soit futile de tenter de saisir directe-ment la pens~e de Tillich sur l'InconditiODné sans passer par le
d~tour d'une ~tude des concepts fondamentaux qu'il utilise. Le
ca-ract~re systématique de sa pensée exclut une telle approche. Ce-pendant, il est devenu apparent que cetto notion est au coeur de sa pens~e et qu'elle est tr's inttme.ent re1i~e • des concepts coa-me esprit, être, pensée, sisn1f icat ion, forcoa-me, substance, abysse, fondement, démoniaque, sacr~, r~vé1ation, foi, autonomie,
hét~rono-aie, théonohét~rono-aie, attitude sacramentelle, attitude th~cratique, sym-bole, fonction, art, philosophie, m~taphysique, a~thode, etc •••
Comme,
d'autre part, ~i11ich définit la re1i~ion coame l'orientationvers l'Inconditionné, une ~tud_ sérieuse de sa conception de la
re-1igion ne peut éviter un examen de ces concepts fondamentaux et de la place qu'ils occupent dans sa pens~.
II- L' BSPRIT
Apr~s avoir déterminé d'une mani~re préliminaire la relation entre la
re1i~ion et la culture' l'aide de la distinction de forme et de sUbs-28
tance ("Gehalt") et avoir réinterprété le concept de religion l l'ai-29
de de la notion d'Inconditionné, Tillich voulut donner l sa pens~
une forme plus systématique; il fit appel aux concepts d'esprit et de sisn1f1cation. C'est dans son Slst~ des sciences selon les ObJets
28. Dans son article: "De l'idé_ d'une th~logie de la culture", WB, pp. 155-181.
29. Dans son article:
"La
conquête du concept de religion en philosophie de la re1i~ion". WR, pp. 122-154.et les ~éthodes30 qu'il développa ces CODceptS. DaDs "Helise et cul tu-ra"3l et daDS sa "PhllolOphie de la religioD", U appliqua ces cODcepts , la relicioD. I l faut dODC aller au S,st_ des sciences pour savoir coalleDt Tillich a été . . eDé , développer ces coacepts et pour DOUS fat-re une id" exacte de leur sipiflcatioD et du rale qu'Us joueDt d8D8 sa peDSée. I l DOUS sera cependaDt illpossible d'eutrer daDS les probl~ mes coaplexes que pose ce syst&ae dODt la difficulté a fait reculer plus d'un critique.32
a) PeDSée, être et esprit
L'Objectif que poursuit Tlllich dans cet oeuvre iIIpressioDDaDte est de préciser la place relative qU'OCCupeDt les différeDtes scieDces daDS l'eDseable de la CORDaiSSaDce hUItaine. SelOD lui, eD effet, toute scieDce est "au service de la vérité et elle s'atrophie quand
'IL .. 33 é
elle perd de vue SOD apparteDance • l'eDseable. L' tude du savoir lui fournit les él'-eDts fODdaaeDtaux de
son
systa.&. NOus aVODSdé-Jl parlé des deux premiers élémeDts dans DOtre étude du poiDt
d'atta-che théorique de l 'lDcoDdit10DDé dans la CoDScteDce huaa1De; ce SODt la pensée ("neDkeD") et l"tre ("SeiD").34-
AD
prea1er éléaeDt, il 30. Das st_ der ftsseDschafteD Dach Ge DstlïideD un . . thodeD. BiDBat-wurf. ttiDpa: VaDderhoeck et Buprecht. 1923. 167 pp. Cette oeu-V;;-D'a pas eDcore été traduite. NOus utUiseroD. la rééditioD
allemaD-de coDteDue dans
o.,
l,
pp. 111-293.31.
lB,
pp. 219-241.Cet
article est paru eD 1924.32. Voir: " _ s Luther Ad ... , Paul Tillich's Ph1losophJ of CUlture, ScieDce and blilioD (Hew York: Harper and Row. 1965).
33. GW l, p. 111. 34. Gr l, pp. 120-121.
rattache l.s scienc •• for_Il •• ou 10Ciques (la lOCique . t 1 ••• at~
.atiques) et au .ecoDd 'l'_Dt, 11 rattach. 1 •• sci.nce . . . pirique. qu'il .ubdivise en trois croupes: le. sci.nces des 10i8 (physiqu., chiBle ••• ), 1 •• sciences des Gestalt (bioloCi., p.ycbolocie, 8Oc1o-locie ... ) .t les scieDC.s de • • 'ries ("Pole") (histoir., IIDthropo-loci., philoloCi •••• ). Le troisi~. 'l'aeDt du .avoir, l's.prit,
est, en quelque sorte, la .yDth'.e des deux autres. L'ssprit est "la pens6e coaae ph'D _ _ , Co.II8 'tre parai d'autre. 'tre.". 35 A
ce troi.i~. 'l6aeDt se rattachent le. sci.nces que Tillich appelle "science. de l' •• prit" (Gei.te8Wis •• n8chaften)36 • I l est
:l.apossi-bl. d. r ... er l.s .cience. de l' •• prit aux sciences de l'Otre
(l
la psycholocie par exemple) car la pensée, quand elle se prend elle-m'me pour objet, "ne fait pas que se recarder comme elle recarde un autre être, mais elle se détermine en mOme temps elle-même. La pen-sée n'est pas ~tr~~re l son existence comme elle l'est l l'exis-tence d'une pierre ou d'une loi d'optique."37 De m'me, il est er-ronné de clas~!fier les sciences de l'esprit avec les sciences for-melles, parce que tout acte de l'esprit n'est pas seulement la réa-lisation d'une forme 10Ciquei il est "la création d'une unité entre la forme et un donné étrancer, irrationnel."38 En un mot, les sci-ences de l'esprit constituent un croupe particulier de scisci-ences parce
35. GW l, p. 121.
36. Nous traduisons "Geistewissenschaften" par "sciences de l'esprit" et non p .. par "sciences culturelles" COIlllll8 le fait J.L. Adaas dans B. Notre
d'ciBion s'appu.e sur la distinction fonaelle 'tablie par Tillich entre "Histoire de l'esprit" ("Geistes,eschichte") et "Histoire de la culture" ("Kulturgeschichte"). GW l, p. 239.
37. GW l, p. 121. 38. Ibid.
que l'esprit constitue lUi-. . . . une r'alit' particuli.re qui n'est réductible ni • la pensée ni • l'ttre, qui n'est ni uae pure forae 10lique Di un pur donn' empirique. Mais qu'est cette réalité?
Tillich DOUS l'avons vu, définit l'esprit par sa d'penduce • l"lard de l'etre et de la pens'e:
"
"L'esprit est l'auto-déteraiDation de la pensée dans l'ttre. "L'essence de l'esprit, sa teuion iDtille, son caractare
dJl1a-tt.
ique se rattachent • l'opposition iDfinie de la pensée et de "l'ttre •••• L'esprit est la for . . de la penaée existante .. (Geist ist fora des . . ienden Denkens)tt.
39Mais 11 De se contente pas de oes défiDitiona. 11 cherche • décrire d'uae .aniare plus concr.te ce qu'est l'esprit. Cette des-cription tourne autour de deux catéaories fond . . . ntales; la liberté et la créativité.
b) Bsprit et liberté
La liberté est liée' la capacité de percevoir l'appel de la validité. Sans cette capacité, il n'y a pas de libertf, il n'y a pas d'esprit:
"Dans la Gestalt porteuse de l'esprit, cependant, la pensée
""i~ache l son caract.re conditionné, ilulédiat; elle con-"fronte toutes les fomes de l 'ttre au caractare inconditiOD-"n' de son exipnce, elle coDfronte l"tre avec la validité. "L'"actualisation de l'esprit présuppose donc la libération "d'ua 'tant (Se1enden) par rapport au lien t.a6diat • sa for-"ae finie. La pr6supposit:IDn de l'esprit est la liberté. L'e-"xilence incoDditioDll'e De peut exister que pour la Gestalt "individuelle libre; la validit' ne peut s'actualiser que sur "le sol de la llbert'''. 40
31. GW 1, P. 210.
La liberté d'UD8 o..talt spirituelle consi8te donc daDS sa
ca-pacit6 d. d6p .... r .a forae illa6diat., fini. pour actualiser quelque choae qui d'p.... cette fome par son caractêre iDcoDditioDDé ~ la validiteS. Cett. capaciteS coDfêre • l'esprit son iDdeSpeDdaDce par rapport au psycholoCique et au socioloCique,
"C'est ici q . . . e .itue la frontiare ab80l\lll8nt claire et pH-"ci.. entre le .pirituel et 1. p.ychique et le sociolocique. "L'esprit est d'abord prisent l '
0'
d.s o.stalt individuelles qui, COIIM t.ll.s, 80Ilt SCllaiaes , leurs lois structurale.,"saisi . . . nt de. validiteS. qui De 80nt 8GWI1ses qu'" la loi d.
"la s1p1ficatl.on. C'·e.t pourquoi tout acte spirituel est UDe
"perceSe • trav.rs le. front iêres de l" :I.Iœ6cliat . . . nt structural;
"u
e.t UDe perc" _ai. IIODwae
de.truction. BD effet, 11 ap-"partieDt , l' . . . . nce de la Gestalt porteu . . de l'eaprit d'ac-"tualiaer quelque cho . . qui De provient pas d'elle: levali-"de".40a
BD vertu de sa liberteS, l'.sprit po.sêde donc la capacit6 de
s'él.ver au-dessus de . . . propres loi. structural •• SIUlS se
d6trui-r. COIIœ structure. C'est cette capaciteS qui lui dODDe son
iDd6pen-dance par rapport au d_a1ne eapirique de l'etre
0'
évoluent la ps,.. choloCie et la sociolocie. CependaDt, cette iDdépendaDC8 par rapportau
doDDcS eapirique par la saisie de la validit6 . . sip1fie pu que l' •• pri t appartient au dom aiDe des sciences fOJ.'llelles:"Les scienc.s de la pensée s'occupent aussi de ce qui est Vali-"de.. leur. 'fomatiou' (Geb:l.lde) et leurs principes expr:l.llent "la for. eSterDelle . . nt valide de la peUH pure qui se repose "en elle-... Cela n'est pas encore l'esprit, puisque . . . . la "saisie de la validit' par l'esprit est activité spirituelle. "L'esprit est présent l ' seul_ent
0'
l' exipnce iDconditioDDée ~'.streçue
dans l"tre. C"est cette solidarité de l'esprit et "de l "tre qui 'chappe au fOl'llali . . , tout coaae la libert' de"l'esprit par rapport' l"tre échappe au p.ycholo,ique."40b
La liberté est donc cette capacit6 de saisir l'exigence
incon-4Oa. GW l, pp. 210, 211. 40b. GW l, p. 211.
ditioDD~e de la validit~ non pas d'une .ani~re abstraite et foraa-liste, mais en tenant compte du fait que l'esprit est essentielle-ment li~ , l"tre sans toutefois Gtre li~ aux lois structurales du do.aine empirique. Parce qu'il est libre, l'esprit transcende le do.aine de l'être, le domaine de l'empirique, mais il est li~ , ce dOliaine d' une Ilani~re telle qu '11 ne peut appartenir au domaine de la 10&ique formelle. Il constitue donc une réalit~ irr~ductible , aucune autre r~alit~.
c) Esprit et cr~ativit~
La seconde cat~80rie qui nous permet de donner un contenu plus concret au concept d'esprit est celle de cr~ativit~. La cr~ativité
est "position" ("aetzunf")4l. Elle n'est pas une position
d~rivH
par laquelle on d~duit, on explique ou on réduit une chose .. une au-tre. Comme l'esprit lui-même, la cr~ativité comporte deux éléments: un élément d'être et un ~l~aent de pens~e. Par l'élément d'.tre, lacr~ation devient position, ori~ine1le; par l'él~ment de pens~e,
el-"En
effet, l'être est le principe de la position originelle,tldu vrai 1nconditionD~. et la pensée est le principe de la
for-lime, de la validit~ 1nconditionn~e. "42
Notons en passant l'apparition de l'Inconditionné" un double niveau: celui de la forme (la pens~e) et celui de la substance (l't-tre). Nous discuterons plus loin, lors de notre analyse de la
dis-41. GW l, p. 212. 42. Ibid.
tinction forme/sUbstance, la relation que Tillich établit entre cette double apparition de l'Inconditionné. Il nous suffit pour le
.,.nt
de reaarquer l'a.niprésence de cette notion.Une conséquence de III présence dan. toute création d'un éléaent d"tre et d'un élé_nt de pensée est que toute création el!lt une sya-th~se d'individuel et de ,énéral. "La création est la réalisation iDdividuelle du "néral" .43 AiDsi, c'est d . . . la "Gestalt" porteuse de l'esprit, dans cette structure o~ la synth~se de l'iDdividuel et du ,énéral, de l'etre et de la pensée, atteint son e~ression la plus parfaite que l'on trouve la créativité au sens propre. Cela s'expr1lle d'une .ani~re 8yabolique dans la reliCion qui cons1d.re la créativité de l'homme ca..e la révélation principale de l'abysse d. l'Inconditionné.'"
Cependant, l'esprit et la créativité n'.istent que si l'on Car-de en " ' e tUlpS l'élaent iDdlviduel et l'élaent général. Si l'on iDsiste sur le ceté cénéral, formel, on aboutit" un idéaliae vide .. qui il Blanque la densité et la profondeur de l"tre. Si, d'autre part, on iDsiste 8ur l'éléllent individuel, part iculier .. l'exclusion de l'éléaent Cénéal, co_ le fait le prapatiae, on toJlbe dans un arbitraire qui n'est rien d'autre qu'une néce •• ité biolocique ou psy-choloCique, la nécessité des lois structurales. Dans les deux cas,
43. QI l, p. 212.
44. "C'est ce qu'exprime la syllbolique relieleuse quaDd elle fait participer l' ho_ .. la pU1asance créatrice or1ciDelle de Dieu et lorsqu·' elle a_Del l' 8CCOIIplisseaent de l'oeuvre de Dieu .. travers l'oeuvre de l'hoIœe. Dans les créations spirituelle. de l'hOllme, l'abysse de l'IDconditbDné se rêvale plus profond_nt que dans le. structures toujours liées .. des lois d. l'ttre tmaédiat (des uaaittelbaren dasein8) GI, PP. 212-213.
45.
46.
47.
il D'y a pu de criativit' v'ritab1e, pas de 1ibert', pu d'e.prit: "0. D'est pu l '
0'
le "D'ral . . coll8truit dau le particulier "qu'il y ame
v'ritab1e 1ibert' et UDe criatiOllau
HU propre." ••• LiUDit' de l'1IateDtion du pnwal et de la rialiaation das "le particulier, cela et cela .eul est cr'ation et e.prit." 45
Si la criativit' nppo . . f'UDit' du s'D6ral et du particulier, c'e. dire qu'elle a UDe 1iaite de priDCipe. Blle ne peut aller au-del' du " . r a l sus t_ber da. l'arbitra1n. Cela n'~che pu que l·e.prit soit 1Ia4p1l1sable dus .a cr'ativité. Il participe
au caractare iD6p1l1.able de l·'tre. I l n'y a pu de cr'ation 1Ddi-viduel1e de l'e.prit daDa laquelle l'esprit .-rait épui.é. Au plaD de. pr:lDcipes, donc, "l'acte spirituel De CODllatt qu'UJ18 froDtUtre, la fOrM 1JacoDditiOllMe, la validit'". 46 Cela De veut pu dire que la Gestalt 1Dd1v1duel1e ou 80Ciale De p1l1s . . pu voir .a capacit'
siip1l1 . . r. L'hoIœe et la structure 80ciale "nt liait'. du. leur pouvoir "'ateur par le destin de l·'pui ... nt de la .ub.tance ("SUb
-47
staaz"). liais c'est
U.
une 11JDitation concrltte de la créativité et DOn une limitation de principe.Cette tentative pour cerner la réalité de l'esprit se poursuit par un examen du lien étroit qui existe entre l'esprit et l'histoire. L'acte spirituel ne peut se diriger vers le "néral que s'il le con-sidltre dans une norae concrltte,dans une réalisation individuelle du iénéral. C'est pourquoi toute création de l'esprit est tournée vers l'histoire. Cela ne veut pas dire que l'esprit ne peut créer sans entrer dans des considérations historiques objectives; cela suppose
GW l, GW l, Ibid. et p. 214. p. 216. Il "
Pour une discussion du sens de sUbstance, vois ci-dessous, pp. 43 suivantes.