4 Nom, morphèmes grammaticaux et substantif
4.2 Morphèmes grammaticaux
Dans cette section, nous verrons que les morphèmes grammaticaux, tout comme les morphèmes verbaux, doivent respecter un ordre comme dans le cas des morphèmes verbaux (Yoon James Hye-Suk 1995, Hong Chai-Song 2001, Choi-Jonin Injoo 2009 etc.).
Nous proposons d’abord la structure topologique de la forme nominale. Le lexème nominal se place dans le premier champ de cette structure topologique (Fig. 25) ; quatre champs le suivent. Il est vrai qu’il y d’autres morphèmes comme jocha ‘même’, kkaji
‘jusqu’à’ etc. que nous n’avons pas considérés. En effet, nous traitons des morphèmes dont nous avons besoin au long de notre étude. Ce que nous voulons montrer est d’une part la position fixe de chaque morphème, d’autre part le dernier champ qui est assez hétérogène et qui, jouant un rôle important dans l’ordre linéaire, nous intéresse particulièrement. Nous nous bornons à ces quatre champs de morphèmes grammaticaux pour cette étude, et laissons le reste pour un travail ultérieur.
lexème nominal pluriel datif central 69 final
deul eke man
i/ka (l)eul (n)eun
Fig. 25. Structure topologique de la forme nominale
Nous commençons par comparer le placement des trois morphèmes du champ final ka, eul et neun. eul est considéré comme le marqueur d’accusatif. Dans un énoncé, il ne peut pas être remplacé par ka (voir l’exemple 54b), mais il peut l’être par neun (54c). Nous pensons que l’exemple (54b) montre qu’eul se comporte par défaut comme marqueur de cas structural :
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Nous appelons ce champ « central » en raison de son placement entre le marqueur de datif et le marqueur d’accusatif/nominatif.
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(54) a. Yeongi-ka Cheolsu-leul salangha-nda Yeongi-NOM Cheolsu-ACC aimer-PRES.DEC ‘Yeongi aime Cheolsu’
b. * Yeongi-ka Cheolsu-ka salangha-nda Yeongi-NOM Cheolsu-NOM aimer-PRES.DEC c. Yeongi-ka Cheolsu-neun salangha-nda Yeongi-NOM Cheolsu-TOP aimer-PRES.DEC ‘c’est Cheolsu que Yeongi aime’
De plus, eul est en distribution complémentaire avec ka et neun : (55) a. * Yeongi-ka Cheolsu-eul-neun(/ka) salangha-nda
Yeongi-NOM Cheolsu-ACC-TOP(NOM) aimer-PRES.DEC b. * Yeongi-ka Cheolsu-neun(/ka)-eul salangha-nda Yeongi-NOM Cheolsu-TOP(NOM)-ACC aimer-PRES.DEC
Notons que ka et neun sont en distribution complémentaire : (56) a. * Cheolsu-ka-neun don-i manh-da Cheolsu-NOM-TOP argent-NOM être beaucoup-DEC b. * Cheolsu-neun-ka don-i manh-da Cheolsu-TOP-NOM argent-NOM être beaucoup-DEC
Contrairement à ce qui se passe entre eul/ka/neun (i.e. en distribution complémentaire)
ka/neun et eke peuvent cooccurer. En général, eke est un morphème qui marque le datif, alors que ka est ambigu dans la mesure où il peut avoir deux rôles : le nominatif et le marqueur de focalisation (Han Jeonghan 1999). Il est à noter que le statut des morphèmes de cas comme le nominatif et l’accusatif est un grand débat. Il existe trois types d’analyse : 1) le cas structural 2) le cas structural et le cas pragmatique exprimant en particulier la focalisation (Han Jeonghan 1999, Choi-Jonin Injoo 2009) et 3) le cas de modalité (Ko Seok-Ju 2000).
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Dans notre étude, nous considérons que ka se comporte comme marqueur de cas par défaut, et qu’il peut fonctionner comme marqueur de focalisation suivant en cela Ko Seok-Ju (2000) et Choi-Jonin Injoo (2009). Cette analyse est notamment basé sur l’exemple de formes nominales, comme ici Yeongi-eke-ka en (57a), dans lesquelles le datif eke et le nominatif ka
apparaissent en même temps. Comme le montre la traduction en français, Yeongi-eke est marqué pour le focus (contrastif) par ka :
(57) a. Cheolsu-eke-ka don-i manh-da
Cheolsu-DAT-NOM argent-NOM être beaucoup-DEC ‘C’est Cheolsu qui a beaucoup d’argent’
b. Cheolsu-eke-neun don-i manh-da Cheolsu-DAT-TOP argent-NOM être beaucoup-DEC ‘à propos de Cheolsu il a beaucoup d’argent’
Dans l’exemple (57b), neun peut également se combiner avec eke. Rappelons la description de l’interprétation de neun dans la section 3 du 2e chapitre ; nous avons vu que le C-neun peut être marqué soit par le topique soit par le focus contrastif en relation avec son placement. Dans l’exemple (57b), Yeongi-eke est marqué pour le topique par neun.
Venons-en maintenant à man ‘seulement’. D’après Yeon Jaehoon (2003 : 24), il a un rôle important en rapport avec le placement des morphèmes de cas : ils apparaitraient seulement après man. Mais le datif, qui se place avant man, constitue un contre-exemple:
(58) a. * Yeongi-man-eke
Yeongi-seulement-DAT
b. Yeongi-eke-man iyakiha-eoss-da Yeongi-DAT-seulement raconter-P-DEC ‘je (l)’ai raconté seulement à Yeongi’
c. Yeongi-man-eun iyakiha-eoss-da Yeongi-seulement-TOP raconter-P-DEC ‘c’est seulement Yeongi qui a raconté’
Ainsi, eke et neun occupent chacun une place propre, respectivement avant et après man
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Le morphème de pluriel doit être devant le datif (deul_eke_man_ka/neun/eul) : (59) a. Yeongi-ka chinku-deul-eke insaha-eoss-da
Yeongi-NOM ami-PL-DAT saluer-P-DEC ‘Yeongi a salué ses ami(e)s’
b. * Yeongi-ka chinku-eke-deul insaha-eoss-da Yeongi-NOM ami-DAT-PL saluer-P-DEC
Nous avons vu les propriétés du lexème nominal en coréen ainsi que les morphèmes grammaticaux qui se combinent avec ce lexème nominal. Dans la section suivante, nous aimerions observer le paradigme occupant la position du sujet et de l’objet en tant que dépendants du verbe, en comparant la catégorie lexicale (nom) et la catégorie syntaxique (substantif).