hypothèse sur l’origine casuelle des formes grecques (le plus souvent celle d’un datif). Si l’on a
insisté dès à présent sur ces correspondances, c’est parce qu’elles se trouvent, on l’a dit,
systématisées dans les travaux consacrés par J. Haudry aux infinitifs grecs et qu’elles servent
de fondement à l’hypothèse d’un infinitif grec en
-aicomme forme de datif.
l’abrègement d’une voyelle longue suivi d’un n final hérité (c’est-à-dire non suivi de -t, comme dans les 3 pl.
d’aoriste en *-nl de thèmes verbaux à voyelle longue : *È-9avn-vx > *ÈcpavEVT > hom. ÉçavEV : M.
LEJEUNE 1972, 219 pour cet exemple). Ajoutons que le phénomène de sandhi postulé par Gracia-Ramon peut
se concevoir dans le cas de particules, d’enclitiques ou de termes fréquemment associés, mais que cette
hypothèse devient beaucoup moins convaincante dans le cas d’infinitifs.
54 L. DUBOIS 1988, 174. La structure thématique peut en effet être ancienne dans ce verbe (cf.
P. CHANTRAINE 1958, 284-285). Soulignons que l’argumentation est exactement l’inverse de celle présentée
par P. Wathelet (ci-dessus note 44) qui s’appuyait sur arc. ipépEV arguant que <pÉpco comporte des formes
athématiques (telles que hom. çépxE).
Chapitre 3. Formations d’infinitif grec en -ai
Section 2. La finale -ai est analysée comme désinence casuelle de datif 110
2. Les hypothèses de J. Haudry.
Les hypothèses de J. Haudry sur l’infinitif grec ont déjà fait l’objet de discussions dans le
premier chapitre, consacré au problème du locatif dans l’interprétation morphologique des
infinitifs grecs en nasale. Centré sur un point particulier, l’examen des hypothèses, faisant de
l’infinitif en nasale un locatif sans désinence ou à postposition, a laissé de côté une partie
substantielle des théories de l’auteur (celles consacrées à l’infinitif en -ai), dont une synthèse est
exposée ci-dessous. D convient de souligner d’emblée que, si les formes adverbiales en -n dites
de « locatifs sans désinence » ou « à postposition » interviennent dans les hypothèses de
J. Haudry sur les formations d’infinitif en nasale, les adverbes en -ai du type de gr.
semblent, en revanche, exclues de celles formulées par l’auteur sur les formations d’infinitif en
-ai. Ces hypothèses présentent, en effet, la particularité d’être posées à partir des formations
d’infinitif elles-mêmes, sur seule base de comparaisons avec les infinitifs d’autres langues indo-
européennes, dont les difficultés ont déjà été mises en évidence.
L’accent sera mis sur différents points, tels que le point de vue totalisant de l’auteur, la pluralité
des hypothèses, la reconstruction d’un « système » d’infinitifs, les correspondances établies
entre les formations d’infinitif en grec et en védique.
2.1. Méthode. La démarche de J. Haudry est originale en ce qu’elle oppose aux études
antérieures consacrées à l’infinitif un point de vue novateur : le point de vue de l’auteur est
essentiellement totalisant. La plupart des études consacrées aux formations d’infinitif
considèrent ce dernier comme une formation récente, non héritée, propre à chaque langue ;
l’infinitif est alors étudié à l’intérieur d’une langue donnée, éventuellement comparé du point de
vue morphologique et syntaxique à des formes d’infinitif dans d’autres langues.
Au contraire, toute la démarche de J. Haudry repose sur le postulat suivant : « l’absence d’un
signifiant unique ne permet pas de conclure à l’inexistence d’une catégorie ou d’un mécanisme
dans un état de langue antérieur » : considérer l’infinitif comme formation récente, création
spécifique à chaque langue, consituerait dans l’optique de l’auteur ce qu’il nomme une « illusion
de la reconstruction ». Ce postulat permet donc à J. Haudry de considérer les infinitifs comme
une catégorie ancienne, héritée, et de rapprocher entre elles les formations attestées dans
différentes langues. L’auteur reconstruit ainsi un
«système»57d’infinitifs dont l’antiquité
serait prouvée par l’opposition entre formations d’infinitif reposant sur des «éléments»
hétéroclitiques et formations dépourvues de ces éléments :
56
J.HAUDRY 19806, 4.
57
J.HAUDRY 19806, 5.
Chapitre 3. Formations d’infinitif grec en -ai
Section 2. La finale -ai est analysée comme désinence casuelle de datif
° aux formes radicales correspondraient les formes en *-r/n- (gr. -evai, véd. -an, -ani,
-ane)
° aux infinitifs en *-es- (lat. vTvere, véd.jTvase) correspondraient les infinitifs en *-esen
(gr. -eiv, véd. -sani)
° aux formes en *-t- (gâth. Ttë, gatë, gatôi) correspondraient les formes en *-ter/n- (véd.
-tari, -tani, v.p. -tanaiy)
° aux formes en *-w- (gâth. dâvôi, vïdüye) correspondraient les formations en *-wer/n- et
*-mer/n- (hitt. -wan, gr. -pevai, cypr. Bofevai)
° aux infinitifs en *-ey- (véd. san-ay-e) correspondraient les formes en *-y-er- (lat. fierî).
Ce postulat méthodologique, « l’illusion de la reconstruction », pour intéressant qu’il soit, ne
doit cependant pas aveugler la recherche. « L’absence d’un signifiant unique ne permet pas de
conclure à l’inexistence d’une catégorie ou d’un mécanisme dans un état de langue antérieure »,
certes, mais cette absence ne permet pas automatiquement de conclure à l’existence de cette
catégorie ou de ce mécanisme et ne justifie en aucun cas une telle conclusion, surtout lorsque les
divergences à époque historique sont importantes entre les dialectes indo-européens.
Toujours au point de vue de la méthode, les hypothèses de J. Haudry tentent d’allier syntaxe et
morphologie, démarche relativement originale dans la problématique de l’origine casuelle de
l’infinitif: la plupart des hypothèses sont, en effet, surtout axées sur le seul aspect
morphologique du problème L’auteur tente de dégager des différents emplois manifestés par
les infinitifs grecs et védiques l’origine casuelle de ceux-ci. Le principal argument sur lequel
reposent les (sic) hypothèses de J. Haudry se fonde sur la valeur de l’infinitif (en grec et en
védique principalement). Le terme n’est pas défini, mais il semble qu’il doive être compris d’un
point de vue sémantique. J. Haudry détermine, en effet, pourl’infinitif deux valeurs nominales
et anciennes, basées sur le sens :
- la valeur « prospective », qui est fondamentalement celle du datif englobant les
notions d’éventualité, de finalité etc. et traduite par « pour, en vue de » (par exemple,
11.13.814 XEÎpes àuûveiv eîo'ikqi fiuîv « nous avons aussi des bras pour nous défendre »)
- la valeur « inessive », celle du locatif, désignant la localisation spatiale ou temporelle du
procès énoncé par l’infinitif et rendue par « pendant, en train » (par exemple, lat. video të
venïre «je te vois [en train de] venir »).
J. Haudry emploie le terme d’« infinitif radical». Cette appellation est cependant ambiguë, car il est
impossible de distinguer sur le plan morphologique un infinitif radical d’un nom-racine, par exemple au datif.
On pourrait encore en rapprocher les formations en *-//- et en *-tu-, qui sont en rapport hétéroclitique avec
celles en *-r/n- : F. BADER 1974, 82-85.
Cf. supra chapitre 1, pp. 43-44 ; infra chapitre 4, section 1, pp. 137-139.
Cf. infra chapitre 4, section 1, pp. 138-139.
Chapitre 3. Formations d’infinitif grec en -ai
Section 2. La finale -ai est analysée comme désinence casuelle de datif 112
2.2. Les hypothèses de J. Haudry sur rinfinitif grec. Il me faut effectivement parler
d’hypothèses, au pluriel, car le point de vue de l’auteur sur l’origine casuelle des formes
d’infinitif grec semble varier d’un article à un autre, sans justification apparente. Ces hypothèses
seront, dans un premier temps, présentées ci-dessous, dans un ordre chronologique. Des
remarques ponctuelles concernant l’une ou l’autre forme, hormis celles du grec, seront
également formulées après chaque hypothèse, pour réserver les paragraphes suivants à la
discussion de divers points des démonstrations de l’auteur.
1°) Traces indirectes d’une désinence héritée de datif *-ehii (*-ai) : les infinitifs en -ai sont
des datifs ; les infinitifs en -pev sont des « formes courtes de datif » (1975, 1977, 1980b).
La valeur de base de l’infinitif est pour l’auteur celle d’un datif. Cette valeur serait bien
illustrée parles divers emplois de l’infinitif grec :
- les emplois finaux (un exemple cité et traduit par l’auteur est //. 18.258 xôcppa 5è
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