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d) L'époque zïride (972-1152)^^^

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Assez devisé de mentalité religieuse. Si l'époque zïride fut elle-même féconde et déterminante de ce point de vue - éclosion en Ifrîqiya de l'aS'arisme, conçu comme arme par la cour 'abbâside contre les Fâtimides^"", développement d'une piété plutôt envisagée comme un refuge contre les malheurs du temps^"^ - son étude nous permet aussi de rencontrer, mieux peut-être que lors des périodes précédentes, une autre efflorescence : celle des écrivains.

Quelque importantes qu'aient été les Invasions hilSlieimes pour la formation de l'identité tunisienne, notamment en ce qui concerne son arabisation, nous n'en traiterons plus ici : nous avons donné l'essentiel dans notre chapitre II.

Cf. pp. 241SS.

"Les 'ulamâ' de 1'Ifrîqiya ... adversaires des Fâtimides, s'efforcèrent, avec l'arrivée des Sanhâ§a au pouvoir, de pousser les nouveaux princes à briser leurs liens de vassalité d'avec les Fâtimides : Mu'izz Ibn Bldïs réalisa leur souhait. Mais quand il voulut se faire nommer calife et Prince des Croyants, Abu 'Umrân al-Fâsî (m. 1038), l'un des 'ulamâ' mâlikites de l'aë'arisme qui eurent pour maître al-BaqillInï (m. 1013) l'en dissuada : il n'était pas quraySite. En fait, le but d'al-FIsî était de placer le souverain dans la mouvance des 'Abbâsides, et c'est bien ce qui arriva." al-Hintâtî, N.,

Tatawwür mawqif 'ulêuna' al-mâlikiyya bi Ifrîqiya min al-khawd fl 1-masâ'il al-kalâmiyya wa‘tabannïhim li-1-'aqlda al-aë'ariyya" , IBLA, n®170, 1992,*pp. 304-305.

Cf. chap. II, "Les Invasions hilâliennes", pp. 309ss.

Nous ignorerons ici l'architecture zïride bien que la plupart des émirs ^anhâgiens se soient montrés bâtisseurs, on a peu gardé de leur époque "Pillages systématiques, fragilité de la brique crue, réaménagements postérieurs, remploi des marbres, pierres et terres cuites dans les centres urbains voisins ou in situ, tout a concouru â la destruction des monuments." On leur doit néanmoins des embellissements aux mosquées de Tunis (dont les galeries à portiejue de la cour de la Zaytûna) , Sousse, Sfax, la restauration des plafonds peints et la maqsûra (enceinte réservée au prince, à côté du miljrâb) en bois tourné de la Grande Mosquée de Kairouan, laquelle maqsûra, selon G. Marçais, "rivalise avec les œuvres les plus parfaites qui représentent au Caire la sculpture fatimide". (Cité in Revault, J., art. cit., La Tunisie, p. 143). Tunis, dont l'essor fut favorisé par la ruine de Kairouan, s'accrût de deux faubourgs restés importants jusqu'aujourd'hui BIb al-Suwayqa au Nord, Bâb al-6azîra au sud. Idris, H. R., op. cit., pp. 812, 432, 433.

996 L'œuvre d'Ibn Abï Zayd se Revivification du mâli)tisme par le poursuit avec al-Qâbisï (m. 1012) süfisme, 1'aS'arisme’” et apologie de

la docilité au gadr^“ 1048 Mu'izz Ibn Bâdîs reconnaît le

calife de Baghdâd, al -Musta ' sïm‘‘'«

1050 Invasion des Hilâliens Arabisation bi-2-kamwiyya^-- - extension des échanges - engouement pour cette migration nomade baptisée désormais d'épopée chevaleresque 1096 La première croisade

Nombreuses interventions de Ambiguïté des rapports avec l'occident Roger II (1095-1154) dans la européen ; partenaires^'^, concurrents politique de 1'Ifrîqiya ou prédateurs ?

(1059 Les Khurâsânides)

Mais que retenir, et qui retenir, de tous les auteurs qui illustrèrent la cour des Zïrides, et dont H. H. 'Abd al-Wahhâb dit ;

- "Pour parler bref, on peut affirmer que les écrivains de cette époque eurent plus à exprimer, s'ouvrirent à des horizons plus larges, traitèrent de sujets plus nobles, parce

Qui sera capturé et mis à mort par le Mongol Hulagû en 1258. Van Donzel, E., op. clt., P. 303 .

Cf. pp. 310.

Cf. chap. II, PP. 241SS.

Décret divin. "Ils croient qu'ils ne sont pas leur propre maître, quoi qu'il advienne, mais soumis à la seule volonté de Dieu, car II en a décidé ainsi. Remettant leurs affaires entre les mains de Dieu, ils confessent qu'ils dépendent de lui en toutes circonstances et reconnaissent leur besoin perpétuel de lui." Extrait du credo aS'arite. Cité in Classé, C., op. cit., pp. 91-92.

Expression inspirée de 'A. al-Bünî. La seconde arabisation est ainsi opposée à la première, bi-l-kayfiyya (par la qualité), qui toucha davantage les villes. Op. cit.,

P. 42 .

Les rapports entre musulmans et chrétiens ne furent pas toujours et partout inspirés par l'animosité : en 1135, le zïride al-qasan signait en effet une trêve avec Roger II : d'abord il avait besoin de son aide contre les Hammâdides qui menaçaient Mahdiya; ensuite, le pays attendait avec impatience un arrivage de blé de Sicile. En 1147, le même Roger II intervenait à Gabès, appelé par un affranchi qui, ayant usurpé le pouvoir, craignait l'intervention du sultan zïride. A la même époque, comme la disette sévissait en Ifrîqiya depuis six ans, nombre de gens émigraient vers la Sicile dans l'espoir de refaire leur vie en terre chrétienne. Marçais, G., op. cit., pp. 223, 224 .

qu'ils s'abreuvaient à grosses gorgées

(ia'ubbuna)

à la civilisation dans laquelle ils baignaient.

H. R. Idris les énumère avec leurs œuvres sur quelque vingt-sept

pages^^’ !

Dans le cadre de notre étude, il nous fallait négliger ceux qui intéressent les seuls spécialistes, ou qui ne nourrissent plus les mentalités contemporaines. Pour établir notre choix, nous avons feuilleté les anthologies que le Ministère de l'Education Nationale Tunisienne impose aux élèves du secondaire^^^. Nous nous rendons bien compte des limites du procédé ; d'une part, toute gloire consacrée ne passe pas nécessairement par cette voie; d'autre part, un auteur méconnu aujourd'hui peut avoir influencé le subconscient de toute une nation. Le renom d'un écrivain dépend tellement de circonstances fortuites !

- Ses œuvres ont-elles été conservées ?

De combien-d'écrivains, juristes, penseurs ne dit-on pas en effet "auteur d'un ouvrage perdu, intitulé ..." Ainsi en est-il du Kitâb Ta'rîkh Ifrigiya wa 1-Maghrih

d'Ibn al-Raqîq al-Qayrawânî (m. 418/1027-1028), chef de la chancellerie zïride, dont Ibn Khaldün dit pourtant qu'il fut "le meilleur spécialiste de l'histoire de l'Ifrîqiya et des Etats qui eurent Kairouan pour capitale"!'^* (Nous ne portons ici notre attention que sur les écrivains de l'époque zïride).

- Ou ont-elles été, si pas résumées ou débitées en morceaux choisis, au moins citées et., vantées par les critiques ?

Ainsi ne connaissons-nous le Mumti' de 'Abd al-Karïm al-NahSalî (m. 405/1014- 1015) que par les fragments qu'a bien voulu nous livrer Ibn Raâïq, "fragments, dit H. R. Idris, qui ne permettent malheureusement pas de jauger son originalité"^^''.

Kitâb muÿmal ta'rikh al-adab al-tünisi (Abrégé de la Littérature tunisienne), Tunis, 1968, pp. 104-105. Cité in Nusüs Adabiyya li talâmîdh sana sâdisa min

al-ta'lîm al-thânawl, (ouvrage collectif)’, Tunis, 1963, p. 285.

Op. cit., pp. 775-802.

al-Nusüs li talâmîdh al-sana al-'ülâ min al-ta'llm al-thânawl, al-Nusûs li talâmîdh al-sdnd al -thâniya min al-ta'llm al -bhânawl, Nusüs Adabiyya li talâmîdh a'i-'sana al-khâmisa min al-ta'llm al-^ânawl, et Nusüs Adabiyya lî talâmîdh al-sana al-sâdisa min al-ta'llm al -thânawl, Tunis, Ministère de*l’Education et des Sciences, 1993.

En 1968, une de ses copies manuscrites aurait été retrouvée à Rabat. IBLA, n°l2i, 1968, p. 140. (Les Editions Sakati de Tunis ont commencé la publication de l'édition critique entreprise par Monji Kaabi). Mais affirme-t-on in "Ibn Raqïq", vol. 3, p. 927a, l'authenticité de ce document est contestée.

- Ou sa conception de la vie répond-elle si bien à une vision actuelle des choses, qu'on éprouverait le besoin de le mettre en évidence ?

C'est peut-être le cas du poète 'Ali al-HusrI que nous allons rencontrer immédiatement.

Quoiqu'il en soit, en dehors de certains auteurs^^® mentionnés dans l'anthologie scolaire pour leurs seuls ouvrages de critique^®®, et dont H. H.'Abd al-Wahhâb dit qu'"à la suite de leurs œuvres tout à fait dignes des Belles-Lettres, les poètes se trouvèrent liés par des règles si précises et des façons de procéder si bien déterminées, qu'à vouloir y échapper, il devenait impossible d'exceller dans l'adab"^®°, un seul nom de poète s'impose dans

Izdihâr al-Adab wa 1-Naqd bi

Ifrïqiya fl l-'asr al-sanhâ§I,

un des chapitres du manuel cité^“ :

'Abd al-Karim al-Nahèalï et Ibn al-Raqîq que nous venons de nommer, Ibrâhîm al-Husrî (m. 413/1022-1023), connu surtout comme anthologue, Ibn âaraf (m. 1067) et Ibn Raêîq* (m. 456/1064 ou 463/1070-1071), qui selon H. R. Idris "a senti que la grosse affaire était le passage de l'idée des profondeurs du subconscient à son explicitation belle et suggestive". Op. Cit., p. 794 et E.I.^, vol. 3, pp. 927b-928.

Respectivement, al-Mumti ' fl 'ilm al-ëi'r wa 'imlihi (De l'observance des règles de l'art poétique et de la gustation en la poésie), Qutb al-surûr fl 1-anbidha wa

I-Wîumûr (La Délectation dans les spiritueux et les alcools), Zahr al-Âdâb wa thamr al-albâb (La Fleur de la Littérature, le fruit des productions de l'âme), Rasâ'il al-intiqâd (Questions de critique littéraire), al-'Umda fl sinâ'at al-Si'r wa naqdihi

(Des règles fondamentales de la poétique et de sa critique).* Ibid., pp. 284-286. On sait qu'al-Raqïq écrivit aussi un Kitâb al-Nisâ' (Livre sur les femmes), un

Kitâb al -AQhânl (sur les chants), un Kitâb al-râh wa 1-irtiyâh (sur le vin et l'allégresse) , qu'Ibn Saraf composa un Dlwân, Abkâr al-afkâr, dans lequel il groupa lui- même ce qu'il désirait çpj'on conservât de lui (ouvrage disparu, et qu'Ibn RaSiq pleura dans une splendide qasida la destruction de Kairouan par les Hilâliens. Idris, H. R.,

op. cit., pp. 781-782,* 793, 796, et "Ibn §araf", E.l.^, vol. 3, pp. 960b-961a.

Op. cit., pp. 104-105. Cité in Nusüs Adabiyya li talâmidh al-sana al-sâdisa ..., pp. 284-285. 11 faut pourtant remarcpaer" qu'al-Safadï (m. 1362), dans son Wâfl bi-1-wafayàt (dictionnaire biographique en 30 volumes), dit de la poésie d'Ibrâhîm al-Husrî qu'elle eût été "fluide comme l'eau et aussi subtile que l'air" s'il avait pu se dégager des règles imposées par la critique. Rapporté in Idris,H. R., op. cit., pp. 780-781).

Ne peut-on regretter que ces censeurs aient oublié ces quelques lignes que nous trouvons dans Ibn Khaldün (il traite des poèmes laissés par les Hilâliens) :

- "Les règles de la syntaxe désinentielle y sont tout à fait négligées; mais nous avons déjà établi dans nos Prolégomènes que l'absence des inflexions grammaticales n'influe nullement sur la juste expression de la pensée. Il est vrai que les gens instruits, habitants des villes, n'aiment pas à entendre réciter de tels poèmes, parce que les désinences grammaticales n'y sont pas toujours exactes; un tel défaut, selon leur idée, est radicalement subversif de la précision et de la clarté; mais je ne suis pas de leur avis." Op. cit.,

vol. 1, P. 42.

'Alï al-Husrï (m. 1095)^^^, qui, s'il ne chante pas son pays natal, s'étend sur les épreuves qui l'ont frappé personnellement pour nous rappeler que Dieu a conseillé la patience^”.

’Alï al-Husrî émigra en Andalousie, après l'arrivée des B. . Abandonné par une épouse dont il se dit follement épris, blessé par la mort de son fils préféré, il exprime sa nostalgie, s'apitoie sur son sort, se morfond d'avoir été exagérément inquiet et en demande pardon, soit dans une prose cadencée, soit dans vingt-neuf mu'a5âarât^“, qu'il a réunies dans son Kitâb igtirâh al-qarïh wa i§tirâh aJ-ÿarîb“'.

L'amour du pays natal, la patience dans la difficulté, la conscience que Dieu s'occupe de chacun en particulier - le malheur même par lequel il nous éprouve en est la démonstration - n'étaient-ce pas là des qualités que prêchait l'aë'arisme, et qu'exigeaient les désordres du temps ?

Ne sont’-ce pas là aussi des attitudes qu'il faut inculquer à des citoyens qui devront nécessairement trouver leur équilibre dans le contexte socio-culturel de la Tunisie actuelle ? Nous n'oserions accuser les pédagogues qui ont procédé à la réalisation de ces anthologies, - pas plus d'ailleurs les

fuqahâ'

des X® et XI® s. - d'avoir établi consciemment les critères de leur choix : celui-ci prouve seulement que les principes moraux, religieux ou autres, résultent autant des circonstances qui éveillent, dans tel ou tel sens, la conscience des maîtres à penser, que de la structure psychologique

Mentionné brièvement in Idris, H. R., op. cit., p. 797.

Nusüs Adabiyya li talâmïdh al-sana al-sâdisa ..., pp. 278-279.

* •

Ceux-ci ont détruit la ville de fond en comble "Les Arabes y pénétrèrent aussitôt après l'évacuation de la population, évacuation organisée par al-Mansûr, fils d'al-Mu'izz, et commencèrent l'oeuvre de dévastation, pillant les boutiques, abattant les édifices publics, et saccageant les maisons; de sorte qu'ils détruisirent toute la beauté, tout l'éclat des monuments de Cairouan. Rien de ce que les princes sanhadjiens avaient laissé dans leurs palais n'échappa à l'avidité de ces brigands." Ibn Khaldün, op. cit., vol. 1, p. 37. Relevée quelques années plus tard, la ville sera entourée d'une muraille, en grande partie le tracé actuel, mais moins longue que la précédente. Idris, H. R. , op. cit., p. 424.

"Qasïda formée de dix vers dont la rime et la première lettre seront une lettre pourvue d'un point (mu'ÿam). Le motif doit être unique. Ce motif, chez Husrï, c'est le

ghazal." Nusüs Adabiyya li talâmïdh al-sana al-sâdisa .... p. 279. Rappelons que dans la gasida, la* * même rime doit revenir dans chaque vers, et que le mètre doit rester identique tout au long du poème. "Qasïda", E.IJ, vol, 1, pp. 843a-844b.

des intéressés. Autrement dit, de leur personnalité de base.

- "Il est essentiel que nos responsables se persuadent que l'éducation doit être en harmonie avec l'âme de la Nation, son passé historique et culturel, ses réalités sociologiques, sa vocation enfin et sa vision du monde. Dans ce domaine, plus que partout ailleurs, l'imitation serait ou stérile, ou fatale, car l'éducation engage - ou compromet - tout le complexe de la Civilisation Nationale. Il est urgent de donner une âme à notre enseignement."^^"'

al-Qlîbi, M. "Pour un enseignement neuf", L'Action, 3 oct. 1955. M., "La Jeunesse universitaire", IBLA, 1956, n®74, p. 153.

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