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Les Français et leurs territoires : vécus et attentes vis-à-vis des pouvoirs publics

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Baromètre de la cohésion sociale

Bien-être individuel et inquiétudes collectives

POLE EVALUATION ET SOCIETE

LES FRANÇAIS ET LEURS

TERRITOIRES : VECUS ET

ATTENTES VIS-A-VIS DES

POUVOIRS PUBLICS

COLLECTION DES RAPPORTS N°336

142, rue du Chevaleret 75013 PARIS

Tél. 01 40 77 85 00 Fax 01 40 77 85 09

Etude réalisée à la demande du Commissariat général à l'égalité des territoires (CGET)

Nelly Guisse, Sandra Hoibian

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RESULTATS ISSUS DU DISPOSITIF PERMANENT DU CREDOC D’ETUDES DES CONDITIONS DE VIE ET ASPIRATIONS DES FRANCAIS

Document réalisé à la demande du Commissariat général à l'égalité des territoires (CGET)

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3

SOMMAIRE

Sommaire ... 3

Introduction ... 5

Une inscription territoriale forte ... 8

1. Près de neuf Français sur dix sont satisfaits de leur cadre de vie ... 8

A. UNE SATISFACTION D’AUTANT PLUS FORTE QUE L’ON S’ELOIGNE DES GRANDES VILLES ... 8

B. LES MENAGES PRIVILEGIES SONT PLUS SOUVENT SATISFAITS DE LEUR CADRE DE VIE QUOTIDIEN ... 11

C. DES RESULTATS CONFIRMES « TOUTES CHOSES EGALES PAR AILLEURS » ... 12

D. LE CADRE DE VIE EST UN DOMAINE TRES IMPORTANT DANS LA VIE DES FRANÇAIS ... 14

2. Les trois quarts des Français sont attachés à leur région ... 16

Trois personnes sur dix ONT le sentiment de vivre dans un territoire négligé par les pouvoirs publics ... 22

1. Trois sur dix ont le sentiment d’habiter dans un territoire en grande difficulté ... 22

2. Trois sur dix ont le sentiment de vivre dans un territoire délaissé par les pouvoirs publics ... 25

A. LE SENTIMENT DE DELAISSEMENT ET LE SENTIMENT DE VIVRE DANS UN TERRITOIRE EN DIFFICULTE SONT FORTEMENT LIES, SAUF DANS LES QUARTIERS PRIORITAIRES ... 26

B. LES HABITANTS DES COMMUNES PAUVRES, PEU EQUIPEES ET ELOIGNEES DES GRANDES AIRES URBAINES ESTIMENT PLUS QUE LES AUTRES VIVRE DANS UN TERRITOIRE DELAISSE PAR LES POUVOIRS PUBLICS ... 28

C. LE SENTIMENT DE DELAISSEMENT EST PLUS FREQUENT CHEZ LES BAS REVENUS ET LES CHOMEURS, Y COMPRIS UNE FOIS LES EFFETS DE TERRITOIRE CONTROLES ... 31

D. LE SENTIMENT DE VIVRE DANS UN TERRITOIRE DELAISSE DES POUVOIRS PUBLICS OU EN DIFFICULTE N’AMOINDRIT PAS L’ATTACHEMENT TERRITORIAL ... 35

La mobilité pour réaliser ses projets de vie, une piste privilégiée par une minorité de Français ... 36

1. Un quart des Français pensent que déménager pourrait leur donner des atouts supplémentaires dans la vie ... 37

A. UNE IDEE D’AUTANT PLUS REPANDUE QUE L’ON EST JEUNE ET PRECAIRE ... 38

B. LA SITUATION ECONOMIQUE DU TERRITOIRE ET LE SENTIMENT DE DELAISSEMENT EXPLIQUENT EN PARTIE CETTE OPINION ... 39

C. AU-DELA DES OPPORTUNITES PROFESSIONNELLES, C’EST AUSSI LA QUALITE DU CADRE DE VIE QUI EST RECHERCHEE ... 41

2. Dans l’idéal, un tiers des Français aimeraient déménager dans une autre ville dans les cinq prochaines années ... 43

A. MOINS DE LA MOITIE DES SOUHAITS DE DEMENAGEMENT SE REALISENT ... 43

B. DEMENAGER POUR REUSSIR SA VIE : DES ATOUTS A RECHERCHER EN DEHORS DE LA REGION DE RESIDENCE ... 44

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4

D. LA MOBILITE EST PLUS SOUVENT SOUHAITEE DANS LES GRANDES VILLES QU’A LA CAMPAGNE ... 49

E. LE SOUHAIT DE MOBILITE SE NOURRIT D’UNE INSATISFACTION DE SON CADRE DE VIE ... 51

F. LA CONFIANCE EN L’AVENIR, ELLE-MEME LIEE A LA SITUATION PERSONNELLE, ACCROIT LA PROPENSION A SE PROJETER DANS LA MOBILITE RESIDENTIELLE ... 52

3. Bénéficier d’un meilleur cadre de vie est le premier motif de projection dans un déménagement ... 54

Les attentes prioritaires des Français vis-a-vis des pouvoirs publics : le développement de leur territoire ... 63

1. Trois Français sur quatre privilégient la possibilité de réaliser leurs projets là où ils vivent plutôt que des aides à la mobilité ... 63

A. UNE OPINION PARTAGEE DANS TOUTES LES CATEGORIES DE POPULATION ... 63

B. LES PERSONNES QUI PENSENT QUE LA MOBILITE POURRAIT LES AIDER A MENER A BIEN LEUR PROJETS SONT UN PEU PLUS SOUVENT EN FAVEUR D’AIDE A LA MOBILITE ... 65

2. Pour réduire les inégalités, les Français attendent en priorité une action des pouvoirs publics dans le domaine de l’emploi ... 66

3. Les attentes principales pour le territoire : favoriser l’installation des entreprises, améliorer les transports en commun et l’offre de santé ... 77

4. Une faible demande de mixité sociale, dans un contexte où la place de la cohésion sociale est pourtant importante ... 83

Bibliographie ... 87

ANNEXE – Tableaux complémentaires ... 90

(5)

5

INTRODUCTION

Les différents territoires français présentent des disparités du point de vue de leur topographie, de leur

démographie, de leur situation sociale et économique, ou encore de la culture et mode de vie de leurs habitants1. Ces disparités, selon les domaines qu’elles concernent, peuvent être lues comme une richesse – patrimoniale, économique, sociale – offrant aux individus la possibilité de choisir des cadres

de vie divers, qui répondent dans l’idéal à leurs aspirations. Mais les disparités territoriales relèvent également d’inégalités, notamment lorsqu’elles concernent les différences de richesse entre les territoires, leur dynamisme économique, le niveau de vie de leurs habitants, ou encore l’accessibilité aux équipements et services.

Depuis la crise financière et économique de 2008, on constate un renforcement des inégalités

territoriales2 qui allaient pourtant dans le sens d’un amoindrissement sur le plus long terme3. Certains territoires sont identifiés comme étant en « décrochage socio-économique » par rapport aux autres, subissant un phénomène parfois qualifié de relégation. Plusieurs auteurs pointent la montée d’un sentiment d’injustice pour une partie de la population vivant à la périphérie des pôles urbains, dans les petites villes, dans les zones rurales mais aussi dans les quartiers les plus pauvres au sein de ces grands pôles urbains4. « Ghetto »5 , « apartheid territorial »6, territoires « perdus de la République »7, « oubliés »8, « nouveaux déserts français »9 , les mots choisis par les chercheurs, essayistes, hommes politiques ou médias pour décrire une situation de relégation inscrite spatialement sur le territoire sont très forts et reviennent régulièrement au centre du débat public sans pourtant recouvrir spatialement les mêmes réalités. Pour certains il s’agit des banlieues, ou « quartiers sensibles » qui se trouvent délaissés car leurs habitants souffrent de taux de chômage record, de la concentration de population pauvres, précaires, immigrées. D’autres évoquent une « France périphérique »10 composée de classes populaires reléguées, faute de moyens économiques dans des zones périurbaines, perdantes de la compétition mondiale des grandes métropoles, et sans réelle perspective d’ascension sociale. D’autres enfin pointent des territoires ruraux isolés, enclavés, désertés par les services publics (services de soins, transports, écoles, etc) et en déprise démographique.

1 Rapport de l’Observatoire des territoires 2014, « Qualité de vie, habitants, territoires », CGET

2 Luc Brière et Elise Clément, 2014, INSEE division Statistiques régionales, locales et urbaines,

« Croissance dans les régions : davantage de disparité depuis la crise », Insee Première n°1501, juin

3 Laurent Davezies et Thierry Pech, 2014, « La nouvelle question territoriale ». Note Terra Nova.

Septembre

4 Direction des stratégies territoriales du CGET, 2015, « Pour une République au service de l’égalité et

du développement des territoires », En détail.

5 Maurin, Éric. 2004. Le ghetto français, Paris : Seuil.

6 Le premier ministre, Manuel Valls, qui s'exprimait mardi 20 janvier 2015 lors de ses vœux à la

presse [Il existe en France] « un apartheid territorial, social, ethnique ».

http://www.lemonde.fr/politique/article/2015/01/20/pour-manuel-valls-il-existe-un-apartheid-territorial-social-ethnique-en-france_4559714_823448.html#3FMtrEd4g6hpM0ox.99

7 Emmanuel Brenner (dir.), 2002, Les Territoires perdus de la République, postface de Georges

Bensoussan, nouvelle édition actualisée, Fayard-Pluriel, 412 p.

8

http://www.journalisme.com/les-assises-presentation/edition-speciale-2015/262-ateliers- professionnels-2015-10h-13h/atelier-territoire-mal-traites/1494-restitution-de-l-atelier-territoires-oublies-de-la-republique-territoires-mal-traites-par-l-information

9

http://www.la-croix.com/Actualite/France/Des-territoires-hyper-ruraux-au-seuil-de-l-effondrement-2014-08-24-1196124

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6

La notion de relégation décrite par les uns et les autres fait donc non seulement appel à des territoires très différents et souvent mal définis mais elle recouvre également des problématiques très diverses : isolement social, absence ou déficit de services publics, impossibilité de sortir de ces territoires (mobilité empêchée), violence ou incivilités, niveau scolaire dégradé, rareté des emplois,….

Qu’en est-il du point de vue des Français eux-mêmes ? Ont-ils le sentiment que les opportunités ne sont pas les mêmes selon le territoire dans lequel ils vivent ? Estiment-ils qu’ils auraient plus de chance de réaliser leur projet de vie s’ils déménageaient dans une autre région ? Quelles sont leurs attentes principales concernant les pouvoirs publics ? Souhaiteraient-ils plutôt une répartition homogène des services et équipement sur l’ensemble du territoire, ou préféreraient-ils voir se développer les aides à la mobilité, pour déménager dans une région qui offre davantage d’opportunités ? Ces questions doivent être lues au regard du profil des Français, de l’endroit où ils vivent et du regard qu’ils portent sur leur

territoire de résidence. Mais il faut également analyser ces questions à l’aune de leurs aspirations. En

effet, le regard porté sur l’endroit où l’on vit n’est peut-être pas le même selon ce qui est recherché pour s’accomplir dans la vie : épanouissement professionnel, vie familiale, loisirs, cadre de vie…

Afin d’appréhender le lien entre territoire et opportunité d’accomplissement personnel du point de vue des Français, le CGET a confié au Crédoc la réalisation d’une enquête nationale auprès d’un échantillon de 2 000 personnes âgées de 18 ans ou plus et résidant en France métropolitaine.

Plusieurs thèmes ont été abordés :

- L’attachement à la région de résidence et l’importance accordée aux différents domaines de

vie, et notamment au cadre de vie relativement aux autres grands domaines de la vie : vie

familiale, professionnelle, sociale, cohésion sociale, loisirs, logement.

- Le regard porté sur le territoire de résidence : la satisfaction vis-à-vis du cadre de vie, le sentiment de vivre dans un territoire en difficulté, le sentiment de vivre dans un territoire délaissé par les pouvoirs publics.

- Le regard sur la mobilité géographique : le lien entre territoire et possibilité de réaliser ses projets de vie, le souhait de mobilité et les motifs associés.

- Les attentes vis-à-vis des pouvoirs publics : la préférence entre un développement homogène de l’ensemble des territoires ou des aides individuelles à la mobilité, les attentes prioritaires pour réduire les inégalités, les actions à privilégier sur leur territoire.

Encadré 1 - Précisions méthodologiques

Des questions ont été insérées dans le dispositif permanent d’études des Conditions de vie et Aspirations du CREDOC. Le terrain a été réalisé en face-à-face au mois de juin 2016, auprès d’un échantillon représentatif de 2 010 personnes, âgées de 18 ans et plus, sélectionnées selon la méthode des quotas. Ces quotas (région, taille d’agglomération, âge, sexe, PCS) ont été calculés d’après les résultats du dernier recensement général de la population. Un redressement a été effectué pour assurer la représentativité par rapport à la population nationale de 18 ans et plus.

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7 Encadré 2 - Définition des découpages territoriaux mobilisés dans le rapport

Plusieurs indicateurs sont mobilisés dans ce rapport pour appréhender les éventuelles diversités territoriales :

- La taille des agglomérations ou unités urbaines, ces dernières étant définies par l’INSEE11 comme une commune ou un ensemble de communes qui comportent sur leur territoire une zone bâtie d’au moins 2 000 habitants où aucune habitation n’est séparée de plus de 200 mètres. Les unités urbaines ont été regroupées selon leur taille en nombre d’habitants.

- La typologie de commune au sein de l’unité urbaine. Si l’unité urbaine s’étend sur plusieurs communes, on parle d’agglomération urbaine. Dans une agglomération urbaine, les communes peuvent être villes-centre. Les villes-centre regroupent la commune la plus peuplée et les éventuelles autres communes dont la population est au moins égale à la moitié de la ville la plus peuplée. Sinon, ce sont des banlieues.

- Le zonage en aires urbaines (ZAU), les aires urbaines étant délimités par un ensemble de communes, d'un seul tenant et sans enclave, constitué par un pôle urbain, c’est-à-dire une unité urbaine de plus de 1 500 emplois, et par des communes rurales ou unités urbaines dont au moins 40 % de la population résidente ayant un emploi travaille dans le pôle ou dans des communes attirées par celui-ci (couronne périurbaine).

- Le nombre d’équipements intermédiaires, les équipements intermédiaires étant constitués d’une liste de 34 services et équipements définis par l’INSEE (police-gendarmerie, supermarché, librairie, collège, laboratoire d’analyses médicales, ambulance, gare, bassin de natation …). Les équipements intermédiaires sont moins systématiquement présents dans les communes que les équipements dits de proximité (bureau de poste, banque, école maternelle, épicerie, pharmacie…) et plus souvent disponibles par rapport aux équipements dits supérieurs (hôpital, hypermarché, théâtre, musée, agence Pôle emploi…).

D’autres indicateurs sont ponctuellement mobilisés distinguant les répondants selon les caractéristiques sociales ou économiques du département dans lequel ils vivent (le taux de pauvreté départemental moyen et le taux de chômage départemental moyen).

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UNE INSCRIPTION TERRITORIALE FORTE

1. Près de neuf Français sur dix sont satisfaits de leur cadre de vie

La plupart des Français sont satisfaits de leur cadre de vie quotidien (88%), près d’un tiers dit même en

être « très satisfait ». Sur le long terme, depuis 1978, date de création de l’enquête Conditions de vie et aspirations et à laquelle cet indicateur a été mesuré pour la première fois par le Crédoc, le regard porté par les Français sur leur cadre de vie a toujours été très positif. La satisfaction s’est même légèrement accrue au cours du temps. De 82% de satisfaction moyenne dans les années 1980, l’indicateur a atteint 85% en moyenne dans les années 1990 et 2000 et 87% entre 2010 et 201612.

Graphique 1 – Que pensez-vous de votre cadre de vie quotidien, c'est-à-dire ce qui entoure le logement où vous vivez ?

Très satisfait 32% Satisfait 56% Peu satisfait 9% Pas du tout satisfait 3%

Source : Crédoc, Enquête Conditions de vie et Aspirations des Français, 2016

a. Une satisfaction d’autant plus forte que l’on s’éloigne des grandes villes

Cette satisfaction globale recouvre des réalités variées en fonction des caractéristiques des territoires dans lesquels résident les répondants. Les taux de satisfaction augmentent à mesure que la densité

urbaine diminue, pour atteindre un taux particulièrement élevé chez les personnes qui vivent à la campagne. Parmi les habitants des communes rurales, la proportion se déclarant « très satisfaits » de

leur cadre de vie est plus de 1,6 fois plus élevée que celle observée dans l’agglomération parisienne. Les conditions de logement, moins bonnes en région parisienne qu’ailleurs en raison de la plus forte pression démographique contribuent certainement à expliquer, au moins pour partie cette moindre satisfaction. En effet, les Franciliens sont en moyenne moins satisfaits de leurs conditions de logement

12 Ces données sont issues des vagues d’hiver de l’enquête Condition de vie et aspiration des Français,

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9

que les habitants des autres régions françaises13. Leurs logements sont en moyenne plus petits pour un nombre de personnes par ménage similaire14

Graphique 2 – Satisfaction du cadre de vie quotidien selon la taille de l’agglomération urbaine de résidence 38% 33% 34% 32% 23% 2% 2% 4% 2% 5% 0% 20% 40% Communes rurales 2 000 à 20 000 hab. 20 000 à 100 000 hab. Plus de 100 000 hab. Agglomération parisienne Très satisfait

Pas du tout satisfait

Source : Crédoc, Enquête Conditions de vie et Aspirations des Français, 2016

Au-delà du logement, le cadre de vie intègre probablement de nombreuses autres dimensions (transports, services, etc) dont certaines peuvent également expliquer les différences observées entre l’agglomération parisienne et les autres territoires. Citons par exemple la plus grande présence

d’espaces verts15, et un plus fort sentiment de sécurité : ainsi 29% des habitants de l’agglomération parisienne se disent beaucoup inquiets des risques d’agression dans la rue contre 21% en zone rurale.

Parmi les petites et moyennes villes de moins de 20 000 habitants, les situations et les dynamiques des territoires sont très différentes si la ville est rattachée à un grand pôle urbain16, ou bien s’il s’agit d’une commune isolée ou rattachée à un pôle urbain de plus petite taille. La satisfaction des habitants des

communes rurales et des villes de moins de 20 000 habitants est comparable, voire bien plus élevée que dans les plus grandes agglomérations, que les habitants de ces plus petites communes vivent à la périphérie d’un grand pôle ou qu’ils résident en dehors de l’influence d’un grand pôle urbain.

Similairement, on observe que les habitants des villes-centre sont moins souvent très satisfaits de leur

13 Rapport de l’Observatoire des territoires 2014, « Qualité de vie, habitants, territoires », CGET. 14 Selon les résultats de la dernière vague de l’Enquête nationale logement de l’Insee les logements

dans l’unité urbaine de Paris accueillent en moyenne 2,3 personnes dans une surface moyenne de 71,1 m contre 113,5 m en zone rurale pour également 2,3 personnes.

15 Selon le Rapport de l’Observatoire des territoires 2014, les zones urbanisées, les zones industrielles

et commerciales, les réseaux de transport, les mines, carrières, décharges et chantiers, ainsi que les espaces verts artificialisés représentent 21% de l’ile de France. Ce taux étant moins élevé partout ailleurs et pouvant chuter jusqu’à 3% en Corse.

16 Une commune est considérée comme rattachée à un grand pôle urbain dès lors que, en raison de sa

proximité géographique et du dynamisme économique du pôle, au moins 40% des actifs occupés de la commune travaillent dans le pôle ou sa zone périphérique (voir encadré pour le détail des définitions des indicateurs territoriaux).

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cadre de vie que les habitants des banlieues (respectivement 27% et 34%). Ceci doit être lu au regard des moteurs de la mobilité résidentielle et du mouvement de périurbanisation : une partie des habitants des grandes agglomérations déménage en effet vers les villes périphériques, notamment pour y trouver un meilleur cadre de vie, en accédant à la propriété et à plus d’espace, là où le foncier est moins onéreux17.

Tableau 1 – Satisfaction du cadre de vie selon la taille de l’agglomération et la proximité avec un grand pôle urbain Commune rurale ou de moins de 20 000 habitants appartenant à la couronne d'un grand pôle Commune rurale ou de moins de 20 000 habitants hors influence d'un grand pôle

(ou multipolarisée) Commune de 20 000 habitants ou plus Ensemble

Que pensez-vous de votre cadre de vie quotidien, c'est-à-dire ce qui entoure le logement où vous

vivez ?

Eff % Eff % Eff % Eff. %

Très satisfait 184 36% 106 36% 357 30% 646 32%

Satisfait 286 56% 162 55% 671 56% 1119 56%

Peu satisfait 35 7% 18 6% 132 11% 185 9%

Pas du tout satisfait 5 1% 10 3% 41 3% 56 3%

[Nsp] 1 0% 0 0 2 0% 3 0%

511 100% 296 100% 1203 100% 2010 100%

Source : Crédoc, Enquête Conditions de vie et Aspirations des Français, 2016

A l’opposé de ce que l’on observe dans la région Ile-de-France18, qui concentre la moindre satisfaction avec seulement 23% d’habitants se déclarant « très satisfaits », ce sont les habitants de la région Auvergne-Rhône-Alpes qui sont le plus souvent satisfaits de leur cadre de vie (47% sont « très satisfaits », soit 15 points de plus que la moyenne nationale), suivi des habitants des régions PACA et Auvergne-Rhône-Alpes. Les Bretons se disent plus rarement qu’en moyenne satisfaits de leur cadre de vie quotidien, malgré un très fort attachement à leur région de résidence (voir plus bas).

17 Rapport de l’Observatoire des territoires 2014, « Qualité de vie, habitants, territoires », CGET 18 Pour rappel, l’Ile-de-France qui correspond au zonage régional est distinct de l’agglomération

parisienne qui correspond au zonage en unités urbaines (voir encadré plus haut pour la définition du zonage)

(11)

11 Carte 1 – Satisfaction du cadre de vie quotidien, c’est-à-dire ce qui entoure le logement, en fonction

de la région de résidence (proposition de répondants se déclarant « très satisfaits »)

32% 33% 30% 30% 38% 47% 37% 37% 24% 28% 33% 25%

Part de personnes très satisfaites de leur cadre de vie quotidien

37% et plus (4) 32% à 36% (3) Inférieur à 32% (5) HAUTS-DE-FRANCE GRAND EST BOURGOGNE-FRANCHE-COMTÉ CENTRE-VAL-DE-LOIRE AUVERGNE-RHÔNE-ALPES NOUVELLE-AQUITAINE PROVENCE-ALPES-CÔTE-D’AZUR PAYS-DE-LA-LOIRE NORMANDIE OCCITANIE BRETAGNE ILE-DE-FRANCE

Source : Crédoc, Enquête Conditions de vie et Aspirations des Français, 2016

b. Les ménages privilégiés sont plus souvent satisfaits de leur cadre de vie quotidien

Le regard que portent les Français sur leur cadre de vie varie également fortement en fonction de leurs caractéristiques et situations individuelles.

Les chômeurs sont nettement moins souvent « très satisfaits » (20%) que les actifs en emploi (31%) ou les retraités (38%).

Les plus de 70 ans, qui résident d’ailleurs plus souvent que les plus jeunes dans des territoires peu densément peuplés, sont beaucoup plus souvent très satisfaits de leur cadre de vie que les plus jeunes : 41% chez les plus de 70 ans contre 30% parmi les moins de 40 ans. Derrière l’âge, c’est la situation d’activité qui joue sur la satisfaction du cadre de vie. A statut d’emploi égal, l’âge n’a en effet plus d’effet.

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12

Enfin, les personnes les mieux dotées en capital financier et en capital culturel sont plus souvent satisfaites de leur cadre de vie que les autres :

- 37% des diplômés du supérieur sont « très satisfaits » de leur cadre de vie contre 29% des personnes ayant un niveau de diplômé inférieur au BAC, 21% des ouvriers.

- c’est le cas de 39% des hauts revenus contre 22% des bas revenus (voir encadré méthodologique ci-dessous pour la définition des catégories de revenus).

Une étude de l’INSEE19, réalisée à partir de l’enquête Qualité de vie (2011) sur la satisfaction des Français et sur la qualité de vie en général met en évidence des résultats très proches de ceux observés ici. Le niveau de satisfaction de la vie est plus élevé chez les plus de 65 ans et les plus riches, et plus faible qu’en moyenne chez les habitants de l’agglomération parisienne et les plus modestes.

Encadré 3 - Méthode de construction de l’indicateur sur le niveau de revenu des Français

La partition de la population en quatre catégories – bas revenus, classes moyennes inférieures, classes moyennes supérieures, hauts revenus – a été réalisée à partir de l’ensemble des revenus mensuels de chaque membre du ménage (revenus issus de l’activité, pension de retraite, allocation chômage, prestations sociales et minima sociaux). Ce niveau de revenu est ensuite rapporté à la « taille ajustée » du ménage, soit la racine carrée du nombre de personnes dans le ménage.

Les quatre catégories de revenus sont définies relativement à la médiane de la distribution des revenus obtenus:

- Les bas revenus (25% de l’échantillon) : moins de 70% de la médiane, soit, au sens de l’INSEE, un revenu mensuel inférieur à 1 200 euros (environ).

- Les classes moyennes inférieures (23%) : entre 70% de la médiane et la médiane des revenus, soit un revenu mensuel compris entre 1 200 euros et 1 700 euros.

- Les classes moyennes supérieures (28%) : entre la médiane et 150% de la médiane des revenus, soit un revenu mensuel compris entre 1 700 euros et 2 500 euros.

- Les hauts revenus (19%) : 150% de la médiane ou plus, soit un revenu mensuel de plus de 2 500 euros.

9% des répondants n’ont pas indiqué les revenus de leur ménage.

c. Des résultats confirmés « toutes choses égales par ailleurs »

Le regard porté par les individus sur leur territoire est-il davantage lié à leurs caractéristiques individuelles (le niveau de ressources, de diplôme, l’âge, la situation d’emploi) ou par le territoire de résidence lui-même ? Afin de pouvoir comparer l’impact des caractéristiques individuelles et des

caractéristiques du territoire sur la satisfaction vis-à-vis du cadre de vie, une régression logistique a été réalisée, modélisant la probabilité d’être « très satisfait » (vs les autres modalités regroupées) en

19 Marie-Hélène Amiel, Pascal Godefroy et Stéfan Lollivier,2013, « Qualité de vie et bien être vont

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13

introduisant les variables explicatives suivantes : le sexe, le niveau de diplôme, le niveau de revenus, la situation d’emploi et la taille de l’unité urbaine de résidence20.

- « Toutes choses égales par ailleurs », c’est le niveau de ressource du ménage qui détermine le plus fortement la satisfaction du cadre de vie : relativement au fait de disposer de revenus supérieurs, les ressources modestes à très modestes diminuent significativement la probabilité d’être très satisfait de son cadre de vie. C’est pour cette variable qu’on observe les odds-ratios les plus importants.

- L’effet de la taille de l’unité urbaine est significatif : les résidents en agglomération parisienne ont moins de chance d’être satisfaits de leur cadre de vie que les habitants de petites communes.

- La moindre satisfaction des chômeurs par rapport aux personnes en emploi se confirme. - Les hommes semblent plus critiques par rapport à leur cadre de vie que les femmes.

- L’effet du niveau de diplôme est significatif mais de moindre ampleur que celui des autres variables explicatives.

Tableau 2 - Modélisation de la probabilité d’être « très satisfait » de son cadre de vie (vs « plutôt », « peu » ou « pas du tout satisfait »)

Odds-ratio et significativité

Sexe

Femme ref

Homme 0,761 ***

Niveau de revenus ref

Bas revenus 0,437 ***

Classes moyennes inférieures 0,563 ***

Classes moyennes supérieures 0,889

Hauts revenus ref

Non réponse 1,015

Niveau de diplôme

Non diplômé 0,765

BEPC 0,787 *

BAC 0,907

Supérieur au BAC ref

Situation d'activité

Chômeur 0,689 *

Inactif 1,444 ***

En emploi ref

Taille de l'unité urbaine

Communes rurales 1,259 2 000 à 20 000 hab. ref 20 000 à 100 000 hab. 1,111 Plus de 100 000 hab. 0,919 Agglomération parisienne 0,537 ***

20 L’âge étant très lié à la situation d’activité, il n’a pas été introduit dans le modèle. Rappelons que à

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14 Lecture : Pour simplifier la lecture, seuls deux indicateurs ont été retenus : « l’odds ratio » et le « seuil de significativité » qui lui est associé. Un odds-ratio supérieur à 1 (resp. inférieur à 1), statistiquement significatif,

indique que le facteur accroit (resp. réduit) la probabilité de se déclarer "très satisfait" de son cadre de vie. *** : significatif au seuil de 1% ; ** : significatif au seuil de 5% ; * : significatif au seuil de 10% ; ref :

catégorie de référence.

Source : Crédoc, enquête « Conditions de vie et aspirations », 2016

d. Le cadre de vie est un domaine très important dans la vie des Français

La question de la satisfaction par rapport au cadre de vie est d’autant plus importante que les Français

accordent une place importante à cet aspect de la vie. Derrière la famille, c’est le deuxième domaine de la vie le plus valorisé : 36% accordent à cet item la note maximale, et 93% lui donnent une

importance supérieure à la moyenne (notes 5 à 7 sur une échelle de 1 à 7).

Graphique 3 – Importance accordée à une sélection de domaines de vie (en %)

Pour chacun des domaines de la vie suivants, pouvez-vous attribuer une note de 1 à 7 selon l’importance que vous lui accordez ? 1 signifie pas du tout important, 7 signifie très important, les

notes intermédiaires permettent de nuancer.

83 36 36 35 31 30 23 9 33 29 26 24 31 23 5 24 24 27 27 27 31 2 5 7 8 7 7 12 1 1 2 3 4 3 5 1 1 2 1 3 1 1 1 1 5 1 3 0% 20% 40% 60% 80% 100% votre propre famille et vos enfants votre cadre de vie

votre logement le temps libre et la détente la profession et le travail (ou carrière) les amis et connaissances la cohésion sociale 1 2 3 4 5 6 7

Source : Crédoc, Enquête Conditions de vie et Aspirations des Français, 2016

La façon de noter les différentes dimensions n’est pas homogène d’un individu à un autre : certains auront tendance à être systématiquement plus positifs que d’autres. Pour 40% des Français, le cadre de vie obtient la note maximale attribuée à l’ensemble des items. Cela signifie en particulier que, pour quatre Français sur dix, le cadre de vie a au moins autant d’importance que la famille et les enfants par exemple.

Globalement, les Français qui positionnent leur cadre de vie parmi les domaines les plus importants dans leur vie en sont plus satisfaits : 39% de très satisfaits contre 27% chez les autres.

C’est un lien que nous observons quels que soient les domaines : les individus ont tendance à considérer importants les domaines de la vie où ils rencontrent une plus grande satisfaction21. Rappelons tout

(15)

15

d’abord la difficulté à analyser les questions de « satisfaction » portant sur des domaines aussi impliquants que le cadre de vie. Il n’est en effet pas toujours aisé d’admettre que l’on est insatisfait d’un domaine important de sa vie. Georges Friedman indique ainsi que « dans nos sociétés compétitives et conformistes où l’individu d’apparence joviale et contente est souvent considéré comme quelqu’un de « bien adapté », « un type qui réussit » et où, en revanche, celui qui manifeste de l’insatisfaction dans son travail est regardé comme une sorte de raté, beaucoup de gens qui se sentent insatisfaits hésitent, sous la pression du milieu, à en faire l’aveu à eux-mêmes et moins encore à leur entourage »22.

Difficile de déterminer ce qui prévaut. La forte satisfaction dans le domaine du cadre de vie est-elle liée à l’inscription très forte que nos concitoyens expriment vis-à-vis de leur territoire, dans une forme de rationalisation ? ou témoigne-t-elle d’une véritable satisfaction ?

Quoi qu’il en soit, parmi les personnes qui valorisent fortement leur cadre de vie, plus d’une sur 10 en sont insatisfaites (11%). Ramenés à l’ensemble de la population, ce sont 5% des Français qui se trouvent

dans cette situation d’insatisfaction malgré une importance majeure accordée au cadre de vie. On

retrouve dans leur profil les éléments caractéristiques des personnes insatisfaites en général vis-à-vis du cadre de vie : il s’agit plus souvent d’ouvriers (8%) ou d’employés (7%), de bas revenus (9%), de personnes sans diplôme (7%) ainsi que des habitants de l’agglomération parisienne (8%).

Graphique 4 – Satisfaction du cadre de vie selon l’importance accordée à ce domaine

39% 49% 8% 3% 27% 60% 10% 3% 0% 20% 40% 60%

Très satisfait Satisfait Peu satisfait Pas du tout

satisfait Importance la plus importante accordée au cadre de vie (avec un ou plusieurs autres domaine ex aequo)

Importance la plus importante attribuée à un autre domaine

Source : Crédoc, Enquête Conditions de vie et Aspirations des Français, 2016

Régis Bigot, Sandra Hoibian, La mobilité professionnelle bridée par les problèmes de logement, Collection des rapports n°274, 2011, http://www.credoc.fr/pdf/Rapp/R274.pdf

(16)

16

2. Les trois quarts des Français sont attachés à leur région

Les Français sont majoritairement attachés à la région dans laquelle ils vivent. Les trois-quarts (73%)

attribuent une note supérieure à la moyenne (note 5 à 7 sur une échelle de 1 à 7), et 30% attribuent même la note maximale.

Graphique 5 – Chacun peut se sentir plus ou moins attaché à la région où il vit. Vous-même,

pouvez-vous positionner votre attachement à votre région sur une échelle de 1 à 7 ? (en %)

30 18 25 10 7 4 6 0% 20% 40% 60% 80% 100% votre attachement à votre région 1 2 3 4 5 6 7

Source : Crédoc, Enquête Conditions de vie et Aspirations des Français, 2016

Interrogés sur cette question dans l’enquête ISSP - International Social Survey Programme23 conduite en 2013, 35% des Français se déclaraient « très attachés » à leur région. Ce résultats, du même ordre de grandeur que celui mesuré dans l’enquête Condition de vie et aspirations, positionne la France juste

au-dessus de la moyenne des 33 pays où l’enquête a été réalisée (en moyenne, 31% des répondants se

déclaraient très attachés à leur région ou l’équivalent dans leur pays). Par rapport à leurs voisins européens, les Français font preuve d’un attachement moins important que les Espagnols et les Portugais, mais bien plus fort qu’en Allemagne (26%) ou en Belgique (15%) par exemple.

23 Cette enquête est en France conduite par le Centre National de la Recherche scientifique (CNRS), la

(17)

17 Graphique 6 - Dans quelle mesure vous sentez vous attaché à [votre région / country]

Réponse « très attaché », en % 11 12 12 15 17 18 20 21 23 23 26 26 27 27 27 28 28 28 29 29 33 34 35 37 37 39 42 42 44 47 47 52 60 0 20 40 60 LT-Lithuania DK-Denmark IS-Iceland BE-Belgium GB-Great Britain FI-Finland RU-Russia IE-Ireland US-United States SE-Sweden EE-Estonia DE-Germany LV-Latvia SK-Slovak Republic NO-Norway TW-Taiwan HR-Croatia CH-Switzerland PH-Philippines KR-Korea (South) SI-Slovenia ZA-South Africa FR-France JP-Japan MX-Mexico HU-Hungary PT-Portugal CZ-Czech Republic ES-Spain GE-Georgia IL-Israel TR-Turkey IN-India

Champ : personnes âgées de 18 ans et plus de 33 pays du monde24 Source : Enquête ISSP International Social Survey Programme 2013

Relevons que la région n’est pas l’unité territoriale à laquelle les Français se sentent le plus attachés. Toujours dans l’enquête ISSP, 59% des Français déclaraient en 2013 se sentir « très attachés » à leur

pays, plaçant la France en tête des pays européens sur ce point. Par comparaison, seuls 31% des

Allemands ou 40% des Portugais se déclarent très proches de leur pays. Et lorsque l’on interroge les Français sur l’espace territorial auquel ils ont le sentiment « d’appartenir avant tout », « La France »

24 Belgique, Lituanie, Croatie, Mexique, République Tchèque, Norvège, Danemark, Philippines, Estonie,

Portugal, Finlande, Russie, France, Slovaquie, Géorgie, Slovénie, Allemagne, Afrique du Sud, Royaume-Uni, Corée du Sud, Hongrie, Espagne, Islande, Suède, Inde, Suisse, Irlande, Taïwan, Israël, Turquie, Japon, Etats-Unis, Lettonie.

(18)

18

(37% des réponses) arrive clairement en tête des réponses, devant le quartier (26%). 10% des Français se sentent appartenir avant tout à leur région25.

Graphique 7 - Les Français s’identifient plus à leur commune/quartier, ou à la France, qu’à leur région

Dans quelle mesure vous sentez vous attaché à (votre pays)

Champ : personnes âgées de 18 ans et plus de 33 pays du monde26 Source : Enquête ISSP International Social Survey Programme27

2013

Auquel de ces lieux, avez-vous

personnellement le sentiment d’appartenir avant tout ? (en %)

2 11 5 2 36 13 6 25 (0,5) 12 5 2 37 10 7 26 Ne sait pas Au monde À l'Europe À un autre pays que la France À la France À votre région À votre département

À votre commune, à votre quartier 2013 2011

Source : CREDOC, Enquête « Conditions de vie et Aspirations », début 2013

L’attachement des Français à leur région varie en fonction de la région dans laquelle ils vivent : il est le plus fort sur dans les régions Bretagne, PACA et Occitanie, et le plus faible en Ile-de-France, avec des taux allant du simple à plus du double. La relative faiblesse de l’attachement régional chez les Franciliens s’explique certainement en raison de la forte proportion de résidents dans cette région qui

25 Sandra Hoibian, 2013, « Les Français en quête de lien social, baromètre de la cohésion sociale

2013 », étude réalisée à la demande de la DGCS, Collection des rapports du Crédoc, n° 292, juin.

26 Belgique, Lituanie, Croatie, Mexique, République Tchèque, Norvège, Danemark, Philippines, Estonie,

Portugal, Finlande, Russie, France, Slovaquie, Géorgie, Slovénie, Allemagne, Afrique du Sud, Royaume-Uni, Corée du Sud, Hongrie, Espagne, Islande, Suède, Inde, Suisse, Irlande, Taïwan, Israël, Turquie, Japon, Etats-Unis, Lettonie.

27 Cette enquête est en France conduite par le Centre National de la Recherche scientifique (CNRS), la

(19)

19

n’en sont pas originaires : plus de la moitié des Franciliens sont nés dans une autre région ou à l’étranger28.

Carte 2 – Attachement régional en fonction de la région de résidence (proportion de répondants ayant donné la note maximale pour qualifier leur attachement régional)

33% 33% 29% 39% 52% 33% 29% 16% 25% 41% 18% 28%

Part de répondants qui positionnent leur attachement à leur région sur "7"

39% et plus (3) 29% à 38% (5) Moins de 29% (4) HAUTS-DE-FRANCE GRAND EST BOURGOGNE-FRANCHE-COMTÉ CENTRE-VAL-DE-LOIRE AUVERGNE-RHÔNE-ALPES ILE-DE-FRANCE NOUVELLE-AQUITAINE PROVENCE-ALPES-CÔTE-D’AZUR PAYS-DE-LA-LOIRE NORMANDIE OCCITANIE BRETAGNE

Source : Crédoc, Enquête Conditions de vie et Aspirations des Français, 2016

Ces différentes tiennent probablement en partie aux caractéristiques des populations des territoires : par exemple les habitants de l’agglomération parisienne sont à la fois plus jeunes, plus diplômés, plus mobiles, autant de publics qui expriment en règle général un sentiment d’affiliation dans un territoire spatial plus large.

De fait, l’attachement à la région de résidence est d’autant plus fort que l’on avance en âge. On

observe également que l’attachement augmente lorsque les niveaux de diplôme et de revenus

diminuent.

28 Calvier C., Pichard L., 2015, « L’Ile-de-France, capitale des étudiants et des diplômés du

(20)

20 Graphique 8 - Proportion de répondants ayant attribué la note maximale pour qualifier leur attachement à la région dans laquelle ils vivent en fonction de différents marqueurs sociaux

Part de répondants ayant attribué la note 7 sur une échelle de 1 à 7

Selon l’âge 21% 23% 30% 36% 42% 0% 20% 40% Moins de 25 ans 25 à 39 ans 40 à 59 ans 60 à 69 ans 70 ans et plus

Selon le niveau de revenus

34% 31% 30% 23% 0% 20% 40% Bas revenus Classes moyennes inférieures Classes moyennes supérieures Hauts revenus

Selon le niveau de diplôme

42% 33% 31% 22% 0% 20% 40% Non diplômé

BEPC BAC Diplômé

du supérieur

Source : Crédoc, Enquête Conditions de vie et Aspirations des Français, 2016

Ces données font très largement écho, en sorte de miroir, aux marqueurs de la mobilité résidentielle29. Celle-ci est en effet en moyenne plus importante au sein des diplômés, des cadres, des hauts revenus. Non seulement parce qu’ils sont en moyenne mieux rémunérés et ils peuvent donc plus facilement supporter les coûts liés à un déménagement ; mais ils occupent également plus souvent des postes stratégiques au sein des entreprises et des administrations, ce qui leur offre une meilleure visibilité sur les opportunités d’emploi, fussent-ils éloignés. Occupant plus souvent des postes d’encadrement et d’organisation, les diplômés du supérieur sont parfois amenés à suivre les mouvements de leurs

29 Thierry DEBRAND et Claude TAFFIN, 2005, « Les facteurs structurels et conjoncturels de la mobilité

résidentielle depuis 20 ans », Economie et Statistique, n° 381-382 www.insee.fr/fr/ffc/docs_ffc/es381-382f.pdf

(21)

21

établissements : délocalisation, relocalisation, implantation d’une nouvelle entreprise à proximité d’un nouveau marché ou d’un réseau de fournisseurs. Dans une économie en mouvement, ils sont, plus que les autres, amenés à se déplacer30. Les jeunes sont également en moyenne plus mobiles que les autres classes d’âge, en liaison à la fois avec leur statut d’occupation du logement (ils sont plus souvent locataires) et leur cycle de vie (les moments de formation et séparation des couples, l’emploi et les naissances sont des moments privilégiés de mobilité). Autant d’explications qui jouent probablement en sens inverse, sur l’attachement à la région d’habitation.

Enfin, le fait d’être attaché à la région dans laquelle on vit semble jouer favorablement sur la

satisfaction du cadre de vie : 37% des personnes qui disent être très satisfaites de leur cadre de vie

attribuent la note maximale lorsqu’on les interroge sur leur attachement à leur région, contre 27% chez les autres.

30 Régis BIGOT, « Les répercussions directes et indirectes de la crise du logement sur l’emploi »,

(22)

22

TROIS PERSONNES SUR DIX ONT LE SENTIMENT DE VIVRE DANS UN TERRITOIRE NEGLIGE PAR LES POUVOIRS PUBLICS

1. Trois sur dix ont le sentiment d’habiter dans un territoire en grande difficulté

Une part non négligeable des Français a le sentiment d’habiter dans un territoire en grande difficulté : 28%, dont 7% de réponses tranchées « oui tout à fait ». Un tiers estime que le territoire dans lequel ils

vivent n’est pas du tout en difficulté.

Graphique 9 – Avez-vous le sentiment d'habiter dans un territoire en grande difficulté ?

Oui, tout à fait 7% Oui, plutôt 21% Non, plutôt pas 38% Non, pas du tout 34%

Source : Crédoc, Enquête Conditions de vie et Aspirations des Français, 2016

Peut-être parce qu’ils subissent plus que les autres les effets de la crise économique et que leur taux de chômage est en moyenne plus élevé que celui des autres, les bas revenus (35%) et les non diplômés

(28%) sont proportionnellement plus nombreux à penser que leur territoire est en crise. C’est d’ailleurs

aussi le cas des personnes en recherche d’emploi (36%, voir tableau ci-dessous) et des personnes qui déclarent s’imposer régulièrement des restrictions budgétaires (34% contre 21% chez les autres). Nous verrons plus loin que le regard que portent les individus sur leur territoire est lié aux caractéristiques objectives de ce territoire : il n’est donc pas surprenant de constater que les catégories de publics les plus précaires soient surreprésentées parmi les personnes qui estiment vivre dans un territoire en difficulté.

C’est dans les Hauts-de-France, territoire parmi les plus sinistrés suite à la désindustrialisation et fortement impacté par la crise économique de 2008 qu’on trouve le plus fort taux de personnes qui estiment que le territoire où elles vivent est en grande difficulté (44%). C’est aussi le cas en

Bourgogne-Franche-Comté (41%). A l’opposé, les habitants du Pays-de-la-Loire (10%) et ceux

d’Auvergne-Rhône-Alpes (18%) estiment moins souvent qu’en moyenne que leur territoire est en difficulté.

Les autres découpages territoriaux impactent peu le sentiment de vivre dans une région dans une mauvaise passe. En particulier, le fait de vivre en ville ou à la campagne ou la taille de l’agglomération urbaine à laquelle les habitants sont rattachés ne jouent pas sur cette opinion. En revanche, les habitants des communes isolées, en dehors de l’influence d’un pôle urbain estiment plus souvent que

(23)

23

leur territoire est en grande difficulté que les personnes qui vivent à proximité d’un pôle urbain, même petit.

Carte 3 – Sentiment de vivre dans un territoire en difficulté en fonction de la région de résidence (proportion de répondants qui ont « tout à fait » ou « plutôt » le sentiment de vivre dans un territoire

en grande difficulté) 34% 24% 30% 44% 35% 24% 18% 30% 10% 23% 41% 37%

Part de personnes ayant le sentiment d'habiter un territoire en grande difficulté

35% et plus (4) 28% à 34% (3) Inférieur à 28% (5) HAUTS-DE-FRANCE GRAND EST BOURGOGNE-FRANCHE-COMTÉ CENTRE-VAL-DE-LOIRE AUVERGNE-RHÔNE-ALPES NOUVELLE-AQUITAINE PROVENCE-ALPES-CÔTE-D’AZUR PAYS-DE-LA-LOIRE NORMANDIE OCCITANIE BRETAGNE ILE-DE-FRANCE

Source : Crédoc, Enquête Conditions de vie et Aspirations des Français, 2016

Le regard que portent les Français sur leur territoire apparait en phase avec les indicateurs économiques et sociaux de ces mêmes territoires. La part de personnes qui estiment que leur territoire est en grande difficulté est en effet d’autant plus forte que les taux de pauvreté et de chômage observés dans les

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24 Tableau 3 – Sentiment de vivre dans un territoire en grande difficulté selon plusieurs marqueurs

sociodémographiques

Avez-vous le sentiment d'habiter dans un territoire en grande difficulté ? Effectifs Oui, tout à fait Oui, plutôt Non, plutôt pas Non, pas du tout Ne sait pas % % % % %

Revenus par unité de consommation

Bas revenus 10 25 38 27 0 421

Classes moyennes inférieures 8 25 35 33 0 461

Classes moyennes supérieures 4 17 39 39 0 566

Hauts revenus 6 18 40 36 0 379 Non réponse 12 22 39 28 0 183 Niveau de diplôme Non diplômé 10 18 37 34 1 307 BEPC 7 26 35 31 0 710 BAC 7 19 37 37 0 384 Diplômé du supérieur 6 18 42 34 0 609 Statut d'activité Actif occupé 7 22 37 34 0 1029 Inactif 7 19 38 36 0 782 Chômeur 10 26 42 22 0 199

Typologie aire urbaine

Commune appartenant à un grand pôle 7 22 38 33 0 1184

Commune appartenant à la couronne d'un

grand pôle 6 20 38 36 0 530

Moyennes et petites aires urbaines 11 26 33 30 0 79

Communes multipolarisées 9 20 42 30 0 136

Communes isolées hors influence des pôles 14 20 37 29 0 80

Taux de pauvreté dans le département

moins de 12% 4 14 37 45 0 633

12% à moins de 14% 9 18 42 31 0 401

14% à moins de 16% 7 27 38 28 0 368

16% et plus 10 27 36 27 0 607

Taux de chômage dans le département 668

moins de 9% 3 13 38 45 0

9% à moins de 10% 8 21 42 29 0 419

10% à moins de 11% 7 23 40 30 0 381

11% et plus 11 30 33 25 0 542

Total 7 21 38 34 0 2010

Source : Crédoc, Enquête Conditions de vie et Aspirations des Français, 2016 ; INSEE, Base permanente des équipements de 2015 ; Insee-DGFiP-Cnaf-Cnav-Ccmsa, Fichier localisé social et fiscal 2012

Enfin, relevons que le sentiment de vivre dans un territoire en difficulté va de pair avec un moindre

attachement territorial : 40% des répondants qui pensent « tout à fait » que leur territoire est en crise

ont un attachement fort à leur région, contre 51% de ceux qui ne pensent « pas du tout » que leur territoire est en difficulté, soit plus de 10 points d’écart.

(25)

25 Graphique 10 – Part de personnes se déclarant attachées à leur région en fonction du sentiment de

vivre dans un territoire en grande difficulté

Note 5 à 7 à l’attachement territorial sur une échelle de 1 à 7 (7 signifiant l’attachement maximal)

40% 48% 48% 51% 0% 20% 40% 60% Oui, tout à fait

Oui, plutôt Non, plutôt pas

Non, pas du tout

Avez-vous le sentiment d'habiter dans un territoire en grande difficulté ?

Source : Crédoc, Enquête Conditions de vie et Aspirations des Français, 2016

2. Trois sur dix ont le sentiment de vivre dans un territoire délaissé par les pouvoirs publics

Près de trois Français sur dix partagent un sentiment de délaissement territorial : 20% ont « plutôt » le sentiment d’être dans un territoire délaissé des pouvoirs publics, 8% en sont convaincus.

Graphique 11 – Avez-vous le sentiment d'habiter dans un territoire délaissé par les pouvoirs publics ?

Oui, tout à fait 8% Oui, plutôt 20% Non, plutôt pas 39% Non, pas du tout 33%

(26)

26

a. Le sentiment de délaissement et le sentiment de vivre dans un territoire en difficulté sont fortement liés, sauf dans les quartiers prioritaires

Sans se recouvrir totalement, sentiment de vivre dans un territoire en mauvaise posture et sentiment de délaissement sont deux opinions fortement liées..

Graphique 12 – Sentiment de délaissement selon le regard porté sur les difficultés rencontrées par le territoire

Avez-vous le sentiment d'habiter dans un territoire délaissé par les pouvoirs publics ?

15 30 67 17 3 7 18 75 23 50 13 7 58 12 2 1 100 80 60 40 20 0 20 40 60 80 100

Oui, tout à fait Oui, plutôt Non, plutôt pas Non, pas du tout

81% 15% 8% 62% Avez-vous le sentiment d'habiter dans un territoire en grande difficulté ?

Source : Crédoc, Enquête Conditions de vie et Aspirations des Français, 2016

Dans la même logique, les régions dans lesquelles le sentiment de vivre dans un territoire en crise est plus fort que la moyenne sont aussi celles où le sentiment de relégation est important, et inversement :

- Les Hauts-de-France, la Bourgogne-Franche-Comté et la Nouvelle-Aquitaine cumulent sur ces

deux plans les opinions plutôt négatives ;

- à l’inverse, le Pays de la Loire et la région Auvergne-Rhône-Alpes recueillent davantage

d’opinions positives de la part de leurs résidents.

Les habitants de la région Centre Val de Loire semble, selon cette grille de lecture, témoignent d’un fort sentiment de délaissement au regard des difficultés perçues.

(27)

27 Tableau 4 – Sentiment de relégation et sentiment de vivre dans un territoire en crise selon la zone

géographique de résidence

Ile de France

Centre Val de Loire

Bourgogne Franche comté Normandie Hauts de France Grand Est Pays de la Loire Bretagne Nouvelle Aquitaine Occitanie

Auvergne Rhône Alpes Provence Alpes Côtes

d'Azur 0 10 20 30 40 50 60 0 10 20 30 40 50 60

Sentiment que leur territoire est délaissé par les pouvoirs publics

Sentiment que leur territoire est en grande difficulté

Source : Crédoc, Enquête Conditions de vie et Aspirations des Français, 2016

Lecture : les taux présentés sont les cumuls pour chaque région et en moyenne nationale des réponses « oui tout à fait » et « oui plutôt ». Les cases en rose présentent des taux significativement supérieur à la moyenne ;

les cases en gis présentent des taux significativement inférieur à la moyenne (chi², seuil de 5%)

Avec l’appui du Bureau Observation des territoires en politique de la ville du CGET, et à partir du recueil de l’adresse exacte des répondants à l’enquête, une qualification de la base de données a été réalisée pour identifier les répondants qui résident au sein d’un quartier prioritaire au titre de la politique de la

ville (sur la base de la nouvelle géographie prioritaire mise en place depuis le 1er janvier 2015, et faisant suite entre autres aux Zones Urbaines Sensibles). Un peu plus de 80% des adresses ont ainsi pu être qualifiées (1651 répondants sur les 2010 participants à l’enquête), et 79 répondants à la vague juin 2016 Conditions de vie de l’enquête Conditions de vie et aspirations ont été identifiés comme résidents d’un quartier prioritaire.

Malgré la prégnance du sentiment de vivre dans un territoire en grande difficulté chez les habitants des quartiers prioritaires (40% contre 28% chez les autres), ceux-ci n’ont pas plus souvent le sentiment de

(28)

28

statistiquement significatifs). Les habitants des quartiers prioritaires ont peut-être conscience de vivre dans un territoire qui bénéficie d’une action renforcée de la part des pouvoirs publics.

Graphique 13 – Sentiment de délaissement chez les habitants des quartiers prioritaires

12% 8% 19% 20% 39% 39% 31% 34% 0% 20% 40% 60% 80% 100% Est en quartier prioritaire N'est pas en quartier prioritaire

Non, pas du tout Non, plutôt pas Oui, plutôt Oui, tout à fait

Source : Crédoc, Enquête Conditions de vie et Aspirations des Français, 2016

b. Les habitants des communes pauvres, peu équipées et éloignées des grandes aires urbaines estiment plus que les autres vivre dans un territoire délaissé par les pouvoirs publics

Il existe un lien fort entre le sentiment de vivre dans un territoire qui n’est pas suffisamment pris en compte par les pouvoirs publics et les caractéristiques objectives des territoires dans lesquels résident les répondants.

Le sentiment de vivre dans un territoire délaissé par les pouvoirs publics est d’autant plus fréquent que les répondants vivent dans un département où les taux de pauvreté monétaire et de chômage sont élevés : 32% dans les territoires où 16% ou plus de la population est pauvre, contre 22% là où cela

concerne moins de 12% des individus ; 36% quand le taux de chômage est d’au moins 11%, contre 18% dans les département où le chômage concerne moins de 9% des actifs.

(29)

29 Graphique 14 – Sentiment de délaissement selon le taux de pauvreté départemental moyen (seuil de

60%) 22% 25% 33% 32% 0% 20% 40% moins de 12% 12% à moins de 14% 14% à moins de 16% 16% et plus

Source : Crédoc, Enquête Conditions de vie et Aspirations des Français, 2016

Le nombre d’équipements disponibles sur la commune de résidence est également fortement lié au sentiment de relégation. L’INSEE répertorie chaque année au sein de la base permanente des équipements l’ensemble des équipements disponibles dans la quasi-totalité des communes françaises.

Le sentiment d’être dans un lieu délaissé par les pouvoirs publics semble se nourrir pour partie de l’absence ou de l’insuffisance des équipements dits intermédiaires (police-gendarmerie, supermarché,

librairie, collège, laboratoire d’analyses médicales, ambulance, gare, bassin de natation…). Plus du tiers des personnes qui résident dans une commune au sein de laquelle aucun équipement intermédiaire n’est disponible ont le sentiment que leur territoire est délaissé par la puissance publique, contre moins du quart de ceux qui ont sur leur commune au moins 15 des 34 équipements intermédiaires répertoriés.

Graphique 15 – Sentiment de délaissement selon le nombre d’équipements intermédiaires disponibles dans la commune de résidence

Cumul des réponses « oui tout à fait » et « oui plutôt »

34% 29% 24% 23% 0% 20% 40% Aucun équipement intermédiaire 1 à 4 équipements intermédiaires 5 à 14 équipements intermédiaires 15 et plus équipements intermédiaires

(30)

30

Enfin, le sentiment de délaissement est particulièrement prégnant dans les communes situées en

dehors de l’influence des grandes aires urbaines, qu’il s’agisse des communes isolées ou des communes situées dans des pôles de plus petite taille : respectivement 45% et 44% de personnes sont

« tout à fait » ou « plutôt d’accord » dans ces zones plus éloignées de l’activité économique des grandes aires urbaines, contre 25% parmi les résidents des communes rattachées à un grand pôle, et 19% dans l’agglomération parisienne.

On retrouve ici la plus forte prégnance du sentiment d’abandon chez les habitants les plus éloignés de l’influence des métropoles, mais pas l’hypothèse d’un effet de relégation territoriale plus marqué chez les habitants des zones périurbaines. Une étude récente menée par le Conseil d’orientation pour l’emploi corrobore ces résultats31 : la majorité des actifs qui ne vivent pas dans une agglomération de plus de 100 000 habitants estiment que le dynamisme économique des métropoles ne profite pas à leur territoire (60% des personnes en emploi et 71% des chômeurs). Interrogés sur le regard qu’ils portent sur leur territoire, près de la moitié des actifs (champ de l’étude) ruraux (47%) et vivant dans des petites villes (46%) estiment en outre que leur territoire n’est pas bien préparé pour s’adapter aux évolutions récentes, contre 28% des habitants des grandes villes.

Graphique 16 – Sentiment de délaissement selon le zonage en aires urbaines

Cumul des réponses « oui tout à fait » et « oui plutôt »

25% 27% 44% 30% 45% 0% 20% 40% 60% Communes appartenant à un grand pôle Espace périurbain Moyennes et petites aires urbaines Communes multipolarisées Communes isolées hors influence des pôles

Source : Crédoc, Enquête Conditions de vie et Aspirations des Français, 2016

L’espace périurbain est ici défini comme par les communes appartenant à la couronne d’un grand pôle, y compris les communes multipolarisées des grandes aires urbaines. La catégorie « communes multipolarisées »

exclue les communes multipolarisées des grandes aires urbaines. Relevons que la moitié des habitants de l’espace périurbain ainsi défini vivent dans des zones rurales.

Au sein des pôles urbains, le sentiment de vivre dans un territoire délaissé par les pouvoirs publics est légèrement plus fort dans les villes-centre (29%) que dans les banlieues (24%).

La géographie du sentiment de délaissement se superpose assez bien à la géographie des niveaux de revenus des Français : globalement, le sentiment de délaissement apparait plus fort là où les revenus

31 Conseil d’orientation pour l’emploi (COE), 2015, « Emploi et territoire », étude réalisée par CSA,

(31)

31

des Français sont les moins élevés. En effet, une étude récente sur les revenus réalisée par l’INSEE32 montre que si les revenus sont globalement plus élevés dans les grandes aires urbaines que dans les plus petites aires urbaines et les communes isolées, au sein des pôles, les revenus moyens sont plus faibles dans les villes-centres que dans les banlieues (Paris et Lyon faisant figure d’exception sur ces deux points).

c. Le sentiment de délaissement est plus fréquent chez les bas revenus et les chômeurs, y compris une fois les effets de territoire contrôlés

Le sentiment de délaissement est lié à la situation sociale et économique des répondants : les plus pauvres (36%), les non diplômés (33%), et les chômeurs (39%) expriment plus que les autres le

sentiment que le territoire dans lequel ils vivent est délaissé par les pouvoirs publics.

37 36 40 41 27 30 39 39 25 24 15 15 11 10 5 4 80 60 40 20 0 20 40 60

Bas revenus Classes

moyennes inférieures Classes moyennes supérieures Hauts revenus 36% 20% 19% 34%

Source : Crédoc, Enquête Conditions de vie et Aspirations des Français, 2016

Afin d’isoler les effets liés au caractéristiques individuelles de ceux des territoires, des régressions logistiques ont été réalisées. La probabilité d’avoir « tout à fait » ou « plutôt » le sentiment de vivre dans un territoire délaissé par les pouvoirs publics a été modélisé en introduisant le niveau de revenus ajusté du ménage, la situation d’activité du répondant, son niveau de diplôme, le taux de pauvreté départemental moyen, le nombre d’équipements intermédiaires sur la commune, et le zonage en aires urbaines33.

Pour chacun des deux modèles réalisés, l’effet des caractéristiques individuelles comme celui des

caractéristiques des territoires de vie restent vrais « toutes choses égales par ailleurs ». L’effet lié aux

32 Jean-Michel Floch, 2014, INSEE, « Des revenus élevés et en plus forte hausse dans les couronnes

des grandes aires urbaines », France, portrait social

33 Le nombre d’équipements intermédiaires sur la commune et le zonage en aires urbaines étant deux

variables étant fortement corrélées, il n’est pas possible de les introduire simultanément dans le même modèle. Deux modèles ont donc été réalisés.

(32)

32

caractéristiques des territoires est plus fort (les odds-ratios sont éloignés de 1) : c’est d’abord le zonage en aire urbaine qui ressort, suivi du niveau de diplôme et enfin du niveau de vie.

A caractéristiques socioéconomiques du territoire équivalentes, le profil des individus continue de jouer sur le sentiment de délaissement territorial : les plus riches, les plus diplômés et les personnes en emploi ont moins souvent le sentiment que leur territoire n’est pas suffisamment pris en compte par les pouvoirs publics que les autres. Mieux dotés en capital culturel et économique, ils sont certainement mieux outillés pour mobiliser les ressources des territoires dans lesquels ils vivent, y compris dans les territoires les plus éloignés de l’activité économique.

(33)

33

Tableau 5 - Modélisation de la probabilité d’avoir « tout à fait » ou « plutôt » le sentiment d'habiter dans un territoire délaissé par les pouvoirs publics

Odds-ratio et

significativité

Odds-ratio et

significativité

Niveau de vie Niveau de vie

Bas revenus 1,678 *** Bas revenus 1,710 ***

Classes moyennes inférieures 1,654 *** Classes moyennes inférieures 1,685 ***

Classes moyennes supérieures 0,918 Classes moyennes supérieures 0,924

Hauts revenus ref Hauts revenus ref

Non réponse 1,527 ** Non réponse 1,459 *

Niveau de diplôme Niveau de diplôme

Non diplômé 1,686 *** Non diplômé 1,847 ***

BEPC 1,936 *** BEPC 2,057 ***

BAC 1,603 *** BAC 1,663 ***

Diplômé du supérieur ref Diplômé du supérieur ref

Situation d'activité Situation d'activité

Actif occupé ref Actif occupé ref

Chômeur 1,405 * Chômeur 1,437 **

Inactif 0,943 Inactif 0,961

Taux de pauvreté Taux de pauvreté

moins de 12% 0,790 moins de 12% 0,845

12% à moins de 14% ref 12% à moins de 14% ref

14% à moins de 16% 1,378 * 14% à moins de 16% 1,328 *

16% et plus 1,548 *** 16% et plus 1,342 *

Zonage en aires urbaines Nombre d'équipement dans la commune

Commune appartenant à un grand pôle 0,826 Aucun équipement intermédiaire 0,257 *

Commune appartenant à la couronne d'un grand pôle ref 1 à 4 équipements intermédiaires ref Moyennes et petites aires urbaines 1,953 *** 5 à 14 équipements intermédiaires 0,750 **

Communes multipolarisées 1,116 15 équipements intermédiaires et plus 0,733 **

Communes isolées hors influence des pôles 2,253 ***

Lecture : Pour simplifier la lecture, seuls deux indicateurs ont été retenus : « l’odds ratio » et le « seuil de significativité » qui lui est associé. Un odds-ratio supérieur à 1 (resp. inférieur à 1), statistiquement significatif, indique que le facteur accroit (resp. réduit) la probabilité d'avoir le sentiment d'habiter dans un territoire délaissé par les

pouvoirs publics.*** : significatif au seuil de 1% ; ** : significatif au seuil de 5% ; * : significatif au seuil de 10% ; ref : catégorie de référence. Source : Crédoc, enquête « Conditions de vie et aspirations », 2016

Figure

Tableau 2 - Modélisation de la probabilité d’être « très satisfait » de son cadre de vie (vs « plutôt »,  « peu » ou « pas du tout  satisfait »)
Graphique 4 – Satisfaction du cadre de vie selon l’importance accordée à ce domaine
Graphique 7  - Les Français s’identifient plus à leur commune/quartier, ou à la France, qu’à leur région
Graphique 9 – Avez-vous le sentiment d'habiter dans un territoire en grande difficulté ?
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