2.2 Calibration, validation des vagues
2.2.3 Validation sur la période 1980-2002
L'analyse ne de la variabilité spatiale et temporelle des climats de vagues nécessite une
validation poussée des vagues modélisées. Le modèle WW3 est validé en utilisant les bouées
listées dans le tableau 2.2. Les bouées utilisées précédemment pour la calibration sont réutilisées
mais sur leur période de déploiement complète. La validation s'articule en trois parties. Tout
d'abord, la performance du modèle est discutée à partir des erreurs statistiques à chaque bouée.
Ensuite, les hauteurs et directions modélisées sont comparées plus en détail aux observations sur
une sélection de quelques bouées. Enn, la performance du modèle mis en place est comparée à
la performance de modèles existants.
Les vagues modélisées sont comparées aux vagues observées au niveau de douze bouées. Les
erreurs statistiques sont données dans le tableau 2.5.
Le long de la façade atlantique française, le modèle WW3 reproduit relativement bien les
variations des vagues : en excluant la bouée St Nazaire (profondeur mal représentée dans le
modèle), on a un coecient de détermination compris entre 0.86 et0.94 pour les hauteurs
signi-2. RÉGIONALISATION DYNAMIQUE DES VAGUES : MÉTHODE, MODÈLES ET DONNÉES
Hauteur signicative Période moyenne Tm02 Direction
Bouée Biais RMSE R
2SI Biais RMSE R
2SI Biais RMSE
Gascogne (R1) −1cm 38 cm 0.94 15% −0.17 s 0.77 s 0.82 10% − −
Bayonne −10cm 39 cm 0.87 23% 1.27s 1.85 s 0.66 19% − −
Biscarrosse 10 cm 35 cm 0.87 24% 0.90s 1.71 s 0.56 22% − −
Cap Ferret 1 0 cm 28 cm 0.92 15% 0.84s 1.38 s 0.70 16% − −
Cap Ferret 2 5 cm 28 cm 0.93 16% 1.05s 1.57 s 0.68 18% 7
◦23
◦Yeu 1 −9cm 32 cm 0.93 16% 0.62s 1.24 s 0.71 17% − −
Yeu 2 −4cm 28 cm 0.92 16% 0.69s 1.14 s 0.70 15% −3
◦24
◦Yeu 3 4 cm 30 cm 0.94 16% 0.80s 1.35 s 0.71 17% − −
St Nazaire −7cm 25 cm 0.77 30% 1.14s 1.89 s 0.36 33% − −
Minquiers −9cm 26 cm 0.88 20% 0.10s 1.13 s 0.55 21% 1
◦32
◦Cayeux −43cm 58 cm 0.85 29% −0.16 s 1.03 s 0.16 23% − −
Dunkerque −33cm 45 cm 0.76 31% −0.40 s 0.79 s 0.23 17% − −
Table 2.5 Résultat de la comparaison entre les vagues simulées avec WW3 (rangs 1 et 2) et
les observations : le biais, la racine de l'erreur quadratique moyenne (RMSE), le coecient de
détermination (R
2) et l'indice de dispersion (SI) sont calculés pour la hauteur signicative et la
période moyenne, le biais et la RMSE pour les directions. Les directions pic sont comparées aux
bouées Yeu 2 et Minquiers, et les directions moyennes à la bouée Cap Ferret 2.
catives, et compris entre0.56et0.82pour les périodes moyennes. La comparaison des hauteurs
signicatives donne un biais compris entre−10 et12 cm, une erreur RMS inférieure à39 cm et
un indice de dispersion compris entre15%et30%. Concernant les périodes moyennes, elles sont
surestimées de0.62à1.27s, sauf à la bouée Gascogne où elles sont légèrement sous-estimées par
le modèle (biais de−0.17s). L'erreur RMS est relativement élevée (RMSE de1.14à1.89 s), sauf
à la bouée Gascogne (RMSE de 0.77 s). Enn, l'indice de dispersion est très faible à la bouée
Gascogne (10%) et compris entre 15% et 33% aux autres bouées de la façade atlantique. Les
directions pic à la bouée Yeu 2 et les directions moyennes à la bouée Cap Ferret 2 présentent,
respectivement, une erreur RMS de24
◦et23
◦et un biais de−3
◦et7
◦.
Dans la Manche, les défauts constatés précédemment se conrment. Les erreurs sont très
importantes, en particulier aux bouées Cayeux et Dunkerque, les plus éloignées de la façade
atlantique. Ces résultats s'expliquent entre autres par la faible résolution du modèle au niveau
de la mer du Nord et du passage entre le rang 1 et le rang 2, et par les forts courants de marée et
courants induits (1 à plusieurs m s
−1) présents dans cette zone. En eet, les caractéristiques des
vagues sont inuencées par les variations temporelles de hauteur d'eau et de courant. La série
2.2. CALIBRATION, VALIDATION DES VAGUES
temporelle des hauteurs, périodes et directions de vague au niveau de la bouée Minquiers (gure
2.7) met en évidence les variations semi-diurnes, avec une amplitude beaucoup plus marquée en
marée de vive-eau. Les directions, en particulier, peuvent subir des variations allant jusqu'à 50
◦.
Le modèle mis en place ne convient donc pas à l'étude des champs de vagues dans la Manche.
Figure 2.7 Hauteurs, périodes et directions simulées et observées du 3 au 26 août 1998 à
la bouée Minquiers (haut) et niveaux de marée prédite par rapport au zéro hydrographique au
marégraphe de St Malo (bas), source : SHOM.
La validation du modèle WW3 se poursuit avec une analyse plus détaillée des hauteurs de
vague modélisées aux bouées Gascogne, Biscarrosse et Cap Ferret 1. L'histogramme et le graphe
quantile-quantile à la bouée Gascogne (gure 2.8) montrent que les vagues sont relativement bien
modélisées jusqu'à une hauteur de 4 m. Au-delà de 4 m, les hauteurs de vague sont légèrement
surestimées, en partie à cause de la forte occurrence des vagues dont la hauteur est supérieure
à 8 m. Aux deux autres bouées, les histogrammes et les graphes quantile-quantile (gure 2.8)
montrent que les hauteurs de vague sont correctement modélisées sur l'ensemble de leur
distri-bution. On note de plus fortes diérences entre modèle et mesures pour les hauteurs les plus
grandes. Cependant, ces chires se basent sur un petit nombre de vagues (occurrences calculées
inférieures à10) et ne sont pas forcément représentatifs de la queue de distribution des hauteurs.
L'occurrence des plus grandes hauteurs est en général sous-estimée par le modèle. On retrouve
2. RÉGIONALISATION DYNAMIQUE DES VAGUES : MÉTHODE, MODÈLES ET DONNÉES
ce résultat sur les graphes quantile-quantile, avec les derniers quantiles de hauteur plus faibles
dans le modèle que dans les observations au niveau de la bouée Cap Ferret 1.
Figure 2.8 Histogrammes (gauche) et graphes quantile-quantile (droite) des hauteurs de vague
mesurées et simulées avec WW3 aux bouées Gascogne, Biscarrosse et Cap Ferret 1.
Concernant les directions des vagues, la gure 2.9 permet de se rendre compte que la direction
des vagues en provenance de l'Ouest à la bouée Yeu 2 et du Nord-Ouest à la bouée Cap Ferret 2
est très bien modélisée. Cependant, les directions moins fréquentes des vagues générées localement
sont très mal modélisées. A la bouée Yeu 2, on remarque que les vagues générées par des vents
locaux au Sud et Sud-Est de la bouée ne sont pas reproduites par le modèle. A la bouée Cap
Ferret 2, la zone de fetch est plus réduite du fait de sa proximité à la côte linéaire aquitaine. On
remarque donc très peu de vagues mesurées en provenance du Sud ou de l'Est.
Le modèle WW3 est donc validé sur 12 bouées. Les résultats au niveau des bouées de la
façade atlantique indiquent que le modèle mis en place convient pour une étude approfondie du
climat de vagues dans le Golfe de Gascogne. Il est important de noter que les champs de vagues
2.2. CALIBRATION, VALIDATION DES VAGUES
Figure 2.9 Comparaison des directions mesurées aux directions simulées avec WW3 au niveau
de la bouée Yeu 2 (gauche) et Cap Ferret 2 (droite). Les directions mesurées se lisent sur le cercle
extérieur bleu, comme sur une rose des vents. Les directions simulées se lisent sur les axes noirs
et correspondent à la distance par rapport au centre du cercle. Par exemple, une vague mesurée
en provenance de45
◦est représentée par un point placé sur la médiane du quadrant Nord-Est. Si
elle est modélisée comme provenant de 180
◦, alors le point est placé à mi-distance entre le centre
du cercle (0
◦) et le cercle extérieur (360
◦). La courbe rouge représente l'égalité entre direction
mesurée et simulée.
modélisés ne conviennent pas à l'étude du climat de vagues dans la Manche.
Pour conclure la validation du modèle mis en place, la qualité des champs de vagues modélisés
est comparée à la qualité de trois autres bases de données existantes : les vagues issues de la
réanalyse ERA40-vague (Uppala et al., 2005), la base de données de Dodet et al. (2010) et
ANEMOC (Benoit and Lafon, 2004).
La réanalyse ERA40-vague est basée sur le modèle de vagues WAM (Komen et al., 1994)
couplé avec un modèle atmosphérique. Les vagues sont disponibles à un pas de temps de 6 h,
avec une résolution spatiale de 1.5
◦, de 1958 à 2001. La résolution spatiale d'ERA40-vague ne
permettant pas de faire une inter-comparaison au niveau de bouées côtières, les deux jeux de
données sont comparés aux mesures de la bouée Gascogne, au large. Le jeu de données de cette
étude est rééchantillonné toutes les 6h pour présenter le même pas de temps qu'ERA40-vague.
Il faut cependant garder à l'esprit que le modèle mis en place pour cette étude est optimisé pour
donner des erreurs minimales à la bouée Gascogne. Comme attendu, la comparaison des deux
jeux de données révèle que les hauteurs de vague issues de cette étude (biais : 0 cm, RMSE :
2. RÉGIONALISATION DYNAMIQUE DES VAGUES : MÉTHODE, MODÈLES ET DONNÉES