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La manne bleue : scénarisation suivie de L'adaptation : du documentaire à la fiction

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Academic year: 2021

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(1)

GILBERT SIMARD

״LA MANNE BLEUE״

SCÉNARISATION SUIVIE DE L'ADAPTATION

DU DOCUMENTAIRE À LA FICTION

Mémoire

présenté

à la Faculté des études supérieures

de l'Université Laval

pour l'obtention

du grade de maître ès arts (M.A.)

Département des littératures

FACULTÉ DES LETTRES

UNIVERSITÉ LAVAL

JUIN 1996

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RESUME

N ous avons fait l'adaptation cinématographique du roman La Manne Bleue qui a été qualifié par plusieurs critiques, lors de sa parution, de roman-reportage ou reportage romancé. N otre travail exhaustif de réécriture a permis d'en faire un film de fiction. Nous nous sommes servi de la méthode d'adaptation de M onsieur François Baby intitulée Du littéraire au cinématographique, problématique de l'adaptation. Cet outil de base nous a aidé à analyser l'oeuvre romanesque et à en dégager une stratégie d'adaptation. De là est né un scénario pour long métrage de fiction, qui veut m ettre l'accent sur la tension dramatique vécue en contexte de cueillette de bleuets. Le processus d'adaptation cinématographique mis en oeuvre dans ce mémoire démontre bien qu'il s'agit d'une technique particulière. L'application théorique et méthodologique en cause devrait donc permettre, à sa manière, d'explorer plus à fond le champ de recherche des études de transposition cinématographique.

GILBERT SIMARD Etudiant

FRANÇOIS BABY Directeur de recherche

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Rose et ses enfants,

Jos, Annette et leurs enfants,

ainsi qu'à tous les cueilleurs de bleuets du Lac St-Jean et d'ailleurs,

NOUS DÉDIONS CE SCÉNARIO.

N ous tenons aussi à remercier chaleureusement Monsieur François Baby, notre directeur de recherche.. Il en va de même pour les nombreuses personnes qui nous ont aidé, supporté et soutenu tout au long de la scénarisation de La Manne Bleue. Grâce à Claude, Jacynthe, Francine, Germaine, Richard, Daniel et bien d'autres, nous avons réussi à produire ce mémoire. N ous en sortons plus fier et confiant.

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TABLE DES MATIERES

INTRODUCTION GÉNÉRALE 1

1.0 SCÉNARISATION : du roman au scénario 5

1.1 PRINCIPAUX PER SO NN AG ES 5

1.1.1 P rem ier groupe familial 5

1.1.2 Deuxièm e groupe familial 6

1.1.3 P ersonnages secondaires 7

1.2 RÉSUMÉ DE L'AC TION 8

1.3 LE SCÉNARIO 11

2.0 L'ADAPTATION : du documentaire à la fiction 82

2.1 M ÉTHO DE D'A DAPTATIO N RETENUE 82

2.1.1 M éthode suivie p ou r l'adaptation 83

2.1.2 Q uelques ajouts 84 2.2 APPLICATIO N À L'OEUVRE 85 2.2.1 Introduction 85 2.2.2 C aractère historique 86 2.2.3 O rganisation interne 88 2.2.4 Thèmes 89 2.2 5 Thématique 90 2.2.6 Résum é du sujet 91

2.3 CLA SSIFIC A TIO N DES ÉLÉM ENTS NARRATIFS 95

2.3.1 Structure conflictuelle 97

2.3.2 Répartition et pondération 99

2.3.3 Tableau synthèse 101

2.4 S TR A TÉG IE D'ADAPTATION 102

2.4.1 M odifications apportées au roman 103

2.4.2. C hangem ents illustrés en 2 colonnes 113

2.5 PARAM ÈTRES S PA TIO -TEM PO R ELS 116

2.5.1 Chronologie des événem ents 116

2.5.2 Chronom étrie 118

CONCLUSION GÉNÉRALE 119

122 BIBLIOGRAPHIE

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LE SCENARIO

SCENE.1 Inquiétude des parents 11 GÉNÉRIQUE Préparatifs 12 a. Les agrès de pêche 12 b. Les romans d'amour 12 c. Les provisions 12 SCÈNE 2 Récupération 13 SCÈNE 3 Réparation de la tente 14 SCÈNE 4 Le réveil 15 SCÈNE 5 Un écrivain en herbe 15 SCÈNE 6 On ne veut rien oublier 15 SCÈNE 7 Inspection des chargements 16 SCÈNE 8 C'est un départ 17 SCÈNE 9 Un camion plus que plein 18 SCÈNE 10 En route 18 SCÈNE 11 L'attente à la barrière 19 SCÈNE 12 Inspections 19 SCÈNE 13 Victime de harcèlement 21 SCÈNE 14 La barrière 22 SCÈNE 15 Chemins de fortune 23 SCÈNE 16 Poussière étouffante 23 SCÈNE 17 La route freine les élans 24 SCÈNE 18 La crevaison 24 SCÈNE 19 Enfin, des bleuets! 25 SCÈNE 20 Une quasi asphyxie 26 SCÈNE 21 Blessure d'occasion 26 SCÈNE 22 La première cène 27 SCÈNE 23a Lever en catastrophe 29

SCÈNE 23b 29

SCÈNE 23c 30

SCÈNE 24 Rose enchantée 30 SCÈNE 25 Les bleuets en boîte 32 SCÈNE 26 Les confidentes 33 SCÈNE 27 L'allergie 34 SCÈNE 28 Départ en fin de journée 35 SCÈNE.29 Vol de la cueillette 35 SCÈNE 30 Diane prépare les amours 36 SCÈNE.31 Annette persuade Jos 37 SCÈNE.32 Une baignade 37 SCÈNE.33 Loisirs du soir 38 SCÈNE 34 Gros boulot, maigres profits 38 SCÈNE 35 Les ados font un tour d'auto 39 SCÈNE 36 Les enfants réclament la pluie 40 SCÈNE 37 L'initiation à la cueillette 41 SCÈNE 38 L'acheteur 45 SCÈNE.39 Inspection des bleuets 45 SCÈNE 40 Alain mobilise les jeunes 47

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SCÈNE 41 Un cueilleur rival 48 SCÈNE 42 Le cauchemar 50 SCÈNE 43 Annette réveillée par le feu 50 SCÈNE 44 Le garde-feu 51 SCÈNE 45 La lutte contre le feu 53 SCÈNE 46 L'orage 53 SCÈNE 47 Premières menstruations 56 SCÈNE 48 Mimi harcelée 58 SCÈNE 49 Le brûlé est à sec 59 SCÈNE 50 Premier retour en ville 60 SCÈNE 51 Un chez-soi confortable 60 SCÈNE 52 Le déménagement 61 SCÈNE 53 Jeux nocturnes 61 SCÈNE 54 Les enfants se découragent 62 SCÈNE 55 Dégustation impromptue 62 SCÈNE 56a L'ours 63

SCÈNE 56b 63

SCÈNE 57 Des bêtes de somme 64 SCÈNE 58 L'accident 65 SCÈNE 59 Au secours 66 SCÈNE 60 Rose rassure Annette 67 SCÈNE 61 Retours déchirants 68 SCÈNE 62 La bleuetière de la manne bleue 69 SCÈNE 63 Le canot s'enlise 69 SCÈNE 64 Baisse de la température 70 SCÈNE 65 La gelée précipitée 71 SCÈNE 66 Nicole est anxieuse 71 SCÈNE 67 Mariages en parallèle 72 SCÈNE 68 Exhibition de talents 74 SCÈNE 69 La noce est troublée 75 SCÈNE 70 La chanson 75 SCÈNE 71 L'inceste 76 SCÈNE 72 Au risque de sa vie 76 SCÈNE 73 Crise de coeur 77 SCÈNE 74 Mort de Ti-Zim 78 SCÈNE 75 Le poème d'Alain 78 SCÈNE 76 Générique de fin 80

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INTRODUCTION GENERALE

Le roman La Manne Bleue a vu le jour en 1978. Il s'agissait pour nous de mieux nous familiariser avec le style romanesque. Jusqu'alors, notre production littéraire contenait presque exclusivement des poèmes.

En tant qu'amoureux de la littérature et désireux de devenir écrivain, nous voulions nous familiariser avec les genres littéraires autres que le poétique. N ous voulions aussi nous donner le plus de chances de vivre de notre écriture. Même à cette époque, la poésie se vendait mieux que le roman qui était plus populaire. Ce roman a donc été un moyen privilégié d'expérimenter l'écriture romanesque. Il nous a permis d'évaluer nos aptitudes de romancier.

N ous avons eu le goût de dire à notre manière, notre admiration pour les habitants de ce coin de pays, reconnus pour leur hospitalité. Nous voulions rendre hommage aux cueilleurs de bleuets de la région du Lac-St-Jean qui ont tant fait pour notre identité régionale. Ainsi, quand les Québécois d'ailleurs parlent des gens de cette région, ils les qualifient de "Bleuets". Comme il est flatteur et poétique de se faire comparer à des fruits!

Nous avons cependant constaté le manque d'estime personnelle et collective en regard de cette activité traditionnelle qui pour plusieurs d'entre eux est synonyme de misère et de médiocrité. En ce sens, nous avons voulu montrer aux cueilleurs leur grande importance. Comme il était grand temps qu'un ouvrage littéraire traite de cette réalité socio-économique dont nous appréhendions déjà la disparition dans quelques décennies. En effet la cueillette de bleuets en sols sauvages telle que racontée ici, cède de plus en plus sa place à une cueillette de type industriel en des bleuetières exploitées par des agronomes en proximité des villages plutôt qu'en sols sauvages.

Pour ces raisons, nous avions à coeur de faire une oeuvre réaliste à tendance ethnographique. Un roman qui puisse être lu par les cueilleurs eux-mêmes, souvent des gens qui n'avaient jamais lu un livre en entier auparavant. Que les cueilleurs découvrent

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leur dignité si souvent niée ou tue par les autorités. Que cette activité traditionnelle qui a façonné la façon de vivre de cette race particulière de pionniers soit préservée et connue du plus grand nombre en tant que manifestation cruciale de la culture jeannoise, voilà ce qui nous tenait particulièrement à coeur! Quoi de mieux alors que de traiter de la cueillette, activité connue et reconnue dans l'histoire universelle et ce, en plein Québec de la "Révolution tranquille".

Ayant fait cette cueillette nous-mêmes pendant 15 ans, lors de nos vacances scolaires, nous étions à même d'en extraire la quintessence. N ous étions bien placés pour traiter de la thém atique de la cueillette et de ses sous-thèmes développés plus amplement dans le scénario du présent mémoire. En connaissance de cause, nous étions fortement intéressé de voir au grand écran la beauté et les aléas de cette cueillette d'une durée d'un mois en sols sauvages.

A cette fin, notre écriture est restée à l'écoute intensive des cueilleurs, qu'ils soient au repos, au travail ou en plein loisir. N ous avons tenté d'être un miroir fidèle de leur vécu quotidien autant individuel que collectif. Voilà pourquoi notre mémoire phonétique nous a permis de reconstituer avec un grand souci de fidélité leur langage parlé. Nos dialogues témoignent du parler authentique des cueilleuses et cueilleurs, de leurs mots et expressions tels qu'entendus lors de nos propres cueillettes en leur compagnie.

La parution du roman a connu un succès appréciable dans la région du Lac-St-Jean où nous l'avons publié. La première édition a été vendue dans l'année. La majorité des journalistes régionaux qui ont commenté ce roman après sa parution, en ont parlé en termes de roman-reportage ou reportage-romancé à cause de sa grande valeur documentaire. En général, la critique a bien reçu l'ouvrage. Les deux quotidiens régionaux et quelques hebdos lui ont consacré un article. Quelques stations de radio dont Radio-Canada FM nous ont invité à leur émission culturelle.

Dès lors, nous avons songé à en faire une adaptation cinématographique. Il nous tardait de mieux nous exprimer avec le langage de l'image. D'autant plus que le cinéma, la télévision et la vidéo se taillaient déjà une part importante dans notre culture de masse. Pourquoi ne pas permettre à notre roman d'avoir un rayonnement encore plus vaste et de

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rejoindre un plus grand public. N otre projet a attendu plus de 15 ans avant de se concrétiser, occupé que nous étions à oeuvrer à la cause des télévisions communautaires du Québec.

Par la suite, notre intérêt pour le cinéma et l'écriture cinématographique s'est confirmé dès notre retour à l'université dans le cadre de nos études à la maîtrise. Le cours d'écriture cinématographique donné par François Baby a confirmé notre goût pour ce champ d'activité. N ous avons découvert que notre professeur avait élaboré une méthodologie d'adaptation destinée principalement aux oeuvres littéraires. Voilà que nous pouvions enfin com pter sur un outil complet d'analyse et d'évaluation d'une oeuvre à adapter. Outil qui définissait dès le départ l'adaptation cinématographique en tant qu'art difficile. Cela faisait notre affaire. Cette méthodologie nous a plu également parce qu'elle est basée sur le niveau de "fidélité" plus ou moins grand par rapport à l'oeuvre à adapter. Autre aspect crucial de notre démarche de création.

Puis, nous avons procédé à une analyse systématique et globale du roman, principalement à partir des critères d'évaluation et des étapes de la méthode d'adaptation de François Baby intitulée Du littéraire au cinématographique: une problématique de l'adaptation. 1 Dès le début, cette méthode nous est apparue plus pratique et performante pour notre travail que les approches d'adaptation de Tudor, Debaeque, Eliad, Ropars, Chion et Bluestone qui n'apparaîtront donc qu'en filigrane ici. Quand à celle de François Baby, elle nous fournissait des repères et des jalons plus précis et concrets nous permettant de faire plus judicieusement des choix dans l'oeuvre originale. Ainsi, nous pouvions préserver l'essentiel du roman tout en adoptant un des trois types d'adaptation celle dite "libre" qui convenait le mieux à la réalisation du présent scénario. Donc, la partie théorique de notre mémoire procède presque entièrement, dans son application, de

1 BABY,François

«Du littéraire au cinématographique, une problématique de l'adaptation», in Études littéraires, P.U.L., vol 13. no 1, avril 1980, pp. 11-41

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la méthode d'adaptation proposée par François Baby dont nous avons suivi , point par point, étape par étape, la façon d'analyser l'oeuvre romanesque.

L'adaptation d'un roman exige des choix judicieux et le respect du texte d'origine. Au départ, La Manne Bleue, de par sa nature de roman à la fois autobiographique et documentaire n'était pas caractérisé par un fort potentiel dramatique. La principale tâche fut donc de rehausser par bien des moyens l'intensité dramatique. Ainsi, nous avons fait de Rose, un des personnages principaux du roman, l'héroïne du scénario à partir de laquelle le récit se réorganise et se dynamise. De même, avons-nous éliminé au maximum les éléments d'information secondaire pour privilégier et rehausser les éléments d'information principale. N ous avons retenu les événements romanesques les plus dramatiques. Nous avons fait un scénario contenant principalement des scènes où l'action prime. Au nombre de 76, ces scènes, de courte durée en majorité, sont propices à un traitement rapide , un peu comparable aux films d'action américains.

Ce mémoire com porte donc deux parties. La première, touchant le processus de

scénarisation: du roman au scénario, est en fait la partie dite de création. Elle contient un tableau descriptif des principaux personnages, le résumé de l'action et le scénario lui- même. La deuxième partie, intitulée l'adaptation: du documentaire à la fiction, rient lieu de cadre de référence où la méthodologie d'adaptation de François Baby, notre directeur, s'est avérée la plus pertinente. Le caractère historique du roman, son organisation interne, ses thèmes et sa thématique serviront de points d'ancrage au cadre général de l'adaptation.

N ous expliquons ensuite la méthode retenue ainsi que les quelques ajouts que nous lui avons apportés. Essentiellement, il s'agit d'analyser et d'évaluer la structure dramatique du roman, opération synthétisée par un tableau synthèse et des tableaux comparatifs. C'est finalement à la lumière de la classification systématique des éléments narratifs du roman que nous avons opté pour une stratégie d'adaptation dite "libre" où les modifications apportées au roman n’en sont pas moins justifiées selon certaines règles techniques de l'adaptation.

Et là réside l'indéfinissable difficulté pour ne pas dire le séduisant défi du dosage entre l'art et la servitude technique.

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1.0

SCENARISATION :

du roman au scénario

1.1

PRINCIPAUX PERSONNAGES

1.1.1 Premier groupe familial

45 ans, responsable du 1er groupe familial, mari et père dominateur, “chialeux”, excellent conteur et grand fêtard. Bras droit de sa soeur Rose, il l'aide à trouver des bleuets. C'est le pourvoyeur principal des groupes.

Jos

43 ans, épouse de Jos, effacée et dominée par Jos, confidente de Rose, sa belle-soeur, au service de Jos et des siens. Ferment de compréhension et de chaleur humaine, elle sait apaiser les sentiments violents et les crises relationnelles.

Annette

16 ans, deuxième fils de Jos et Annette, macho, robuste et fort, il est en opposition avec son frère aîné Marc, avec son père et Alain, son ami. Il représente la force, la combativité et la fougue des adolescents. Il défie les autres qu'il se plaît à vaincre presque en tout.

Yvan

16 ans, fille aînée. Gardienne et protectrice de ses frères et soeurs plus jeunes. Robuste mais plus faible que sa cousine Nicole.

Diane

15 ans, deuxième fille de Jos et Annette. Impulsive et enjouée, elle adore les garçons. Elle partage ses jeux et confidences avec Alain. Sa connivence avec les gars attise les réactions négatives des autres femmes du "tentement".

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8 ans; cadet des fils; il a le jeu et l'insouciance dans l'âme.

Léon

Sylvie 7 ans; cadette des filles. Sa médiocre santé physique cause des inquiétudes.

1.1.2 Deuxième groupe familial

Rose 43 ans, très autonome et déterminée, assume seule la responsabilité de sa

famille et de la cueillette, portée au commérage et au harcèlement des hommes. Héroïne sans conteste ici, elle doit défendre son intégrité contre les éléments naturels, les hommes et quelques mères-cueilleuses qui jalousent son autonomie.

Alain 15 ans, fils unique de Rose et Ti-Zim, l'intellectuel du groupe. Aspirations

d'écrivain qui se marient fort mal aux activités de la cueillette et de la vie en forêt. C'est le porte-parole critique des groupes. Sa marginalité lui occasionne des problèmes et des incompréhensions. Il encourage et stimule Rose.

17 ans, l'aînée, la plus forte adolescente du groupe, la meilleure cueilleuse, ce qui provoque des rivalités; elle affronte Rose et les adultes dans sa quête d'autonomie. Elle se marie durant la cueillette.

Nicole

14 ans, cadette de la famille, elle en est à sa première cueillette, enfant particulièrement gâtée par ses grands-parents, elle est très rébarbative à la cueillette et tout ce qui l'entoure. Une néophyte qui permet de voir tout le côté robuste et exigeant de la cueillette.

Francine

45 ans, époux de Rose, inquiète sa famille par ses comportements d'alcoolique. Resté en ville soi-disant pour conserver son emploi. Cet amoureux de la nature déteste la cueillette. Il dérange ses beaux-parents et cause tristesse et angoisse à sa femme. Sa mort délivrera sa famille.

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1.1.3 Personnages secondaires

Ferdinand Père de Rose âgé de 70 ans , fort attristé par le départ de Rose, sa fille

unique. Il craint les sautes d'humeur de Ti-Zim, son beau-fils.

M ère de Rose, âgée de 65 ans. Fort inquiète de voir partir sa fille sans la présence de son mari. Elle verra à la bonne marche de la maison pendant son absence.

Marie

Époux de Nicole, homme de coeur, à la physionomie d'Elvis Presley qui conduit avec adresse un bulldozer. Il suscite l'admiration de tous.

Alphé

L'acheteur Homme robuste; six pieds de taille. Sans coeur, arrogant et malicieux, sait

faire de l'a rg e n t, ce qui lui importe avant tout.

L'employé de !,acheteur Un gardien de barrière Un garde-feu

Un garde-chasse

Un marchand itinérant

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1.2

RÉSUMÉ DE L'ACTION

A l'été I960, Rose et ses trois enfants partent en camion pour faire la cueillette des bleuets sauvages dans la région de la Mauricie. Elle est le chef de famille. Elle conduit son propre camion qui est chargé à pleine capacité de victuailles et du matériel nécessaire à leur survie, en pleine forêt, pendant plus d'un mois.

Jos, son frère, accompagné de son épouse Annette et de leurs 8 enfants partent aussi dans la même caravane avec leur propre camion. Celui-ci seconde Rose dans les tâches normalement dévolues aux hommes : coupe du bois, réparations mécaniques, portage, canotage, etc.

Ils se rendent au grand "tentement" des cueilleurs. Une fois sur place, les deux familles s'installent non sans difficultés. Puis, la cueillette commence dans le brûlé avec tous ses aléas, ses longues et pénibles journées. Les premières ventes de bleuets en cette première semaine de cueillette se font à rabais. Voilà qui débute mal la saison. De plus, la tem pérature fait déjà des siennes et rend la vie ardue. Après deux semaines sur ce sol ingrat, les bleuets se faisant de plus en plus rares, et la fatigue s'accroissant, les tensions montent entre les groupes de cueilleurs. Nicole, avec ses talents de cueilleuse, attise les jalousies. Une âpre dispute éclate entre celle-ci et un adolescent d'une famille rivale qui l'accuse d'avoir volé leur territoire de cueillette On en serait sans doute venu aux coups si Jos et ses amis ne s'étaient interposés au bon moment pour prendre sa défense et celle de sa mère en furie.

Peu de temps après, au lever, une fumée âcre prend les cueilleurs à la gorge. Ils sont très inquiets. Les deux familles partent avant les autres familles pour la cueillette. Ce n'est qu'en fin de journée qu'un garde forestier prévient les campeurs qu'ils devraient quitter bientôt puisque le feu gagne les coupe-feu autour du tentement. C'est le branle-bas de combat et le découragement. Les cueilleurs ne s'y résolvent pas. La plupart décide de rester sur place malgré le danger. Heureusement, le même soir, il se met à pleuvoir et la menace est ainsi écartée.

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Après deux semaines dans le brûlé où ils peinent pour trouver des bleuets en quantité suffisante, les familles retournent en ville pour célébrer le mariage de Nicole, l'aînée de Rose. Pendant la soirée au Centre culturel de La Doré, une bataille éclate entre Ti-Zim et son beau-frère. Ils ont encore trop bu. La cérémonie à l'église donne lieu à un traitement en parallèle avec un mariage montagnais à Pointe Bleue. La fin de semaine terminée, de retour au camp, les deux familles déménagent dans le bûché2 très inhospitalier et dangereux. La flore et la faune de ces lieux créent de l'inquiétude chez Rose. Elle partage avec Nicole ses pensées anxieuses, dont la remise en question de son mariage avec Ti-Zim. Cet alcoolique invétéré a refusé de suivre sa famille. Il est resté en ville pour boire à sa guise et mieux s'adonner à son passe-temps solitaire: la pêche du soir à la ouananiche.

Par ailleurs, son fils Alain profite de ses temps libres pour écrire des poèmes qu'il lit à ses confidents, Mimi et Yvan, le soir, autour d'un petit feu. Il y dénonce vertement l'exploitation dont les cueilleurs sont victimes. Les acheteurs qui s'approprient la plus grande part des profits alors qu'eux qui triment dur, ne reçoivent que des miettes pour leur labeur. Il fait aussi un parallèle avec l'exploitation dont sont l'objet les travailleurs québécois qui oeuvrent dans d'autres secteurs primaires comme les mines, les forêts, l'agriculture et la pêche.

La cueillette va bon train dans le bûché jusqu'aux derniers jours où tout se complique. Marc, l'aîné de Jos, est victime d'un grave accident. Il trébuche sur une souche. On doit le transporter à l'hôpital le plus près. Rose rassure Annette qui est revenue en ville avec ses plus jeunes enfants. Le lendemain, au retour de la cueillette, elle a la peur de sa

2 Ce terme est écrit comme tel dans Le p e tit dictionnaire canadien de la langue française, édition Bélisle, Beauchemin. Classé en tant que canadianisme folklorique, il désigne la partie d'une forêt où les arbres ont été bûchés. Un tel bûché peut recouvrir un vaste territoire contrairement au bûcher de Jeanne-d'Arc par exemple.

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vie, en traversant la rivière Chicoubiche. Le canot s'enlise sur un banc de roches en plein centre du cours d'eau.

La saison tire à sa fin. Le froid des nuits augure mal. Les cueilleurs appréhendent une gelée prématurée. Ils redoublent d'ardeur pour cueillir les fruits de la montagne de la manne bleue. La cueillette, déjà décevante, vire au tragique. Le lendemain, Rose et Jos constatent les dégâts du gel définitif dans les bassins d'eau glacée. Les enfants se lancent des bleuets devenus durs comme des billes. Aucune pluie en vue pour combattre la gelée sur les fruits. Le soleil ardent rend les bleuets gelés en compote. Les deux familles démontent rapidement leur tentement.

De retour en ville, en pleine nuit, Rose est réveillée par les douleurs de Ti־Zim. Elle le reconduit à l'hôpital. En salle de réanimation, le médecin lui annonce que Ti-Zim a succombé à une première crise cardiaque. Elle sanglote , puis elle délire momentanément.

Après les funérailles, elle se rend entendre Alain qui fait une présentation publique dans le cadre du Festival des Bleuets à Mistassini. Il obtient le prix culturel de l'événement en récitant son poème intitulé La Manne Bleue, une synthèse de cette douloureuse cueillette.

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1.3

LE SCÉNARIO

SCÈNE.1 Inquiétude des parents

EXT. PELOUSE EN AVANT DE LA MAISON DE ROSE MATIN

Matin ensoleillé du début d'août, assis sous le parasol, Ferdinand, le père de Rose regarde le gros titre de la page frontispice de l'hebdomadaire local titrant: M oins de bleuets et moins mûrs qu'en 1964.

FERDINAND

Encore une autre année qui s'annonce pas facile, ma fille. Voulez-vous partir aussi de bonne heure c't'année ? J'te dis que lés nouvelles dés beluets sont pas bonnes à matin dans l'joumal.

Rose se penche lentement vers lui avec des yeux fatigués et son physique chétif.

ROSE (rétorque)

Ben oui, papa. On a pas le choix. Nous faut arriver avant lés autres. Les Potvin, les Tremblay et les Lachance sont déjà prêts eux-autres. Y nous faut lés trouver cés talles de beluets, pis bien organiser not p'tit monde au plus vite.

Arrive en arrière d'eux, mains tremblantes et dos courbé, Marie, la mère de Rose. Elle ne peut retenir ses larmes.

MARIE

Tu vas encore t'éreinter; fais attention à ta santé. Tu seule à travers c'te gang d'hommes. Hésite pas à te fére aider par ton frère Jos pis sés grands flancs mous de gars. Hein. Tu me le promets!

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ROSE

T'inquiète pas on va bien se débrouiller. Cé ma vingt-cinquième ramasse. Si j'peux en avoère assez pour payer lés noces à Nicole comme ta mére à payé lés tiennes v'ia cinquante ans avec lés beluets. M'faut cet argent-là pour l'école dés enfants pis le paiement du nouveau char que Ti- Zim a acheté su a balloune.

GÉNÉRIQUE

Préparatifs

SUPERPOSITION SUR DIVERSES SCENES DE PREPARATIFS

Préparatifs des deux familles avant le départ pour la cueillette.

a. Les agrès de pêche

ÏN T CHAMBRE D’ALAIN MATIN

Alain, très impatient et excité, cherche et trouve des agrès de pêche (ligne, moulinets, mouches, hameçons...). Il saisit au passage son journal et la pile de livres préparée la veille.

b. Les romans d'amour

Tn t CHAMBRE DE NICOLE APRÈS-MIDI

Nicole range des romans d'amour illustrés . Elle en choisit quelques-uns dont les images montrent les amoureux en gros plan. Elle cache une grosse pile de revues dans sa valise, à travers ses vêtements.

c. Les provisions

Tn t c u is in e c h e z r o s e s o ir

Rose et Annette remplissent les coffres de bois de farine, de sel, de lait en poudre et de diverses boîtes de conserve : ragoût de boulettes, viandes pressées, Paris-pâté, etc. Puis elles se mettent à repriser les bas de laine.

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CREPUSCULE

Récupération

DÉPOTOIR MUNICIPAL

SCÈNE 2

EXT.

Un amoncellement de déchets domestiques et industriels remplit le dépotoir. Jos, aidé de M arc et Yvan, trie des pièces mécaniques à travers toutes les ordures qu'ils soulèvent avec des fourches. D e gros rats passent à travers leurs jambes. Ses fils sacrent tout en travaillant. Ils ont ramassé quelques morceaux de rechange pour leurs vieux camions.

JOS

Grouillez-vous. J'ai pas envie qu'on nous voye icitte. Laissez lés bebelles de côté. Cé dés pièces de char qu'on cherche bon! Lés morceaux pesants en métal ou lés rubbeurs.

MARC

Y fait quasiment noère. R'garde si cé ben une batterie ça.

JOS

Ben sûr pis à côté cé une pompe à eau; t'és dans l'bon trou mon gars. Més tchums m'ont ben dit que !'garage d'ia ville é venu domper hier.

Yvan, montrant une lourde pièce qui ressemble à un démarreur II l'échappe sur son pied gauche. La présence d'un rat sur son pied droit a causé ce geste malheureux.

YVAN (se lam entant)

Hostie, d'hostie, l'pére. Aye, aye...cé-ti un starteur c't'écoeuranterie-là. Ça pèse une tonne!

Jos s'enlise jusqu'au ventre dans le dépotoir. M arc se précipite pour l'aider à se tirer du trou.

JOS

Tabarnak! Ça pas assez de puer l'diabe qu'i faut risquer not vie. Tire-moi plus par le bras Yvan, sans ça j'vas caller encore plus. Ok pour à soère. On ramasse lés deux pneus

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pis on s'en va! Y manquerait pu rienque qu'un ours arrive dans c'te crisse de dompe pis on s'rait fette.

SCÈNE 3 Réparation de la tente

Tn t- s o l a r i u m a r r i è r e, m a is o n c h e z r o s e a p r è s-m id i

Assise devant sa machine à coudre, attentive, elle arrange la pièce d'amiante autour du trou de la cheminée de la tente. A la radio, Piaf chante son succès Venez Milord. Alain ouvre un tube de colle à linge. Il semble la “sniffer” avec goût.

ALAIN

A t'a toute qu'une voix, c't'elle-là. Toé ça pas l'air de t' pogner. Ecoutes-tu au moins?

ROSE (perplexe)

Tu sé bien qu'im faut me dépêcher. Passe-moé la colle. Té pâle; as-tu trop couru. J'espère que cé pas tés hernies qui r'commencent. Viens m'aider à tourner la toile. Y manque quatre cordes.

ALAIN

Ben non m'man. Cé la mort subite de ma cousine qui m'trouble encore. J'ia r'vois manger des raisins dans le magasin général. Pire que ça, j'ia vois exposée dans le salon de mon oncle.

ROSE

Oublie donc ça mon garçon. Ça fait quatre ans déjà. Lés garçons font pas de cas d'affaires semblables. Cé dés sentiments de fille ça. Çé dés choses comme ça qui font que lés plus vieux te sautent dessus; renforcis-toé mon gars parce que sinon, tu vas en avoière d'autres affronts à supporter. Cré-moé, j'en sé quelque chose en tant que femme moé. Evite de parler de ça à d'autres!

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Le réveil SCÈNE 4

INT. CHAMBRE D'ALAIN MATIN

Alain se réveille en sursaut. Sa grande agitation montre qu'il vient de faire un cauchemar.

ALAIN

J'manque d'air, j'manque d'air! Sautons à l'eau...

Il reprend son souffle, ouvre les yeux et retrouve son calme.

ROSE

Cinq heures. Deboutte. Fais ton lit, prends ton parka, pis ferme bien la fenêtre. Envoyé tout de suite! Oublie pas tés agrès de pêche pis tés livres.

ALAIN

Cé t'enfin vré qu'on part à matin m'man. Mon rêve dit rien de bon! J'étais pris en plein milieu d'un feu.

SCÈNE 5 Un écrivain en herbe

T n t e s c a l ie r e t c h a m b r e d a l a in

D'un trait, il se lève. Il remonte quatre à quatre l'escalier menant à sa chambre. Mal fermé puisque trop plein, son sac d'école s'ouvre. Plusieurs livres et crayons se retrouvent par terre. Haletant, il les replace avec soin. Il attrape son journal intime qu'il a oublié sur sa table de chevet. Il le dépose dans la grande pochette extérieure où sont déjà plusieurs calepins.

SCÈNE 6 On ne veut rien oublier

Tn t c u is in e c h e z j o s s o ir

ROSE

Annette, t'as tejours ben pas oublié le quarante onces à Jos, lés chandelles, pis lés poches de fanal, hein?

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A NN ETTE

Ben oui, j'gai pensé. Ça s'passera pas comme l'été damier; quand on a tenté à la bornante pis qu'une fois dans la tente, le fanal a pas allumé, à noirceur, ça nous a pris deux minutes avant de trouver lés allumettes pis lés chandelles, pis de fére sortir cte maudite bête puante qui !trouvait pas son trou pour sortir. Asteure j'en mets partout. Pas question de manquer de feu pis d'iumière encore. J'ai ben appris ma leçon!.

ROSE

Y fait-ti pas chaud à ton goût! Alain a mis son casse-à- oreilles pis j'y ai enroulé un bon foulard de laine autour du cou.

ANN ETTE

Rose, Rose! Y faut partir asteure. Jos é encore en train de sacrer. C't'année, y veut pas être trop tard , à la queue de la ligne, à la barrière de la Lièvre. Cé pour ça qui veut s'prende de l'avance. Hier, y a changé sa pompe à eau. Le maudit truck y nous a encore coûté vingt piasses pour une batterie neuve hier.

ROSE

Ben moé, j'ai toute faite tchéquer le mien. J'voudrais pas qu'on passe not temps à l'réparer. Pis à part ça, si on a oublié quèque chose, la mère pis l'pére s'front un plaisir de venir t'chéquer tout ça.

SCÈNE 7_______________ Inspection des chargements____________________

EXT. COUR CHEZ JOS AURORE

On s'affaire à mettre la dernière touche aux chargements des camions. Alain traverse la rue à la course. Il se rend chez son oncle en face de chez lui. Après avoir salué ses cousins et cousines, il place la dernière caisse dans le camion rouge de sa mère: c'est celle

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des provisions périssables. Les hommes attachent les chargements avec une corde solide. Les enfants émerveillés sont impatients.

AN N ETTE

Prenez vot mal en patience. Papa pis tante Rose n'ont pas fini lés inspections. Faut prendre nos précautions avant not long voyage. Amusez-vous pis aidez vot père.

Rose et Annette tiennent près d'elles leurs précieux sacs à main, devenus des trousses de premiers soins. Rose ouvre son sac à main pour y cherche la photo de Ti־Zim récemment prise au zoo où il travaille.

AN ETTE

Tu t'inquiètes tejours pas de lui déjà!

SCÈNE 8 C'est un départ

EXT. COUR CHEZ JOS AURORE

Les membres des deux familles sont nerveux. Il leur faut faire plus vite encore. Les garçons cognent du pied sur les pneus des camions, question de vérifier si le niveau de pression est suffisant. Puis, ils montent à la hâte sur les chargements des deux camions, en criant :

TOUS LES GARÇONS

Maudit, maudit! Les Potvin sont passés; on vient tout juste dés voire. Y ont un tracteur c't'année. Pis lés Lachance ont une chaloupe avec un moteur. On va avoère d'I'air fin avec not vieux canot à toèle déchirée.

Dans la cabine, Annette tourne la tête vers l'arrière; elle voit les garçons debout à l'arrière de la charge.

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AN N ETTE

Couvrez-vous avec lés confortables. Cé cru en guiable. Organisez-vous pas pour attraper votre coup de mort. On a besoin de monde en forme dans l'champ. Pis, restez pas deboutte. Avancez-vous vers la cabine pis assoyez-vous. Cé trop dangereux deboutte en arriére.

SCÈNE 9 Un camion plus que plein

EXT. CABINE DU CAMION DE JOS AURORE

Avec peine et misère, les filles de Jos, Diane, Mimi et Sylvie s'empilent dans la cabine du camion de leur père. Annette tient Sylvie sur ses genoux. Mimi tente de se faire une place en brusquant ses voisines. Elle se fait une petite place entre ses voisines, Diane et Annette. Mimi se cogne le nez au pare-brise.

ANN ETTE

Mimi; ton pére a pas assez de place pour tourner le volant. Avance-toi en avant du siège pis mets-toé lés mains sur le rebord pour te protéger.

MIMI

J'vas-tu endurer ça toute la montée? Diane pourrait pas s'avancer à ma place de temps en temps?

AN N ETTE

Ben sûr que oui; on va toutes fére notre part. Es-tu contente comme ça!

SCÈNE 10 En route

EXT. CABINE DU CAMION AURORE

Les deux camions s'engagent sur la route mouillée par la rosée du matin. Deux seuls arrêts aux feux de signalisation du Boulevard Sacré-Coeur à St-Félicien. Puis, on longe les plaines de St-Prime, vaste étendue de terre arable riche et productive. Les garçons

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grelottent sur le chargement du camion de Jos. Fâché, Yvan lève les poings en l'air puis cogne avec force sur la vitre de la cabine du camion de son père.

YVAN

Soixante millesà l'heure l'pére. Tu penses pas que t'exagères un peu. Slaque! J'vas prendre le volant pis tu lés fras à ma place lés cent cinquante milles, icitte en arrière!

Rose, au volant de son camion, dépasse Jos. Les enfants s'envoient les mains et ne tiennent plus en place dans les cabines autant que sur les chargements. Puis, ils pointent du doigt ce qui les impressionne tout le long de la route: l'église de Roberval, les chutes de la Rivière-à-l'Ours, le terrain de jeu et le magasin général de St-Hedwidge.

SCÈNE 11 L'attente à la barrière

EXT. LA BARRIÈRE DE LA LIÈVRE MATIN

Tous se retrouvent au beau milieu du chemin, autour de la caravane des camions immobilisés en avant de la barrière du parc. Les adultes conversent à haute voix.

Les enfants se saluent. Les femmes s'occupent des plus jeunes. Elles se rendent au restaurant-dépanneur pour leur acheter des amuse-gueules et des boissons gazeuses à saveur de fraises et de framboises.

Quelques garçons cachent leurs agrès de pêche pendant que d'autres surveillent tout autour.

SCÈNE 12 Inspections

״EXT CHEMIN DEVANT LA BARRIERE AVANT-MIDI

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L'garde-feu s'en vient pis l'garde chasse é pas loin non plus. Y viennent de confisquer le coffre de pêche du petit Simard. J'voé encore le bout de ta parche Marc!

Yvan retire rapidement la canne à pêche sous les bagages. Il l'appuie sur des aulnes au bord du chemin. Il se retourne et tombe sur le garde-chasse.

G ARDE-CHASSE

T'as ben l'air préoccupé mon gars. Vous avez pas de permis de pêche vous autres. J'suppose que vous en avez pas besoin.

Le garde-chasse jette un regard sur le chargement du camion de Jos. Il ouvre une des grosses caisses de bois où se trouvent les provisions périssables. Puis il lève une couverture sous laquelle se trouve un petit coffre de métal. Rose arrive sur les entrefaites

ROSE

!m 'apprête à aller chercher un permis de pêche pour Alain. M on frère Jos juste en arrière va en prendre un pour lui pis un de plusse pour son plus vieux. On é dans lés règles monsieur hein!

Le garde-chasse surpris, jette un dernier regard sur le chargement. De la tête, il fait un signe d'approbation.

GARDE-PÊCHE

Juste à temps. J'vous fais grâce de la fouille complète. J'sé qu'il y a de quoi de suspecte là-dedans. Cé bon. Mé, guettez-vous l'cul en haut. Mon confrère à un oeil su é belueteux!

Alain retire la canne à pêche de sa cachette. Ses frères et son cousin tapent des mains en signe d'approbation.

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Là tu nous a sauvé m'mam. J'te promets de ramasser plus. Yvan pis moé, on va vous en prendre d'ia truite c't'année!

Entre deux camions, les jeunes filles des deux familles courent et jouent à la marelle. Celles qui font des rondes invectivent quelques garçons qui prennent plaisir à interrompre leur jeu

SCÈNE 13 Victime de harcèlement

T n t p o s t e D'é m is s io n d e s p e r m is m a t in

Sous le regard réprobateur des conducteurs de camion qui précédent et suivent le sien, Rose entre dans le poste de garde. Elle va chercher ses permis de cueillette et de circulation en forêt. Il n'y a que des hommes dans la salle d'attente. Elle se tient debout, fière, droite et décidée. Jos la précède. Les quinze hommes se taisent. Rose attend ainsi plusieurs minutes avant de se rendre au guichet, sous les regards inquisiteurs des hommes. Des commentaires fusent de toute part.

HOMMES

On aura tout vu. Ouais, est pas mal faite! A porte le pantalon en plus. A ose fumer. Une dévergondée hein!

Jos attend son permis au comptoir. Il gesticule. Puis le préposé lui remet ses papiers.

JOS

(stupéfait et fâché) Vous en avez pas de femme vous autres. Ça fait que ok. Ça va fére lés niaiseries.

Hésitante, Rose s'approche lentement du guichet. Elle présente sa liste de noms au préposé. Celui-ci affiche une mine surprise.

ROSE

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CERTAINS HOMMES

Où a va? On va la suivre stie de câlice!

PRÉPOSÉ

La paix ici d'dans. On s'comprend plus. Y a bien une femme député à Québec. Voici vos papiers madame. Attention au feu, aux animaux e t ...

ROSE

M on frère Jos m'aidera pour lés gros travaux et pour trouver des beluets. J'oubliais...la côte du mille es-tu passable, c't'année?

PRÉPOSÉ

(surpris et hésitant) La voirie a pas réussi à tout aplanir. Bon courage!

HOMMES

Christ de câlisse. Pas encore c't'année. La marde en commençant. Tabamak de gouvamement.

SCÈNE 14 La barrière

EXT. MONTEE JUSTE APRES LA BARRIERE MATIN

Les camions des Savard, Thibeault, Tremblay, Ménard et Lachance avaient précédé ceux de Jos et Rose. De l'autre côté de la barrière, tous poussent pour que les camions parviennent à monter la longue côte située après la barrière. Jos encourage sa femme et

ses filles.

JOS

Enarve-toé pas pour r'gien Annette. Su cte pick-up là, j'ai le p'tit beu pis l'gros beu. Mon moteur y'a encore du pouvoire. On rest'ra pas pris icitte. Oublie don ça. Y a assez du garde-feu qui m'a forcé à acheter son pare-étincelles, parce

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qui prétend que l'mien va lâcher. Ah! dés fois si j'm'écoutais, y en auraient en hostie de tabam ak dés bêtises par la tête ceux-là.

SCÈNE 15 Chemins de fortune

T n t c a b in e d u c a m io n d e j o s a p r è s-m id i

Le chemin de terre est dangereux et n'a que deux voies. Le camion de Jos perd de la vitesse. La roue arrière gauche s'enlise dans la boue un moment. Il parvient à s'en sortir assez rapidement. Les gros cahots, les courbes à quatre-vingt-dix degrés , les grosses roches, les bouteilles cassées et les montées abruptes marquent le dangereux trajet et ralentissent la montée.

ANN ETTE

Va moins vite pitou. Prends garde à la grosse panse-de- vache là. Y a-ti fini de faire grouiller lés charges c'te cahot- là . On risque de varser si ça continue. Pense plus aux enfants. O u f ..L'coeur me lève.

La plus jeune de ses filles vomit sur Annette. Jos s'enflamme.

JOS

R'tenez vous, coeurs de poulets. Faut supporter l'odeur de vomi tabarnak! Cramponnez-vous, v'ià une calvette.

SCÈNE 16 Poussière étouffante

EXT. ARRIÈRE, CAMION DE JOS AVANT-MIDI

La fraîcheur et l'humidité du matin s'estompent avec le soleil. Dans le ciel, quelques nuages. Yvan et Léon se débattent contre la poussière soulevée par les roues des camions.

YVAN

Ça se confirme ce qu'a dit le pére pis ma tante : "Quand cé pas un problème, c'en é un autre".

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Chemin faisant, les garçons comptent les trembles, les sapins et les bouleaux.

LÉON

J'en ai plus que vous deux ensemble. Trente-six trembles, vingt-trois bouleaux pis seize sapins. J'gagne!

YVAN

L'flo. Tu t'mélanges. Cé trente-six bouleaux au lieu dés trembles.

SCÈNE 17 La route freine les élans

EXT. ROUTE DE LA LIÈVRE FIN DE L'AVANT-MIDI

Un immense corps-m ort de sapin obstrue la route. Jos immobilise son camion. Rose en fait autant Jos sort sa scie mécanique. Il y a attroupement autour de l'arbre. Les enfants tentent de casser les plus petites branches. Jos commence à scier l'arbre. L'aide de ses fils l'indispose.

JOS

Christ! Otez-vous de là .O s tie de têtes dures! Faut toujours vous r'dire la même chose. Partez avec lés bûches, une fois qu'elle sont bien coupées, pis mettez-les dans l'camion. Y vont nous servir de bois de chauffage.

SCÈNE 18 La crevaison

EXT. AU BORD DU CHEMIN AVANT-MIDI

Ils repartent. Dans la cabine du camion, Annette tente de scruter les masses de bleuets le long de la route, sur les rebords du chemin. Le camion va trop vite.

AN N ETTE (ton répréhensif)

Vas don moins vite. J'peux pas voère si y sont assez mûrs. Tu voé-tu l'camion de Rose ? A suis-tu tejours ? Vas moins vite! Rose doét être fatiquée. Pourquoi qu'à donne pas le volant à Marc? J'te dis qu'a l'aime ça jouer à forte c't'elle-là!

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Jos doit ralentir. Il a perdu de vue le camion de Rose. Il doit rebrousser chemin. Un kilomètre plus loin, il aperçoit, dans le rétroviseur, son camion immobilisé par une crevaison . M arc aide Rose à changer un pneu. Rendu sur place, il fait un reproche à Marc.

JOS

I'm semble que j't'ai déjà dit de crier quand i'a quèque chose qui va pas.

MARC

Cé pas l'temps de chialer l'pére. J'étais même pas au volant.

SCÈNE 19 Enfin, des bleuets!

EXT. AU BORD DE LA ROUTE FIN AVANT-MIDI

A la demande d'Annette, Jos immobilise son camion le long de la route, dans une entrée remblayée en forme de grand stationnement. Les jeunes sautent pour se dégourdir les jambes. Les adultes s'étirent les bras. Annette n'en peut plus.

ANN ETTE

J'ai l'dos en compote; j'ai lés reins barrés. J'te dis qui é pas question que je me plie là. Jos r'garde don Rose qui é déjà dans l'champ.

Dos à eux, Rose cueille. Elle ne relève pas la tête.

JOS (crie)

T'és dans talle ma soeur. Part pas trop en grande. T'auras ben l'temps de t'éreinter dans lés s'maines qui s'en viennent!

Rose se relève en souriant. Elle leur fait signe de venir la trouver pour voir ces premières grappes de bleuets.

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ROSE

Cé plus fort que moé. Ça m'éblouit. J'voé pas l'temps passer. Cé grappé. Y sont pas encore assez mûrs. Quèques jours encore...

Les enfants se lancent des bleuets blancs. Les garçons rivalisent. Leur jeu favori consiste à loger ces petites billes dures (bleuets non mûrs) dans les soutiens-gorge des adolescentes et à les lancer sur les poitrines des jeunes filles. Annette montre ce stratagème à Jos.

JOS

Attaquez-vous don aux plus forts ; laissez lés jeunes tranquilles. Rose, viens-t'en! Vous autres r'montez tu suite, ride through dans les trucks. Cent milles à fére encore sur cés chmins mal entretenus de la CIP, encore c't'année.

SCÈNE 20 Une quasi asphyxie

EXT. CHARGEMENT CAMION DE JOS FIN DE L'AVANT-MIDI

Les garçons se disputent l'endroit le plus chaud. Puis, ils tirent vers eux les couvertures afin de se protéger du vent froid et de la poussière. Le trou dans le toit en toile s'agrandit. Ils tentent de le rafistoler avec du fil de fer. Yvan vole la place de Léon. Un vieux camion qui crache de la fumée très noire fait tousser les garçons. Ils sont en train d'étouffer. Léon parvient difficilement à cogner sur la vitre de la cabine. Jos voit qu'il suffoque. Il ralentit puis s'immobilise pour leur faire reprendre leur souffle. Ils repartent aussitôt. Les garçons pointent du doigt les ruisseaux et les petites rivières, montrant des remous et des petites chutes.

SCÈNE 21 Blessure d'occasion

EXT. CHARGEMENT, CAMION DE JOS APRÈS-MIDI

YVAN

R'gardez l'remous là-bas. Yé-ti pas beau...y a dés grosses truites qui doèvent prendre de l'ombre, hein!

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LÉON

Ah si faudrait pas attendre le dîner, icitte, r'garde c'te p'tit cric là; y doé avoir des p'tites frétillantes qui sautent sur toute c'qui bouge, !prépare més agrès. J'sens que l'dîner é proche.

Les garçons quittent leur place respective sur le chargement du camion de Jos. A la hâte, ils cherchent sous les boîtes de provisions leurs cannes à pêche. Ils les appâtent même sur place. Léon se blesse. Un hameçon lui traverse le bout du petit doigt et reste pris. Il saigne abondamment. Yvan fait signe à son père d'arrêter le camion. Jos doit couper l'hameçon près de son oeillet puisque le crochet à l'autre extrémité ne peut ressortir du doigt. Léon cesse de sangloter et quelques personnes qui n'ont pas peur du sang s'avancent pour voir la blessure. Les autres ont des haut-le-coeur. Annette essuie ses larmes. Elle installe Léon sur un lit de couvertures à même le sol. Rose console Annette. L'enfant reprend vite ses forces et le sang cesse de couler. Jos sort du camion ce qu'il faut pour dîner.

SCÈNE 22 La première cène

EXT. PEUPLERAIE LE LONG DE LA ROUTE MÏdT

Tous sont assis à l'ombre de grands trembles le long de la route. Marc et Jos tiennent un bidon de soixante-quinze gallons qu'ils remplissent au ruisseau Ils remplissent d'eau les radiateurs des camions.

Les fillettes transportent des boîtes de bleuets en bois. Empilées les unes sur les autres, elles forment une grande table pour manger. Elles la recouvrent d'une nappe blanche.

Simultanément, Alain et Yvan se précipitent vers leurs agrès de pêche. Alain doit fabriquer sur place sa canne à pêche. Il coupe un bout d'aulne. Il l'enroule à un bout du fil de nylon. Il place une cale de plomb et un hameçon. Ils rivalisent de rapidité pour placer à l'hameçon le petit morceau de lard salé qui leur sert d'appât. Yvan prend la première truite dans le remous le plus proche. C'est la course vers les autres remous. Alain sort du sien quatre grosses truites.

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Les femmes s'affairent à monter la table où les conserves priment. Les fillettes ramassent des brindilles de bois sec. Jos et Rose empilent les morceaux de bois qui forment des rectangles superposés. Les enfants soufflent sur le feu pour l'aider à prendre. Le feu s'allume . Les femmes y déposent aussitôt les poêlons de fer en fonte noire d'où s'échappent des fumées de beurre grillé. Annette y dépose les oeufs battus pour faire une omelette Rose dépose les contenants de fromage fondu, sirop d'érable et de blé d'Inde en grain sur la table. Des hot dogs remplacent l'omelette pour certains. Bien assis sur une chaudière tourné à l'envers, Jos appelle les enfants.

JOS

A soupe lés jeunes!

Petits gâteaux Vachon ou Jos-Louis en guise de dessert. Les plus âgés préparent déjà leur thé baptisé. Une fois que le thé bout, ils versent dessus de l'eau froide qui entraîne au fond du contenant les feuilles de thé. Ils le dégustent.

Rose appelle les trois fuyards en appuyant deux fois sur le klaxon de son camion. Ils sont à peine visibles. Annette tient au bout de ses bras un poêlon dirigé vers eux. Elle est prête à faire cuire les truites. Le trio arrive. Toute l'assemblée a les yeux fixés sur les fourches d'aulne qui retiennent les truites. Yvan en a pris huit dont une grosse. Le visage de Léon exprime son insatisfaction. Il montre aux autres les trois truites enfilées sur sa fourche d'aulnes.

LÉON

J'en ai manqué trois grosses. Ça mordait en titi! Ça va être fameux c't'année!

Rose montre avec fierté la fourche d'aulne de son fils.

ROSE

Quatre, quatre, quatre...! Tu vas battre ton pére mon gars! Asteure, allez vite lés arranger dans le gros bassin.

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YVAN

Lés pogner cé l'fun mé lés arranger ça m'iève le coeur. Mé Christ que cé bon c'té p'tites bestioles-là!

SCÈNE 23a Lever en catastrophe

INT. TENTE DE JOS (en alternance) AURORE

Jos place deux m orceaux d'écorce de bouleau sous les copeaux de bois sec dans le petit poêle de tôle noircie. Juste au moment où il allume avec une allumette, le soleil se lève.

De ses mains, Rose tape sur ses vêtements humides pour mieux se réchauffer. Elle parle au feu :

SCÈNE 23b

INT. TENTE DE ROSE (en alternance) AURORE

ROSE

Ouais! On é pas épargnés c't'année. L'humidité la première nuitte .

(S'adressant aux enfants) : Levez-vous plus vite que ça vous autres. Faut partir avant lés autres. M ettez vos cotons ouatés pis vos gilets de laine.

NICOLE

La face me pique. Y'avait dés maringouins en maudit. Même avec la couvarte su l'dos y passaient à travers avec leurs dards.

Alain se met à rire en la voyant. De gros boutons rouges et des boursouflures déforment son visage. Nicole s'affole devant le miroir!

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Un vré monstre. R'gardez-moé pas! Cé que j'vas fére m'man?

ROSE

Alain. Va chercher d'ia mousse fraîche en arrière d'ia tente. Avec ça, t'é sûre ma fille que l'enfle va disparaître ben vite. Cé moins pire que lés piqûres de guêpe. Rassure-toé.

SCÈNE 23c

INT. TENTE DE JOS (en alternance) AURORE

Les enfants finissent de se vêtir à la course. Yvon et Sylvie se disputent une paire de bas. Yvan et M arc veulent la même paire de bottes.

JOS

Allez! Allez! Gardez vos énergies pour tantôt dans l'champ. Faut partir vite après déjeuner. Pas question que lés autres ramassent le beau rond jusse en arriére de la montagne du gros cran.

Dehors, les garçons vérifient tout le matériel de la cueillette. Jos place dans son camion deux paquets de boîtes de bois qui en contiennent cinq chacun.

Yvan fait de solides noeuds aux attaches de la porte de leur tente. Alain fait la même chose chez Rose. Plusieurs cheminées du tentement fument encore.

SCÈNE 24 Rose enchantée

EXT. SUR LA ROUTE AURORE

Le camion de Rose et celui de Jos s'immobilisent en bordure du chemin de fortune couvert de cailloux et de bois mort (route de compagnie forestière pour le transport du bois qui jalonne une ancienne jetée de bois). Ils descendent des camions à la hâte. Rose scrute

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cette bleuetière naturelle sur cent quatre-vingt degrés, devant elle, jusqu'à la ligne d'horizon. Elle saute de satisfaction.

ROSE

Quel beau terrain planche. Icitte on peut se r'trouver partout. Y a jusse dés ptits coteaux remplis de pieds de beluets, de bois chauds, de pousses d'aulnes dans les saignées. Attention aux niques de guêpes lés jeunes pis mettez-vous un chapeau. Le soleil y plombe!

Profitons-en! Icitte, on sé où on met les pieds. L'terrain é planche pis plus propre que dans lés bûchés. L'vent charrie lés mouches. J'sus folle à lier. Prenez vite vos afféres. Le pendant du coteau au bord du lac, y doé être chargé. Apportez-vous deux siaux chacun. Moé, j'pars. Francine tu m' s u is . J'ai l'huile à mouche sur moé.

Les cueilleurs se dispersent dans la bleuetière. Les bleuets blancs cognent sur les parois des chaudières de métal blanc éclatantes au soleil.

Un coup de tapette n'attend pas l'autre. Rose ne levant la tête que rarement. Sa chaudière de trente livres déborde vite. On entend les bruits sourds des bleuets qui cognent sur les parois des chaudières de métal. Sans prendre son souffle, d'une même foulée elle attrape son deuxième seau. Elle y fait pénétrer en moyenne une quinzaine de bleuets de la taille d'un caillou. Elle encourage Francine. Elle verse dans sa chaudière remplie au trois quarts ce qui lui manque. Elle cueille avec rapidité et dextérité par amour. Les grappes de bleuets la magnétisent.

NICOLE

M'man; y m'reste rien que le comble à ramasser. Où cé que t'és trouve? Y renient dans ton siau comme par magie, cé fort!

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ROSE

Quand ça fra vingt ans comme moé que tu en ramasseras, tu vas voère ça rentrer vite aussi ma fille. Pis té pas si pire que ça. T'acottes lés garçons de ton âge. Encourage-toé. Té bonne aussi.

SCÈNE 25 Les bleuets en boîte

EXT. BRÛLÉ DE LA PIERRE-RICHE, LA LIÈVRE AVANT-MIDI

Les membres des deux familles arrivent les uns après les autres aux camions.

A tour de rôle, ils vident leurs bleuets dans le crible. La sueur perle sur leurs visages. Plusieurs regardent leurs mains rougies par endroit. Le soleil les accable.

Déshydratée, Francine saute sur la cruche d'eau sans prendre garde à sa dix livres de bleuets qui se renverse. Après s'être étouffée parce qu'elle a bu trop et trop vite, elle se retourne et pleure de rage en se rendant compte du désastre.

De la main, Rose fait signe à Alain de s'approcher de la manivelle du crible. Elle vide les bleuets dans la fente de l'appareil. Les cueilleurs tiennent leurs chaudières près d'eux. Us protègent leur trésor. Puis, ils jettent un coup d'oeil envieux sur ceux qui en ont plus qu'eux.

Nicole et Alain en ont autant que leur mère. Francine se prend les reins à deux mains, mine découragée.

FRANCINE

M'man. J'su découragée. J'en ai même pas l'quart de vous autes. J'su déjà érintée moé. J'vas passer pour une bonne à rien. Nicole pis Alain me battent même icitte dans l'champ.

Alain ajoute des poignées de bleuets aux coins de la boîte remplie de bleuets vannés. Il place la planche-couvercle sur le haut. Puis, le genou appuyé sur la planche de bois, il la

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cloue, de chaque côté de la boîte, avec les planches latérales. (C'est l'opération du corsage.) Plusieurs membres des familles reprennent encore leur souffle.

NICOLE

Pauvre toé, on t'avait prévenu avant de monter. Asteure, fais pas la gâtée. Endure ton mal. Cé la même chose pour tout nous autes icitte!

ROSE

Plusse tu vas attendre pour y r'toumer, pis plusse tu vas r'tarder ce moment, plusse tu vas empirer ton mal. Viens vite on a rienque deux autes fois à vnir vider c't'avant-midi. Cé un agrément de ramasser aussi proche d'ia tente, dans dés bleus jusqu'aux genoux comme ceux-là. Tu s'ras contente de t'acheter du chocolat pis de la liqueur à soer. Ben ça, y faut souffrir pour les gagner.

Nicole et Alain attrapent leurs chaudières vides et repartent vitement.

ALAIN

Cé propre pis pas ramassé par lés autres. Un plaisir.

SCÈNE 26 Les confidentes

EXT. À L'OMBRE D'UN BUISSON ARDENT APRÈS-MIDI

Rose et Nicole se sont retirées, près d'un rocher, à l'ombre d'un buisson, fait de broussailles asséchées et brûlées au soleil intense. Les aulnes et les brindilles craquent sous leurs pas. On aperçoit des cueilleurs en bas du promontoire. Elles portent de longues chemises carreautées.

ROSE

Y a pas d'écmifleux icitte. Fallait que j'te parle. Tu sé ma fille que l'événement é proche. Faut surtout pas que tu t'énerves. Ça va bien se passer.

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J'ai rien que hâte de descendre en ville pis de r'voir Alphé. Ça cé la belle vie. Plus vite le mariage va être fait et mieux j'vas être.

Elle tue d'une tape une grosse mouche qui s'envolait avec un morceau de chair de son visage. Pendant ce temps, un maringouin au travail sur sa main fait couler du sang.

ROSE

Tu sé l'autre n'arrange pas tout; dés fois y peut être un poids à traîner en plus du tien! Pour l'instant t'en a assez dans ta vie. Je t'en reparlerai plus tard à fin d'ia runne.

NICOLE

Asteure que t'as commencé, continue

ROSE

Ah lui! Y doé s'ennuyer de toé pis de Francine. De moé, j'su pas sûre. Ya pu personne pour se fére peigner jusqu'à ce qui s'endorme sus sa chaise barçante.

SCÈNE 27 L'allergie

INT. CUISINE CHEZ ROSE SOIR

Pendant qu'elle se confie, on voit Ti-Zim qui se fait peigner par Francine. Il roucoule de satisfaction.

ROSE

Y doé ête à pêche à ouananiche à Grosse Chute d' l a Doré. J'espère qui a pas de misère avec sés lunches pis avec sés lavages. La chatte Henriette lui tient compagnie au cas où y s'ennuierait. Si y peut pas s'êtr rmis à boére trop; cé ça qui m'inquiète le plusse. Y pêche lés ouananiches sur dés crans aux pieds dés chutes.

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Voyons don m'man; arrête don de t'en fére pour rgien. Avant de partir, y t'a ben dit qui en avait assez de sés p'tites bières, le soèr le long d'ia rivière.

ROSE

T'oublie une chose ma fille; l'docteur de Monréal qui é venu donner une conférence aux Lacordaires a dit que cé une maladie comme une allergie. Cé plus fort que toutte quand ça leu prend.

C'en é toute qu'une vie, j'vous l'dit. M oé icitte pis lui en bas. Après ça, y diront qu'on l'gagne pas not ciel pas su à terre.

Cette halte a permis à Rose et Nicole de se rafraîchir. Chaque fois qu'elles se relèvent, elles posent leurs mains sur leurs hanches. Elles sont salies par la suie des arbres morts. Elles sont couvertes d'égratignures

SCÈNE 28 Départ en fin de journée

EXT. BRÛLÉ DE LA PIERRE-RICHE FIN APRÈS-MIDI

Rose klaxonne pour appeler les derniers cueilleurs et cueilleuses qui s'attardent dans le champ. Les retardataires cueillent dans les grappes de bleuets. Les enfants se ruent sur les charges. Ils enlèvent bas, bottes et gilets trop chauds. Ils sautent de joie. La cueillette est terminée. Les camions partent. Chemin faisant, ils s'immobilisent le long d'un ruisseau. Ils remplissent deux grands bidons d'eau.

SCÈNE.29 Vol de la cueillette

EXT. LE GRAND TENTEMENT FIN APRÈS-MIDI

La famille de Jos et celle de Rose arrivent au tentement tard en fin d'après-midi. Elles sont les dernières arrivées. Autour de plusieurs tentes voisines, les cueilleurs et cueilleuses s'affairent. Les femmes font chauffer le gros poêle à bois Bélanger pour cuire des tartes et tourtières. Les garçons déchargent les camions puis font des boîtes de bois pour le lendemain. Des hommes vérifient le corsage des boîtes et empilent soigneusement les

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boîtes qu'ils recouvrent d'une toile imperméable pour les protéger du soleil. Les plus vieilles des filles font le ménage de l'arriéré des camions. Jos est en colère.

JOS (criant à Rose)

Cache bien tés afféres. J'ai une hache pis un vingt gallons de gaz de disparu. Lés garde-feu pis lés garde-chasse font pas leu job. Va-ti falloir laisser quequ'un pour garder asteure?

ROSE

Ma porte de tente ést ouvarte. Més dix boîtes de beluets pas mûrs sont pu là.

Elle se précipite dans sa tente. On l'entend fouiller l'extérieur. Elle crie à Jos:

ROSE

Y ont pas trouvé mon argent, mé y sont parti avec ma vingt- deux.

SCÈNE 30 Diane prépare les amours

EXT. DEVANT LA TENTE DE JOS FIN D’APRÈS-MIDI

DIANE (à Mïmi)

On va se laver au lac à soère. La mére va persuader l'pére. Tu suite après souper. Espérons que lés enfants vont pas trop nous r'tarder. Ça va fére du bien de s'décrotter. Pis toé, tu vas m ettre ton gilet avec l'échancrure en V. Comme ça, à soère, ton gilet avec échancrure en V va attiser ton beau Jean-Rock qui est r'venu voère lés frères tantôt. Y vont r'venir juste après la tournée dés tentements. T'és-tu rassurée asteure. T'és ben chanceuse; nous autes on doé attendre nos tchums qui sont en bas.

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