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3.4 Synthèse sur la spécificité des maillages

structurés

Avant de conclure ce chapitre, on fait le point sur la spécificité des maillages

structurés, afin de mieux préparer le lecteur au chapitre 4.

Le premier point abordé est celui de la condensation de masse. Nous avons

montré que ce procédé permettait d’éviter l’inversion d’une matrice de masse

non diagonale, cela sans dégrader la précision de l’aproximation en éléments

finis. En pratique, cette propriété reste vraie tant que le maillage reste

homo-gène (la taille des éléments varie peu) et ne contient pas de triangles aplatis.

Il faudra donc être très attentif quand on utilisera la condensation de masse

sur des maillages non structurés.

Le deuxième point abordé concerne les conditions aux limites du domaine

de résolution de l’équation de diffusion. En effet, imposer des conditions aux

limites est obligatoire pour que l’équation soit bien posée, et a pour effet de

déformer la réponse impulsionnelle proche des frontières du domaine. Ce

phé-nomène est indépendant du type de maillage, car il est de nature analytique.

Ainsi, on retrouvera le même effet sur des maillages non structurés.

84 Chapitre 3: Etude sur des maillages structurés

3.5 L’essentiel du chapitre

Le premier moyen de vérifier le contenu d’une matrice de corrélation est

de visualiser ses colonnes. C’est ce qu’on effectue en étudiant la réponse

impulsionnelle de l’opérateur de diffusion. Cette première expérience permet

de montrer en pratique la proximité entre le modèle de diffusion et le modèle

de Matérn en pratique. C’est aussi un moyen d’illustrer les effets de bords et

la condensation de masse, appoximation couramment utilisée en conjonction

avec la méthode des éléments finis.

Ce qu’il faut retenir :

− Les matrices d’éléments finis sont creuses. Pourtant, leurs inverses ne

le sont pas forcément.

− Il est donc exclu de calculer les coefficients de ces inverses.

− Pour inverser la matrice de masse, il est possible de la diagonaliser en

faisant appel à la condensation de la masse.

− La qualité de la modélisation est soumise à l’effet des conditions aux

limites du domaine.

− Dans la pratique, on utilise les conditions de Neumann, conservatives

Chapitre 4

Application aux données du

sondeur Seviri

Ce chapitre est l’un des plus importants du manuscrit. Le chapitre 3 a

montré comment la théorie développée dans la partieIs’adaptait aux données

reposant sur des maillages réguliers. Il s’agit maintenant de valider cette

mo-délisation sur des maillages non structurés. Pour ce faire, on met en place des

expériences construites à partir d’observations satellites réelles. On montre

ainsi les limites de l’approche basée sur la discrétisation de l’équation de

dif-fusion en éléments finis, et on met en avant les éventuels écueils qui feront

l’enjeu de la partieIII.

La section 4.1 décrit les données utilisées dans les expériences. Ces

don-nées subissent un certain nombre de prétraitements en amont de leur

assimi-lation, qui sont la cause de leur structure spatiale hétérogène. Dans la section

4.2, on estime les paramètres de corrélation en ajustant le modèle de Matérn

au diagnostic de Desroziers et al. [2005]. On évoque aussi la possibilité de

superposer plusieurs modèles pour mieux décrire les données.

La section 4.3 expose les grands principes de la génération de maillage.

On y précise la notion de « bon maillage », cruciale dans l’interprétation de

nos résultats. Ces aspects de géométrie plane sont repris dans la section4.4,

lors de la validation de notre méthode sur le maillage construit à partir des

données satellitaires. L’objectif est de retrouver des résultats similaires à ceux

du chapitre 3, tout en s’efforçant d’expliquer l’origine des erreurs de

modé-lisation observées dans certaines régions du domaine d’étude. Le traitement

de ces erreurs fait l’objet de la section 4.5, laquelle s’attache en

particu-lier aux méthodes visant à corriger l’amplitude des fonctions de corrélations

85

86 Chapitre 4: Application aux données du sondeurSeviri

modélisées.

4.1 Présentation des données de Seviri

Le capteurSeviri(Spinning Enhanced Visible and InfraRed Imager) est

un radiomètre à balayage embarqué sur les satellites géostationnaires Msg

(Meteosat Second Generation). Il dispose de12canaux d’acquisition

permet-tant d’observer le rayonnement émis par la Terre dans 12 bandes spectrales

quasi-distinctes (figure 4.1), conformément aux objectifs de la mission Msg

[Aminou et al., 2003]. En particulier, 8 de ces canaux sont situés dans le

domaine infrarouge (d’où le nom du sondeur), ce qui permet d’obtenir une

grande quantité de données concernant la température de surface de la mer,

de la terre et des nuages. La résolution spatiale du sondeur est égale à 3

ki-lomètres au nadir

1

(le point situé sous la satellite, directement à la verticale

du sondeur), et se dégrade avec la latitude. Une image complète de Seviri

comporte approximativement 10

7

pixels par canal.

Figure 4.1 – Canaux d’observation du sondeur Seviri superposés au spectre

de transmission de l’atmosphère.

Le sondeur Seviri couvre un domaine large de 11000 km (figure 4.2).

Ses observations sont assimilées dans les modèles de prévision numérique du

temps, tels que Arpège et Arôme. Nos expériences s’appuient sur le

do-maineArôme, qui couvre la France métropolitaine et son entourage proche

(4.3). Le nombre typique d’observations disponibles par canal dans ce

do-maine est de l’ordre de10

4

-10

5

.

1. Pour tous les canaux sauf HRV, pour lequel la résolution est de1 km au nadir. Le nombre de pixels par image est également différent pour ce canal.

4.1. Présentation des données deSeviri 87

Figure 4.2 – Domaine spatial vu parSeviri.

On fait l’hypothèse que les données

2

provenant d’instruments différents

ne sont pas corrélées entre elles. De même, on suppose que les données issues

de canaux différents d’un même sondeur peuvent être corrélées, mais que

ces corrélations peuvent être prises en compte indépendamment des

corréla-tions spatiales [Michel, 2018]

3

. Ainsi, on fait l’hypothèse que la matrice de

corrélation d’erreurs d’observation est diagonale par bloc. Chaque bloc

cor-respond à un canal d’un instrument. Dans la suite du document, quand on

fait référence à « la matrice R », on fait en fait référence à un bloc de cette

matrice, sous-entendant que chaque bloc peut être traité indépendamment

et de manière analogue (au choix des paramètres près).

Dans leur étude, Waller et al. [2016a], Michel [2018] ont montré que les

observations deSeviricomportaient d’importantes corrélations horizontales

d’erreurs d’observation dans le canal 2. On choisit donc d’utiliser ces mêmes

données pour réaliser nos expériences. Les paramètres de corrélation

corres-pondant sont estimés dans la section4.2.

2. Terme abusif. Comprendre « les erreurs contenues dans les données ».

3. En pratique, la situation est légèrement plus compliquée. Pour pouvoir faire la sé-paration entre les corrélations verticales (intercanaux) et les corrélations horizontales, il faut supposer que lethinning est indépendant du niveau vertical. Lorsque ce n’est pas le cas, il est envisageable de modéliser des corrélations 3D, toujours avec des techniques de diffusion.

88 Chapitre 4: Application aux données du sondeurSeviri

Figure 4.3 – Domaine spatial observé par Seviri, restreint au domaine

d’Arome-France

Chaque image de Seviri est soumise à un certain nombre de

prétraite-ments avant d’être assimilée dans le modèle de prévision numérique du temps.

La première étape est celle duthinning. L’objectif est d’assurer que les

don-nées sont suffisamment éloigdon-nées les unes des autres pour qu’on puisse les

considérer non-corrélées entre elles [Bergman and Bonner,1976,Liu and

Ra-bier, 2002]. Typiquement, si la distance de corrélation entre les erreurs

d’ob-servation est de50km, seule une donnée tous les50km est retenue dans chaque

direction de l’espace. Cet artifice est responsable du rejet d’un grand nombre

de données profitables à l’assimilation de données. Une des motivations de

la présente étude est de pouvoir prendre en compte les corrélations spatiales

d’erreurs d’observation, afin de réduire la nécessité de pré-sélectionner les

données au travers de l’étape de thinning. Similaire au thinning dans ses

conséquences, on mentionne le superobing, consistant à rassembler des

ob-servations proches en « macro-obob-servations » [Berger and Forsythe, 2004].

Encore une fois, ce procédé a pour effet de réduire la densité spatiale des

données.

Le second type de prétraitement intéressant pour notre étude est le

scree-ning. Il consiste à rejeter les données non pertinentes d’un point de vue

météorologique. Par exemple, si une image provient d’un canal dont la

lon-gueur d’onde est caractéristique des phénomènes de basse couche, alors les

pixels se trouvant dans des zones recouvertes de nuages hauts sont rejetés.

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