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Have renverse la relation d’attribution du type be (cf. Mihi est pila, habeo pilam; ce livre est à moi, j’ai un livre; it is mine, I have it (Benveniste 1960) : il thématise la sphère du sujet comme zone d’inclusion d’un objet rhématisé (nouvellement présenté en cohésion discursive), qui devient un domaine de définition servant de support à des localisations ou repérages (Larreya 1989 et 1990; Bouscaren, Chuquet & Filhol-Duchet 1982; Cotte, 1997, 44), mais la seconde relation d’inclusion de l’élément à l’ensemble type have, mémorielle pour l’énonciateur, anaphorise la première en be, amémorielle, comme l’avoir présuppose l’acquisition, c’est à dire un premier contact.

On a ainsi un verbe paradoxal qui présente le processus d’acquisition comme mémoriel tout en introduisant son objet comme neuf. La morphologie aide cependant à sérier ces questions : dans le discours linéaire, tout ce qui vient à droite est neuf en cohésion discursive, et donc rhématique, y compris au sens logique de l’introduction d’un commentaire apporté à un thème servant de socle, et l’objet de have répond à ce trait : I have a dream présente dream

comme une notion jusqu’alors inconnue, absente de l’avant-texte. a de disjonction renvoie à une jonction S/O (dé)passée; c’est lui qui définit le statut mémoriel de la relation elle-même, pas de l’objet. Il faut bien discerner la rhématicité du référent de l’objet de la préconstruction de la relation d’inclusion, car on joue sur deux échelles distinctes : appliquée à la linéarité de la syntaxe visible et énoncée, l’opposition rhématique - thématique joue sur l’ancienneté ou la nouveauté d’un topic en cohésion discursive dans le cadre « horizontal » de l’interlocution, de l’échange d’informations en communication. Appliquée à l’alternance de morphèmes comme

be et have, to et -ing ou this et that, elle joue sur le degré de préconstruction d’une relation selon l’énonciateur, c’est à dire sur l’ancienneté de l’opération mentale de genèse intériorisée, et non sur l’ancienneté de l’énonciation elle-même. Parler de thématisation dans ces deux cas comme le fait Adamczewski revient à confondre d’une part l’anaphore horizontale ou externe qui reprend du déjà dit, et d’autre part l’anaphore verticale ou interne, qui reprend du déjà construit ou pensé mais pas expressément dit; la première est discursive et résultative, et la seconde génétique et opérative.

Tout le problème de have est qu’il joint une anaphore génétique concernant l’opération de jonction dépassée, marquée par a, et une opération d’anaphore discursive, la thématisation du sujet porteur de l’ensemble d’inclusion, marquée par sa montée à gauche en regard de la position d’attribut rhématique (à droite) qu’il aurait occupée après be. De la même manière, to

présente une connexion prédicative puissancielle, donc neuve en termes de genèse, mais la notion présentée par la base verbale aussi est neuve en cohésion discursive, si bien qu’elle se place à droite de to; -ing « vieillit » génétiquement la relation en la préconstruisant, mais ce

faisant il « vieillit » aussi la sélection de la notion verbale qu’il affecte, ce qui la propulse sur sa gauche (cf. infra) et il se fait suffixe : il y a là un parallélisme essentiel entre les morphosyntaxes des contrastes be / have et to / -ing lié au fait que have et ing cumulent tous deux deux types de reprises, l’une horizontale (discursive), l’autre verticale (génétique), que l’on ne doit pas assimiler au vecteur rhématique / thématique.

Décrire have plus en détail12 serait trop long car cela supposerait l’introduction d’encore deux formants supplémentaires, h et v (h comme dans here, et have implique bien le rapport de l’objet au possesseur; v comme dans of, qui renverse syntaxiquement la relation possessive marquée par have (thématisation de l’objet possédé, rhématisation du possesseur) : en français, dans voir, avoir, devoir et savoir, l’homogénéisation morphologique reflète des convergences sémantiques remarquables en la matière par delà des origines diachroniques fort différentes).

Comme pour be, le statut circonstanciel ou définitoire de la relation have dépend des propriétés sémantico-logiques des référents des notions liées (I have a nose, a car, a dream, a headache). Comme pour be, have rhématise la propriété attachée au sujet. Mais a de disjonction indique que contrairement à ce qu’on a vu avec be, la propriété attachée est étrangère au référent du sujet, elle ne constitue pas son corollaire automatique : I have a car. Il n’existe aucune liaison sémantique privilégiée du type hyponyme / hyperonyme I < car : I

n’appelle pas le complémentaire sémantique car comme dog appelle mammal ou tomato, red. Si be pose une relation à caractère tautologique, have fait l’inverse. De ce fait, la relation intégrant / intégré se retourne : le sujet, thématique, ce qu’indique sa position à gauche en ordination linéaire, constitue le socle mémoriel et générique de la relation, et l’apport rhématique à droite est restreint en raison de son caractère novateur dans la cohésion discursive.

Dans I have a car, I bénéficie d’un acquis mémoriel thématique qui excède l’absence d’acquis mémoriel de car rhématique, et I est promu centre de l’ensemble qui phagocyte l’élément car (Larreya). Ce critère est essentiel car il explique que même en cas de complémentarité sémantique, du type I / nose, have s’impose si la succession thème / rhème coïncide avec le rapport intégrant / intégré : I have a nose. Have permet la révocation du fait que nose est un complémentaire sémantique obligé de I : en effet, on a vu que reconnaître cette relation, c’est provoquer ipso facto la fusion cognitive des référents des notions, qui ne renvoient plus qu’à un même être dans l’expérience (A dog is a mammal). Si on veut empêcher cette confusion des référents, si on tient à leur préserver le statut d’entités autonomes et différenciées, alors il faut opter pour have, qui révoque tout rapport de complémentarité sémantique, que celui-ci préexiste ou non entre les référents notionnels liés. Si I have a nose présente l’organe comme une possession d’un objet extérieur comme s’il s’agissait pas d’un organe, c’est justement pour prévenir un risque de confusion des êtres : la partie est certes liée au tout, mais elle s’en différencie. Have est un opérateur anti-métonymique, il garantit l’altérité des entités en renversant la relation de la partie au tout :

And [this landscape] is best in winter, I have it all to myself (CW, 91; to avec son viseur u et t

de destination propose de corriger entre all et myself l’écart a inséré auparavant par have entre

I et it). Le -a- de disjonction joue dans cette fonction cognitive un rôle central, il signifie l’altérité sémantico-référentielle que l’énonciateur cherche à préserver.

12 Voir Cotte 1997, 43-65.

Faisant partie intégrante du signifié du verbe, il se maintient au prétérit, qui ne fait qu’ajouter une frontière (-d) à la disjonction existante (a), d’où had. Cette valeur disjonctive se retrouve nettement dans have to : le programme d’action en to est acquis au sujet, ce qui renvoie à des conditions d’acquisitions antérieures (la fusion type is to est dépassée), et surtout il en est disjoint par -a-, ce qui implique que le sujet n’intègre pas a priori les propriétés qui le porteraient à agir dans le sens indiqué par to, mais a posteriori, en vertu des circonstances acquises. Il y a donc forcément coercition logique ou intersubjective et renvoi anaphorique à l’explicitation antérieure des modalités de cette pression en contexte.

Cette valeur disjonctive entre S et P du a de have se retrouve dans shall et can : dans

shall, l’énonciateur impose de force un couplage sujet-prédicat parce qu’il sait que le sujet est porteur de propriétés le conduisant à agir en sens inverse de ce que dénote l’infinitif (cf les dix commandements : you shall not kill; la promesse formelle, etc) : l’énonciateur cherche à vaincre la répulsion sémantique S-P dénotée par le disjoncteur a, et l’affrontement cognitif passe entre autre par le formant de futurisation l / <-ll> que l’on retrouve dans will, till et tell

(till pose la cible « jusqu’à », et tell la présuppose dans la figuration de l’acte de langage : la cible de la communication est acquise); et dans will, le fusionneur i accole le prédicat au sujet, qui aux yeux de l’énonciateur intériorise la propriété nécessaire au déclenchement du procès (intrasubjectivité ou inhérence selon Joly et Adamczewski). Pour tell, le « jusqu’à » du type

till visant le destinataire constitue un acquis structural dans la matrice actancielle, d’où l’inhibition possible de to, évidemment aussi lié à ce sème de la destination : to say something to somebody, to tell somebody something); tell est aussi lié à sell (destination potentielle / effective).

Dans can, l’énonciateur renvoie à des occurrences antérieures ou des éléments de présupposition qui font de la capacité ou possibilité une propriété acquise et inhérente au sujet (-a-), et surtout can bloque l’actualisation (-n négatif) : ce n’est pas parce que les conditions nécessaires sont réunies que l’actualisation est prévue (Adamczewski 1982, 147 lui attribue le trait [-moins orienté vers la prédication]; Joly 1978 et Joly & O’Kelly 1990, 313 le rattachent au champ du possible dans la chronologie notionnelle du système des modaux, pas à celui du probable, malgré le fait d’attacher le procès visé aux propriétés acquises du sujet : « intrasubjectif », [+ inhérent au sujet] pour Adamczewski). La visée futurisante survient au prétérit dental avec le formant u de visée dans should et could, ce dernier perdant du même coup le n négatif de can; dans can et shall, a joue son rôle disjonctif. Inversement, is to

indique qu’une action est programmée parce que le sujet a intériorisé les propriétés nécessaires à la réalisation : he is to come at five = il y a en lui quelque chose qui détermine ce programme : il a promis, s’est engagé, a reçu l’instruction (et on s’attend à ce qu’il obtempère sans discuter ni résister), bref, is to est non coercitif parce qu’il fusionne (is) le programme visé (to) au sujet en vertu de propriétés acquises; have est coercitif parce qu’il disjoint le programme du sujet, impliquant une source contraignante extérieure et acquise en contexte.

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