L’état régional
Les enjeux en matière de ressource en eau et de milieux humides et aquatiques portent à la fois sur des aspects qualitatifs et quantitatifs. Il s’agit de poursuivre et de ne pas obérer les efforts de reconquête de la qualité de l’eau, tant dans les rivières que dans les nappes d’eau souterraines.
Des objectifs réglementaires de bon état, inscrits au SDAGE du Bassin Seine Normandie, sont attendus aux horizons 2015, 2021 ou 2027 suivant les masses d’eau.
Les pollutions engendrées par le ruissellement urbain doivent être maîtrisées par une réduction de l’imperméabilisation des sols. Il est nécessaire d’éviter une trop grande concentration du traitement des eaux usées et de privilégier les traitements de proximité. Les zones humides, jouant un rôle épurateur important et par ailleurs sources de biodiversité, doivent être préservées du drainage et de l’artificialisation. Il en est de même des berges, milieux indispensables à la fonctionnalité des corridors aquatiques, en particulier le long de la Seine et de ses principaux affluents, continuités écologiques de niveau national. Il s’agit enfin, dans une perspective d’accentuation des épisodes de sécheresse avec le changement climatique, de maîtriser les volumes d’eau prélevés pour ne pas assécher la ressource mais aussi de conserver l’accessibilité et la qualité de l’eau potable partout en Île-de-France.
Impacts de la forêt et du bois, et enjeux pour le PRFB
Face aux enjeux de raréfaction de la ressource, et à la montée en puissance des catastrophes naturelles comme les inondations (cf. partie sur le risque inondation), le rôle de la forêt est double :
Une fonction de préservation et d’amélioration de la ressource souterraine (nappes) ou de surface (cours d’eau), et plus largement, de lutte contre l’érosion des sols;
Une fonction de régulation des épisodes de pluies intenses ou de crues, par l’intermédiaire du couvert végétal, mais aussi des potentialités des sols forestiers.
Sur le premier point, la forêt préserve les qualités des eaux et jouent un rôle important dans l’atteinte des objectifs du SDAGE sur la reconquête de la qualité écologique et chimique des masses d’eaux de surface, ou souterraines (cf. partie sur l’articulation du PRFB avec les autres plans et programmes).
Par ailleurs, les forêts offrent des surfaces d’infiltration pour les précipitations, limitant ainsi les phénomènes de ruissellement. Les sols forestiers sont un espace qui stabilisent le sol, accueillent une activité biologique forte et permettent l’infiltration des eaux de pluie (cf. partie sur les sols et l’occupation de l’espace). Les sols forestiers ont une capacité à protéger les eaux souterraines de la contamination par des molécules polluantes106.
Ces atouts, qui constituent un service écosystémique des forêts, seront déterminants à l’avenir face au changement climatique et aux risques inondations (cf. partie risque inondations). Les pressions humaines particulièrement fortes en Île-de-France (urbanisation, croissance démographique et hausse des besoins) sont susceptibles d’altérer ce service rendu par les forêts.
Le volume d'eau retenu par les forêts et leur bilan hydrique sont dépendants de nombreux facteurs107. La surface forestière, sa densité d’arbres, son âge, les temporalités et saisons de croissance des végétaux, les types d'essences, ainsi que les caractéristiques des sols influencent cette masse d’eau captée par les espaces forestiers. Les arbres, notamment les feuillus (très présents en Île-de-France) interceptent la pluie et diminuent la quantité d’eau au sol tandis que leurs racines le stabilisent et facilitent l’infiltration. La transpiration joue un rôle régulateur. La matière organique provenant des racines et des feuilles abondent la structure des sols ce qui est bénéfique pour la rétention et l’infiltration de l’eau.
Schéma de principe du cycle de l’eau en milieu forestier. Sources : Modèle BILJOU-INRA.
Concernant l’eau potable, les espaces boisés au sens du MOS accueillent un peu moins de 20%
des quelques 800 emplacements de captages (points de puisage de l'eau brute dans le milieu naturel) d'eau souterraine publics, en service, destinés à la production d'eau potable. Ces points s’accompagnent de périmètres de protections de différentes natures (immédiat, rapproché,
106 Sources : « La forêt francilienne ». DRIAAF. 20/11/2015. En ligne sur http://driaaf.ile-de-france.agriculture.gouv.fr/Documents-en-ligne , consulté le 7 juin 2018.
107 Voir notamment les travaux de l’INRA : https://appgeodb.nancy.inra.fr/biljou/fr/fiche/forets-et-eau , consulté le 25 juillet 2018.
éloigné) qu’il convient de prendre en compte dans la gestion forestière. La forêt et son rôle protecteur vis-à-vis de la ressource contribuent à l’excellente qualité d’eau potable distribuée sur le territoire francilien ce qui implique de suivre les procédures de protection qui s’appliquent sur les emplacements de captages localisés en forêt, et d’en tenir compte lors des interventions forestières108 (ex : les périmètres de protections immédiats de la Grande Paroisse ou de Saint-Pierre les Nemours sont localisés pour partie sur des surfaces forestières ce qui implique que toute activité autre l’entretien des ouvrages et du périmètre y sont interdites).
Enfin, soulignons que la sylviculture a rôle à jouer dans la préservation des capacités des espaces forestiers à protéger la ressource. Par rapport à l’agriculture, les espaces forestiers reçoivent peu d’intrants tels que les engrais ou les produits phytosanitaires issus de la gestion forestière, ce qui limite de fait les risques de pollutions de l’eau.
Les pratiques d’exploitation doivent cependant avoir une vigilance particulière sur les périodes de gestion (post-intempéries sur des sols mouillés cela peut affecter les sols), et éviter l’emploi de substances ou matériaux dangereux en cas de pluies car l’eau et l’humidité peuvent toucher les bois morts, et favoriser la concentration potentielle de substances chimiques infiltrées dans le milieu naturel. Au cours de l’exploitation forestière, des pollutions de l’eau peuvent survenir lors de l’augmentation de la turbidité, de l’usage d’hydrocarbures ou autres produits chimiques, que ce soit au stade de la coupe, de la desserte ou de la plantation, etc.109.
Une attention aux petits cours d’eau fragiles qui parcourent les massifs est également préconisée.
En outre, les cours d’eau peuvent parfois prendre leurs sources dans certains massifs. L’enjeu d’évitement est à prendre en compte dès la phase de préparation des interventions en milieu forestier. Il s’agit également d’un enjeu d’amélioration des connaissances pour mieux connaitre et élaborer des indicateurs relatifs à la qualité hydrique du sol. La mécanisation croissante des pratiques sylvicoles doit aussi tenir compte de ses impacts sur la ressource en eau, et sur les écosystèmes forestiers en général. L’axe 2 de la politique environnementale de l’ONF est consacré à ces questions110.
Une attention soutenue à la préservation des forêts alluviales, dans la continuité des préconisations du SDAGE est également bénéfique en matière de trame verte et bleue au sens large (cf. partie sur l’articulation du PRFB avec les autres plans et programmes). D’après la base Ecomos de l’IAU-ïdf111, ces forêts sont principalement des petits espaces dans les vallées de la Seine ou de la Marne (notamment dans la Bassée et son site Natura 2000, dans le sud de l’Essonne et des Yvelines et au nord de la Seine-et-Marne, cf. carte ci-après). Elles comptaient pour moins de 5% de la forêt feuillue en 2008. Ces espaces sont très morcellés avec une surface totale de 16 388 ha et une surface moyenne des entités de 1,67 ha. Sur certaines vallées, les forêts humides sont relativement isolées mais elles peuvent aussi être attenantes à des massifs forestiers (Rambouillet et, dans une moindre mesure, Fontainebleau).
108 Sur ce point, voir notamment Fiche technique – Eau n°5. « Contribuer à la protection des captages ». ONF. Eté 2011, réédition 2015.
En ligne sur http://www.onf.fr/outils/medias/20111116-134647-987849/++files++/1
109 Sources : Vaisman, L. (2017). « Le bois. Concurrences et complémentarités des usages du gisement forestier en Île-de-France ».
IAU-Îdf, département Energie Climat – ARENE. En ligne sur https://www.areneidf.org/publication-arene/le-bois-concurrences-et-compl%C3%A9mentarit%C3%A9s-des-usages-du-gisement-forestier-en-%C3%AEle-de-france
110 Voir en ligne sur http://www.onf.fr/onf/sommaire/onf_en_bref/politique_environnementale/20080630-101302-672618/@@index.html
111 Disponible en ligne sur http://data.iau-idf.fr/datasets/7605369b7c9f4655bd5acaa5676a4663_19?basemap=primary