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III.1 Analyse de l’homogénéité de la protéine

Afin de cristalliser une protéine, il a été essentiel de travailler avec une protéine

pure mais aussi homogène en solution, c’est-à-dire sans agrégation. La pureté a été

estimée par l’analyse sur gel et l’homogénéité de la solution par diffusion dynamique

de la lumière (DLS pour Dynamic Light Scattering) qui ont permis d’analyser l’état du

soluté en solution. En effet, il est primordial d’avoir une solution de protéine

monodisperse pour pouvoir aborder une étude structurale. La diffusion dynamique de

la lumière permet non seulement de déterminer la composition d’un tampon dans

lequel la protéine sera stable et non agrégée, mais aussi de mesurer le rayon

hydrodynamique des solutés.

La protéine a été centrifugée pendant 1 h à 13000g à 4 °C afin d’éliminer les

agrégats et les poussières. La cuve de l’appareil Zetasizer NanoS (Malverne) a été

remplie avec 17 L de protéine et le résultat découle d’une dizaine d’acquisition à 25 °C.

L’indice de polydispersité mesuré a permis d’évaluer l’homogénéité de la protéine

récemment purifiée ou décongelée.

III.2 Cristallisation

Des essais de cristallisation ont été réalisés sur la KR1 de la PKS pikromycine, la

KR1 de la PKS lankamycine, la KR6 de la PKS virginiamycine ainsi que la KRA de la PKS

mycolactone afin d’obtenir leur structure. Au laboratoire, nous utilisons la méthode de

diffusion en phase vapeur et la technique de la goutte assise qui a permis l’utilisation

de robots de cristallisation, ainsi que la technique de la goutte suspendue.

Les premiers essais de cristallisation ont été réalisés avec des kits commerciaux

afin d’obtenir les premiers cristaux mais aussi de connaître le comportement de la

protéine dans différentes conditions de pH et de force ionique, par exemple. Les kits

commerciaux utilisés ont été PACT premier (Molecular Dimensions), JCSG-plus

(Molecular Dimensions), Morpheus (Molecular Dimensions), Wizard (Emerald

BioSystems), SaltRX (Hampton research), PGA Screen (Molecular Dimensions),

PEG/Ion Screen (Hampton research), JBS Screen, HR (Hampton research), Index

(Hampton research) et Crystal Screen (Hampton research). Chaque kit est constitué de

96 conditions de cristallisation. Les tests ont été réalisés dans des boîtes de 96 puits de

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type Greiner dans lesquelles chacun des puits est associé à trois cupules (Figure 51).

Les puits ont été remplis des conditions de cristallisation à l’aide du robot Evo 150

(Tecan). Le robot Mosquito (TTP Labtech) a été utilisé pour déposer les gouttes de

cristallisation dans chacune des trois cupules en mélangeant la solution de protéine à

la solution de cristallisation du puits. Trois ratios différents ont été utilisés : une goutte

avec un mélange de 200 nL de solution de cristallisation et 100 nL de protéine, une

goutte avec 100 nL de solution de cristallisation et 200 nL de protéine et une goutte

avec 100 nL de chaque. Une fois les boîtes réalisées, elles ont été placées à 20 °C puis

observées tous les jours à la lampe binoculaire pour suivre l’apparition de cristaux.

Figure 51 : Boîte utilisée lors des essais de cristallisation. Les 96 puits sont remplis avec les différentes conditions de

cristallisation. Au-dessus de chaque puits, les 3 emplacements reçoivent les 3 gouttes de cristallisation avec des ratios différents

(Hampton research).

Lorsqu’une protéine cristallise dans une des conditions d’un kit de

cristallisation, les gouttes sont reproduites manuellement dans des boîtes Linbro de 24

puits, permettant d’augmenter leur volume de l’ordre du L (Figure 52). Elles

permettent d’affiner les cristaux obtenus en faisant varier les différents paramètres

influant la cristallisation que ce soit la concentration en protéine, le pH, la

concentration et nature de l’agent précipitant, la concentration et nature des sels, les

additifs, ou le ratio solution de cristallisation/protéine. Les puits sont remplis de la

solution de cristallisation et les gouttes sont déposées sur des lamelles en verre. Les

lamelles sont ensuite déposées sur le puits et le tout est fermé hermétiquement par un

joint en silicone. Les gouttes se retrouvent suspendues vers le puits dans un système

clos qui induit des échanges entre la goutte et le puits.

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Figure 52 : Représentation d’une boîte Linbro permettant l’affinement des cristaux obtenus avec les kits de cristallisation

(Hampton research).

III.3 Congélation des cristaux obtenus

Pour enregistrer des données de diffraction, il est indispensable de congeler les

cristaux afin de les protéger de la détérioration due aux radicaux engendrés par la

photolyse de l’eau sous le faisceau de rayon X. La congélation limite ainsi la diffusion

des radicaux à l’intérieur du cristal et de ce fait limite sa dégradation. Les cristaux de

macromolécules biologiques contiennent entre 30 et 70% d’eau. Il est donc

indispensable de protéger les cristaux contre la formation de glace lors de la

congélation, sous peine de détériorer le cristal et ainsi perdre le pouvoir de diffraction.

Les cristaux obtenus ont été trempés dans la solution de cristallisation contenant 30 %

de glycérol, qui joue le rôle de cryoprotectant. Ils ont été ensuite congelés dans un flux

d’azote et conservés dans de l’azote liquide.

III.4 Enregistrement et traitement des données

Les données de diffraction ont été enregistrées au synchrotron SOLEIL

(Gif-sur-Yvette) sur les lignes Proxima 1 et Proxima 2. Les clichés de diffraction ont été indexés

et intégrés avec le programme XDS92, puis les données mises à l’échelle par le logiciel

XSCALE92. Pour l’étape de phasage par remplacement moléculaire, plusieurs

programmes ont été utilisés : Phaser93, MolRep94 ou encore Balbes95 en utilisant

comme modèles les structures les plus proches à savoir : la KR1 de DEBS (fichier PDB :

2FR0), la KR1 de la PKS tylosine (2Z5L), la KR2 de la PKS amphotéricine (3MJE) et la

KR3 de la PKS pikromycine (3QP9). Cette méthode consiste à positionner la protéine

dans le cristal étudié en déterminant la matrice de rotation et le vecteur de translation,

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et permet de résoudre le problème de la phase en utilisant la structure d’une protéine

homologue.

III.5 Obtention de dérivés d’atomes lourds de cristaux de

protéine

Des cristaux ont été produits en boîte Linbro en présence de lanthanides pour

résoudre le problème de la phase, étant donné que la KR1 de la PKS lankamycine ne

contient que deux méthionines. Il est donc impossible d’utiliser le signal anomal du

sélénium apporté par les sélénométhionines qui remplacent les méthionines de la

protéine. Les lanthanides, qui regroupent les éléments avec un nombre atomique de 57

à 61, ont alors été utilisés dans les conditions de cristallisation à des concentrations

allant de 10 à 100mM. Dans ce cadre, nous avons utilisé différents lanthanides comme

l’europium, l’ytterbium et le gadolinium (Eu, Yb, Gd) chélatés avec plusieurs

composés : DOTA (acide 1,4,7,10-tetraazacyclododecane-1,4,7,10-tetra-acetique),

DO3A (acide 1,4,7,10-tetraazacyclododecane-1,4,7-triacetique), (DPA)3

(tris(dipicolinate) et HPDO3A (acide

10-(2-hydroxypropyl)-1,4,7,10-tetraazacyclododecane-1,4,7-triacetique)96,97 (NatXRay) (Figure 53). Les lanthanides

sont des diffuseurs anomaux et permettent de résoudre le problème de la phase par

SAD (Dispersion Anomale à une Seule longueur d’onde) ou MAD (Dispersion Anomale

à Multiple longueur d’onde).

Figure 53 : Les lanthanides sont en vert et chélatés par quatre molécules différentes.

Afin d’obtenir des dérivés d’atomes lourds, deux méthodes principales existent ;

le trempage et la co-cristallisation. Le trempage consiste à faire tremper les cristaux

dans un mélange contenant la solution de cristallisation et des lanthanides. Les

lanthanides diffusent alors à l’intérieur du cristal. La co-cristallisation consiste à faire

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méthode est plutôt utilisée lorsque le trempage ne permet pas d’obtenir des dérivés

d’atomes lourds car la co-cristallisation présente des défauts, notamment d’inhiber la

cristallisation.

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