792 Les valeurs obligataires industrielles ont été incluses dans le poste capital de l’entreprise.
794 Ibid, p 288.
795 LEON (Pierre) et alii, Géographie de la fortune et structures sociales…, op. cit., p. 288.
796 Ibid, p 262.
797 Nous suivons là l’ordre proposé par A. Daumard dans son étude sur les bourgeois de Paris, p 262-263.
0,70% 39,30% 0,10% 0,10% 7% 6% 5,50% 11,90% 7,81% 4,20%
Structure de la fortune des Dorvault
meubles meublants Capital dans l'entreprise Liquidités
Dots Créances
Comptes courants Rentes sur l'Etat Actions
Obligations Valeurs diverses
181
qui avait trait à la PCF. Ainsi dividendes, actions, obligations, compte-courant (qui pourrait être aussi considéré comme de la liquidité) ont été additionnés afin de cerner ce que représentait la coopérative dans la fortune du couple. « Les négociants, même ceux qui étaient relativement âgés, engageaient toute leur fortune dans leur entreprise. C’était même un des traits qui les distinguaient des boutiquiers »798. A cet égard le cas de Dorvault est particulièrement représentatif de cette situation. Si le capital investi dans l’entreprise est important il est à noter qu’il représente cependant moins de la moitié de la fortune, ce qui n’était pas le cas des négociants à la fin de la Restauration (68,9%)799 Faut-il voir ici un changement de stratégie de la bourgeoisie entre le début du XIXe siècle et les années 1880 avec une plus grande diversification des placements ? Ou faut-il voir dans ce choix celui d’un pharmacien devenu négociant ?800
La troisième ligne concerne les liquidités, rubrique susceptible de générer des confusions. Nous avons décidé de faire figurer dans cette catégorie les deniers comptants801 ainsi que les loyers802. Ces liquidités atteignent alors péniblement 0,3% de la fortune du couple. Comme le rappelle P. Léon « les liquidités des groupes dominants, à quelques exceptions près, sont nettement plus médiocres, en %, que celles des classes moyennes et inférieures803». Il peut sembler étrange de classer dans une rubrique spécifique les dots attribuées par le couple lors des mariages de leurs filles. Le fait est que les sommes sont importantes. Elles méritaient donc qu’on les isolât. Nous aurions pu les retirer de la fortune car, d’une certaine manière, elles n’appartiennent plus aux Dorvault. C’eût été cependant négliger un aspect central de la mentalité bourgeoise à savoir l’importance des alliances matrimoniales qui sont aussi des alliances matérielles entre des familles. Les créances peuvent constituer une part importante des actifs successoraux. Il est cependant difficile de distinguer entre ce qui relève de simples prêts et ce qui relève d’investissements. Nous avons considéré ici que lorsque les sommes n’étaient pas rondes il s’agissait plutôt de dettes liées à des prêts suivant là les méthodes préconisées par A. Daumard. « Les bourgeois parisiens, dans tous les milieux, prêtaient des sommes, petites et grandes, à des particuliers, avec ou sans l’intermédiaire d’un notaire »804. Il est toutefois intéressant de noter que ce chiffre est inférieur aux calculs de P. Léon pour les négociants et industriels lyonnais à une date il est vrai légèrement antérieure (1869). Celui-ci estime en effet que les créances constituent 20,9% des actifs de ce groupe. Dorvault n’hésite pas, on le voit au prix aussi de risques (faillite Bourières), à investir dans les entreprises de ses confrères. A.Daumard ainsi que Pierre Léon attachent de l’importance au poste des comptes courants et des diverses formes d’assurances. Le second a pu noter la hausse de ces deux éléments (parallèlement à
798 DAUMARD (Adeline), Les bourgeois de Paris…, op. cit., p 264.
799 Ibid, p 262-263.
800 D’après A. Daumard le capital placé dans l’entreprise représente 35,7% de la fortune des membres des professions libérales à la fin de la Restauration, Ibid, p 262-263.
801 ANNEXE, ligne 91.
802 ANNEXE, lignes 6 et 7.
803 LEON (Pierre) et alii, Géographie de la fortune…., op. cit., p. 288.
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la chute des créances) dans les fortunes lyonnaises805 au cours du XIXe siècle. Si l’on y avait adjoint le compte-courant possédé par Dorvault à la PCF la part de ce poste se serait élevée à 35,7%. Les placements divers opérés par Dorvault sont nombreux. Nous avons ici très largement repris les méthodes de P. Léon et A. Daumard. Il est intéressant de noter la diversification des placements opérés par le couple.
La fortune des Dorvault comporte pour partie des placements en fond d’Etat. « Les fonds publics français jouaient le rôle qu’assumaient les immeubles dans les catégories sociales plus fortunées » écrit A. Daumard806. « Tous les milieux possédaient des rentes sur l’Etat ». D’après A. Daumard, celles-ci ne constituaient cependant pour « la moyenne bourgeoisie (…) qu’un appoint »807. La situation des Dorvault pourrait étayer cette analyse. Si l’on s’intéresse aux orientations géographiques des placements on notera une répartition relativement équitable entre France (52,8%) et étranger (47,2%). L’empire ottoman dont Pierre Léon souligne la timide apparition dans les fortunes lyonnaises en 1869808 tient la première place dans les placements étrangers. En seconde position on trouve l’Italie (25,8%). Enfin l’Espagne (15,7%) et l’Autriche (6,7%) qui n’occupent qu’une place tout à fait mineure. Si l’on se tourne vers les « placements proprement économiques »809 l’inventaire après décès de Dorvault fournit également des enseignements intéressants. « Dès la Restauration l’achat d’actions constitue un mode de placement810 » des familles bourgeoises. Les placements en actions effectués par Dorvault nous renseignent sur les stratégies de la bourgeoisie. Tout d’abord il est intéressant de noter que le capital des Dorvault est très concentré. Près de la moitié des actions (100 000 F) est placée dans l’entreprise (PCF). « Simplicité », « tel est le premier caractère de la composition des fortunes » observe A. Daumard dans son étude sur la fortune de la bourgeoisie811. Le reste est composé de placements diversifiés, placements que nous allons tenter d’analyser. Sur un plan géographique le capital en actions des Dorvault est centré essentiellement sur la France. Les seules actions possédées par le couple à l’étranger concernent les chemins de fer romains et des actions du Crédit Foncier d’Autriche (au total à peine moins de 2% des placements en actions). Afin de mieux cerner les secteurs d’investissement de Dorvault nous avons repris les découpages de F. P. Codaccioni (valeurs de chemins de fer…).
805 LEON (Pierre) et alii, Géographie de la fortune…, op. cit., p. 300.
806 DAUMARD (Adeline), Les bourgeois de Paris…, op. cit., p. 266.
807 Ibid.
808 LEON (Pierre) et alii, Géographie de la fortune…, op.cit., p. 311.
809 Ibid., p 319.
810 DAUMARD (Adeline), Les bourgeois de Paris…, op. cit., p. 266.
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Figure 5. Répartition des placements par actions de la famille Dorvault par secteurs d’activité
Les deux secteurs d’investissement sont l’industrie (ce qui s’explique par la PCF) et la finance. Les placements dans les valeurs de chemins de fer sont en revanche très faibles ce qui est plutôt étonnant ce type d’investissement ayant en général la faveur de la bourgeoisie812. La place prise par les valeurs financières est plus surprenante. P. Léon la situe, vers 1869, autour de 10% de l’actif actions dans la série des communautés813. Elle dépasse ici les 40% et rivalise presque avec les placements au sein de l’entreprise. Spéculation et concentration caractérisent ainsi les placements des Dorvault.
812 Voir les travaux de P. LEON.
813 LEON (Pierre) et alii, Géographie de la fortune…., op. cit., p. 328.
4,60%
49,30% 43,20%
2,90%