environ d’une marche difficile à travers la brousse et arrivèrent à Boôba après avoir
traversé trois larges rivières. Les habitants, bien que n’ayant jamais vu un Blanc,
n’eurent pas peur. C’était une petite localité qui marquait la limite du pays des Ba-
mboko. On leur dit que les habitants de Bakundu parlait une langue tout à fait diffé
rente, que la ville était grande et qu’ils pouvaient l’atteindre dans la soirée (il était 4
h.15 de l’après-midi), ils achetèrent deux coqs, puis continuèrent leur route à travers la
brousse. Ils côtoyèrent deux autres plaines et traversèrent deux fortes rivières, dans
lesquelles le missionnaire dut marcher lui-même, car le courant était trop rapide pour
pouvoir être passé par les hommes. Ils marchaient vite, mais comme la nuit tombait.
Joseph Wilson et Thomas Comber forcèrent le pas et passèrent devant, espérant arri
ver à la ville. Mais il fit tout à fait sombre, et ils arrivèrent à une rivière impétueuse
qu’ils jugèrent dangereuse à traverser la nuit. Rien à faire: il fallait camper. Us retour-
'nèrent vite en arrière - un bon bout de chemin - à la rencontre de ceux qui les sui
vaient avec les bagages. Us choisirent un lieu de campement et cherchèrent du bois
sec, à tâtons. Après beaucoup de persévérance et de soins, un feu fut allumé et ils se
mirent à l’aise autant que les circonstances le permirent. Après un souper frugal com
posé de harengs, un peu de biscuits et quelques plantains rôtis, ils étalèrent des
couvertures et des draps pour se coucher. C’était pénible d’entretenir un bon feu
pendant toute la nuit, mais la sécurité en dépendait. Le missionnaire trouva plus sûr de
garder le fusil à côté de lui, pour se défendre éventuellement contre un léopard égaré,
affamé. "Je me suis endormi, écrivit Thomas Comber, après que nous nous sommes
remis à la garde et à la protection de notre Père, au milieu d’un étrange mélange de
bruits, la nuit, dans une forêt tropicale: le sifflement des sauterelles, le clic-clac d’énor
mes chauves-souris, les cris aigus des chacals et toutes les innombrables voix d’insectes
inconnus." ^^32
Mercredi 11 avril 1877. - Réveil à 5 h.3Ü du matin, départ à 5 h.55. En dix minutes
ils arrivèrent à la rivière dont Thomas Comber et Joseph Wilson avaient entendu le
bruit la nuit passée. 11 y avait un réel danger et l’on ne pouvait la traverser la nuit sans
perte de vie. Le courant était très fort et la chute, haute de plusieurs pieds, se trouvait
justement au passage à gué. L’eau était très profonde en amont de la chute. Ce
matin-là, pour traverser, Thomas Comber dut se déchausser, dénuder ses jambes et ne
pouvait maintenir que très difficilement ses pieds sur les pierres submergées, vu que
l’eau se précipitait au-dessus d’elles. A 7 heures du matin, ils arrivèrent à Bakundu et
furent immédiatement frappés par l’étendue de la localité. Us entrèrent dans la rue
après avoir contourné une maison. En les voyant, tous les habitants s’enfuirent,
effrayés. Les étrangers leur montrèrent le tabac, offrirent de la poudre à priser, etc...,
pour les attirer, mais aucun n’osa s’approcher. A la fin, un homme à l’esprit éveillé
s’approcha sans hésitation, leur serra la main, prit du tabac à priser et répondit "en
anglais" aux questions qu’ils lui posèrent "en Bomboko". Cela les fit tomber de haut.
Qui était-il? Il leur dit qu’il était un commerçant résidant à Akumbi et qu’il se trouvait
à Bakundu pour acheter de l’huile pour Yellow. Ce fut là une nouvelle à les faire
réfléchir. Il les conduisit à la maison du chef. Les habitants, voyant que les voyageurs
avaient un comportement amical avec cet homme, vinrent à flot continu par centaines
autour de la porte, regardant fixement, avec curiosité et étonnement le premier hom
me blanc qu’ils eussent jamais vu. Ils osèrent bientôt entrer dans la maison jusqu’à la
remplir. Thomas Comber demanda à leur nouvel ami commerçant de leur acheter de
la nourriture; il le fit et leur fit payer un bon prix. Pendant que l’on faisait la cuisine.
le commerçant fit faire au missionnaire une visite de la ville: une longue rue de plus
d’un quart de mille, construite sur une pente rapide, "presque comme une ville au nord
de Devon." ^033
' Les maisons étaient très grandes et solides; le missionnaire en compta quatre-vingt-
cinq dans une seule rue... Joseph Wilson estima la moyenne de douze à quinze person
nes par maison et ils chiffrèrent à approximativement 1000 ou 1500 habitants la popu
lation de Bakundu. Le missionnaire trouva que ce lieu était un bon champ de travail.
Ils y virent deux maisons d’Egbo, une à chaque extrémité; cette coutume y était donc
prédominante, comme à Calabar. Après la promenade ils rejoignirent le groupe et
prirent ensemble leur petit déjeuner, sous les regards d’environ cent cinquante person
nes très tranquilles mais que le missionnaire croyait cependant un peu timide. Après le
petit déjeuner, ils furent présentés au chef. "11 donna l’impression d’avoir eu peur de
se montrer avant cela. C’était un homme d’un certain âge, sur le visage duquel on lisait
une certaine inquiétude, et qui était tout le temps en train de soigner ou d’apprendre à
marcher à sa petite fille qui souffrait de pian..."
Ils lui dirent, ainsi qu’à ses notables, qui ils étaient et qu’ils étaient venus leur
annoncer la parole de Dieu et leur demandèrent s’ils étaient contents de les voir. Ils
trouvèrent un Bomboko demeurant à Bakundu; avec son aide ils parlèrent au king. 11 y
avait un homme du groupe qui comprenait passablement le bomboko et qui était
compris par le Bomboko mieux que Jopseph Wilson. Cet homme expliquait à l’homme
Bomboko et ce dernier expliquait au roi. La première question du king et les siens fut
de savoir si le missionnaire était venu juste pour les voir ou s’il voulait s’établir parmi
eux. Thomas Comber leur dit que s’ils voulaient l’accueillir, il était disposé à construire
une maison et à vivre chez eux pour leur faire du bien. Ils promirent d’y penser et de
se consulter à ce sujet pour pouvoir lui répondre à une palabre du soir. Il y avait
environ cinq chefs au-dessous du roi Mosaka (de son nom), "qui étaient tous posés et
pleins de dignité dans leur tenue. Le missionnaire et ses compagnons décidèrent de
demeurer ce jour-là à Bakundu pour entendre la réponse des chefs, le soir. Ce fut une
longue journée et il n’y avait presque rien à faire. Thomas Comber se sentant assez
mal, ne pouvait pas se promener. La chaleur était intense; le sol de Bakundu, argileux
comme delui de Calabar, réfléchissait les rayons du soleil et le missionnaire s’en
ressentait. Durant la journée Egbo passa dans la rue; tous les habitants coururent çà et
là, les portes se fermèrent; mais les membres du groupe missionnaire ne furent pas
autorisés à le voir. Ils achetèrent beaucoup de nattes et de sacs aux habitants, qui
faisaient beaucoup d’objets en joncs et en fibres, ouvrage très bien exécuté. Tous les
enfants et la plupart des garçons et des filles étaient tout à fait nus; les adultes
1033. Devon ou Devonshire : comté de la Grande-Bretagne, au sud-ouest de l'Angleterre, entre le canal de Bristol ei la Manche. - Larousse du XXe Siècle en six volumes, i.2, p.830, Paul Augé, Larousse, Paris, 1929.
- The Missionary.... opcit. November 1877. p.272. 1034. The Missionary..., idem.
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