Chapitre 5. Mesure de l’usage des TIC dans les programmes vietnamiens évalués
5.1. Modèle et hypothèses
5.1.1. Les modèles existants
5.1.1.1. Technology Acceptance Model et sesdérivés
Figurant parmi les modèles d’évaluation de l’utilisation des technologies les plus
connus, le TAM a été introduit par Fred D. Davis (1989) en mettant au cœur de
l’évaluation le niveau d’acception ou la satisfaction des usagers vis-à-vis de l’intégration
des TIC dans leur environnement de travail. Depuis sa naissance, ce modèle a évolué en
TAM2 (Venkatesh & Davis, 2000) puis en Théorie unifiée de l’acceptation et de l’usage
de la technologie, Unified Theory of Acceptance and Use of Technology – UTAUT
(Venkatesh, Morris, Davis, & Davis, 2003) et jusqu’au TAM3 (Venkatesh & Bala,
2008), permettant de prédire le comportement des usagers lorsque des organisations
tendent à développer leurs stratégies d’intégration des TIC. Les construits importants
constituant le TAM-UTAUT sont, en autres, la perception des usagers de l’utilité
(perceived usefulness) et de l’utilisabilité (perceived ease of use) des outils
Figure 5.1.Cadre théorique des études du Technology Acceptance Model
Source : Venkatesh & Bala
(2008)
Deux concepts principaux du TAM/UTAUT, « utilité » et « utilisabilité », font l’objet
de la recherche de définition rigoureuse mais, tout comme le concept de « qualité », il
manque encore de consensus. À travers la revue de la littérature donnée par plusieurs
auteurs (Bétrancourt, 2007 ; Dillon, 2002 ; Dillon & Morris, 1996 ; Nielsen, 1993, p.
24-25 ; Tricot et al., 2003 ; Tricot & Tricot, 2000), on peut considérer que :
• l’utilité d’un système technique est le niveau d’adéquation de sa finalité et sa
fonctionnalité avec le but d’exploitation de ses utilisateurs dans cet
environnement, permettant à un gain par rapport à ce qui existait avant son
introduction ;
• l’utilisabilité d’un système technique est le degré d’efficacité, d’efficience et de
satisfaction des utilisateurs quand ils l’utilisent pour atteindre les objectifs fixés
dans cet environnement, en rapport avec leurs attentes.
Dans le cadre des formations universitaires, nombre d’auteurs ont mené des études sur
l’adaptation du TAM et ses dérivés, notamment en matière d’e-learning, de formation
hybride ou de formation à distance. À commencer par Mathieson (1991) qui a mis en
comparaison le TAM et la Théorie du comportement planifié (Theory of Planned
Behavior – TPB), proposée par Ajzen (1985, 1991) pour expliquer les différences entre
l’intention et le comportement d’un sujet sous l’influence de son attitude envers le
comportement, les normes subjectives et sa perception du contrôle comportemental.
Cette comparaison aussi bien que d’autres études qui suivent (par exemple Taylor &
Todd, 1995) confirment l’utilité du TAM dans la prédiction de l’usage des nouveaux
outils technologiques, alors que la TPB est plus utile pour mesurer les facteurs
d’influence sur le choix du comportement des utilisateurs. Leur attitude envers les
plates-formes d’enseignement à distance est fortement influencée par le support
technique pour résoudre les problèmes techniques ou faciliter la réalisation des tâches
pendant l’utilisation des outils mis à disposition sur la plate-forme (Ngai, Poon, & Chan,
2007). La qualité des ressources électroniques mises à disposition des étudiants sur la
plate-forme affecte également leur adoption du dispositif (Cheung & Vogel, 2013 ; Lee,
2008 ; Persico, Manca, & Pozzi, 2014). Le fait que la satisfaction des usagers est
influencée par l’utilité et l’utilisabilité perçues des dispositifs techniques mis en place
est confirmé par de nombreuses études, en complément d’autres facteurs comme les
conditions de facilitation (Teo, Lee, & Chai, 2008), la qualité des services de soutien
aux étudiants (Lee, 2010), la compatibilité des outils, l’aisance au partage de la
connaissance et l’auto-efficacité des étudiants (Cheung & Vogel, 2013), la disponibilité
des outils de communication, notamment asynchrones, et des exercices interactifs
d’autoévaluation (Persico et al., 2014), et dans une moindre mesure les normes
subjectives à l’égard des TIC, tantôt confirmée (Cheung & Vogel, 2013) tantôt non (Jan
& Contreras, 2011) dans les environnements d’enseignement et d’apprentissage en
ligne. Ces résultats sont en convergence avec des études en parallèle du TAM, par
exemple sur l’influence de la qualité des pratiques pédagogiques des enseignants (Hall,
Culver, & Burge, 2012) ou des services rendus aux étudiants (Helgesen & Nesset, 2007)
sur leur satisfaction à l’égard du curriculum de formation et de l’université.
5.1.1.2. Experiences of Teaching-Learning Questionnaire
Dans le processus de mondialisation de l’éducation, les indicateurs de performance
relatifs à l’enseignement occupent une place importante. Les outils de mesure de la
qualité des enseignements ont été développés de part et d’autre dans le monde. En
des années 1980 pour évaluer la qualité des formations universitaires auprès des
étudiants déjà diplômés (Ramsden, 1991 ; Wilson, Lizzio, & Ramsden, 1997). Ce
modèle est construit en considérant que c’est la perception des étudiants sur
l’enseignement et les procédures d’évaluation, plutôt que les méthodes pédagogiques
elles-mêmes, qui affecte le plus leur apprentissage (Entwistle, 1998 ; Entwistle &
Ramsden, 1983 ; Ramsden, 1991, 1997). En se focalisant sur le niveau des cours
dispensés, le CEQ comprend 36 items relevant de six dimensions qui constituent la
qualité d’un enseignement : « Objectifs et standards clairement définis », « Mobilisation
des compétences générales », « Bon enseignement », « Charge de travail approprié »,
« Attention à l’indépendance » et « Modalités d’évaluation appropriées ».
Entwistle et ses collaborateurs (2002) ont développé l’Experiences of
Teaching-Learning Questionnaire (ETLQ) dans le cadre d’un projet de coopération entre trois
universités britanniques (Edinburgh, Durham et Coventry), en intégrant spécifiquement
l’approche d’apprentissage des étudiants. Comprenant 40 items, l’ETLQ est constitué
de quatre dimensions principales constituant la perception des étudiants de
l’environnement d’enseignement et d’apprentissage à l’université, spécifiquement au
niveau des cours dispensés. Ce sont : l’organisation et la structure des cours,
l’enseignement et l’apprentissage, les étudiants et les enseignants, l’évaluation et
d’autres activités pédagogiques. Ces quatre dimensions se décomposent en 11 facteurs
(figure 5.2), chacun contenant de deux à cinq items. L’ETLQ se distingue du CEQ au
niveau du public cible, en s’adressant aux étudiants en cours de cursus juste après des
cours dispensés, et non pas aux diplômés après leur sortie de l’université.
Figure 5.2.Modèle de l’Experiences of Teaching-Learning Questionnaire
Source : schématisation à partir d’Entwistle et al.
(2002)
5.1.1.3. Student Course Experience Questionnaire
Alors que le CEQ et l’ETLQ s’intéressent aux relations et interactions entre les
enseignants et les étudiants au niveau d’un cours donné, à l’Université de Sydney
(Australie), Ginns et ses collaborateurs (2007) ont modifié le CEQ en Student Course
Experience Questionnaire (SCEQ) afin de permettre à l’institution de mesurer la qualité
d’un programme de formation perçue par les étudiants encore inscrits dans le cursus. Le
SCEQ consiste en cinq échelles (figure 5.3) couvrant les aspects de l’enseignement sur
lesquels les étudiants peuvent avoir un regard en tant que « consommateurs » directs :
1°) la qualité de l’enseignement des professeurs, 2°) la clarté des objectifs de formation,
3°) la cohérence de l’évaluation, 4°) la cohérence de la charge du travail et 5°) la
valorisation des compétences générales dans le programme. L’essentiel du SCEQ
demeure similaire au CEQ, mais le nombre de dimensions et d’items est révisé à la
baisse (cinq dimensions et 23 items) et la formulation des items est modifiée quand c’est
nécessaire pour s’adapter à l’évaluation de tout le programme de formation au lieu d’un
cours donné.
Dans le document
Les TIC au service de la qualité des formations : le cas des programmes vietnamiens évalués par l'ASEAN University Network
(Page 196-200)